Chapitre 9 Noël

Le lundi suivant, Mme Bennet eut le plaisir de recevoir son frère et sa belle-sœur qui venaient comme à l'ordinaire passer les fêtes de Noël à Longbourn. Mr Gardiner était un homme intelligent, instruit et de bonnes manières, infiniment supérieur à sa sœur tant par les qualités naturelles que par l'éducation. Mme Gardiner, beaucoup plus jeune que Mme Bennet et Mme Philips, était une femme aimable et intelligente, élégante et fine que ses nièces de Longbourn aimaient beaucoup. Elle était fort attachée à sa nièce de Longbourn, qui lui était unie par une vive affection et une estime spéciale entre elles, et elle faisait de fréquents séjours à Londres chez sa tante où elle restait plusieurs mois.

Le premier soin de Mrs Gardiner fut de distribuer les cadeaux qu'elle avait apportés et de décrire les dernières modes de Londres. Ceci fait, son rôle devint moins actif et ce fut alors son tour d'écouter. Mme Bennet avait beaucoup de griefs à raconter, beaucoup de plaintes à exhaler depuis leur dernière rencontre. Sa famille avait eu bien de la malchance.

À deux reprises, sa chère fille aurait pu être bien mariée, mais il ne s'était rien produit. Le premier prétendant s'était révélé être un gredin sans honneur ni principes qui, pourtant, était si charmant. Mais il ne valait pas la peine qu'on le regrette.

- Vous parlez de Mr Wickham, n'est-ce pas ? demanda Mme Gardiner d'un ton alarmé. Croyez-moi, ma sœur, il ne mérite pas le moindre regret. C'est une canaille dépourvue de scrupules, d'honneur et de principes. Il est très doué pour raconter des mensonges. Mais, comme vous l'avez dit, il ne vaut pas la peine qu'on le regrette. Je suis sûre qu'il est fou de rage parce que Lizzie ne s'est pas laissé dupée par ses manières et son charme douteux. Il faut espérer qu'il ne reviendra jamais à Meryton. C'est un homme vindicatif qui pourrait vouloir se venger.

- Oh, je ne crois pas qu'il reviendra. Il serait très mal accueilli.

- Et qui est donc le second homme que Lizzie aurait pu épouser ?

- Oh ! C'est un certain Mr Collins, le cousin de Mr Bennet. Pensez donc ! Il aurait été l'héritier de Longbourn, sans mon petit Matt. Il est venu nous rendre visite avec son épouse. Quel dommage qu'il soit marié !

- Pourquoi ? Lizzie l'a-t-elle trouvé agréable ? A-t-elle considéré qu'elle aurait pu l'épouser s'il avait été libre ?

- Pas du tout. L'homme est complètement stupide et dépourvu de cervelle. Et tout à fait ridicule. Et sa femme est très prétentieuse. Elle n'a pas arrêté de critiquer la maison et de m'expliquer comment elle aurait fait à ma place. Sauf qu'elle n'est pas à ma place ! Dieu merci ! Elle peut bien rester dans son petit presbytère ! Cela ne m'intéresse pas du tout !

- Vous ne devriez pas regretter un homme que Lizzie aurait probablement refusé, non sans raison.

- Oui, mais c'est quand même dommage, dit Mme Bennet avec un soupir.

Mme Gardiner, qui, dans sa correspondance avec Élisabeth, avait déjà appris une partie de ces nouvelles, répondit fort brièvement, et par compassion pour sa nièce changea de conversation. Mais elle reprit le sujet un peu plus tard, quand elle se trouva seule avec Elisabeth.

- Mr Collins était-il vraiment aussi désagréable que le dit votre mère, Lizzie ?

- Tout à fait. Sa femme et lui passaient leur temps à se chamailler pour essayer de savoir qui de Rosings Park ou Maple Grove était le domaine le plus prestigieux. C'était vraiment ridicule.

- Pourtant, vous avez accepté d'aller rendre visite aux Collins. Puis-je vous demander pourquoi ?

- Je serais curieuse de rencontrer lady Catherine et sa fille. Mme Collins prétend que la demoiselle est fiancée à un Mr Darcy, mais j'ai des doutes à ce sujet. Elle est de nature maladive. Je soupçonne la mère, femme autoritaire et prétentieuse, d'avoir décidé de ce mariage sans se soucier de l'opinion du jeune homme et de ses parents. Mais je n'ai pas l'impression qu'ils aient l'intention de l'obliger.

- Cela me paraît peu probable, en effet. J'ai entendu parler de lady Catherine lorsque je vivais à Lambton. Elle n'est pas du tout aimée des Darcy qui ne font que la tolérer. Mr Darcy n'est pas homme à laisser qui que ce soit lui donner des ordres. Peu lui importe le rang de la dame, elle n'a aucun droit de lui dicter sa conduite et il ne se soucie pas le moins du monde de ce qu'elle raconte.

- Alors, je pourrais m'amuser en voyant à quel point elle se fait des illusions. Mais je plains sa fille. Ce doit être un grand malheur d'avoir une telle mère.

- Eh bien, je ne la connais pas, mais je suppose qu'elle doit la supporter.

- Vous pourriez même rencontrer Mr Darcy, dit Mme Gardiner.

- Vraiment ? Comment le savez-vous ?

- Je crois qu'il a l'habitude de se rendre à Rosings Park tous les ans à Pâques. Je ne pense pas qu'il apprécie beaucoup cette visite annuelle car lady Catherine en profite pour tenter de le convaincre de demander la main de sa fille. Mais un jour viendra où il en aura assez. Dans ce cas, il pourrait bien décider de la remettre à sa place.

- Ses parents ne veulent pas qu'il épouse sa cousine, n'est-ce pas ?

- Non, en effet.

- Eh bien, il me semble que c'est une raison suffisante pour justifier qu'il ne le fasse pas. La dame peut difficilement protester. Elle ne s'attend quand même pas à ce qu'il désobéisse à ses parents dans le seul but de satisfaire ses caprices ?

- Elle croit en avoir le droit, mais il est peu probable qu'il le fasse. La fille n'est pas assez attrayante pour le convaincre.

- Mr Collins prétend qu'elle est très belle.

Mme Gardiner sourit.

- Mr Collins est un flatteur. Il ne va pas contredire sa bienfaitrice.

- En tout cas, j'ai l'impression que Mme Collins ne l'apprécie pas autant que son mari. Elle n'apprécie pas que lady Catherine veuille lui donner des conseils sur des choses dont elle veut s'occuper à sa manière.

- Je vois. Elles veulent toutes les deux avoir raison. Ce doit être amusant à voir.

- En dépit de sa prétention, je doute fort que Mme Collins s'oppose vraiment à lady Catherine. Celle-ci pourrait le lui faire payer cher.

- Sans doute, oui.

Mme Gardiner, qui dans sa correspondance avec Élisabeth, avait déjà appris une partie de ces nouvelles, rédigé fort brièvement, et par compassion pour sa nièce changea de conversation. Mais elle reprit le sujet un peu plus tard, quand elle se trouve seule avec Elisabeth.

- M. Collins était-il vraiment aussi désagréable que le dit votre mère, Lizzie?

- Tout à fait. Sa femme et lui passaient leur temps à se chamailler pour essayer de savoir qui de Rosings Park ou Maple Grove était le domaine le plus prestigieux. C'était vraiment ridicule.

- Pourtant, vous avez accepté d'aller visiter aux Collins. Puis-je vous demander pourquoi?

- Je serais curieuse de rencontrer lady Catherine et sa fille. Mme Collins prétend que la demoiselle est fiancée à un Mr Darcy, mais j'ai des doutes à ce sujet. Elle est de nature maladive. Je soupçonne la mère, femme autoritaire et prétentieuse, d'avoir décidé de ce mariage sans se soucier de l'opinion du jeune homme et de ses parents. Mais je n'ai pas l'impression qu'ils avaient l'intention de l'obliger.

- Cela me paraît peu probable, en effet. J'ai entendu parler de lady Catherine lorsque je vivais à Lambton. Elle n'est pas du tout aimée des Darcy qui ne font que la tolérer. Mr Darcy n'est pas homme à laisser qui que ce soit lui donner des ordres. Peu lui importe le rang de la dame, elle n'a aucun droit de lui dicter sa conduite et il ne se soucie pas le moins du monde de ce qu'elle raconte.

- Alors, je pourrais m'amuser en voyant à quel point elle se fait des illusions. Mais je plains sa fille. Ce doit être un grand malheur d'avoir une telle mère.

- Eh bien, je ne la connais pas, mais je suppose qu'elle doit la supporter.

- C'est vraiment triste, dit Elisabeth, qu'une jeune fille soit soumise aux caprices d'une femme à l'ego démesuré. Est-ce que des membres de sa famille ne pourraient pas la libérer de son joug ? N'a-t-elle pas un tuteur légal ? Après tout, nous savons qu'une femme ne possède aucun droit légal sur ses enfants.

- Je doute fort qu'elle tolère une telle chose.

- Mais elle n'aurait pas le choix. À moins qu'elle ne se croit au-dessus des lois.

- Je ne serais pas du tout surprise que ce soit le cas, répondit Mme Gardiner. Elle croit savoir tout sur tous les sujets, même lorsqu'il est évident qu'elle ne sait rien du tout. Je ne serais pas du tout surprise qu'elle se croie au-dessus de Dieu.

- C'est l'impression que Mr Collins m'a donné lorsqu'il parlait d'elle. Et le pire, c'est qu'il semble tout à fait d'accord avec cette opinion.

- Et Mme Collins est d'accord avec vous ?

- Je ne le crois pas. Elle supporte son ingérence parce qu'elle n'a pas le choix, mais elle ne la porte pas dans son cœur. Je pense que ce sera très amusant de les voir se confronter, toutes les deux.

- Il faudra faire attention, Lizzie. Je ne crois pas que lady Catherine apprécierait de découvrir que vous puissiez vous permettre de vous moquer d'elle. Ces femmes-là sont très susceptibles.

- Comme il est peu probable que je les revois un jour, je ne vois aucune raison de me soucier de son opinion. Elle doit avoir l'habitude de se ridiculiser complètement. Mais elle n'est peut-être pas assez intelligente pour s'en apercevoir.

- Sans doute, oui. Mais pour le confort de vos hôtes, essayez de ne pas vous moquer d'elle trop ouvertement.

- Je ferai attention, je vous le promets.

Mme Gardiner n'avait pas besoin d'autre chose, sachant que sa nièce tiendrait parole.

- Écrivez-moi souvent, Lizzie. Vous pourrez me raconter comment les choses se passent.

- Bien sûr, je le ferais. Maman voudra probablement que je lui écrive, à elle aussi. J'aurai donc de quoi m'occuper.

Mme Gardiner hocha la tête, rassurée de constater que sa nièce ne regrettait pas l'individu et amusée à l'idée du plaisir qu'elle se promettait en l'accueillant bientôt à Londres. Elle était impatiente que ce moment arrive et Elisabeth l'était probablement tout autant qu'elle.