Chapitre huit
Quatre semaines ont passées. 28 jours pendant lesquelles Hermione a réfléchit à tout cela. Des triplés. Daphné s'était montrée ravie quand Malfoy lui avait annoncé la nouvelle. Trois fois plus de bonheur, avait-elle dit. Mais la gryffondor est toujours aussi effrayée. Pourtant, pour l'instant, cette grossesse se passe très bien, pas de nausées, pas de douleurs. Mais elle ne peut imaginer ce que cela va être ensuite… Elle va être exténuée, bien qu'elle n'est pas grand-chose d'autre à faire que de se reposer. Mais lors de leur dernière entre-vue, à deux semaines de grossesse, Malfoy lui a appris quelque chose. Le Seigneur des Ténèbres était ravi. Il ne savait rien pour la potion et pensé que c'était une grossesse triple spontanée, chose extrêmement rare. Il trouvait donc que la jeune Granger était une mère-porteuse idéale. Elle a de la valeur désormais, bien plus qu'elle n'en avait avant. Cela la met à l'abris, dans la limite du raisonnable. Entre autre, elle peut être certaine qu'elle ne sera jamais affectée au service de Bellatrix. La mangemort est considérée comme trop dangereuse et on ne mettrait pas quelqu'un d'aussi précieux qu'elle dans les mains d'une folle comme elle. Hermione pose les main sur son bas-ventre qui commence déjà à ressortir. Oui, ce sera sans doute un mal pour un bien. Et puis après tout, cela ne sera pas elle qui devra supporter les pleurs, les cris et les caprices en triple. Elle descend prendre son petit déjeuner. Depuis qu'elle est enceinte, madame Greengrass surveille personnellement qu'elle mange correctement. Elle a même eu le droit à de la cannelle, l'autre fois. Ce matin, ce sont trois tartines à la confiture de groseille, un verre de lait et un verre de jus de citrouille. Elle n'avait jamais de confiture avant, seulement du beurre. Les avantages de la grossesse. Elle ne sert plus non plus le petit déjeuner, Padma s'en charge. Lorsqu'elle a fini, elle sort pour les commissions. Nous sommes en juin et le voile que les Servantes doivent porter commence à être lourd pour elle, elle n'ose imaginer ce que cela sera en plein été. Emily l'attend de bon matin.
- Béni soit le fruit, salue Hermione.
- Que le Seigneur ouvre. Ça y est, Megan et Amelia sont enceinte.
- C'est génial. Comment vas-tu ?
- J'ai pas mal de nausée mais à part cela ça va, et toi ?
Tout va pour le mieux.
Après avoir fait ses courses, Hermione rentre chez elle et prend sa collation matinale, un yaourt à la vanille, en attendant Malfoy qui ne tarde pas. Elle le suit alors dans l'infirmerie et s'allonge sur la table.
- Béni soit le fruit.
- Que le Seigneur ouvre.
- Comment ça va aujourd'hui ?
- Ça va.
- Pas de nausées ?
- Non. Par contre, j'ai eu de légers saignements il y a deux jours.
- Ça peut arriver, ce n'est pas grave. Le sortilège m'indique que tout va bien. Et moralement ?
- Ça peut aller.
- Tu as réussi à t'y faire ?
- En quelque sorte. De toute façon, une fois nés, ce ne sera plus mon problème.
- Non, tu as raison.
- Si tout va bien je peux partir alors ?
- Oui, tu peux.
Pourtant, Hermione reste là, assise sur la table d'examen, à fixer Draco dans les yeux. Il l'intrigue et elle n'a aucune envie de quitter la pièce.
- Tu as une question ?
- Pourquoi est ce que tu es comme ça ?
- Je suis comment ?
- Je sais pas. Moins méchant ?
- Je n'ai jamais été méchant.
La gryffondor hausse les sourcil d'un air dubitatif en fixant le blond.
- J'en sais rien, j'ai grandi, comme nous tous.
Le serpentard hausse les épaules et quitte la pièce. Oui, il a grandi. Mais quand même, son comportement est si différent d'avant. Peut-être est-ce la guerre, cette satanée violence change n'importe quel être humain. Hermione vaque à ses occupations pendant la journée tout en profitant de sa balade de l'après midi, un privilège de femme enceinte pour se dégourdir les jambes et avoir un bébé en bonne santé, d'après Bellatrix. Il n'y a pas grand-chose pour occuper le train-train quotidien de Hermione et la routine l'ennuie un peu. Mais c'est mille fois mieux que les camps. Hermione s'étire dans son lit. Il est déjà presque neuf heures et elle doit descendre si elle ne veut pas faire attendre Emily. Mais elle se sent si bien dans son lit… Elle pose sa main sur son bas ventre. La présence de trois embryons fait qu'une jolie bosse apparaît déjà à deux mois de grossesse, sans toutefois rendre ses robes trop petites. D'ailleurs, habillée, cela ne se remarque pas à moins d'y regarder de très près. Mais elle le voit, quand elle se lave, à chaque fois qu'elle ne porte pas les grandes robes amples destinées aux Servantes. Et plus que le voir, elle le sent. Elle sent cette présence en elle. Passé la panique du premier mois, la gryffondor ressent désormais un étrange sentiment, un peu comme de la curiosité. Être enceinte est quelque chose d'étrange, qu'elle ne pensait pas expérimenter si tôt dans la vie. Sa grossesse se passe bien et elle n'a pas à se plaindre des maux que peuvent accabler certaines femmes. À part l'absence de règles et de viol mensuel, elle aurait presque pu ne pas se rendre compte de la grossesse avant l'apparition de ce gonflement, quoi qu'on auraît pu mettre ça sur le compte du ballonnement. Hermione continue ses pensées en petit déjeunant, Padma étant sans doute occupée quelque part ailleurs dans la maison. Une fois terminé, elle revêt son voile qu'elle porte comme un fardeau avec les chaleurs estivales puis sort de la maison. Une fois de plus, Emily est arrivée avant elle.
- Béni soit le fruit, salue Hermione.
- Que le Seigneur ouvre, répond son accompagnatrice.
- Comment tu vas ?
- Bien, loué soit-il. Je commence à avoir moins de nausées.
- Et toi, ça va ?
- Oui, je n'ai aucun symptômes.
- Loué soit-il. Qu'est ce qu'il faut aujourd'hui?
- Du pain, du sucre, du poisson, des pêches et de la dinde. Et toi ?
- Du jus de fruit, du fromage, des pâtes, du bœuf et du lait.
Les deux jeunes filles font leur courses sans trop échanger, n'ayant pas grand-chose à se dire. Il ne se passe pas grand-chose dans le Royaume Magique d'Angleterre, d'Ecosse, de Galles et d'Irlande, nouveau nom du Royaume Uni. Elles se quittent sur le « sous Son œil » d'usage et Hermione rentre chez elle. Comme à l'accoutumée, Malfoy l'attend dans l'infirmerie.
- Béni soit le fruit, salue t-il lorsqu'elle entre dans la pièce.
- Que le Seigneur ouvre, répond t-elle en s'allongeant sur la table d'examen.
- Comment ça va ? Demande Draco en jetant le sortilège de diagnostic.
- Ça va.
- Tu as pris du poids, c'est bien.
- Bien ? Je vais ressembler à une baleine à la fin des neuf mois.
- Dis pas ça.
- Je vais être hideuse.
- Impossible, tu ne pourrais jamais être hideuse.
Hermione se redresse brutalement et fixe le médicomage dans les yeux, une légère rougeur apparaissant sur ses joues lorsqu'il réalise ce qu'il vient de dire.
- Est ce que tu viens de me complimenter, Malfoy ? Fait-elle, incrédule.
- Bien sûr que non Granger.
- Mais si !
- Je te dis que non. De toute façon, tu n'atteindra jamais les neuf mois.
- Ah bon ? s'inquiète Hermione, soudain plus sérieuse.
- Non. Ton corps ne peut pas conduire trois bébés au terme. Il faudra faire une césarienne, entre six et sept mois, maximum sept mois et demi.
- Mais… ils vont aller bien ?
- Aussi bien qu'ils pourront aller. De toute façon, le corps déclenche l'accouchement de lui même lorsqu'on attend environ six kilogrammes de fœtus. On ne peut pas les forcer à rester, ils seraient beaucoup trop à l'étroit, explique Draco. Bon, j'y vais. Ça va aller ? Pas d'autre questions ?
- Non. Et, Draco ? Merci pour le compliment.
Une légère rougeur s'empare à nouveau des joues du blond et le rire léger d'Hermione emplit la pièce. Une fois parti et lorsque son rire s'est calmé, elle réalise une chose. C'est la première fois qu'elle rit depuis la bataille de Poudlard. Elle retourne alors dans le jardin, les larmes aux yeux. Finalement, une vie est peut être possible dans ce monde de fou.
Quelques jours plus tard, Hermione jardine lorsque Omar arrive derrière elle et lui tapote l'épaule. Elle a un brusque mouvement de recule et un léger cri s'échappe de ses lèvres. Lorsqu'elle se rend compte qu'il n'y a pas de danger, elle fusille le majordome du regard.
- Tu as une minute, lui demande t-il ?
- Pourquoi faire ? Répond t-elle, méfiante.
- J'ai un message pour toi, chuchote t-il, un air mystérieux sur le visage.
La gryffondor réfléchis quelques instant ? Un message. De la part de qui ? Pour dire quoi ? Tout cela lui semblait bien illégal.
- Suis moi, finit-elle par dire.
Elle l'emmène dans l'arrière cuisine, une pièce où personne ne met jamais les pieds en journée, c'est là que les elfes ont pour habitude de dormir.
- Qu'est ce que tu veux ?
- Tiens.
Omar lui tend un morceau de parchemin abimé, comme s'il été passé par de nombreuses main avant d'arriver là. Elle le déplie et blanchit à sa lecture. Tenez bon, mademoiselle Granger. Nous pensons à vous. Elle reconnaît très bien l'écriture, celle qui a longtemps laissé de nombreux compliments sur ses copies. Minerva McGonnagal.
- Qu'est ce… C'est impossible, elle est morte ! s'exclame alors Hermione
- J'en sais rien, je ne fais que passer le message, répond le majordome
- Comment… Comment tu l'as eu ? Balbutie t-elle.
- Contente toi de le bruler.
Hermione reste silencieuse un temps et, au moment où il se retourne pour retourner vaquer à ses occupations, elle se jette dans ses bras, les larmes aux yeux.
- Merci. Merci beaucoup.
Le soir venu, Hermione a du mal à s'endormir. Elle ne peut s'empêcher de cogiter… Le professeur McGonnagal est en vie… Peut être d'autre aussi… Et si Omar a eu ce papier… Il doit y avoir une résistance. Quelque part, des gens font passer des messages secrets. Elle repense à son anniversaire le lendemain. Il n'y aura pas de fête cette année, pas de cadeau, et très peu de gens pour le lui souhaiter, si tant est quelqu'un se rappelle de la date. Mais avait-elle eu un anniversaire aussi beau que celui-ci ? Si des gens ont réussi à la retrouver, c'est qu'il doit exister un réseau, un réseau bien organisé, qui doit compter beaucoup de membres… Où sont ils ? Qui sont ils ?
