La petite pluie glaciale qui avait commencé à tomber fouettait le visage de Gilles et s'infiltrait jusque dans son col, mais pourtant, il ne s'était jamais senti aussi sûr de lui. Ça n'avait peut-être aucune chance d'aboutir, mais… Non, il était tellement désespéré qu'il refusait de penser comme ça. Ça devait aboutir. Il n'y avait aucune raison que, au fond de ces pièces cachées et morbides d'où la sorcière du Shérif lançaient jadis ses mauvais sorts, il n'y ait pas de solution à leur problème de spectres. Toutes les ensorceleuses étaient pareilles, n'est-ce pas ? Celle de Nottingham devait connaître la formule que cette femme au marché lui avait donnée et posséder un contre-sort en conséquent.

À cet instant, Gilles ne se posait pas la question de savoir ce qu'une telle annulation, forcément puissante au vu de la malédiction qu'elle était censée effacer, allait lui demander comme prix à payer. Ce n'était pas qu'il ne se souciait pas de mourir, mais, d'une part, il ne voulait pas risquer que sa volonté faiblisse si jamais il y songeait, et d'autre part, il n'était pas une personne qui s'embarrassait de plans compliqués. Il avait un objectif et il se concentrait pour parvenir à l'endroit voulu. En un seul morceau, de préférence. Le reste, il y penserait plus tard.

Ceci étant, il aurait peut-être dû prévoir un peu plus et réfléchir au fait que les fantômes n'auraient plus aucun mal à concentrer leurs efforts sur lui, maintenant qu'il était seul. Et qu'ils allaient beaucoup plus vite que lui à pied. Essoufflé par tout ce qu'il avait déjà enduré jusque-là, le jeune homme risqua un coup d'œil rapide par-dessus son épaule. Le frisson de peur qui lui remonta le long de l'échine faillit le faire trébucher, mais il se concentra pour poursuivre sa course. C'était littéralement tout le nuage de spectres qui l'avait suivi ! C'était donc vrai que sa présence les attirait… Cette pensée en amena aussitôt une autre, qui lui noua la gorge : c'était peut-être comme ça que Lord Locksley les avait retrouvés, au final… probablement sans s'en rendre compte. Est-ce que cela voulait dire qu'il était resté démoniaques malgré tout ?

Penser à son père fit mal à Gilles, mais lui réchauffa le cœur en même temps. Au moins, maintenant qu'il avait attiré les revenants au loin, Lord Locksley et Robin ne craignaient plus rien. Lui qui avait apporté ce malheur sur sa famille, il ferait peut-être enfin quelque chose d'utile pour elle, ça le changerait...

Il en était là de son auto-apitoiement quand une silhouette à cheval se dessina soudain sur la crête, juste devant lui. Il fronça les sourcils. Qui que soit cet individu, homme ou femme, il allait s'enfuir dès qu'il verrait la nuée de spectres foncer sur lui. Cependant, à sa grande surprise, le cavalier éperonna bientôt sa monture et dévala la pente à sa rencontre, ce qui l'obligea à déraper dans la terre et à s'arrêter alors que son cerveau le pressait de continuer à courir, malgré son point de côté. D'autant plus qu'il détestait la présence des chevaux. Comme tous les manants, il avait déjà eu maille à partir avec ces animaux que leurs maîtres rendaient parfois violents en les faisant se cabrer juste devant les paysans qu'ils croisaient. Il s'en était même cassé le bras, une fois… Machinalement, le jeune homme se massa le coude en reculant devant le fier destrier. Oui, il n'aimait vraiment pas les chevaux. Les deux ou trois fois où Robin l'avait fait monter avec lui, il s'était accroché de toutes ses forces et il avait même fermé les yeux.

« Prenez ma main, ordonna l'homme d'une cinquantaine d'années qui montait l'animal. Dépêchez-vous !

-Je veux savoir qui vous êtes ? se braqua Gilles en reculant d'un pas, avant de glisser un œil effaré vers les fantômes qui arrivaient sur eux. Vous êtes seul et nous sommes au milieu de nulle part ! Je trouve ça très louche.

-Arrêtez de palabrer et montez ! s'agaça le cavalier en le foudroyant de ses yeux clairs. À moins que vous préfériez vous faire dépecer par ces choses ? »

Gilles renifla mais, en effet, il était plus aisé de fuir à cheval qu'à pied. Et il ne pourrait pas supporter longtemps la douleur qui lui sciait le côté. Alors, il saisit la main gantée dans la sienne et se hissa tant bien que mal sur le cheval.

« Ce que vous êtes empoté, grommela l'inconnu alors qu'il manquait retomber de la scelle et dut prendre le parti de se cramponner à lui.

-Vous allez me dire comment vous vous appelez, à la fin ? pesta le jeune homme pour cacher sa nervosité.

-Jean de Fairway ! Le frère de Geoffrey de Locksley !

-Quoi ?! Le frère de mon père ?! »

Le noble n'eut pas l'occasion de répondre, parce que les spectres étaient désormais bien trop proches. Il éperonna une nouvelle fois son cheval et ils s'élancèrent au galop dans la plaine, puis ils gravirent la crête et disparurent de l'autre côté. Il fallait bien admettre que creuser la distance entre les fantômes et eux était plus soulageant que Gilles pourrait le dire, mais il n'arrivait pas à savoir ce qu'il ressentait à être - physiquement - aussi proche de son… oncle. Il n'était même pas sûr d'avoir le droit de l'appeler ainsi. Après tout, le noble s'était présenté comme étant « le frère de Lord Locksley » et non pas le frère de son père. En plus, c'était vraisemblablement l'oncle Jean que Robin était allé voir et qui convoitait les terres de leur père. Il n'avait pas très envie de lui faire confiance, mais cet homme l'avait sauvé. Et puis, aussi loin qu'il s'en souvenait, il avait toujours eu de bons rapports avec son oncle maternel… ces vagues souvenirs un peu réconfortants calmèrent en partie sa méfiance et il décida de se détendre un peu, au moins le temps du trajet. D'ailleurs, il ne savait absolument pas où son oncle l'emmenait.

wwwwwwww

Pendant ce temps-là, dans le château de sa belle, Robin était évidemment dans tous ses états. Et comme on l'empêchait de sortir, il était prêt à se défouler sur tout ce qui lui passerait sous la main. De ce fait, tout le monde observait une distance de sécurité prudente. Et, de toute façon, les hors-la-loi étaient bien trop éreintés par tout ce qu'ils venaient de vivre pour se soucier, malgré l'empathie sincère de quelques uns, du frère rebelle de leur chef. Que Gilles se soit mis dans le pétrin ou non leur importait peu… pour le moment, leur priorité était de mettre leur famille à l'abri.

Même Fanny s'était retirée avec ses huit enfants et, après une hésitation, Petit Jean l'avait suivie. Il n'y avait donc plus que Marianne, Azeem, Bouc, Frère Tuck et Lord Locksley qui observaient le jeune comte d'un air anxieux. Et l'anxiété, surtout celle de son père, n'était clairement pas assez pour Robin, car il explosa tout à coup en se tournant vers lui et en allant furieusement à sa rencontre.

« Père ! Comment pouvez-vous rester là à me regarder ?! s'exclama-t-il. C'est votre fils qui se trouve là-dehors ! Pourquoi n'allez-vous pas le chercher ?! Est-ce que sa vie vous importe moins que la mienne ?! Je sais que pour moi, vous y seriez allé !

-Robin, calme-toi, lui ordonna son père en le saisissant par les épaules. Je ne suis pas indifférent au sort de ton frère, mais… regarde un peu tout ce qui nous attend à l'extérieur de ces murs ! Tu tiens tant que ça à mourir ? Et tous ces gens, bien plus nombreux, qui ont besoin de toi ?

-Je dois admettre que je ne vous reconnais plus, Père, lâcha brusquement l'archer en se dégageant de son étreinte. Après la mort de Mère, je vous ai paré de tous les maux. Pour moi, vous étiez égoïste, incapable de comprendre ma peine, hypocrite et sans aucun honneur. Mais je n'ai jamais oublié votre courage et votre force. Si les hommes du Shérif ont pu s'en prendre à vous en premier lieu, c'est parce que vous êtes sorti venger la soi-disant mort du fils du paysan qui était venu vous demander assistance, n'est-ce pas ? Pourtant, vous ne voulez même pas sauver votre propre enfant, après tout ce qu'il a fait pour vous. »

Robin se tut, sans doute inquiet d'en avoir trop dit. Mais Lord Locksley ne releva pas et ses yeux bruns restèrent fixés sur son fils avec une profondeur que l'archer prenait autrefois pour de la sagesse. Maintenant, son inquiétude et sa détresse ne lui faisaient voir que des préjugés injustes et monstrueux. Oui, Gilles avait fauté ! Très gravement ! Mais ne comprenait-il pas qu'il avait agi par amour ? Que ça ne faisait pas de lui un sorcier avide, mauvais et corrompu à la solde du Mal, mais juste un jeune homme de dix-huit ans, qui avait toujours vécu seul alors qu'il aurait tant eu besoin qu'on le protège, et qui avait fait une erreur ? C'était totalement hallucinant de bêtise ! Comment son père pourtant si juste et si attentif aux autres pouvait commettre une telle méprise ?

« Je vais aller le chercher, répéta l'archer d'un ton brusque en faisant volte-face. Peu m'importe que vous veniez avec moi ou pas, moi j'y vais !

-Robin ! Tout le monde ici comprend votre inquiétude, le retint Marianne en saisissant sa manche. Mais… vous aventurer ainsi à l'extérieur est insensé ! Comment pourriez-vous vaincre cette nuée d'esprits tout seul ? Où commencer vos recherches ? Vous ne savez même pas où il est parti !

-Peu m'importe, je le retrouverai ! s'entêta l'archer en se dégageant une nouvelle fois. Même si je dois fouiller toute l'Angleterre !

-Chrétien…, l'interrompit soudain Azeem d'une voix calme mais tellement grave que tout le monde se tourna vers lui. Je pense que tu devrais venir voir ça. Vous aussi, Lord Locksley. »

Dans l'idée de savoir ce que les fantômes avaient décidé de faire ensuite, le maure s'était rendu sur les créneaux du château avec sa longue-vue qui avait tellement étonné Robin la première fois qu'il s'en était servie. Il avait eu la surprise de se rendre compte que tous les spectres étaient partis. Tous… sauf un.

« Je l'ai aperçue qui était assise sur les créneaux, expliqua-t-il tandis que son ami, son père et Marianne le suivaient dans les escaliers. Elle avait l'air d'attendre que quelqu'un monte ici pour se manifester.

-De qui parles-tu donc ? D'une vraie personne, au moins ?

-Tu verras bien. »

Ils débouchèrent tous les quatre sur le chemin de ronde et même la bourrasque glaciale qui soufflait sur eux ne put pas empêcher le corps de Robin de se changer en feu lorsqu'il vit la personne qui l'attendait. Elle était morte depuis si longtemps que, à sa grande douleur, son visage avait fini par devenir de plus en plus vague dans sa mémoire, d'autant plus qu'il n'avait guère eu de portrait d'elle à emporter en Terre Sainte, ni à Sherwood après l'incendie de sa maison. Mais c'était elle, il le sut tout de suite. Sa longue et abondante chevelure blonde, les yeux bleus qu'elle lui avait transmis, la douceur de son regard et la délicatesse de sa silhouette, c'était sa mère… C'était Lady Locksley qui était morte il y avait presque vingt ans !

Robin aurait voulu l'appeler mais les larmes l'avaient submergé sans même qu'il s'en rende compte. C'était sans doute toutes celles qu'il avait engrangées en lui depuis si longtemps, au fur et à mesure que sa mère lui manquait encore et encore. Elle était si belle… et il avait tellement souffert de son absence ! Son amour et sa gratitude de la revoir étaient si immenses qu'il n'était pas sûr que son cœur pourrait les contenir tout entiers et il posa par réflexe sa main sur sa poitrine.

« Mère…, finit-il par balbutier en avançant maladroitement vers elle. Mère, c'est… c'est bien vous ? Je… Je ne saurais vous dire combien je… je… »

Lady Locksley sourit tendrement et secoua la tête pour lui signifier de ne pas parler. Elle tendit ensuite ses mains fantomatiques vers lui mais ne le laissa pas les prendre, sachant sans doute la peine que cela lui causerait de ne pas réussir à la toucher. En revanche, elle fit mine de lui effleurer le visage et son regard s'emplit de fierté.

« Tu as tellement grandi, mon fils, constata-t-elle d'une voix qui le ramena vingt-cinq ans en arrière. Tu es devenu encore plus beau et courageux que quand tu étais enfant ! Je suis si heureuse de pouvoir voir ça.

-Mère…

-Chut… Nous n'avons pas beaucoup de temps, mon enfant. J'ai quelque chose à te dire d'abord. À toi aussi, Geoffrey. Approche-toi. »

Robin tiqua en se souvenant soudain de la présence de son père. Il en ressentit un certain malaise et tourna un regard anxieux vers Lord Locksley qui hésitait lui aussi à avancer vers sa femme. La présence d'Ann et surtout de Gilles planait trop entre eux et rendait l'air presque électrique.

« Alice…, se lança-t-il pourtant en rejoignant leur fils. Écoute, quoi que tu aies à me reprocher… sache que j'ai pensé à toi chaque jour depuis ta disparition. »

Robin se tendit et jeta un regard sceptique à son père. Ce n'était pas qu'il détestait toujours Ann, jamais il ne pourrait éprouver la moindre once de mauvais sentiment à l'égard de la mère de son petit frère. Mais il n'empêchait que cette situation n'avait rien de confortable. Jamais il n'aurait pensé se retrouver entre ses parents quand ils évoqueraient la trahison de son père et il n'était pas sûr d'avoir envie d'éprouver maintenant tous ces sentiments pénibles qui remonteraient à la surface.

Mais Lady Locksley soupira et secoua la tête une nouvelle fois.

« C'est vrai, je t'en ai voulu de n'avoir même pas pris la peine d'observer un mois de deuil après mon trépas et d'avoir si vite trouvé une autre femme, admit-elle. Mais… »

Elle hésita et son regard bleu fantomatique se perdit un instant sur les pierres du chemin de ronde.

« Je te suis reconnaissante d'avoir donné un petit frère à mon fils… et à cette paysanne d'avoir été capable de le mettre au monde, murmura-t-elle, alors que moi, je n'ai jamais pu garder un seul des enfants que nous avons eus après lui… »

La gorge de Robin se noua et des pleurs lui échappèrent.

« Mère…, balbutia-t-il. Oh, Mère… Ne dites pas ça, je vous en prie !

-Alice… Tu sais que rien de tout cela n'était de ta faute ! protesta Lord Locksley.

-Peu importe, trancha fermement le spectre pour se reprendre, c'est du passé. »

Ne pas pouvoir la toucher, effleurer ses doigts ou son visage, était tout bonnement insupportable. Robin en avait les mains qui tremblaient, mais le regard sérieux et pressant qu'elle lui adressa le stupéfia tant qu'il en oublia un instant sa détresse.

« Mon enfant, je sais où se trouve ton frère, révéla-t-elle. Ou, du moins, l'endroit où on l'emmène.

-L'endroit où on l'emmène ? répéta Robin, effaré. Que voulez-vous dire ? Quelqu'un l'a enlevé ? Est-ce qu'on lui a fait du mal ? Est-ce qu'il…

-Non, il va bien, le rassura Lady Locksley. Pour le moment, du moins… L'endroit dans lequel il se rend est très dangereux. Je vais te conduire jusqu'à lui. Et ton… et votre père aussi. Vite, le temps presse.

-Je vais chercher des chevaux, déclara Azeem, dont Robin avait presque oublié la présence tout autant que celle de Marianne. »

Il eut juste le temps d'adresser un hochement de tête à son ami et croisa par la même occasion le regard complètement bouleversé de sa belle. Ce trop-plein d'émotions était visiblement en train de submerger tout le monde.

« Est-ce que ça ira ? lui demanda-t-elle d'ailleurs en lui serrant le bras.

-Je pense que oui, répondit Robin en coulant un regard vers ses parents qui se parlaient toujours. Je ne sais pas trop ce que je ressens à propos de tout ça, mais je n'ai pas le temps d'y réfléchir. La seule chose qui me préoccupe, c'est Gilles. Il n'y a rien que je puisse faire avant de l'avoir retrouvé. »

Marianne hocha la tête et se dirigea vers les escaliers.

« Soyez prudents, le pria-t-elle avec une inquiétude sincère au fond des yeux. Je vais m'occuper des autres pendant votre absence.

-Merci…

-Allons-y, Robin, le pressa son père en lui posant la main sur l'épaule. Il est temps d'aller récupérer ton frère. »

Robin hocha la tête et lui emboîta le pas dans les marches irrégulières.

« Père, s'il vous plaît, arrêtez de le juger, ne put-il s'empêcher de plaider. Tout ce qu'il a fait…

-Je m'y attarderai plus tard, rétorqua Lord Locksley d'une voix douce mais ferme. Pour le moment, tout ce qui importe, c'est de le retrouver à temps. »

L'archer hocha la tête et son cœur se serra encore plus. Pourvu que ce ne soit pas trop tard… Jamais il ne pourrait le supporter.

wwwwwww

Quand son oncle et lui passèrent la porte de la grande ville, Gilles se demanda, avec un soupçon de sa méfiance habituelle, comment Lord Fairway pouvait savoir qu'il avait besoin de se rendre dans le château de Nottingham. C'était trop beau pour être vrai, ce cavalier qui sortait de nulle part pour le sauver et l'emmener exactement à l'endroit qu'il souhaitait. Est-ce que le frère de son père pouvait être au courant de quelque chose ? Cette idée pesa dans l'estomac du jeune homme comme une pierre. Si jamais Jean de Fairway savait… Il préférait ne pas y penser.

« Pourquoi cette ville ? demanda-t-il alors pendant que les premiers cris retentissaient autour d'eux, signe que les habitants encore dehors venaient d'apercevoir les spectres qui fonçaient sur eux.

-Cette apparition de dizaines de fantômes n'a rien de naturelle, rétorqua son oncle en piquant directement vers le château. Et si je ne connais qu'une seule personne adepte de magie noire dans cette région, c'était l'ancien Shérif ! C'était dans sa demeure que je me rendais lorsque je vous ai croisé. Je n'ai pas l'intention de me faire dévorer par des revenants et vous allez m'aider à les chasser d'ici, mon garçon ! »

Ainsi, il n'avait pas l'air de savoir… Gilles se détendit, mais pas complètement. Il devait garder à l'esprit qu'il ne connaissait pas cet homme et qu'il ne pouvait probablement pas lui faire confiance. Qu'est-ce qu'il aurait donné pour que Robin soit là… Le jeune voleur secoua la tête et tenta de se concentrer, en partie pour ne pas tomber de cheval lorsque son oncle pila dans la cour du château. La bâtisse était immense et ils n'auraient probablement pas beaucoup de temps avant que les fantômes ne se désintéressent des habitants terrifiés pour se souvenir que c'était lui leur cible.

« Commencez par fouiller les pièces du sous-sol, ordonna Jean de Fairway en sautant de sa monture. Je vais monter aux plus étages et nous ratisserons les pièces en redescendant !

-Comme vous voulez. »

Gilles était trop occupé à se concentrer pour ne pas s'étaler dans la poussière en redescendant de cheval pour se préoccuper de son ton sec. En plus, son oncle devait surtout craindre d'attirer les revenants sur lui si jamais il restait en sa compagnie. Le jeune voleur respira à fond, se préparant mentalement à ce qu'il risquait de trouver, et se dirigea vers les salles que le frère de son père lui avait désignées. Il n'était jamais entré quand Robin avait pris possession du château suite à la mort du Shérif, mais il avait vaguement entendu qu'elles servaient de remise et de débarras… parfois de geôle si le prisonnier n'en avait plus pour longtemps…

Guère rassuré, il entra dans une première pièce, qui paraissait vite si ce n'était un tabouret et des rouleaux de cordes dans un coin. Son inspection faite, il s'apprêtait à faire demi-tour lorsque la porte claqua violemment derrière lui et, même en pesant sur la poignée de toutes ses forces, elle refusa catégoriquement de s'ouvrir.

« Bon sang…, marmonna le jeune homme en portant la main à sa poche pour en sortir son attirail de voleur. »

Mais il n'eut pas le temps de saisir le moindre ustensile, parce qu'un courant d'air assez désagréable lui frôla la nuque. Un courant d'air qui n'était pas du vent… Au ralenti, Gilles se retourna et ce qu'il vit remplit son corps de glace.

Il y avait des revenants dans cette pièce. Qui le dévisageaient de leurs yeux morts en redressant le vieux tabouret tombé à terre et en empoignant un rouleau de corde…