Point de vue : Mia

Il faisait encore à moitié nuit et je fixais à travers la baie vitrée les premiers rayons de soleil qui atteignaient timidement l'horizon. J'étais bien éveillée et reposée aujourd'hui mais mes yeux restaient dans le vague et mon esprit dans le brouillard. Les dernières confessions de Charlie m'avaient profondément remuée et je ne savais toujours pas quoi en faire ce matin malgré la nuit écoulée.

Je m'étais convaincue après le sauvetage que je ne devais plus le contacter et que je devais faire taire mes pensées égoïstes. Je n'avais été qu'une parenthèse dans sa vie, le cliché de la dernière femme sur terre. Tout mon parcours sentimental était parsemé d'embûches et de frasques chaotiques alors que celui de Charlie était à l'exact opposé. Il est l'homme le plus romantique et respectable que je connaisse après Harry. La chose la plus déplacée que je ne l'ai jamais vu faire vis à vis de Catherine avait été ce pseudo-flirt innocent qui s'était installé entre nous dès les premières soirées et qui n'avait jamais dépassé les limites de l'acceptable. Il était en train de construire quelque chose de sérieux avec elle avant le naufrage. Harry m'avait raconté qu'ils avaient aménagé ensemble. Je m'étais donc mise en retrait, persuadée que je n'avais pas le droit de lui gâcher sa seconde chance et que je n'avais rien de mieux à lui offrir. Quand Julia m'a appris lors de cette balade en bateau que Charlie n'était plus en couple, elle n'avait pas précisé depuis quand ni pourquoi et je n'avais pas osé lui poser de questions. Elle était intelligente et perspicace et je ne voulais pas qu'elle soupçonne ce que j'avais au fond du cœur. J'avais dû tirer mes propres conclusions en supposant que cette rupture ne pouvait être que de ma faute et je m'étais mise à redouter son retour plus que celui de Harry et Théo. J'étais mortifiée à l'idée d'avoir à subir son amertume ou sa rancune. J'avais eu peur de son rejet et de son dégoût. Il ne me tenait pas rigueur pour la grossesse avortée, il avait été assez clair ce premier soir sur la plage, mais cette crainte que j'avais n'avait fait que se renforcer le soir du feu de camp. J'avais déduis durement à son attitude et à son regard qu'il me punissait pour ma nouvelle audace déplacée. Je n'avais jamais ressenti une humiliation aussi forte que cette nuit-là. Elle m'avait achevée après la dernière humiliation que m'avait servi Théo à leur arrivée.

J'étais donc prise dans un tourbillon de sentiments contradictoires depuis ses aveux d'hier. J'étais en colère contre moi-même d'être partie dans des élucubrations sans fondement, de m'être infligée 6 mois d'exil et de solitude par respect pour une histoire d'amour qui n'existait pas. Et j'étais aussi et surtout pleine d'espoir d'apprendre qu'il ne regrettait pas, qu'il ne me voyait pas comme je le pensais. Charlie l'avait verbalisé sans détour et j'avais senti sa sincérité et son affection. J'espérais que ses dernières déclarations étaient le début d'une porte ouverte et je maudissais nos amis d'être rentrés à la villa avant d'avoir pu en avoir confirmation. Je m'interdisais toutefois de me jeter tête baissée dans de nouvelles suppositions, considérant que je m'étais assez ridiculisée.

"Tu es déjà réveillée.", je sursautais, surprise par cette interruption. Mon corps se mettait à trembler d'appréhension en remarquant la présence inattendue et dérangeante de Charlie qui avait eu aussi visiblement une courte nuit.

"J'ai l'impression d'avoir emmagasiné assez de sommeil pour toute une vie" , j'avais tenté de répondre le plus naturellement du monde alors que je n'étais qu'une boule de stress et de panique en ce moment. Je m'étais assez donnée en spectacle ces derniers jours et il fallait donc que je me ressaisisse. Je faisais de mon mieux mais Charlie venait de compliquer la tâche en déposant un baiser tendre et spontané sur ma joue. Je me dépêchais de lui tourner le dos, prise d'un intérêt soudain pour l'état d'ébullition de mon eau.

"A quoi tu pensais ? J'ai l'air d'avoir interrompu une discussion passionnante avec ton fort intérieur", Charlie ne croyait pas si bien dire.

"Je pensais à demain et je me disais que cet endroit allait quand même me manquer. J'adorais cette maison", oui c'était un mensonge parfait et je pouvais le soutenir, si je continuais de fixer attentivement ma tasse de thé.

"Adorais ? Tu ne comptes pas la garder ?"

"Non, je vais la mettre en vente. C'est mieux comme ça".

"Mmmh, sûrement. Elle est magnifique c'est sûr, mais ce n'est qu'une maison, tu en trouveras d'encore plus belle", Charlie avait marqué une pause et profitais de chaque étape de préparation de son café pour se rapprocher un peu plus de moi.

"Et le voisinage laissait vraiment à désirer si tu veux mon avis.", je n'osais toujours pas relever la tête mais j'étais à peu près sûre que ma tasse n'était pas assez grande pour masquer le sourire béant qui s'étirait sur mes lèvres. Cette dernière réplique ne laissait place à aucune double interprétation, Charlie était jaloux et désapprouvait ma relation avec Ricardo. Dieu que je trépignais de joie à cette conclusion. Elle me redonnait suffisamment de baume au cœur et d'assurance pour me tirer de mes longues introspections et me ramener dans l'instant présent. Je me retournais pour lui faire face de nouveau.

"Tu as sûrement raison. Je peux définitivement trouver mieux côté voisinage. Je vais peut-être me laisser tenter par d'autres horizons. Je pensais peut-être à un charmant cottage de la campagne anglaise la prochaine fois. Je crois que je me suis lassée de la chaleur mexicaine", je continuais de sourire dans ma tasse, sans le regarder, consciente de la clarté de la métaphore que je venais d'utiliser. C'était comme ça depuis le premier jour avec lui. J'étais dans la surenchère, j'avais toujours le mot de la fin et j'adorais ça. Je n'avais pas vu Charlie se rapprocher définitivement de moi et poser ses deux mains, de part et d'autres de mon corps, sur le plan de travail contre lequel j'étais apposé. Je voyais ses muscles d'avant bras se dessiner, je le voyais s'humecter les lèvres de plaisir, je m'évanouissais de le voir aussi proche et aussi beau dans son pantalon de nuit et son tee-shirt blanc. J'étais mortifiée par son initiative et je redoutais la suite autant que je la désirais.

"Il fait très chaud aussi en Angleterre. Tu le sais pourtant, Mia. Tu y étais il n'y a pas si longtemps", je ne pouvais pas croire que Charlie venait de prononcer ces mots, avec ce regard insoutenable, ce ton diabolique et cette proximité infernale. Je ne pouvais pas avoir cette influence sur lui. J'étais déconfite et je pouvais sentir que j'avais la bouche ouverte de stupéfaction. Est-ce qu'il pouvait voir aussi la chaleur humide qui était en train de tâcher mon sous-vêtement ? Je me dépêchais de lui tourner le dos pour éviter la tentation mais je comprenais dans la seconde qui suivait que c'était une décision malheureuse en ressentant la sincérité de ses allusions, durement, contre le bas de mon dos...Dans un mouvement de panique que je n'expliquais pas, j'écartais son bras droit et prenait la fuite sans réclamer mon reste.

Point de vue : Charlie

Je pouvais difficilement contenir ma satisfaction d'avoir pris Mia à son propre piège. Elle n'avait jamais fuit ni perdu aucun duel de ce type. J'avais toujours été sa victime et je comprenais aujourd'hui le plaisir pervers et délicieux qu'elle prenait à me pousser aux limites du plaisir. J'avais vu son esprit divaguer, j'avais noté son regard fuyant, la façon mal-assurée qu'elle avait de tenir sa tasse, puis j'avais vu son souffle devenir erratique et surtout, je n'avais pas raté la moindre miette de son dernier geste incontrôlé qui l'avait amené à resserrer les cuisses. Ce dernier point m'avait fait perdre les pédales. Je m'apprêtais à fondre sur ses lèvres quand elle décidait subitement de se retourner. J'étais déjà dans un état d'excitation palpable mais elle venait d'amener mon érection à un niveau monumental en y collant son magnifique fessier. Mia m'avait laissé en l'état, en une fraction de seconde, avec la béquille de ma vie et pourtant j'étais comblé. J'étais resté planté quelques instants dans la cuisine avec un sourire béat et je décidais ensuite de remonter à l'étage. Je pouvais entendre le bruit de sa douche depuis la mienne et j'avais cédé à l'envie de mettre un terme à mon supplice à l'aide de ma main, en l'imaginant nue au même moment en train de s'appliquer le même traitement.

Ce n'était pas la fin que j'avais priorisé mais à en juger par sa dernière fuite de panique, il était plus sage que je calme mes ardeurs sous peine de la mener à l'évanouissement et de la perdre durant les premières heures de la journée. Une fois apaisé, je réfléchissais à la suite du programme, en terminant de me doucher et de me préparer.

Je regagnais la cuisine et Mia qui avait encore l'esprit ailleurs et nettoyait la dernière vaisselle. Elle ne s'était pas laissé surprendre et avait remarqué cette fois mon arrivée.

"Toi. Tu restes où tu es. Je ne sais pas quelle mouche t'a piqué ce matin mais tu vas rester bien sage si tu ne veux pas que je te la coupe", elle était merveilleuse, avec cet air faussement sévère et vexé, à me menacer avec ce couteau de table dans son mini-short taille haute et son croc-top pousse-au-crime. Je mesurais le risque que représentait son couteau sans dents et ses 1m70 et me rapprochais d'elle dangereusement avec un sourire sadique. Galvanisé par nos derniers échanges, je retirais le couteau de sa main en un mouvement de poignet et la soulevais sans difficulté pour l'asseoir sur le plan de travail et la ramener à ma hauteur. Je m'amusais du nouvel éclat de panique dans ses yeux lorsque je m'installais sans sa permission et intimement entre ses cuisses à moitié dénudées. Mia était à ma merci, encore une fois impuissante et surprise de ma nouvelle initiative. J'avais bien sûr décidé un peu plus tôt de me calmer mais c'était particulièrement plaisant de la faire marcher.

"Très bien, je te le promets mais uniquement si tu sors avec moi aujourd'hui. C'est notre dernière journée au Mexique et je n'ai pas envie d'attendre que toute la maison se réveille. Je te demande une journée. Juste toi et moi. Je ne suis vraiment pas d'humeur à te partager aujourd'hui. Dis moi oui, Mia", je la sentais gênée par ma nouvelle franchise mais j'arrivais au bout de mes efforts. Je n'étais plus à une confidence près, après hier, et je n'avais de toute façon plus la force de jouer et de me cacher avec elle, que cela lui plaise ou non. Je la regardais d'un air suppliant et j'avais du mal à contenir mon excitation en la voyant se détendre et accepter mon invitation. Je chassais de mon esprit les contre-projets langoureux qui commençaient à prendre le dessus sur mon canular initial et posais plutôt sagement mes lèvres sur sa joue à la place, en la déposant au sol et en la guidant jusqu'à la sortie en récupérant nos vestes de motard et nos sacs de plage au passage.

...

Ces 20 dernières heures avec Mia avaient été au-delà de mes attentes. Je ne savais pas vraiment quoi espérer ce matin, en l'invitant à ce premier rendez-vous puisque nous n'avions jamais eu de moment seul à seul dans un contexte ordinaire. Avant l'île, j'étais constamment dans la retenue à cause de l'interdit et surveillé par l'œil accusateur et policier de Théo. Sur l'Ile, les échanges étaient généralement graves ou silencieux.

J'étais donc sur un nuage de bonheur en repensant à la perfection de cette journée. A l'exception près que j'ai dû compenser mon envie terrible de l'embrasser de toutes les manières possibles c'est-à-dire en l'enlaçant, la caressant, en l'embrassant partout ailleurs dans ces magasins de souvenirs, au restaurant ou encore cet après-midi sur la plage. Je l'avais vu apprécier, sourire et soupirer d'aise à chacun de mes gestes. La journée s'est déroulée simplement et avec une complicité déconcertante. Je pensais aussi au fait que mes balades à moto n'auraient plus jamais les mêmes saveurs sans elle à l'arrière.

Nous étions donc maintenant dans ce bar de plage, à dévorer des tapas, boire et rire. A cette heure du soir, l'établissement s'était vidé progressivement de tous ses visiteurs et il ne restait plus personne sur la plage. Nous étions assis chacun sur un transat, reliés par cette table basse recouverte des bouteilles de la soirée, et éclairés par les quelques lumières encore allumées sur le bord de mer.

Entre deux conversations, je jetais un coup d'œil en biais à mon téléphone qui vibrait depuis 2 minutes mais je n'avais aucune intention de décrocher et d'interrompre la magie de cette soirée avec Mia.

"C'est ton frère. C'est peut-être important. Tu devrais lui répondre Charlie", j'étais obligé d'obéir aux ordres à contrecœur.

"Hi Jake. You alright ?…", j'avais pris la peine de répondre dans l'hypothèse d'une urgence mais c'était visiblement la toute fin de soirée à Londres et mon frère appelait sous le coup de l'alcool pour me raconter des pures banalités. Je me désintéressais totalement de ce qu'il pouvait me dire. Je répondais mécaniquement en attendant la première opportunité pour raccrocher et retourner à mon sujet d'étude préféré. Je remarquais entre temps que Mia s'était mise à me fixer, j'avais senti sa curiosité puis j'avais vu ses yeux se voiler et je l'avais vu mordre sa lèvre. J'en profitais donc pour écourter mon appel, trop curieux de découvrir l'origine de son trouble.

"Qu'est-ce qu'il y a…?"

"Rien, pourquoi? .", Mia niait en secouant la tête et aggravait ses rougeurs avec ce nouveau mensonge.

"Tu mens. Oh non, ça a l'air très intéressant. Dis-le moi Mia, c'est un ordre.", je m'orientais encore plus vers elle, avec un sourire espiègle, très curieux de ce que j'allais apprendre. Mia pris un temps de réflexion avant de céder sous mon regard insistant.

"Ok. Très bien. Si je te dis cette vérité, c'est à ton tour ensuite de m'en donner une".

"Vendu", j'aurai pu vendre mon âme au diable sans difficulté pour entendre ce qu'elle avait à m'avouer. Je regardais Mia rassembler son courage et poursuivre de façon beaucoup trop sensuelle pour mon bien.

"Mon dieu j'ai honte.", elle marquait une pause interminable et se lançait "Disons, que depuis que je te connais, j'ai toujours été...très….comment dire.."intéressée"... par le son de ta voix...et ton accent britannique".

"Intéressée ?", je n'aurai jamais pensé qu'un mot de code aussi innocent en apparence puisse avoir un effet aussi violent et immédiat sur mes émotions et mon anatomie.

"Mh mh".

"Intéressé comment, Mia ? C'est une information importante. Suivant ta réponse je pourrais être tenté de finir la soirée dans ma langue natale", je la regardais sourire de façon irrésistible et confirmer mes suppositions par un aveu silencieux. La confession valait largement que je vende mon âme au diable et la soirée venait de prendre un nouveau tournant.

"Très bien. A mon tour alors…. Mia….disons que j'ai toujours été...très..."intéressé"… par ta façon terriblement sensuelle de danser", j'avais veillé à me rapprocher un peu plus d'elle pour mieux admirer sa réaction, en croisant les bras sur mes genoux. Je savais que l'utilisation de son mot de code aurait le même impact dévastateur sur elle. Je n'aurai pas pu choisir une vérité plus sincère qui plus est. Depuis le premier jour, Mia m'avait fait tourner la tête en soirée. J'avais été honteux au départ d'avoir ce type de pensée pour une autre que Catherine puis j'avais très vite pris l'habitude de l'admirer et de fantasmer à chacune de ses apparitions sur la piste de danse. Je soupirais de fausse lassitude en la voyant encore se battre avec ma nouvelle confidence, muette, avec sa bouche entrouverte qui ne demandait qu'à être goûtée.

"Mia. Elle vient encore de passer"

"Quoi?"

"Cette lueur de panique dans tes yeux"

"Panique ? Moi, Mia, paniquer pour un homme ? Je t'invite à redescendre de ton nuage de rêve"

"Mais est-ce que c'est ce que je suis ? Juste un homme ?" et je m'amusais de la voir encore se tendre face à mes provocations. Dans un monde idéal, j'aurai aimé qu'elle m'affirme que j'étais tout sauf un homme de plus pour elle. Je commençais cependant à connaître suffisamment ma reine de l'évasion pour savoir que je n'aurai pas droit à cette révélation ce soir. Pourtant et pour la première fois, j'avais l'intime conviction qu'elle n'en pensait pas moins. Je savais reconnaître une femme amoureuse et c'est tout ce que m'avait démontré Mia ces dernières 48 heures et ce constat me faisait tomber mes dernières barrières. Je choisissais donc ce moment et son mutisme pour saisir ses mains et l'obliger à se relever. Elle se montrait faussement résistante et je savourais la surprise sur son visage et les tremblements de ses cuisses au moment où je l'obligeais à s'asseoir à califourchon sur moi. Dieu que j'aimais ce nouveau tournant.

"Qu'est-ce que tu fais encore, Charlie ?"

"Je change de méthode", je laissais planer un silence volontairement mystérieux, en remplissant d'une main six shots de tequila et en laissant mon autre main fermement sur sa taille, Mia était attentive à chacun de mes gestes et je sentais ses mains s'aventurer sur mon torse pour mon plus grand plaisir. Elle s'inquiétait de la suite et je me sentais de nouveau pousser des ailes comme ce matin.

"Alors…. Il est important pour la suite de mon programme que tu sois plus….détendue...et ...intéressée.", elle ouvrait la bouche de stupeur et d'indignation à l'utilisation de notre nouveau mot de code érotique. Mia s'était laissée guidée toute la journée sans me poser de question, elle continuait de jouer le jeu ce soir et je prenais beaucoup de plaisir à la mettre dans ses états.

"Avant de s'envoler demain pour Paris, j'aimerai que l'on rende un dernier hommage à la coutume locale. Juste 2 règles pour ce dernier jeu : tu fais ce que je te dis et tu répètes tout ce que je fais", elle me regardait amusée et intéressée. Je prenais un temps supplémentaire pour sacraliser ce moment. J'en profitais pour regagner son corps de mes deux mains en caressant sensuellement ses hanches puis son dos. Est-ce qu'elle repensait comme moi à la dernière fois où nos deux corps se sont retrouvés aussi proches ? Je réalisais que Mia était prise dans mes filets et qu'elle n'avait aucune échappatoire dans cette position. A cette pensée, j'avais le cœur sur le point d'exploser. Je mourrai d'excitation et d'impatience à la pensée de ce qui m'attendais mais je commandais mon corps et le sien pour calmer le jeu et savourer davantage ma victoire imminente.

Je ramenais finalement une de mes mains sur la table basse. Je commençais par ignorer volontairement le sel, en suçant d'abord un quart de citron et en terminant d'une traite le premier shot. J'avais choisi une entrée en matière facile pour cette première tournée. Je sentais Mia se tendre entre mes bras, consciente de la suite dangereuse qui allait très vite arriver.

Après mon premier verre, je glissais le prochain shot, sur la table, jusqu'à sa main, en laissant mon regard séducteur ancré dans le sien. Mia comprenait la première directive et prenait docilement le verre avec un regard d'une beauté indescriptible. Elle s'était mise à suçoter son citron d'une manière beaucoup trop suggestive pour être innocente. J'aurais pu mourir ou jouir sur place à cette vision dans d'autres conditions, et je commençais sérieusement à craindre mes capacités de résistance si elle poursuivait le jeu avec autant d'audace.

Je reportais difficilement mon attention ensuite sur le 3ème shot. Je gardais ma main posée sur ce dernier pendant de longues secondes en gardant le silence. Je voulais laisser le temps à l'alcool de l'enivrer et je voulais avoir le plaisir de sentir une nouvelle vague de frisson sur sa peau. Je changeais finalement de cible en m'arrêtant cette fois-ci sur la coupelle de sel. Je prenais quelques grains entre mes doigts dans un geste que je voulais le plus délicat possible. Mia se mordait la lèvre et se retenait de tout commentaire face à ce changement de stratégie, un peu plus consciente désormais de sa prochaine pénitence. Je souriais de satisfaction en sentant enfin ses nouveaux frissons sous mes doigts. C'était le signe que j'attendais pour corser le jeu. Je la regardais fermer les yeux et soupirer de plaisir au moment où je déposais les premiers grains au creux de son cou.

"Ne bouge plus", je la sentais vaciller entre mes bras et bouger sa tête dans un mouvement incontrôlé, à la simple idée de ce qui allait suivre.

Je la regardais un instant de plus dans cette position avant d'agir. Je me disais que j'avais pris pour cible sa nuque mais que je pouvais encore changer d'avis et fondre directement sur ses lèvres entrouvertes. Mais j'avais tellement rêvé de ce moment que je trouvais la force de résister pour faire durer cet instant de consécration.

J'avais senti Mia se tordre de plaisir au moment où mes lèvres, ma langue et mon souffle chaud atteignaient son cou. J'avais dû resserrer mon emprise sur ses hanches pour la maintenir contre mon bassin et l'interdire de bouger. Je ne sais pas combien de temps je me suis appliquée à lui infliger cette douce torture le long de sa nuque et la tête me tournait définitivement en goûtant de façon aussi délicieuse sa peau et en sentant son corps réagir aussi positivement. Je finissais au bout d'un certain temps par abandonner ma tâche à contre-coeur, pour terminer avec discipline mon deuxième verre.

Mia avait les paupières closes et le souffle court, je la voyais faire ses meilleurs efforts pour se remettre de la vague d'émotions. Elle finissait par ouvrir ses yeux et par tous les saints, je n'étais pas préparé à revoir ce regard fiévreux qui était de très bonne augure mais aussi très inquiétant pour la suite.

"Les choses vont commencer à devenir "intéressantes" pour toi aussi Charlie. Donc tu ne bouge plus non plus".

Je la laissais me repousser contre le dossier. Son geste et ses ordres étaient lourds de promesse et m'obligeaient à me mordre les lèvres, et à me concentrer sur mes dernières ressources pour ne pas me jeter sauvagement sur elle. Je fermais les yeux à mon tour pour contrôler mes pulsions. Je brûlais. Cette femme me torturait. C'était terrible et terriblement bon. Beaucoup plus vite que prévu, je sentais Mia déposer quelques grains sur mon cou et je crois que c'est à ce moment-là que j'ai pulvérisé mes records d'apnée.

Je trouvais le courage d'ouvrir les yeux et prenais de plein fouet sa beauté ravageuse et son regard de braise. Après ces longs mois d'agonie et d'attente, c'était beaucoup trop bon à regarder. J'ai cru m'évanouir en sentant sa langue atterrir dans ma nuque. J'ai cru mourir en sentant ensuite sa poitrine contre mon torse et son entrejambe contre mon bassin. J'avais instinctivement ramené mes mains sur ses fesses. Le contact de cette zone interdite, cumulé à la chaleur humide de sa bouche et cette pression insoutenable sur mon membre tendu à l'extrême étaient en train de m'amener au bord du précipice. Je sentais la langue de Mia remonter encore plus dangereusement le long de ma mâchoire puis à la commissure de ma bouche et profitais de cette première entorse au règlement pour l'interrompre et m'éviter par la même occasion un fâcheux incident.

Je l'avais remise dans notre position de départ. Elle se laissait faire, silencieuse et terriblement sensuelle. Je prenais un instant pour rassembler mes esprits. Je sentais encore la chaleur de son corps sous mes mains devenues moites et je combattais en duel de regard ce dernier shot. Après une profonde inspiration, je cédais définitivement à l'envie de cette dernière tournée. Je l'ai vu bloquer sa respiration au moment où je déposais les tous derniers grains à la commissure de ses lèvres. Je l'ai vu me supplier des yeux et attendre en silence, pendant que je dégageais ses boucles et prenais pleinement sa nuque entre mes mains. J'humectais mes lèvres en guise de dernier avertissement.

A partir de ce moment, je ne sais plus dire lequel de nous deux a cédé le premier. Je me souviens juste du plaisir intense et du bonheur extrême que j'ai ressenti en sentant enfin ses lèvres sur les miennes. J'ai perdu définitivement la raison à son invitation d'approfondir notre baiser. Mia avait entrouvert sa bouche et j'avais senti sa langue glisser contre la mienne. J'avais répondu avec toute la passion, la frustration et l'envie que j'intériorisais depuis des mois, en rapprochant son corps contre le miens. J'étais grisé et interdit de l'entendre gémir de plaisir. Je resserrais ma prise autour de sa nuque et de son corps en la sentant vaciller sous le choc des émotions. Ce premier baiser était le plus beau et le plus divin de toute mon existence. Il n'avait rien à voir avec celui échangé sur l'Ile. Il me libérait et me ravageait. Je n'aimais pas Mia, j'étais terriblement fou d'elle. Et je ne sais pas combien de temps nous sommes restés dans cette position, sur cette plage, à savourer ensemble cette libération.