Chapitre 8

Bibliothèque, Midvale High School, Midvale :

Sam s'était réveillée dans une sensation agréable de bien-être. Le bras fort d'Alex enserrait toujours sa taille, la main tendrement posée sur son ventre. Ce rappel fit doucement frissonner la châtain. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où elle avait aussi bien dormi, et pourtant, elle venait de passer la nuit sur un canapé. La présence de la brune dans son dos l'avait considérablement apaisée, elle le savait bien. Son coeur se serrait alors. Tout cela était injuste, pensait-elle. Une vive douleur venait de s'emparait de son esprit, irradiant son corps tout entier. Pourquoi fallait-il que la seule personne capable de la faire se sentir si bien soit également celle qui lui brisait sans cesse le coeur ? Sam aurait tellement souhaité que les choses soient différentes.

- Bonjour, murmura la voix rauque d'Alex à son oreille.

La châtain sursautait. Elle ne s'était pas attendue à ce que son amie soit également réveillée. Les muscles de la basketteuse se figèrent un instant puis, sans crier gare, elle s'empressait de se lever.

- Bonjour, répondit-elle dans la précipitation.

Alex fronçait immédiatement les sourcils. Avait-elle fait quelque chose de mal ? Son corps, préalablement maintenu au chaud par la jeune Arias, venait de se refroidir considérablement. La présence de Sam contre elle lui manquait déjà, bien plus qu'elle n'aurait bien voulu l'admettre.

- Est-ce que ça va ? S'enquit la capitaine de l'équipe, réellement soucieuse de voir son amie s'activer de la sorte.

Sam avait l'impression de mourir de l'intérieur. Avec précipitation, elle avait récupéré son manteau pour le passer sur ses épaules, avait rapidement tourné en rond dans la bibliothèque avant de remettre la main sur son sac, et s'était prestement dirigée vers la sortie. Alex faisait naître en elle tellement de sentiments contradictoires que la châtain ne tenait plus. Il fallait qu'elle prenne l'air.

- Oui, oui, très bien.

Mais la brune ne croyait pas un traître mot de ce que lui disait son amie. La jeune Danvers était loin d'être dupe. C'est alors qu'un sentiment de culpabilité s'emparait d'elle. Il n'y avait aucune autre raison pour laquelle la châtain partirait de la sorte, si ce n'était sa présence auprès d'elle. Était-ce si terrible de se réveiller en sa compagnie, le matin ?

- Sam, je sais très bien que ça ne va pas, déclara Alex en arrachant un soupir à la dénommé.

La basketteuse s'arrêtait devant la porte, tournant son regard vers la brune, qui pouvait aussitôt y lire toute sa tristesse. Cela fendait le coeur de la capitaine. Elle n'avait jamais voulu faire de mal à la châtain.

- Ce qu'on a fait hier... commença Sam en se pinçant les lèvres, dormir ensemble comme ça... Ça ne doit pas se reproduire.

Alex fronçait les sourcils en se redressant enfin en position assise. Elle n'était pas sûre de comprendre en quoi leur nuit, platonique qui plus est, avait été une mauvaise chose. Et à en juger par l'éclair d'agacement qui passait rapidement dans les iris de Sam, celle-ci aurait préféré ne pas avoir à lui expliquer. Pourtant, il le fallait. Sam n'aimait pas ouvrir son coeur mais, si elle ne le faisait pas maintenant, si elle ne mettait pas les choses au clair avec Alex, comment parviendrait-elle à aller de l'avant ? La brune avait été très explicite avec elle la dernière fois qu'elles en avaient discuté, et il était évident qu'elles n'étaient pas sur la même longueur d'ondes.

Alex, tu ne peux pas m'envoyer paître et ensuite dormir avec moi comme on l'a fait cette nuit. Tu m'as clairement fait comprendre qu'il n'y aurait rien entre nous...

La voix de Sam se cassait et, aussitôt, elle reportait son attention sur la porte, fuyant le regard insistant et dérouté de la brune. La basketteuse était en train de craquer, la Danvers le voyait bien. Sa lèvre inférieure tressautait tandis que ses iris brillaient de larmes. Un véritable noeud s'était formé dans la gorge de la châtain, si bien qu'elle eût énormément de mal à finir ce qu'elle voulait dire.

- Alors juste... arrête de jouer avec mes sentiments pour toi. S'il te plaît.

Le coeur d'Alex se serrait un peu plus dans sa poitrine. Elle sentait à son tour les larmes lui piquer les yeux. Elle aurait voulu répondre, retenir Sam et lui dire de rester, qu'elles pouvaient être ensemble comme elles le souhaitaient toutes les deux, mais la capitaine n'en était pas capable. Malgré sa discussion avec Kara, quelques jours plus tôt, la peur lui tenaillait toujours le ventre. Il était trop tard désormais. La jeune Arias s'était enfuie dans le couloir, et Alex savait qu'elle l'avait sûrement perdue pour de bon. Elle venait de laisser passer sa chance et elle s'en voulait terriblement pour ça.

Un instant, l'idée de se lever et de courir après la basketteuse lui avait traversé l'esprit. Néanmoins, elle s'était vite estompée lorsque, vivement, une personne était entrée dans la bibliothèque avec des yeux ronds comme des soucoupes. Kara observait sa soeur, assise là, immobile, avec un regard mêlé de surprise et de soulagement. La blonde avait des cernes sous les yeux, témoignant d'une nuit peu riche en sommeil. Ses traits, tirés, laissait deviner toute son inquiétude à l'égard de son aînée, mais cette dernière n'était pas en capacité de s'en rendre vraiment compte. Sam était le seul sujet de toutes ses préoccupations.

- Alex, Dieu soit loué tu vas bien ! S'exclama la plus jeune en s'approchant de la brune.

L'instant suivant, Kara serrait fermement le corps de la plus vieille dans une étreinte désespérée. La blonde avait vraiment cru, tout comme leur mère, qu'il était arrivé quelque chose à Alex lorsqu'elles ne l'avaient pas vue rentrer la veille. La brune n'était clairement pas le genre de fille à découcher, encore moins sans les prévenir. Toutes les hypothèses les plus macabres étaient donc venues à l'esprit des deux femmes, et la blonde était réellement soulagée de savoir son aînée en un seul morceau.

- Alex, est-ce que ça va ? S'enquit soudainement Kara, en voyant que sa sœur restait de marbre à son étreinte.

Non, rien n'allait bien, pensait Alex, toutefois incapable de parler. La question de sa cadette résonnait dans son esprit et, finalement, la brune resserrait ses bras autour du corps frêle de sa petite sœur. Les larmes quittèrent alors ses yeux et la plus vieille des filles Danvers éclatait soudainement en sanglots, après des jours de tiraillement intérieur. Enfin, la peine avait pris le dessus et elle se laissait aller, enfouissant son visage dans le cou de Kara. Incapable de répondre quoi que ce soit à cette dernière, la blonde n'eût jamais de réponse audible de la part d'Alex. Mais c'était bien le cadet de ses soucis.

La simple réaction de sa sœur, qui la serrait maintenant comme une bouée de sauvetage lui en disait long sur son état. Sans compter que, la blonde était loin de ne pas avoir vu Sam quitter la pièce en prenant ses jambes à son cou. Le coeur de Kara se serrait. Il était temps que tout cela s'arrête. Il était temps qu'Alex prenne son courage à deux mains avant qu'il ne soit trop tard, et qu'elle ait enfin droit au bonheur qu'elle méritait. Kara s'en faisait un devoir.

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Cour de récréation, Midvale High School, Midvale :

La plus jeune des sœurs Danvers venait tout juste de rejoindre la cour de récréation du lycée, après ses deux premières heures d'histoire. Au loin, appuyé contre un arbre à la lisière de la forêt de Midvale, Mike l'attendait. Elle n'eût aucun mal à repérer sa silhouette élancée, nonchalamment adossée au conifère, les mains enfouies dans les poches de son sweat-shirt. Cette image fit naître un sourire sur le visage de la blonde, qui rejoignait aussitôt son petit-ami, quelques mètres plus loin de l'endroit où elle se tenait.

Celui-ci l'accueillait avec un sourire niais, réellement heureux de voir Kara. Son coeur s'était emballé dans sa poitrine, contrairement à la blonde qui ne ressentait toujours rien de plus que de l'attachement à son égard. D'un geste tendre, Mike passait un bras au tour de l'épaule de la blonde, et la gratifiait d'un baiser, auquel elle répondait encore avec maladresse. Les lèvres de Mike lui semblait toujours plus rugueuses que la fois précédente, et Kara savait qu'elle ne s'y ferait jamais.

Alors, soudainement, le baiser qu'elle avait presque échangé avec Lena, la veille, lui revenait en mémoire. Bien malgré elle, ses muscles s'étaient détendus, et Mike avait prit cela pour une invitation, si bien qu'il approfondissait un peu plus leur embrassade. Kara ne lui refusait pas. Très vite, leurs langues se mirent à danser l'une avec l'autre, mais tout cela restait encore particulièrement confus dans l'esprit de la plus jeune. Elle ne parvenait pas à se sortir Lena de la tête. Un sentiment de culpabilité naissait progressivement dans son ventre. Elle savait bien qu'il n'était absolument pas normal qu'elle pense à une autre alors qu'elle embrassait son petit-ami. Seul Mike aurait dû être au coeur de son attention.

Finalement, le brun mettait fin à tout cela, se reculant doucement, mais gardant l'adolescente serrée contre lui. Et pour la première fois depuis qu'elle le côtoyait, Kara ne se sentait pas bien. Elle avait envie de prendre une distance plus respectable avec Mike, mais elle ne le pouvait pas. Elle en était tout simplement incapable car elle savait qu'il devinerait que quelque chose n'allait pas, et elle ne voulait pas lui faire de mal. Alors, elle se contentait simplement de rester là, statique, en esquissant un petit sourire qu'elle espérait crédible.

- Salut... murmura le brun avec une douceur qui lui était si caractéristique.

- Salut, répondit-elle dans un soupir.

Le basketteur se reculait enfin, laissant désormais suffisamment de place à la cadette des Danvers pour qu'elle puisse respirer. Et ce fût saisissant. L'air semblait s'engouffrer dans les poumons de Kara comme jamais il ne l'avait fait, lui offrant les ressources nécessaires pour agrandir son sourire, feignant la bonne humeur. Mais comment pouvait-elle être de bonne humeur, entre ce qu'il s'était passé avec Lena, puis avec Alex ?

- Tu sais quoi ? S'enquit la blonde en brisant le silence agréable qui s'était établi entre eux.

Le brun secouait la tête. Kara savait très bien qu'il n'était pas au courant mais cette question avait un côté pratique pour faire la conversation. Et à cet instant, la blonde avait bien besoin de parler, plutôt que de prendre le risque que son petit-ami n'initie un nouveau rapprochement entre eux.

- J'ai suivi ton conseil et j'ai laissé une chance à Lena.

- Oh, vraiment ? S'étonna le jeune homme.

A vrai dire, il ne s'était pas réellement attendu à ce que Kara l'écoutes lorsqu'il lui avait donné ce conseil. Il aimait bien Lena mais, étrangement, il ne se sentait pas vraiment serein à l'idée de savoir la blonde être plus proche de la milliardaire. Cette dernière dégageait quelque chose de différent, même Mike le ressentait. Et il n'avait pas non plus manqué les regards qu'elle lançait parfois à la plus jeune des Danvers. A cette révélation, il se crispait donc quelque peu.

- Et alors ?

- Tu avais raison, déclara Kara avec un sourire plus grand et un ton enthousiaste. Je me suis trompée sur elle, c'est une chouette fille.

Mike hochait la tête. A vrai dire, il avait toujours trouvé ça particulièrement bête de juger quelqu'un en fonction de sa famille. C'était pourquoi il avait aidé Lena à se débarrasser d'Ashley, le premier jour, et c'était également pourquoi il avait voulu faire en sorte que Kara se rapproche d'elle. Il était passé par là, lui aussi, même si plus personne ne s'en souvenait à Midvale.

- Ça a l'air de t'avoir fait du bien, souligna-t-il avec un petit sourire.

- Oui, vraiment. En fait, je ne pensais pas qu'en vouloir à quelqu'un était si épuisant.

Un petit rire s'échappait de la gorge du brun, bien vite rejoint par celui de la blonde.

- C'est comme ci... tout était plus simple, maintenant.

- Oui, je connais ça, déclara le jeune homme en hochant la tête.

Kara lui était particulièrement reconnaissante, et elle voulait qu'il le sache, même si elle était rongée par la culpabilité. Elle avait la désagréable impression de l'avoir trahi. Ce n'était pas ce qu'était sensée faire une petite amie digne de ce nom, et Mike ne le méritait pas. Il était si gentil avec elle.

- Merci, Mike.

Dans un sourire, le jeune homme approchait sa main du visage de la blonde, et replaçait une mèche de cheveux derrière son oreille. Il se sentait tellement chanceux de l'avoir à ses côtés. Mais pour combien de temps ? Il sentait bien que quelque chose clochait, même s'il se gardait bien de le dire à voix haute.

- C'est normal.

Un nouveau silence s'installait entre eux. C'était souvent comme cela d'ailleurs. A chaque fois que les deux jeunes gens se retrouvaient, ils ne savaient pas réellement quoi se dire. Alors, parfois, Kara initiait une conversation, comme aujourd'hui. D'autres fois, Mike se contentait de parler, de dire ce qui lui passait par la tête, et la blonde l'écoutait simplement, riant faussement à ses blagues lorsqu'il en faisait. Un vrai malaise régnait dans l'atmosphère, mais l'un ne voulait pas perdre celle qu'il aimait, et l'autre ne voulait pas blesser son camarade. Il n'y avait rien de viable là-dedans.

- Tu viens au match de basket, la semaine prochaine ? S'enquit le brun.

Bien sûr, il connaissait déjà la réponse. Alex était leur capitaine, il était évident que la blonde y serait. Mais il ne pouvait pas rester là, dans ce silence de plomb, à juste attendre que la sonnerie du lycée retentisse, les sauvant tous les deux de cette situation gênante.

- Normalement oui, je viens avec Winn. Il faut juste qu'on trouve un moyen de s'y rendre, puisqu'on ne peux pas venir avec vous dans le bus de l'équipe.

Mike hochait la tête. Avoir la confirmation que la jeune Danvers serait là avait gonflé son coeur, et fait naître un sourire niais sur son visage. Foutus sentiments, pensait-il.

- Je donne une fête pour notre victoire, chez moi, juste après. Mes parents ne seront pas là. Tu seras de la partie ?

- Votre victoire ? S'enquit la blonde avec un sourire amusé. Comment tu peux être sûr que vous allez gagner ?

Cette question fit rire le garçon, qui passait une main nerveuse dans ses cheveux. En réalité, il n'en savait rien. Mais il espérait sincèrement qu'ils gagneraient. Ils étaient invaincus depuis quelques années et ils avaient tous bien besoin de le rester s'ils voulaient une bourse pour l'université. Et puis, ils possédaient tout de même une bonne équipe, ce qui gonflait les espoirs de tout le monde.

- Je n'en sais rien, avoua-t-il avec un petit sourire crispé. Mais on a ta sœur pour capitaine alors, si on ne gagne pas ce match, on ne gagnera pas de la saison. C'est la rencontre la plus simple de l'année.

Cela fit sourire la blonde. Il était vrai qu'avec Alex comme capitaine, ils partaient plutôt gagnants. Et puis, elle devait aussi avouer que Mike et Sam étaient également des atouts de taille. Ils seraient tous les trois parfaitement capable de rattraper les bêtises potentielles de leurs deux autres équipiers. Toutefois, Kara hésitait. Elle n'avait jamais été une grande amatrice de fête. Souvent, elle s'y rendait parce qu'Alex la traînait littéralement avec elle. Une petite voix en elle lui criait de s'y rendre. Après tout, c'était son petit-ami qui était l'hôte de cette soirée alors, pouvait-elle vraiment refuser d'y faire acte de présence ? Elle n'était pas sûre.

- Je serais là à ta soirée, déclara-t-elle finalement avec un petit sourire qui contrastait sur sa désinvolture. De toute manière, je suis sûre qu'Alex m'y aurait emmenée de force, dans tous les cas.

Mike venait d'ouvrir la bouche pour répliquer et lui dire qu'elle n'était pas obligée de venir, si elle n'en avait pas envie. Mais soudainement, la sonnerie du lycée retentissait, leur indiquant qu'il était temps pour eux de retourner en cours et, malheureusement, ils n'étaient pas dans la même classe. Alors, après une accolade amicale, Kara s'empressait de rejoindre ses camarades, Alex et Lena, dans leur cours d'anglais, laissant Mike en plan.

Le jeune homme soupirait. Oui, quelque chose n'allait indéniablement pas. Il avait été prêt à embrasser la blonde pour la saluer mais non, celle-ci l'avait devancé en lui offrant une étreinte bien trop chaste à son goût. Quels petits-amis agissaient de la sorte ? Il avait l'impression que sa relation avec Kara battait de l'aile alors qu'ils venaient à peine de se mettre ensemble. Et voilà qu'il n'avait plus qu'à rejoindre Sam en cours de maths, car elle était la seule personne de son groupe d'amis à partager sa classe.

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Maison Luthor, Ferme Arias, Midvale :

Sam était assise sur le canapé de la Luthor, dans son salon. Les genoux repliés contre son sa poitrine, entourés par ses bras dans lesquels reposait sa tête, la châtain se balançait d'avant en arrière, dans un rythme précis. Les deux adolescentes avaient séché les cours toute la journée. Ce n'était absolument pas le genre de Lena d'être absente mais, lorsque son amie l'avait bousculée le matin-même, en proie à une panique palpable, la milliardaire l'avait arrêtée. Les larmes coulaient sur les joues de Sam et, aussitôt, le sang n'avait qu'un tour dans les veines de la brune. Lena ne s'était même pas posé de questions. Elle avait agit avec naturel et intuition. Si bien qu'elle avait rapidement attrapé le bras de la jeune Arias, l'avait tirée hors du lycée, et elles s'étaient installées dans la voiture de la milliardaire. Quelques minutes plus tard, elles étaient de retour dans la petite demeure de Lena, loin du chaos lycéen.

Cela faisait déjà plusieurs heures que Sam était recroquevillée là, sur le canapé blanc, à se balancer de cette manière. Lena avait bien essayé de la faire réagir, de lui tirer les vers du nez et de faire en sorte que la châtain lui explique ce qui lui arrivait, mais toutes ses tentatives avaient lamentablement échouées. Alors, après avoir usé de sa toute dernière technique, la brune s'était simplement assise à ses côtés, laissant à Sam le temps qu'il lui fallait.

Ce n'est qu'au bout de la quatrième partie d'échecs de la milliardaire que la châtain relevait la tête, stoppant son mouvement de balancier. Son regard croisait celui de la brune, lui lançant le plus gros appel de détresse que Lena n'ait jamais vu auparavant. Cette dernière s'empressait de passer un bras autour des épaules de son amie, l'attirant fermement contre elle pour la soutenir de son mieux mais, malgré tout ses efforts pour être une bonne amie, Lena se sentait impuissante.

- Tu... tu te souviens de ma discussion avec Alex ?

Sam s'était pelotonnée contre la poitrine de la brune, plus fragile que jamais. Sa voix était à la fois rauque, cassée, et presque inaudible. A tel point que si le silence n'avait pas régné dans la pièce, Lena n'aurait pas été sûre de l'avoir entendue. La brune déposait un tendre baiser sur le front de la châtain. Voir sa meilleure amie dans cet état était une véritable torture pour le coeur de la milliardaire.

- Bien sûr, confirma-t-elle avec douceur.

Lena ne voulait pas risquer de brusquer la jeune Arias, qui semblait enfin prête à s'ouvrir à elle, comme la milliardaire l'avait fait quelques jours plus tôt, dans la cafétéria du lycée. La brune ne connaissait pas aussi bien Sam qu'elle l'aurait voulu, contrairement à l'inverse qui était beaucoup plus vraie. Et cela surprenait un peu à la Luthor. Elle qui avait temps de mal à se confier, en temps normal, n'avait pourtant pas hésiter à parler de son passé à la châtain, alors qu'elle la connaissait à peine. Il était grand temps qu'elles équilibrent la balance.

- Je pense qu'il est temps que tu saches tout... avoua Sam.

Cette dernière prenait une profonde inspiration, en espérant y trouver du courage. Mais celui dont elle avait besoin ne résidait pas dans l'air. La peur tordait son estomac. Elle n'avait jamais parlé de cette partie d'elle à qui que ce soit, hormis à Alex qui était la principale concernée. En constatant cela, un petit sourire furtif passait sur les lèvres de la châtain. Finalement, elle qui avait pensé qu'elle et Lena seraient toutes deux particulièrement différentes, Sam se rendait compte qu'elles avaient beaucoup plus de points communs que ce que l'on pourrait croire au premier abord. Toutes deux avaient du mal à s'ouvrir aux autres, par peur d'être jugée, catégorisée et rejetée ensuite. Leur amitié n'était clairement pas due au hasard.

- Alex et moi, on s'est rencontrées lorsque j'étais en maternelle, expliqua la châtain en se redressant doucement et en séchant ses larmes de ses mains. Elle était déjà à l'école primaire. Je me souviens qu'on était dans la cour, et un garçon est venu m'embêter. Elle a pris ma défense et, tout de suite, j'ai su que je voulais être amie avec elle. Un an plus tard, mes professeurs ont décidés de me faire sauter une classe et là, je me suis enfin retrouvée en cours avec elle. Tout le monde me regardait bizarrement car, j'avais un an de moins. Il me considérait comme un bébé. Mais pas Alex. C'est la seule à être restée avec moi et c'est grâce à elle si j'ai trouvé ma place parmi les élèves de l'école. Depuis, on est comme les deux doigts de la main.

Sam marquait une pause, les yeux perdus dans le vague. Se remémorer cette époque la faisait doucement sourire. A vrai dire, elle ne savait pas vraiment ce qu'elle aurait fait, ni ce qu'elle serait devenue si son chemin n'avait pas croisé celui de la brune.

Lena, elle, se contentait d'écouter attentivement ce qui lui racontait son amie. Elle ne connaissait pas ce que la châtain avait vécu. La milliardaire n'avait que peu de souvenirs d'elle étant enfant, et il fallait dire que, petite, tous ses camarades l'avaient toujours respectée parce que son frère était Lex. Déjà enfant, il était la terreur de la cour de récréation et c'était l'une des rares fois où cet aspect de son aîné lui avait servi.

- Puis on est rentrées au collège. On a commencé le basket dans la même équipe. On étaient inséparables. Il suffisait de chercher l'une de nous pour trouver l'autre.

Sam soupirait. C'était la belle époque, pensait-elle.

- Et c'était toujours le cas... jusque cet été.

Nouvelle pause. Celle-ci s'éternisait. La châtain sentait ses cordes vocales se contracter, comme si elles ne voulaient pas en dire plus. Après tout, avouer ce qu'il s'était passé à voix haute, à quelqu'un d'autre qu'Alex, allait rendre ça tellement réel... Sam n'était pas sûre de le vouloir. Mais elle savait que si elle ne le faisait pas maintenant, alors, elle ne le ferait jamais. Et elle devait se débarrasser de ce poids qui alourdissait ses épaules.

- On rentrait, après l'un de nos entraînements de basket. Il faisait nuit et Alex voulait couper par la forêt pour aller plus vite. Donc je l'ai suivie. Et après quelques minutes de marche, on s'est rendue compte qu'on s'était perdues. On s'est assises sur un rocher, dans l'une des petites clairières. La lune éclairait l'herbe, lui donnant un petit reflet argenté. C'était magnifique. Et là... là, je l'ai embrassée.

De nouvelles larmes perlaient dans le regard brun et triste de la basketteuse. Celle-ci baissait la tête, reportant son attention sur l'échiquier face à elle. Elle avait beau ne rien connaître aux échecs, la partie en cours de Lena lui semblait soudainement fascinante.

- Elle m'a embrassée également et... je me sentais tellement bien, Lena. Sauf qu'ensuite, elle a brisé mon coeur.

Une larme s'échappait des yeux de la jeune Arias, roulant lentement sur sa joue, alors que sa voix se brisait à nouveau.

- C'est de ça qu'on parlait l'autre jour, avoua-t-elle avec difficulté. Et hier, on s'est retrouvées bloquées dans le lycée donc on a dormi ensemble sur le canapé de la bibliothèque. Je me sens tellement... mal, maintenant. Je ne sais pas si je vais être capable de surmonter ça. C'est comme si mon coeur n'arrêtait pas d'être poignardé, sans arrêts.

Lena, qui était restée silencieuse jusque là, resserrait sa prise autour des épaules de la châtain. Elle ne savait absolument pas quoi dire pour remonter le moral de son amie, car elle n'avait jamais réellement connu de peine de coeur. Ou du moins, pas le genre de peine à laquelle Sam était confrontée en ce moment. Néanmoins, elle n'avait pas autant de mal à imaginer la douleur que ressentait son amie, contrairement à ce qu'elle aurait cru.

- Je ne connais pas très bien Alex, commença Lena avec douceur alors que Sam reportait son regard dans le sien, mais ce que je peux t'assurer, c'est qu'elle ne se rends pas compte de ce qu'elle perds. Chez les Luthor, on ne porte pas trop d'importance à l'amour en général, et c'est un tord. Mais s'il y a bien quelque chose que cela m'a appris c'est que, si quelqu'un te repousse, alors il ne mérite pas. Et toi, Sam... tu es tellement sincère et aimante, que personne ne devrait avoir le droit de briser ton coeur. Pas même Alex.

La milliardaire adressait un sourire franc à son amie.

- Alors tu vas sécher tes larmes et tu vas montrer à Alex Danvers que tu n'as pas besoin d'elle pour être heureuse, parce que tu as en toi toute cette force, et cet amour, qu'elle n'aura jamais.

Sam esquissait un sourire. Lena ne s'en rendait sûrement pas compte mais elle était bonne pour remonter le moral des troupes avec des jolis discours. La brune avait raison. Sam devait se relever, plus forte que jamais, et faire comprendre à celle qu'elle aimait qu'elle avait toutes les raisons du monde de se mordre les doigts pour ses décisions stupides. La châtain allait lui faire regretter de ne pas l'avoir choisie.

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Maison Danvers, Midvale :

La journée avait été particulièrement longue pour Alex. Après son réveil auprès de celle qu'elle aimait et son effondrement dans les bras de sa petite sœur, voilà qu'elle venait de se prendre la plus grosse soufflante de sa vie par sa mère. Non pas car elle avait découché, non. Eliza trouvait presque normal qu'à leurs âges, Alex et Kara commencent à avoir des relations sérieuses. A vrai dire, le sujet même de leur engueulade était davantage porté sur le fait que la brune n'ait pas prévenu sa génitrice de son absence. Bien sûr, Eliza était soucieuse de savoir avec qui sa fille passait sa soirée, mais elle savait bien que son aînée était une jeune femme particulièrement sérieuse et responsable.

Allongée sur le dos, sur son lit, Alex se retrouvait à observer le plafond, comme elle l'avait fait avec sa petite sœur quelques jours plus tôt. Cela commençait à devenir une habitude, pensait-elle. Kara, elle, était assise sur son lit, tournée vers son aînée. Cela faisait plusieurs fois qu'elle essayait de briser le silence dans lequel Alex s'était enfermée, sans franc succès. Les deux sœurs n'avaient pas eu de réelles conversations depuis la veille et la blonde le vivait plutôt mal. Elle qui avait toujours été du genre à parler de tout avec son aînée, désormais, celle-ci n'osait pas lui ouvrir son coeur et Kara s'en voulait. Elle n'y était pour rien, elle le savait, néanmoins, elle ne pouvait s'empêcher de penser que la raison pour laquelle Alex ne lui parlait pas venait d'elle. La plus jeune des deux sœurs soupirait.

- Alex, s'il te plaît, dis-moi ce qui ne vas pas, supplia-t-elle presque.

La brune soupirait à son tour. Pouvait-elle vraiment se confier à la blonde ? Sa sœur était si innocente et pure... Comment pourrait-elle l'aider à propos de sa relation avec Sam ? Indéniablement, la plus âgée était totalement perdue. Son coeur n'avait de cesse de lui crier le contraire de ce qui lui dictait sa raison.

- Je ne veux pas en parler, Kara...

- Mais... pourquoi ?

Alex prenait sa tête entre ses mains. Elle avait envie de crier, d'hurler, pour faire partir cette peine qui lui tenait les tripes. Toutefois, elle était persuadée que cela ne servirait pas à grand chose de s'étaler là dessus, sous risque d'avoir encore plus mal que ce qu'elle ressentait déjà. Mais malgré ça, elle savait aussi que Kara ne la lâcherait pas sans une bonne raison.

- Parce que je viens de laisser partir ma dernière chance avec Sam, et que je n'arriverai peut être plus jamais à vivre avec celle que j'aime.

- Oh Alex... je suis désolée.

La plus âgée secouait la tête. Ce dont elle avait besoin, c'était de se changer les idées, certainement pas de retourner le couteau dans sa plaie encore à vif.

- On peut parler d'autre chose, maintenant ? S'il te plaît.

Kara soupirait. Elle aurait voulu creuser un peu plus, savoir ce qu'Alex ressentait réellement, pourtant la blonde savait qu'elle devait se résigner. Elle n'obtiendrait rien de sa sœur de cette manière. Mais comment pouvait-elle en vouloir à la brune de lui cacher des choses ? Après tout, elle faisait la même chose en ce qui concernait Lena. Lena... se dit-elle soudainement. Tellement de choses s'étaient passées... La blonde ne parvenait pas à se les sortir de la tête. Comment avait-elle pu en arriver là en seulement deux pauvres semaines ?

- J'ai failli embrasser Lena hier soir, avoua soudainement la blonde.

Face à cette révélation sortie de nulle part, Alex avait littéralement fait un bond pour se redresser. Les yeux grands ouverts, désormais assise sur ses fesses, elle avait reporté son regard surpris sur sa cadette. Celle-ci était particulièrement nerveuse. Kara triturait ses doigts, n'osant pas regarder son aînée, observant avec intérêt ses chaussures. La bombe avait été lâchée, et la jeune Danvers avait vraiment peur de la réaction qu'aurait Alex.

- PARDON ?! S'écria cette dernière, appuyant un peu plus son air surpris.

- Kara ? Alex ? Est-ce que tout vas bien ? S'enquit leur mère du bas de l'escalier, alertée par le cri de sa fille biologique.

Alex s'en voulait aussitôt. Mais cela avait été beaucoup plus fort qu'elle. Comment aurait-elle pu réagir autrement ?

- Oui, maman !

La brune s'était empressée de rassurer sa génitrice, qu'elle entendait s'éloigner à sa réponse. Puis, la plus âgée des deux sœurs reportait son attention sur sa cadette. En voyant à quel point Kara semblait déroutée, la capitaine de l'équipe de basket la rejoignait sur son lit. Doucement, dans le silence qui leur était tombé dessus, elle s'asseyait aux côtés de la blonde. Kara mordait sa lèvre inférieure à mesure qu'elle tentait de mettre au clair ses idées. Mais elle ne parvenait que très brièvement à le faire.

- J'étais à deux doigts de l'embrasser, Alex, reprit la blonde en passant une main nerveuse dans ses cheveux. Si maman n'avait pas appelé à ce moment-là, c'est sûr, je l'aurais fait.

Au plus Kara parlait, et au plus la brune se sentait perdue. Simultanément, les paroles de Winn refaisait écho dans son esprit. Il avait donc vraiment raison. L'adolescente adoptée avait réellement craqué sur la milliardaire. Cela devenait réalité maintenant que la blonde avait levé le voile sur cette relation sombre et compliqué qu'elle entretenait à peine avec Lena.

- Mais... pourquoi ?

- Je ne sais pas, soupira Kara.

Comment pouvait-elle expliquer à son aînée quelque chose qu'elle ne comprenait pas elle-même ? Leur presque baiser était arrivé tellement vite, tellement naturellement, que la blonde ne l'avait pas vu venir avant d'être devant le fait accompli.

- Je lui ai donné un cours d'équitation, expliqua la blonde, elle est descendue, moi je lui tenais la taille pour pas qu'elle ne tombe. Puis, elle s'est retournée et...

Kara hésitait, marquant une pause en secouant la tête. La scène lui revenait à l'esprit, refaisant naître en elle toute une floppée de sentiments qu'elle ne contrôlait pas.

- Elle était tellement proche de moi, Alex... C'est comme si... une chose avait pris possession de moi. J'étais obligée de l'embrasser. C'était beaucoup trop fort.

Délicatement, Alex posait sa main sur l'épaule de sa sœur en signe de soutien. Ce contact avait suffit à ce que la blonde reporte son attention sur la brune, le regard moins fuyant qu'il ne l'était précédemment. Dans ses iris, la plus âgée pouvait y lire tellement de sentiments contradictoires qu'elle en frissonnait. Où était passé sa petite Kara, si frêle et fragile ? Comment sa sœur avait-elle pu grandir, être confronté à la dureté de l'amour, en si peu de temps ? Le regard d'Alex s'était assombri. Non pas parce qu'il s'était passé quelque chose de significatif entre sa cadette et Lena, mais parce qu'elle était triste de voir la blonde si déroutée. Kara avait indéniablement besoin de son aide. Et ce, maintenant.

- Est-ce que...

Alex marquait une pause, se pinçant les lèvres. Elle resserrait sa prise sur sa cadette, passant son bras derrière son dos pour l'attirer contre elle.

- Est-ce que tu as des sentiments pour Lena ?

Les larmes perlaient dans les iris bleues de la blonde. Penser à Lena lui donnait envie de sourire pourtant, son incompréhension prenait nettement le dessus. Kara avait peur. Et elle n'avait jamais eu aussi peur depuis la mort de ses parents.

- Je ne sais pas, annonça-t-elle dans une complainte à peine audible. C'est tellement différent de ce que je ressens pour Mike... tellement... plus fort...

Alex hochait la tête. Elle avait sa réponse désormais. Et elle s'en voulait quelque peu d'avoir été si bête. Après tout, on lui avait toujours dit qu'entre l'amour et la haine, il n'y avait qu'un pas... Néanmoins la brune n'avait jamais cru ce dicton. Jusqu'à aujourd'hui. Bien sûr que ce que Kara ressentait pour Lena était fort. Trop fort même. Et la capitaine de l'équipe de foot ne connaissait que trop bien ce sentiment, puisqu'elle y était également confrontée tous les jours depuis quelques années.

Alors, dans un geste empli de tendresse, elle passait sa main sur la mâchoire de Kara, forçant doucement celle-ci à se tourner de quelques centimètres à peine pour lui faire face. Lentement, elle remontait sa main jusque la joue de sa petite sœur, et en essuyait la larme qui y coulait. Alex lui offrait un petit sourire qui se voulait rassurant, et cela dû fonctionner puisque la blonde lui rendait son sourire, bien que plus crispé.

- Ecoutes ce que te dis ton coeur, Kara. Je serais toujours là pour toi, peu importe que ce soit Lena, Mike, ou n'importe quelle autre personne qui le fasse battre.

Une nouvelle larme coulait le long de la joue de la blonde, mais son sourire s'élargissait toutefois. La plus jeune se réfugiait simplement dans les bras de sa sœur, sans répondre. Ce n'était pas nécessaire. Ce geste voulait tout dire et elle savait qu'Alex comprendrait sa reconnaissance. Elle ne se sentait pas encore capable de parler de Lena aux autres, même s'ils auraient sûrement compris. Mais elle était soulagée de l'avoir fait avec son aînée. Car au moins, la blonde savait qu'elle avait désormais quelqu'un qui la comprenait, et qui pourrait l'aider dans ses moments les plus sombres et incertains, comme ce soir-là. Alex était son roc.

- Faut vraiment qu'on arrête de pleurer aussi facilement, marmonna soudainement Kara, en séchant la larme qui coulait sur sa joue. On est devenues de vraies pleurnicheuses, c'est dingue, termina-t-elle avec un brin d'humour.

Cette réplique arrachait un rire à son aînée. Elle ne pouvait pas le nier. En deux semaines, Alex ne se souvenait pas d'avoir déjà vu, et été soumise à tant de larmes. Il fallait qu'elles se ressaisissent, et vite.

- C'est vrai, tu as raison, concéda la brune avec un petit sourire déterminé. Fini les larmes, je ne veux voir que des sourires maintenant !

oOoOoOo

Chemins de balade, Midvale :

Lena et Kara avaient quittées la ferme Arias depuis une bonne dizaine de minutes. Le silence régnait, doux et paisible, entre les deux femmes. Picasso, parfaitement calme, se mouvait avec tranquillité sous la selle de la milliardaire, qui avait fait de considérables progrès depuis le début de ses séances avec la blonde. Elle n'était bien sûr pas devenue une cavalière émérite en seulement quelques jours, mais elle parvenait désormais à être à l'aise aux trois allures, et ce, de manière maîtrisée et autonome.

La jeune Danvers observait le paysage, se délectant de cette agréable ballade, bien que silencieuse. Kara avait toujours aimé se promener en compagnie de Joker, son petit cheval noir et compagnon de route depuis une bonne année maintenant. L'animal appartenait aux Arias, comme le reste des chevaux de la ferme, mais Kara avait été la première à tisser un lien avec le bel hongre, si bien qu'ils étaient particulièrement proches tous les deux. Ils se connaissaient par coeur. Lena, qui n'y connaissait toujours pas grand chose en matière d'équitation, l'avait elle-même rapidement constaté.

La milliardaire regardait la blonde depuis plusieurs minutes maintenant, incapable de détourner son regard de son visage si lisse et si parfait. Elle ne se rappelait pas d'avoir déjà vu Kara aussi détendue depuis qu'elle avait emménagé à Midvale. Rien que pour cela, la brune ne regrettait pas d'avoir accepté cette balade.

- Alors, où est-ce qu'on va ? S'enquit-elle dans le simple but de faire naître une conversation entre elles.

La blonde reportait son attention sur sa camarade, un petit sourire mystérieux sur les lèvres. La Luthor ne connaissait pas la région, c'est pourquoi Kara avait décidé de lui faire découvrir son endroit préféré avant de lui montrer les environs. La blonde n'avait pas oublié qu'elles étaient censées faire cette promenade dans le but de discuter et d'apprendre à connaître l'autre, mais, elle aimait autant le faire dans un cadre qu'elle aimait, plutôt qu'autour d'un verre dans le bar du coin, comme n'importe qui l'aurait fait.

- Surprise ! S'exclama la blonde en faisant naître un sourire sur le visage de la brune. On y sera dans un petit quart d'heure. Sois patiente, tu ne le regretteras pas.

- Je détestes les surprises, souligna Lena en haussant un sourcil. Est-ce que je peux avoir un indice, au moins ?

Kara fit mine de réfléchir, mais en réalité, elle avait déjà paré cette question et savait parfaitement quoi répondre.

- On a de la chance, l'Utah, c'est très diversifié d'un point de vue paysagé, déclara Kara avec une once de mystère. Tu vois la petite montagne là bas ?

Elle pointait son doigt sur leur droite, désignant un point que Lena aurait plutôt désigné comme étant une colline, à première vue. Cette dernière hochait simplement la tête, laissant son amie continuer.

- Et bien, c'est juste avant.

Lena fronçait les sourcils. Il semblait ne rien y avoir de particulier pourtant, hormis quelques arbres qui formaient sûrement un tout petit bois. Regardait-elle vraiment au bon endroit ?

Le silence était retombé sur les deux adolescentes, qui s'étaient remises à profiter du calme ambiant. Les rayons du soleil les réchauffaient doucement, malgré le froid de mi-Novembre. La milliardaire s'était chaudement couverte, contrairement à la blonde, qui ne portait qu'une simple veste, sur un jean tout ce qu'il y avait de plus banal. La brune frissonnait. Elle avait froid pour Kara, même si celle-ci semblait être parfaitement dans son élément.

Le quart d'heure passait plus vite que la Luthor ne l'aurait cru. Afin de ne pas perdre de temps, la blonde avait entraîné Lena au trot, derrière elle. Les premières foulées de l'animal avait d'abord secoué la brune, qui était finalement parvenu à retrouver son équilibre et, enfin, elle avait profité de ce moment pour observer le paysage, à son tour. Elle n'avait que rarement vu quelque chose de si beau. Il n'y avait aucun doute, si son esprit avait longtemps voulu regagner Métropolis car, malgré tout, sa famille lui manquait, son coeur, lui, se sentait plus qu'à sa place à Midvale.

Lorsqu'elles arrivèrent enfin à destination, après avoir traversé le petit bois que Lena avait perçu au loin, les yeux de la brune s'ouvraient de surprise sous la beauté de l'endroit. Un grand sourire avait pris place sur les lèvres de la blonde, alors qu'elle stoppait son cheval en observant la réaction de sa camarade. Si la milliardaire trouvait déjà la ville jolie, elle était désormais servie. Devant elle se dessinait une ravine, soit un petit endroit fermé, surplombé par la pente escarpée de la petite montage. Un tronc d'arbre avait été posé contre la roche, et les vestiges d'un feu de camp trônait encore devant le petit banc de fortune. Des petits écureuils passaient devant elles, les pattes remplies de petites noix, attendrissant le regard de la milliardaire.

- Tu aimes ?

La demande de Kara, qui venait de descendre du dos de son destrier, sortait Lena de sa transe. Comment pouvait-elle ne pas aimer ? Néanmoins, si cette question lui semblait assez bête, elle n'eût aucun mal à déceler un brin d'anxiété dans le regard de la blonde. L'avis de la milliardaire semblait vraiment lui importer.

- C'est magnifique, concéda la brune en mettant à son tour pied à terre.

Un nouveau sourire étirait les lèvres de la Danvers, qui semblait clairement soulagée par cette réponse. Et pour cause, elle l'était. Elle n'aurait jamais eu le cran de le dire à voix haute mais, elle ne venait jamais accompagnée dans ce petit coin de paradis. La blonde avait toujours voulu le garder secret, pour pouvoir venir s'y terrer sans que personne ne le sache, si jamais elle venait à en ressentir le besoin. Raison pour laquelle, bien malgré elle, l'opinion de Lena la touchait. Son coeur s'était emballé face aux mots positifs de la brune, qui la regardait avec un sourire à tomber par terre. Du moins, c'était ce qu'en pensait la plus jeune. Pourquoi fallait-il que la Luthor soit si jolie ?

Récupérant les rênes de l'animal, Kara accrochait leurs deux compagnons à un arbre, non loin, pour être sûre que ceux-ci ne prennent pas la poudre d'escampette sans elles. D'un petit geste naturel, elle invitait Lena à prendre place sur le banc. Cette dernière obtempérait en silence, laissant le calme s'installer de nouveau, alors que la blonde s'asseyait à ses côtés, frottant ses mains l'une contre l'autre pour se réchauffer.

- C'est mon endroit préféré, avoua Kara en observant le petit bois devant elle. Je viens ici lorsque j'ai besoin de réfléchir.

Lena reportait son regard sur la blonde en fronçant les sourcils. Cette dernière semblait soudainement beaucoup plus nerveuse. Elle évitait son regard avec ferveur, s'évertuant à observer les arbres devant elle, même si le magnétisme de la brune la poussait à lui jeter des coups d'yeux réguliers.

- En fait, j'y viens souvent ces derniers temps. J'ai l'impression d'avoir changée en même temps que la perte des feuilles de tous ces arbres, déclara la blonde en montrant le bois de sa main.

- Est-ce que tu veux en parler ?

Lena avait fait preuve de la même douceur que Kara avait remarqué chez elle durant leur cours de sciences. Et ça avait suffit à provoquer un violent frisson dans le corps de la plus jeune, qui était soudainement transie de froid, comme si la météo venait de la rappeler à l'ordre. Où étais-ce juste la présence de la brune qui lui avait donné particulièrement chaud durant leur balade ? Elle ne savait pas trop. Toujours était-il que cette simple piqûre de rappel lui avait fait secouer la tête. Elle recentrait enfin ses idées. Les deux femmes n'étaient pas là pour parler de ses problèmes ou de ses préoccupations.

- Non, pas vraiment. Ce n'est pas important.

Tournant enfin son visage vers Lena, leurs regards se croisaient. Et ce fût au tour de la brune de frissonner. Kara l'attirait, ça ne faisait plus aucun doute.

- On est là pour en apprendre plus l'une sur l'autre, non ? S'enquit la Danvers avec un sourire espiègle. Je te propose un petit jeu.

- Je t'écoutes...

Le visage de la milliardaire s'était crispé. Elle n'aimait pas les jeux. Ou plutôt, elle n'aimait pas les jeux qui avaient une autre nature que les échecs. D'autant plus que, depuis qu'elle connaissait Sam, elle commençait sérieusement à se méfier de toutes les propositions de "jeux" que l'on pouvait lui faire, en général. Elle n'avait jamais franchement été à son avantage lorsque les idées venaient de la châtain, et elle commençait à se dire que ça risquait d'être vrai avec toutes les autres personnes habitant Midvale.

- C'est un principe qui a été inventé par Alex, lorsque je suis arrivée chez les Danvers, expliqua la blonde en gardant son sourire, inquiétant un peu plus la brune. C'est très simple. On lance un chronomètre et chacune d'entre nous dispose d'une minute pour dire le plus de choses sur elle. Qu'est-ce que tu en dis ?

Une part de Lena se voyait soulagée face aux explications de la plus jeune. Pourtant, une autre part d'elle lui disait de ne pas accepter cette méthode pour faire connaissance. Une minute, c'était très long quand il s'agissait de parler de soi. Lena n'était pas sûre d'en être capable. Qu'aurait-elle bien pu dire que la blonde ne connaissait pas déjà, de toute manière ?

- Si tu veux, accepta-t-elle tout de même avec un brin de scepticisme. Mais tu sais, je pense que les magazines people t'ont déjà appris tout ce qu'il y avait à savoir sur moi...

Au grand étonnement de la milliardaire, Kara haussait simplement les épaules avec un air amusé. Avait-elle dit quelque chose de marrant sans s'en rendre compte ?

- Ça tombe bien, déclara la blonde en augmentant la surprise de la brune. Je ne lis pas les magazines people.

Lena fronçait les sourcils. Elle avait réellement du mal à croire que quelqu'un qui lui en avait autant voulu que Kara Danvers puisse ne pas avoir suivi l'actualité qui planait autour d'elle. Non pas qu'elle soit suivie par les paparazzis non plus, mais la milliardaire avait eu son lot d'articles scandaleux.

- C'est Alex qui les lit, se justifia la blonde avec un air fataliste qui fit rire la brune. Bon, allez, je commence.

La plus jeune des deux adolescentes sortait son téléphone, le déverrouillait et le disposait à plat, sur le tronc d'arbre, entre elles. Prenant une minute pour réfléchir, elle finissait par prendre une grande inspiration et lançait le chronomètre, programmé pour sonner la fin de la minute de parole.

- Donc, je m'appelle Kara Danvers. Mon vrai nom c'est Kara Zor-El, mais il a changé lorsque j'ai été adoptée par les parents d'Alex : Eliza et Jeremiah Danvers. J'ai bientôt dix-sept ans, et je suis née à Argo, dans le Dakota du Sud... le trente-un décembre, oui, je sais, c'est plutôt original. Ma vraie mère s'appelait Alura et mon père s'appelait Joshua. On dit que je suis drôle et que je suis toujours pleine de joie de vivre mais ce n'est pas toujours vrai. Je suis aussi un véritable boulet de taille humaine, et je suis beaucoup trop naïve donc, souvent, je comprends pas les sous-entendus ou les allusions en tout genre. Je préfère les actes aux paroles.

Kara jetait un coup d'œil au chronomètre, qui affichait déjà cinquante huit secondes. Son sourire s'étirait. A vrai dire, il était rare qu'elle trouve de quoi combler la minute entière. Elle se sentait fière, pour une fois.

- Ah, et je suis une vraie quiche en histoire.

La minute sonnait, tandis que la dernière réplique de la blonde avait fait rire sa camarade. Ce n'était pas quelque chose que Kara était vraiment obligée d'annoncer, Lena l'avait déjà bien remarqué puisqu'Alex était sans cesse en train de souffler les réponses à sa cadette, lorsqu'elles étaient en cours et que celle-ci se faisait interroger contre son gré.

- A toi, déclara la blonde en lançant à nouveau le chronomètre.

Lena soupirait. Le discours de Kara, aussi rapide et parfait qu'il l'était, lui avait mis la pression. Néanmoins, elle devait jouer le jeu à son tour.

- Ok, alors, euh...

Lena plissait les yeux. Par quoi avait commencé la jeune femme déjà ?

- Je m'appelle Lena Kieran Luthor...

- Attends. Kieran, comme notre prof de sciences ? S'étonna la blonde en coupant la parole de sa nouvelle amie.

Lena esquissait un sourire. Elles allaient aller loin si Kara la coupait déjà à la première phrase qu'elle disait.

- Tu sais que si tu me coupes, je gagne du temps, hein ?

Kara affichait aussitôt une tête coupable, qui fit bondir le coeur de la brune dans sa poitrine. Mon dieu, pourquoi fallait-il que ses sentiments s'en mêlent ? Se demandait la milliardaire. Elle n'avait clairement pas besoin de ça, même si elle savait pertinemment que leur presque baiser de la veille n'y était pas pour rien.

- Désolée, s'excusa la blonde en réajustant ses lunettes dans un tic nerveux qui attendrissait davantage sa camarade.

- C'est n'est pas grave, déclara la brune dans un haussement d'épaule amusé. Oui, Kieran, comme notre prof mais, je t'assures que c'est un pur hasard.

Lena marquait une pause avant de reprendre, les idées beaucoup plus claires.

- J'ai dix-sept ans. Dans mes souvenirs, j'ai toujours vécu à Métropolis mais, je sais que ce n'est pas réellement le cas. J'ai des origines Irlandaises et j'ai vécu quelques années là-bas. Mais ma mère est morte et j'ai été adoptée quand j'avais quatre ans. Mon père a eu une relation hors mariage donc, je suis quand même une Luthor mais Lillian n'est pas ma mère biologique, et Lex n'est que mon demi-frère, en réalité. J'ai quitté Métropolis pour échapper à mon drame familial et repartir sur de nouvelles bases. Sam est ma toute première amie. J'adore les sciences, même si je suis douée dans tous les domaines scolairement parlant. Quand je suis contrariée, ou que j'ai besoin de réfléchir, je joue aux échecs. Souvent contre moi-même, faute d'avoir quelqu'un avec qui jouer. Et je déteste voler, que ce soit en hélicoptère ou à bord d'un avion.

La sonnerie du chronomètre retentissait à nouveau. Durant toute sa tirade, Kara n'avait eu de cesse d'observer le visage de la milliardaire. Celle-ci était rapidement passée de l'amusement, à la douleur. Une réelle et profonde douleur, qui avait saisit les tripes de la blonde. Son visage s'était assombri alors qu'elle avait récupéré son téléphone, les iris voilées par la tristesse.

- Moi aussi, je détestes voler... avait-elle avouer d'une petite voix fragile, en reportant son regard sur les vestiges du feu de camp devant elle. Tu sais... depuis que mes parents sont...

Kara n'eût pas la force de finir sa phrase. Les larmes commençaient à perler dans son regard, et aussitôt, elle se mettait à se gronder mentalement. N'avait-elle pas dit à son aînée qu'il fallait qu'elles arrêtent de fondre en larmes, la veille ?

Lena, elle, s'était aussitôt sentie coupable. Elle n'avait pas eu conscience de l'effet qu'aurait ses mots sur la blonde et voilà qu'elle se blâmait intérieurement. La plus jeune s'était mise à trembler, l'air frais la mordant à travers les manches de sa petite veste en polaire. Alors, mordant sa lèvre inférieure, la milliardaire ne réfléchissait que succinctement. D'un geste tendre, elle se collait davantage à la blonde, réduisant l'espace entre leurs deux corps, et passait un bras protecteur autour de ses épaules.

Leurs cœurs s'emballaient. Mais Kara était bien trop triste en cet instant, pour penser à ses sentiments encore ombrageux pour la brune. Muée par son instinct, elle se contentait d'accepter le réconfort que la jeune Luthor lui offrait, se blottissant un peu plus contre elle en refoulant avec force les larmes qui menaçaient de couler sur ses joues.

- Je suis désolée, Kara, je ne voulais pas...

- Ce n'est pas grave, la coupa la blonde. Je sais que tu ne l'as pas fait exprès.

Un nouveau silence s'installait entre elles. La blonde savait maintenant que Lena était parfaitement sincère dans ces paroles. Elle se contentait donc de profiter de la proximité de celle-ci, posant sa tête sur son épaule. Et elles restèrent comme ça un long moment. Tellement long que la nuit s'était mise à tomber, leur offrant un joli couché de soleil sur l'orée de la forêt.

Kara, qui avait fini par refouler ses larmes, retrouvant doucement sa bonne humeur, n'avait pas bougé pour autant. Avant de quitter la demeure des Danvers, Alex lui avait conseillé de profiter de cette sortie pour essayer de faire le point sur ce qu'elle ressentait pour Lena. Et même si tout restait encore flou - quoi que ses sentiments étaient un peu plus clairs tout de même, maintenant qu'elle avait comprit que la brune l'attirait -, elle était désormais forcée de constater qu'elle préférait milles fois être dans les bras de la brune, plutôt que dans ceux que Mike.

Son coeur se serrait à ce constat. Au plus elle y pensait, et au plus elle se disait qu'elle devait se rendre à l'évidence : elle n'aimait pas, et elle n'aimerait jamais, le jeune homme. Jetant un coup d'œil à la brune, qui regardait dans le vague devant elle, Kara observait ses traits durant un instant, avant de chercher les iris verdâtres de la milliardaire. Lena s'en rendait immédiatement compte. Leurs regards s'ancraient l'un dans l'autre et, après une seconde d'hésitation, la brune lui offrait un sourire véritable. Le coeur de la blonde accélérait, menaçant de rompre sa cage thoracique alors que, par automatisme, un sourire naissait également sur son visage. Et enfin, la blonde comprenait.

- Est-ce que tu vas voir le match de basket, la semaine prochaine ? S'enquit la milliardaire, désireuse d'entendre à nouveau le son de la voix de sa camarade.

Mike lui avait posé exactement la même question, pensait Kara. Pourtant, dans la bouche de Lena, ces mots lui provoquaient un petit frisson.

- Et bien, normalement oui, on doit y aller avec Winn, approuvait-elle en se mordant la lèvre inférieure.

L'estomac de Lena se tordait alors que ses yeux se perdaient sur les lèvres de la blonde. La brune mourait d'envie de l'embrasser mais elle se retenait. Ce n'était pas vraiment son genre d'agir de la sorte.

- Le problème c'est qu'on a pas de chauffeur pour nous y emmener, soupira Kara. Eliza travaille et on ne peut pas monter dans le bus avec le reste de l'équipe. Et comme National City, c'est pas vraiment la porte d'à côté, on ne peut pas dire de prendre les transports en commun...

Je peux vous prendre, si vous voulez, déclara la brune avec évidence.

Kara se redressait, quittant enfin l'étreinte de la milliardaire, pour la regarder avec des yeux surpris. Elle ne s'était pas attendue à une telle proposition de la part de sa nouvelle amie.

- En tracteur ? S'étonna la blonde.

Un petit rire s'échappait de la gorge de Lena. Elle non plus, ne s'était pas attendue à une telle réponse de la part de la plus jeune.

- Non, bien sûr que non. J'ai une voiture.

- Oh.

Kara passait soudainement sa main dans ses longs cheveux clairs, gênée. Mais rapidement, la gêne s'en allait, à mesure que les mots de la brune étaient assimilés par son esprit, laissant place à un véritable sourire ravi.

- Alors, avec plaisir ! S'exclama-t-elle. J'en connais un qui va être content de passer quatre heures avec toi, en voiture.