Bonjour/Bonsoir à tous !

Rating: M

Bêta-reader: La fallafabuleuse, Psychopâte à ses heures perdues Miss Macaronii


Tout le monde resta mortellement silencieux. Seul le bruit des respirations et les cliquètements des outils médicaux venaient troubler le calme apparent.

Katakuri était assis, statique, le dos droit, les mains posées sur ses cuisses, fixant sans pouvoir s'en détacher un seul instant la personne assise en face de lui dans une position miroir à la sienne. Sauf qu'au-delà de cela et de sa respiration régulière sa vis-à-vis ne partageait rien d'autre avec lui. Son visage était vide de toute expression, non, c'était son corps entier qui semblait vide de tout.

Le médecin lui coupa la vue de l'enfant en se mettant devant elle. Il ne bougea pas pour autant. Le praticien écarta les paupières de la patiente pour passer une lumière vive devant ses iris. Après avoir relâché son visage, il poussa un soupir.

« L'examen clinique est parfaitement normal. Elle réagit bien à tous les stimuli. Il n'y aucune raison physique qui explique son état actuel. Je pencherais pour un état de choc prolongé. » expliqua le médecin à la petite assemblée réunie dans l'infirmerie.

« Combien de temps va-t-elle rester comme ça ? » demanda Oven, qui en même temps jeta un coup d'œil un peu inquiet à son grand frère qui n'avait émis le moindre son depuis qu'on avait récupéré l'illusionniste de ses bras, quasiment une heure auparavant.

« Très franchement, je n'en ai aucune idée. Cela peut durer quelques minutes, quelques heures, quelques jours et dans certains cas, cela peut aller jusqu'à plusieurs années. »

« Quoi ?! Autant de temps juste pour avoir essayé de sauter à la flotte ? C'est une blague ? » s'exclama Daifuku, résumant la pensée d'un peu tout le monde à l'annonce du diagnostic.

« D'après ce que j'ai compris, c'est plus que juste « avoir essayé de sauter à la flotte », on est face à une tentative de suicide. Il me semble que la dernière fois que j'ai vérifié, c'était catégorisé comme un acte grave mais dites-moi si je me trompe. » lâcha-t-il avec ironie. « J'ignore les raisons qui l'ont poussée là, mais un état de détresse profond, une perte de repères et l'arrêt brutal de sa tentative sont suffisants pour provoquer cette sorte de black-out dans lequel elle est à présent plongée. » finit le médecin.

Il n'ajouta pas plus de détails. L'état de choc ainsi que la possibilité d'un stress post-traumatique chez sa patiente était bien trop complexe pour pouvoir être expliqué avec la simplicité que désirait les pirates qui l'écoutaient.

« Pour l'instant il n'y a pas grand-chose à faire que de la garder dans un environnement calme. Il n'y que le temps qui aura un véritable effet sur son état. »

« C'est pas ce que Mama va aimer entendre… » grogna le blond, prenant un air un peu menaçant.

« Je ne suis pas là pour dire ce que Linlin veut entendre mais pour établir de véritables diagnostics. Allez donc lui raconter toutes les fantaisies qui lui feront plaisir, cela ne changera pas sa condition actuelle. » répliqua, blasé, le praticien en pointant la gosse.

Cela faisait bien une vingtaine d'années que Joseph voguait sur les mers et, quasiment depuis sa fondation, qu'il appartenait à l'équipage de Big Mom, il lui en fallait bien plus pour se sentir menacé. De toute façon le sujet sur le tapis était son domaine, ce n'étaient pas les gamins de la capitaine qui allaient lui apprendre son métier.

D'ailleurs ils le savaient bien puisque aucun ne répliqua. Joseph fronça les sourcils en voyant que le deuxième fils de sa capitaine était toujours aussi statique. Il savait que le jeune homme était avare d'actions superficielles mais là, ça devenait inquiétant.

« Est-ce que vous vous sentez bien Katakuri-kun ? » lui demanda-t-il.

L'interpellé eut un sursaut très léger, que beaucoup manquèrent, à l'entente de son nom. Il fixa le médecin, ce dernier trouvait ses yeux perdus comme s'il venait juste de se rendre compte de son environnement. Cela devait être le cas. Mais il se reprit assez vite, se leva et partit sans un dernier regard vers la gamine qu'il n'avait pourtant pas lâché une seconde pendant la dernière heure.

Oven et Daifuku regardèrent, un peu perdus, la porte que venait de franchir leur frère. Ce genre de réaction précipitée ne lui ressemblait pas.

« Ne vous en faites pas, il va bien. » voulut les rassurer Perospero.

« Je ne suis pas sûr que l'on puisse vraiment dire cela. » fit Joseph, il reçut un regard noir de l'aîné pour cela mais il haussa les épaules avant de sortir une cigarette. « Je ne nie pas la force évidente de Katakuri-kun, mais il semblerait que vous ayez un peu tous oublié qu'il a fait face à quelqu'un voulant se donner la mort. » Il appuya son dos contre le mur le plus proche d'un hublot et entrouvrit ce dernier avant d'allumer son tabac. « Cela ébranlerait n'importe qui de faire face à ça, surtout si vous prenez en compte le fait que ce soit lui-même qui l'ait retenue. J'ai vu des gars bien plus âgés garder des séquelles à vie après avoir dû détacher un des leurs, pendu au plafond. » Sur ce, il se mit à fumer.

« Joseph, votre avis de professionnel est toujours très apprécié mais je pense que vous vous fourvoyez. Notre frère fait face à des combats particulièrement sanglants depuis son plus jeune âge et cela ne l'a jamais ému d'une quelconque façon. A côté, cette enfant, c'est à peine si nous la connaissons, en quoi son sort pourrait-il avoir un impact sur lui ? »

« Ça, c'est votre avis, Perospero-kun. Mais opposer des évènements prémédités, habituels et préparés psychologiquement et un autre soudain, choquant et allant à l'opposé des situations connues, c'est peu honnête de votre part. »

« Donc vous pensez que Katakuri, l'un des meilleurs combattants de Mama, un des plus implacables et des plus efficaces dans les mises à mort de nos ennemis, est traumatisé par la tentative de saut à la mer d'une gamine dont nous ignorions l'existence i peine un mois ? » Il leva les yeux en l'air. « Et c'est moi qui ne suis pas honnête dans ma description. »

Le médecin prit son temps pour souffler sa dernière bouffée de fumée. Puis il écrasa son mégot contre le mur, là où une multitude d'autres traces de petites brûlures étaient visibles, et le jeta par le hublot qu'il referma.

« Je ne vais pas débattre avec vous sur ce sujet toute la nuit. Nous savons tous les deux comme vous pouvez être de mauvaise foi quand vous êtes convaincu de quelque chose. » Il retira sa blouse blanche en marmonnant un « comme votre mère » puis conclut : « Je pense qu'un gamin de dix-huit ans à tous les droits du monde d'être choqué par la vision d'une tentative de suicide. De cet avis de doctorant en médecine, faites-en ce que vous voulez, c'est pas mes affaires. Sur ce, bonne nuit. » Et il prit la direction de la sortie.

« Attendez Joseph ! » l'arrêta Compote, elle n'avait pas prononcé un mot jusqu'alors. « Que faisons-nous de la gamine ? »

« Laissez-là donc ici, elle sera au calme et déjà là pour l'examen de demain. Mettez juste quelqu'un devant la porte au cas où elle réagisse pendant notre absence. » lui répondit le docteur après avoir jeté un regard à la concernée qui était égale à elle-même : apathique.

« C'est tout ? Vraiment ? »

Il haussa les épaules.

« Dans cet état elle ne risque pas d'aller bien loin et ce n'est pas ce soir qu'on pourra faire quelque chose. L'équipe de nuit s'occupera d'elle, je vais aller les prévenir. Allez plutôt tous dormir. »

Sur ces mots il sortit enfin. Les enfants restants se regardèrent un instant et ne voyant pas d'autre option s'offrant à eux, suivirent le conseil du praticien. Il s'était passé bien assez de choses aujourd'hui.


Joseph retrouva la gamine dans l'exacte position où ils l'avaient laissée la veille dans l'infirmerie. Si cela lui provoqua la moindre surprise, il n'en montra rien. Comme tous les matins, il finit tranquillement sa tasse de café puis après l'avoir posée à côté des autres sur son bureau, il enfila sa blouse. Il prit ensuite les notes que lui avait laissées la garde de nuit et les lut en fumant, posé contre le mur le plus proche du hublot qu'il avait entrouvert.

Quand il eut terminé son petit rituel, il porta enfin attention sur sa patiente. Qu'allait-il bien pouvoir faire d'elle ? Il la jaugea des pieds à la tête. Elle pourrait être morte, figée par la rigidité cadavérique dans cette position que ça ne l'étonnerait pas. Mais le mouvement discret et régulier de sa cage thoracique venait démentir cette hypothèse.

« Hey gamine, comment vas-tu ? » tenta-t-il, en prenant une chaise et s'asseyant devant elle.

Il n'attendait pas grand-chose de cette tentative. Elle répondit parfaitement à ses attentes en ne réagissant pas.

« Est-ce que tu as faim ? »

Encore rien.

« Est-ce que tu veux aller aux toilettes ? »

Toujours rien.

« Est-ce que je t'emmerde ? »

Rien.

Joseph se demanda si ce n'était pas pire que ce qu'il avait pu prévoir. Un état de choc, c'était quelque chose, mais si elle était même incapable de donner satisfaction à ses besoins primaires de survie… et bien son désir de mettre fin à ses jours risquait fort, lui, d'être satisfait. Il soupira à l'idée de la charge de travail qu'allait représenter la gamine. Après, la curiosité scientifique de son cas était suffisante pour compenser ce léger désagrément.

Il se leva et ouvrit la porte qui donnait sur la plus grande partie de l'infirmerie. Une longue salle, essentiellement remplie par des rangées de lits blancs et des armoires pleines des d'instruments nécessaires aux premiers secours. Ce matin-là, il y avait peu de patients et au vu de l'heure matinale, tous dormaient encore. Peu concerné, le médecin héla une des infirmières qui passait entre les rangs des couchettes.

Il lui demanda de quoi nourrir sa jeune patiente et referma la porte sans attendre qu'elle acquiesce. En l'attendant il se mit à préparer ses instruments, rien de bien méchant, juste le nécessaire pour vérifier les fonctions vitales. Stéthoscope et compagnie. Après un regard et un reniflement blasé, il ajouta une éponge, un pain de savon, et remplit une bassine d'eau. Il demanderait des vêtements de rechange à l'infirmière quand elle reviendrait. Enfin, de rechange, des vêtements déjà, se dit-il en détaillant les bouts de tissus qui avaient servi à habiller la gamine. Il faudrait vraiment qu'il parle à Linlin du traitement de ses prisonniers, surtout de ceux qu'elle comptait garder, au moins lui faire comprendre les bénéfices de l'hygiène de base sur la durée de vie d'un individu.

Sur ces entresfaites, on toqua à la porte. Sans attendre sa réponse, ce qui le fit grogner de désappointement, un peu de politesse dans ce bas monde bordel ! l'infirmière rentra avec le plateau demandé mais pas seule. Elle était suivie par la première fille et le deuxième fils de la capitaine. Joseph passa une main sur son visage fatigué, la journée avait à peine commencé et on prenait déjà son office pour un moulin.

« Comment est-elle ce matin, Joseph ? »

« Bonjour à vous aussi, Compote-san. Oui, j'ai plutôt bien dormi cette nuit mais j'ai trouvé le café un peu raté ce matin. » répondit-il ironiquement. Il lui fallait une cigarette.

Au moins la demoiselle eut la sympathie de paraître gênée par son manque de politesse. Ce qui ne fut pas franchement le cas de son frère qui se posa contre un mur, les bras croisés, et ne bougea plus, ni d'ailleurs de l'aide-soignante qui lui envoya un regard noir à son ton railleur, pas vraiment son côté le plus apprécié chez la gente féminine, quoiqu'il s'en moquait pas mal. Il la renvoya sans plus de cérémonie qu'à son habitude, sans oublier de lui demander les vêtements nécessaires. Quand elle fut sortie, Compote reprit la parole.

« Pardon pour mon empressement Joseph mais vraiment, est-ce qu'elle va mieux ? »

« Vous avez l'impression qu'elle va mieux ? » Il haussa un sourcil en allumant son briquet.

La jeune femme jeta un regard à l'enfant, on pouvait si facilement lire ses pensées sur son visage à cet instant. Son sérieux habituel fondit pour de la surprise en remarquant la pose similaire à la veille de la gamine, puis du désarroi en constatant le même manque de réactivité et un véritable malaise en croisant ses yeux vides.

« Est-ce… Est-ce qu'elle a seulement bougé ? » lui demanda-t-elle.

« Pas le moins du monde. Rien, aucune réaction. Pas d'envie, pas de besoin, rien du tout. Si j'étais un connard je dirais même que c'est la femme parfaite. »

La jeune femme lui envoya un regard noir, qui en aurait fait s'écraser plus d'un.

« Vous êtes un connard, Joseph. » assena-t-elle comme un rappel.

Il rit à sa remarque, sans vraiment de joie.

« C'est vrai, mais c'est pas vraiment mon genre de femme non plus. »

« C'est une enfant, pas une femme. »

Elle croisa ses bras et leva le menton. L'image de la dame qui ne conçoit aucune contestation à ses remarques. C'était de celles-là que Joseph préférait se moquer.

« Ah oui ? Comment le savez-vous ? Elle vous l'a dit ? »

« Cela me semble évident » dit-elle en pointant du doigt leur sujet. Il lui lança son regard le plus blasé en tirant sur sa cigarette.

« Pas vraiment. Non. Même pas du tout. » Il souffla sa fumée et avant que son interlocutrice proteste, il enchaîna. « A moins que votre définition d'enfant englobe tous les individus que vous maternez d'une quelconque façon Compote-san, je ne pense pas qu'on peut l'appeler comme ça. » Il désigna d'un geste vague sa patiente. « A vue de nez, elle mesure approximativement deux mètres quatre-vingts, pas grand-chose pour vous mais c'est pas souvent que les enfants atteignent cette taille. Elle est peut-être toute fine et osseuse, mais on voit parfaitement que les traits de son visage ont perdu la rondeur qu'ont ceux des gamins, de plus ses hanches et sa poitrine son développées, et pour finir son index est plus long que son annulaire sur les deux mains, donc elle a dû passer ou est en train de finir sa puberté. Des radios et des tests sanguins pourront mieux corréler tout cela, mais je lui donne entre treize et dix-huit ans. C'est large comme fourchette mais comme elle a l'air d'être en carence depuis longtemps, une marge d'erreur assez conséquente doit être prise en compte. »

Cette déduction souffla les mots de la bouche de la jeune femme, même son frère, qui était pourtant resté statique jusqu'à présent, lui jeta un regard un peu écarquillé. Il n'était pas le médecin principal de l'équipage pour rien et le rappeler de temps en temps ne faisait pas de mal à son égo.

« J'imagine que c'est à l'appréciation de chacun, mais médicalement ce n'est pas une enfant. Au mieux une adolescente si ça peut vous faire plaisir. » conclut-il.

Comme pour mettre fin à ce débat, un puissant gargouillement retentit dans la pièce. Ils se tournèrent tous vers la jeune femme, vu qu'il semblait que c'était ce qu'elle était, mais n'obtinrent aucune réaction d'elle, si ce ne fut un autre gargouillement venant de son ventre.

« Après sa tête voilà son ventre qui est vide. Vous pourrez dire ça à Linlin, elle est toujours capable d'avoir faim. Je suis sûr que ça lui fera plaisir. »

Il prit sur le plateau l'assiette pleine de nourriture et la tendit à sa patiente.

« T'es peut-être pas très connectée à la réalité gamine, mais j'espère bien que tu comprends que t'as besoin de répondre aux appels de ton corps. »

Elle ne réagit nullement, statique encore, les yeux vides. Joseph bougea la main devant ses derniers, ne provoquant aucune réaction. Avec un soupir il prit une cuillère du potage que constituait le repas et l'apporta à sa bouche.

« Je vais pas faire ça souvent alors profite, gamine. » Toujours rien. « Sois pas difficile, tu meurs de faim ça s'entend d'ici. » Rien encore. « S'il te plait gamine, est-ce que tu veux bien arrêter de te laisser mourir ? »

Un mouvement brusque, pas de la patiente, non elle resta parfaitement immobile, mais derrière le médecin Katakuri s'était vivement redressé à ses paroles. Il traversa la pièce en deux pas, prit l'assiette des mains de Joseph et la posa d'office sur les genoux de l'apathique.

« Mange. » fut la seule parole qu'il dit. Mais elle fut prononcée d'un ton si catégorique et froid que cela fit ressentir un frisson peu agréable au médecin, le retenant de laisser échapper une remarque sur l'utilité peu probable de son intervention.

Au final ce ne fut pas plus mal qu'il tint sa langue, car juste après la jeune illusionniste bougea. Elle saisit l'assiette de soupe, la porta à ses lèvres et but son contenu sous le regard écarquillé de surprise du docteur.

Putain et dire qu'il était allé jusqu'à dire « s'il te plait » pensa-t-il.

« Et bien. Merci, je suppose, Katakuri-kun. Reste encore à savoir si c'est parce que c'est vous ou parce que c'est un ordre qu'elle a réagi, mais c'est déjà un début. »

« C'est l'ordre. Elle ne comprend que les ordres. » souffla-t-il et là-dessus il retourna à sa place précédente contre le mur, enfoncé dans son mutisme.

Bon au moins, il avait la solution pour éviter de devoir la mettre sous perfusion. Il s'en contenterait, pour l'instant, mais il gardait bien en tête la façon très étrange dont le jeune homme agissait avec la gamine. Pas sûr qu'il soit remis de l'avoir empêchée de se jeter à la mer.

L'infirmière revint enfin avec les vêtements demandés et regarda, très surprise, la patiente qui buvait toujours son potage. Joseph la repoussa rapidement vers la sortie, lui ordonnant de s'attaquer à ses tâches journalières, parce que son bureau n'était toujours pas un putain de moulin dans lequel on rentrait sans demander sa permission !

« Bon maintenant, cassez-vous les gamins et allez raconter ce que vous avez vu à votre Mama. Vous lui ferez sûrement très plaisir. » souffla-t-il, exaspéré.

« A vrai dire Joseph, si je suis venue ce n'est pas pour rapporter à Mama son état mais pour m'occuper d'elle. » intervint Compote.

« Vous occuper d'elle ? Vous avez dégotté un diplôme d'infirmière pendant la nuit Compote-san ? »

« Non. » La jeune femme aux cheveux verts inspira doucement pour garder son calme face au sourire en coin ironique du praticien. « Mais avant que tout cela n'arrive, j'avais été chargée de mettre dans un état présentable l'illusionniste. »

« Si vous voulez tant que ça la pouponner, faites donc. Et vous Katakuri-san ? Vous êtes venu aussi pour lui brosser les cheveux ? »

Il n'obtint rien de plus qu'un petit coup d'œil. Franchement si le gamin ne réagissait même plus à ses moqueries, il allait sérieusement commencer à s'inquiéter.

« Mon frère est juste venu pour la surveiller au cas où elle se remettrait à être violente. » lui répondit à sa place sa sœur.

« Bien, comme vous pouvez le voir c'est pas ce qui semble au programme alors jeune homme, je vous demanderais de faire de la place. »

Encore ce coup d'œil mais pas de mouvement. Il faisait sa crise d'adolescence ou quoi ? Pourquoi aucun des foutus gamins de Linlin ne l'écoutait donc jamais ? Il sortit une cigarette.

« Compote-san, pouvez-vous faire comprendre à votre entêté de petit frère l'inutilité de sa présence dans mon bureau ? » Après un regard appuyé de sa part, il ajouta « s'il vous plaît. » Lui arracher la langue aurait sûrement donné la même expression à son visage. Il alluma sa précieuse cigarette.

« Kata » souffla la jeune femme d'un ton doux et maternel. « Peux-tu sortir s'il te plaît, je ne pense pas qu'elle puisse nous faire quoique ce soit. » Voyant qu'il ne bougeait pas, sa voix se fit plus ferme. « Veux-tu bien offrir un peu d'intimité à cette pauvre fille ?! La dernière chose que j'attends, c'est bien que tu deviennes un vulgaire voyeur ! »

« Pardon ? » L'accusation le prit tellement de court qu'il ne put retenir son exclamation.

« Que crois-tu que je vais faire d'elle ? Je vais la déshabiller pour lui donner un bain ! Son manque de réaction ne te donne pas le droit d'agir comme un pervers ! »

« Quoi ?! Mais je… »

« Tutututu pas de mais qui tienne. » Elle le saisit par le bras et le tira vers la sortie. Abasourdi, il se laissa faire. « Je n'ai pas intérêt à te surprendre à essayer de jeter un coup d'œil dans cette pièce ! »

Sur cette menace elle le mit sans plus de cérémonie à la porte. Assez brusque mais efficace, le genre de méthode que ne reniait pas Joseph, qui eut bien envie d'applaudir la jeune femme pour ce petit spectacle. A la place il leva les mains en l'air, elle s'était tournée vers lui et le fusillait du regard.

« Voyons Compote-san, je suis médecin, je sais parfaitement faire preuve de professionnalisme sur le respect de l'intimité de ma patiente ! »

Elle accepta sa défense avec un reniflement dédaigneux. C'est qu'elle aurait été capable de le virer de son bureau cette petite peste !

Cling !

Ils sursautèrent. La gamine avait fini son plat et ayant répondu à l'ordre simple qu'on lui avait donné, elle était juste revenue à sa position initiale, lâchant brusquement son assiette qui c'était écrasée au sol en mille morceaux.

« Oh non, tu t'es complètement tâchée. » s'exclama Compote en se mettant aux côtés de la gamine, évitant les morceaux de vaisselle au sol. Elle fit tourner sa tête dans sa direction et essuya la bouche et les joues de la plus jeune en soupirant sur le fait qu'elle était toute sale.

Le médecin regarda sans un mot son plancher recouvert de porcelaine et de taches de potage, tout en sortant une cigarette de son paquet. Il leva les yeux sur les deux filles et en sortit une autre qu'il cala sur son oreille. Aucun respect pour son foutu bureau.

« Au lieu de fumer vous ne voulez pas faire votre boulot ? » lui dit la jeune femme.

« Au lieu de vous prendre pour votre mère, vous ne voulez pas plutôt justement me laisser tranquillement le faire. » répondit-il avec un regard noir.

Elle ne baissa pas les yeux et ils s'affrontèrent ainsi plusieurs secondes avant que, dans un mouvement exaspéré, Joseph lance par le hublot sa cigarette à peine entamée. Sans un mot de plus ils se répartirent les tâches. Lui, lavant son pauvre sol, elle découpant les restes de bandage devenus noirâtres qui entouraient la poitrine de la gamine.

Compote découvrit, impressionnée, qu'il n'y avait aucune marque de la blessure à son flanc, pas de trace, ni de bleu et encore moins de cicatrice. Quand elle avait écouté le rapport du combat entre la plus jeune et Katakuri, elle s'était attendue à découvrir quelque chose de bien pire mais rien. Sa capacité de guérison était vraiment impressionnante. Joseph posa sur la table une bassine d'eau et tendit à la jeune femme l'éponge et le savon. Elle les accepta avec un petit claquement de langue mais ne fit aucune remarque, sachant pertinemment que le médecin arrivait doucement aux limites de sa courte patience.

Ce dernier se mit à ausculter la jeune fille. Son rythme cardiaque et sa respiration étaient réguliers mais lents, son corps semblait s'être mis dans le même état de veille que son esprit. Il manipula avec précaution sa tête, faisant attention à ce que ses mains ne se retrouvent pas coincées dans le désordre de nœuds et de saletés qu'étaient ses cheveux. Elle se laissait faire avec une facilité qui dénotait avec la violence dont elle avait pu faire preuve avec le premier médecin qu'on lui avait envoyé, l'état de son corps brisé en ayant été la preuve. Dans son inspection, il ne trouva aucune plaie ou bosse sur son crâne, il trouva cela étrange. On lui avait rapporté la violence avec laquelle il avait fallu la mater et indiquer certains coups qu'elle avait pu recevoir. Cela ne datait pour certain que d'hier, il devrait rester quelques traces. En fronçant les sourcils, il défit la petite atèle que Compote avait fait à la gamine pour son nez brisé. Il l'avait laissée en place après l'avoir rapidement inspectée la veille l'ayant trouvée suffisante, il l'avait laissée en place pour se préoccuper du reste qui avait alors semblé bien plus important. Avec un toucher délicat, il examina la zone fracturée, ou du moins qui aurait dû l'être. Il eut un instant de blanc puis se tourna vers l'autre jeune femme qui passait l'éponge humide sur le bras gauche de la patiente.

« Compote-san vous êtes sûre que son nez était cassé ? »

« Evidemment. Je sais ce que vous pensez de mes compétences de soins, mais j'ai assez vu de nez cassés dans ma vie pour en reconnaître un. » répondit-elle un peu vexé qu'il remette en cause son avis.

« Alors je ne sais plus quoi dire. C'est déjà guéri. »

« Quoi ? » s'exclama-t-elle en le regardant, effarée.

Guérir vite, c'était une chose, se remettre d'os brisés en vingt-quatre heures, c'en était une autre.

« La zone est encore un peu sensible et fragile, mais il est clair que la fracture n'est plus présente. »

Ils étaient tous les deux impressionnés, surtout le médecin. Il en avait vu des hommes et des femmes résistants, des forces de la nature auxquelles les règles basiques de la physique et de la santé ne s'appliquaient pas, Linlin en étant l'exemple le plus parlant, mais jamais il n'avait rencontré quelqu'un qui pouvait se remettre aussi rapidement sans l'intervention d'un fruit du démon. C'était bien triste que cette capacité ne s'applique pas à sa santé mentale.

« Cela explique pourquoi elle n'a pas la moindre cicatrice. » souffla la jeune femme aux cheveux verts.

« Pas la moindre ? »

Comme réponse, Compote lui montra le bras de la gamine qu'elle venait de laver. Sous la couche épaisse de saleté et de poussière, il se révélait une peau pâle, vierge de toute trace. Joseph prit sa main propre, elle avait les doigts longs et fins, osseux était un terme plus adapté, des ongles courts sous lesquelles résidaient encore de la crasse mais ils n'étaient pas abîmés. Sa paume avait tout de même des callosités, preuve de longues heures de pratique avec un outil ou une arme mais à part cela aucune petite écorchure. Comment cette fillette avait-elle donc pu vivre dans la plus profonde pauvreté sans en ressortir avec la moindre marque ?

Il voulut en être sûr, rapidement il prit une autre éponge dans ses affaires et avec la jeune femme, ils firent apparaître à la lumière du jour la peau claire du corps de l'illusionniste. Avec un ordre distinct, ils la firent se mettre debout et lui retirèrent son bas qui était dans un si mauvais état qu'en tirant dessus les quelques fils qui le faisaient encore tenir se cassèrent. Elle avait l'air si fragile. La couche de saleté qui disparaissait au fur et à mesure avait des allures d'armure protégeant une toute jeune fille. Elle était bien loin de la sauvageonne agressive qui mordait et attaquait à la moindre occasion.

Le médecin prit le temps de palper ses muscles, il regarda ses dents et prit une brosse pour la passer dans ses cheveux. L'autre femme, qui changeait pour la quatrième fois l'eau de la bassine, se permit une petite remarque là-dessus, lui demandant s'il avait une soudaine envie de jouer à la poupée. Il ne rebondit pas sur sa pique, avec beaucoup de sérieux, il se mit à lui énoncer les éléments qu'il avait relevé.

« Comme vous l'avez dit elle n'a aucune cicatrice, pas un bleu, pas une coupure. Quelques zones un peu rouges et là où elle a été blessée, son corps a quand même un réflexe de recul lorsqu'on le palpe. J'imagine que c'est encore douloureux même si on ne peut pas le voir et qu'elle ne l'exprime pas. C'est très intriguant. En tout cas je ne pense pas qu'elle soit véritablement en carence, ni en sous-nutrition depuis longtemps. »

Il fit asseoir la gamine, s'installa à son bureau et se mit à écrire toutes ses observations en continuant à les donner à la jeune femme, parler l'aidait à réfléchir.

« Chez l'enfant, certains des symptômes de la malnutrition sévère sont le gonflement de l'abdomen et des membres, ici il est évident que ce n'est pas son cas. Ce qui confirme à nouveau qu'elle a dépassé l'âge de l'enfance. Elle est bien plus proche de l'adulte. Mais alors, en parlant de malnutrition même sans qu'elle soit sévère, il devrait y avoir une atrophie musculaire, mais bien que peu développés ses muscles sont bien présents. Après il est vrai que certains le sont plus que d'autres. En dehors de ça, sa peau est sèche et ses cheveux sont très abimés, en plus du fait qu'elle les perd par touffes entières. » expliqua-t-il en prenant un instant pour montrer la brosse qu'il avait utilisé, si pleine des cheveux sales de la gamine qu'on en distinguait plus les dents. « Le plus évident sur son état c'est qu'elle est rachitique, ses côtes et sa colonne vertébrale sont parfaitement visibles mais sa dentition est dans un état parfaitement honorable, certains des hommes sur ce navire sont bien pires qu'elle à ce niveau-là. »

« Je suis un peu perdue. Qu'est-ce que vous vous voulez dire à la fin. » le coupa Compote.

« Ce que je veux dire c'est que, oui, elle est actuellement dans un état de sous-nutrition mais que c'est quelque chose de plutôt récent. Elle a bien quelques retards de croissance, comme certaines dents qui n'ont pas poussé, mais si elle avait vraiment vécu sans combler les besoins de son organisme, elle ne serait pas aussi grande, son état de santé ne serait pas aussi … prodigieux et elle aurait été incapable de juste tenir debout quelques secondes face à votre frère ! »

« Alors, elle n'a pas toujours vécu dans la pauvreté comme on l'a trouvée ? Mais pendant combien de temps a-t-elle vécu comme ça ? » s'horrifia-t-elle. L'idée d'une petite fille abandonnée par les siens dans la misère se formait doucement et lui donnait des frissons.

« Difficile à déterminer, si elle avait la constitution d'une personne normale, je dirais quelques mois mais ça n'a pas l'air d'être le cas. Si elle fait partie de ses individus comme votre famille qui ont un organisme naturellement plus puissant que la norme, cela peut monter d'un an à plusieurs années. Je pense que ça ne doit pas avoir excédé les cinq ans. »

« Alors avant cela elle ne vivait pas seule ? Avec sa famille peut-être. Vous croyez qu'ils sont toujours en vie ? » Elle espérait bien que non, mieux valait la mort qu'abandonner son propre sang à ses yeux.

« Je n'en sais rien du tout. Il n'y a qu'elle pour nous dire comment elle a vécu. Peut-être qu'elle avait une famille, peut-être qu'elle en a encore une, peut-être aussi n'en a-t-elle jamais eu. Ce ne sont et cela ne restera que des suppositions tant qu'elle sera dans cet état. »

« Cela serait bien plus simple si on était sûrs qu'elle n'a pas de famille là-bas, pas d'attache. » C'était surtout bien plus simple d'imaginer une enfant qui avait toujours été seule et qui aujourd'hui avait besoin d'être entourée.

« Rien n'est simple. N'avoir eu personne dans sa vie n'est pas cohérent avec le fait qu'elle a dû vivre des longues périodes de sous-nutrition avec d'autres où elle a dû développer ses capacités. Je pense que quelqu'un a pris soin d'elle une bonne partie de sa vie, quelque chose entre la fin de la petite enfance et le début de sa puberté, ça corrélerait avec certains de ses retards de croissance. »

« Pourquoi forcément quelqu'un ? Pourquoi ne pas imaginer qu'il y avait des périodes où il était plus simple pour elle d'avoir de la nourriture ? » questionna la jeune femme. S'il n'y avait personne tout serait plus simple, il valait vraiment mieux qu'il n'y ait personne pour la gamine. Juste eux, maintenant et pour l'avenir.

« Simple supposition mais je ne pense pas me tromper. Avez-vous lu les rapports sur l'île dont est originaire cette gamine ? Parce que moi oui, le climat y est constant, la nourriture ne manque jamais vraiment. Par contre le traitement réservé aux plus défavorisés y est très violent, même aux plus jeunes. Surtout aux plus jeunes, d'ailleurs. Je ne pense pas qu'elle est pu s'en sortir après y avoir passé toute sa vie, dans un état physique aussi correct sans avoir été protégée. »

« Alors elle aurait perdu son protecteur et elle aurait eu à nouveau des difficultés à se nourrir ? » Si elle l'avait perdu alors… Il n'y avait plus personne ? Plus d'attache ?

« Cela vous semble impossible ? »

« Pas vraiment, non c'est plutôt cohérent. Même si je me demande qui. Dans son rapport Kata avait noté le fait que la population locale semblait être autant terrifiée que haineuse à son sujet. » Ce potentiel quelqu'un devait être mort, il avait intérêt. Mais cela serait encore mieux s'il n'existait pas. Sans existence, pas de souvenirs et sans souvenirs, pas d'attaches.

« Ça, se sont des choses qui ne peuvent être expliquées que par les concernés. Je ne peux pas répondre à bien plus. » conclut Joseph en finissant ses notes.

Compote prit les vêtements neufs, et avec des ordres clairs, prononcés sur un ton très doux et un peu désolé, réussit à l'habiller. Elle attaqua ensuite la tâche ardue que représentait ses cheveux. Elle prit un peigne et avec autant de délicatesse que possible, tenta de démêler quelques nœuds de l'affreux nid d'oiseau. Mais même en y mettant le plus de soin possible, de longues mèches tombaient de son crâne. La jeune femme en gémit de dépit. Maintenant qu'elle était propre, Compote avait vu la féminité dans les traits de la gamine et n'avait pu s'empêcher de penser qu'elle serait tellement jolie avec une belle chevelure les mettant en valeur. Mais l'état désastreux de cette dernière l'en empêchait. Elle demanda à Joseph ce qu'il pourrait faire pour cela. Sans lever les yeux de ses papiers qu'il relisait, il lui tendit une paire de ciseaux. Le message était clair.

C'est avec un peu de tristesse que la jeune femme fit jouer les lames dans les mèches. Heureusement, en délestant la tête des nœuds les plus lourds, il devint plus clair qu'elle pourrait laisser à la gamine une longueur suffisante pour effleurer ses épaules. De quoi pouvoir lui faire de jolies coiffures dans un avenir proche. En attendant, elle fit pencher en arrière sa tête pour finir de la laver. Avec le savon, les derniers restes de saleté partirent enfin. Là où le tout avait toujours semblé avoir des tons sombres, ternes et grisâtres, la teinte une fois purifiée se révéla être un riche magenta au sous-ton pourpre. C'était peu commun. Pas rare. Compote avait elle-même une chevelure décrite comme peu commune avec sa couleur vert émeraude et ses nombreux frères et sœurs n'étaient pas en reste sur le sujet. D'une certaine façon, cette chose aussi triviale qu'une coloration de cheveux acheva de la convaincre que cette fille avait sa place dans leur famille.

Oui, dans leur famille, pas juste dans l'équipage. L'idée avait fait doucement son apparition au fil du temps où elle avait été en son contact. Sa force et sa taille complètement anormales aux standards humains avaient été une base solide pour imaginer cela. Toutefois sa violence à leur égard l'avait fait garder cela au fond de son esprit, elle ne pouvait tolérer qu'on s'en prenne à ses petits frères. Mais en la voyant la veille, si désemparée, si perdue, à la recherche désespérée d'une protection, ses instincts avaient été plus forts. A présent elle était complètement inoffensive, elle n'avait plus qu'à guérir et Mama, en la voyant ainsi finira par prendre son point de vue. Elle deviendrait sa petite sœur, une qui se battrait pour la famille et qu'elle devrait protéger. Cela serait si parfait !

La tête toujours penchée en arrière, le regard vide, la gamine brisa sa rêverie.

« Redresse toi. » lui ordonna-t-elle pour ne plus affronter ses yeux ternes, sans vie.

Il fallait juste qu'elle guérisse ! C'était si peu demander ? Mama ne voudrait pas la garder si elle ne voyait pas quoi en faire. Pour l'instant elle était sauve car elle répondait aux ordres mais qu'en serait-t-il quand ils voudraient faire usage de ses capacités ? Et pour les missions plus complexes ? Il fallait qu'elle sorte de cet état.

« Elle ressemble finalement à quelque chose. »

La remarque de Joseph la sortit de sa réflexion. Il avait les mains dans les poches de sa blouse et jaugeait sa patiente. Il avait toujours cette expression fatiguée mais la jeune femme voyait dans ses yeux l'étincelle de joie qu'il avait quand un de ses malades montrait des signes encourageants de rétablissement. Ce n'était, sur le papier, pas grand-chose que de laver l'illusionniste mais quand on voyait le résultat on comprenait que cela changeait tout. Même dans cette état apathique, Mama allait forcément lui offrir du temps, quand elle la verrait. Les espoirs de guérison étaient là.

« Rappelez-moi Joseph. Cela peut durer combien de temps son état de choc ? »

« Quelques secondes, une poignée de minutes, plusieurs heures, une succession de jours ou des années. » répondit-il presque poétiquement.

« Même si c'est la vérité, pouvez-vous éviter de le mentionner à Mama dans votre rapport s'il vous plaît ? »

Il acquiesça, il comprenait la nécessité qu'il y avait derrière sa demande. Il lui tendit un tas de feuilles, dessus ses notes sur la gamine.

« Je ne mentionne pas cette éventualité là-dedans, vous pouvez lui remettre. »

Elle les prit en le remerciant dans un souffle. Parfois le médecin perdait son masque d'ironie acerbe et cela rappelait pourquoi c'était si intéressant de le compter parmi ses alliés.

« Vous allez la surveiller, n'est-ce pas ? » lui demanda-t-elle, en laissant filer un peu de son inquiétude dans sa voix.

« Je crois bien que c'est mon seul boulot à présent. Ne vous inquiétez pas, elle sera toujours ici quand vous reviendrez. » Il reprit son sourire moqueur et ajouta. « Tâchez de revenir avec le nom de la gamine la prochaine fois, ça devient vraiment chiant de pas pouvoir la nommer correctement. »

Elle lui sourit à cette remarque, c'était vrai elle aussi aimerait bien pouvoir appeler par un vrai nom l'illusionniste. Tous ces noms détournés pour la dénommer devenaient franchement ridicules. Elle sortit enfin de l'infirmerie avec un dernier regard derrière elle.

Après avoir fermé la porte, les papiers qu'elle tenait lui semblèrent peser une tonne. Ils refermaient assez d'informations pour faire balancer l'avis de Mama sur le sort de la jeune fille. Le chemin vers la cabine de la capitaine ne lui avait jamais paru aussi court et long à la fois.

La porte la reconnut immédiatement et lui ouvrit le passage avec une salutation chaleureuse. A l'intérieur, Mama était là et donnait des ordres à plusieurs homies pions sur la marche à suivre pour leur arrivée prochaine sur leur territoire. Elle ponctuait ses phrases avec des remarques pour ses fils qui attendaient dans un coin de la pièce. Certainement appelés pour quelque chose mais obligés de patienter le moment où la capitaine serait d'humeur à le leur partager. Pour l'heure, elle était surtout d'humeur à leur lancer des petites piques sur leur façon de gérer les balbutiements d'organisation de son futur royaume. Un projet si cher à ses yeux qu'elle ne manquait jamais de le rabâcher à toute heure. Autant dire que ce n'était pas un moment où on avait particulièrement envie de faire son rapport, mais avec la force de l'habitude, la jeune femme signala sa présence à sa mère avec un grand calme.

Big Mom eut des exclamations pleines de joie en la voyant, mais ce fut pour aussitôt tourner le sujet sur la petite illusionniste. Sa fille lui tendit le fameux rapport de Joseph, en le lui résumant, prenant bien soin d'arrondir et d'adoucir les nouvelles les plus sensibles pour aussitôt rebondir sur la nouvelle apparence de la gamine, que Mama allait adorer elle en était sûre. La capitaine posa le papier à côté d'elle, mais n'y jeta pas un œil, elle faisait toujours cela, donnant l'impression qu'elle ne les lisait jamais vraiment. Il ne fallait pas s'y méprendre, plus tard elle y porterait toute son attention et si ce qu'il contenait ne lui plaisait pas, ils allaient rapidement l'entendre. Pour l'heure elle gardait toute sa jovialité enfantine et chassa les homies de sa cabine.

« Tout ce que tu me dis là, Compote est parfait. Cela arrive au bon moment. » Elle fit un signe aux garçons pour qu'ils se rapprochent, mettant enfin fin à leur calvaire. « Car j'ai enfin trouvé un nom pour la petite illusionniste ! A présent nous nous référerons à elle uniquement avec ce patronyme. »

Elle prit une pause pour ménager un petit effet, attendant sûrement des exclamations de leur part. Mais devant son immense sourire, ils restèrent silencieux. Trop impatiente pour s'en soucier elle continua donc.

« Maintenant notre petite illusionniste portera le nom Shinsekō ! »

Et ainsi fut-elle nommée. Et ainsi disparut tout ce qui restait de l'enfant.


Mon bébé Shin' 3 Enfin nommé.

N'hésitez pas à me partager vos avis.