Thème du jour : Frisson

Contexte : suite de Libre


Chaque matin, lorsqu'il se réveille, Tyrion frissonne.

(Des rêves d'or et de sang. Un chevalier splendide qui lui tend la main et qui sourit. L'amour, et puis la mort.)

Ces étranges songes qui ressemblent à des souvenirs tournent en boucle dans son esprit sans qu'il ne parvienne à en tirer quelque chose de concluant – à vrai dire, il n'est pas certain d'avoir vraiment envie d'y parvenir.

(Un chevalier. La mort, la mort, la mort.)

Alors, quand sa meilleure amie lui envoie un message pour lui proposer de se retrouver dans leur café préféré, il n'hésite pas avant d'accepter – il accepterait n'importe quoi qui soit susceptible de lui changer les idées.

(Une femme aux longs cheveux dorés. La haine. L'amour, aussi, étrangement. La mort, bien sûr.)

Peu importe à quel point il essaye de penser à autre chose, Tyrion finit toujours par laisser ses pensées dériver vers ces échos d'une gloire passée et d'un empire dévasté.

Lorsqu'il retrouve Cersei, il pense que, grâce à elle, il va parvenir à oublier tous ces frissons qui le parcourent en permanence, juste un peu, il pense que ces souvenirs qui ne peuvent pas en être vont le laisser en paix.

(Il se trompe, bien sûr.)

Il croise son regard et, pour la première fois de sa vie, songe que ses yeux émeraude ont exactement la même couleur que les siens.

Un violent mal de crâne le fait légèrement vaciller – un château, des dragons, un procès, un siège, le chevalier d'or, un exil, un massacre, deux cadavres, la femme aux cheveux dorés...

La femmes aux cheveux dorés.

Un voile recouvre les prunelles vertes de Cersei et quand elle cligne finalement des paupières, complètement sonnée, quand elle tombe à genoux et que lui aussi tombe à genoux, c'est là que la vague le submerge complètement, le chevalier, l'or, le sang, les dragons, le feu, la femme aux cheveux dorés, le vide, les cendres le cadavre du chevalier dans les bras du cadavre de...

Cersei.

Ils se connaissent depuis des années et pourtant il semble que c'est la première fois qu'ils se voient vraiment. Tyrion ne se souvient pas de tout, pas encore et, bon sang, il n'a pas la moindre envie de se souvenir, de souffrir, mais il en sait assez, assez pour avoir envie de pleurer.

Le cadavre de Jaime dans les bras du cadavre de Cersei.

Une autre époque, une autre vie, mais toujours la même douleur.

Cersei et Tyrion s'observent avec une certaine méfiance.

(Oh, l'ironie. C'est alors même qu'ils ne partagent plus le moindre lien de parenté qu'ils se soutiennent envers et contre tout.)

Tyrion se souvient d'une guerre fratricide, de regards noirs, de tentatives de meurtre, de tout un océan de choses déplaisantes, et pourtant...

Il y avait un peu d'amour, aussi.

Une petite lueur illumine les yeux de Cersei.

« Salut, petit frère. »