- Alors, vous… Vous n'avez réussi à… le convaincre ?

- Non, répondit Adamaï. Il m'en veut encore pour tout ce qui est récemment arrivé. Je suis désolé, Oropo…

Dans l'ancien château du Comte Harebourg, sur Frigost, se trouvait la raison pour laquelle on se souvenait encore des événements de la Tour des Rêves. Oropo, blessé et agonisant, était allongé sur un lit à baldaquin tendu de soie bleue. Il avait survécu à l'explosion de l'Hyperzaap, mais non sans dommages.

- C'est… C'est moi qui suis désolé, Frère Adamaï… lâcha Oropo dans un soupir. Désolé d'avoir… Contribué à détruire… Vos relations familiales…

- Si vous regrettez vraiment, Oropo, reprit le dragon, commencez par arrêter de m'appeler "Frère". Je ne veux plus avoir aucun rapport avec la Fratrie des Oubliés. D'ailleurs, je ne vois même pas pourquoi je suis là à essayer de vous aider.

- Parce que… Parce que vous savez… Que vous n'avez pas le choix… Ma mort… Provoquera un paradoxe temporel puissant… Sachant que je suis… Le dernier… des Eliotropes… Mon peuple… Étant plusieurs fois… Intervenu… Au cours des siècles… Si je meurs… Non seulement, vous nous oublierez… Mais en plus… Toutes nos interventions… Seront… Détruites… Le paradoxe… Dépassera l'entendement… Et mettra en péril… Le Monde des Douze…

Adamaï ferma les yeux, découragé. Il avait entendu cette mise en garde un nombre incalculable de fois. Il savait qu'il fallait faire quelque chose pour éviter le pire. Pourtant…

- J'ai du mal à comprendre en quoi Yugo peut vous aider, Oropo… Si même les Xélors ne peuvent pas résoudre les paradoxes temporels, comment un Éliatrope y parviendra-t-il ?

- Yugo n'est… Pas conscient… De l'étendue des pouvoirs… Qu'il… Possède… Sa capacité… À maîtriser… Le Wakfu… Est suffisamment puissante… Pour provoquer le meilleur… Comme… Le pire…

- Vous prétendez donc savoir comment Yugo devrait utiliser le Wakfu pour éviter un paradoxe temporel aussi puissant ?

- Il semblerait… Que la Déesse Eliatrope… Ait entendu… Ma prière, et… M'ait envoyé… Les instructions à suivre… Pour sauver… Ce monde…

- Et pourquoi vous tenez tant à sauver ce Monde ? La dernière fois, vous avez essayé de le détruire. Vous n'avez pas hésité à mentir à moi et à toute la Fratrie pour parvenir à vos fins. Qu'est-ce qui me prouve que vous ne préparez pas un autre mauvais coup ?

Oropo fût soudain pris d'une violente quinte de toux, et il fallut attendre l'arrivée de l'ancienne Eniripsa personnelle de Harebourg pour calmer un peu les choses. Enfin, il reprit contenance et tourna son visage vers le dragon :

- Par… Ma faute… Celle qui m'aimait… Echo… N'est plus… J'ai… Tout perdu… Aveuglé par mon désir… De vengeance… Si on vous donnait… L'opportunité… De réparer vos erreurs, Adamaï… Le feriez-vous ?

- Le dernier qui a tenu ce genre de discours a failli détruire un peuple tout entier, rien que pour avoir l'opportunité d'inverser le temps. J'ai du mal à vous faire confiance.

- Je n'ai… Pas prétendu… Vouloir… Revenir en arrière… Je veux seulement… Me racheter… Yugo… Peut empêcher… Le paradoxe… De se produire… Je vous en prie, Adamaï… Aidez-moi… À réaliser… Ma dernière volonté…

L'Eniripsa termina de prodiguer ses soins à Oropo et s'éloigna. Le jeune dragon prit le temps de réfléchir. Dans la Fratrie, personne n'accorderait plus le moindre crédit à celui qui les a manipulé. Mais d'un autre côté, s'il disait vrai et que le Monde des Douze était réellement menacé de destruction par un paradoxe temporel, il ne pouvait pas rester les bras croisés. Après tout, il s'était toujours battu pour sa sauvegarde… Le moment était peut-être venu de mettre les ressentis de côté.

- Très bien, Oropo ! déclara Adamaï. Je veux bien essayer de vous aider à nouveau. Mais je ne vous promet rien.

- Merci, Adamaï… lâcha l'Eliotrope dans un râle. Je… J'ai confiance… Je sais que… Que vous y arriverez…

Adamaï se détourna du lit d'Oropo et se mit donc en route. Cependant, si Yugo refusait encore de lui parler, le convaincre risquait de ne pas être facile. Surtout qu'il devait probablement vivre un des plus beaux moments de sa vie…


- Ush… S'il te plaît, arrête-toi et faisons le point…

- Non, Coqueline ! répondit l'Ecaflip qui continuait de courir à toutes jambes. Nous devons retrouver Oropo et régler nos comptes avec lui. Et Adamaï sait où il est, j'en suis sûr.

- Ush… renchérit une voix grave. Je suis d'accord avec Coqueline… S'il te plaît, faisons une pause, je n'en peux plus…

Ush s'arrêta dans une glissade et se retourna. Ses derniers compagnons semblaient complètement vidés. Coqueline se tenait les mains sur ses genoux, reprenant difficilement son souffle… Bump se massait l'endroit où se trouvait probablement un point de côté… Arpagone, quant à elle, s'appuyait de tout son poids sur sa pioche, se maintenant debout tant bien que mal.

- S'il te plaît, Ush… insista Bump. Nous ne sommes plus que quatre… Datura a refusé de nous suivre, Goultard est parti de son côté… Quant à Harebourg, il est toujours congelé… Alors, ménageons nos forces…

- Bon, très bien, bande de tas mous ! s'écria Ush. On s'arrête pour la nuit ! Coqueline, occupe-toi d'aller trouver de la nourriture. Arpagone, tu aides Bump à installer les couchettes. Moi, je vais allumer le feu et tenter de trouver de l'eau.

Et tout le monde se mit à l'ouvrage… Personne, au sein des derniers membres de la Fratrie, n'appréciait que ce soit Ush qui ait pris le commandement, mais ils avaient tous tellement envie de se venger d'Oropo qu'ils finissaient par s'en accommoder.

D'après leurs renseignements, Adamaï savait où Oropo se trouvait. Mais le dragon était tout aussi introuvable que l'Eliotrope. Pourtant, il y avait un endroit où ils étaient sûrs de lui mettre la main dessus… À condition que l'habitant de cet endroit accepte de leur venir en aide, bien sûr. Ush s'éloigna pour aller chercher un point d'eau, et Bump le Feca en profita pour discuter avec les autres :

- Vous croyez qu'on est encore loin d'Emelka ?

- Encore trois jours de marche, répondit Arpagone. Deux si on continue à courir… À condition qu'on ne meurt pas d'épuisement avant.

- S'il m'arrive quelque chose, reprit Bump, j'espère que quelqu'un prendra soin de ma précieuse collection…

- Oh, arrête avec ta stupide collection de slips ! coupa Coqueline, avant d'ajouter "J'aurais préféré qu'elle soit détruite dans l'explosion" dans sa barbe.

- Elle a raison, Bump… approuva Arpagone. Nous avons déjà suffisamment à faire que pour ne pas se préoccuper de tes sous-vêtements.

Vexé, le demi-dieu Feca s'enferma dans un silence boudeur. Coqueline et Arpagone en profitèrent pour converser à voix basse :

- Tu crois vraiment qu'Oropo est toujours vivant ? demanda la jeune Osamodas.

- Bien sûr, répondit Arpagone. Sinon, comment expliques-tu qu'on se souvienne de lui ? À ma connaissance, le décès d'un Eliotrope provoque son oubli.

- D'accord… Mais s'il a survécu à l'explosion de l'Hyperzaap, il doit sûrement être mourant. C'est quand même plutôt lâche de vouloir se venger de quelqu'un qui ne peut même pas se défendre.

- Parce que tu crois que le mensonge et la manipulation ne sont pas la marque des lâches, peut-être ?! lança une voix irritée derrière elles.

Surprises, Coqueline et Arpagone faillirent tomber à la renverse en se retournant. Sans même qu'elles ne s'en rendent compte, Ush était revenu dans leur dos.

- Nous avons déjà eu cette discussion plusieurs fois, Coqueline, reprit l'Ecaflip. Oropo s'est moqué de nous, et ne cherchait qu'à détruire le Monde des Douze au lieu de le rendre meilleur ! Il doit payer pour ça ! Nous allons le retrouver et le punir de son crime. Si tu veux nous quitter maintenant, libre à toi, on ne t'oblige pas à nous suivre. Mais si tu tiens à rendre justice, alors c'est maintenant ou jamais. Compris ?!

La demi-déesse Osamodas ne répondit pas et se contenta de se pencher vers des buissons voisins pour essayer d'y trouver des baies. Des fois, elle se demandait pourquoi elle n'avait pas refusé de rejoindre la Fratrie. En maugréant, elle résolut que lorsque toute cette affaire serait terminée, elle ne s'occuperait plus que de ses propres projets.


- Yugo, est-ce que tout va bien ? demanda Amalia d'une voix un peu inquiète.

Le jeune Eliatrope ne répondit pas, gardant les yeux rivés sur son assiette de soupe à la cawotte. La Princesse était rentrée du temple Sadida depuis quelques heures, et avait demandé à ce que l'aubergiste leur prépare un bon repas dans une salle séparée. Les choses ne furent pas à moitié faites, et ils dînèrent dans la Salle de cristal, normalement réservée aux invités de marque. Pourtant, depuis le début du repas, Yugo n'a pas prononcé le moindre mot, repensant encore à la dispute qu'il avait eu avec son frère.

Amalia posa sa main sur celle du Dieu-Roi, l'obligeant ainsi à lever la tête vers elle, et elle murmura :

- Il s'est passé quelque chose pendant mon absence, c'est ça ?

Yugo lui adressa un léger sourire. Il avait oublié que, désormais, il ne pouvait plus cacher son cœur à celle qu'il aimait. Il reprit un peu contenance, et déclara :

- Oui, c'est ça.

- Raconte…

- Adamaï est venu me voir. Il voulait que… Que je l'aide à faire quelque chose.

- Adamaï ? s'étonna Amalia. Je croyais que personne n'était au courant de ton voyage.

- Je le croyais aussi… Mais tout comme toi, il m'a suivi.

- Et que voulait-il exactement ?

Yugo hésita… Comment lui rapporter la discussion qu'il avait eu avec son frère dragon sans risquer de choquer la jeune Princesse. D'un autre côté, il se devait d'être honnête avec elle, car leur relation devait se baser sur la confiance. Il se décida finalement, et lui raconta tout. Il lui raconta qu'Oropo avait survécu à l'explosion de l'Hyperzaap (ce qui expliquait qu'on se souvienne encore de lui), que sa mort prochaine provoquerait un paradoxe temporel suffisamment puissant pour détruire le Monde des Douze, que seul lui, Yugo, avait apparemment le pouvoir d'empêcher cela et qu'Adamaï l'avait imploré de lui apporter son aide. Il lui avoua également que son frère était poursuivi par les derniers membres de la Fratrie, car ils souhaitaient se venger d'Oropo qui leur a menti et les a manipulé.

Lorsqu'il eût terminé son récit, un silence de mort tomba sur la Salle de cristal, seulement troublé par le ronronnement des conversations qui provenait de la salle commune de l'auberge. Amalia et Yugo se regardaient sans rien dire, la main de la Princesse toujours posée sur celle de l'Eliatrope. Enfin, elle prit la parole :

- Et… Et qu'est-ce que tu lui as répondu ?

- Je… J'ai refusé de l'aider. Je lui en voulais encore beaucoup pour tout ce qu'il a fait. Et je n'en suis pas fier… C'est mon frère, après tout. Je sais qu'il faudra me réconcilier avec lui, tôt ou tard.

- Et le sort de notre Monde, tu y as pensé ?

- Je sais, Amalia… Je sais que je dois agir pour éviter le pire. Mais… Je suis fatigué, tu comprends ? J'aimerais… J'aimerais tant pouvoir me reposer, et profiter d'une nouvelle vie. Une nouvelle vie… Avec toi.

À sa grande surprise, la Princesse Sadida ne lui fit aucun reproche, et ne se mit pas en colère. Au contraire, elle lui sourit avec douceur, et murmura :

- Je comprends ce que tu ressens, Yugo. Mais on ne pourra pas vivre cette nouvelle vie si le Monde des Douze vient à disparaître. Tout comme toi, je souhaite prendre une retraite d'aventures. Mais je ne peux pas rester les bras croisés si on a la possibilité d'agir. Qui sait ? Peut-être que cette bonne action sera la dernière…

- Oui, peut-être… approuva Yugo à mi-voix. Je sais que tôt ou tard, je devrais agir pour éviter un cataclysme. Mais souviens-toi que j'ai utilisé les 6 Dofus Eliatropes pour combattre Ogrest, et ce fut ma première erreur. Si je ne l'avais pas fait…

- Nox n'aurait pas retrouvé l'Eliacube et Ogrest n'aurait jamais provoqué le chaos qui porte son nom, compléta Amalia d'une voix douce. Tout ça, je le sais. Mais Yugo… Tu ne dois pas rester enfermé dans le passé. Nox a déjà commis cette erreur, et il en a perdu l'esprit. Et puis… Peut-être que cette fois-ci, tu seras récompensé pour tes efforts.

- J'en doute… Adamaï m'a dit qu'il pouvait me raconter notre passage dans l'Inglorium en échange de mon aide, mais si nous l'avons tous oublié, comment être sûr qu'il ne me manipule pas ?

À ces mots, la jeune Princesse se rappela soudain de ce qu'elle avait pensé en sortant du Temple Sadida. Or, depuis le début du repas, elle n'en avait pas encore parlé. Le moment était peut-être propice :

- Yugo… Et si Adamaï disait la vérité à ce sujet ?

- Pourquoi dis-tu cela ?

- Tu sais que ça fait plusieurs temps que j'essaye de communiquer avec mon père en priant Sadida de tout mon cœur… Je n'ai toujours pas réussi. Mais le Gardien du Temple m'a peut-être donné une piste.

- Ah oui ? Laquelle ?

- D'après lui, seul quelqu'un qui a le cœur pur peut prétendre communiquer avec les dieux. Ce qui explique que peu de gens ont eu ce privilège. Mais toi… Tu pourrais y arriver. Je sais que ton cœur est pur.

Yugo prit le temps de réfléchir aux paroles prononcées par la Sadida. Il était vrai qu'à une époque, il avait découvert que son cœur était pur, notamment lorsque Ombrage, la Shushu, n'avait pas réussi à lui voler son ombre et à faire de lui une goule. Mais le temps avait passé, depuis… Avait-il toujours le cœur pur ? Après tout, un essai ne coûtait rien. Ce serait une excellente façon de le vérifier.

- Très bien, Amalia… déclara l'Eliatrope en souriant. Je veux bien t'aider à communiquer avec ton père. Mais… ajouta-t-il, j'ai du mal à comprendre le rapport avec Adamaï et l'Inglorium.

- En sortant du Temple, reprit la Princesse, j'ai un peu réfléchi à ce qui nous était arrivé. Et je me suis demandé si, lors de notre passage dans le Royaume des Dieux, quelque chose ne s'était pas produit. Et si c'était à cause de ça que Sadida restait muet à toutes mes prières ? Je ne sais pas comment l'expliquer… Mais j'ai le sentiment que quelque chose a changé.

Un nouveau silence tomba sur la Salle de cristal. Yugo continua de manger, plongé dans ses pensées… Si Amalia disait vrai, il devait en avoir le cœur net. Après tout, Adamaï se souvenait peut-être bien de ce qui leur avait été enlevé de la mémoire. Mais… Il n'était pas certain de pouvoir venir en aide à Oropo, et pas seulement à cause de ce que l'Eliotrope leur avait fait subir. Il doutait également de ses pouvoirs à empêcher un paradoxe temporel de grande ampleur. D'un autre côté… S'il avait toujours le cœur pur, cela lui donnerait peut-être une chance. Il releva la tête vers sa bien-aimée :

- J'ai pris ma décision, affirma-t-il. Je vais essayer d'aider Oropo. Mais avant cela, je dois vérifier si je suis bien à la hauteur de ce qu'on me demande. Si j'arrive à communiquer avec ton père, alors… J'aiderais Adamaï à empêcher le paradoxe temporel.

- Je savais, répondit Amalia en souriant, que je pouvais compter sur toi. Merci beaucoup, Yugo. Merci infiniment.

Yugo sourit à son tour, puis se remit à manger. Il espérait, même s'il se gardait de l'avouer à voix haute, que cette aventure serait la dernière. Mais il ne pouvait pas rester les bras croisés, alors que le Monde des Douze était menacé.


- Vous perdez votre temps ! répliqua Alibert. Adamaï ne vit plus ici depuis plus d'un an ! Sortez de mon auberge !

- Allons, allons… fit Ush d'un ton calme. Inutile d'en venir aux menaces ou aux mains, nous ne voulons que discuter tranquillement. Mais si vous vous moquez de nous, nous devrons recourir à la force.

- Et c'est moi qui vous menace ?! fulmina l'aubergiste. Je vous ai dit la vérité ! Adamaï ne vit plus à Emelka depuis longtemps ! Vous pouvez ne pas me croire, si ça vous chante… Mais je vous conseille vivement de ne pas vous en prendre à moi ou à quiconque d'autre de ma famille !

- Ush, intervint Coqueline, je crois qu'il ne nous ment pas… J'ai fouillé toute l'auberge, je n'ai rien trouvé qui appartienne à Adamaï ou qui nous permettrait de le retrouver.

- Quant au petit garçon et son dragonnet, déclara Bump, ils affirment ne plus avoir vu, ni entendu parler d'Adamaï depuis un bout de temps.

Debout derrière Bump, Arpagone plaquait une main sur sa bouche pour étouffer son fou rire devant le magnifique trou que présentait l'arrière du pantalon du Féca, récemment brûlé.

- Bon, très bien… fit l'Ecaflip en se dirigeant vers la sortie du bâtiment. Nous n'avons plus rien à faire ici. Venez, vous autres !

Ils sortirent tous les quatre de l'auberge, sous l'œil mécontent d'Alibert.

- Bon… fit Arpagone en retrouvant un peu de son sérieux. Et maintenant, Ush ? On fait comment pour retrouver Adamaï ?

- J'étais pourtant persuadé que cet aubergiste de malheur saurait nous éclairer… bougonna Ush.

- Attends ! s'exclama Coqueline. En fouillant le bâtiment, j'ai trouvé des lettres dans un tiroir. Elles ont été écrites par Yugo. Apparemment, il serait à Astrub en ce moment même.

- Yugo ? répéta Ush. Mais la voilà, la solution ! Il saura forcément où est son frère ! On va le lui demander… Prochaine étape, Astrub ! On va enfin trouver quelqu'un qui nous renseignera !

- Et quelqu'un pour raccommoder mon pantalon… marmonna Bump pour lui-même.

- On va se séparer une fois arrivés, reprit l'Ecaflip sans prêter attention à la remarque du Féca. Nous nous retrouverons vers 13 heure devant la porte de l'Est. Si l'un de nous trouve Yugo ou quelque chose à son sujet, il ou elle n'agit pas seul(e). On doit cuisiner l'Éliatrope ensemble. Compris ?

- Tous opinèrent du chef sans dire le moindre mot, pour bien montrer qu'ils avaient compris. Visiblement, Ush ne parvint pas à lire l'agacement qu'il créait en eux sur leurs visages.

- Parfait ! conclut-il. Allez, en avant ! Direction le zaap !


Yugo et Amalia se dirigeaient vers le Temple Sadida d'Astrub. Autour d'eux, de nombreux badauds vaquaient tranquillement à leurs occupations quotidiennes. Les discussions allaient bon train, allant des dernières modes de la cité, à l'augmentation des prix de diverses marchandises, en passant par de passionnés commentaires sur les derniers résultats du championnat de Boufbowl local. Il était vraiment difficile de croire que ce genre de vie paisible était, une fois de plus, menacée par un grave danger. En cet instant, le jeune couple aurait tant souhaité être comme tous ces gens : libres du moindre souci.

- Nous sommes arrivés, déclara Amalia en s'arrêtant devant un édifice. Est-ce que tu te sens prêt, Yugo ?

- Oui, répondit celui-ci. Nous allons bien voir…

Ils entrèrent ensemble à l'intérieur du Temple Sadida.