Merci à Justin, Mathilde, et Asheley A. Anderson pour leurs commentaires sous le dernier chapitre.
Bonne lecture !
Chapitre VIII
« On l'appell' Mad'moisell' de Paris
Et sa vie c'est un petit peu la nôtre
Son royaume c'est la rue d'Rivoli
Son destin, c'est d'habiller les autres »
La voix relativement écoutable de Jaqueline François inondait la pièce, colorant le silence, alors que Lila peignait ses ongles de rouge, assise sur le sol de sa chambre.
- Quand j'étais petite, ma grand-mère écoutait toujours cette chanson … lui confia l'autre jeune fille présente dans la pièce, alors qu'elle lisait son magazine, affalée sur le lit de Lila.
- Hmm… C'est bien… lâcha cette dernière machinalement en se concentrant sur le verni.
- Elle ne comprenait pas le français, et je ne le comprenais pas non plus … Mais je savais toujours que ça parlait de Paris, et c'était une si jolie chanson que j'aurais tué pour m'y rendre…
« On dit qu'elle est petite main
Et s'il est vrai qu'elle n'est pas grande
Que de bouquets et de guirlandes
A-t-elle semés sur nos chemins. »
Étonnamment, Sophia semblait mordue de Variété Française, et elle faisait découvrir à Lila les chansons qu'elle préférait. Lila en aurait été sincèrement contente si elle n'était pas totalement hermétique au genre.
La musique, en général, la laissait de marbre. Elle ne comprenait pas l'enthousiasme qu'avaient les autres à écouter une succession de notes, qui ne provoquait, du reste, rien en elle. Pour elle, la musique était un habillage pour les films, un fond sonore dans les supermarchés, quelque chose qui permettait de montrer sa personnalité et sa classe sociale, mais sûrement pas un plaisir en soi.
Pourtant, Sophia semblait déterminée à la convertir à ce divertissement, et à lui faire adopter les règles du culte.
Lorsque Lila l'avait invitée à passer la soirée chez elle pour papoter entre filles, Sophia lui avait fait la surprise de ramener avec elle deux valises noires et rectangulaires. L'une contenait une centaine de vinyles, et l'autre un phonographe, sorte de machin bizarre qui jouait les vinyles.
- Tu ne pourrais pas utiliser un téléphone ou un MP3 comme tout le monde ? lui avait-elle demandé alors qu'elle branchait l'étrange objet au secteur.
Sophia avait souri et secoué la tête.
- Non. J'aime écouter la musique comme au bon vieux temps …
Lila avait soupiré et avait accepté cette extravagance avec résignation. Et puis, qui sait ? Peut-être allait-elle apprécier l'expérience au bout du compte …
« Elle chante un air de son faubourg
Elle rêve à des serments d'amour
Elle pleure et plus souvent qu'à son tour
Mad'moiselle de Paris »
- Quand j'ai eu un peu d'argent, je me suis mise à collectionner les vinyles, et je n'ai jamais arrêté depuis, chantait Sophia en tournant les pages de son magazine, je vais même parfois à des ventes aux enchères pour… Oh, Lila, regarde ! dit-elle en lui montrant une photo sur laquelle figurait sa nouvelle amie. Que tu es belle sur celle-là !
Lila n'y jeta qu'un bref coup d'œil avant de détourner le regard en rougissant, comme si elle avait vu quelque chose d'indécent.
Lila avait très tôt compris qu'elle ne supportait pas de se voir en photo sur ce papier glacé. Le choc entre l'image qu'elle avait d'elle-même et celle que lui renvoyait le magazine était dévastant. Elle avait l'impression de voir quelqu'un d'autre, et ça l'embarrassait.
« Elle donne tout le talent qu'elle a
Pour faire un bal à l'Opéra
Et file à la porte des Lilas
Mad'moiselle de Paris
Il fait beau
Et là-haut
Elle va coudre un cœur à son manteau »
- Le rouge te va si bien … lui dit Sophia. On dirait que cette couleur a été créée spécialement pour toi… Le rouge va toujours mieux aux brunes. Moi, je suis blonde, seules les couleurs froides me vont au teint.
- Tu es une vraie blonde, toutes les femmes rêvent d'avoir tes cheveux et ton teint, surtout en Asie, alors ne t'avise pas de te plaindre ! la prévint Lila, qui quand elle était petite, rêvait d'avoir les cheveux de Raiponce.
- Mouais … maugréa Sophia, peu convaincue, en continuant de feuilleter son magazine. Oh, et regarde-moi ça ! dit-elle en montrant une photo d'un blondinet qui n'était pas inconnu à Lila. Qu'il est beau, le fils Agreste !
Lila ne regarda même pas la photo, habituée à voir la tête d'Adrien partout depuis peu. Et plus elle le voyait, moins beau elle le trouvait… Elle se demandait ce que Marinette pouvait percevoir de si subjuguant chez ce nigaud sans personnalité, à part celle que son père lui dictait d'avoir, bien sûr … D'ailleurs, en parlant de Marinette ...
- Et regarde le chapeau qu'il porte ! dit Sophia en bondissant du lit pour aller lui placer la photo juste sous son nez, vue qu'elle refusait de la regarder. C'est un chapeau magnifique !
Lila reconnut instantanément le chapeau que Marinette Dupain-Ching-Chong avait créé, et elle sentit une sourde jalousie lui monter dans l'âme. Il fallait que même dans un moment de détente, chez elle, avec une collègue, elle se retrouve à supporter la présence de cette Chinoise.
D'un autre côté, il serait bon de préciser pourquoi elle avait invité Sophia chez elle en premier lieu… C'était pour se débarrasser de Ladybug… !
En effet, cette super-héroïne passait chez elle pratiquement tous les jours, et ne se gênait pas pour fouiller dans ses affaires ou contrôler ce qu'elle mangeait ou ne mangeait pas. La seule façon qu'elle avait trouvé de la chasser de chez elle avait été d'inviter quelqu'un d'autre, Sophia par exemple. Mais si Sophia l'aidait à être en paix chez elle, elle ne pouvait pas l'accompagner à l'école, malheureusement.
Car si Lila n'était jamais seule à la maison, c'était la même chose à l'école depuis peu. À cause de leur projet commun de SVT, la Chinoise trouvait toujours un moyen de la coller comme une vieille pâte à mâcher. Et dire qu'au départ, elle l'évitait comme la peste … D'ailleurs, qu'est-ce qui avait provoqué ce changement soudain de comportement ?
Maintenant qu'elle y pensait, rien ne justifiait vraiment l'intérêt soudain qu'avait Marinette Dupain-Cheng pour elle. Sur le papier, tout les opposait, après tout …
En attendant de répondre à cette question, Lila continua d'apprécier son après-midi avec Sophia en écoutant des chanteurs morts.
Si elle n'aimait pas les mélodies, Lila devait reconnaitre que les textes étaient travaillés. L'exigence du public était impressionnante à une certaine époque… Si la plupart des chansons d'un Charles Aznavour ou d'un Jean Ferrat sortaient maintenant, avec les réseaux sociaux et les algorithmes des applications musicales, elles auraient certainement beaucoup moins de succès.
Mais si Lila était une pure Parisienne, c'était Sophia qui incarnait le cliché typique de la française bourgeoise. Elle fumait deux paquets par jour, buvait du café à toute heure, aimait porter des bérets et aller à l'Opéra le dimanche…
Le métier de mannequin payait bien, oui, et lorsqu'on était un visage international comme Sophia, la rétribution était d'autant plus conséquente… Donc, elle pouvait se permettre un train de vie confortable, tout en envoyant la plus grande partie de ses revenus à sa famille restée en Ukraine.
- Ma mère est très contente que je puisse vivre ici, lui dit Sophia ensuite. Elle ne cesse de me répéter à quel point j'ai de la chance, et à quel point elle est fière de moi… Elle aurait pu devenir mannequin, elle aussi. Mais ses parents ont refusé. Ils pensaient que ce métier est malsain…
- Et l'est-il ? questionna Lila de son coin.
- Pas dans les côtés qu'on croit … Je dirais même que c'est ce qui le rend attirant pour certaines qui les en dégoûte à la fin.
Sophia soupira avant de poursuivre :
- On finit par comprendre qu'on doit rester un squelette sur pattes pour continuer de travailler, qu'aucune de nos autres qualités n'a d'importance, et puis, ce métier ferme beaucoup de portes. Une fille qui est serveuse pour payer ses études peut bien devenir ministre un jour ou travailler dans la banque, mais toutes ces portes se ferment si elle fait du mannequinat … C'est injuste, mais c'est comme ça…
- Hmm… lâcha Lila. Oui, si tu le dis…
- Lila, au passage ! s'exclama Sophia en s'approchant d'elle un peu. Tu voudrais faire quoi plus tard ?
- Tout ce que je veux, c'est un métier qui me permette de continuer à acheter mes vêtements de luxe et mes vernis à ongles … Peut-être que je vais travailler dans la communication, la vente, tout ça, tout ça … Je suis douée pour embobiner et prendre les gens pour des idiots, il parait.
Sophia se mit à glousser puis tapota gentiment le dos de Lila.
- Oh, tu es méchante avec toi-même, Lil' et puis, c'est un talent comme un autre…
Lila lui avait souri et lui avait dit qu'elle était bien gentille, mais qu'elle ne comprenait rien…
Lila était naturellement portée à la solitude, et quoiqu'elle puisse laisser paraître lorsqu'elle était à l'école et faisait marcher le moulin à mensonges, elle n'était pas très sociable.
Elle méprisait les gens.
Et elle avait l'impression, l'impression écœurante, que plus elle les méprisait, et plus ils s'attachaient à elle.
Plus elle repoussait les garçons de sa classe, et plus ils redoublaient leurs efforts pour l'avoir. Plus elle essayait de mettre de la distance entre elles et les autres filles, et plus ces dernières s'acharnaient à vouloir devenir sa « meilleure amie ».
Cette place était occupée par Solitude, malheureusement.
Mais récemment, cette dernière subissait une rude concurrence venant de Marinette Dupain-Cheng et de sa personnalité nauséabonde.
- Je déteste les plantes, je déteste leur reproduction, et je déteste cette prof qui nous l'impose ! l'entendit-elle dire alors qu'elle bouquinait sur le sujet.
Elles étaient de nouveau à la bibliothèque, tard dans l'après-midi, et pratiquement seules, cela, bien sûr, si l'on veut oublier le petit premier de la classe qui travaillait hargneusement dans un coin et qui les regardait d'un mauvais œil, pensant qu'elles voulaient lui faire de la concurrence …
Lila, qui avait achevé sa part du travail depuis un bon bout de temps déjà, passait son temps sur son téléphone à taper de très longs commentaires sur des vidéos sur internet. Pendant ce temps, Marinette se débattait avec le sujet de l'exposé.
- Moi aussi je te déteste, répondit Lila sans lever les yeux de son écran, et je me résous bien à te supporter. S'il-te-plait, use de ce zèle chinois légendaire et applique-toi un peu. Ah…Ce n'est tout de même pas si difficile…, non ?
À ce stade, Marinette s'était habituée aux remarques désobligeantes et irrespectueuses de Lila. Si elle voulait bien se l'autoriser, elle pourrait même en rire. Elle sentait que même du côté de sa partenaire, la haine des débuts s'était volatilisée… Mais il restait un voile de méfiance entre elles.
- Et si je le fais, que me donneras-tu en échange ? demanda, soudain, Marinette avec un regard espiègle.
Cette demande inattendue lui attira immédiatement un regard assassin de la part de Lila. Elle la vie froncer les sourcils au-dessus de ses pupilles vertes et lui jeter :
- Je ne suis pas celle qui va te noter, Ching-Chong. Pense donc à ta moyenne…
- Mais ma moyenne est très bonne… Pour tout te dire, dit-elle en fermant le livre de science, je n'ai pas vraiment besoin de m'appliquer sur ce sujet… C'est plutôt toi qui compenses tes lacunes dans les autres matières par de bons résultats en SVT, ou je me trompe ?
C'était la première fois que Marinette se montrait un peu jacasseuse avec elle, et Lila devait reconnaître que cela ne lui plaisait pas.
- Tu as le droit de penser ce que tu veux, répondit-elle froidement.
- Hmm, ne t'en fais pas, car je ne suis pas prête à m'en priver.
Où voulait-elle en venir ? Que voulait-elle obtenir au juste ? Cela aurait été si simple de poser la question, mais l'Italienne ne voulait pas accélérer les choses. Elle était toute disposée à attendre que Marinette daigne révéler l'objet de sa convoitise, elle voulait voir si l'autre jeune fille pouvait se donner les moyens de son caractère, si elle en aurait l'audace.
Regardant le visage faussement confiant de sa camarade, Lila ne put s'empêcher d'esquisser un sourire.
Les débutants sont toujours mignons.
…
Sophia vivait dans un immeuble haussmannien au seizième arrondissement. Son appartement était doré, tout fait d'or et de blanc, clairement inspiré du palais de Versailles, ou, en l'occurrence, de l'image que se faisaient certains du palais de Versailles.
- Oh, la femme de ménage est passée, tu peux rentrer, dit-elle en accueillant Lila, vêtue d'un peignoir blanc, ses longs cheveux blonds mouillés et ruisselants sur ses épaules couvertes.
- Je te dérange ? demanda Lila en entrant, détectant au passage la caractéristique odeur des crèmes de corps et des shampoings de marque, mais pas que…
L'appartement de Sophia sentait le chanel N°5 à plein nez. On devait presque se boucher les narines.
- Oh, pas du tout ! Je me suis juste levée un peu tard… Hier, j'ai assisté à un gala, un peu trop de champagne, un peu trop de bulles, un peu trop d'argent … Une soirée très classique, en somme. Je n'ai pas entendu mon réveil.
Lila hocha simplement la tête. Ce n'était pas son mode de vie, mais puisque sa mère avait le même rythme que Sophia, elle comprenait les tenants et les aboutissants de tels événements.
Elle alla s'assoir dans le salon doré meublé en Louis XV de Sophia, pendant que cette dernière s'habillait, et elle feuilleta un magazine dont Sophia faisait la couverture.
La une de ChicDemoiselle, rien que ça…
Sur les pages, elle voyait des filles connues parler de quelles chaussettes porter avec quelles chaussures, de la meilleure doudoune pour cet hiver, du premier salon de thé qui servait également de bar à ongles à Paris… etc, que des sujets dignes du G8, si l'on veut résumer.
Et puis soudain, elle tomba sur une page qui parlait de Gabriel Agreste, et elle lit les dithyrambique commentaires de la journaliste sur les magnifiques, les superbes, les fabuleuses chaussures à imprimés d'animaux, et sur les pages suivantes, elle vit quelques photos de mannequins portant les pièces de la collection, jusqu'à tomber sur sa propre photo !
Comme si elle avait vu un monstre, Lila ferma le magazine et le jeta à l'autre bout du salon, frémissant de tout son corps.
Quelle horreur ! Cela ne pouvait pas être elle, tout de même… !
Mais elle n'eut pas le temps d'y réfléchir, car Sophia apparut tout-à-coup prête, et elles partirent à cette fameuse représentation de musique classique dont on l'avait bassinée pendant une semaine …
Regardant à travers la voiture de la limousine, Lila se demanda ce que faisait Marinette en ce moment.
…
Juleka avait un rhume, et Marinette avait de la compassion, mais aucune patience…
- …Atchoum !
- Mais le défilé est dans deux jours ! rappela-t-elle à son amie, désespérée.
Trépignant dans sa chambre, jetant des coups d'œil inquiets à la robe noire déjà terminée, Marinette ne pouvait s'empêcher de vouloir dévorer ses ongles. À l'autre bout du fil, elle pouvait entendre sa camarade de classe se moucher.
- Pardon… Cough ! Mais je ne peux pas … chouina-t-elle à son tour.
- Ah … !
Et Marinette leva les bras, son téléphone coincé entre son épaule et son oreille, comme pour questionner le ciel. Et si elle n'était pas fatiguée, elle serait tomée à genoux.
Cela devait toujours tomber sur elle, cela devait tomber à deux jours de la compétition ! Pourquoi ce genre de vilénies l'éclaboussait toujours elle ? Qu'avait-elle fait pour mériter cette poisse gluante et inlavable qui lui collait à la peau comme une insatiable sangsue ? Quelle divinité avait-elle mise en colère, quel péché avait-elle commis dans sa vie antérieure pour mériter un karma aussi courroucé ?
C'était injuste ! Absolument, et cruellement injuste !
Cela faisait des mois qu'elle travaillait sur cette robe, qu'elle avait pris les mensurations de Juleka, et cela faisait une éternité qu'elle rêvait de gagner …
Devant elle, comme une glace qui se brise, une peinture qui se décolore, un ciel d'été bleu qui vire au noir des cercueils, tous ses espoirs fondaient et se dissipaient comme s'ils n'avaient jamais eu lieu d'être, chassés par un destin capricieux …
Enragée, elle raccrocha au nez de son amie et jeta le portable sur une chaise, se fichant bien de l'endommager. Et presque en larmes, elle alla s'assoir sur le tabouret blanc devant sa robe, là où elle avait passé la nuit précédente à faire les dernières retouches, portée par l'ambition de remporter le premier prix.
Elle regarda la jolie robe sombre, la tulle, les pierres, la jolie ceinture, et baissa aussitôt la tête en se souvenant que tout ce travail était perdu et que personne d'autre n'allait reconnaitre sa valeur.
Elle se roula en boule et essaya de ne pas trop pleurer.
Mais comme à chaque fois que quelque chose allait de travers ou qu'elle était au bord du précipice, elle sentit quelque chose de moelleux caresser sa joue mouillée, et elle vit une petite boule rouge flotter en face d'elle, susurrant des mots doux.
- Allons, allons, Marinette … entendit-elle Tikki lui dire d'une voix apaisante. N'es-tu pas en train de dramatiser ? Tout n'est pas forcément perdu… Il te reste un week-end complet tout de même…
- On ne dit pas week-end d'abord, on dit fin de semaine ! lui rappela Marinette du tac-au-tac, avant de continuer à larmoyer…
Tikki resta silencieuse, prise de court, puis fronça ses mignons petits sourcils et dit :
- Et depuis quand ?
- Depuis…
Marinette allait répondre, mais elle avala la suite de la phrase comme elle aurait avalé un poison.
La réponse lui faisait peur.
Depuis qu'elle me l'a dit…
Elle, elle grimaçait toujours lorsqu'elle l'entendait utiliser des mots anglais alors qu'il y'avait un équivalent français qui faisait tout aussi bien l'affaire (ou le job). Elle disait que c'était comme se tromper de nom en parlant à son amoureux, et que par principe, ça ne se faisait tout simplement pas.
Marinette entendit Tikki soupirer lourdement et continuer de lui dire :
- Bon, peu importe ! Comme je te le disais, reprit-elle, je pense que c'est encore jouable…
- Et comment ? demanda Marinette, les yeux rouges à présent. Comment je vais trouver quelqu'un qui puisse porter une robe et défiler pour moi, en deux jours ! Je ne connais personne !
- Hmm… En es-tu seulement si sûre ? demanda alors Tikki doucement.
Levant les sourcils, intriguée à présent, Marinette demanda :
- À qui penses-tu ? Qui pourrait ?
- Je veux dire … Tu sais qu'il y'a quelqu'un, et puisque vous êtes en bons termes récemment … Enfin, bafouilla le petit kwami, se sachant sur un terrain glissant, tu sais très bien qu'il y'a un mannequin qui sait marcher, poser et qui pourrait …
Marinette n'eut même pas besoin d'entendre le reste pour savoir à qui Tikki faisait référence.
- Mais je ne peux pas lui demander ça ! Il en est hors de question ! Et en plus … !
- Et en plus, tu n'as pas le choix, Marinette … Et puis, vous faîtes ce projet scolaire ensemble, vous passez d'innombrables heures après les cours dans la bibliothèque rien que toutes les deux, et tu vas la voir en tant que Ladybug chaque fois que tu le peux ! Je pensais que maintenant, tu ne lui portais plus d'animosité !
- Mais … Mais … Mais je ne lui rends visite en tant que Ladybug que pour vérifier qu'elle va bien et qu'elle ne prend pas ces foutus somnifères ! Dieu sait qu'elle pourrait en mourir si on la laissait seule, et sa démissionnaire de mère n'est jamais avec elle !
- Cela prouve seulement qu'elle compte pour toi, et que tu te soucies de son bien-être ! En plus, elle n'est plus aussi acerbe à ton sujet qu'elle l'était au début, et elle ne cherche plus à essayer de faire de ta vie en enfer. Je pense que, toutes les deux, vous avez fait des progrès remarquables !
- Mais … Mais !
Marinette bafouillait, comme à son habitude, les joues rouges et le souffle court. Elle essayait de se sortir de cette situation par tous les moyens, et elle était même disposée à s'en remettre aux mensonges s'ils pouvaient délier ce nœud d'embarras qu'elle avait noué autour d'elle.
Mais contrairement à Lila, elle n'avait aucune intelligence de la formule, ni l'esprit vif livré de pair avec.
Sans mauvaise foi aucune, elle devait bien se résoudre à admettre que ce que disait Tikki n'était pas totalement dénuée d'un fond tangible de vérité.
Elle voyait Lila de plus en plus, et il leur arrivait même de rire ensemble des fois … Certes, ces fois étaient rarissimes, mais tout à un début … Et lorsqu'on voit où leur relation avait commencé, on pouvait se dire qu'elles s'étaient usé les chaussures, à faire un si long chemin !
- En plus, c'est Lila, ne plaisantons pas ! renchérit Tikki. Son égo est stratosphérique, et elle ne manquerait aucune occasion de se mettre en avant, surtout lors d'un défilé. Et n'oublions pas qu'elle a en partie participé à la conception de la robe, elle n'a de ce fait aucune raison de la trouver laide ou de se moquer de toi, Marinette !
- C'est peut-être vrai … concéda la jeune fille d'un air boudeur.
Pas seulement, c'était totalement vrai, même. Mais l'on ne pouvait exiger davantage de la récalcitrante bonne volonté d'une adolescente, tout de même.
Marinette ne pouvait s'amener à accepter une telle chose aisément. Elle ne voulait pas avoir à demander à Lila une faveur. Avec ce genre de filles, tout se paye. Si Lila accepte, elle demandera quelque chose d'une valeur équivalente en retour.
D'ailleurs, en pensant à Lila, Marinette se demanda ce qu'elle pouvait bien faire maintenant …
…
Le bruit des applaudissements la réveilla. Assise confortablement dans un siège rouge, respirant le parfum délicat des dames et l'eau de Cologne distinguée des messieurs, elle s'était laissée aller à une petite sieste au fur et à mesure que l'orchestre jouait.
Reniflant un bout pour décoincer son nez, elle résista à la tentation de s'étirer et, comme le reste de l'audience, se mit à applaudir à la place une performance à laquelle elle n'avait rien compris. Franchement, elle ignorait qui était ce Ravel… Si elle était là, c'était parce que Sophia lui avait offert le billet, et qu'elle n'avait trouvé aucune raison de refuser de l'accompagner.
Sophia, de son côté, était debout et applaudissait les musiciens avec quelques autres membres du public… Dévorant le chef d'orchestre du regard, surtout. C'était un certain Dimitri avec un nom russe imprononçable pour lequel Sophia vouait un véritable culte.
Lorsque tout le monde se rassit et que les lampes, longtemps seulement fixées sur les musiciens, inondèrent à nouveau la salle, les spectateurs se mirent à se lever et à partir, Sophia se rassit et demanda à Lila :
- Alors, tu as fait de beaux rêves ?
Lila détourna les yeux, essayant de s'en rappeler, mais seul un écran ténébreux lui revenait en mémoire lorsqu'elle repensait à ses songes.
- Oui, je crois … répondit-elle pourtant, la bouche pâteuse.
- Ça ne m'étonne pas, on ne peut pas mal dormir lorsqu'on écoute ce genre de musique … ! dit-elle pensivement.
- Alors, est-ce que la performance était bonne ?
- Si elle n'avait pas été bonne, je ne pense pas que tu aurais réussi à dormir.
Baillant, Lila demanda :
- Hein ? Vraiment ?
- Oui, absolument ! renchérit Sophia en hochant sa tête avec une frénésie enthousiaste. Il n'y a qu'un jeu parfait et harmonieux pour endormir.
- Si tu le dis …
- Bien sûr que je le dis ! Alors, veux-tu aller manger ? Il y'a un bon restaurant à côté, et ils servent des plats allégés … La season et terminée, et j'ai deux mois de vacances, je vais pouvoir manger un peu…
À la mention de la nourriture, Lila sentit le monstre dans son estomac défier ses barreaux, et sa bouche traitresse se remplir de salive comme un bassin se remplit d'eau… Mais une impulsion presque électrique la parcourut, faisant défiler devant ses yeux des images de pantalons trop petits et de ventres qui débordent, et le monstre se calma.
- Non, refusa-t-elle. Je n'ai pas faim…
- Tu es sûre ?
- J'ai déjà mangé, mentit-elle. Je suis au-dessus de mon seuil calorique journalier …
- Oh …
Sophia avait l'air à la fois inquiète et déçue. Manger n'est pas seulement la satisfaction d'un besoin naturel et impératif, mais aussi un moment de convivialité et de partage. S'en priver équivaut à s'ostraciser volontairement.
- Parfois, lui dit alors Sophia alors qu'elles quittaient le palais de représentation, je me demande comment tu fais pour ne pas t'effondrer en mangeant si peu… Il faut un corps sacrément robuste pour résister aussi longtemps.
Et un mental d'acier…
Il ne faut avoir peur ni de gâcher, ni de cracher, ni de manquer… Parfois, elle mettait du savon sur le pain rien que pour éteindre la tentation… Et dans le passé, elle pouvait jeûner des semaines entières sans le moindre signe de fatigue.
Mais depuis un certain temps, quelque chose avait changé …
Lorsqu'elles sortirent, un vent frais vint fleurter avec les plis de leurs vêtements et les mèches de leurs cheveux. Il n'eut aucun bonheur avec les cheveux en chignon de Sophia, mais il trouva beaucoup d'amusement avec la crinière relâchée de Lila.
Pour les vêtements, Lila avait opté pour la sobriété en enfilant une combinaison noire qui l'affinait tellement qu'on aurait pu la confondre avec un balai, pendant que Sophia avait mis une robe bleu royal qui flattait sa carnation.
Le bleu va toujours mieux aux blonds, comme ils disent … Lila n'avait jamais eu cette fascination pour les blonds, pour les yeux et les cheveux clairs, mais elle devait admettre que dans une foule de cent mille personnes, il est toujours plus facile de retrouver un blond … Quoique, avec les teintures …
Adrien avait les cheveux blonds, et certes, les siens n'avaient pas la même nuance que ceux de Sophia, mais ils restaient très beaux. Quant à ses yeux, Lila ne leur trouvait aucun charme. Comme pour tout le reste de sa personne, son regard était mou, le regard d'un toutou domestique et docile qui donne toujours la pâte.
Elle ne comprenait pas pourquoi Marinette s'en était entichée … Peut-être que dans ce monde, il y'a des filles avec un goût si inconcevablement bas.
Alors qu'elles se dirigeaient vers la voiture où les attendait le chauffeur de Sophia, cette dernière s'arrêta au milieu de la rue et jeta un regard vers un duo masculin qui dialoguait non-loin.
- Hey, dit-elle en les pointant du doigt, n'est-ce pas Adrien Agreste qui discute avec le chef d'orchestre là-bas ?
Lila n'eut même pas le temps de regarder qu'elle était entrainée par sa compagne à la suite des deux messieurs.
Arrivés devant eux, elle vit Sophia se présenter et échanger une forte poignée de main avec le chef d'orchestre …
- Et vous, dit-elle en se tournant vers le jeune homme blond qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à Adrien, vous êtes le fils du créateur Agreste, non ?
Le regardant de plus près, Lila sut immédiatement, avant qu'il n'ouvre la bouche, qu'il ne s'agissait pas d'Adrien.
- Non, en fait, je crois qu'il y'a méprise sur la personne, rectifia-t-il avec un sourire froid. Adrien Agreste est mon cousin, je suis Félix Graham de Vanily…
Le visage de Sophia prit la couleur d'un bouton de rose et elle ne sut plus où se mettre. Pendant ce temps, se tenant un peu en arrière, Lila arborait un fier sourire en coin. Elle l'avait deviné dès le premier instant, elle !
Afin de dissiper le malaise qui avait élu place autour de leur petite assemblée, le chef d'orchestre jugea bon de faire une blague sur l'alto, et Félix rit avec Sophia. Etrangère au monde des musiciens, Lila sourit poliment en se demandant ce que pouvait bien être l'alto. Soudain, le regard de Félix se posa sur elle, et elle vit les yeux verts du jeune homme s'assombrir.
- Et vous, mademoiselle, lui dit-il doucement, qui êtes-vous ? Votre visage m'est familier …
- Oh, il s'agit de mon amie Lila, s'exclama Sophia à sa place, et elle prit l'initiative de la présenter.
Félix hocha la tête alors qu'il apprenait qui était l'Italienne, puis le bavardage prit un autre tournant et les trois connaisseurs s'embourbèrent dans une discussion qui ne regardait que les connaisseurs, laissant à Lila tout le loisir d'hocher bêtement de la tête chaque fois que quelque chose était dit et approuvé.
C'est à travers cette discussion que Lila apprit que Félix était ici car il voulait faire l'acquisition d'un nouveau violoncelle – il en jouait – chez un célèbre fabriquant à Paris.
- J'aurais pu envoyer quelqu'un pour me l'acheter, mais je préfère tester tous mes instruments en personne….
- Et vous avez bien raison ! l'appuya le chef d'orchestre avec son léger accent russe.
Il venait de Saint-Pétersbourg, et il semblait que Sophia l'appréciait tout particulièrement, car bientôt, elle délaissa Félix pour lui accorder toute son attention et sa conversation.
Il faisait assez frais.
Et les lampadaires de la ville étalaient sur eux un éclairage presque réchauffant, bien que le frileux vent ne cessait de venir et partir, revenir et repartir, comme le thème d'une symphonie, cherchant à rappeler que c'était une soirée automnale à Paris, et pas un après-midi à Paname.
Lila avait mal aux pieds sur ses talons, et le monstre dans son estomac aspirait ses dernières forces …
Se sentant vaciller, elle ferma les yeux un instant, et elle se demanda quand est-ce qu'elle avait mangé pour la dernière fois … Etaient-ce depuis deux ou trois jours ?
Sans doute plus.
Certaines nuits, malgré la fatigue, elle ne s'endormait pas à cause de la faim. Elle devait prendre des somnifères pour s'obliger à fermer l'œil, mais ces derniers temps, à cause de l'insecte perfide qui lui rendait visite tout le temps et la surveillait comme une mère poule, elle n'avait plus droit à cette béquille…
Lorsque Lila rouvrit ses yeux, elle n'était plus sur un trottoir à discuter avec le cousin d'Adrien et un chef d'orchestre, mais sur la banquette arrière d'une limousine qu'elle ne reconnut pas.
Devant elle, à la place de trouver Sophia, elle trouva Félix Graham de Vanily, assis à siroter dans un verre un liquide doré…
Du vin, un vieux vin blanc, elle pouvait le voir d'où elle était allongée.
- Levée, très chère ? lui demanda-t-il alors qu'elle se redressait sur ses avant-bras pour se mettre en une position assise.
Levant sa main pour se toucher la tête, Lila grimaça et demanda :
- Que m'est-il arrivé ?
- Vous êtes tombée au milieu de la rue, et j'ai été obligée de vous mettre ici…
- Que m'est-il arrivé ? répéta-t-elle alors, cette fois à elle-même.
Elle avait toujours été prudente, pourtant. Elle savait combien de calories il lui fallait ingérer par jour pour rester en vie, elle savait faire attention ! Mais il s'avérait qu'elle perdait la main à ce jeu de contrôle, puisqu'elle ne s'était jamais évanouie avant …
- Ça vous arrive souvent ? demanda-t-il en venant s'assoir près d'elle.
Elle pouvait sentir l'odeur du vin, mêlée à celle de son parfum, qui venait jouer avec ses sens.
- Et vous, questionna-t-elle pour détourner l'attention, ça vous arrive souvent de boire alors que vous n'êtes même pas majeur ?
- Je ne bois pas, je déguste, répondit-il alors en fronçant les sourcils. Et puis… Qui êtes-vous pour juger ? Si vous voulez tout savoir, dit-il en croisant les jambes, j'ai commencé à boire à douze ans avec mon père qui m'apprenait à distinguer un bon vin d'un mauvais … Chez les Graham de Vanily, il est impératif qu'un homme sache à la fois se tenir à table et choisir le vin qu'il sert à ses invités…
- Vous êtes anglais, n'est-ce pas ? demanda-t-elle avec un sourire en coin, retrouvant son sarcasme habituel. Pardonnez-moi mes réticences, mais j'ai du mal à croire qu'un Anglais puis s'y connaitre en vin…
- Toute excusée, répondit alors Félix doucement. Car, après tout, c'est déjà beaucoup pour un mannequin d'avoir un cerveau, il serait déraisonnable de lui demander, en plus de cela, d'en avoir un qui soit opérationnel…
Lila était à deux doigts de le gifler. Mais elle était une jeune fille mesurée, alors, à la place, elle le fusilla de ses yeux et usa d'une autre forme de violence.
- Oh, comme pour vous. C'est déjà extrêmement heureux que vous ayez la beauté d'Adrien – même si j'avoue, qu'en vous observant de près, l'on reconnait assez facilement sa supériorité à vous dans ce domaine – alors il serait tout-à-fait déraisonnable de ma part de m'attendre à ce que vous soyez aussi gentilhomme que lui...
On pouvait tout dire d'Adrien, on pouvait tout caricaturer chez lui, et Lila ne s'en privait pas, mais elle ne niait pas qu'il était à des années lumières d'être aussi rustre que son anglais de cousin …
- Oh, vous connaissez donc mon cousin… Et votre visage me semble toujours aussi familier, n'êtes-vous pas sur sa photo de classe, par tous les hasards ?
- Pas seulement, admit Lila, je suis également assise à côté de lui, et nous sommes très proches…
Enfin, surtout dans tes rêves… Reprit une petite voix dans sa tête.
- Est-ce vrai ? demanda Félix en haussant les sourcils. Parce que nous nous parlons une fois par semaine, et il ne vous a jamais mentionné… À part pour se plaindre de cette fille aux tendances mythomanes assise à côté de lui, qui plus qu'un petit ami, aurait grand besoin des services d'un psychologue…
Le rose ne lui allait pas au teint, mais Lila se retrouva à le porter sur ses joues malgré elle-même, prise de court par la fourberie et l'effronterie de Félix.
Comme apeurée, elle se recroquevilla.
Elle aurait dû s'en douter, pourtant … Marinette lui avait dit que Félix méritait qu'on s'en méfie.
- Oui, Lila, je te connais…Je sais ce que tu es, ce que tu as fait, et ce que tu crois être … répondit Félix en s'approchant d'elle, l'emprisonnant entre la porte de la voiture et son corps. Et qui pourrait t'en blâmer ? Lorsqu'on a un visage aussi beau que le tien, et tant de garçons qui doivent se prosterner devant toi, ça peut vite monter à la tête… Mais qui aurait cru, qu'en plus d'être une mythomane sans dignité, Lila Rossi était aussi une anorexique qui ne s'assume pas, un squelette sans estime pour lui-même…
Le regardant dire ces mots avec une telle froideur moqueuse, Lila avait l'impression d'être à nouveau dans la cour de récré, à l'école primaire, en train d'écouter Jean Montardi et ses amis qui se moquaient d'elle à cause de son surpoids.
- Tais… Tais-toi ! ordonna-t-elle, mais sa voix était comme tout le reste de son corps, tremblante et fatiguée.
Elle était à bout. Elle voulait manger, et si on ne lui mettait pas un bout entre les dents dans la minute, c'était cet impudent devant elle qu'elle allait se faire une joie de déchiqueter.
- Ah … fit-il avec un sourire confiant, comme s'il venait de tirer droit dans le mil. Mais il n'y a que la vérité qui blesse, Lila … Est-ce que ça fait mal d'entendre quelqu'un nous dire ce qu'on vaut vraiment ?
- Mais que veux-tu à la fin ! demanda-t-elle. Et où est le chauffeur ? Et où est Sophia ? Je veux rentrer à la maison, et maintenant !
- Sophia est avec Dimitri, le chef d'orchestre, et elle était déjà partie quand tu t'es évanouie, en ce qui s'agit du chauffeur, nous sommes dans ma voiture, et pas celle de Sophia … J'avais proposé de te ramener, et on m'avait fait confiance…
Lila se mit à grincer des dents, et prit note d'en parler à Sophia plus tard. On ne laisse pas son amie avec un étranger au milieu de la nuit, même si c'est pour aller diner avec un chef d'orchestre qu'on admire, et que c'est une opportunité qui ne se représentera plus !
Mais il était vrai que Félix, avec ces cheveux d'or et son visage d'ange, inspirait la confiance, tout comme Adrien… Il était impossible de penser de lui qu'il avait un caractère aussi exécrable sans lui avoir parlé en tête-à-tête…
- Alors, tu comptes honorer ta parole ou non ? demanda-t-elle… Car je souhaite rentrer chez moi, et il est très mal-élevé de retenir une demoiselle alors qu'elle ne le veut pas …
- Si je n'étais pas certain que ma proposition t'intéresserait, Bella, je ne t'aurais pas retenue…
Lila haussa les sourcils, et pas seulement au surnom familier.
- Quelle proposition ?
À cette question, elle vit presque des cornes surgir du crane blond de Félix, et un sourire digne du diable peindre ses lèvres.
- Vois-tu…
Et alors qu'il parlait, Lila pensait à Lucifer.
L'Etoile du Matin.
…
Le lendemain, elle se réveilla au bruit de son téléphone… Dans sa chambre désordonnée, cherchant entre ses vêtements éparses d'hier, elle eut bien du mal à trouver le portable, mais quand elle remit enfin la main dessus, elle souhaita ne pas l'avoir fait…
Elle avait exactement dix messages non-lus, et pas moins de quarante appels en absence !
Pour les messages, deux étaient de sa mère, comme d'habitude pour lui dire de se laver les dents et lui souhaiter bonne nuit, et les huit autres étaient de Marinette.
« Tu es où ? », « Tu fais quoi ? », « Tu vas bien ? », et autres « Pourquoi ne réponds-tu pas ? »
Pour les appels, cinq étaient de Sophia, et le reste de … Marinette.
- Pourquoi je lui ai donné mon numéro, à celle-là ? regretta-t-elle en soupirant.
Comme pour toutes les taches difficiles, Lila se chargea de Marinette en premier… Vu que la Chinoise l'avait appelée autant, c'était qu'elle avait besoin d'elle, ou qu'il y'avait une urgence.
Et c'était le cas.
- Alors, Ching-Chong, tu as besoin de quoi au juste ? demanda-t-elle.
Elle entendit Marinette prendre une grande inspiration et lui débiter en une phrase très longue et sans virgules, sans aucune interruption, ce dont elle avait besoin.
L'écoutant attentivement, ouvrant la fenêtre pour laisser la lumière fade de Paris pénétrer dans sa chambre, elle dit après :
- D'accord, j'accepte.
Silence au bout du fil. Elle pouvait seulement entendre Marinette déglutir, attendant sûrement le prix.
Mais en fait, il n'y en avait pas.
- Tu as changé d'avis ? demanda Lila, amusée par l'attitude de sa camarade.
Et puis, une pluie lupinienne de « Non ! Non ! » et de « Merci ! Merci » lui tomba dessus, lui donnant presque envie de rire.
Raccrochant après cette conversation pour le moins malaisante, Lila regarda l'écran une minute, lisant le nom de Marinette dans son répertoire avec un sourire attendri.
Elle n'est pas si vilaine, au final…
« Elle chante et son cœur est heureux
Elle rêve et son rêve est tout bleu
Elle pleure mais ça n'est pas bien sérieux
Mad'moiselle de Paris »
Pas comme elle-même.
« Elle vole à petits pas pressés
Elle court vers les Champs Elysées
Et donne un peu de son déjeuner
Aux moineaux des Tuil'ries »
Soupirant, Lila remit les pieds sur terre et se rappela de quel genre de personne elle était, tout en regardant le ciel gris de Paris.
Il ne faisait pas beau, ce jour-là.
« Elle fredonne, elle sourit
Et voilà Mad'moiselle de Paris. »
… Fin du Chapitre …
Je vous recommande vivement d'aller écouter « Mademoiselle de Paris », de Jaqueline François, si vous ne connaissez pas cette chanson. Ça transporte à une autre époque (et venez me dire ce que vous en pensez). Ce chapitre est un peu plus gros que les autres, mais je pensais que c'était le moins que je puisse faire pour ceux qui attendait la suite depuis si longtemps.
Je dois avouer que je m'amuse un peu avec cette histoire, pas à cause des personnages, mais à cause du décor parisien, feutré et un peu chic qu'il y'a dans la série Miraculous. Le dessin-animé est, en lui-même, une longue et louangeuse lettre d'amour à l'adresse de Paris. J'ai écrit pendant plusieurs années sur l'Angleterre et Londres en particulier, parfois sur les Etats-Unis, des endroits que je m'efforçais de retranscrire d'une façon flatteuse, alors j'ai toujours voulu faire de même pour la France et Paris. Et comme les personnages parlent français, je peux citer par eux certaines références que les Anglais et les Etats-Uniens n'ont pas forcément. J'espère que vous avez apprécié.
Au prochain chapitre… peut-être.
En attendant, portez-vous bien.
