Episode 4 x 10

[Pouah ! J'ai dû regarder à nouveau cet épisode … en français, cette fois ! Dépression quand tu nous tiens ! C'est qu'il y a de superbes scènes dans cet épisode final, alors ce serait dommage de les occulter. Du coup, on reprend le côté sympa, on modifie quelque peu les conséquences désastreuses et ta daaa … voilà comment j'aurais aimé que cette série se termine ! ]

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Le médecin arrive avec un air grave. Elle expose rapidement la situation, tout à fait professionnelle mais visiblement anxieuse. Cela n'échappe pas à Clay qui déglutit difficilement. Sa tête se met à tourner. Ses oreilles s'emplissent de ce sifflement si désagréable qu'il n'arrive pas encore à maîtriser. Quant à sa respiration, elle devient très irrégulière. Il tente malgré tout d'emmagasiner le plus d'air possible pour limiter la terreur qui l'envahit et comprendre les bribes du diagnostic :

- … Justin … pneumonie … du mal à respirer … avec le traitement … corps est fragilisé … l'endormir et l'intuber … mais il refuse tout traitement … important qu'il s'endorme dans de bonnes conditions … il exige de voir son frère d'abord …

En entendant ces mots, Clay sort de sa torpeur. Au même moment, il sent une main presser son épaule. Il détourne les yeux des lèvres du médecin pour observer, incrédule, cette main. Son regard suit lentement le bras jusqu'au visage de son père.

- Va le voir, lui dit celui-ci tout simplement, avec un léger sourire qui se veut réconfortant.

Clay lâche le regard doux de son père pour croiser celui de sa mère. D'un petit signe de tête, elle l'encourage à suivre le médecin. Il reporte alors toute son attention sur cette femme en blanc qui lui a déjà tourné le dos et qui marche bien trop rapidement à son goût. Un pas après l'autre, il longe les différents couloirs. Il a de plus en plus de mal à respirer et il a l'impression que ses jambes ne le portent plus. A mesure qu'il avance, il essaie de se raisonner : Justin a besoin de lui. Il ne doit pas laisser son anxiété gagner. Pas maintenant. Il doit être fort ... pour Justin … Il sert les poings, se force à prendre de grandes bouffées d'oxygène et accélère l'allure. Il ne prête aucune attention à tout ce qui l'entoure. Il se résout à suivre le médecin, méthodiquement, tout en prenant grand soin de ne pas penser à ce qui pourrait advenir. C'est à cet instant qu'une main tire le rideau qui le sépare du lit où Justin est allongé. Il s'arrête net, à quelques pas du corps inerte de son ami. Il ne savait pas à quoi s'attendre mais cette vision ne fait que lui rappeler le moment où il l'a vu s'écrouler sur la piste de danse. Branché de partout, les yeux mi-clos, il le voit tourner lentement la tête vers lui.

- Hey, parvient-il à articuler dans un souffle en s'efforçant de sourire.

- Hey, lui répond laborieusement Justin en tendant la main vers lui.

Instinctivement, ce geste l'encourage à se rapprocher.

- Comment tu te sens ? demande-t-il sans comprendre, ni même faire attention au fait que Justin se met à pouffer de rire avant de partir dans une quinte de toux.

- Pas terrible … articule-t-il finalement. J'ai … du mal à … respirer.

- Ben … tu devrais peut-être laisser les médecins te soigner, tu crois pas ? répond-il comme si c'était une évidence.

- Clay … et si … et si je ne me réveillais pas ?

En entendant ces mots, le cœur de Clay s'arrête de battre durant un temps qui lui parait interminable. Mais le regard insistant de Justin l'oblige à réagir :

- Putain, est-ce que je sors autant de conneries quand je manque de sommeil ? demande-t-il finalement en essayant de cacher la terreur qui vient de l'envahir.

- Ben … pour être honnête … ça t'arrive … ouais.

- Ouais, ben, il faut que tu te battes. Il faut que tu t'en sortes parce que … j'n'y arriverai pas sans toi.

- Si, mec … tu survivras.

Justin est tellement sûr de lui que Clay pourrait presque se laisser convaincre. Seulement voilà, il est hors de question qu'il laisse son ami mourir sans même essayer de se battre. A ses yeux, la vie sans Justin est juste inenvisageable ! Alors, il tente le tout pour le tout :

- Justin … Tu … tu te souviens cette nuit où je t'ai dit que je serais prêt à tout pour toi ?

- Ouais … bien sûr que je m'en souviens.

Comment pourrait-il en être autrement ? Cette fameuse nuit, il a tout déballé à Clay, même ses secrets les plus honteux. Et bien qu'il n'ait pas utilisé les mots exacts, la vérité cachée derrière les faits évoqués est claire : Il a dû avouer qu'il n'avait fait que lui mentir il a été contraint d'admettre qu'il était un junkie et que, à cause de cette addiction, il n'était pas digne de confiance ... Avec toutes ces révélations, il a dû faire face, encore une fois, à sa plus grande terreur : il aurait pu tout perdre ce soir-là, se retrouver seul à nouveau … Mais Clay ne l'a pas rejeté. Il ne l'a pas abandonné. Bien au contraire, il s'est engagé solennellement à ne reculer devant rien pour lui. C'est à cet instant précis que Justin a compris que Clay est plus qu'un véritable ami, que le lien qui les unit est plus fort que tout. C'est là qu'il a su que Clay était devenu son véritable frère.

- Alors, tu te souviens aussi de ce que tu m'as répondu ? lui demande ce dernier en le fixant droit dans les yeux.

- Putain, Clay … souffle Justin en voyant très bien où il veut en venir.

- C'est le moment de me prouver que ce n'étaient pas des paroles en l'air, confirme son frère très sérieusement.

L'échange de regards ne nécessite pas de paroles supplémentaires. A travers les yeux de Justin, Clay voit la détermination de son ami. Mais derrière ses larmes, il distingue également une grande détresse. Il lui demande :

- Est-ce que … est-ce que t'as peur ?

- Ouais … j'ai très peur, admet finalement Justin dans un souffle.

Il lève difficilement son avant-bras vers son frère.

- Tu veux bien … me tenir la main … mon frangin ?

- Ouais … ouais, accepte Clay en joignant le geste à la parole. Hey, Justin … on va s'en sortir … ensemble.

L'intéressé confirme avec un léger hochement de tête et un sourire douloureux. Le personnel médical s'affaire autour de lui et il finit par s'endormir, sa main bien enserrée dans celles de Clay.

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C'est la deuxième fois qu'on lui demande de lâcher Justin. Et, pour Clay, ce sont deux fois de trop ! Quand les ambulanciers sont arrivés sur la piste de danse, ils lui ont demandé de s'éloigner. Mais comme il ne voulait pas abandonner son ami, ils l'ont écarté de force. Puis ils ont refusé qu'il monte dans l'ambulance. Seule sa mère a été autorisée à accompagner Justin. De son côté, il a été contraint de suivre en voiture avec son père au volant et Jessica à l'arrière de la Prius. L'arrivée aux urgences a été tout aussi désastreuse. Ils ont tous été refoulés en salle d'attente pour … attendre ! Et ça a été terriblement long, voire interminable !

Et le voilà de retour dans cette satanée salle d'attente ! Il a été contraint de lâcher la main de Justin encore une fois … à coups de « Monsieur Jensen, soyez raisonnable », « Monsieur Jensen, laissez-nous faire notre travail », « Monsieur Jensen, dès que votre frère sera installé, vous pourrez rester à ses côtés. Mais pour le moment … ». Cette angoisse, cette attente, cette lente agonie vont finir par le rendre dingue … même si – tout bien considéré – il l'est déjà plus ou moins. Clay prend une grande aspiration, arrête de faire les cent pas et se résout à aller rejoindre ses parents. Il s'assoit auprès d'eux, les avant-bras sur les genoux pour essayer de maîtriser les soubresauts nerveux de ses pieds. En levant enfin les yeux, il s'aperçoit qu'il y a beaucoup de visages familiers en face de lui. Ses amis sont arrivés, tour à tour : Tony et Caleb, Ani, Alex et Charlie … Il y a même certains joueurs de l'équipe de foot. Finalement le grand absent, c'est Zach. En cet instant, Clay le hait plus que tout. Pourquoi n'est-il pas là ? Qu'a-t-il de mieux à faire ? N'est-il pas censé être son ami, depuis un bail ? A-t-il au moins réalisé que Justin est à l'hôpital ? Est-il trop bourré ou trop défoncé pour s'apercevoir que la situation est grave ?!

L'arrivée du médecin le coupe dans ses réflexions. Tout le monde se lève dans un même élan et se rapproche d'elle. Elle explique que Justin est stabilisé mais qu'il n'est pas sorti d'affaire pour autant. Elle conseille de garder espoir et d'être patient car, quoiqu'il en soit, il va falloir du temps pour qu'il se rétablisse. Elle décrète que, pour le moment, seule la famille est autorisée à rester dans sa chambre. Elle recommande donc à tous de rentrer chez eux et de se reposer. Jessica proteste. Tony et Ani l'entourent de leurs bras pour la soutenir. Matt et Lainie leur assurent qu'ils les tiendront informés et qu'ils feront leur possible pour que chacun d'entre eux puisse venir rendre visite à Justin.

De son côté, Clay est de nouveau dans sa bulle. Après avoir demandé le numéro de la chambre, il n'a fait que suivre son obsession : retrouver son ami. Il entre en trombe dans la pièce, comme si chaque seconde passée est une seconde perdue. Il fait abstraction de tout l'appareillage médical qui bipe et qu'il insuffle de l'air dans les poumons malmenés de Justin. Il contourne le lit, rapproche le fauteuil, s'installe et s'empare de la main qu'il a dû lâcher à deux reprises au cours de cette nuit. Cette fois, rien ne pourra le contraindre à s'éloigner. Il chuchote :

- Justin ! Justin, tu m'entends ? … Hey, je suis là … Ca va aller mon pote. Repose-toi, d'accord ? On va s'en sortir. Tu vas voir, on va surmonter ça … tous les deux …

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Les Jensen, ainsi que Jessica, sont réunis dans la chambre. Ils attendent, anxieux, le retour du médecin qui a décidé qu'il fallait essayer de débrancher Justin pour voir si ses poumons peuvent prendre le relai seuls. « Débrancher », voilà un mot qui sonne mal aux oreilles de Clay. Depuis que les infirmiers ont emmenés Justin, la panique a repris possession de son corps. Sa respiration est irrégulière, son cœur manque de nombreux battement et un sifflement sourd a envahi l'ensemble de son crâne. Il a perdu la notion du temps. Ce n'est plus qu'une interminable journée. Les heures s'écoulent lentement et d'un seul coup, plusieurs jours ont passé. Ca le met hors de lui : l'attente, l'incertitude, l'impuissance …

Le médecin arrive. Elle est seule – ce qui, aux yeux de Clay, ne présage rien de bon. Ses sentiments vis-à-vis de cette femme sont mitigés. D'un côté, il lui est extrêmement reconnaissant : elle a repris son service alors qu'elle n'était pas de garde pour prendre soin de Justin. Elle connaît parfaitement son dossier et montre un professionnalisme à toute épreuve. D'un autre côté, à chaque fois qu'il la voit, elle arbore un air grave et systématiquement, elle leur annonce une mauvaise nouvelle. Alors, bien évidemment, en cet instant, il craint le pire. Il tente malgré tout d'écouter ce qu'elle a à dire :

- … nous l'avons extubé. Ce fut … laborieux mais il respire seul et de manière satisfaisante.

- C'est une bonne nouvelle, s'exclame Lainie sur un ton trop enjoué pour camoufler son stress.

- Oui, c'est vrai mais …

Bien sûr, se dit Clay, il y a un « mais ».

- … il ne montre aucun signe de réveil …

- Il a certainement besoin de plus de temps pour se remettre, tente Matt.

- Le dosage que nous lui avons administré aurait dû le sortir du coma. S'il ne montre pas de signes de réveil dans les prochaines heures, ses chances de s'en sortir sans séquelles vont s'amenuiser …

- Quoi ? Comment ça ? demande Clay sur la défensive.

- Il faut garder espoir mais je tiens à vous parler franchement, à être totalement honnête avec vous. Pour sa survie, il est impératif qu'il se réveille le plus tôt possible pour … pour éviter la défaillance de ses organes … Avec sa maladie, nous avons déjà constaté des symptômes neurologiques préoccupants et …

-Mais … je croyais qu'il répondait bien au traitement … intervient Clay qui refuse de croire aux paroles dévastatrices du médecin.

- Oui, c'est vrai. Mais l'infection aux poumons a pu aggraver la situation. Nous faisons notre maximum pour atténuer les symptômes mais …

Tous ces « mais » résonnent dans son crâne déjà bien endommagé. Cette fois la panique s'empare intégralement de Clay. Il cherche du réconfort dans le regard de ses parents mais ils lui paraissent résignés, prêts à accepter l'inacceptable. Il fuit la chambre, incapable d'en entendre davantage. Ses parents le suivent.

- Attends chéri ! hurle Lainie derrière lui. Clay !

- Désolé, il faut … je dois prendre l'air ! lance-t-il avant de partir en courant.

Voyant la grande détresse de leur fils, Matt décide de le suivre.

En sortant en trombe de l'hôpital, Clay est intercepté par Zach qui lui demande des nouvelles. Complètement exaspéré par son attitude, Clay lui hurle que Justin ne s'en sortira certainement pas. Il se dégage de son emprise et repart en courant. Il se sent tellement impuissant. Il accélère et poursuit sa course à en perdre haleine. Sans même s'en rendre compte, il se retrouve devant le poste de police. Tout se mélange dans sa tête. Il n'en peut plus. Il a envie de crier ou de frapper ou de … il ne sait pas ce qu'il veut mais il sait qu'il doit faire quelque chose.

Il pénètre dans le bâtiment et hurle à la cantonade qu'il a un flingue dans sa poche et qu'il n'hésitera pas à s'en servir s'il le faut. Paniquées, les personnes présentes s'enfuient. Le shérif Diaz sort d'une salle d'audition. Il s'approche précautionneusement. Il tente de le raisonner. Tous ses adjoints le rejoignent dans la pièce. Mais Clay ne renonce pas pour autant : Il tient à ce que quelqu'un voit à quel point il souffre. Tony entre à son tour dans le poste de police. Pour sa protection, il est plaqué au sol par l'un des adjoints qui se tient à ses côtés. Le shérif Diaz profite de cette opportunité pour raisonner Clay et lui faire comprendre que toutes les personnes qui l'entourent ne lui veulent que du bien. Au bout d'un moment, Clay cède et s'effondre en pleurs dans les bras du shérif Diaz.

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L'église est bondée. Les témoignages se succèdent, entrecoupés par les paroles de la femme qui officie en ce jour funeste. Les épaules voutées dans son costume, Clay est assis entre ses parents sur le premier banc. En face de lui se trouvent le cercueil ainsi qu'un portrait gigantesque de celui qu'ils vont bientôt inhumer. Contre toute attente, Clay se lève. Personne ne semble faire attention à lui et de toute façon, il ne s'en préoccupe plus. Il avance vers le cercueil. Il déglutit difficilement, s'arme de courage et soulève le couvercle … Il n'a pas l'occasion de découvrir l'intérieur. Il est propulsé en arrière et se retrouve sur le banc. Désorienté, il observe tour à tour ses parents. Ils sont dévastés par le chagrin. Ils fixent le cercueil. Ou plutôt, ils fixent celui qui est devant le cercueil. Clay suit leurs regards. Justin est là, assis à même le sol, les jambes étendues devant lui, adossé à la pierre froide de l'église. Clay a soudain l'impression de revenir plusieurs mois en arrière lorsqu'il est entré dans sa chambre et qu'il a trouvé Justin sauvé de justesse d'une overdose par Alex. Oui, c'est exactement ce Justin qu'il a en face de lui à cet instant : Les épaules basses, les yeux larmoyants, son ami essaie de relever la tête et tente de lui dire quelque chose. Aucun son ne sort de sa bouche mais ses lèvres forment les mots : « Je suis désolé ».

- Non ! Justin !

Le cœur battant à tout rompre, Clay se redresse sur son fauteuil. D'un simple coup d'œil, il fait un état des lieux rapide : Il est dans la chambre de Justin, à l'hôpital. Les chaises qu'occupaient ses parents sont vides. Ils ont dû aller se chercher un café ou quelque chose de plus consistant à grignoter. Ses mains sont toujours agrippées fermement autour de celle de son ami. Ce dernier est toujours endormi. Son teint est livide ... la pâleur d'un mort. Clay secoue la tête. Il refuse d'avoir ce genre de pensées. Les paroles du shérif Diaz et sa séance avec le docteur Hellman lui ont permis de reprendre le contrôle de son esprit mais, pour sa santé mentale, il doit sortir de ce cauchemar une bonne fois pour toutes ! Sans en avoir réellement conscience, il dépose un baiser sur la main de son frère. La chaleur de ce contact le réconforte : Justin est vivant … il faut juste attendre qu'il se réveille ! Il l'observe un moment avant de commencer à gamberger : Qu'attend-il exactement ? Se croit-il dans un conte de fées ? Pense-t-il vraiment qu'un simple geste comme celui-là va, comme par magie, permettre à Justin de se réveiller ? Comment faire pour attirer son attention ? L'attirer vers la lumière ? Le sortir de sa torpeur ? Le ramener parmi les vivants ? Perdu dans ses pensées, il commence une conversation en sens unique avec son ami :

- Tu sais, il faut qu'je te dise … j'vais pas aller à Brown … Déjà, il faut que je suive très sérieusement ma thérapie avec le docteur Ellman. J'crois qu'y a encore pas mal de boulot. Et puis il faut que j'assume les conséquences de mes actes. J'ai quand même vachement merdé … le shérif Diaz n'a pas porté plainte mais … je vais certainement avoir des heures de travaux d'intérêt général ou un truc du genre à faire … Ouais, tu sais pas tout. Il s'est passé plein de … choses pendant que tu … dormais. Tu vas halluciner quand je vais te raconter. Mais tu sais quoi ? Je vais attendre que tu sois réveillé. Ouais ! Si tu veux savoir, il va falloir que tu ouvres les yeux mon pote ! C'est pas si compliqué. Après, t'auras le droit de me vanner autant qu'tu veux … t'auras peut-être même envie de m'engueuler … Enfin bref. Finalement, on va aller à la fac ensemble. J'vais te dire … Brown, je m'en fous … C'est même pas moi qui ai écrit cette foutue disserte. C'est Ani. Et l'entretien, ben … c'est tombé à un moment où j'ai retrouvé ma lucidité parce que je pensais à toi, à Tony et à Tyler. Sinon, je l'aurais foiré ! Non, c'est vrai, j'm'en tape de tout ça. Brown, c'était juste un moyen de fuir mon passé et de faire semblant de commencer une nouvelle vie. Je crois … enfin, je sais qu'on ne peut pas changer le passé. Il faut vivre avec et faire les bons choix pour avancer. Le docteur Ellman m'a aidé à comprendre ça. Mais … au fond, je le savais déjà parce que … c'est toi qui m'as montré la voie à suivre. J'veux dire … après tout ce que tu as traversé, tu as fait tellement d'efforts pour … t'améliorer, pour … continuer à avancer. Et tu te bats encore … parce que tu te bats, pas vrai ? Enfin, ce que je veux dire c'est … merci de m'avoir sauvé la vie. Tu l'as fait plus souvent qu'tu l'crois. Et … je t'aime …

- Ouais … moi aussi … je t'aime moi aussi … mon pote.

Ces paroles difficilement prononcées précèdent quatre gestes qui pourraient paraitre anodins mais qui accélèrent sensiblement la pulsation cardiaque de Clay : La main de Justin resserre son emprise sur celle de son frère. Il ouvre lentement les yeux, croise son regard et ses lèvres gercées esquissent un sourire.

- Putain, t'es réveillé ! s'exclame Clay, comme pour se convaincre lui-même. Tu l'as fait ! T'as réussi !

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Alors qu'il s'apprête à prononcer son discours pour la remise des diplômes, Clay survole l'assemblée. Dans les tribunes, son père est assis à côté de deux places vides. Sa mère est restée à l'hôpital avec Justin. Pour la première fois depuis longtemps, cette situation ne le dérange pas. Au contraire, il est rassuré de les savoir ensemble. Il essaie de se concentrer sur les paroles du proviseur Bolan mais son attention se porte sur certains visages dans la foule en face de lui : Ryan, Courtney et Chloe sont venus les soutenir. Il se surprend à penser que Sheri et Skye, quant à elles, sont absentes. Elles lui manquent plus qu'il ne l'imaginait. Marcus n'est pas là non plus … mais, pour être tout à fait honnête, Clay s'en moque complètement.

Lorsque Jessica prend la parole, il est complètement absorbé par son discours inspirant. Puis vient son tour. Tout en évoquant la perte de deux de leurs amis au cours de leurs années de lycée, sa voix se brise. Il tente de reprendre contenance mais ces souvenirs sont tellement douloureux … d'autant plus, qu'il a failli perdre un troisième ami au cours de ces derniers jours. Il se recentre sur ce qu'il doit dire et aborde le décès de deux autres personnes qu'il croyait détester, tout en évitant de croiser le regard de ses amis. Et c'est à cet instant qu'il les aperçoit : A côté de son père, les places sont occupées. Sa mère et Justin sont assis, attentifs et tout sourire. De ses doigts, il se frotte les yeux avec l'espoir qu'il n'est pas en train d'halluciner. Ragaillardi par leur présence inespérée, il explique que la haine c'est facile mais que l'amour et la tolérance, c'est plus dur. Et il insiste sur le fait que c'est comme ça qu'on prend soin les uns des autres. C'est comme ça qu'on survit. Il explique que son père admet que le lycée, ça peut faire des dégâts, ça peut faire mal. Mais qu'il est la preuve vivante qu'on peut s'en sortir. Clay souligne que les jeunes de sa génération doivent traverser des épreuves de plus en plus difficiles mais que, quoiqu'il puisse arriver, il faut avancer. Il ne faut rien lâcher. Il faut choisir de vivre parce que, même dans les moments les plus sombres, il y a des gens qui vous aiment, de nouvelles choses à découvrir… même pendant la pire journée. Convaincu par ces derniers mots, il croise le regard de ses amis, de son père, de sa mère … et de son frère.

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Dans le gymnase décoré par le soin des pères de Courtney, la fête bat son plein. Ani explique que Jessica a été admise à Berkley. Graciella, la sœur de Tony, se jette dans les bras de son frère. Les parents congratulent leurs enfants … Clay a rejoint sa famille. Justin explique que Lainie lui a obtenu une permission de sortie de quelques heures et que, compte-tenu de la situation, il pourra assister à des cours pour valider son année avant la fin de l'été. Malgré cette bonne nouvelle, il lance sur un ton dépité :

- Ils m'ont filé mon diplôme mais … J'suis encore bon pour les cours de rattrapage ! Putain … pardon … mais les maths quoi ! …

Clay ne peut réprimer un sourire : entendre Justin râler est tellement réconfortant !

- Tu vas y arriver, le rassure-t-il, sûr de lui. J'te fais confiance !

- Bah, de toute façon, j'ai pas le choix si je veux aller à la fac à la rentrée.

- Ouais, c'est clair, confirme son frère avant de s'adresser à leurs parents. Bon, il faut qu'on aille faire un truc … complètement légal avec nos copains donc euh …

- Oui, d'accord. A tout à l'heure, approuve Lainie en les regardant s'éloigner.

- C'est une grande journée, fiston, lance Matt.

Pendant que Justin poursuit sa route pour retrouver Jessica, Clay revient sur ses pas et répond :

- Et euh … j'voulais vous dire : merci pour tout … depuis toujours … Et heu, j'vous aime ! lance-t-il tout en partant retrouver ses amis.

Sur les gradins toute la bande est réunie. Chacun évoque ses aspirations pour l'avenir. En regardant en face de lui, Clay voit le fantôme de Bryce lui sourire. Justin s'aperçoit de son trouble. Il quitte Jessica et vient s'installer près de son frère. D'un regard, il l'encourage à se confier.

- Bon, pour clarifier, commence Clay, c'est pas que je vois des fantômes. Non, ce que je fais, c'est que j'imagine des personnes mortes et … et ce que je voudrais leur dire.

- Ouais, j'suis au courant. Tu m'avais écrit mon devoir sur le réalisme magique.

- Non ! Je t'ai pas écrit ton devoir ! s'énerve Clay. Je t'ai aidé, c'est pas pareil !

- Non, je sais, admet Justin en se moquant. J'adore te charrier, c'est tout.

- Mais … j'voudrais savoir pourquoi je vois Bryce en ce moment ? Pourquoi c'est lui qui est dans ma tête ?

- Peut-être parce que, si j'étais mort, je serais à côté de lui en ce moment.

Devant le regard bourré d'incrédulité de Clay, il poursuit :

- On s'aimait beaucoup lui et moi … comme des frères. Y a des gens qu'on peut réussir à aimer même s'ils ont fait des trucs graves. Et aussi, on arrive à leur pardonner … même à ceux qui vous ont fait le plus souffrir.

- Là, tu veux parler d'Hannah ?

En prononçant son prénom, son fantôme apparait à la place de celui de Bryce. Elle lui sourit. Il l'admire tout en écoutant les paroles perspicaces de son frère.

- Quand on pardonne à quelqu'un, c'est plus pour soi que pour l'autre.

- La peine que je ressens avec Hannah, c'est pour toujours. C'est ma faute. J'tombe toujours amoureux trop vite … et trop fort.

Sur ces mots, Clay se lève pour rejoindre le fantôme d'Hannah. Mais il est interrompu dans son élan par une autre jeune femme … bien réelle cette fois.

- Clay ? T'es bien Clay Jensen ? Oh là là, désolée, j'suis un peu stressée ! T'es devenu une vraie rock star après avoir prononcé ce discours. Euh moi, j'suis au lycée d'Est County. Il parait que tu vas à Brown à la rentrée ? Félicitations !

- Ouais, euh, non. Finalement, j'vais plutôt aller à Sanderson. Mon père est prof là-bas …

Clay se tait en sentant le regard amusé de Justin. Ne lui a-t-il pas déjà dit qu'il parle trop quand il est stressé ?

- Vraiment ? C'est génial ! Moi aussi, s'exclame la jolie brune, visiblement enchantée par cette nouvelle. Enfin, mon père n'est pas prof là-bas … mais j'y suis inscrite. Alors, j'me demande si … on pourrait peut-être prendre un café … ou autre chose si tu préfères ? Tout en regardant l'offre de cours et la listes des bouquins de première année … sauf si ça fait trop coincé, hésite-t-elle devant le mutisme de son interlocuteur. Oh ! Et moi c'est Heidi, continue-t-elle à titre informatif.

- Ce serait vraiment très cool, répond finalement Clay devant le regard insistant et bourré d'encouragements de son frère.

- Oh ! s'exclame Heidi, agréablement surprise. J'avais peur de passer pour une grosse intello.

- Jensen ! On y va oui ou non ? l'interpellent Zach et Jessica derrière lui.

- Ouais ... euh … ouais … Oh, il faut qu'j'aille euh … faire un truc. T'auras qu'à m'envoyer un message. Mon adresse mail c'est percyakr2161 .

- C'est noté, réponds sa nouvelle amie en tapant les données sur son téléphone. Alien killer robots ? demande-t-elle enthousiaste.

- Ouais, confirme Clay en s'étonnant de la chance qu'il a d'avoir rencontré une telle personne.

- J'connais.

- Jensen ! insiste Zach.

Il rejoint ses amis en adressant un petit signe de la main à Heidi. Justin se lève à son tour des gradins, le rattrape et marche à ses côtés.

- « Trop vite et trop fort », hein ? lui demande-t-il avec un sourire amusé. Clay, mon frangin, j'dois dire que t'as trop bien géré.

L'intéressé le regarde du coin de l'œil, suspicieux.

- Quoi ? demande Justin, le plus innocemment du monde. Non mais … c'est vrai ! T'as assuré … J'crois qu't'as bien fait de la laisser parler … parce que … faut le dire … elle a fait tout le boulot !

- Tu viens avec nous ? demande Clay pour couper court aux railleries de Justin.

- Non, faut qu'je rentre. Mais on se retrouve à la maison avant que je retourne à l'hôpital, ok ?

- Ouais, bien sûr. A tout'

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Assis sur son lit dans la dépendance, Clay scrute le diplôme de Justin qu'il tient fermement entre les mains. Il réfléchit à tout ce qui s'est passé ces derniers mois et ne peut s'empêcher d'imaginer la tournure dramatique qu'auraient pu prendre ces événements. Ses cauchemars reviennent aussitôt le hanter : le cercueil, la cérémonie, les adieux de tous ses proches, l'oraison funèbre, le vide incommensurable qui s'insinue dans chaque parcelle de son corps … sa tête commence à tourner, sa respiration devient irrégulière …

Justin entre dans la pièce et vient s'asseoir sur son propre lit. Les coudes sur les genoux, il se penche en avant pour signaler sa présence à Clay. Voyant que celui-ci est pâle à faire peur et qu'il reste absorbé dans ses pensées, il le fixe avant de prendre la parole pour attirer son attention :

- Il était cool ton discours.

- C'est gentil, finit par répondre Clay en prenant conscience qu'il n'est plus seul.

Le simple fait de voir Justin lui permet de revenir à la réalité et de retrouver la sérénité dont son corps et son esprit ont besoin.

- Enfin c'était super sinistre et aussi un peu décousu mais … du coup c'était … tout toi !

Clay sourit en secouant légèrement la tête. Une vanne ! Du Justin tout craché !

- C'est quoi tout ça ? demande ce dernier en désignant le carton posé sur le lit à côté de Clay.

- Les affaires que j'ai récupérées. J'ai dû libérer ton casier ce matin, comme tu étais à l'hôpital. Enfin … tes deux casiers, ajoute-t-il en sortant la coquille de protection du carton, d'un air dégoûté.

- Oh ! Désolé pour ça.

- Ah, ouais ! J'ai trouvé ça aussi, explique-t-il en sortant une feuille de papier pliée en deux. Ta disserte pour le dossier de fac. C'est grâce à ça que t'as été pris … J'l'ai pas lue … Trop personnel.

- Attends … sérieux ? Ca fait des mois qu'on respire tous les deux les pets de l'autre. T'es tombé sur moi en train de me branler, je sais pas combien de fois. Et c'est maintenant que tu joues les pudiques ?

- Ouais … avoue Clay, en ouvrant le document.

Encouragé par le regard insistant de Justin, il commence à lire à voix haute :

« En grandissant, je n'ai pas eu beaucoup d'éléments positifs autour de moi et le peu de gens qui m'entouraient ont plutôt eu une mauvaise influence. Ma mère était accroc à la drogue et tous ses amants qui défilaient chez nous étaient le plus souvent toxicos eux aussi. Il y avait mon meilleur ami que j'admirais. Mais il a fait du mal à des gens proches de moi et maintenant il est mort. »

Il s'interrompt dans sa lecture pour s'exclamer :

- La vache, Justin, si c'est pas sinistre !

- Attends : faut lire plus loin.

Incrédule, Clay reprend sa lecture :

« Il y a eu une époque dans ma vie où je n'avais rien d'autre que les vêtements que j'avais sur le dos et les regrets d'avoir fait du mal à plein de gens. Et alors, une personne est entrée dans ma vie. Cette personne s'appelait Clay Jensen. »

Surpris par ce qu'il vient de découvrir, il s'arrête de nouveau pour demander :

- T'avais écrit sur moi ?

- Ouais. Ils nous ont demandé de parler d'une influence positive dans notre vie.

Si pour Justin, c'est une évidence, Clay, de son côté, a visiblement du mal à y croire. Essayant de reprendre contenance, il poursuit sa lecture.

« Même quand je vomissais mes trippes sur le sol de sa chambre, il m'a soutenu. Il a été là pour moi tout le temps. Du coup, c'est pour ça que, même si je n'ai jamais eu vraiment de famille, je sais ce que ça fait d'en avoir une. Parce que c'est ce que Clay m'a apporté. Parce que Clay est mon … Clay est mon … »

Trop ému par ce qu'il lit, Clay est incapable de prononcer un mot de plus. Justin prend le relais et termine à sa place :

- Clay est mon frère. C'est lui l'influence positive dans ma vie. Grâce à lui, je suis toujours en vie. Et, aujourd'hui, je peux écrire cette dissertation pour essayer d'entrer à la fac.

Les larmes aux yeux, Clay replie la lettre avant de reprendre d'une voix cassée :

- Putain Justin ! Je suis tellement désolé !

- Attends … quoi ? Mais pourquoi tu dis ça ?

- Quand tu as écrit ta disserte … Ca fait des mois … Pendant que toi tu écrivais ça, moi je me comportais comme un putain d'enfoiré avec toi.

- Quoi ? Attends … quoi ?

Justin voit bien que Clay est bouleversé. Depuis qu'il a écrit sa dissertation, il s'est demandé jour après jour s'il ne devait pas lui faire lire afin que celui qu'il considère comme son frère, comprenne la manière dont il le voit … Bien sûr que c'est lui son influence positive ! Ne lui a-t-il pas déjà dit à quel point il l'aime et à quel point il est important à ses yeux ? D'aussi loin qu'il se souvienne, Justin n'a jamais eu de problème pour dire ce qu'il ressent. L'écrire, en revanche, a été une autre paire de manche. Mais il ne s'attendait pas à une telle réaction. Troublé à son tour, n'ayant aucune idée de ce qu'il pourrait dire, il attend que Clay reprenne la parole :

- J'ai pas assuré. J'ai déconné et déconné encore … Je t'ai accusé à tort. J't'ai dit des trucs … horribles … Quel con ! s'insulte-t-il en secouant la tête et en détournant le regard de Justin.

- Arrête Clay, lui intime celui-ci en se voulant réconfortant. Tu n'étais plus toi-même. C'était pas ta faute. T'as pas à t'en vouloir …

- Mais si ! Non seulement je n'ai pas été là pour toi mais en plus j'ai été immonde. Tous ces trucs ignobles que je t'ai dits … mon attitude envers toi … Je crois que … oui je crois bien que j'étais jaloux. Les parents t'adorent. Le jour où papa t'a trouvé dans ma chambre, je l'ai vu tout de suite. Maman t'a proposé de rester autant de temps que tu le voulais. Ils ne te connaissaient pas mais ils t'aimaient déjà. Je ne sais pas si c'est ton histoire ou s'ils ont vu que tu méritais qu'ils t'aident ...

- Je crois surtout qu'ils voulaient te soutenir, le coupe Justin, sûr de lui sur ce point mais ne comprenant pas vraiment pourquoi Clay ne s'en est pas aperçu. Depuis que je les connais, ils ont toujours fait tout ce qu'ils pouvaient pour toi. Ils m'ont hébergé parce que tu leur as demandé, ils m'ont adopté parce que tu voulais qu'ils fassent tout ce qui était possible pour me sortir de taule …

- Non, c'était pas ça. Je t'assure … Après le procès et ce verdict si injuste et si … écœurant, ils ont tout de suite proposé de t'adopter et …

- Et toi … tu regrettes ? souffle Justin, les larmes aux yeux.

- Non ! Non ! s'exclame Clay précipitamment. J'essaie juste de te dire que tu as ta place dans cette famille. Les parents t'avaient déjà adopté avant même que je te demande si tu étais d'accord. Tu as fait tellement d'efforts et moi j'ai tellement déconné. J'avais l'impression qu'ils t'aimaient plus … bien plus que moi. Et au fond, je savais qu'ils avaient raison. Tu mérites la confiance qu'ils t'accordent. Tu mérites qu'ils t'aiment parce que toi aussi tu es leur fils. Et tu méritais tellement mieux de ma part. Tu m'as sauvé la vie … plus d'une fois. Merci d'être toujours là pour moi, même quand je ne le mérite pas. Je suis reconnaissant que tu sois mon frère et je m'en veux. Oui je regrette … je regrette tellement ce que je t'ai fait subir lorsque tu es revenu de ta désintox. J'ai été un vrai connard avec toi ! J'te demande pardon, Justin. J'sais pas quoi dire …

A la fois soulagé et ému par ces révélations, Justin se penche de nouveau en avant et plante son regard dans celui de Clay :

- Hey, t'inquiète mec, t'as pas à me demander pardon ... Et puis … J'te jure ! Si on va par là, t'es un p'tit joueur à côté de moi, lui confie-t-il avec un sourire.

Et ils se fixent comme ça, tout un moment, sans un mot … Ils n'ont plus besoin de parler. Ils se comprennent. Pas besoin de ressasser le passé, inutile de se perdre dans des excuses alors que tout est déjà pardonné. La certitude de pouvoir compter l'un sur l'autre devient une évidence. Ensemble, pour la première fois depuis ce qui leur semble une éternité, ils se tournent avec espoir vers l'avenir.

Après quelques instants de ce silence salvateur, Justin ne peut s'empêcher de relancer la conversation sur une note beaucoup plus enjouée :

- J'te rappelle que j't'ai quand même piqué ton vélo.

- J't'ai piqué tes pancakes, rétorque Clay sur le même ton.

- J'ai gerbé sur tes chaussures.

- J'ai gerbé sur ton T-shirt.

- J'ai aussi dégueulé sur ton lit.

- Et moi sur ton sac.

- Ah oui ! A propos de ton pieu … je n'ai pas fait que gerber ou balancer des fruits dessus … si tu savais le nombre de fois où Jessica et moi …

- OK, d'accord, t'as gagné ! se rend Clay, tout sourire et faussement dégoûté.

Grand vainqueur de cette joute verbale, Justin se lève.

- Ouais, bon, faut que j'y aille ! déclare-t-il à contrecœur.

- Je t'accompagne, décide Clay en le suivant vers la sortie de la dépendance.

Avant de refermer la porte derrière lui, il jette un coup d'œil au lit de son frère. Tout est trop bien rangé. Les draps sont propres et en ordre. Il n'y a pas un pli, pas un vêtement qui traine, pas un objet qui ne serait pas à sa place. Une perfection qui marque l'absence de Justin depuis des jours. Un frisson lui parcourt le corps. Oui, tout aurait pu être tellement différent. Il chasse cette terrible pensée. Avec un sourire, il prend conscience que d'ici un mois tout au plus, cette perfection aura laissé la place à un léger désordre bienvenu dans ce coin de leur chambre !

Justin se tient debout, près de l'entrée principale de la fac. Il fait les cent pas, tout en fixant l'extrémité de la rue. C'est ici que Clay lui a dit qu'il le retrouverait … il y a … il jette un œil sur son portable … environ trente minutes. Ils auraient dû se retrouver ici, il y a une demi-heure. Mais qu'est-ce qu'il fout ? Il lui avait pourtant promis qu'il serait de retour de son excursion avec Tony ce matin …

- Tu regardes quoi comme ça ?

Il sursaute et se retourne vivement pour découvrir qui vient de lui parler par-dessus son épaule.

- Rien, je … commence-t-il avant de réaliser qu'il s'agit de Clay.

- Tu cherches quelque chose ? le coupe son frère, les sourcils froncés mais avec un petit rictus au coin des lèvres.

- Ah oui ? Et qu'est-ce que je chercherais ? renchérit-il en se remémorant ce moment qui a marqué le début de sa nouvelle vie.

- A toi de me le dire … frangin ! conclut Clay en lui frappant l'épaule, avec un sourire complice.

Côte à côte, ils marchent vers l'amphithéâtre où se dirigent d'autres étudiants.

- Mais qu'est-ce que t'as foutu, putain ? Ca fait un bail que je t'attends. Et comment ça se fait qu'tu t'es pointé par là ?

- Fais pas chier Justin. J'te rappelle que c'est toi qui as pris la Prius. Il a fallu que papa m'emmène. Il s'est garé sur le parking des profs. Et puis d'abord, file-moi les clés. Ce soir, c'est moi qui conduis.

- Non ! Pourquoi ? Tu sais bien qu'je suis un putain de pilote …

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[Et voilà ! Je suis sûre qu'à un moment vous vous êtes dit : « Mais quelle pétasse ! Elle nous avait promis que Justin survivrait ! » lol ! Explication : Je souhaitais que ma vision de l'épisode colle le plus possible avec l'originale.

Comme vous avez pu le constater, je suis vite passée sur certaines scènes qui sont déjà très intenses dans la série. Il y a vraiment beaucoup de passages sensationnels dans cet épisode. Simplement, je ne pouvais pas me résoudre à accepter cette fin pour Justin. Et vous ?]