Chapitre 15

« Penicilline »

[song : Oh my God - Ida Maria]

Il ne restait plus que trois jours avant le début de la partie de Choice grandeur nature que Byakuran avait imposé aux Vongola. Shoichi avait cessé de contenir ses émotions et se retrouvait dans un tel état d'ébullition et de nervosité qu'il finit par contaminer Spanner qui par moments sentait son estomac se nouer légèrement. Oh bien sûr, ce n'était rien comparé à l'anxiété chronique de son camarade, mais pendant un bref instant il eut de la peine pour le rouquin qui, il le savait, subissait cela de manière bien plus intense et régulière.

« Je n'ai plus de sucettes. »

Déclara-t-il en contemplant avec déception l'emballage vide qu'il tenait dans sa main. Pour être parfaitement honnête, c'était surtout l'absence de sucre qui mettait le tatoué dans un état désagréable. Mais sentir Shoichi aussi anxieux à ses côtés ne l'aidait pas à gérer le manque.

Surtout que cela lui rappelait la destruction de son mini-mosca à laquelle il avait assisté en direct. Et vu la charge de travail qui les attendait dans un délais aussi court, il n'avait pas pu prendre le temps de s'en confectionner un nouveau.

Le rouquin capta finalement sa détresse et afficha un air désolé.

« Tu crois que tu pourras tenir jusqu'au prochain ravitaillement ?

- Je n'ai pas le choix. »

Décréta-t-il avec un air morose. Mais bien vite son inexpressivité habituelle reprit le dessus et il se remit au travail. Cependant, l'agité à côté de lui sembla soudainement redoubler d'angoisse. Il n'avait d'ailleurs pas décroché son regard de lui, semblant chercher des mots qui ne voulaient pas prendre de forme concrète.

« Je- »

Le rouquin laissa sa phrase en suspend tout en continuant de plonger son regard dans celui de son homologue.

« Je suis désolé. »

Déclara-t-il avec un air indéchiffrable. Spanner leva un sourcil inquisiteur alors qu'il jouait avec le bâtonnet de sa sucette vide. Comme son ami ne poursuivait pas, il demanda simplement :

« Pourquoi ? »

Shoichi déglutit, puis ses épaules s'affaissèrent.

« Pour tout. »

Plusieurs minutes de silence suivirent cette déclaration. Les deux techniciens se regardaient dans les yeux sans flancher, l'un attendant que son interlocuteur développe un peu plus son propos, l'autre espérant une intervention divine pour le sortir de son embarras.

Par où commencer ?

« Je t'ai mis en danger, tu aurais pu mourir. J'ai accepté de te mettre en première ligne pour conserver ma couverture auprès de Byakuran et du reste des Millefiore. J'ai donné l'autorisation pour ta mise à mort. Tu aurais pu mourir... »

Spanner afficha un air parfaitement inexpressif à cette déclaration. Et pour la première fois depuis qu'ils se connaissaient, le rouquin en fut réellement déconcerté. Disons qu'après une telle annonce il s'était attendu à voir une émotion, n'importe laquelle, passer sur les traits de son ami. Il ne savait même pas s'il devait continuer sur sa lancée ou faire marche arrière.

Mais maintenant que ses pensées avaient commencé à prendre forme, son esprit ne semblait plus vouloir stopper le flot de paroles qui s'accumulaient contre ses lèvres.

« Je ne pouvais pas te mettre au courant, à aucun moment... Et j'ai arrêté de te donner des nouvelles peu de temps après l'université. C'était injuste, tu avais le droit de savoir... Mais je ne pouvais tout simplement pas. »

Il marquait parfois une pause en attendant une réaction du blond, mais comme rien ne venait il poursuivit :

« J'ai fait des choses, Spanner... J'ai dû accepter des choses qui vont à l'encontre de la morale... »

C'est à ce moment-là qu'il baissa les yeux, accablé de remords et ne pouvant simplement plus soutenir le regard inexpressif de son interlocuteur.

« C'était la seule solution... Mais j'y ai quand même participé. Toute l'horreur de cette situation, ta mise en danger... juste parce que c'était notre plan avec Tsunayoshi et que je suis en partie responsable de cette situation... »

Il arrêta sa phrase à ce moment-là. C'était déjà beaucoup à encaisser, il ne pouvait pas s'enfoncer au point de reconnaitre que la découverte prématurée de Byakuran concernant ses capacités était également de son fait, ni qu'à cause de cela il avait provoqué la fin de tous les mondes parallèles plus tôt que prévu.

Spanner finit par se débarrasser du bâtonnet qu'il avait dans la bouche depuis tout à l'heure.

« Tu n'es pas une mauvaise personne, Shoichi. »

Déclara finalement l'autre technicien, peiné de voir le même regard de tristesse et de solitude sur le visage son ami que lorsqu'il dirigeait encore la base Melone et que son masque de professionnalisme s'effritait momentanément.

« Quand j'ai décidé d'aider le Vongola, je l'ai fait en connaissance de cause. Si ce n'était pas toi qui avait accepté mon exécution, crois-tu que les Millefiore m'auraient laissé m'en tirer autrement ? »

Shoichi fut interdit face à cette réponse. Spanner avait la faculté incroyable de décrire les événements, même tragiques, d'une façon si détachée et logique qu'on pouvait difficilement lui donner tort. Et cela retirait déjà un certain poids de la conscience du japonais.

« Je ne vais pas prétendre que la situation m'a laissé indifférent, mais j'ai toujours su que tu avais une bonne raison de faire ce que tu faisais. Et quand j'ai commencé à penser que tu étais peut-être sous l'emprise de Byakuran, cela a achevé de me convaincre d'aider les Vongola. Cela semblait être la meilleure option pour te sortir de là. Et puis aussi, je devais voir le parfait X-burner... »

Le tatoué quitta brutalement la conversation pour partir dans ses pensées, le menton pincé entre son pouce et son index alors qu'un léger sourire de fierté se glissait sur ses lèvres. Oui, c'était bien lui qui avait aidé le jeune Vongola à parfaire sa technique ultime !

« Spanner... »

Souffla le jeune homme à lunettes avec un mélange de soulagement et de gratitude. Alors son ami n'était vraiment pas en colère après lui ? Il n'entretenait absolument aucune rancœur à son égard ? Irie Shoichi sentit son cœur s'alléger soudainement. Avec cette façon si naturelle et détachée de lui répondre... Spanner n'avait pas changé le moins du monde.

Et dans le chaos que représentait la vie du rouquin depuis des années, c'était quelque chose d'incroyablement apaisant.


Les préparatifs pour le Choice redoublèrent d'intensité alors que le délais imparti par le boss des Millefiore arrivait bientôt à terme. Spanner passait beaucoup de temps en communication avec Giannini pour des réglages techniques, tandis que Shoichi était concentré sur l'élaboration de plusieurs stratégies possibles en fonction de la partie qu'ils auraient à jouer.

Les trois techniciens étaient donc sur le pied de guerre – même si Giannini ne voyait pas d'objection à prendre des pauses et des nuits entières de sommeil – si bien que le projet se concrétisa bientôt.

Le blond raccrocha de sa conférence avec l'italien rondouillet pour donner des informations complémentaires à Shoichi.

« D'après ce que dit Giannini, nous devrons nous aussi être sur le champs de bataille. Mais je ne pense pas que le but soit de forcer les non combattants à venir.

- Connaissant Byakuran-san, il a probablement quelque chose en tête.

- De toute façon, je prévoyais d'aller avec les Vongola depuis le début du projet.

- Hein ?!

- C'est mieux d'avoir un ingénieur sous la main au cas où quelque chose arriverait, que ce soit pour les Air Bike que nous avons conçu ou pour les lentilles du Vongola, n'est-ce pas ?

- Spanner... »

Shoichi regarda son ami avec une certaine inquiétude.

« Mais ça pourrait être extrêmement dangereux.

- Je suis au courant de ça... depuis que j'ai laissé les Millefiore pour rejoindre les Vongola. »

Une détermination solide passa dans les yeux du tatoué à ce moment-là. Le rouquin était particulièrement surpris par cette résolution et le fixa avec de grands yeux derrière ses lunettes.

« En fait, je suis intéressé de voir à quel point le Vongola va devenir fort. »

Le japonais laissa retomber ses épaules alors qu'un sourire amusé lui étira les lèvres.

« Honnêtement... Tu n'as pas changé d'un poil.

- Je pourrais dire la même chose de toi. »

Répondit le blond avec un sourire similaire. Mais son rictus disparu aussitôt en voyant le visage de son interlocuteur se déconstruire suite à cette réflexion.

Car au fond de lui et malgré leurs discussions récentes, Irie Shoichi savait que quelque chose avait profondément changé à l'intérieur de lui. Et cela le terrifiait autant que ça l'attristait.

Cependant, il préféra ne pas rester sur cette pensée et reprit une moue enjouée.

« Bien, nous devons nous dépêcher. Ce serait mauvais si nous n'étions pas dans les temps pour le Choice !

- Ouais. »

Et l'agitation sur leurs claviers d'ordinateur respectifs reprit avec entrain pendant encore quelques heures, jusqu'à ce que Bianchi et Fûta viennent les chercher et les aider à transporter leurs affaires jusqu'à la base Vongola.

En effet, il était temps pour eux de se réunir avec les gardiens du Decimo, car le lendemain aurait lieu la partie de Choice tant redoutée.

Plusieurs heures de réunion suivirent leur arrivée dans la base, et lorsque tout fut absolument calibré pour le combat qui les attendait, Spanner et Shoichi purent enfin aller profiter d'un sommeil plus que bien mérité.

Etrangement, ce fut Gokudera qui eut la charge de les conduire jusqu'à leur chambre, probablement parce que les filles étaient en train de terminer le rangement de la cuisine après le diner – et que de toute façon il était incapable de dire non lorsque son boss lui demandait un service.

L'argenté avait enfoncé ses mains dans ses poches avec un air acariâtre alors qu'il naviguait dans les couloirs de la base, les deux techniciens sur ses talons.

« C'est là. »

Cracha-t-il en regardant Shoichi avec de l'agacement dans le fond des yeux. Le japonais fut mal à l'aise devant l'agressivité de son interlocuteur, mais il ne se défendit pas.

« Y'a des caméras de surveillance dans la base, et je suis là pour protéger la chambre du Juudaime au cas où. Soyez en forme demain. »

Hayato tourna aussitôt les talons, laissant à peine le temps au rouquin de le remercier poliment tandis que Spanner le saluait avec un air peu concerné. Les deux hommes entrèrent dans la pièce qui leur avait été désignée et l'ancien commandant de la base Melone laissa tomber son sac à dos dans un coin. Le blond lui demanda alors :

« Il ne te fais toujours pas confiance ?

- Je sais pas... Je pense que si, au fond. Mais il n'a pas l'air d'avoir digéré le fait que Tsunayoshi-kun ne lui ai pas parlé de son plan dans le futur et que seuls Hibari Kyoya et moi étions au courant... »

Spanner opina du chef et s'assit sur un des lits qui avait été mis à leur disposition. Shoichi fouilla dans ses affaires pour essayer de trouver un T-shirt pour dormir, éparpillant son bazar tout autour de lui. De son côté, le blond ouvrit un sac duquel il tira son bonnet de nuit et défit les draps pour se glisser à l'intérieur. Il enfonça ensuite son couvre chef bien comme il faut sur sa tête et s'allongea à plat sur le dos.

Alors qu'il allait souhaiter une bonne nuit à son ami, il remarqua que ce dernier s'était littéralement effondré de fatigue contre un mur pendant qu'il tentait de se déshabillait pour aller dormir.

Un petit sourire amusé passa sur son visage, mais il n'eut pas la foi de se relever pour y remédier. Ni pour éteindre la lumière d'ailleurs. Car finalement, lui aussi était plus que fatigué par les jours de labeur intense qu'ils venaient de traverser. Le sommeil le rattrapa donc très rapidement.


Un vacarme assourdissant les tirèrent du sommeil dès le lendemain matin. Tsuna avait insisté pour les laisser dormir le plus longtemps possible, mais malheureusement pour eux il était tout de même temps de se réveiller et de se préparer pour la bataille. Il avait cependant envoyé Kyoko et Haru dans l'espoir que le réveil soit plus agréable que si ça avait été Gokudera ou Ryohei.

Il n'avait pas envisagé l'option où les filles joueraient d'un concert de casseroles pour tirer du lit les deux techniciens.

Aussi, Shoichi sentit instantanément son cœur battre à tout rompre alors qu'un élan de panique l'envahissait.

« Quoi ?! Il y a un feu ?! Un tremblement de terre ?! »

Non. Visiblement c'était juste une façon très particulière de réveiller quelqu'un. Le rouquin pouvait sentir le sang pulser jusque dans ses oreilles alors que ses yeux écarquillés de panique fixaient encore la porte que les filles avaient refermé en partant.

Ces gens sont vraiment pas croyables... Songea le japonais alors qu'il essayait péniblement de rassembler son courage pour se lever. Tous ses muscles se mirent alors à le tirailler à cause de la position invraisemblable dans laquelle il s'était endormi la veille. Il râla plaintivement – ce qui ne manqua pas de lui attirer une légère raillerie de la part de son ami – et quitta la pièce avec une détermination inexistante.

Dans les couloirs de la base, ses jambes trainaient l'une devant l'autre comme deux spaghettis trop cuits, incapables de rigidité.

« Ces filles sont si violentes... Mes oreilles sifflent encore... »

Chougnait-il pour lui même en prenant la direction du salon où les autre devaient probablement attendre.

« Hé ce n'est pas bien ! Aujourd'hui est le jour du combat crucial ! Tu dois te bouger, tu es l'un des plus âgés ici Shoichi ! »

Se lança-t-il à lui même alors qu'il essayait vaguement de donner une forme moins ébouriffée à ses cheveux. Il replaça alors ses lunettes sur son nez et prit son air le plus sérieux tandis qu'il arrivait devant la porte du salon. Ce dernière s'ouvrit et il s'éclaircit la gorge pour annoncer avec un timbre de voix grave qui était supposé lui donner l'air mature et sûr de lui :

« Excusez-moi. »

Mais son aplomb disparut alors ses yeux s'ouvraient en grand et qu'il laissait échapper une exclamation de stupeur. Visiblement, tout le monde était déjà prêt et bien en forme pour le combat à venir. Ils portaient tous un uniforme rouge bordeaux dont Reborn lui expliqua la signification importante, le côté solennel et l'héritage de la mafia qui visait à l'origine à protéger les innocents.

Pendant la discussion, Shoichi en profita pour demander à Tsuna de l'appeler par son prénom plutôt que par son nom comme s'il n'était qu'un étranger. Le boss des Vongola accepta évidemment, puis un uniforme fut donné au rouquin ainsi qu'au tatoué qui venait de faire son apparition dans la pièce.

Les deux techniciens s'absentèrent quelques minutes le temps de se changer puis retournèrent dans le salon où tout le monde les attendait.

Quelques encouragements plus tard, tout les alliés de Tsunayoshi étaient parés pour le combat contre Byakuran et ses Couronnes Funéraires.


Le trajet jusqu'au temple de Namimori fut particulièrement silencieux. Tout le monde semblait préoccupé et concentré sur ses propres pensées, si bien que le groupe se déplaçait avec un calme qui n'était clairement pas dans leurs habitudes.

A l'arrière de la file, Irie Shoichi ruminait sérieusement la situation. Quelque chose lui échappait, il le savait, mais il ne parvenait pas encore à voir de quoi il s'agissait. Il connaissait bien Byakuran et il se doutait que celui-ci devait avoir quelque chose derrière la tête. Voire même qu'il avait tout prévu à l'avance. Mais quelle autre option avaient-il que de participer à ce jeu de Choice grandeur nature, même si cela sentait le piège à plein nez ?

La meilleure chose à faire était encore de donner leur maximum pour remporter la partie coûte que coûte, sans se préoccuper de ce qu'il adviendrait ensuite.

Plus facile à dire qu'à faire... Se railla mentalement l'ancien commandant de la base Melone qui pouvait encore voir le visage de l'homme aux cheveux blancs s'afficher devant ses yeux.

/FLASHBACK/

Univesité du Michigan, 5 ans plus tôt

« Rah ! C'est pas possible ! »

S'emporta le jeune homme à lunettes alors que ses yeux fixaient l'écran de son ordinateur, mêlant frustration et incompréhension. L'excédent d'agacement qui venait de lui échapper avait suscité l'intérêt de son camarade qui tourna la tête vers lui d'un air amusé. Voir Shoichi perdre son sang froid était quelque chose de particulièrement divertissant.

« Je ne comprends pas ! J'ai recommencé 17 fois l'algorithme avec des paramètres similaires et ça fonctionne seulement une fois sur deux ! »

Le rictus de Byakuran s'agrandit alors que son ami perdait de plus en plus patience.

« Je ne comprends pas, je ne comprends pas... Qu'est-ce qui m'échappe... »

Marmonnait-il dans sa barbe tout en enfonçant ses deux mains dans sa tignasse fauve. Son regard défilait sur les lignes de code à toute allure pour essayer de comprendre d'où venait le problème. Mais au bout de plusieurs minutes supplémentaires de surchauffe cérébrale, il se laissa aller en arrière sur sa chaise, l'air vaincu.

« Tu devrais te concentrer sur autre matière si tu bloques avec celle-ci. »

Lui suggéra le mangeur de marshmallows d'un air distrait, de nouveau concentré sur ses propres devoirs. Cependant, en voyant l'air découragé de son ami, il ne put s'empêcher de rajouter :

« Quand je suis face à un problème, j'essaie de rendre la réflexion plus ludique. Si tu imagines que c'est un jeu, alors ça devient beaucoup moins contraignant d'y réfléchir. Si tu pars du principe que le problème est comme un adversaire dans un jeu, alors il te suffit d'avoir au moins un coup d'avance sur lui. Tu verras qu'un champ beaucoup plus large de possibilités s'offre à toi. Je pars du principe qu'aucune bataille ne peut être perdue, du moment que tu prévoies en amont toutes les issues du combat. »

Le rouquin le regardait depuis sa chaise de bureau, la tête à l'envers. Pensif, il répondit :

« Donc si je t'écoute, ce fichu algorithme n'est rien de plus qu'un adversaire à affronter. »

Il soupira longuement.

« Comme si je pouvais comparer un calcul théorique à un être humain... »

Byakuran eut un léger rire et inclina la tête sur le côté.

« C'est comme ça que je le vois. Les humains sont comme des équations qu'il faut résoudre. »

Son air devint un peu plus sérieux l'espace d'une seconde, puis il retrouva son sourire malicieux.

« Mais c'est vrai qu'affronter une machine est plus difficile qu'affronter une personne. Les gens sont beaucoup plus prévisibles et on peut les emmener où on veut parce qu'ils se laissent toujours emporter par leurs émotions. Avoir plusieurs coups d'avance sur un autre être humain est généralement un jeu d'enfant. »

Shoichi était perplexe devant la réflexion de son ami. C'était le genre de propos qui lui rappelait que la façon de penser de Byakuran était vraiment hors norme, même si le reste du temps il agissait comme un étudiant tout à fait normal.

/FIN DU FLASHBACK/

L'ancien commandant de la base Melone eut un frisson désagréable. Quittant ses souvenirs, il réalisa alors quelque chose d'important : dans peu de temps, il allait revoir le boss des Millefiore en chair et en os pour la première fois depuis des mois, et surtout pour la première fois depuis que sa trahison avait été découverte. Cette idée le rendit particulièrement nerveux, car il ne pouvait s'empêcher d'y voir la conclusion de toute leur histoire : la confrontation finale de leurs deux intellects et surtout de leurs deux ambitions distinctes.

Une émotion particulière domina toutes celles qui s'enchevêtraient dans l'esprit du rouquin à cet instant : l'amertume. Car Irie Shoichi connaissait suffisamment son ennemi pour savoir que ce dernier ne reculerait devant rien pour atteindre son but, même si la vie de ses propres gardiens en dépendait. Et cette vision d'un homme mégalomane capable de sacrifier des vies humaines pour ses desseins égoïstes le révulsait.

Peut-être y voyait-il un reflet de sa propre culpabilité, lui qui avait tenté de jouer les maîtres du temps en dépit des lois de la physique et des dommages collatéraux pour s'assurer un avenir de musicien.

Bien évidemment, il ne s'était pas écoulé une seule journée sans que le poids de cette erreur ne lui pèse sur les épaules. Et il avait plus que durement sacrifié sa vie jusque-là pour tenter de la réparer.

Cependant, une partie de lui était assombrie par ce secret que personne ne connaissait, hormis Tsunayoshi et Hibari du futur. Car si dans son esprit tout était bien clair, ce n'était pas le cas des alliés du Decimo qui n'avaient aucune idée de l'ampleur de la situation. Et depuis la fin de la base Melone, il n'avait pas vraiment pris le temps de s'étendre sur la question. Au fond, il semblait imaginer que son obsession pour Byakuran coulait de source et que tout le monde avait plus ou moins compris de quoi il en retournait. Mais il ne réalisait pas qu'après autant d'années, il avait besoin d'alléger son esprit de ce lourd fardeau en racontant précisément ce qui l'avait mené à cette situation.


Spanner jetait de temps à autre un regard dans la direction du rouquin dont les sourcils intensément froncés marquaient la contrariété. Il se demandait ce qui pouvait préoccuper autant son ami, outre le combat à venir, car il sentait bien que son anxiété dépassait largement la simple appréhension de la partie de Choice qui allait se dérouler.

Mais alors qu'il s'apprêtait à tapoter l'épaule de l'autre technicien pour le tirer de ses songes obscurs, les escaliers du temple de Namimori se dressèrent devant eux. Le groupe fit donc l'ascension pour arriver devant une grande bâche qui recouvrait la base mobile qu'ils avaient construit.

Il était désormais temps de révéler leur grand projet aux Vongola curieux de ce grand dôme octogonal. Le bras droit du Decimo semblait peu convaincu par leur invention, mais Shoichi leur expliqua qu'ils avaient fait au mieux vu le temps imparti. Maintenant, il ne restait plus qu'à attendre les gardiens manquants ainsi que leurs ennemis.

Spanner signala soudain l'approche de plusieurs flammes de dernière volonté dans leur direction, puis une ombre gigantesque se mit à noircir le ciel au dessus de leur tête. Dans ce nuage ténébreux qui les surplombait, apparut alors un hologramme immense du visage de Byakuran.

De quoi faire définitivement des cauchemars pour le restant de mes jours... Songea le rouquin tandis que ses yeux s'écarquillaient. Et vu la réaction de Tsunayoshi-kun, il n'était pas le seul à trouver ce concept particulièrement dérangeant. L'homme aux cheveux blancs leur révéla l'utilité de ce dispositif géant : un système de téléportation utilisant les flammes.

Cependant, il avait ajouté une consigne supplémentaire : les Vongola devaient alimenter cette machine avec un minimum de 50 000 Fiamma Voltage pour pouvoir participer au Choice. S'ils refusaient, Byakuran menaçait de détruire Namimori.

Nous y voilà ! S'agaça mentalement Shoichi face à cette nouvelle des plus injustes, même si cela ne le surprenait guère de la part de l'italien.

Lorsque les retardataires furent enfin arrivés au temple, les gardiens du Decimo allièrent la puissance de leurs flammes pour satisfaire l'exigence du boss des Millefiore. La quantité d'énergie qu'ils parvinrent à produire dépassa toutes les attentes, si bien que Shoichi se senti de nouveau confiant quant à la bataille qui les attendait. Oui, il avait définitivement prit la bonne décision en amenant les gardiens dans cette époque avec leurs anneaux.

Byakuran offrit à Tsunayoshi de tirer au hasard le terrain sur lequel se déroulerait la partie. Il était méfiant, mais Shoichi le rassura :

« Le Choice est la seule chose où Byakuran ne trichera jamais. »

Expliqua-t-il avec assurance. Oui, ce jeu était probablement le seul domaine dans lequel l'homme aux cheveux blancs était fair play. Le technicien en avait l'intime conviction.

Lorsque le terrain fut sélectionné, tout le monde fut téléporté jusqu'à la zone en question. Ainsi les deux équipent se retrouvèrent face à face et Byakuran put expliquer les règles restantes au Vongola et à ses alliés.

La gyro-roulette afficha que deux éléments « nuls » (sans anneau) devaient faire partie de l'équipe de Tsuna. Cependant ce dernier – à juste titre – refusait d'envoyer des non combattants dans la bataille. Mais cela expliquait la raison pour laquelle le boss des Millefiore avait ordonné que tous les alliés du Decimo soient présents. Il était visiblement prêt à mettre au centre du ring des personnes incapables de se défendre...

« Byakuran-san, vu que je n'ai plus d'anneau, je peux être considéré comme élément nul, pas vrai ? »

Shoichi s'était avancé pour prendre position avec aplomb devant son ancien ami de l'université. Son regard était aussi défiant que déterminé, ce qui ne manqua pas d'allumer une lueur intense dans celui de son rival.

Byakuran accepta cette demande sans faire de vague et l'homme à lunettes annonça au châtain que leur composition était toute trouvée. Spanner et lui-même seraient les participants sans anneau dans l'équipe Vongola.

Les participants ennemis furent énoncés à leur tour. Il ne restait plus qu'une chose à décider : quel type de partie allait se jouer.

Le porteur de l'anneau Mare du ciel annonça la règle de la cible. Et à l'instant où il prononça ces mots, Shoichi put sentir que Byakuran avait prévu la situation avec exactitude depuis bien longtemps déjà. Sinon, pourquoi n'auraient-ils pas eu le choix de désigner leur propre capitaine ? Sinon, pourquoi la gyro-roulette aurait aléatoirement déterminé d'une cible ?

Sinon, pourquoi serait-il celui qui soudainement se retrouvait avec le marqueur sur sa poitrine ?

« La cible Vongola est Sho-chan. »

La voix du mangeur de marshmallows était beaucoup trop satisfaite et amusée de cette nouvelle pour qu'elle soit le fruit du hasard.

Mais le rouquin n'eut pas le temps de s'en offusquer davantage car une flamme s'alluma sur le marqueur, lui provoquant une douleur lancinante qui le força à se plier en deux. Apparemment, Byakuran avait décidé que la limite de temps pour cette partie de Choice serait fixée par l'état des deux cibles dont l'énergie vitale serait drainée au fur et à mesure que le combat avancerait.

Autrement dit, en plus de devoir éteindre la cible adverse, ils devaient espérer que leur propre cible ne décline pas à force d'avoir trop usé de la vitalité de son porteur.

Byakuran-san... Tu avais tout prévu...

« Peu importe la raison, vous perdrez quand la marque cible disparaitra. »

La voix du boss des Millefiore était aussi irrévocable que sinistre. Le châtain s'inquiéta sérieusement.

« C'est horrible...

- C'est bon, commençons... »

Réclama Shoichi en essayant de faire abstraction de la douleur. Le gardien Vongola de la pluie s'alarma à son tour.

« Ils viennent de dire que tu pourrais mourir !

- Le même sort attend notre ennemi. De toute façon, je ne vais pas affronter ça avec une mentalité de victime. Je suis la raison pour laquelle Byakuran-san est devenu comme ça ! Je ne peux m'enfuir ! »

Un sourire mutin étira les lèvres fines de l'italien.

« Oh ? C'est donc ce que tu ressens... »

Mais il ne sembla pas s'en soucier plus longtemps puisqu'il était bien trop impatient de déclarer le lot des vainqueurs : la politique du Tri-Ni-Sette au complet. Une fois chose faite, il présenta les arbitres impartiales qui n'étaient autre que les Cervello. Après quelques informations complémentaires et trois minutes de répit pour discuter une dernière fois entre combattants et spectateurs, les non-participants furent placés dans les espaces protégés qui leur étaient réservés.

Ainsi la partie de Choice décisive pour l'avenir de l'humanité put commencer.