Le lendemain, quand Helwa se réveilla, il était déjà tard et la matinée était bien entamée. Affolée de voir qu'elle était en retard pour l'entraînement elle sauta de son lit et s'habilla en quatrième vitesse. Sa tête bourdonnait d'une affreuse migraine dû à toutes les larmes qu'elle avait versé avant de s'endormir et du peu de temps qu'elle avait passé dans les bras d'Irmo de Lórien, Vala des songes. Helwa grimaça devant le miroir. Elle n'avait pas bonne mine. Elle voulait se rendormir ou se taper la tête contre les murs. A voir, peut-être les deux.
Quand elle était arrivée dans sa chambre, Helwa s'était recroquevillée derrière sa porte et l'angoisse l'avait prise. Quand elle avait réussi à se calmer, la jeune femme s'était mise à pleurer. Helwa n'avait cessé de retourner dans tous les sens ce qui venait d'arriver. Elle se sentait honteuse et en colère d'avoir aimé le baiser. Même si ses sentiments l'empêchaient de mener une guerre équitable, Helwa se détestait plus encore, sachant qu'elle rêvait de l'embrasser à nouveau. Elle se serait frappée. Ses sentiments étaient impossibles, elle le savait et elle l'avait laissé l'embrasser, bien que les Elfes et les Hommes ne puissent pas vivre ensemble. Cette situation la rendrait folle. La jeune femme souhaitait se cacher de tous, s'enfoncer six pieds sous terre car elle avait l'impression que les événements de la veille étaient marqués au fer rouge sur son front.
Helwa claqua sa porte et courut malgré tout dans les couloirs comme une folle pour rejoindre l'aire d'entraînement. Sur son passage elle faillit renverser plusieurs Elfes tellement elle courrait vite. Sa vitesse n'arrangeait rien à sa migraine qui continuait de battre dans sa tête. Glorfindel allait la reprendre, Helwa en était certaine. Et malheureusement elle n'était pas vraiment d'humeur à surmonter des remontrances ni à le décevoir.
Il ne faisait pas beau ce matin-là. Il avait plu des torrents dans la nuit. Le sol, dehors, était très glissant et des flaques et de la boue s'étaient formées à certains endroits. D'ailleurs Helwa faillit en faire les frais plusieurs fois sur le chemin, se rattrapant juste à temps pour reprendre sa course. Ce temps ne lui donnait pas non plus une grande envie d'aller s'entraîner. De toute manière ce jour-là, tous les motifs auraient été bon pour éviter Elladan et donc éviter l'entraînement qu'il suivait tous les matins comme elle.
Quand Helwa arriva enfin à destination, tous les Elfes étaient déjà en train de s'entraîner à l'épée par paire pendant que Glorfindel passait entre eux pour corriger certains points. La jeune femme était vraiment en retard. En tout il n'y avait qu'une vingtaine de personnes. Elle repéra tout de suite Elladan se battant dans le fond à droite du cercle. Elle vit que les combats étaient plus durs aujourd'hui à cause de la pluie car il n'y avait pas qu'elle qui glissait dans la boue.
Elle fut surprise quand elle arriva et qu'elle vit Glorfindel s'approcher d'elle en fronçant les sourcils, plus inquiet qu'en colère :
—Vous êtes encore en retard, dit-il, C'est la deuxième fois en quatre jours. Est-ce que tout va bien Helwa ?
Son maître d'armes était une personne perspicace et attentive à ses élèves, pourtant Helwa préféra mentir. Que pouvait-elle faire d'autre ? Elle n'allait quand même pas tout lui dire. C'eut été risible :
—Oui tout va bien Glorfindel, ne vous inquiétez pas pour si peu. Une mauvaise nuit est si vite arrivée.
Helwa lui offrit son plus grand sourire :
—C'est tout de même la deuxième fois en quatre jours, se borna-t-il à répéter, Vous devriez peut-être prendre quelques jours de repos.
Helwa n'apprécia pas le sous-entendu. Elle ne voulait pas que l'on pense qu'elle était faible et incapable de suivre le rythme. Elle allait très bien merci. Son cœur avait simplement décider de s'affranchir de toutes règles logiques mais à part ça tout fonctionnait normalement, elle pouvait le surmonter :
—Glorfindel je vais très bien. Ce sont simplement deux mauvaises nuits. Il n'y a vraiment pas de quoi s'en faire.
Perplexe, les sourcils froncés, Glorfindel laissa tout de même l'affaire de côté et déclara :
—Bon et bien aujourd'hui, Elrohir étant toujours absent, vous vous entraînerez avec moi. Ce qui veut dire que nous allons travailler un point sur lequel vous avez des difficultés.
—Ah et quel est-il ?
—Le combat à deux épées, répondit le général.
—Misère... souffla-t-elle pour elle-même.
Helwa soupira intérieurement. Elle détestait cet exercice qui consistait à se battre avec deux épées ce qui faisait deux fois plus de choses à gérer ! Elle était douée de sa lame à la main droite mais dès qu'il s'agissait d'utiliser la gauche en symbiose, il n'y avait plus personne. Pourtant elle savait qu'il était important d'être à l'aise de ses deux mains. Pour les Elfes cet exercice était plus facile vu qu'ils naissaient tous ambidextres. Helwa fit la moue et Glorfindel ajouta :
—Allez-vous échauffer puis revenez vers moi pour commencer. Vous avez suffisamment perdu de temps et on ne râle pas. Ne pensez pas que je ne vous ai pas vu ni entendu Helwa.
La jeune femme lui sourit malicieusement et partit courir quelques tours de piste à bonne allure.
L'entraînement qui suivit ne fut pas un échec complet sur toute la ligne. Helwa réussit avec plus de succès que d'habitude à se concentrer sur les quatre lames impliquées dans le combat, bien qu'elle tombât plusieurs fois dans la boue et en avait un peu partout, même dans les cheveux :
—Votre bras gauche Helwa ! Parez à droite ! Attaquez maintenant ! Prenez avantage des ouvertures ! Attention à votre positionnement de jambes ! Plus vite ! Allez, on continue !
Glorfindel était un maître très exigeant mais le meilleur dans son domaine, les armes et le combat, et Helwa se rengorgeait qu'il soit fier de ses progrès et qu'il ait accepté de l'entraîner. Elle était devenue meilleure que beaucoup d'Hommes normaux, elle en était sûre. L'apprentissage des techniques de combat elfique possédait beaucoup d'avantages : plus de souplesse, d'agilité, de rapidité, de réflexes, de dextérité. Helwa admirait beaucoup Glorfindel et voulait à tout prix le rendre fier en progressant aussi vite que ses autres élèves, de jeunes Elfes pour la plupart.
Quand l'entraînement fut terminé et qu'Helwa effectua ses étirements à même le sol, elle repensa à son voyage jusqu'à Vertbois-le-Grand, rebaptisé depuis peu Forêt Noire. C'était il y a un peu plus d'un an maintenant. Les enfants du Seigneur Elrond avait été invité par le Seigneur Thranduil à venir passer l'été dans sa cité pour renforcer les liens diplomatiques entre leurs deux royaumes. Elrohir avait été absolument ravi par la nouvelle. Il lui avait parlée pendant deux semaines de sa joie de se rendre dans les salles du roi Elfe. Il lui avait décrite les immenses salles souterraines, construites entre les racines d'arbres immenses au Nord-Est de la grande forêt et de l'habileté des Elfes sylvains pour le tir à l'arc. Son ami s'entendait très bien avec le prince de la cité, un certain Legolas, qui d'après ses dires, lui tenait la dragée haute dans le maniement de l'arc.
Il lui avait également racontée comment, avec le temps et depuis neuf-cents ans, la forêt était devenue plus sombre et corrompue. Des créatures ténébreuses avaient envahi tout le Sud de la forêt et le peuple du roi avait dû immigrer vers le Nord. Cela l'affligeait terriblement car Vertbois-le-Grand avait été, d'après lui, une forêt rayonnante et pleine de vie au premier tiers de cet âge.
Quelle ne fut pas sa surprise lorsque le Seigneur Elrond l'invita à se joindre à ses enfants pour le voyage ! Helwa était surexcitée à l'idée de parcourir une aussi grande distance et de découvrir de nouveaux peuples. Elle avait été présentée à la famille royale comme la protégée du Seigneur Elrond et avait donc passé une saison dans une cité nouvelle. Helwa avait adoré trouver toutes les différences entre les Elfes Sylvains et Noldor. Elrohir avait passé tout son temps avec le Prince Legolas et avait tiré Helwa avec lui. La jeune femme avait beaucoup apprécié le prince blond. Il lui rappelait parfois Elladan par son sérieux mais pouvait également être très facétieux et enjoué comme Elrohir. Le prince avait eu l'air de l'apprécier, sa répartie y jouant pour beaucoup et il avait mis un point d'honneur à l'entraîner. Helwa avait beaucoup progressé au tir à l'arc pendant tout cet été et avait pris des habitudes de tir sylvaines au grand damne de Glorfindel qui avait pesté à ce sujet pendant plus de deux mois ! Elle avait également visité toute la cité et ses alentours. Ce voyage avait donc été une grande réussite.
Helwa se releva pour ranger ses épées à l'armurerie et se dépêcher d'aller prendre un bain et manger un peu avant d'aller prendre ses cours avec Maître Ardamir. Son estomac criait clairement famine vu qu'elle n'avait rien avalé ce matin dans sa précipitation et un bain s'imposait, vu qu'elle était couverte de boue un peu partout. Heureusement quand elle regardait les autres Elfes présents, elle voyait qu'elle n'était pas seule à se trouver dans cet état. En vérité seul Glorfindel n'avait pas glissé à terre. Cela ne l'étonnait guère.
En ressortant de l'armurerie, elle croisa Elladan qui venait ranger ses affaires. Alors qu'ils se croisaient, il l'interpella :
—Helwa...
Elle tenta de l'ignorer et de sortir, d'autres personnes se trouvant autour d'eux, mais il lui attrapa le bras. Helwa eut un sursaut de peur :
—Je voulais simplement vous dire qu'un garde vient de m'avertir que mon frère s'est réveillé et est debout.
Helwa fut perdue un moment. Puis elle se dégagea rudement et partit sans dire un mot. Cette altercation avec Elladan venait de lui mettre les nerfs en pelote et savoir qu'Elrohir était réveillé et enfin debout ne suffisait pas à la détendre et à l'enchanter. Alors quand elle passa devant Ether et qu'il la héla, elle le regarda d'un air agacé mais ne voulant pas être impoli, elle lui demanda :
—Que voulez-vous Ether ?
L'Elfe sembla irrité de son ton agacé :
—On ne vous a jamais dit de montrer un peu plus de respect à ceux qui vous sont supérieurs ? Vous êtes de la race des faibles et vous devriez baisser les yeux en me parlant !
Le ton condescendant et purement méprisant fit monter la colère d'Helwa d'un seul coup. Il ne l'avait interpellée que pour lui dire une telle chose ! Seulement pour le provoquer. Cet Elfe était décidément une véritable épine dans son pied et celui de son meilleur ami ! La jeune femme ne put se retenir et ne chercha pas non plus à le faire et, s'avançant vers l'Elfe, elle le frappa en plein visage de sa droite la plus puissante. Elle n'allait pas le laisser l'insulter ainsi ! Hors de question de se laisser faire ! La tête d'Ether pencha sur le côté sous la violence du coup et quand il la releva, il fulminait :
—Vous allez le regretter, sale Orc ! Cracha-t-il à Helwa, Il est temps de vous apprendre votre vraie place !
Il la frappa sur le flanc droit avec son pied. Helwa encaissa le coup et recommença à lui donner des coups pour le mettre à terre. Un combat à mains nues commença entre les deux protagonistes. Helwa ne retenait pas ses coups mais Ether non plus. Elle le frappa au visage plusieurs fois et également au torse, ce qui lui coupa la respiration. Lui, réussit à la frapper au nez et une douleur fulgurante la prit au visage et elle sentit qu'elle saignait. Elle espérait qu'il n'était pas cassé. Il la frappa aussi au visage plusieurs fois, à l'œil, lui tira les cheveux et lui assena plusieurs coups à l'abdomen. Ce n'était pas un entraînement et tous les coups étaient permis, les deux protagonistes l'avaient très bien compris. Ether avait plus de force qu'Helwa dans ses bras et ses jambes mais elle était plus rapide pour éviter les coups ce qui la sauva de plusieurs salves.
Alors qu'il la frappait d'un coup de botte dans le menton et qu'elle dût reculer, Helwa entendit un Elfe avertir Glorfindel.
Elle entendit d'autres Elfes accourir autour d'eux mais elle ne s'en soucia pas. La seule chose qui comptait était de se défouler sur cet Elfe, de lui montrer ce que c'était qu'un Homme, d'exorciser ces anciens démons, de se prouver à elle-même qu'elle pouvait se défendre. La jeune femme ne réalisa pas qu'elle était revenue des années en arrière et qu'elle ne se battait pas contre l'Elfe mais bien contre tous ceux qui l'avaient insultée et frappée plus jeune. Elle n'y pensait plus depuis des années mais les paroles d'Ether avaient rappelé ces douloureux souvenirs à sa mémoire.
Ce ne fut que quand quelqu'un l'attrapa par la taille et immobilisa ses bras qu'elle prit véritablement conscience des quelques élèves de Glorfindel amassés autour d'eux, inquiets, et des larmes de colère qui coulaient sur ses joues sales. Mécontente d'avoir été freinée dans son élan, elle se débattit pour se libérer de l'emprise de l'Elfe la retenant.
Elle vit en face d'elle que Glorfindel avait immobilisé Ether, lui aussi ayant une furieuse envie de continuer à la « corriger » :
—Calmez-vous Helwa ! Lui intima la personne qui la retenait, Je ne sais pas ce qui se passe mais calmez-vous ! Vous êtes blessée, il faut vous faire soigner.
Au son de la voix, Helwa sut que c'était Elladan qui la tenait et cela la refroidit d'un seul coup. Ils étaient encore une fois trop proches. Les deux protagonistes continuèrent à se défier du regard. Quand Glorfindel et Elladan jugèrent bon de les relâcher, le général commença à s'énerver :
—Mais que vous est-il donc arrivé ?! S'exclama-t-il, êtes-vous donc devenus fous pour vous combattre ainsi ? Vous savez pourtant qu'en dehors des entraînements, la violence est prohibée à Imladris ! Cette attitude est tout simplement intolérable et indigne de vous deux !
Il regarda tour à tour Helwa puis Ether, d'un regard froid et la jeune femme avala difficilement sa salive. Elle n'avait jamais vu son maître d'armes aussi énervé. La colère d'Helwa s'étant un peu calmée, elle commença à ressentir la douleur des coups qu'Ether lui avait portée. Il ne l'avait pas ratée. Tout son corps lui semblait en feu, surtout son visage et son abdomen. Cependant Helwa était ravie d'avoir bien amoché Ether en contrepartie.
Elle voulut répondre à la question de Glorfindel malgré la douleur de son visage mais Ether fut plus rapide :
—Je ne comprends pas ce qui s'est passé Seigneur Glorfindel ! Cette humaine est arrivée vers moi et a commencé à me frapper. J'ai donc dû me défendre ou elle m'aurait sûrement fait bien plus de mal.
—C'est faux ! Se récria Helwa, Il m'a provoquée en faisant offense aux miens et en les rabaissant. Il n'est pas blanc dans cette altercation Seigneur Glorfindel ! Je vous prie de croire que je n'aurais pas agi ainsi sans raison.
—Je ne comprends rien à ce qu'elle raconte, répliqua Ether, Je ne lui ai jamais adressée la parole. Et je ne m'y abaisserais jamais.
—Je ne savais pas les Elfes aussi habiles avec le mensonge, ironisa Helwa, C'est incroyable comment certains peuvent ressembler à de véritables serpents. Étonnant alors que vous vous récriiez « peuple le plus sage de la terre » !
—Cela suffit Helwa ! S'exclama Glorfindel, irrité par ses paroles envers les Elfes, Je parlerais de cette affaire au Seigneur Elrond qui tranchera. Maintenant allez-vous faire soigner et je ne veux pas entendre parler d'une autre altercation vous concernant tous les deux !
Helwa partit à toute allure (enfin autant que le lui permettait son corps) vers les maisons de guérison pour voir Elrohir, faisant fi de la douleur qu'elle ressentait et sans un regard pour Elladan. Quand elle arriva là-bas, elle se dirigea vers une Elfe guérisseuse pour lui demander où se trouvait Elrohir. Cette dernière la regarda étrangement en la détaillant. Helwa était couverte de boue, avait des ecchymoses sur le visage et son menton et son nez saignaient beaucoup :
—Ma Dame je pense que vous devriez venir avec moi vous faire soigner. Vous avez besoin de soins.
Helwa serra les dents. Bien sûr qu'elle avait mal. Elle avait du mal à tenir debout, son nez et sa joue droite la lançaient et elle était prête à parier qu'elle saignait du nez. Son menton lui faisait aussi extrêmement mal et elle avait du mal à ouvrir l'œil gauche. La jeune femme analysa aussi qu'elle devait avoir des bleus sur l'abdomen et elle boitait :
—Non, non... c'est bon. Je veux juste voir le Prince Elrohir s'il vous...
—Helwa ? L'interpella une voix dans son dos.
L'intéressée se retourna et son visage s'éclaira d'un sourire en voyant Elrohir, debout, se tenant au chambranle d'une porte :
—Elrohir ! Je suis si contente de vous voir debout ! Je ne pensais pas que vous vous remettriez aussi vite. J'espère que vous arrivez à bien marcher.
Elle voulut marcher jusqu'à lui mais il la stoppa dans son élan en s'avançant vers elle, boitant encore légèrement :
—Par les Valar Helwa ! Que vous est-il arrivé ? Vous êtes blessée ! S'exclama-t-il inquiet.
—Non ne vous inquiétez pas Elrohir, répondit-elle en essayant de sourire, Ce n'est rien.
—Non ce n'est pas rien ! Je ne discuterais pas avec vous tant qu'on ne vous aura pas soignée. C'est non négociable Helwa.
—Emmenez-là et faites le nécessaire, fit-il à l'attention de la guérisseuse qui observait toujours la scène en retrait.
—Bien Prince Elrohir. Par ici, ma dame, lui indiqua gentiment la guérisseuse.
Helwa se résigna car elle savait qu'Elrohir pouvait être aussi têtue qu'elle. Elle rentra dans une chambre et, gênée, s'assit sur le lit. Elle n'avait jamais eu besoin de se faire soigner et elle se sentait mal à l'aise en cet instant. La guérisseuse s'approcha d'elle et commença à arrêter le sang qui coulait de son nez et de son menton :
—Vous avez eu de la chance, dit-elle d'une voix douce, votre menton ne s'est pas ouvert. Ce n'est qu'une grande coupure.
—Sinon ? Demanda Helwa
—S'il s'était ouvert alors il aurait fallu vous recoudre.
Helwa frissonna au mot « recoudre ». Pourvu qu'elle n'en ait jamais besoin. Les Elfes de Fondcombe avaient beau être les meilleurs guérisseurs de toute la Terre du milieu, se faire « recoudre » n'avait sûrement rien d'une partie de plaisir.
La guérisseuse appliqua un baume à base de plantes sur son œil gauche qu'Helwa sentait gonflé. Elle n'appréciait pas d'être touchée partout comme cela mais l'Elfe était patiente et très douce :
—Votre œil restera gonflé plusieurs jours je pense. Vous aurez sûrement du mal à l'ouvrir. Je vous donnerai du baume et vous devrez l'appliquer avant d'aller dormir, le soir.
Helwa grimaça quand la guérisseuse appuya un peu plus sur son œil et elle acquiesça. Le pire arriva quand l'Elfe lui fit retirer sa tunique d'entrainement plus marron que verte dorénavant et qu'elle commença à s'occuper de ses bleus. Elle commença à tâter ses côtes pour voir si elle n'avait rien de cassé et quand elle appuya là où Helwa avait reçu un coup, cette dernière retint un cri et souffla. La guérisseuse lui appliqua un bandage pour maintenir le baume calmant qu'elle passait sur chacun de ses hématomes. Helwa était assez gênée que quelqu'un passe ses mains sur son abdomen et son ventre même si cette personne était une femme.
Soudain la porte s'ouvrit et Elrohir déboula dans la pièce :
—Helwa ! Est-ce que ça va mi...
—Elrohir ! Je n'ai pas ma tunique ! S'écria Helwa en se tournant malgré la douleur pour se mettre de dos.
Elle n'était en effet vêtue que d'un bandage pour sa poitrine et ses blessures et de son pantalon :
—Oh... Hum... Je suis vraiment confus... Je vous prie de m'excuser, bredouilla le prince, rouge comme une tomate.
La guérisseuse, en bonne diplomate, s'approcha de lui :
—Prince Elrohir je vous appellerais quand vous pourrez voir Dame Helwa. Maintenant je vous prierais de retourner dans le couloir pour que je puisse continuer à remettre en état votre amie.
—Hum... Oui bien sûr. Je suis vraiment désolé, encore.
Et il sortit, penaud et gêné :
—Vous pouvez vous retourner Dame Helwa, fit la guérisseuse légèrement amusée par la situation.
—Appelez-moi juste Helwa. Valar ! Ça fait mal ! fit-elle en se retournant.
—Je pense que vous ne pourrez pas faire de mouvements brusques pendant quelques jours.
—Quelques jours ! S'exclama la jeune femme.
—Je suis vraiment désolé mais si vous ne vous reposez pas vous n'arriverez pas à vous remettre normalement.
Elle s'éloigna et Helwa renfila sa tunique avec difficultés. C'est vrai qu'elle avait mal mais elle ne pouvait pas imaginer plusieurs jours sans rien faire. La guérisseuse sortit et laissa entrer Elrohir qui s'approcha d'elle :
—Et bien vous ne vous êtes pas ratée Helwa !
—Sûr. Je m'en sors avec un œil gonflé, une grande coupure au menton, deux joues meurtries, et des hématomes sur l'abdomen. La guérisseuse a dit qu'il ne fallait pas que je bouge beaucoup pendant plusieurs jours. Je ne sais pas si je vais survivre à l'inactivité, soupira-t-elle.
—Croyez-moi si j'ai survécu, vous y arriverez. Mais dites-moi, fit Elrohir avec un petit sourire, je viens de voir passer Ether aussi amoché que vous dans le couloir. Tout cela aurait-il un rapport ?
—Nous nous sommes battus, répondit Helwa. Il m'a provoquée alors que je n'étais pas d'humeur alors je l'ai frappée au visage. Puis nous avons commencé à vraiment nous battre jusqu'à ce que Glorfindel nous retienne.
—Vous avez frappé Ether ! Oh je suis vraiment fou de joie ! Vous ne réalisez pas comment cet avorton le méritait. Je regrette vraiment de ne pas avoir été là pour vous voir lui mettre la correction qu'il méritait.
—Il m'a bien amochée en retour quand même, grimaça Helwa, Disons que j'en ai pris pour mon grade.
—Oh il n'en est pas sorti indemne non plus, je vous rassure. J'ai l'impression que vous vous êtes vraiment très bien débrouillée. Glorfindel me tuerait s'il m'entendait mais... son apprentissage a porté ses fruits et une petite mise en pratique n'a jamais tué personne.
Helwa rit un court instant avant de redevenir sombre :
—Mais je vais sûrement me faire expulser de la cité. J'ai enfreint une des lois primordiales de Fondcombe et je suis étrangère de surcroît. Je ne donne pas chère de ma peau après ça.
Elrohir s'approcha et posa sa main sur son épaule :
—Ne vous inquiétez pas. Glorfindel et mon père sont des personnes sages. Ils sauront comprendre que vous ne l'avez pas frappée impunément.
—Viendrez-vous avec moi pour plaider ma cause auprès de votre père ?
—Avec joie ! Je me tiendrai au courant de l'heure et vous rejoindrai sans tarder.
Helwa se leva du lit et marcha doucement pour tester sa douleur à l'abdomen. Le baume de la guérisseuse avait fait miracle car elle ne sentait plus grand-chose à part un léger tiraillement. Elle avait en revanche encore mal au visage :
—Merci mon ami. Je dois y aller. Maître Ardamir m'attend pour l'après-midi.
Puis elle sortit des maisons de guérison. Sa crainte d'être expulsée de Fondcombe pour sa conduite s'était quelque peu dissipée en sachant qu'Elrohir serait à ses côtés.
