Merci pour les ajouts en favoris / alerte et commentaire sur le dernier chapitre.

Chapitre lu et corrigé par ma bêta pommedapi.

Bonne lecture à tous !


Chapitre 5 :

Les jours d'après

-Regulus, si tu ne te lèves pas maintenant, tu ne vas pas avoir le temps de déjeuner avant la première heure de cours.

L'esprit se déplaça, traversa les rideaux du lit et prit place à côté des pieds du brun. Le Serpentard avait entièrement recouvert son corps de la couverture et Padfoot se demandait comment son petit frère faisait pour respirer.

-Je comprends que tu sois malheureux…

Black soupira. Il ne savait pas comment finir cette phrase. L'amour, c'était simple et compliqué à la fois. Encore plus laborieux quand on était un adolescent de 16 ans. Il voulait dire à cette version de son petit frère, si fragile et brisé par une peine de cœur, qu'il n'avait pas de raison de se mettre dans un tel état. Que lorsqu'on avait une peine de cœur, on avait toujours l'impression que la vie n'avait plus de sens et qu'on n'aimerait plus jamais de la même façon. Mais bien sûr, c'était faux. Pourtant, certaines amours laissaient plus ou moins de traces et Black aurait souhaité que son frère ne soit pas si attaché à son bon vieux Cornedrue.

Malheureusement, ce n'était pas le cas et c'était bien pour ça qu'il souffrait autant.

Toutefois, il voulait lui assurer que si pour l'instant il avait mal, qu'il se blâmait et qu'il voulait surtout s'arracher le cœur, plus tard, même dans longtemps, Regulus pourrait de nouveau parler avec James sans repenser à ce qu'il s'était passé. Sans honte et sans douleur. Il voulait lui promettre qu'il tomberait à nouveau amoureux, d'une fille ou d'un garçon - peu importe - et qu'un jour, ce serait réciproque. Et quand ce serait le cas, il serait enfin heureux et comblé. Cependant, il fallait encore que le cadet des Black le permette et Padfoot n'en était pas sûr. Regulus avait tant de mal à s'ouvrir aux autres.

-Ça ira, reprit-il d'une voix plus douce encore. Tu es trop fort pour te laisser sombrer. Un homme qui se sacrifie pour ce qu'il croit, pour des parents qui ne le méritent pas, est bien trop fort pour laisser un garçon lui briser le cœur.

L'esprit savait qu'il faisait une projection de son propre petit-frère mort dans une totale indifférence avec cet adolescent presque adulte qu'il voulait tant aider. Sauver. Il voulait faire dans cette réalité là, ce qu'il n'avait pas pu faire de son vivant.

La tête de Regulus bougea en réponse à ses mots et Padfoot se demanda s'il avait réussi à le faire réfléchir. Mais au moins à présent, il savait que le Serpentard l'entendait et avait conscience de sa présence. Malheureusement, c'était quelque chose qui l'inquiétait constamment. Que Regulus cesse de le voir et l'entende le terrifiait plus que de raison. C'était sans doute un peu pathétique mais après avoir été si seul, il se raccrochait au moindre contact qu'il pouvait avoir. Avoir passé tout ce temps sans pouvoir le mesurer dans le voile, dans les ténèbres, sans rien ressentir, n'éprouver aucune volonté avant d'entrapercevoir une lumière, laissait forcément des traces.

Alors oui, Padfoot n'était pas serein du manque de réaction de son protégé. Il aurait aimé qu'il se mette à sa place et calme ses inquiétudes, qu'il soit suffisamment lucide pour toujours le rassurer. Cependant, les peines de cœur avaient la particularité d'être autocentrées et tournées vers la flagellation de soi. Cela ne faisait même pas deux jours après tout. Il fallait laisser du temps au temps.

Padfoot détestait sa condition. Elle l'empêchait d'agir comme il le désirait et être un spectateur n'avait jamais été sa tasse de thé. Une partie de lui avait également l'impression d'être prisonnier de la situation ubuesque qu'il vivait. Il avait détesté Azkaban, une prison qui prive bien plus que de liberté. Ce qu'il vivait aujourd'hui était différent, mais tout aussi usant. C'en était absurde. Le Sirius Black qui avait fini sa vie dans le voile était à présent un esprit flottant et libre, mais vide. Il n'éprouvait que de simples sensations qu'il ne pouvait pas nommer. Vivre une première vie à travers les différents univers, aller de porte en porte et apprendre de nouveau à ressentir ne lui avait fait que plus de mal en fin de compte. Observer, se faire à l'idée que sa vie se résumait à cette superficialité à présent, parce qu'il était mort mais pas comme il le fallait, ça avait de quoi rendre fou. Le pire était que Black préférait ce qu'il vivait maintenant. C'était loin d'être parfait mais c'était toujours mieux que d'être seul avec sa peine dans le voile.

Il avait passé tellement de temps dans certains univers qu'il avait pu observer la naissance d'Harry, le voir grandir, aimer, se battre, se marier, avoir des enfants et couler des jours heureux jusqu'à avoir le droit à ce repos qu'on lui refusait. La frustration de n'être qu'un spectateur avait été dur, surtout pour quelqu'un comme lui.

Et puis, Regulus l'avait vu.

Il savait qu'il avait changé la vie de l'adolescent, mais Regulus avait aussi changé la sienne. Bien malgré lui, il avait commencé à abandonner, à dépérir de cette longue vie qui devenait une agonie. Son petit frère lui permettait de ne pas oublier qui il était.

Parfois, il avait envie de dire à Regulus, ce jeune frère qu'il voulait protéger, qu'il ne devait pas se laisser atteindre pour si peu, de ne pas être aussi faible. Le Serpentard n'avait pas conscience de la chance qu'il avait. Il ne vivait pas dans un monde en guerre. Il vivait dans un univers où James et Lily étaient toujours vivants, sans parler du fait que la haine des Nés-Moldus n'avait rien à voir avec ce qu'il avait connu. Pas de mage noir pour enrôler des adolescents et les forcer à se perdre dans des crimes atroces. Regulus avait la chance de vivre une scolarité normale avec son lot de joie et de tristesse. Sirius aurait tout donné pour que ses propres années d'études à Poudlard se déroule ainsi.

Cependant, Padfoot se reprenait vite. Il ne servait à rien de comparer les situations. Regulus souffrait d'un mal être réel et l'accabler ou lui demander de prendre sur lui serait contre productif. Et puis, l'esprit avait envie de bien faire. En somme, il avait surtout envie de faire mieux que dans sa réalité où il n'avait pas pu être là pour son frère. Il refusait de faire deux fois la même erreur.

Pourtant, malgré son envie de lui remonter le moral, Padfoot était inefficace à le faire sortir de son lit. Son salut vint ainsi de quelqu'un d'autre.

En effet, Snape entra soudain dans le dortoir et Black recula, bien décidé à laisser la main au 7ème année. Severus eut la même réaction que lui en voyant le plus jeune, sauf qu'il ignorait la cause de son tourment. Il imaginait à tort qu'il s'agissait encore de cette histoire de fuite du Square Grimmaurd.

-Les cours vont débuter, tu vas donner aux gens des raisons supplémentaires de parler ?

Son ton était plein de condescendance mais l'esprit le trouvait plus déterminé et confiant ces derniers temps. Depuis que le Serpentard avait raccourci ses cheveux à vrai dire. Comme s'il se sentait l'obligation de s'affirmer et de se montrer fort pour éviter les moqueries. Il se construisait une nouvelle carapace maintenant que ses cheveux n'agissaient plus comme un bouclier derrière lequel il pouvait se cacher. Black eut un petit rire et se demanda si dans sa réalité, les cheveux longs et la grande cape noire avaient seulement été un style ou un moyen pour l'homme de se dissimuler.

Néanmoins, Severus avait trouvé les bons mots puisque Regulus se levait, déjà prêt. Il avait même ses chaussures. En vérité, il s'était levé aux aurores puisqu'il n'arrivait plus à dormir. Il s'était simplement préparé puis était retourné dans son lit au lieu de descendre dans la grande salle.

-Bonne journée, Reg'. Je vais fureter un peu, l'informa-t-il.

Regulus fit sembler de bailler et bougea une de ses mains comme pour lui répondre. Snape et lui quittèrent alors la chambre. Black les suivit mais tandis que les deux adolescents se dirigeaient vers leurs premiers cours respectifs, l'esprit prit une autre direction. Ce n'était pas qu'il n'appréciait pas ce Regulus mais il n'avait pas vraiment envie de supporter la vision d'un adolescent en peine d'amour pendant des heures encore. C'était compréhensible : il était un adulte beaucoup trop âgé pour se lancer dans ces problèmes là. Et puis, il avait toujours eu l'habitude de se balader dans le château, jouant à découvrir les particularités de ce monde.

En ce lundi matin, la quasi-totalité des élèves du château étaient en cours et Padfoot assista donc à celui de métamorphose, se rappelant avec nostalgie sa propre scolarité à Poudlard. Mais ses souvenirs lui appartenaient-ils vraiment où étaient-ce ceux d'une autre vie qu'il aurait vue ?

Il avait observé longuement la professeure de métamorphose. Minerva était égale à elle-même. Bien entendu, elle était plus jeune mais elle restait la même femme sérieuse et appliquée. Durant son adolescence, Sirius avait toujours pensé qu'elle était du genre coincé, ne souriant pas beaucoup. Mais elle avait dû avoir plus d'humeur et d'auto-dérision qu'il avait toujours pensé pour supporter durant si longtemps toutes leurs blagues. Elle les avait en réalité choyés, sans doute bien plus que nécessaire, mais pas par favoritisme et plutôt parce qu'elle savait les épreuves qu'ils traversaient. Notamment Sirius, qui avait eu beaucoup de peine à cause de sa famille en plus de ce que les Maraudeurs essayaient de faire pour Moony.

Une fois adulte, il avait ainsi découvert une autre facette de la sorcière, allant presque jusqu'à la considérer comme une amie. Pour autant, elle restait avant tout son ancienne directrice de maison.

Padfoot n'eut pas le courage d'assister aux cours suivants : il préféra continuer de se promener dans le château. Il serait toujours temps de retrouver Regulus plus tard. Et pour la première fois depuis qu'il était au château, il se retrouva à côté du bureau de Dumbledore. Il s'arrêta, perturbé. Dans les autres réalités, il avait essayé de prendre contact avec le directeur de l'école, espérant de l'aide de sa part, mais ça n'avait jamais rien donné. Pourtant, pour la première fois depuis sa mort, les choses avaient changé. Regulus pouvait sans mal communiquer avec lui alors pourquoi pas le plus grand sorcier de Grande Bretagne ? Malgré l'aide que pouvait lui apporter Dumbledore et l'espoir qui naissait en lui à cette perspective, il n'osait pas franchir les quelques mètres qui le séparaient du vieux sorcier.

Au fond, que pourrait le sorcier pour lui ? Cependant, c'était stupide de reculer alors qu'il pouvait sans doute atteindre son but. Depuis combien de temps cherchait-il quelqu'un susceptible de le sortir de son pétrin ? Car il le savait, malgré la bonne foi et sa volonté d'aider Regulus, que pouvait-il faire concrètement pour lui ? A part le sortir de sa solitude, pas grand-chose. Mais alors que l'esprit passait son chemin, il se rendit compte que ça lui suffisait.

Il avait plus confiance en son petit frère qu'en Dumbledore. En effet, ce qu'il savait pouvait être dangereux et il ne voulait pas prendre de risque. Avec la guerre qu'il avait menée de son vivant, il avait appris et vu des facettes sombres de l'homme qu'il aurait aimé ignorer. Il avait appris de manière assez violente que personne n'était tout blanc et encore moins tout noir.

Cela restait étrange pour lui de ne pas s'en remettre à Dumbledore, mais tout changeait.

Bien plus tard, alors qu'il était presque midi, Padfoot se mit enfin en route pour rejoindre son protégé. Après s'être détourné du bureau du directeur, il s'était amusé à se battre seul avec les fantômes du château qui ne pouvaient malheureusement pas le voir dans l'unique but de se changer les idées. L'esprit trouva alors Regulus auprès du professeur de potion. Black devina immédiatement qu'il avait pour projet de subtiliser l'ingrédient manquant pour la farce que préparaient les Maraudeurs réduits au nombre de deux. Malgré ce qu'il s'était passé entre James et Regulus, le Serpentard tenait tout de même à l'aider.

Son objectif était la livèche.

Black ignorait ce qu'ils voulaient en faire même s'il avait déjà au moins cinq bonnes idées à ce sujet. Lorsque le 6ème année entra dans la salle de classe de potion, Horace l'accueillit, tout mielleux. Regulus se colla alors un sourire de circonstance.

-C'est noble ce que tu fais. Ne pas les lâcher malgré ce qu'il s'est passé, le félicita-t-il.

-Monsieur Black ! Que puis-je faire pour vous ? lui demanda Slughorn.

-Il s'agit de ma dernière note en potion, commença Regulus, choisissant d'ignorer le précédent commentaire de l'esprit.

Le professeur fronça les sourcils et se déplaça devant son bureau.

-Je ne comprends pas, votre note était tout à fait fabuleuse !

-Un Optimal, vous appelez ça fabuleux ? Voyons, professeur, je vise bien au-delà.

Horace éclata de rire. Black pouvait voir combien cela l'amusait, il paraissait même fier du mordant de Regulus. Ce qui était sans doute le cas. Padfoot ne savait que penser de l'enseignant. Il avait un avis assez mitigé sur l'homme. Il avait en effet trouvé ça plutôt « moyen » dans sa réalité que le professeur crée le club de Slug. Un club pour les élèves qu'il jugeait digne d'intérêt. C'était discriminant et méprisant pour les autres élèves. Par ce simple fait, il leur faisait comprendre qu'il n'avait pas grand-chose à faire d'eux. Ce n'était à priori pas quelque chose qu'un enseignant était supposé montrer. Comment Dumbledore avait-il pu le laisser faire ? Mais sans doute que chez les sorciers, ça marchait comme ça. Les gens croyaient aux théories des Sang-purs supérieurs parce qu'on les laissait faire. Ces mêmes personnes étaient encouragées par l'attitude générale du monde magique. Peu importe à quel point Slughorn était un excellent professeur, son premier rôle était d'enseigner à tous les élèves de manière juste et de prendre soin d'eux.

Enfin, c'était peut-être un débat inutile. Dans cette réalité là, le professeur de potion n'avait pas créé de club. Et c'était tant mieux.

L'esprit observa la salle de classe puis alla retrouver sa place près du jeune Serpentard. Il attendit alors, impatient de voir comment Regulus allait mener sa barque.

-Eh bien, il vous faudra pourtant l'accepter, les notes à Poudlard sont ainsi, reprit l'enseignant.

-Pourquoi ne pas mettre en place une note qu'on attribuerait à l'élite, à ceux qui ont un niveau bien trop élevé pour être freiné plus longtemps ?

La proposition avait l'air si alléchante pour le professeur de potion que cela fit ouvrir de grands yeux au fantôme. Était-ce ainsi que le club allait naitre ?

-J'aime l'idée, avoua Slughorn. Mais seul Dumbledore peut la valider. Vous vous êtes malheureusement adressé à la mauvaise personne, monsieur Black.

Regulus haussa les épaules avant de souffler comme si tout cela le gênait.

-Je voulais aussi vous parlez d'une rumeur qui court, lança-t-il ensuite. Apparemment, des élèves de Gryffondor auraient subtilisés le devoir que vous comptez leur soumettre prochainement et ils auraient tous l'intention de tricher.

-Par Merlin, quel vil serpent tu fais ! s'amusa Black.

Horace Slughorn sembla perdre toutes couleurs à cette annonce. Il se précipita derrière son bureau et s'agenouilla pour ouvrir ces tiroirs. Il était loin de négliger l'importance d'une telle rumeur, surtout quand cela était déjà arrivé au pauvre professeur d'histoire de la magie. Et puis, le Serpentard ne le disait pas, mais Horace était certain que les Gryffondor derrière cette rumeur n'étaient autres que Sirius Black et James Potter. Ces satanés Maraudeurs !

Alors que le professeur de potion paniquait et perdait du temps à chercher, Regulus fit ainsi venir à lui l'ingrédient dont il avait besoin. Au même moment, Slughorn se redressait et soupirait de soulagement en posant les copies sur le bureau. Il releva alors la tête au moment où son élève finissait d'agiter ses mains dans son dos.

-Que venez vous de prendre ? lui demanda-t-il aimablement.

Il ne voulait pas avoir l'air de l'accuser.

-Je… Comment ça ?

Regulus se sentit nerveux. Il n'avait pas prévu de se faire prendre !

-Cache-la dans ton pantalon et laisse tes mains visibles, lui intima Black. Quel amateur, franchement !

Regulus s'exécuta sans même réfléchir. Il se sentit alors plus confiant, simplement parce que le fantôme était avec lui et l'aidait.

-Un problème, professeur ?

-Vous venez de me prendre quelque chose, lui fit-il remarquer.

Le visage du Serpentard se ferma et Horace s'approcha lentement de lui, visiblement intrigué.

-Vous êtes en train de dire que je suis un voleur, professeur ? Faites attention à vos mots, les Black sont tout sauf des voleurs.

Il utilisait clairement son nom et toute son éducation pour retourner cette situation à son avantage et cela sembla faire douter le professeur. Pendant plus d'une minute, une minute terriblement lente et ennuyeuse pour Black mais dangereuse pour les deux protagonistes, ils ne se lâchèrent pas du regard.

Le silence semblait même être un ennemi ici, le moindre son étant perceptible. Le professeur aurait pu utiliser un accio mais malheureusement, il n'avait pas vu ce que le Serpentard avait subtilisé. Avait-il seulement pris quelque chose même ? Il doutait de plus en plus.

Regulus soupira finalement puis découvrit sa cape, tournant lentement sur lui-même.

-Vous pouvez aussi me fouiller si cela peut vous rassurez. Je pensais simplement qu'en tant qu'excellent élève, j'aurais au moins droit à votre confiance.

Cela sembla faire totalement dégonfler Slughorn.

-Non, nous n'avons pas besoin d'aller jusque là. N'en parlons plus ! décida-t-il.

-Très bien. Donc, comme il s'avère que la rumeur est fausse et qu'il faut que je m'adresse au directeur pour ma brillante idée, je ne vais pas vous embêter plus longtemps, professeur.

Regulus sortit lentement et soupira de soulagement dans le couloir. Padfoot le félicita alors pour son jeu d'acteur.

Juste pour s'assurer de ne pas s'être fait avoir, Slughorn parla tout de même à Dumbledore le soir lors du diner, et le directeur lui confirma que le jeune Serpentard avait demandé un entretien pour cette valorisation au mérite. Horace en fut soulagé. Il était obligé de reconnaitre que Regulus était bel et bien venu le voir pour cette raison.

xXx

-Qu'est-ce que vous allez en faire ? demanda Regulus à son frère alors qu'il venait discrètement de lui remettre la Livèche.

C'était le lendemain de son coup de maitre et le jeune Black était plus que soulagé de s'en débarrasser. Son frère jubilait et s'empressa de mettre l'ingrédient dans sa poche. James se tenait un peu en retrait, juste devant le portrait de la grosse dame, Regulus n'ayant pas souhaité entrer dans la salle commune des Gryffondor.

-Comme tu as ta part dans ce qu'il va se passer vendredi, je pense qu'on peut t'en dire un peu. Qu'est-ce que t'en penses, Jamie ?

-Je pense que ça me semble acceptable.

Regulus n'avait pas encore une seule fois regarder Potter, si bien qu'il ignorait quel visage il devait faire. Il se concentrait sur son frère et uniquement sur lui.

-Eh bien, Jamie et moi, on a pensé que la chorale de l'école faisait vraiment du bon boulot mais on avait envie d'un autre style de musique, reprit Sirius, ignorant de ce qu'il se passait entre eux.

-Qu'est-ce que tu veux dire ? demanda le Serpentard.

-C'est beau mais pas assez drôle, et qu'est-ce qui est drôle ?

Regulus ne répondit pas et Sirius eut un large sourire.

-Une chorale d'animaux !

-Chantée par des humains, précisa James.

-Par les professeurs, approuva Sirius.

Regulus leva les yeux au ciel mais son frère pouvait le voir contrôler ses lèvres, juste pour qu'elles ne se courbent pas et qu'il ne puisse pas appeler cette mimique un sourire.

-Comment est-ce que vous allez faire ça ? voulut-il savoir.

-Ne t'inquiète pas, mini Black, on s'occupe de tout.

-Et puis, moins tu en sais, mieux c'est pour toi.

Regulus haussa les épaules et s'éloigna. L'ainé des Black rouspéta alors auprès de son ami car Regulus n'avait même pas insisté. James ne dit rien mais il était certain que Regulus ne voulait pas être vu plus longtemps que nécessaire avec eux. Qui sait, on pourrait l'accuser d'être ami avec des Gryffondor ! A moins que ce ne soit à cause de ce qu'il s'était passé après le match de Quidditch le week-end dernier. Le Préfet refusait d'y penser.

Après cette discussion avortée, James et Sirius retournèrent donc dans la salle commune des lions. Sirius s'empressa alors d'aller ranger la Livèche en lieu sûr et James s'installa auprès des filles pour les observer parler autour d'un morceau de papier. A croire qu'elles ne l'avaient même vu. Plus tard, lorsque Sirius revint enfin, elles sortirent tout de même de leurs chuchotements animés et Lily rangea le papier.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda James qui n'avait pas osé intervenir avant.

Il avait essayé en vain de comprendre de quoi il était question.

-Rien.

Lily lui sourit et déposa un baiser sur ses lèvres.

-Tu sais que le meilleur moyen de devenir suspicieux, c'est de donner exactement cette réponse ? s'amusa-t-il.

-Et c'est vrai que tu sais de quoi tu parles ! le taquina-t-elle.

Il ne put que sourire.

Sirius se coula sur un canapé, faisant tomber des coussins et forçant ceux qui voulaient encore s'asseoir à s'installer par terre. Il ferma les yeux, écoutant en souriant les conversations. Marlène aussi était là, passant un peu de temps avec ses amis de Gryffondor avant le couvre feu. Sirius et elle semblaient s'ignorer et chacun se demandait s'ils étaient encore ensemble. S'ils l'avaient même été.

-Ça te dirait de venir chez moi pendant les vacances ? Une semaine, ce serait bien, non ? proposa soudain James à sa copine, plein d'enthousiasme.

Il profitait d'avoir toute son attention pour tenter sa chance.

-Quoi, tu es sérieux ? Tu me propose ça alors qu'on est déjà mardi soir ? Est-ce que c'est quelque chose qui vient juste de te traverser la tête ?

James hocha la tête, honnête, et Lily soupira.

-Ecoute, James je sais comment tu es mais tu sais aussi comment je suis. J'aime prévoir longtemps à l'avance et tu ne peux pas me demander un truc comme ça en espérant que j'annule toutes mes autres obligations.

-Des obligations ? rigola-t-il. Ce sera les vacances, Lily, tu es supposée dormir jusqu'à 12h parce que t'auras fait une nuit blanche, jouer dans le jardin et voler sur ton balai !

-Je ne suis pas sûre que mes voisins moldus apprécient.

Elle secoua la tête, amusée, avant de reprendre un ton plus sérieux.

-De toute façon, j'ai déjà dit à Severus qu'on passerait les vacances ensemble.

-Mais tu le vois tout le temps et vous vous êtes déjà vu tout l'été ! Et puis, tu as présenté ça comme « des obligations » alors ça doit pas t'emballer plus que ça !

Lily rougit un peu et se détacha de son copain qui resserra alors ses bras autour d'elle.

-Ça n'a rien à voir, tu te trompes. Et toi aussi je te vois tout le temps ! On sort ensemble, je te rappelle.

A ces mots, James sourit, heureux.

-Juste une semaine, plaida-t-il. Tu passeras l'autre semaine avec lui, comme ça tu t'amuseras un peu et puis tu pourras vaquer à tes « obligations ». S'il te plait, j'ai trop envie de passer du temps avec toi…

Lily essaya – mollement - de le repousser mais son sourire timide indiquait qu'elle avait déjà cédé.

Au moment de se coucher, James et Sirius ne protestèrent pas. Ils dormiraient tranquillement dans leur lit ce soir : pas d'escapade sous la cape d'invisibilité du garçon à lunettes. Ils allaient se faire discrets pour les quelques jours qui restaient car depuis le temps que les professeurs les connaissaient, ils allaient forcément s'attendre à un truc pour le dernier jour de cours avant les vacances.

Et comme d'habitude, ils réussiraient à passer entre les mailles du filet.

xXx

L'armoire était large, laissant suffisamment d'espace autour de son corps d'enfant. Elle n'était pas non plus dure ni même très inconfortable. Enfin, au moins autant que pouvait l'être une armoire en bois vieille d'une dizaine d'années. Tout était vieux de toute façon au manoir Black, comme si la maison avait été laissée dans son jus. Elle respirait le vieux, l'austère et la magie noire. Bel héritage de la famille.

Sirius n'arrivait pas à croire que qui que ce soit puisse trouver cet endroit beau, à défaut d'accueillant. Ça n'avait jamais été le but de toute façon. Même sa folle de mère ne devait pas se sentir bien ici, ce n'était pas possible. Mais il était certain que les gens laissaient le manoir ainsi parce qu'ils n'avaient pas envie de rénover, de décorer. Le but était que les gens se sentent mal. Comme lui l'était à chaque fois.

Poudlard était son salut, sa vraie maison, mais à chaque fois qu'il revenait pour les vacances, c'était un déchirement parce qu'il savait que seul l'enfer l'attendait. Ce n'était pas seulement les coups, même si juste cet aspect suffisait à le détruire. Il y avait aussi les insultes, les violences psychologiques, et cet homme qui venait de temps en temps, ce précepteur. Sa mère l'avait engagé pour réparer son cerveau malade mais Sirius n'avait jamais su de quoi elle parlait. Il n'était pas malade alors il n'avait pas compris.

Cet homme avait commencé à venir un an avant son entrée à Poudlard. La veille, sa mère lui avait dit qu'il épouserait une fille de bonne famille, une Sang-Pur. Ça l'avait étonné et il avait demandé s'il ne pouvait pas plutôt se marier avec un homme.

Il n'avait pas pensé à mal, il avait simplement posé une question. Si on le mariait, autant que ce soit avec quelqu'un qu'il aimait bien, non ? Et il n'aimait pas les filles, elles étaient chiantes et se plaignaient tout le temps. Et puis, tout ce qui les intéressait était d'être jolies et d'acheter tout plein de trucs. Un garçon, c'était bien plus intéressant. Au moins pouvaient-ils jouer ensemble, ne pas s'inquiéter des blessures, se rouler dans la boue et faire des bêtises.

Walburga n'avait rien dit mais Orion l'avait giflé si fort qu'il ne s'était réveillé que le lendemain. Et ensuite, cet homme avait été là, avec lui. Il l'avait regardé, la joue gonflée par un hématome énorme mangeant une partie de son visage alors que sa lèvre inférieure avait été fendue.

-Touche-toi.

Il n'avait pas compris, abruti par la douleur. Il avait même eu du mal à se lever du lit. Cet homme lui disait toujours la même chose mais Sirius refusait. Il avait peur et ne comprenait décidément rien. Comme il s'obstinait, c'était cet homme qui se donnait du plaisir devant lui et cette vision terrifiait le gamin d'à peine 11 ans qu'il était. S'il était excité, il était puni. S'il ne regardait pas, il était puni. S'il réagissait, il était puni.

Sirius avait compris depuis longtemps qu'on le punissait tout simplement de vivre.

Ainsi, cet homme avait continué à venir et à mettre sa main dans son pantalon. A pousser des bruits qui pétrifiaient l'adolescent sur place.

-Je vois dans tes yeux que tu aimes ça…

Ah bon ? Sirius aimait ça ? Il n'en savait rien, il commençait tout juste son adolescence et avait seulement réclamé un ami. On l'accusait de quelque chose qui lui échappait. Mais était-ce important ?

Se rappeler était douloureux. Toujours coincé dans son armoire, Sirius commençait à respirer plus fort. Il eut ensuite un sursaut et se cogna le coude. Il avait mal, mais cela ne le ramena pas à la réalité. Depuis combien de temps était-il enfermé ? Il avait faim, son estomac lui paraissait vide et il avait froid aussi. Ses fesses lui faisaient mal, le bois était trop dur finalement. Mais surtout, ces cicatrices aux bras et sur le ventre tiraient. Ca piquait toujours au début mais au moins, Walburga ne poussait pas le supplice en lui mettant du sel dessus.

-Tu ne me feras pas encore plus honte que c'est déjà le cas, Sirius ! Sale cabot, comment oses-tu !

Pourquoi lui criait-on dessus ?

Les larmes dévalèrent soudain ses joues et il se mit à se cogner la tête dans un rythme régulier, simplement pour ne pas devenir encore plus fou.

Et puis, il entendit un autre coup que celui de son crane s'écrasant sur le bois.

-Sirius, chuchota la voix enfantine de Regulus.

-Reg' ? demanda-t-il avec espoir alors qu'il reniflait.

-Oui.

-Reg', fais-moi sortir ! le supplia-t-il.

-Je peux pas. Maman va encore te punir sinon, répondit doucement son frère.

-Tu mens ! cria-t-il, ivre de douleur. T'as juste peur de te faire punir alors que moi, c'est pas grave !

-Sir-

-Laisse-moi, sale lâche !

Sirius pleura de plus belle et pendant longtemps, il se demanda si Regulus était parti sans oser le demander. Il préféra imaginer que malgré tout, son frère était là et qu'il n'était pas seul, enfermé et si malheureux.

xXx

Sirius se réveilla brutalement et se débattit avec ses draps alors que les larmes inondaient ses joues. Un cri lui échappa et il resta ensuite, la respiration courte, à fixer le plafond. Il compta jusqu'à 100 puis jusqu'à 1000 mais ses mains tremblaient toujours. Il lança alors un tempus et soupira en essuyant ses joues lorsqu'il vit qu'il n'était que 02h. Il se redressa douloureusement, bien content d'avoir lancé un sort de silence avant de s'endormir. Il avait eu du nez. De toute façon, il faisait tout le temps des cauchemars juste avant les vacances, juste avant de retourner au 12 Square Grimmaurd.

Mais ça n'aurait pas dû être le cas, il était chez James maintenant. Pourtant, il continuait à être terrifié certaines nuits alors même que cette femme ne pouvait plus rien lui faire.

Il se leva, prit la cape d'invisibilité de James et sortit du dortoir. Il avait peur de se rendormir, de faire un autre cauchemar dont il ne se souviendrait même pas. Quelque chose l'avait traumatisé durant son enfance, quelque chose de plus sombre encore que les coups et les humiliations mais dont il ne parvenait pas à se souvenir. Sa mère lui avait fait quelque chose de si terrible que des années après, ça le hantait encore. Les cauchemars étaient si violents que parfois, Sirius devait se faire mal pour arrêter de délirer.

Il avait aussi la certitude que tant qu'il ne retrouverait pas la mémoire, il ne pourrait pas exorciser ses peurs et guérir complètement. Arrêter de faire ce cauchemar récurrent. En était-ce réellement un d'ailleurs ? Cela avait l'air d'un souvenir. Lui dans cette armoire et Regulus venant lui parler. Mais quoi d'autre ?

Impossible de s'en rappeler.

Il marcha et puis, fatigué, se laissa tomber dans un couloir désert et sombre. Il retira vivement la cape, la respiration laborieuse. Il avait chaud et froid mais surtout, respirer lui faisait mal. Il observa sa main qui tremblait toujours et sentit la panique l'envahir.

Il ne pouvait plus respirer, ses poumons le lâchaient, il allait mourir ! Il allait mourir…

Il ne comprenait pas ce qu'il se passait ni même depuis combien de temps il était dans cet état. Il n'était pas bien depuis qu'il s'était réveillé brutalement mais les sensations qu'il vivait n'était pas habituelles. Sirius se demanda alors s'il n'était pas encore endormi, coincé dans son cauchemar, souffrant encore et toujours plus. Il devenait fou. Ne pas savoir s'il était réveillé ou endormi n'était pas normal. Mais c'était l'histoire de sa vie. Malheureusement, il était seul, trop paniqué pour savoir comment agir efficacement. Il se sentait submergé par la panique et plus il paniquait, plus il avait du mal à respirer.

Une larme lui échappa alors. Il avait peur.

-Black ?

Sa poitrine lui faisait mal et il voyait flou. Il eut soudain l'idée de se taper la tête contre le mur de plus en plus fort. La douleur était un ancrage : tant qu'il avait mal, c'est qu'il était vivant et qu'il n'était plus dans ses cauchemars.

Et tant qu'il était vivant, il n'était pas mort.

Mais respirer, pourquoi il n'y parvenait pas ?

Il voulut se cogner la tête plus fort encore pour tenter de reprendre le contrôle mais bizarrement, le mur avait disparu derrière lui. Il se sentit déplacer puis quelqu'un l'enlaça mais il était toujours assis par terre. On lui parlait. Non, on chantait.

C'était Lupin et il avait une belle voix. Un peu rocailleuse mais agréable tout de même. Sirius s'y accrocha et petit à petit, la panique reflua. Ses mains tremblaient encore un peu mais il pouvait de nouveau respirer. Pourtant, Lupin continuait à chanter. Il ne le lâchait pas, il ne le laissait pas seul.

Sirius faillit s'endormir, bercé par la voix du Préfet-en chef mais quand Lupin bougea, il sursauta violemment.

-Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il. Non, bien sûr que non… Je vais t'emmener à l'infirmerie.

Lupin avait vraiment l'air inquiet mais Sirius s'en foutait. Maintenant qu'il avait retrouvé tous ses moyens, il était conscient et s'en voulait d'avoir été si faible devant quelqu'un. James Potter était son frère de cœur, la personne dont il était le plus proche au monde et pour qui il pourrait mourir, sachant que la réciproque était vraie. Pourtant, même à ce frère, il ne s'était jamais montré ainsi alors ce n'était pas pour qu'un pauvre petit Poufsouffle puisse en avoir le droit. Malgré son aide, Sirius lui en voulait.

Le Gryffondor le plaqua alors contre le mur avec une brutalité qui laisserait certainement des bleus au châtain. Il avait agi si vite que Lupin n'avait pas eu le temps de dégainer sa baguette alors que Sirius pointait déjà la sienne sur lui.

-Qu-Qu'est-ce que tu fais ? s'inquiéta Remus, confus.

-Je vais te lancer un oubliette, répondit sombrement Sirius.

-Quoi ?! Mais pourquoi ?

Les yeux dorés de Lupin cherchaient les siens mais Sirius était incapable de le regarder.

-Tu crois vraiment que je vais te laisser te balader tranquillement alors que tu as un truc aussi gros sur moi ?!

Sa voix était sèche, loin de la chaleur qu'il laissait généralement paraître.

-Si tu ne veux pas que j'en parle, il suffit de demander au lieu de me menacer ! s'énerva le Préfet-en-chef.

-Comme si j'avais confiance en toi !

Sirius vit le visage de Lupin se figer avant qu'une expression qu'il apparenta à de la déception ne s'affiche sur ses traits. Il s'éloigna alors d'un pas ou deux mais sa main tenait toujours fermement son col et sa baguette levée bien haut. Il la bougea, se préparant à lancer le sort lorsque Lupin ferma les yeux, comme résigné.

-Et si je te disais un secret sur moi ? Un équivalent au tien. Nous serions quittes, non ?

Sirius s'empêcha de rire.

-Quoi, tu vas me dire que tu n'as pas partagé équitablement le dernier paquet de bonbons que tu as acheté ? Que tu as dormi cinq minutes de plus ? Ou non, mieux encore, que tu as dit à Petit gros qu'il n'était pas moche alors qu'il est moche ?

-Je suis un animagus non déclaré.

Le choc frappa Sirius dans toute sa force. La nouvelle le statufia sur place et il relâcha doucement sa prise sur le col du châtain.

Remus le repoussa alors violemment et sortit sa propre baguette.

-Ne pointe plus jamais ta baguette sur moi comme ça.

Il se retourna pour s'en aller sans demander son reste et Sirius observa la silhouette du blaireau jusqu'à ne plus la voir. Etrangement, il le croyait sans hésiter alors que Remus aurait tout simplement pu bluffer. Mais non, il n'arrivait pas à penser à autre chose qu'au fait que Lupin avait préféré se mettre en danger auprès de lui plutôt que d'oublier ce moment.

Quelque chose d'équivalent ? Sirius avait plutôt l'impression que Lupin avait donné bien plus qu'il n'aurait dû…

xXx

-Je sais que tu es déçu.

-Non, c'est juste que…

Peter soupira et Remus s'en voulut de faire de la peine à son ami. Ils arrivèrent dans la grande salle pour le dernier repas avant le départ des vacanciers du château, ce soir ou demain matin pour ceux qui n'était pas pressés.

Après être tombé sur Black et l'avoir vu si vulnérable, Remus ne s'était pas senti le cœur à lui jouer un mauvais tour. Il n'était pas mauvais et son cœur lui disait que faire ça serait terriblement mal. Il en avait parlé avec Peter la veille lorsqu'il avait fait un choix définitif et il avait vu la déception dans ses yeux. Peter avait sans aucun doute encore plus que lui souhaité jouer un tour au blagueur de service. Il devait même considérer cela comme une vengeance, une vengeance qui n'aurait finalement jamais lieu. Pourtant, peu importe sa déception, Rémus était décidé à se tenir à sa décision.

-C'est juste que je ne comprends pas pourquoi tu as changé d'avis, avoua Peter.

-C'est simplement que j'ai l'impression qu'il n'est pas si méchant qu'il en a l'air et que… Je n'ai pas envie de lui faire plus de mal encore, soupira Remus.

Il s'en voulut alors pour l'ambiguïté de ses mots mais heureusement, son ami ne releva pas.

-Je vois bien que ça te mine alors à la rentrée, on l'obligera à s'excuser et à t'appeler enfin par ton nom et pas ce surnom stupide.

-Tu rêves, Remus, si tu penses que Sirius Black connait au moins l'existence du mot « pardon ».

-Ne t'inquiète pas, quelque chose me dit que ce ne sera pas si dur que ça !

Remus souriait et Peter accueillit avec joie la venue du repas. Malheureusement, aucun d'eux n'avait écouté le discours de Dumbledore toutefois, ce n'était pas comme s'ils ne le connaissaient pas par cœur.

Par contre, les aboiements des chiens, des meuglements ou encore les sifflements de serpents qui suivirent, ça, ils n'en avaient pas l'habitude. Comme tous les élèves, ils dévisagèrent alors la table des professeurs où près de la moitié ne pouvaient s'empêcher de pousser des cris d'animaux et ceux qui ne semblaient pas touchés par le maléfice avaient l'air hagard et souriaient bêtement. Des rires et des applaudissements retentirent bientôt.

Un coup des Maraudeurs sans aucun doute !

Au bout de trois minutes, l'enchantement prit fin et le professeur Dumbledore fit ramener le calme. Son regard se posa ensuite sur ceux espiègles de James et Sirius.

Mais seraient-ils punis ? Ils s'en sortaient toujours. On ne pouvait accuser sans preuve et ces deux-là s'assuraient de ne jamais en laisser !

xXx

En ce vendredi soir, le quai 9 ¾ était bondé. La plupart des élèves avaient encore à la bouche le souvenir de la merveilleuse chorale d'animaux des professeurs de Poudlard et il était certain qu'ils en riraient pendant un moment encore. C'était en effet sans aucun doute la meilleure manière de commencer les vacances.

Néanmoins, malgré leur coup de maître, les Maraudeurs n'étaient plus d'aussi bonne humeur. En fait, il s'agissait surtout de Sirius qui rencontrait de nouveau un problème de compréhension avec son jeune frère.

-Comment ça, tu ne viens pas ? Tu es sérieux, Reg' ? Le train va partir ! s'exclama-t-il. Mais pourquoi tu changes d'avis maintenant ?!

Regulus se mordilla les lèvres et malgré lui, laissa son regard s'attarder sur James, toujours en retrait. Le 7ème année semblait veiller à laisser une distance entre eux et tout comme Regulus, se gardait bien de lui adresser la parole.

-Est-ce que tu es sérieusement en train de faire ton timide, Reg' ? Les Potter sont vraiment des gens gentils, ils nous accueillent parce qu'ils le veulent bien !

-Je préfère quand même rester au château.

-Mais tu vas t'ennuyer tout seul…

Sirius soupira et se tourna vers James, à la recherche de soutien, mais celui-ci regardait ailleurs comme s'il n'était pas concerné.

-Bon, très bien.

Il sortit une bourse de sa poche et la fourra dans la main de son frère.

-Je n'en ai pas besoin, contra Regulus.

-Bien sûr que si. Mais ce n'est pas comme si tu allais me le dire un jour. J'aurais dû remarquer plus tôt que tu n'avais plus rien. On passera tout de même Noël ensemble, n'est-ce pas ?

Regulus hocha la tête parce qu'il le souhaitait aussi.

Les deux Gryffondor s'éloignèrent alors après le premier sifflement du train, celui indiquant son départ imminent. Regulus soupira et tandis qu'il se pressait de retourner au château, il tomba sur Lily et Severus en pleine discussion houleuse.

-Tu m'avais promis, Lily ! Mais encore une fois, tu me préfères à Potter !

-Bien sûr que non, Severus, se défendit-elle. Je suis désolée de te prévenir maintenant, j'aurais dû me montrer honnête avec toi bien plus tôt. C'est simplement que James me l'a demandé tard et que je n'ai pas réussi à lui dire non.

-Et c'est supposé me consoler ?!

Lily baissa les yeux, se sentant incroyablement honteuse.

Si elle avait autant attendu pour parler à son meilleur ami, c'était bien parce qu'elle n'assumait pas son choix. Elle savait que Severus réagirait ainsi, il prenait tout mal de toute façon. Et puis, dès que cela concernait James, c'était pire. Elle ne comprenait pas pourquoi le Serpentard se sentait en compétition avec son petit-ami. Severus était son meilleur ami et James son copain. C'était pourtant clair.

-Ce n'est que pour une semaine, après je reviendrai et on aura encore une semaine pour se voir.

Severus secoua la tête, défait.

-Tu as réponse à tout, n'est-ce pas ?

-Je suis désolé, Severus mais quel mal y a-t-il à ce que je souhaite passer du temps avec mon copain en dehors de Poudlard ? lui fit-elle alors remarquer, pleine d'incompréhension.

-Oui, c'est vrai, souffla doucement le brun. Il y a juste que tu m'avais fait une promesse et que j'étais persuadé que pour toi, ça avait autant de sens que pour moi.

Lily voulut répliquer, mais pour dire quoi ? Severus ne semblait pas vouloir l'écouter et elle s'était déjà excusée. Il lui tourna alors le dos et se saisit de sa malle avant de s'éloigner. Elle s'étonna de le voir faire demi-tour et après une hésitation, elle le suivit.

-Où vas-tu ? lui demanda-t-elle doucement.

-Au château.

-Mais tu ne rentres plus chez toi ? fit-elle, sincèrement étonnée.

-Chez moi ? Tu crois sincèrement que j'ai envie de passer mes vacances avec mon alcoolique de père ?

Il secoua la tête et reprit sa route. Lily ne le suivit pas cette fois. Elle lui en voulait de chercher à tout prix à la culpabiliser. Pourtant, lorsqu'elle retrouva ses amis, ce sentiment de faute la poursuivait encore.

xXx

En remontant dans son dortoir alors qu'il parlait avec Padfoot de ce que celui-ci voulait qu'il fasse pendant les vacances, Regulus se demanda si cela allait toujours être ainsi entre le fils des Potter et lui. Juste s'ignorer.

Il ouvrit ensuite la porte de sa chambre et s'étonna de ne pas la trouver vide.

-Salut, Regulus. On dirait que ce ne sera que toi et moi pendant ces deux semaines, lui lança alors Evan Rosier.


Prochain chapitre : - 22/11 - La somme de nos choix