Je suis dans une période productive en ce moment, alors voici la suite !


Léna s'était sentie coupable à la seconde où elle avait vu le jeune homme défaillir. Elle l'avait soigné le matin même, elle lui avait ôté une foutue lame de la poitrine, mais elle n'avait pas réagi quand Oksana l'avait emmené à sa suite s'occuper des plantations. Et c'était elle-même qui avait suggéré qu'il s'occupe du fourrage. La capacité de ce garçon à faire oublier ce qu'il venait de vivre était stupéfiante. Il ne s'était jamais plaint, n'avait pas traîné la patte ni manifesté le moindre signe de douleur quand n'importe qui d'autre aurait réclamé à rester couché des jours durant.

Elle avait ramené le sorcier dans la maison pendant que sa grande sœur terminait de s'occuper du petit troupeau. Ensembles elles avaient métamorphosé et rassemblé de quoi lui meubler sommairement sa chambre temporaire : un lit, un matelas, des draps et couvertures, une malle et une table de chevet sur laquelle elles avaient posé quelques bougies et un petit briquet.

Cette fois-ci, sans sortilège de Sommeil, Nayden dormit pendant douze heures. Il s'était éveillé frais comme un gardon, s'excusant de son évanouissement et cherchant presque à rattraper le travail manqué en voulant en faire deux fois plus. Les deux sœurs convinrent alors qu'il allait certes travailler pour participer aux tâches du foyer, mais qu'il devait également se remettre de ses blessures.

Ils finirent par tomber tous trois d'accord sur un emploi du temps qui convenait à tout le monde. Les Russes étaient réticentes à le laisser vaquer seul, aussi toutes ses activités domestiques se faisaient en compagnie d'une des deux sœurs.

Cette organisation permit au fil des jours de créer un lien, ténu, de confiance entre les trois habitants de la maison. Nayden partageait de temps en temps des informations sur son passé, sur ce qu'il aimait ou avait fait. Les sorcières avaient bien entendu remarqué le faciès angoissé qu'il ne manquait pas d'arborer quand elles tentaient de l'interroger sur les évènements qui l'avaient conduit chez elles ; n'étant pas spécialement pressées elles avaient abandonné l'idée de le faire parler pour le moment. De leur côté, elles lui parlaient de la vie dans cette région, des compétences magiques nécessaires à acquérir lorsqu'on ne pouvait compter que sur soi-même ou des recherches que menait Oksana sur la métamorphose humaine. Ce sujet semblait passionner Nayden et il finit par reconnaître qu'il voyait là un lien avec son père, lui-même animagus.

Quand Oksana lui apprit que de telles habiletés magiques se transmettaient souvent de générations en générations, l'éclat dans les yeux du brun aurait illuminé un petit village.

« Ça veut dire que je pourrais devenir animagus moi aussi ? avait-il chuchoté, une joie enfantine dessinée sur le visage, oubliant la rangée de radis qu'il était en train de planter

- Je ne vois pas pourquoi tu ne pourrais pas, confirma Oksana, fumant sa sempiternelle pipe

- Tu en es une ?! s'enquit Nayden, excité comme une puce. Le passage au tutoiement s'était fait naturellement au fil des jours, sans que les deux femmes ne s'y opposent.

- Ho, non. J'ai essayé plusieurs fois, évidemment, mais … je crois que j'ai trop peur de me tromper d'animal, confia la Russe

- Se tromper d'animal ? Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Et bien, pour devenir animagus, il y a plusieurs phases bien sûr, et l'une d'elles est le Choix. Tu dois te connaître suffisamment pour choisir quel animal va te représenter. Sauf que tu n'as qu'un seul essai. Si jamais ton choix s'arrête sur un animal mais que ce-dernier ne te correspond pas profondément … il va effacer ton potentiel animagus. En plus de risquer de te laisser horriblement déformé après une métamorphose ratée. »

La mine horrifiée de Nayden traduisait les sentiments qui le traversaient.

« Si le sujet t'intéresse vraiment, je peux te prêter quelques livres sur le sujet. Mais ne t'avise pas de commencer seul le processus. Je saurai si des ingrédients de Potion venaient à me manquer, menaça la sorcière, la mine sévère.

- Parce qu'il faut faire des potions ? rit Nayden, déconfit. Alors tu peux être rassurée, je ne serai jamais animagus.

- Je suis certaine qu'avec suffisamment de motivation, tu serais parfaitement en mesure de brasser celles qu'il te faut.

- Si tu le dis, grogna Nayden, toujours découragé.

- En toute honnêteté … commença Oksana un ton plus bas, se penchant vers lui. Si jamais tu cherches à te lancer dans ce processus … Je serais d'accord pour t'aider, à une condition.

- Laquelle ?

- Que je puisse tout documenter bien entendu. Cela veut dire que tu resterais ici, un bon moment. »

Nayden n'avait pas caché qu'il souhaitait, à terme, retourner en Angleterre. Il avait donné peu d'informations sur ses plans une fois là-bas, mais il semblait assez déterminé, en même temps qu'assez soucieux. Qui ne le serait pas, après être revenu dans le temps ? Léna et elle avaient décidé à ce sujet qu'elles ne laisseraient pas le sorcier repartir sans savoir si il maîtrisait les principes du voyage temporel.

La proposition d'Oksana était doublement intéressée. D'une part, elle pourrait enfin suivre une transformation animagus de bout en bout et les informations qu'elle récolterait seraient d'une richesse inouïe. D'autre part, elle pourrait surveiller le sorcier un peu plus longtemps et l'empêcher de faire s'écrouler l'Univers. Si la seule contrepartie était qu'il puisse se changer en cochon de temps en temps, cela ne la dérangeait pas.

Nayden prit le temps de la réflexion. Il n'aborda pas le sujet tout de suite, s'absorbant dans le travail manuel. Il faisait d'ailleurs merveilleusement fi de sa baguette magique, et une fois qu'elles avaient réglé le souci de l'eau dans la salle de bain, c'était comme regarder vivre un moldu. Oksana avait plus d'une fois silencieusement salué le courage et la résiliation du garçon ; si on l'avait privée aussi longtemps de sa baguette dans un lieu inconnu, elle aurait sûrement tempêté jusqu'à épuisement. Nayden lui, suivait le courant. Il faisait ce qu'on lui demandait, restait poli, était curieux mais pas invasif, ne demandait pas à ce qu'on lui accorde plus d'attention que nécessaire ; en fait, dès les tâches ménagères finies et à l'exception de quelques discussions devant la cheminée, il filait dans sa chambre.

Toujours méfiante, Léna avait une fois lancé un sort de Vision sur la porte du placard. Elle avait alors pu le voir en tailleur sur son lit, le nez dans le pull brodé qu'elle avait retrouvé dans la grotte, parlant à une photographie posée sur la couverture. Gênée de se retrouver à espionner ce qui lui avait paru être un moment hautement intime, elle n'avait pas réitéré l'expérience.

Le sujet des animagi demanda deux semaines d'attente avant de revenir sur le tapis. Oksana avait bien remarqué que le sorcier lui jetait de fréquents regards, mais comme ils étaient au beau milieu du pré cela aurait tout aussi bien pu être de l'angoisse. En effet, Nayden avait eu autant d'aisance avec les rennes que de difficultés avec les moutons. Oksana n'expliquait pas cette flagrante disparité de traitement, mais les résultats étaient là : quand il entrait dans le pré, Nayden courait vers les rennes pour s'abriter des coups de tête que ses brebis les plus douces cherchaient à lui donner. A contrario leurs rennes, plutôt connues pour leur irascibilité, mangeaient dans la main du jeune homme depuis quasiment le premier jour ; le monde à l'envers.

Protégé des moutons par une clôture, Nayden finit par formuler ce qui lui tournait dans la tête.

« J'ai lu le premier livre sur les animagi … Je pense que je … Je suis d'accord pour essayer.

- Oh vraiment ? C'est formidable ! répondit la sorcière, enthousiaste

- Mais … il me faut une baguette magique.

- Cela me parait évident.

- Je me souviens que vous m'aviez dit qu'il fallait compter environ trois semaines il y a ...

- Trois semaines, en effet. Je comptais t'en parler ce soir, tu me devances. Nous pourrons partir dès demain pour la ville. Nous avons quelques productions à vendre, et nous en profiterons pour te conduire chez Gregorovitch. »

Le nom sembla troubler une seconde le jeune homme, mais il n'en dit rien. Connaissait-il le fabricant ? Ne risquaient-elles pas de créer un dangereux précédent en l'amenant le voir maintenant ?

« Nayden tu as déjà rencontré Gregorovitch ? s'enquit Oksana d'une voix sèche

- Ho … Non, jamais ! J'en ai entendu parler bien entendu, rétorqua Nayden, comprenant la question implicite.

- Ha ça … Si il arrêtait de crier partout qu'il est capable de créer une nouvelle baguette de Sureau … ce ne serait pas Gregorovitch.

- Je me passerai d'une baguette de Sureau, grommela le jeune homme, dédaigneux.

- Tu n'es pas intéressé par une puissance infinie ? s'étonna Oksana.

- Je doute qu'elle soit réellement infinie. Et je n'ai pas envie d'être assassiné à cause de ma baguette. Déjà que … »

Il s'interrompit et écarquilla légèrement les yeux. C'était fugace mais Oksana était suffisamment attentive pour le percevoir ; Nayden venait de laisser quelque chose s'échapper.

« C'est vrai qu'être pourchassé doit être particulièrement désagréable. Quel bois penses-tu que tu vas avoir ? En quoi était ton ancienne baguette ? reprit-elle, classant cette information de côté pour le moment.

- Ho elle était … Spéciale. C'était du houx. Mais je ne sais pas pour la nouvelle, éluda Nayden en haussant les épaules.

- Joli bois. Et tu as raison, tu verras bien quand tu y seras. »

Il sembla à Oksana que le sorcier avait accueilli avec plaisir la fin de la discussion. Le sujet des baguettes était apparemment sensible ; il était vrai qu'on pouvait en apprendre beaucoup sur un sorcier en voyant sa baguette, mais c'était loin d'être une science exacte. Les baguettes étaient une affaire de potentiel, pas des engagements contractuels. Elle même détentrice d'une baguette en bois de cyprès, elle n'avait jamais trouvé être spécialement audacieuse ou brave. Léna par-contre correspondait bien aux clichés sur la baguette de frêne : loyale et têtue. De plus, si Nayden était frileux à l'idée de parler de sa baguette avec elle, le processus animagus allait être plus complexe que prévu ; nul ne saurait trouver son animal sans être parfaitement clairvoyant sur lui-même. Dans leur cas, cela incluait de lui communiquer les informations pertinentes. Ils allaient devoir trouver un terrain d'entente, de confiance mutuelle.

Quand ils rentrèrent pour le souper, Nayden était plus ouvert. La perspective de pouvoir retrouver une baguette semblait lui faire pousser des ailes. Ils passèrent une grande partie du repas à rire des récits du jeune homme ; elles l'avait interrogé sur ses connaissances en jardinage et il avait détaillé les moments les plus cocasses de ses cours de Botanique. Elles avaient ensuite évoqué le voyage du lendemain et les derniers préparatifs qu'il nécessitait, mais cela incluait beaucoup de paramètres que le sorcier ne pouvait maîtriser aussi s'excusa-t-il et quitta la table.

Quand il fut partit depuis assez longtemps, les deux sœurs se permirent d'échanger quelques confidences. Cela faisait trois semaines que Nayden vivait avec elles et à part sa propension à rester secret, elles n'avaient pas grand chose à lui reprocher. Il n'avait jamais fouillé le bureau d'études de Léna ni les réserves d'Oksana, n'avait pas tenté de s'enfuir ou de les voler, il était d'une conversation agréable et faisait souvent preuve d'une grande maturité. Lui permettre de retrouver une baguette était donc une forme de test qu'elles se permettaient de lui faire passer. Si le sorcier s'en montrait digne, alors peut-être qu'ils arriveraient à trouver une solution à son petit problème temporel.

Après avoir éteint les bougies de la salle principale, Oksana emprunta le couloir pour rejoindre sa chambre. Elle faillit renverser Léna, qui s'était arrêtée devant la porte de Nayden et avait collé son oreille sur le bois. La Russe lui fit signe de garder le silence et, quelques secondes plus tard, elle se redressa. Léna entraîna sa sœur dans sa chambre.

« Qu'as-tu entendu ? demanda Oksana, légèrement inquiète.

- Il parle à une certaine Hermione. Il l'aime beaucoup apparemment. Et il lui a promis de tout faire pour accomplir sa mission, rapporta la plus jeune, ses sourcils froncés.

- Une mission ? Il n'en a jamais fait mention.

- Je sais que tu apprécies le gamin Ksuna, mais tu admettras qu'il n'est pas clair. J'espère que tu sais ce que tu fais, avertit la grande sorcière.

- Nous ne serons pas trop de deux pour le surveiller. »


Un invité pas très clair, des hôtes méfiantes et des secrets ...Tout ne peux que bien se passer !

Je lis vos reviews avec grand plaisir !