Hello !
La troisième partie est là … plus longue que prévu mais voilà. Toujours la Nuit, toujours Lupin.
Bonne lecture !
Un cambrioleur retombe toujours sur ses pattes
Partie 3 : Cœur double
Marinette rage et jette sa veste sur sa banquette. Bientôt, Chat Noir est sur ses talons.
« Je n'arrive pas à croire qu'il nous a encore échappé ! »
Après l'hôtel, il y a eu la Bibliothèque Nationale, et le musée Grévin. Le pire, c'est qu'il avait annoncé qu'il volerait la statue de cire de Chat Noir. Ils étaient là. Et il leur a quand même échappé. C'est proprement rageant.
Parfois, elle songe à se retirer de l'enquête. Pour des raisons de logistique, elle a dû feindre, en tant que Ladybug, de vouloir laisser ce problème à la police – même si l'opinion publique doute encore de Chat Noir, son partenaire, son ami, elle a dit qu'elle ne voulait pas s'en mêler.
Mais ce serait plus facile, si elle pouvait se balancer au bout de son yo-yo, ou même utiliser son Lucky Charm. Au lieu de ça, elle est sur chaque scène de crime, accompagnée du suspect principal. En même temps, dès qu'un vol est commis, il est là.
« On l'attrapera la prochaine fois. Je vais faire du chocolat chaud. »
A défaut de pouvoir en amener de chez lui, Marinette lui a montré comment en faire chez elle, quand ses parents dorment. Elle a été vue en public avec lui, mais ses parents n'ont pas forcément à savoir qu'elle ramène un garçon dans sa chambre à des heures indues. Ce n'est pas vraiment comme s'ils avaient ce genre de relation. Et ça n'arrivera jamais. Parce qu'elle aime Adrien, et il aime Ladybug. Ladybug, géniale, pleine d'idées, femme d'action, pas … Pas Marinette, quoi. Et sincèrement, elle le comprend. Elle soupire, retourne à son plan de la ville. Non, les lieux des cambriolages ne forment pas de motif, rien de sensé, et elle n'en peut plus de tourner en rond.
Elle sort tout ce qu'elle a sur l'apprenti Arsène – il signe toujours « Chat Noir », et elle ne peut pas l'appeler comme ça – et croise les bras, espérant qu'une position déterminée l'aide à réfléchir. Son regard s'attarde sur le mot qu'il lui a laissé. Son trésor … Parti. Elle ne le récupèrera peut-être jamais. Non, ce n'est pas à ça qu'elle doit penser. Et puis mince ! S'il veut son cœur, qu'il vienne le prendre, elle l'attend de pied ferme ! Mais …
« Tiens. »
Elle ne répond pas, relit la note en entier. Elle prend un bloc de papier, recopie le texte en soulignant ce qui lui semble étrange – presque tout, en fait. Elle avait trouvé le mot bizarre dès qu'elle l'avait lu, mais elle avait pensé à une simple tentative ratée d'écriture poétique. Mais ça doit être un code.
A minuit, tous les chats sont gris.
J'ai déjà vécu douze de mes huit vies, Princesse, et assis comme mille autres sur un banc du Parc, j'attends ta venue comme celle d'un Messi.
Ô, Porteuse de Lumière, en échange de ton trésor, me donneras-tu ton cœur ?
— Chat Noir
« Tu as trouvé quelque chose ? »
Elle tend le mot à Chat Noir, qui le relit avant de regarder par-dessus son épaule.
« Tu penses à un code ? Souligne les vies des chats. Ça c'est vraiment bizarre. »
Elle souligne et écrit en haut. 12, 8, chat. Elle essaie de lire les mots à l'envers, de prendre les initiales, rien. 12, 8. Elle regarde son calendrier. Ils sont le 7 décembre. Est-ce que ce serait une date ? Elle prend une gorgée de chocolat chaud. Oui, sa détermination a payé.
Une demi-heure plus tard, elle dit fermement :
« Le huit décembre, à minuit, dans les gradins du Parc des Princes. Ça doit être ça. »
Elle soupire. Il tend le poing vers elle.
« Bien joué, Princesse. »
.
Depuis tout à l'heure, elle n'arrête pas. Ils ont pris la journée la veille pour réfléchir à un plan d'action pour ce soir, sans succès. Après tout, ils sont attendus. Ils n'ont pas l'élément de surprise, et le cambrioleur a eu bien plus de temps qu'eux pour se préparer à cette rencontre. Alors forcément, elle angoisse, et il ne peut rien y faire, à part l'écouter.
« … en retard ? Si ça se trouve, minuit ça voulait dire hier à minuit, pas aujourd'hui, en même temps minuit c'est pas clair, penser que c'est aujourd'hui c'est le sens commun mais au sens précis ç'aurait été hier, enfin, aujourd'hui, mais aujourd'hui avant le matin et avant la nuit, et si on s'est plantés on ne le trouvera jamais et …
— Marinette. Ça va aller. »
Mais elle n'arrête pas. Rien ne peut l'arrêter. Elle regarde encore l'heure et sans lui demander, il prend sa main. Il la sent se tendre. Mince. Il aurait dû demander. Il va la retirer, mais Marinette serre ses doigts à lui faire mal, et semble se calmer un peu.
« Pardon. Je suis un peu sur les nerfs.
— Ah bon ? Ça ne se voit pas du tout.
— Haha, très drôle Chat Noir. C'est pas gentil de se moquer.
— Je ne me moque pas. Je trouve ça absolument charmant.
— Charmeur.
— Il faut bien croire, puisque la langue de vipère qu'est Chloé est tombée sous mon charme. »
Elle roule des yeux, lui bourre l'épaule. C'est étrange, d'être avec Chat Noir comme ça. En mission. En tant que Marinette. Et honnêtement, elle aime bien. Elle pourrait peut-être se reconvertir comme détective privée, si la mode ne fonctionne pas.
« En même temps, ce n'est pas si étonnant que tout le monde pense que c'est vraiment toi. Joueur comme un chat, dragueur invétéré, libre d'esprit. Ça te va très bien.
— Eh !
— Quoi ? C'était pas des insultes, hein.
— Mais à t'entendre, on croirait que je drague tout ce qui bouge. J'aime pas.
— C'est … C'est un peu vrai quand même.
— Non !
— Mais pas … Pas tant dans le mauvais sens ? C'est plus que tu flirtes comme tu respires, c'est pas grave.
— C'est pas vrai ! Je fais pas ça !
— … Si ? Tu flirtes avec Ladybug. Avec Rena Rouge. Même avec les akumatisés parfois. Et tu flirtes avec moi.
— Je ne ! Non ! Non ? »
Il marmonne et tire sur ses oreilles, comme si elles étaient assez longues pour cacher son visage. Impossible qu'il ait fait ça. Il s'en souviendrait. Il fait la moue.
« C'est juste ma manière de parler.
— Mais oui, mais oui. Et ta manière d'offrir des fleurs aussi. C'est juste comme ça qu'on dit bonjour dans ton Royaume des Chats – oh ! Je crois qu'il est là. »
Ils se lèvent. Le bruit du vent, et perché en haut du stade, une silhouette noire et imposante. D'aussi loin qu'ils sont, ils ne peuvent voir que la forme de la cape et du chapeau, distinctive du personnage.
« Eh ! Faux moi ! Descends de là si t'es un gentlecat ! »
Marinette se retient. Vraiment. Elle sait que c'est une situation sérieuse. Mais elle pouffe.
« Gentlecat ? Encore ?
— Bientôt, ce mot sera sur toutes les lèvres et … »
Il s'arrête à mi-chemin, détourne le regard et elle plisse les yeux, joueuse.
« Et tu n'avais pas du tout en tête de sous-entendre quelque chose comme faire passer ce mot de lèvres à lèvres ? Non ?
— Pas du tout.
— Je me suis trompée alors. Mes excuses, Chat Noir. Tu es un vrai gentlecat.
— Ah ! Tu vois, que ça prend !
— Et t'as même pas eu à m'embrasser pour ça, tiens donc ! Il descend ! »
Chat Noir se met en garde, et longuement la silhouette avance vers eux. L'imposteur tape des mains et bientôt toutes les lumières du stade s'allument d'un coup, les laissant éblouis.
« Chère, très chère. Je t'avais demandé d'apporter la lumière et tu me ramènes la poisse en personne ?
— Eh !
— S'il est la poisse en personne, pourquoi imiter son apparence ?
— C'est parce qu'il semble te plaire si fort. La poisse est le prix qu'il paie pour ton amour.
— Euh … Je crois qu'il y a erreur sur la personne. Si tu as volé mon trésor, tu sais que ce n'est pas de lui que je suis amoureuse. »
Un pincement dans le cœur de Chat Noir, qu'il essaie d'ignorer. Elle aussi. Elle aussi elle est amoureuse, et pas de lui. Non, c'est ce type qui a raison. Il a vraiment la poisse. Il ne le voit pas bouger avant d'entendre Marinette glapir de surprise. Le cambrioleur est à ses pieds, il lui tient la main. L'embrasse.
« Ma Lady, lui dit-il, et elle sent son corps qui se révulse et se révolte. »
Il n'a pas le droit de ressembler à Chat Noir comme ça. Ni de l'appeler sa Lady. Marinette n'est la Lady de personne, il y a un couac dans son mécanisme. Elle retire sa main et bientôt Chat Noir est tout à côté d'elle, une présence rassurante.
« L'endroit est entouré par la police, ment-elle. Tu ne t'en sortiras pas. »
La vérité, c'est qu'ils ont appelé la police. Et on ne les a pas cru. Même pas Chat Noir, même pas le héros.
« La police ne peut pas m'arrêter. Et quand bien même ils m'auraient, je ne resterais en prison que le temps qu'il me plaît, et pas une minute de plus.
— Quoi ? »
Sans lui laisser le temps de répondre, Chat Noir se juge suffisamment près pour sortir ses menottes et les verrouiller aux poignets du criminel. Et ça fonctionne. Étrangement, ça fonctionne.
« Oh non, il fait. Des menottes. »
Il regarde ses poignets un moment, puis les héros, puis ses poignets, puis les héros.
« Plus de menottes !
— Comment – »
Marinette n'avait rien senti, avant le poids du métal sur sa peau. Ses mains attachées.
« Marinette !
— Je … je sais pas comment il a fait. Il est fort.
— Vous voulez que je vous montre ? C'est très simple regardez … »
C'est comme une hypnose. Marinette n'arrive pas à regarder autre chose que ce qu'il leur montre, elle sait qu'elle est trompée, et pourtant elle peine à … elle doit pouvoir … Juste un peu … pas les menottes qu'il manipule d'une main mais …
« Chat Noir ! Ta bague ! »
Elle ferme les yeux, lance aussi fort qu'elle peut son pied en direction du cambrioleur, qui tient l'anneau dans sa main.
« Et d'un.
— Chat Noir ! Je crois que c'est un akumatisé !
— Quoi ?
— Je vais chercher Ladybug. Cache-toi. Si le Papillon débarque, c'est fini. »
Avant de le faire, elle ne savait pas à quel point il peut être terrorisant de courir les yeux fermés. Mais elle le fait. Elle ne doit en aucun cas voir Chat Noir en civil : ce serait la fin. Elle l'entend lui obéir, et dès qu'elle se trouve à l'abri elle rouvre les yeux. Tikki défait ses menottes et elle peut se transformer, retrouver le terrain presque vide.
« Chat y es-tu ?, lance le vilain. M'entends-tu ? »
Elle croise les bras, quand une voix vient des haut-parleurs du stade :
« Je mets mon pantalon ! »
Elle regarde la salle de commande. L'akumatisé. Maintenant, en plus de deux Chats Noirs, elle a deux Chats Noirs avec le même humour ? Oh non, c'est un cauchemar.
Le vilain se dirige vers la salle où se trouve son partenaire, mais Ladybug s'interpose. Elle croise son regard. Et soudain il l'a dépassée. Elle halète. Et elle le suit, les yeux fermés. Elle ne doit pas voir ses yeux.
« A dix heures ! »
Elle lance son yo-yo et effectivement, il s'accroche à un pied. Elle traîne le vilain vers elle, le ramène au centre du stade et crie de toute sa voix :
« Chat Noir ! Je vais avoir besoin que tu me guides ! »
Et il la guide. Tout du long du combat. Même quand elle lance son Lucky Charm, c'est lui qui lui dit que c'est un pneu de vélo. C'est plus compliqué sans les points noirs sur fond rouge, mais elle trouve, et bientôt, Théo est à nouveau Théo, et elle a récupéré la bague de son partenaire.
Quelque part dans le vingt-et-unième arrondissement, le Papillon jure et hurle, mais c'est très loin de leurs préoccupations. Théo a donné à Ladybug le trésor de Marinette avant de s'en aller, et l'héroïne s'est assise sur la pelouse. La bague de Chat Noir dans la main.
« Tu as les yeux fermés ?
— Oui. »
Il court vers elle, elle l'entend se transformer. Dos à dos, ils s'appuient l'un sur l'autre. Elle remue.
« Bien joué, ils font.
— Je suis content de te voir.
— Et … je suis désolée de ne pas avoir aidé plus tôt avec ce type. Je ne pensais pas …
— Moi non plus. Et puis honnêtement … ça m'a permis de passer du temps avec Marinette. C'était plutôt chouette.
— Attention, je vais être jalouse. »
Elle croit qu'il va la détromper, en panique, lui jurer son amour éternel, mais rien. Un long temps avant qu'il parte.
« Dis, Ma Lady … Tu crois que c'est possible, d'aimer deux personnes en même temps ? Parce que … je t'aime, je t'aime toujours, de tout mon cœur. Et pourtant, pourtant, tout mon cœur aime Marinette.
— Tout ton cœur pour les deux, c'est pas possible.
— Si ! C'est comme si j'avais deux cœurs ou plutôt … un cœur double. »
Elle se demande si Chat Noir la sent trembler. Une double déclaration d'amour. Et peut-être qu'elle comprend, parce qu'elle aime Adrien, mais elle croit bien que Marinette est un peu amoureuse de Chat Noir aussi. Ses boucles d'oreille sonnent, et elle se lève lentement. Tend son enveloppe de trésors à Chat Noir.
« Tiens. Tu donneras ça à Marinette. »
Elle file se détransformer. Elle ne sait pas encore ce qu'elle lui dira, quand elle sera Marinette. Elle ne sait pas si elle pourra ignorer ce qu'elle vient d'entendre, cette confession accidentelle. Sans son costume, il fait plus froid, et pourtant son ventre la brûle, un nouvel amour qui réchauffe de l'intérieur.
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Il joue avec l'enveloppe. Si tu as volé mon trésor, tu sais que ce n'est pas de lui que je suis amoureuse, elle a dit. Il a envie de savoir. Qui elle aime. Qui lui fait obstacle.
Il ouvre. Referme. Renonce. Non, non. Si c'est pour finir comme Théo, ça ne vaut pas la peine de savoir.
Et puis il s'en fiche. Il ouvre. Referme. Renonce. C'est son secret à elle. Il ne sait pas ce que c'est, mais tant qu'il le tient dans ses mains, il veut bien le garder pour elle.
Et, de loin, Marinette le remercie en silence.
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Et voilà !
C'était un plaisir à écrire, même au prix de mon sommeil !
Au plaisir !
