Bonjour à tous ! Bon, les choses commencent un peu à s'aggraver... mais rassurez-vous, je ne les mets pas encore à la géhenne... ça empirera par la suite ;p (et s'il vous plaît, ne mourrez pas tout de suite, ce serait bête de ne pas savoir la fin de l'histoire alors qu'il ne leur reste que dix ans, et vous dix jours ! ^^)
Bonne lecture !
Sherlock - 15 ans - juin 1995
– Quel temps de merde ! Les gars, il pleut vraiment des cordes, maintenant ! J'ai pas de parapluie, putain, je vais rentrer trempé !
Loin de s'émouvoir des tourments de leur camarade, les autres lycéens du club de rugby éclatèrent de rire. Alec n'avait jamais de parapluie, et il se plaignait à chaque fois que des trombes d'eau leur tombaient sur le coin du nez ce qui, dans un pays comme l'Angleterre, était fréquent. John et ses camarades soupçonnaient qu'il aimait marcher sous la pluie et rentrer trempé, tellement il n'y pensait jamais.
– Nan mais sérieux, les mecs, on est au moins de juin ! Où est l'été ?
– Le 21 juin, lui répondit John en enfilant son jean, mortellement sérieux. Nous sommes seulement au début du mois, l'été n'est donc pas encore là, CQFD.
La bande de ses copains du rugby éclatèrent de nouveau de rire devant le profond soupir d'Alec, qui se détacha enfin du carreau contre laquelle une pluie battante d'été frappait régulièrement.
Les jeunes hommes venaient de finir l'un de leurs derniers entraînements de la saison, l'un des derniers entraînements tous ensemble. John, comme plusieurs d'entre eux, serait diplômé à la fin du mois, et entrait à la fac en septembre, à Londres. Il en avait le cœur un peu serré. Il avait grandi avec ces mecs-là. D'Alec qui râlait contre la pluie mais adorait danser dans la rue quand il y avait de l'orage, à Michael accro au café et capable de calculs de tête stupéfiants, en passant par Edouard, une vraie force de la nature, une montagne de muscles et le cœur le plus doux et tendre du monde. John les aimait bien, ces grands imbéciles un peu immatures, un peu cons, mais attachants, avec qui il avait passé des années et des années.
Il ne les avait jamais désirés, pourtant. John faisait du rugby depuis des années, et donc se déshabillait et se douchait avec ses camarades sans aucune gêne depuis très longtemps. Ils savaient tous à quoi ressemblaient les autres, fatalement. Pourtant, jamais John ne leur avait accordé un regard. Jamais il ne les avait désirés. Pas comme ce qu'il ressentait quand il voyait Sherlock, qui prenait de l'ampleur, et qu'il ne savait toujours pas gérer.
– Des amateurs pour un café au bar du coin, histoire de se réchauffer ? proposa Michael, toujours une serviette autour de la taille et les cheveux humides de sa douche, alors que John mettait déjà ses chaussettes.
– J'en suis ! accepta Terry.
– La même !
– Avec ou sans whisky après ? lança l'un d'eux, déclenchant de nouveaux éclats de rire.
John sourit. Il aimait ce brouhaha cotonneux et rassurant. Il accepta la proposition de son ami également. Rentrer chez lui n'était pas une option qu'il aimait, en ce moment. Il partirait simplement au moment où ils commenceraient à boire de l'alcool. Il voulait réviser.
John ouvrit son parapluie en sortant, avec les quatre camarades qui allaient boire un truc avec lui. Les autres étaient partis depuis longtemps, Michael était toujours le plus lent d'entre eux, et ils l'avaient attendu.
John s'apprêtait à gentiment proposer une partie de son abri à Alec quand l'un d'eux les interrompit.
– Hé Alec, t'es battu, t'as vu le mec là-bas ? Il est encore plus trempé que tu ne le seras jamais ! On dirait qu'il est là depuis des heures !
Ils regardèrent tous dans la direction indiquée, et une pierre tomba dans l'estomac de John. Ses amis, le parapluie, Alec qui n'en avait pas, le bar, tout s'effaça brutalement, ne restant qu'une seule chose. Sans la moindre explication, il se mit à courir en avant, abandonnant ses amis sous leurs cris surpris.
– SHERLOCK !
Dégoulinante de pluie, probablement trempé jusqu'à l'os, ses yeux qui paraissaient plus clairs que jamais, ses vêtements collés à la peau, ses cheveux alourdis par l'eau tombant sur son visage, son meilleur ami paraissait plus misérable que jamais.
– Salut, John, murmura-t-il d'une petite voix.
– Viens, lui ordonna John. On rentre. Tu dois te sécher.
Sherlock n'était jamais venu ici, chez lui. Ils n'avaient pas changé depuis leur enfance, quand John venait à Musgrave, et jamais l'inverse. C'était toujours John qui allait chez Sherlock. Pourtant, il était là, dans sa ville, si proche de sa demeure familiale, de la maison ancestrale des Holmes partie en flammes. Il était là, devant le stade de rugby de John, trempé comme s'il l'attendait depuis des heures, et John ne pouvait pas rester sans rien faire.
– Sherlock, déshabille-toi. Il faut te sécher.
Comme d'habitude, il n'y avait personne chez John, et c'était heureux vu qu'il y avait ramené son meilleur ami dégoulinant de pluie, désormais planté au milieu de sa chambre, gouttant sur la moquette. Sherlock avait promené un regard distrait sur l'appartement de son ami, mais n'avait rien dit. D'ailleurs, il n'avait rien dit depuis que John l'avait trouvé, et c'était flippant. Il avait l'air totalement éteint.
– Sherlock, s'il te plaît, déshabille-toi, répéta John en s'approchant.
Il tendit la main pour déboutonner la chemise, quand une main l'arrêta.
– Non, ordonna Sherlock.
John fut surpris. Son ami était l'antithèse de la pudeur, au grand dam du plus vieux. Il avait déjà vu Sherlock nu sans complexe. Le fait qu'il refuse soudainement de se déshabiller était bizarre. John prit peur. Qu'avait-il bien pu se passer pour qu'il soit dans cet état, complètement absent, muet ? Qu'il refuse d'enlever ses vêtements devant John ? Avait-il pu comprendre la nature des désirs et des sentiments de John à son égard ?
– Sherlock, t'es trempé ! Tu vas attraper la mort, argumenta John. Il FAUT que tu te déshabilles, que tu prennes une douche chaude, et moi que j'appelle tes parents.
Cela ralluma quelque chose dans les yeux du jeune génie. Une lueur terrifiée.
– NON ! hurla-t-il.
Il cria tellement fort que John sursauta et recula d'un pas, abasourdi par la violence du propos.
– Sherlock, c'est le deal ! Je ne prendrai pas le risque de ne plus te voir ! Ça fait partie du pacte que nos parents nous ont obligé à signer quand on s'est battus pour continuer de se voir ! « Ne jamais aller chez l'autre en douce, ne jamais se voir en douce ». Je suis sûr que tes parents savent pas où tu es et je dois les avertir !
– Non, répéta Sherlock pour la troisième fois en secouant la tête, faisant voltiger des gouttes d'eau dans toutes les pièces.
John était carrément effrayé désormais. N'avoir qu'un seul mot de vocabulaire ne ressemblait pas du tout à son meilleur ami.
– Ok, on verra l'appel à tes parents plus tard, consentit-il. Mais je veux que tu te déshabilles, te sèches, te réchauffes. Tu vas tomber malade, sinon.
Sherlock le regarda, avec un sourire triste. Il ne prononça pas un mot, mais riva ses prunelles dans celles de John tandis qu'il levait les mains, et entamait de se déshabiller.
John ne détourna pas le regard, abasourdi. Son esprit bondissait d'hypothèses en suppositions, se demandant pourquoi Sherlock agissait ainsi. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser à un strip-tease, même si la rationalité de son être lui hurlait que ça ne pouvait pas être ça.
La veste d'uniforme de Sherlock glissa de ses épaules, et tomba à terre dans un « splotch » désagréable. La moquette serait bientôt trempée. Puis, tout aussi lentement, le jeune homme ouvrit les boutons de la chemise de son uniforme, dévoilant son torse, et John plaqua ses mains sur sa bouche, essayant de retenir ses haut-le-cœur. Il attendit que Sherlock soit nu, à l'exception de son boxer, devant lui, ses vêtements en tas humide sur le sol de la chambre de John pour oser demander :
– Bon Dieu, Sherlock, qui t'a fait ça ? Tu... tu...
Il n'arrivait pas à détacher le regard du corps fin, d'habitude si pâle, et aujourd'hui couvert de tâches sombres. Ça n'avait rien de sexuel, pas de désir, seulement de l'horreur.
Sherlock ne savait pas se taire. Il n'avait jamais vraiment su, mais c'était pire, tellement pire ces derniers temps. Cette analyse de son environnement, qu'il avait développé de lui-même, avec laquelle il s'était tant amusé, était devenue sa pire ennemie. Son cerveau entraîné à repérer tous les détails, tout le temps, jouait contre lui, désormais. Tout lui sautait au visage, tout le temps, en permanence. Il était agressé par des dizaines, des centaines d'information sur tout et n'importe quoi à chaque seconde.
Et pour ne pas devenir fou, il les répétait à voix haute, sans même en avoir conscience. Il n'avait jamais vraiment su se taire, mais le rythme de ses déductions s'était grandement accéléré ces derniers temps, à son grand désarroi.
– Camarades de dernière année qui n'ont pas aimé certaines choses que j'ai dites, murmura Sherlock à la question que John n'avait pas vraiment posée. Je n'ai pas pu m'en empêcher, rajouta-t-il sur un ton d'excuses.
John n'osait pas le toucher, approcher de lui, alors que tout ce que Sherlock désirait, c'était qu'il le serre dans ses bras. Quand John le touchait, tout disparaissait, la douleur, les pensées, son cerveau s'apaisait enfin.
Il ne savait même pas ce qu'il avait dit, ce matin-là, pour s'attirer une nouvelle fois les foudres de la bande la plus violente du lycée. Ce n'était pas une nouveauté, Sherlock se les était déjà mis à dos plusieurs fois. Ça avait été la goutte qui avait fait déborder le vase. Il avait subi un passage à tabac en règle, dans une ruelle, loin des regards, cinq mecs de dix-huit ans pesant trois fois son poids (en muscles). Sherlock n'avait même pas essayé de se défendre. Il avait attendu que ça passe, recroquevillé sur le sol, à endurer les coups de poing et les coups de pieds. Ils n'avaient pas touché à son visage, mais pour le reste s'en étaient donné à cœur joie. Chaque centimètre carré de son corps lui faisait mal, tirant sur sa chair meurtrie. À voir la tête de John, il devait avoir des bleus absolument partout.
– Tu saignes, murmura John. Il faut te soigner, il faut...
Sherlock secoua lentement la tête. Il savait très bien ce qu'il allait dire, ce qu'il aurait dû faire. Il ne voulait pas aller à l'hôpital, faire des radios, découvrir s'il avait des côtes ou un poignet cassé. Une fois seul, abandonné comme un chien dans la rue, il avait fait la seule chose logique pour lui : il était parti rejoindre John. Le seul endroit où il se sentait en sécurité, protégé, aimé. Il avait dû patienter pour le train, pour le bus, avait joué de malchance parce que John avait déjà quitté le lycée, avait dû déduire où il pouvait se trouver, puis se rendre à son club de rugby, et il avait attendu sous la pluie sans bouger qu'il en sorte enfin.
– D'accord... céda John. Tu vas prendre une douche chaude, je vais mettre tes vêtements à sécher, te prêter les miens... Et puis...
– Ne préviens pas mes parents, supplia Sherlock d'une voix qu'il ne reconnut même pas.
John soupira, déchiré entre répondre aux besoins de son ami, et faire ce qu'il savait être la bonne solution.
– Demain matin, proposa-t-il. Je leur dirai que tu es arrivé dans la nuit, en stop ou en marchant. Que j'ai préféré te laisser dormir et les laisser dormir avant de les prévenir. Que je n'ai pas pensé que c'était si grave, que les prévenir pouvait bien attendre quelques heures, que je ne pensais pas qu'ils te chercheraient partout si vite, c'était le milieu de la nuit, je n'ai pas assez réfléchi, je dormais à moitié...
C'était une explication relativement bancale quand on y réfléchissait bien, mais John était bon acteur. Sherlock accepta la proposition d'un hochement de tête. Puis osa demander, sur un coup de folie.
– Tu peux me toucher ? Me serrer dans tes bras ? S'il te plaît, supplia-t-il d'un ton blessé qui lui était inconnu. J'en ai besoin...
Besoin de sentir une main sur son corps qui ne soit pas violente. Besoin de lutter contre l'haptophobie qu'il risquait de déclencher. Besoin de l'odeur de John, sa chaleur rassurante. Il savait moduler sa voix d'un nombre de manière exponentielle. Jamais il ne s'était entendu avec une telle sincérité aussi déchirante. Il était pathétique.
– Oh Sherlock !
John bondit en avant, revint dans son périmètre d'intimité, écrasa ses vêtements humides de ses chaussettes, eut les pieds glacés immédiatement, et doucement, très doucement, pour ne surtout pas appuyer sur les larges hématomes noirs qui fleurissaient partout sur sa peau, il enlaça Sherlock et lui transmit tout l'amour qu'il ressentait pour lui.
Pour la première fois de leur vie, ce soir-là, John soigna les plaies de son ami, blagua sur sa future carrière de médecin, puis le mit au lit, une fois réchauffé. Il le borda, s'assura qu'il allait bien, et le regarda dormir, le cœur brisé. Il avait peur de ce que l'avenir réservait au génie, quand il n'était pas là pour s'occuper de lui. Il avait peur de ne pas être capable d'être toujours là pour s'occuper de lui.
Reviews si le coeur vous en dit ? :) Prochain chapitre - janvier 1996
