Note de l'Auteur : Ce chapitre est très SOMBRE ! Vraiment, je réitère les warnings donnés au début de cette histoire - Stalking, violence physique et psychologique, anxiété sévère, mentions d'abus sexuels, trouble mentaux

VII. Ride or Die

Le cœur battant, Ginny s'empara du premier sac qu'elle trouva et s'empressa d'y jeter pêle-mêle les premières choses qui lui tombèrent sous la main. Elle n'aurait pas le temps de faire ses valises de manière élaborée. Elle ne devait prendre que le nécessaire. Elle récupéra ses faux-papiers et l'argent économisé dissimulé dans une boîte à chaussures, cachée sous le meuble de sa salle de bain.

Fuir.

Son instinct lui disait – non - lui hurlait de fuir au plus vite. S'éloigner de cet endroit. Elle n'était plus en sécurité à Roseneath. Pire encore - elle mettait en danger son entourage. L'idée qu'il puisse arriver le moindre mal à Théodore ou bien à Pansy par sa faute était angoissante.

Son cœur battait à la chamade dans sa poitrine, ses gestes étaient fébriles et saccadés, et une angoisse grandissante la parcourait jusqu'à l'échine. Elle s'efforça d'ignorer son effroi. Ce n'était pas le moment de rester paralysée par la peur. Elle savait que son ex était dans les alentours et qu'il n'attendait qu'une seule occasion pour frapper.

Ginny attrapa son téléphone d'un geste tremblant et composa le numéro de Théodore. L'appel sonna dans le vide, arrachant une exclamation de frustration à la jeune femme. Elle attendit que la voix automatique du répondeur lui demande de laisser un message.

« Théodore, c'est Ginny. Il… Il m'a retrouvée. Il a essayé de forcer la porte de ton appartement. Je ne peux plus rester ici, c'est trop dangereux. Appelle-moi dès que tu pourras. » dit-elle d'une voix tremblante, l'hystérie audible dans sa voix.

Ginny attrapa son sac rempli de premières nécessités, et se dirigea vers la porte d'un pas empressé. Elle se rua dans les escaliers, les descendant quatre à quatre, sur le qui-vive. Elle eut un moment d'hésitation une fois arrivée dans le hall. Emprunter la porte d'entrée principale ne lui semblait pas être une bonne idée. Il était probablement quelque part devant l'immeuble, occupé à épier sa sortie. Elle décida d'emprunter la porte arrière de menant à une cour où les occupants de l'immeuble jetaient leurs ordures. Elle se débrouillerait pour escalader le mur.

Ginny traversa le couloir, tentant une nouvelle fois de rappeler le numéro de Théodore. Elle n'avait pas cessé de le contacter depuis la visite du voisin. Alors qu'elle passait devant la porte de son appartement, elle entendit le bruit d'une sonnerie familière - celle du portable de Théodore. Elle s'arrêta net, déroutée par le son qui lui parvenait à l'oreille d'une manière étrangement claire. Son cœur rata un battement lorsqu'elle réalisa que la serrure était endommagée. Le métal avait l'air d'avoir fondu.

Cette fois, sa panique s'accrut. Son ex avait réussi à forcer la porte et serait probablement entré dans l'appartement s'il n'avait pas été surpris par le voisin en flagrant délit, pensa-t-elle avec affolement. Elle remercia le ciel que Théodore ait été absent. Qui savait ce qui aurait pu arriver si cela n'avait pas été le cas ? D'un geste hésitant, Ginny poussa la porte qui coulissa lentement, lui donnant l'accès à l'appartement. Elle pouvait toujours entendre la sonnerie du téléphone de Théodore.

L'avait-il oublié en partant ? Il était parti en trombe lorsque Ginny avait mentionné avoir croisé sa mère. Cela expliquait cet oubli. Elle actionna l'interrupteur du séjour, et une lumière aveuglante jaillit du plafond, éclairant toute la pièce. Elle aperçut immédiatement le portable, délaissé sur le meuble placé près de la porte d'entrée. Avait-il déjà réalisé qu'il avait oublié son téléphone ? Probablement pas. A cette heure-ci, il était déjà arrivé à Birmingham, pour voir sa mère avant de reprendre la route vers Londres.

Ginny alluma l'écran dans l'espoir de trouver le numéro de Cecil mais elle réalisa que le téléphone était verrouillé par un code. Elle jura et reposa le téléphone d'un geste brusque sur la table. Elle se dirigea vers le meuble de télévision et farfouilla dans les tiroirs, fébrile. Avec un peu de chance, elle parviendrait à trouver le numéro de sa mère ou de son agente, griffonné sur un papier.

Elle éprouva une gêne à fouiller ainsi dans ses affaires mais elle savait que Théodore ne lui en voudrait pas - surtout face à l'urgence de la situation actuelle. Il était primordial qu'elle parvienne à le contacter pour le prévenir.

Ginny se dirigea vers la chambre de Théodore et continua sa recherche dans les tiroirs du bureau - en vain. Alors qu'elle s'apprêtait à quitter la pièce, quelque chose sur le mur attira son attention. Il s'agissait d'une trace rouge, semblable à de la peinture, étalée de manière disgracieuse sur le papier peint d'un blanc immaculé. A côté de la tâche, elle remarqua que le tableau accroché au centre du mur était légèrement penché, comme s'il avait été retiré puis replacé à la hâte.

Ginny fronça les sourcils en s'approchant du mur et observa la tâche avec attention. Ce n'était pas de la peinture, réalisa-t-elle avec un malaise. Il s'agissait d'éclaboussures épaisses d'un rouge brunâtre qui lui rappela du sang séché. Elle fixa le cadre et distingua deux taches rouges similaires sur les extrémités. Quelqu'un avait vraisemblablement touché le tableau et y avait laissé des résidus de la mystérieuse substance rouge.

Après un court moment d'incertitude, la jeune femme tendit les mains vers le tableau puis tira d'un geste ferme. A sa grande surprise, il se détacha facilement. Avec précaution, elle le déplaça sur le sol, prenant soin de ne pas l'endommager.

Elle fut surprise par ce qui se trouvait derrière – un coffre-fort composé d'un clavier numérique. Immédiatement, Ginny fut parcourue d'un malaise indescriptible. C'était comme si elle avait une impression de déjà-vu. Une voix dans un recoin de son esprit lui ordonnait de remettre le tableau en place, pour ne pas fouiller dans l'intimité de Théodore, sans son autorisation. Elle était cependant habitée d'un autre sentiment, plus intense encore – lui criant de trouver des réponses à ses questions.

Ses doigts effleurèrent les boutons du coffre, puis d'un mouvement hésitant, elle appuya sur les touches du pavé numérique. 3107, composa-t-elle en retenant son souffle. Le coffre émit un bruit strident, lui signifiant que le code était erroné.

Ginny secoua la tête, sidérée par sa propre bêtise. Que pensait-elle ? Que les chiffres vus dans ses rêves pourraient l'aider à trouver le code ? Elle resta immobile devant le coffre, le fixant avec concentration, tentant de comprendre pourquoi il lui semblait si familier.

Elle fit une nouvelle tentative, avec les mêmes chiffres, mais de manière inversée. 7031, 1703, 0137… Elle essaya plusieurs combinaisons – qui retournèrent toutes des résultats erronés. Soudainement, lorsqu'elle tenta une énième combinaison, elle entendit un déclic qui sonna différemment à ses oreilles.

0713

Elle observa la porte du coffre s'ouvrir lentement devant ses yeux ébahis. D'une main tremblante, Ginny se mit sur la pointe des pieds pour voir ce que le coffre contenait et fronça les sourcils en réalisant que seule une clé s'y trouvait. Elle la saisit, l'observant sous toutes les coutures, confuse. Elle quitta la pièce, la clé fermement serrée dans son poing. Lorsqu'elle passa devant la seconde chambre de l'appartement, que Théodore utilisait comme studio, elle s'arrêta net. Elle fut saisie d'un éclair de compréhension.

Théodore essayait de protéger les œuvres qu'il stockait dans son studio. Il avait probablement caché une seconde clef dans le coffre-fort par mesure de sécurité. Cela prenait tout son sens, songea-t-elle, tentant de rationaliser les pensées nerveuses qui agitaient son esprit. Il n'y avait pas d'autres explications.

Pourtant…Le code secret du coffre-fort ne pouvait pas être une simple coïncidence. Ces chiffres rêvés pendant des mois n'étaient pas simplement sortis de son imagination. Elle devait en avoir le cœur net. D'un geste résolu, elle introduisit la clef dans la serrure de la porte. Le verrou émit un cliquetis et Ginny actionna la poignée, retenant son souffle. Immédiatement, une odeur de javel intense lui remplit les narines. L'odeur ressemblait à ces produits chimiques qu'on utilisait pour un nettoyage industriel.

Ginny fronça le nez et observa les lieux avec appréhension. Rien ne lui sembla en désordre. Les pots de peinture, les accessoires, les toiles vierges - tout semblait à sa place. L'ordre qui régnait dans la pièce était même presque trop parfait. Ginny aperçut le tableau que Théodore avait peint à son effigie sur l'un des chevalets, placé contre un mur. Elle détourna le regard, et son attention se reposa sur une vieille valise posée sur le sol. L'objet faisait tâche dans la pièce.

La jeune femme s'approcha de l'attaché-case et s'agenouilla sur le sol, tentant de l'ouvrir. L'ouverture resta résolument coincée et elle finit par abandonner. Elle observa avec attention la pièce, qui lui semblait bien vide. Elle s'était attendue à trouver des esquisses de tableaux dans tous les coins. Après tout, Théodore passait tout son temps à peindre. Du moins c'est ce qu'il prétendait.

De nouveau, quelque chose attira son attention. Il s'agissait d'un meuble, ressemblant vaguement à un dressoir. Ginny se dirigea vers ce dernier et commença à fouiller dans les tiroirs. Elle y trouverait peut-être les coordonnées de la mère de Théodore. Dans le troisième et dernier tiroir, tandis que ses mains farfouillaient le continu, elle sentit un creux à l'intérieur. Elle fronça les sourcils et tâtonna sur le mur du tiroir. Quelques secondes plus tard, ses doigts attrapèrent une languette. Elle tira dessus et à sa grande surprise, un double fond de tiroir apparut. Elle y trouva une pile de papiers roulés. Elle observa le papier vieilli avec confusion. Il s'agissait d'une texture ancienne - semblable au parchemin qu'on voyait souvent dans les films d'époques. Un document attira son attention. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle vit le nom affiché sur le papier.

Théodore Nott.

Nott, répéta-t-elle à voix haute, sans comprendre. Nott n'était pourtant pas le nom de famille de Théodore.

Ginny reposa le papier d'un geste tremblant et ses yeux se posèrent sur un étui de protection. Elle la détacha, révélant une caméra professionnelle. Elle alluma l'appareil, puis, après quelques instants d'hésitation, appuya sur les vidéos enregistrées. Elle appuya sur le bouton Play et observa avec nervosité les images qui défilaient.

La première chose qu'elle vit fut le visage de Théodore. Il se trouvait devant l'objectif, l'examinant d'un air concentré, comme s'il tentait de trouver un angle parfait. Il recula légèrement, sans lâcher l'objectif des yeux, et un rictus satisfait apparut sur son visage. Un frisson glaçant parcourut Ginny lorsqu'elle vit son expression et elle sentit une boule lui obstruer la gorge. Elle n'avait jamais vu Théodore sourire de la sorte. Il paraissait presque malveillant. C'était comme si elle se trouvait devant une personne qu'elle ne connaissait pas. La vidéo continua de défiler et Théodore recula davantage, révélant des détails supplémentaires sur la pièce dans laquelle il se trouvait. Elle reconnut immédiatement la chambre de Théodore. Le cœur de Ginny fit un bond paniqué dans sa poitrine lorsqu'il s'écarta de l'objectif et que la caméra se focalisa sur le lit. Elle vit une silhouette allongée sur le lit et son cœur manqua de s'arrêter lorsqu'elle reconnut de qui il s'agissait.

C'était elle sur ce lit, complètement immobile, les jambes oscillantes sur le bord. Elle paraissait endormie ou inconsciente – elle n'en était pas certaine. Ginny reconnut immédiatement la tenue qu'elle portait.

C'était la robe qu'elle avait revêtue le soir de leur rencard dans ce restaurant italien. Ils avaient terminé la soirée dans un bar. Ginny n'avait gardé aucun souvenir de cette nuit. Elle se rappelait seulement avoir consommé une quantité importante d'alcool. Elle s'était réveillée le jour suivant dans son propre lit, complètement désorientée, et les membres endoloris. Théodore lui avait expliqué qu'elle avait trop bu la veille et qu'il s'était assuré de la ramener chez elle.

Jamais il ne lui avait mentionné sa présence dans son appartement et encore moins dans son lit, complètement inconsciente.

Elle fut incapable de décoller son visage de la vidéo. Avec horreur, elle aperçut Théodore s'approcher de sa silhouette endormie et placer ses jambes sur le lit. Il avait le dos tourné à la caméra et Ginny mit quelques secondes à réaliser qu'il avait remonté sa robe. La suite de la scène lui tordit l'estomac et elle lâcha brutalement la caméra sur le sol. Elle sentit son estomac se retourner, et elle plaqua sa main contre son visage, retenant ses hoquets.

Elle se précipita en dehors de la pièce, saisie d'une violente crise de nausée et courut vers les toilettes. Elle s'effondra contre la cuvette et y déversa le contenu de son estomac, son corps parcourus par des spasmes violents. Ses pleurs et ses hoquets redoublèrent tandis que les images horribles aperçues dans la vidéo lui revenaient en mémoire.

Elle sanglota sur la cuvette, les jambes flageolantes.

Jamais de sa vie elle ne s'était sentie aussi sale. Immédiatement, des flashs lui revinrent en tête. Les mains violentes qui la tenait fermement pour l'empêcher de bouger tandis qu'on souillait son corps de la pire manière possible.

Théodore avait abusé d'elle.

Le dégoût et le choc étaient insupportables et elle se pencha à nouveau sur la cuvette, continuant d'y vider son estomac.

Cette nuit-là avait été le noir complet pour elle. Elle comprenait désormais la raison. L'avait-il encouragé à boire autant pour s'assurer de la mettre dans cet état ? Pire encore, l'avait-il droguée pour s'assurer qu'elle serait inconsciente pendant qu'il exécutait ses actes écœurants ?

Avec difficulté, Ginny tata le meuble de la salle bain près d'elle pour y trouver du soutien. Elle s'accrocha sur le bord et se releva laborieusement, ses jambes ne parvenant plus à la porter, toujours secouée de soubresauts incontrôlables. Ses yeux tombèrent immédiatement sur une boîte posée à côté du lavabo.

Lentilles de contact, lut-elle sur l'emballage. Ginny saisit la boite d'un geste tremblant et retira le réceptacle en plastique qui s'y trouvait. Elle y trouva deux paires de lentilles d'un marron clair - la même teinte que les yeux de Théodore, constata-elle avec horreur.

Elle ouvrit le cabinet du meuble d'un pas fébrile. Elle y aperçut deux boîtes de produit pour cheveux - du décolorant et des teintures brunes.

Ginny recula lentement et son dos se heurta violemment au mur de la salle de bain. Elle était tétanisée, et une douleur vive lui serrait le thorax. Elle posa sa main sur sa poitrine, réalisant qu'elle ne parvenait plus à respirer correctement. Elle ferma les yeux, et seul le son de sa respiration erratique lui parvinrent aux oreilles. Elle avait l'impression de mourir à petits feux - asphyxiée par le manque d'oxygène.

Il lui fallut plusieurs minutes pour se calmer et retrouver une respiration correcte. Lorsqu'elle parvint à reprendre son calme, Ginny se rua hors de la pièce et se dirigea à nouveau vers le studio. Elle devait en avoir le cœur net. Elle savait exactement ce que cela signifiait - même si elle ne comprenait pas comment c'était possible.

Dans la pièce, la caméra semblait s'être cassée après la chute et la jeune femme détourna le regard, ne supportant pas de la regarder une seconde de plus. Elle se rua vers le meuble où se trouvait le tiroir dissimulé et farfouilla de manière paniquée dans les papiers, à la recherche d'un document particulier. Elle trouva finalement ce qu'elle cherchait. Il s'agissait encore de l'un de ces parchemins étranges. Dessus, elle trouva une photo. Son corps commença à trembler fébrilement de tout son long lorsqu'elle reconnut Théodore sur l'image.

Avec des cheveux d'un noir intense et des yeux verts qui la fixaient avec attention.

Ginny laissa échapper un cri de stupeur lorsqu'elle vit les yeux de la photo changer de direction. Elle l'avait probablement imaginé, pensa-t-elle. Elle était en état de choc. Avant qu'elle ne puisse se poser davantage de questions, Ginny entendit le grincement d'une porte, suivi de pas lourds qui se rapprochaient. La photo lui glissa des mains et elle s'immobilisa, mortifiée.

Quelqu'un venait d'entrer dans l'appartement.

/

Aussi loin qu'il s'en souvienne, Théodore Nott n'avait jamais eu d'exemples de relations saines. Ses parents s'étaient séparés alors qu'il n'était qu'un bambin, lorsque son père avait décidé d'abandonner sa famille pour poursuivre son aventure avec sa maîtresse. La mère de Théodore était tombée dans une dépendance sévère à l'alcool. Même dans ses rares moments de sobriété, elle avait pris l'habitude de déverser sa rancœur profonde sur son fils, en qui elle voyait le portrait craché de l'homme qui l'avait lâchement abandonnée.

Les abus avaient commencé à un très jeune âge pour Théodore. Les premiers souvenirs qu'il en gardait remontaient à l'âge de cinq ou six ans, mais il savait qu'ils avaient sans doute commencé avant. Régulièrement, sa mère l'enfermait dans une pièce froide et austère des heures durant, le privant de nourriture. Le reste du temps, elle passait son temps à l'insulter, le dénigrer et le rabaisser verbalement. Elle le forçait à faire des tâches ménagères pendant des heures.

« Tu recommenceras jusqu'à ce que tout soit parfait. » s'emportait-elle, à chaque fois qu'il faisait quelque chose de travers.

Elle lui jeta un regard empli de dégoût.

« Tu es bon à rien, comme ton minable de père. Tu ne seras jamais rien dans la vie. » lui crachait-elle avec dégoût, ne supportant pas d'observer ce visage, qui, de jour en jour, lui rappelait celui du père de Théodore.

Lorsqu'elle était ivre, enragée par les effets de l'alcool, les abus devenaient physiques. Dans ses colères noires, elle attrapait tout ce qui lui passait par la main pour le frapper. Si bien que Théodore portait régulièrement les marques de ses maltraitances.

En plus de son problème d'addiction, sa mère avait toujours eu un sérieux problème de codépendance. Elle était incapable de rester seule trop longtemps, ce qui avait entrainé un déferlement d'hommes dans sa maison, à travers les années.

Sans surprise, ses choix en matière d'hommes étaient particulièrement douteux et Théodore avait souffert des maltraitances de la part de certains d'entre eux, ignorés ou même encouragés par sa mère. Il avait assisté à des scènes anormales pour un enfant de son âge. Avec les années, Théodore avait développé une haine viscérale envers sa mère.

Sa vie avait pris un tournant singulier lorsqu'il avait reçu une lettre de Poudlard, une école de sorcellerie. Un officier du Ministre de la Magie s'était présenté chez sa mère pour lui annoncer les facultés spéciales de Théodore.

« Je savais que quelque chose ne tournait pas rond avec toi. » avait susurré sa mère avec une profonde aversion. « Comment ai-je pu engendrer une bête curieuse dans ton genre ? »

A ses onze ans, il avait donc intégré Poudlard, une école de sorcellerie. Il avait été heureux de pouvoir quitter l'environnement toxique dans lequel il avait grandi.

Pendant la majorité de sa scolarité à Poudlard, Théodore était resté en retrait, se mêlant peu au reste de ses condisciples. Il s'était fait peu d'amis à Serpentard, la maison dans laquelle on l'avait réparti. Depuis son enfance, il avait appris à vivre de manière indépendante. Il n'avait pas eu d'autres choix. Sa mère n'avait jamais pris la peine de se charger de son éducation et Théodore avait dû se débrouiller seul très tôt.

Pourtant, se retrouver à Poudlard lui avait apporté un réconfort illusoire. Lorsque l'année scolaire débutait, il échappait à son environnement familial violent et chaotique, au profit d'une structure saine. Pendant ces moments-là, il se sentait presque normal.

Malgré tout, certains réflexes, appris dans sa jeunesse, planaient toujours au-dessus de lui, menaçant de ressurgir lorsqu'il était contrarié. Théodore avait développé une facilité à la violence. Il lui en fallait peu pour se mettre en colère lorsqu'on le provoquait et il n'hésitait jamais à en venir au duel – ou aux mains. Son côté nerveux et bagarreur lui avait bâti une réputation de dur à cuir parmi les Serpentard, et malgré son statut de Né-Moldu, ses condisciples avaient appris à ne pas lui chercher des noises.

Lorsqu'il rentrait chez lui pendant l'été, sa situation ne s'améliorait pas. Pourtant, en grandissant, Théodore avait aussi appris à se défendre. Les compagnons de sa mère avaient commencé à y réfléchir à deux fois avant de s'en prendre à lui.

Comme sa mère ne souhaitait pas révéler son statut de sorcier, elle faisait en sorte de ne pas causer d'altercations avec ses compagnons, par peur des représailles. Elle ignorait qu'il était interdit pour un sorcier mineur d'utiliser la magie en dehors de Poudlard. Cela ne l'empêchait pourtant pas de continuer à le dénigrer et l'humilier dès que la moindre occasion se présentait. Il avait attendu l'année de ses dix-sept ans avec impatience - l'âge où il pourrait devenir indépendant et quitter cette maison où il n'avait connu que la violence, la peine et la douleur.

Théodore avait grandi avec la certitude qu'il ne méritait pas d'être aimé. Son père l'avait abandonné, sa mère le méprisait et toutes les personnes qui l'avaient côtoyé l'avaient traité avec un dédain comparable.

Jusqu'à sa septième année, pendant laquelle il avait rencontré Ginny Weasley.

Il se rappelait parfaitement de ce jour - tard dans la nuit, bien après le couvre-feu autorisé. Il aimait traîner dans les couloirs une fois la nuit tombée. Il l'avait croisée dans la Tour d'Astronomie - penchée sur le muret donnant une vue imprenable sur le lac et le parc de Poudlard.

En arrivant, il avait hésité à tout simplement faire demi-tour et trouver un endroit isolé mais il avait entendu un bruit familier - des pleurs. Théodore ignorait pourquoi il était resté planté là, à l'observer pleurer inlassablement tandis qu'elle avait le dos tourné. Elle s'était finalement retournée et il l'avait vu effacer ses larmes d'un revers de la manche, visiblement gênée d'avoir été surprise.

Ils étaient restés de longues secondes à s'observer en silence. Théodore avait éprouvé une fascination qu'il n'avait pas su expliquer devant la teinte de ses cheveux - rouge intense – et la carnation pâle de sa peau, couverte par de nombreuses tâches de rousseur. Ce qu'il avait cependant trouvé de plus beau chez elle, était la manière dont ses larmes coulaient le long de ses joues, brillant presque sous la lumière de la lune, lui rendant une apparence presque irréelle. Elle avait paru hésitante - comme si elle voulait dire quelque chose mais qu'elle n'osait pas.

« Vas-y. » avait-elle finalement dit.

Théodore avait froncé les sourcils, sans comprendre.

« Moque-toi de moi. » avait-elle ajouté d'un ton acerbe.

« Pourquoi est-ce que je ferais ça ? » avait-il demandé.

« C'est ce que vous faites, vous autres Serpentard. » avait répondu Ginny sur le ton de l'évidence.

En guise de réponse, il avait simplement conjuré un mouchoir brodé et lui avait tendu. Elle avait observé son geste avec effarement et après quelques secondes d'hésitation, avait saisi le mouchoir pour éponger ses larmes.

« Merci. » avait-elle dit, ses lèvres s'étirant avec un sourire.

C'était probablement le moment où Théodore était tombé sous son charme - il n'en était pas certain. Tout ce qu'il savait, c'était qu'à cet instant précis, il avait ressenti un besoin presque vital d'entrer dans sa vie.

Il lui avait fallu peu de temps pour réaliser ce souhait. Après cette interaction incongrue à la Tour d'Astronomie, ils s'y étaient retrouvés à plusieurs reprises et à chaque fois, Ginny était celle qui avait le plus parlé. Elle lui avait mentionné l'attitude de ses frères à son égard et sa frustration de les voir contrôler sa vie.

« Ron a menacé mon ex-petit ami. Il m'a larguée après ça. » avait-elle expliqué.

Malgré ces quelques frustrations, il avait été impressionné et même presque jaloux, par la joie de vivre que Ginny dégageait. Elle semblait avoir une famille aimante, des amis dévoués, parfois même un peu trop, selon elle. Pour Théodore qui n'avait jamais connu cela, côtoyer Ginny lui avait paru comme un moyen de s'imprégner de ce bonheur qu'il n'expérimenterait probablement jamais.

« Tu ne parles jamais de toi. » lui avait-elle un jour reproché, mi-amusée, mi-contrariée.

« Je n'ai pas eu une vie très heureuse. » avait-il révélé.

Le regard qu'elle lui avait lancé après ces mots l'avait marqué. Il s'agissait d'un mélange de pitié, de peine et d'autre chose, plus fort, qu'il n'avait pas immédiatement reconnu. Il lui avait fallu des mois pour le comprendre. Ginny Weasley ressentait ce besoin pressant, probablement provoqué par sa personnalité altruiste et emphatique, de sauver Théodore Nott de ses démons et lui montrer les beautés de la vie. Elle avait fait l'erreur de nombreuses femmes avant elle.

Penser qu'elle pourrait changer un homme.

Ils avaient débuté une relation passionnelle. Deux adolescents égarés, ne connaissant rien à l'amour mais se retrouvant perdus à travers l'autre. Ils passaient tout leur temps ensemble et pour la première fois de son existence, Théodore avait ressenti un sentiment qu'il n'avait jamais connu - le bonheur. Le sentiment d'être aimé par quelqu'un d'autre. La sensation était grisante, presque jouissive.

Leur relation avait causé la stupéfaction autour d'eux, sans surprise. L'entourage de Ginny n'avait pas vu la chose d'un bon œil.

« Je ne les laisserai pas faire, cette fois. » avait-elle indiqué d'un ton assuré.

Théodore n'était pas du genre à se laisser intimider et les menaces du frère de Ginny l'avaient laissé impassible. La seule raison pour laquelle il ne l'avait pas remis à sa place était par considération pour Ginny.

Cette dernière était entrée en conflit avec son entourage et peu à peu, certaines de ses relations s'étaient détériorées.

« Ils ne comprennent pas. Ils ont des préjugés stupides. Ils pensent que tu as une mauvaise influence sur moi mais ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils ne te connaissent pas. » lui avait-elle assuré.

Et alors que leur relation se faisait plus fusionnelle, les liens de Ginny avec ses proches se brisaient peu à peu. Plus elle s'éloignait d'eux, plus elle se rapprochait de Théodore, presque instinctivement.

Lorsqu'il était venu le temps pour lui de quitter Poudlard, à l'issue des ASPICs, il avait ressenti une crainte anxiogène à l'idée d'être séparé de Ginny, qui devrait entamer sa dernière année à la fin de l'été. L'idée de la savoir loin de lui, sensible aux influences de ses amis qui – Théodore le savait très bien - ne l'aimaient pas, était insupportable.

Il savait qu'ils ne seraient jamais heureux tant que Ginny subissait la pression de ses pairs. C'était à ce moment précis que des idées avaient commencé à germer dans son esprit. Tout abandonner pour construire quelque chose, ailleurs, loin de tout. Loin de ces gens qui ne voulaient pas les voir heureux, qui ne pouvaient pas voir à quel point ils s'aimaient.

Lorsque Théodore était rentré chez sa mère, à la fin de l'année scolaire, elle ne s'était même pas donnée la peine de le féliciter pour l'obtention de son diplôme. Il s'en était même voulu d'avoir attendu quoi que ce soit de sa part.

Elle avait à peine réagi à son arrivée, visiblement sous l'influence de l'alcool, le regard absent. Théodore avait immédiatement remarqué le vide dans la maison. Visiblement, son dernier conjoint en date - un ivrogne rencontré dans un pub - avait décidé de prendre la porte. Théodore avait observé la silhouette avachie de sa mère avec un profond dégoût.

« Je ne te permets pas de me juger ! » avait-elle hurlé à son encontre, croisant son regard.

Elle avait hoqueté ces mots avec une élocution pâteuse. Même à cette distance, il avait pu sentir son haleine alcoolisée.

Théodore avait senti sa mâchoire se contracter mais il avait préféré l'ignorer et se diriger dans sa chambre. L'été lui avait semblé particulièrement long. Il avait trouvé un emploi chez un garagiste moldu local. Il avait toujours apprécié les voitures depuis son enfance. Il avait même restauré des voitures endommagées pendant ses étés, pour les revendre. Il attendait les weekends avec impatience pour voir Ginny. Leurs rencontres étaient tenues secrètes - elle prétextait des visites chez ses amis pour le retrouver.

Tout avait dérapé, quelques jours avant la rentrée officielle à de Ginny Poudlard. L'idée de la voir partir et qu'ils soient séparés, le rendait sur les nerfs. C'était ce jour-là qu'avait choisi sa mère pour en remettre une couche. En rentrant chez lui, il avait trouvé cette dernière dans sa chambre, en train de fouiller dans ses affaires, probablement à la recherche d'argent pour pouvoir payer sa consommation excessive d'alcool. Elle avait secoué un livre, trouvé dans le bureau de Théodore, devant son visage.

« Comment disparaître complètement et ne jamais être retrouvé. » avait-elle lu d'un ton moqueur. « Tu penses vraiment que tu vas pouvoir vivre la belle vie avec cette petite idiote ? »

« Tais-toi. » avait menacé Théodore.

« Tu es plus stupide que je croyais si tu penses qu'une fille pourrait réellement t'aimer. Tous les gens autour d'elles savent quel genre de dérangé tu es vraiment - ça sera bientôt à son tour de le découvrir. »

Elle avait jeté le livre dans sa direction.

« Tu termineras seul. Tu ne vaux rien. Exactement comme ton minable de père. J'aurais dû arrêter cette grossesse pendant que j'en avais encore l'occasion. »

Les minutes suivantes avaient été floues pour Théodore. Même après des années, il n'en avait gardé que des flashs confus. Ce dont il était certain, c'était qu'une fois ses esprits retrouvés, il avait vu ses mains autour de la nuque de sa mère, l'étranglant avec une force surréelle et frappant son crâne contre le sol avec brutalité. Il n'avait pas arrêté avant de voir son corps cesser de se débattre. Ses mains n'avaient pas lâché sa nuque désormais violette avant de voir une épaisse flaque de sang couler sur la moquette grisâtre de la pièce. C'était à cet instant qu'il était revenu à lui.

Elle était morte.

Théodore avait été parcouru d'un sentiment étrange. La libération tant attendue. Il était enfin débarrassé du joug de sa mère et de son addiction, de sa haine, de ses humiliations constantes. Il éprouva une joie immense et un plaisir manifeste à la vue de son corps sans vie.

Il la haïssait tellement. Même son cadavre lui provoquait une haine sans nom. Il voulait la voir disparaître à jamais.

Lorsque l'adrénaline était redescendue, sa joie s'était lentement transformée en panique latente. Assis sur son lit, les mains ensanglantées, il avait observé le cadavre immonde de sa mère, réalisant que son passage à l'acte faisait de lui un meurtrier et que les conséquences seraient terrifiantes.

Quelques jours plus tard, il retrouva Ginny à leur endroit de prédilection – une caverne à quelques kilomètres du Terrier.

« Nous devons partir. » lui dit-il avec empressement.

« Qu…Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ? » demanda-t-elle, visiblement alarmée par son attitude paniquée.

« Ta famille ne voudra jamais qu'on soit ensemble - ils feront tout pour nous séparer. C'est le seul moyen pour nous d'être ensemble, Ginny. » insista Théodore.

« Mais je dois rentrer à Poudlard. » rappela-t-elle, mal à l'aise.

« Tu as dix-sept ans maintenant, mon amour. » assura Théodore, prenant son visage entre ses mains pour la forcer à la regarder. « Tu peux partir. »

Ce fut probablement l'urgence dans la voix de Théodore - ou peut être son ton qui n'admettait pas de refus - mais Ginny sembla se convaincre. Elle hocha la tête.

« Très bien. » dit-elle finalement, d'un air incertain.

Ils partirent dès le lendemain, à la veille de son départ pour Poudlard. Ginny emporta un sac de voyage pour seul bagage, laissant tout derrière elle. Le départ fut difficile pour elle, et elle passa toute la nuit à pleurer lorsqu'ils arrivèrent dans l'hôtel que Théodore avait réservé pour la nuit.

Il passa des heures à la rassurer, lui jurant qu'il s'occuperait de tout. Il avait des économies suffisantes pour les faire subvenir les premiers mois. Ils pourraient enfin commencer une nouvelle vie ensemble. Loin de leurs détracteurs.

Les premières semaines lui avaient paru comme un conte de fée. Ils pouvaient enfin vivre leur amour, loin de la négativité de leur entourage. Tout avait été parfait, jusqu'à ce que Ginny commence à montrer des signes de tristesse profonde. Il sentait qu'elle s'éloignait de lui sans qu'il ne sache pourquoi et cela causait une frustration grandissante en lui.

« Je veux retourner chez moi. » lui avait-elle dit un jour, en se tournant vers lui d'un ton résolu. « Je ne voulais pas abandonner ma famille et mes proches de cette manière. Je ne veux pas vivre ainsi, Théo. »

Le visage de Théodore se décomposa en entendant ses paroles.

« Tu ne peux pas faire ça, Ginny. Nous avions un plan, nous nous sommes mis d'accord. » dit-il d'une voix grave, tentant de garder son calme, même s'il sentait sa contrariété monter lentement en lui.

« Je ne te demande pas l'autorisation Théo. » répliqua-t-elle avec agacement. « Tu ne peux pas me forcer à rester ici. »

Cette fois, il perdit toute patience. Il se rua dans sa direction et l'attrapa par les épaules, la faisant reculer contre le mur le plus proche. Elle laissa échapper un cri apeuré, visiblement choquée de son éclat soudain.

« Est-ce que tu as la moindre idée de ce que j'ai fait pour qu'on puisse être ensemble, Ginny ? Tu crois que tu peux simplement décider de partir comme ça ? » hurla—t-il, enragé. « Je croyais que tu m'aimais ? Je croyais que tu pensais à nous ? »

Ginny ne répondit pas, les yeux écarquillés, visiblement paralysée devant sa réaction. Elle tenta de le repousser, posant ses paumes contre son torse. Ce geste le rendit fou. Le coup partit tout seul. Ginny tomba au sol face à la violence de sa gifle.

Lorsqu'elle releva les yeux vers lui, la lueur qu'il vit dans son regard lui tordit le ventre. Elle était terrorisée. Par lui.

Immédiatement, Théodore se sentit revenir à la réalité et il s'empressa de s'agenouiller devant elle.

« Ginny… Je suis désolé… Je te le jure… Je ne voulais pas… Je ne sais pas ce qui m'a pris… » commença-t-il à plaider, la voix tremblante, tentant de la prendre dans ses bras.

Elle eut un mouvement de recul - visiblement effrayée et en état de choc. Il ne cessa pas de s'excuser, les larmes aux yeux, la suppliant de le pardonner. Il était stressé par tout ce qu'il leur arrivait, il ignorait ce qui lui était passé par la tête, il ne recommencerait plus, lui jura-t-il inlassablement.

Il se lamenta tellement qu'au bout de quelques heures, ce fut Ginny qui commença à le consoler, visiblement prise de pitié devant la loque qu'il était soudainement devenu.

« Ne refais jamais ça. » dit-elle dans un souffle.

Les jours suivants se déroulèrent dans une ambiance étrange. Ginny sembla se distancer de lui et Théodore redoubla d'efforts pour la couvrir d'attention. Cela sembla fonctionner car elle commença lentement à retrouver son attitude normale. Il sentit un soulagement l'envahir lorsqu'il la vit rire pour la première fois depuis l'incident.

Ce nouveau bonheur fut à nouveau écourté. Deux mois plus tard, de nouveau, Ginny lui fit part de son besoin d'aller voir sa famille.

« Ils me manquent, Théo. Je veux juste les voir. » dit-elle d'une voix mesurée.

« Ils vont te manipuler pour que tu me quittes, Ginny. Tu le sais. » répondit-il avec frustration. « Tu n'es pas heureuse avec moi ? »

« Tu sais bien ce si, Théodore. Il ne s'agit pas seulement de ça. On ne peut pas vivre comme des ermites, complètement coupés de nos proches. Je suis sûre que ta mère te manque, aussi. »

A ces paroles, l'image du corps de sa mère lui revint à l'esprit et Théodore grimaça, secouant la tête, comme s'il tentait de chasser le souvenir, qui venait le hanter régulièrement.

« Il n'y a que toi qui compte, Ginny. » affirma-t-il. « Et je pensais que c'était aussi le cas pour toi. Visiblement, je me suis trompé. »

Il avait parlé d'une voix calme, une lueur blessée dans son regard. Ginny s'empressa de secouer la tête.

« Ce n'est pas juste que tu dises ça. » s'indigna-t-elle.

« Alors pourquoi tu ne peux pas faire ce sacrifice pour moi ? » dit-il. « Si tu m'aimes autant que tu le dis ? »

Elle ne répondit pas et détourna les yeux, comme si elle ne voulait pas croiser son regard. Encore une fois, le sujet sembla être oublié. Jusqu'à ce qu'une semaine plus tard, il rentre plus tôt que prévu dans le petit appartement qu'ils partageaient et qu'il voie les affaires de Ginny sur la table.

Elle sortit de la chambre et se figea lorsqu'elle le trouva dans l'encadrement de la porte. Il jeta un regard vers le sac puis vers elle. Elle paraissait étrangement nerveuse. Théodore ferma soigneusement la porte derrière lui.

« Ginny, où vas-tu ? » demanda-t-il d'une voix calme en désignant le sac.

« Je rentre chez ma famille Théodore. Je…Je crois que nous devrions faire une pause, toi et moi. »

« Une pause ? » répéta-t-il d'une voix étrangement calme. « Qu'est-ce que ça veut dire ? »

« Ça… ça ne fonctionne pas Théodore. Je voulais vraiment mais…Je ne suis pas prête pour tout ça. » dit-elle d'un ton désolé.

« Tu n'es pas prête pour tout ça. » répéta-t-il d'une voix modulée.

Il laissa échapper un rire.

« Tu n'es pas prête pour ça. » reprit-il, une fois son hilarité passée.

Devant lui, Ginny l'observait comme s'il était complètement fou. Elle n'avait pas tort, d'une certaine manière. Les sentiments qui l'animaient lui semblaient également troubles. Dans sa main, elle triturait nerveusement sa baguette, comme si elle hésitait à en faire l'usage.

« D'accord. » dit-il finalement. « Je comprends que tu as besoin de revoir ta famille. »

Elle acquiesça vivement de la tête, visiblement soulagée par sa réaction. Elle se dirigea vers son sac. C'était l'ouverture qu'il attendait. Elle avait totalement baissé la garde et elle ne le vit pas se ruer dans sa direction et attraper sa baguette magique d'un geste ferme. De son autre main, il attrapa violemment ses cheveux et la tira vers lui, de façon à pouvoir lui parler à l'oreille.

« Tu n'es pas prête pour ça. » répéta-t-il, une fureur soudaine défigurant son visage. « Tu penses vraiment que je vais te laisser partir, Ginny ? »

Il ignora ses supplications.

« Tu ne peux pas me quitter, tu entends ? » répéta-t-il en forçant sa prise sur ses cheveux, provoquant une exclamation de douleur de sa part.

Il sentit un coup de coude au niveau de son estomac et il relâcha sa prise, surpris par la douleur soudaine. Ginny s'empressa de se ruer vers la porte, la démarche titubante. Elle actionna la poignée mais Théodore avait déjà repris ses esprits et s'était jeté sur elle, repoussant la porte d'un geste, et elle se retrouva bloquée. Elle tentait de se débattre, lançant ses bras et ses pieds dans toutes les directions. Ses tentatives furent vaines. Sans sa baguette, elle n'avait aucune chance contre lui. Il la dominait physiquement. Finalement, elle arrêta de se débattre et fondit en larmes. Théodore desserra son emprise sur elle et l'observa tandis qu'elle se laissait glisser contre la porte, avant d'atteindre le sol.

« Tu ne me laisses pas le choix Ginny… Je ne voulais pas en arriver là. » assura-t-il.

Pourquoi voulait-elle tout gâcher ? Ne réalisait-elle pas tous les sacrifices qu'il était prêt à faire pour elle ? Pour leur amour ?

« Tu es une garce ingrate ! » hurla-t-il avec fureur, pointant un doigt accusateur dans sa direction.

Il la saisit par les épaules et la força à entrer dans la chambre. Il posa ensuite sa baguette sur elle, lui jetant un maléfice de paralysie temporaire avant de quitter la pièce, claquant la porte brutalement derrière lui.

Ginny ne lui avait pas laissé le choix, pensa-t-il tandis qu'il faisait les cent pas dans le séjour étroit, la respiration haletante. C'était le seul moyen. Elle ne savait pas ce qu'elle racontait. Il n'avait pas voulu lui faire du mal, juste lui faire reprendre ses esprits.

Il se retrouvait toutefois avec un problème de taille. Il ne pouvait plus lui faire confiance pour rester tranquille. Dès qu'elle en aurait l'occasion et dès qu'il s'absenterait, elle en profiterait pour prendre la fuite.

Quelques heures plus tard, il fit de nouveau irruption dans la chambre, désormais plongée dans l'obscurité. Il s'approcha de Ginny et observa sa silhouette endormie.

« Je fais ça pour ton bien. » chuchota-t-il en caressant ses cheveux.

Il se dirigea ensuite vers la fenêtre et érigea des barres de métal à l'aide de sa baguette magique avant de quitter la pièce, la verrouillant derrière lui avec un sort. Les heures suivantes, il prit une décision drastique. Il ne voyait pas d'autres issues au problème.

Theodore savait qu'il n'y aurait plus de retour en arrière et le regard qu'il avait vu dans les yeux de Ginny étaient des plus parlants - elle était terrorisée par lui. Et la pensée que leur relation soit détruite à jamais après cet écart de sa part était insupportable. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Sauf s'il forçait le destin.

La solution lui était venue une heure plus tôt. Un sortilège d'Amnésie serait la réponse à tout. Il pourrait faire oublier à Ginny ces moments horribles qui avaient fait prendre un mauvais tournant à leur relation. Tout reviendrait comme avant.

Lorsqu'il entra de nouveau dans la pièce, Ginny était de nouveau éveillée. Les effets du sortilège s'étaient estompés car elle était désormais assise au pied du lit, le regard rivé vers la fenêtre désormais barrée. A l'entrée de Théodore, elle sembla se tendre et recula tandis qu'il approchait, sa baguette levée dans sa direction.

« Qu'est-ce que tu vas faire ? » dit-elle, une panique évidente dans ses yeux.

Théodore s'agenouilla devant elle.

« Je vais tout arranger, Ginny. Je te le promets. » assura-t-il.

Elle paraissait terrorisée et Théodore se sentit blessé. Comment pouvait-elle penser qu'il lui ferait du mal ? Les mots que sa mère lui avait sans arrêt répété dans sa jeunesse, lui revinrent en mémoire.

« Tant que ce n'est pas parfait, tu recommenceras. »

Théodore avait fait une terrible erreur mais il était prêt à faire tout pour se racheter.

« Oubliettes ! » énonça-t-il d'une voix ferme, tandis qu'une lumière violette intense sortait de sa baguette, frappant Ginny de plein fouet.

La première année suivant le sort d'Amnésie, tout fut parfait. Il était parvenu à retirer les souvenirs indésirables de l'esprit de Ginny et la tentative sembla avoir l'effet escompté. Une année durant, ils vécurent le parfait amour de nouveau.

Théodore réalisa toutefois bientôt que le sortilège d'Amnésie n'était pas infaillible. Et lentement, Ginny commença à recouvrer des souvenirs. Ils lui arrivaient par bribes, généralement dans ses rêves et des impressions de déjà-vu particulièrement vivifiantes qu'elle ne comprenait pas. Il laissa couler, réalisant qu'il s'agissait d'effets secondaires. Après tout, le fait que Ginny lui en parle ouvertement lui prouvait qu'il ne devait pas s'en inquiéter.

Des recherches plus approfondies sur les sortilèges d'amnésie lui firent réaliser qu'il était possible que des bribes de souvenirs reviennent progressivement, généralement entraînés par des éléments déclencheurs.

Ce fut exactement ce qu'il se passa lors d'une dispute. Il ne se souvenait pas de la raison pour laquelle elle avait commencé - mais Ginny menaça de mettre fin à leur relation et encore une fois, Théodore se sentit saisi d'une rage indescriptible lorsqu'il la saisit violemment par le bras.

« Tu me fais mal ! » s'exclama-t-elle en tentant de retirer sa main.

Il s'exécuta mais ne manqua pas le regard étrange qu'elle lui lança, comme si quelque chose s'était activé en elle.

Et les jours suivants, elle se montra étrangement distante, et très tendue en sa présence. La paranoïa de Théodore ne cessa de grandir. Et lorsqu'elle commença de nouveau à mentionner sa famille et son désir de leur rendre visite pour les fêtes de fin d'année, il réalisa qu'elle tentait de nouveau de trouver un moyen de le quitter.

Il prit à nouveau une mesure drastique. Le sortilège d'Amnésie n'était pas suffisant et trop risqué. Il se demanda vaguement si le sortilège de l'Imperium serait une alternative pour pouvoir la faire agir comme il le souhaitait mais il fut découragé par l'idée. Elle ne serait plus la Ginny qu'il voulait. Elle serait simplement une version docile, sans âme. Ce n'était pas ce qu'il désirait.

Il trouva alors une idée plus durable. Allier le sortilège d'Amnésie à un sortilège de Faux Souvenirs. S'il plantait des souvenirs artificiels dans son esprit, ils auraient davantage d'impact.

Cette fois, il la persuada qu'elle n'était pas une sorcière, qu'elle n'avait pas de famille, qu'ils ne se connaissaient pas et qu'elle fuyait à tout prix son ex-compagnon violent. La seule raison pour laquelle il intégra ce souvenir dans son esprit était parce qu'il savait que les souvenirs de Ginny pouvaient lui revenir en par bribes. Lui donner ces antécédents parviendrait à expliquer ces souvenirs. Il la persuada de déménager dans une ville reculée pour commencer une nouvelle vie, dans le monde moldu.

Théodore attendit deux mois avant de la retrouver. Ginny avait perdu tout souvenir de leur relation et de leur passé ensemble. Et lorsqu'il se présenta à Ginny, elle ne sembla pas le reconnaître. La faire tomber amoureuse de lui se révéla d'une facilité déconcertante. Après tout, il connaissait tout d'elle – ses préférences, ses désirs, ses envies, ce qu'elle aimait chez un homme, et la manière dont elle aimait être traitée. Théodore construisit alors la personnalité de l'homme parfait afin de lui plaire. Le processus fonctionna à merveille. Théodore s'inventa même une autre vie devant Ginny - bien loin du chaos de son passé.

Cette tactique lui parut bien plus efficace que le premier sort d'amnésie. Cette fois, pendant près de trois ans, ce fut un sans-faute. Jusqu'à ce qu'une fois encore, le passé de Théodore revienne le hanter.

Quelques années plus tôt, la mort de sa mère avait été considérée comme accidentelle, après qu'il ait pris le soin d'effacer certaines traces de ses actions. Pour les autorités moldues, elle avait chuté, à cause des effets de l'alcool, et était morte des suites d'une hémorragie interne.

Pourtant, quelques années plus tard, il reçut une convocation de la police pour être interrogé à propos de l'affaire et il sut immédiatement que cela serait problématique. S'il pouvait effacer les traces de son existence dans l'esprit de Ginny, il ne pourrait pas disparaître auprès du gouvernement de manière aussi simple. La fuite lui parut le seul moyen efficace.

Théodore savait pourtant qu'il serait trop compliqué de l'expliquer à Ginny. Il décida alors de répéter le même stratagème. Pourtant, cette fois, il changerait également sa propre identité, gardant uniquement son prénom.

« Théodore, que se passe-t-il ? » demanda Ginny, en l'observant avec confusion tandis que Théodore se précipitait dans ses affaires, les rangeant pêle-mêle dans l'appartement qu'ils partageaient dans une petite ville près de Liverpool.

Il ne répondit pas, presque dans un état de transe, et se dirigea vers le coffre-fort qu'il avait placé dans le bureau. Il y conservait des sommes importantes d'argent et des papiers.

0713, tapa-t-il contre le clavier numérique. Le coffre émit un clic et s'ouvrit, sous le regard ébahi de Ginny.

« Qu'est-ce que tu fais avec tout ça ? » demanda-t-elle en l'observant saisir des liasses de billets.

« Je n'ai pas le temps de t'expliquer pour l'instant. » répondit-il d'un ton sec. « Mais je n'ai pas le choix, Ginny. Je vais devoir tout recommencer. »

« Recommencer quoi ? Tu me fais peur Théodore. » déclara Ginny, alertée, observant ses gestes avec appréhension.

Il se dirigea vers elle et prit sa joue dans sa main.

« Recommencer. Jusqu'à ce que ce soit parfait. » dit-il simplement avant de poser à nouveau sa baguette sur elle.

Durant les huit années suivant le début de leur relation, Théodore répéta le processus à quatre reprises. A chaque fois, il acquérait plus de dextérité. Malheureusement, il devenait aussi plus compliqué d'entrer de manière durable dans l'esprit de Ginny. Il avait procédé à des changements si profonds dans son esprit qu'il craignait que ces actes aient des conséquences fâcheuses sur le long terme.

Cette fois, il la persuada d'aller à Roseneath pour y commencer une nouvelle vie, loin de son ex violent. Il resta vague dans ses instructions. Après tant d'années passées dans le monde moldu, il savait que Ginny avait acquis assez de connaissances pour pouvoir se débrouiller seule, sans lui.

Il laissa Ginny en toute autonomie pendant qu'il tentait de régler sa situation. Il réalisa qu'un mandat de questionnement était également tenu contre lui au Ministère de la Magie. Il savait que cela avait un rapport avec la mort de sa mère. Le Ministère avait-il réussi à faire le lien avec l'enquête moldue ?

Théodore savait que le Ministère pouvait identifier les actes de magie liées à une baguette. Chaque baguette vendue par Ollivander était enregistrée au nom d'un sorcier dans leurs archives. En se renseignant davantage, Théodore réalisa que le Ministère pouvait uniquement tracer les sorts complexes, comme un sortilège impardonnable, de protection, ou bien un sortilège d'Amnésie en raison de la quantité d'énergie magique déployée. Les sortilèges simples étaient donc sans danger pour lui.

Le Ministère ne pouvait pas connaître la localisation d'une baguette en temps réel mais pouvait la tracer si un sort complexe avait été réalisé récemment. Cette information fut décisive pour Théodore et il décida d'utiliser la magie avec parcimonie. Lorsqu'il jeta un nouveau sort de Faux-Souvenirs à Ginny avant son départ à Roseneath, il quitta la ville à son tour le jour même pour ne pas être localisé. Il s'installa à Birmingham pour préparer sa nouvelle couverture.

Théodore se rendait parfois à Roseneath pour garder un œil sur Ginny. Il s'introduisit chez le voisin de cette dernière, un vieil homme seul et malade, pour y laisser un épouvantard dans l'appartement. Le lendemain, l'homme fut retrouvé mort d'une crise cardiaque. Une mort naturelle, selon les médecins moldus. Ils ignoraient que l'épouvantard avait forcé le destin du vieil homme, confronté à sa plus grande peur.

Théodore s'assura de contacter le propriétaire de l'appartement lorsqu'il vit l'annonce cherchant un nouveau locataire. Il promit au propriétaire de payer plusieurs mois de loyers en avance pour s'assurer d'obtenir le contrat.

Dans les petites annonces, Théodore trouva un artiste du nom de T. Wolf, qui prétendait offrir des cours de peinture. Après quelques recherches sur internet, il contacta l'homme, se faisant passer pour un agent intéressé par ses œuvres. Il organisa une rencontre à Londres avec l'homme et n'eut aucune difficulté à le soumettre à l'Imperium.

Il effectua alors son déménagement à Roseneath avec le peintre, toujours sous l'emprise du sortilège. Être vu avec quelqu'un d'autre aiderait sa couverture.

« Pas mal ta nouvelle voisine, Theo. » commenta ce dernier lorsqu'ils croisèrent Ginny dans le hall de l'immeuble.

Cette dernière afficha un air gêné avant de disparaître dans l'escalier. Une fois que tous les cartons furent installés dans l'appartement, Théodore se dirigea vers la seconde chambre de l'appartement, complètement vide. Il posa une valise à l'apparence tout à fait ordinaire sur le sol. Il actionna le loquet qui affichait les mots ''Version Moldus'' et le fit basculer sur le mode ''Version Sorciers''

Theodore ouvrit la valise, où un trou béant se trouvait désormais. Il se pencha dans le creux, à la recherche d'une cordelle et la tira d'un geste sec. Immédiatement, l'intérieur de la valise s'éclaira, faisant apparaître un escalier étroit.

« Entre là-dedans. » ordonna Théodore à l'attention de l'artiste qui s'exécuta sans la moindre protestation. « Il y a tout ce dont tu as besoin à l'intérieur. Reste tranquille et tu pourras sortir. »

Une fois l'homme entré, Théodore referma la valise d'un geste ferme. L'intérieur de la valise avait été enchanté et abritait désormais un studio étroit. Théodore voulait s'assurer d'utiliser une couverture sans tâche. Il se servirait de l'homme pour peindre régulièrement des toiles.

Sans surprise, il n'eut aucune difficulté à faire tomber Ginny sous son charme. Après tout, il savait exactement comment se comporter pour se faire passer pour l'homme idéal pour elle. Il se montra patient, attentif, compréhensif.

Ce fut même Ginny qui fit le premier pas. Lorsqu'elle l'embrassa, au pied de l'escalier, il ressentit un sentiment de satisfaction extrême.

Sans surprise, malgré leur idylle naissante, Ginny se montrait particulièrement paranoïaque à cause des souvenirs intégrés dans son esprit. Théodore en profita pour apparaître comme son prince charmant protecteur, prêt à tout pour la protéger de ses peurs refoulées.

« Je… Je suis en train de marcher et je crois qu'une voiture me suit. » dit-elle un jour à l'autre bout du fil, d'une voix chevrotante.

En moins de cinq minutes, Théodore se retrouva devant le Whitehaven. Elle entra dans son pick-up, visiblement paniquée.

« Il y avait cette…voiture. » dit-elle d'une voix tremblante. « J'avais l'impression qu'elle me suivait. »

Théodore savait évidemment qu'aucune voiture ne la suivait. Il s'agissait d'un effet de la paranoïa créée de toute pièce chez la jeune femme. Lorsqu'elle lui proposa de monter dans son appartement, il dut lutter pour ne pas sourire avec excitation. Il était sur la bonne voie.

« Désolée. » s'excusa-t-elle en posant une tasse de thé devant lui. « Tu dois être fatigué. »

« A vrai dire, je venais à peine de m'endormir quand tu m'as appelé. » répondit Théodore en passant une main dans ses cheveux. « J'ai passé toute la soirée à peindre. Je participe à une exposition la semaine prochaine et je veux vraiment terminer ce tableau. »

« J'adorerais voir à quoi il ressemble. » dit-elle avant de s'installer à ses côtés.

« Tu pourras y jeter un œil, demain. Enfin si tu es toujours partante pour notre brunch, bien sûr. » suggéra Théodore.

« Évidemment. » répondit Ginny, un sourire éclairant son visage.

« Tu sais, je ne montre jamais mes œuvres avant qu'elles soient terminées. »

« Quel honneur. » répondit Ginny avec un sourire en coin. « Je dois décidément être une personne spéciale. »

Tu n'as aucune idée à quel point tu es spéciale Ginny, pensa Théodore.

« Oui. » répondit-il toutefois, gardant une voix calme. « Je vais rentrer, on se voit demain ? »

Lorsqu'il rentra dans son appartement, il attendit quelques minutes avant de saisir son téléphone, et de composer le numéro de Ginny en anonymisant son numéro. Elle décrocha immédiatement.

« Allô ? » dit-elle.

Il resta silencieux.

« Allô ? Pansy, c'est toi ? » insista Ginny.

Il resta au bout du fil pendant de longues secondes sans rien dire, avant de couper la communication.

Quelques semaines plus tard, il prétexta une exposition à Londres pour quitter Roseneath. Il avait trouvé une comédienne sur internet et elle serait parfaite pour jouer le rôle de sa mère. Il comptait organiser une rencontre avec Ginny, afin de renforcer sa couverture.

« 500 livres. » répondit la femme d'un ton assuré, allumant la cigarette posée entre ses lèvres maquillées avant de prendre une bouffée. « Et je prends la moitié en avance. »

« C'est cher payé. » commenta-t-il.

« J'ai des références, mon cher. J'ai fait l'Académie Royale d'Art Dramatique, vous savez. » dit-elle d'un ton pompeux.

Théodore l'observa pendant de longues secondes d'un air sceptique. Pourtant, avec ses cheveux châtains, ses yeux bruns, et sa peau halée, cette femme partageait un air de ressemblance avec lui. Du moins lorsqu'il portait ses lentilles de contact et qu'il teignait ses cheveux.

« Entendu. » dit-il finalement.

Sans surprise, Ginny accueillit la proposition avec plaisir.

« Je lui ai parlé de toi et maintenant elle insiste pour te rencontrer. » mentit Théodore.

Ginny ouvrit la bouche, visiblement effarée.

« Seulement si tu le souhaites, bien sûr. Je ne veux pas t'imposer… » commença Théodore.

« Non, non. A vrai dire, je suis curieuse de la rencontrer. J'espère qu'elle va m'apprécier. »

« Évidemment, Ginny. » dit-il.

Après le repas, il se tourna dans sa direction, lui tendant la main.

« J'ai quelque chose à te montrer. » lança-t-il d'une voix énigmatique.

Ils entrèrent dans la seconde chambre de l'appartement, où il avait installé le faux studio de peinture. Il jeta un regard bref vers la valise posée sur le sol, contre un mur. Théodore s'approcha du chevalet qui se dressait au milieu de la pièce et tira le drap qui le recouvrait d'un geste ferme. Un portrait de Ginny était représenté sur la toile, d'un réalisme troublant. Il avait fourni la photo à l'artiste pour qu'il fasse une réplique parfaite de son visage.

« Qu'en pense-tu ? » demanda avidement Théodore.

« C'est…C'est magnifique, Théo. » dit-elle, émerveillée, les yeux brillants.

« Pas autant que toi. » assura-t-il. « Mais je suis content que ça te plaise. »

« Je… Je ne sais même pas quoi dire. » murmura-t-elle dans un souffle.

Théodore posa ses bras autour de la taille de Ginny.

« Ça m'a pris près de cinquante heures, je pense. J'ai à peine dormi ces deux derniers jours, d'ailleurs. J'étais tellement inspiré. » lui chuchota-t-il à l'oreille, avant de poser une myriade de baisers sur sa nuque.

Il fut surpris de constater qu'elle s'était mise à pleurer. Devant son insistance, elle finit par lui expliquer la raison de ses larmes.

Ginny lui raconta son passé avec son ex - du moins la version qu'il avait intégrée dans son esprit. Théodore fut surpris de l'intensité avec laquelle elle s'était imprégnée de ces événements. Il se demanda presque s'il n'avait pas exagéré. Elle ignorait pourtant que c'était de lui dont elle parlait. Il sentit une légère contrariété lorsqu'elle le décrivit mais il n'en fit rien paraître.

« Je pourrais tuer ce type pour ce qu'il t'a fait. » dit-il finalement, faisant mine de serrer des dents. « Il devrait crouler en prison pour le restant de ses jours. »

« Ça ne sera jamais le cas. C'était la meilleure chose à faire, pour moi. Partir. Je ne veux pas qu'il me retrouve. Je veux juste passer à autre chose. » dit Ginny à voix basse.

« Est-ce que tu es allée voir la police ? » interrogea Théodore, l'air avide.

« Non, et ça ne sert à rien. » avança-t-elle avec pessimisme.

« Ginny, je veux que tu saches une chose. Je ne suis pas comme ce type. » affirma-t-il. « Je ne te ferai jamais de mal. Tu le sais ? »

Elle hocha la tête, esquissant un faible sourire.

« Je sais. » dit-elle.

Il sourit intérieurement.

Sa satisfaction fut cependant de courte durée. Il avait laissé Ginny vivre en totale indépendance pendant presque six mois et elle s'était créée un nouveau cercle d'amis. Théodore observait la plupart de ces relations avec méfiance. Il était jaloux du temps qu'elle passait avec eux. Si cela ne tenait qu'à lui, il aurait été le seul bénéficiaire du temps libre de Ginny.

Lorsqu'elle mentionna une sortie nocturne avec ses collègues du Whitehaven, il garda un air impassible devant elle, même s'il bouillonnait intérieurement. L'imaginer en tenue inappropriée, ivre, devant des inconnus, sans qu'il ne soit présent, le mettait dans un état de fureur indescriptible.

Lorsque Ginny quitta l'appartement, Théodore saisit son téléphone. Il consulta le profil de Pansy Parkinson sur un réseau social. Quelques semaines plus tôt, elle avait accepté l'invitation du faux compte de Théodore. Elle passait son temps à étaler sa vie privée sur les réseaux sociaux sans aucune pudeur. Par moment, Pansy postait des photos de son entourage - y compris Ginny.

Théodore éprouvait une certaine antipathie envers Pansy. Elle avait une mauvaise influence sur Ginny. Elle était vulgaire et superficielle - tout ce qu'il détestait cordialement.

Une demi-heure plus tard, en défilant sur la page principale, Théodore vit ce qu'il attendait. Pansy avait posté une photo d'elle et Ginny sur son profil. Elle avait ajouté un commentaire :

'Les sex-symbols de Roseneath sont de sortie !'

Théodore sentit sa mâchoire se serrer. Quelques instants plus tard, Pansy posta sa localisation dans un bar près de Birmingham. Sans réfléchir, Théodore s'habilla à la hâte et quitta son appartement. Une fois dans la rue, il vérifia d'être seul dans les alentours puis transplana.

Il aperçut l'enseigne clinquante du bar à quelques mètres et il rabattit la capuche de son sweat-shirt sur sa tête avant de se diriger vers l'entrée. Il murmura un sort de confusion au videur qui le laissa entrer sans faire d'histoires. Le bar était immense et il lui fallut quelques minutes pour repérer Ginny et le reste de son groupe, installés à une table à l'autre extrémité du bar. Il trouva une place libre, suffisamment éloignée pour ne pas être remarqué mais assez proche pour avoir un bon champ de vision sur eux. L'attention de Ginny semblait rivée sur Pansy Parkinson qui faisait une démonstration sur un taureau mécanique. Il sortit son téléphone et lui envoya un message.

Tu passes une bonne soirée ?

- Théodore

Pansy vient de dépasser le record de la soirée sur le taureau mécanique - nous avons gagné une tournée grâce à elle.

- Ginny

Haha, cool. Amuse-toi bien, alors. Et fais attention à toi.

- Théodore

Il reposa son téléphone dans sa poche, laissant courir ses doigts sur la table, agité et impatient. Au fil des heures, il vit la tablée s'animer, visiblement sous l'effet de l'alcool. Lorsqu'il vit Ginny se diriger vers les toilettes, Théodore décida de passer à l'acte. Il se releva et passa près de la table, s'assurant de garder la tête baissée. A sa sortie des toilettes, elle le frôla, sans le voir, la démarche titubante.

« Accio téléphone. » murmura-t-il à voix basse en pointant l'extrémité de sa baguette sur le petit sac qu'elle portait.

Le téléphone sortit de l'ouverture du sac et atterrit dans la main de Théodore. Le bar était sombre, et personne ne semblait l'avoir vu. Théodore s'empressa de quitter les lieux. Il savait qu'utiliser sa baguette lui faisait courir un risque mais il n'aurait pas de problèmes tant qu'il ne le faisait pas directement à Roseneath.

Une fois de retour à son appartement, Théodore saisit le téléphone volé. Il tapa le code de Ginny qu'il l'avait vu composer à plusieurs reprises. Il fouilla dans son historique d'appels, ses messages et ses photos mais n'y trouva rien d'intéressant. Aux alentours de trois heures du matin, le téléphone sonna. Le nom de l'appelant s'afficha sur l'écran.

Tomasz.

Le barman, reconnut-il en fronçant les sourcils. Théodore laissa le téléphone sonner dans le vide, ressentant une vague de contrariété. Peut-être qu'elle s'était rendue compte que son portable avait disparu et que son collègue cherchait à le localiser ? Mais pourquoi était-ce lui qui l'appelait ? Après tout, elle était entourée par d'autres personnes, dont Pansy.

Théodore détestait cette paranoïa qui le rongeait. Il ne pouvait pas s'empêcher de se demander si quelque chose se tramait entre Ginny et ce type. Il observa à nouveau les conversations de Ginny avec ce dernier. A part quelques messages à quelques semaines d'intervalle, les échanges avec ce Tomasz étaient limités. Et si certains messages avaient été supprimés ? pensa-t-il.

Il posa le téléphone sur la table de chevet, tentant d'ignorer sa paranoïa, et rabattît sa couverture sur sa tête avant de s'endormir. Il fut réveillé à nouveau par la sonnerie du téléphone de Ginny. Il ne décrocha pas. Quelques instants plus tard, la notification d'un nouveau message apparut sur l'écran et il appuya dessus.

Bonjour, j'ai perdu mon téléphone hier soir. Si vous le retrouvez, pouvez-vous me contacter à ce numéro ?

La sonnerie retentit à nouveau et cette fois, Théodore décrocha. La voix de Ginny se fit entendre à l'autre bout du fil.

« Allô ? » dit-elle.

Il ferma les yeux, inspirant silencieusement. Qu'il était bon d'entendre sa voix après cette nuit désagréable passée à s'imaginer tous les pires scénarios.

« Allô ? » répéta-t-elle. « Vous avez récupéré mon téléphone. »

Théodore garda le silence et de longues secondes passèrent. Il coupa finalement la communication. Ses agissements n'étaient pas prudents, réalisa—t-il. Il avait pris son téléphone dans un but prévu. Cette fois, il éteignit le téléphone et retira complètement la batterie.

Son propre téléphone vibra, affichant le message provenant d'un numéro qu'il ne connaissait pas.

C'est Ginny, je suis encore chez Pansy. J'ai perdu mon téléphone pendant la soirée. On se voit tout à l'heure comme prévu.

Plus tard dans la soirée, lorsque Ginny arriva dans le restaurant huppé où il avait réservé une table pour le dîner avec sa ''mère'', Théodore remarqua immédiatement la préoccupation sur son visage. Le dîner se passa toutefois à merveille, et la comédienne joua son rôle à la perfection – au-dessus des attentes de Théodore. Ginny sembla aussi ravie de son interaction avec la fameuse Mrs Herald.

« Alors, qu'as-tu pensé de la soirée ? » demanda-t-il lorsqu'ils grimpèrent dans son pick-up.

« Beaucoup plus facile que ce que j'avais imaginé. » répondit Ginny.

« Je t'ai dit que tu t'inquiétais pour rien, Ginny. Ma mère est une personne facile. Avec mon père, en revanche, c'est une autre histoire. » mentit Théodore.

Sur la route du retour, il se félicita de son idée. Tout se passait parfaitement bien - en accord avec son plan.

Pourtant, les choses semblèrent déraper le soir-même. En plein milieu de la nuit, Théodore fut réveillé en sursaut par le hurlement strident de Ginny. Il se redressa en trombe, sur le qui-vive. Il lui fallut faire preuve de tout son sang-froid pour ne pas dégainer sa baguette, cachée sous ses vêtements.

Il alluma la lampe sur la table de chevet et se tourna dans sa direction, décontenancé.

« Ginny ? Que t'arrive-t-il ? » demanda-t-il.

Elle observait fixement un point au pied du lit, visiblement terrorisée. Elle paraissait en transe.

« Ginny ? » répéta Théodore, d'une voix plus insistante, cette fois-ci.

« Il y avait quelqu'un, juste ici, au-dessus du lit. » bredouilla Ginny, désignant un point face à elle, d'une main tremblante.

Il vérifia l'appartement. Toutes les ouvertures étaient closes et il ne trouva aucun signe d'effraction. A son retour dans la chambre, Théodore trouva Ginny recroquevillée sur elle-même, le corps tremblant, serrant fermement dans sa main un spray anti-agression. Il la rejoignit sur le lit.

« Il n'y a personne, Ginny. » dit-il d'une voix ferme. « La porte était fermée. Les fenêtres aussi. »

« J'ai… J'ai vraiment vu quelqu'un. » murmura-t-elle, dans un souffle. « Il était juste là, devant moi, près du lit et… »

« Tu es certaine que ce n'était pas un rêve ? » interrogea-t-il avec patience, posant une main sur son bras.

Il l'observa avec attention. Il savait que ses souvenirs seraient suffisants pour créer de la paranoïa. Pourtant, imaginer quelqu'un au pied de son lit lui semblait exagéré. Était-il allé trop loin ? Ou était-ce un effet secondaire de son sortilège ? Une autre alternative lui vint en tête, plus problématique. Et si elle avait réellement vu quelqu'un ? Après tout, Théodore n'avait pas agi de manière prudente la nuit précédente en utilisant la magie pour retrouver Ginny et subtiliser son téléphone. Se pouvait-il qu'il ait été traqué par le Ministère ? Non, impossible, tenta-t-il de se convaincre.

Théodore n'aimait toutefois pas ce sentiment de doute qui grandissait lentement en lui. Il prenait trop de risques. Il devait se reprendre, pensa—t-il. Couvrir ses arrières.

« Tu veux te recoucher ? » interrogea Théodore d'une voix douce, tandis qu'il posait un baiser au-dessus de son crâne.

« Non, je ne pourrai pas fermer l'œil. » dit-elle.

Pendant le reste de la matinée, Ginny resta murée dans un silence de carpe et il réalisa qu'il était inutile d'essayer de l'en sortir. Les jours suivants, elle resta étrangement distante. Même si Théodore était blessé par son attitude, il se força à lui donner de l'espace.

Quelques jours plus tard, il fut soulagé de recevoir un message de la part de Ginny pour lui proposer un rencard. Théodore s'empressa d'accepter. Le jour suivant, il se présenta à sa porte aux alentours de sept heures du soir, et immédiatement, Ginny se pressa contre lui pour lui donner un long baiser fiévreux.

« Wow. » dit-il, surpris par son geste. « Que me vaut cet accueil ? »

« Tu m'as manqué. » répondit-elle simplement, haussant les épaules.

« On y va ? » demanda—t-il avec un sourire satisfait. « Oh attend une seconde, j'allais oublier. »

Théodore lui tendit un sac.

« Qu'est-ce que c'est ? » interrogea-t-elle avec confusion.

« Ouvre-le. » suggéra-t-il.

Elle déchira le papier et ouvrit de grands yeux en apercevant la boîte. Il s'agissait d'un nouveau téléphone. Son cadeau n'était toutefois pas sans arrières pensées. Il avait installé un logiciel espion sur le téléphone. Cela lui permettrait de traquer sa localisation comme il le souhaitait. Il aurait également accès aux données du téléphone à distance.

« Tu n'aurais pas dû, Théo. » protesta-t-elle.

« Tu en as besoin. Et à vrai dire je l'ai eu à moitié prix dans cette boutique qui vend des appareils reconditionnés. » dit-il avec un sourire en coin. « Et puis mon dernier tableau s'est plutôt bien vendu. » ajouta-t-il, avec satisfaction.

« Merci. Mais je vais te rembourser. » assura Ginny en posant la boîte sur la table la plus proche.

« Je sais que je ne parviendrai jamais à te le faire accepter sans rien, donc je ne vais pas insister » concéda-t-il avec amusement. « Tu me rembourseras quand tu pourras. »

« Tu me connais trop bien. » dit Ginny, esquissant un sourire mutin, avant d'entourer sa nuque de ses bras.

Théodore encercla sa taille, la rapprochant de lui, ravi par cette soudaine démonstration d'affection. Il n'attendait que cela.

« Tu es superbe dans cette tenue. » la complimenta-t-il, observant la robe qu'elle portait, l'air appréciateur. « Et tu sens merveilleusement bon. »

Il plongea son visage dans la nuque de Ginny, inspirant l'odeur de sa peau et de ses cheveux. Ne pas la toucher depuis des mois avait été une véritable torture. La voir dans cette tenue, qui mettait en valeur ses épaules et ses jambes nues, le rendait fou. Il savait pourtant qu'il devait se contenir. A contrecœur, il se détacha d'elle.

« Allons-y, nous allons être en retard. » affirma-t-il.

Pendant toute la soirée, il observa attentivement la consommation d'alcool de Ginny. Puis, après leur dîner, lorsqu'ils se retrouvèrent dans un bar, il glissa une pastille dans son verre avant de le lui tendre. Elle vida rapidement le cocktail, sans se douter de ce qu'il y avait incorporé. Le matin suivant, Ginny ne sembla pas se souvenir des évènements de la veille. La substance l'avait mise dans un état confusionnel et docile, et il savait qu'elle avait également un effet amnésique.

« Tu as finalement émergé ? » demanda Théodore lorsqu'il entra dans l'appartement de Ginny. « Tu dois avoir une sacrée gueule de bois. »

« Horrible. » avoua-t-elle. « J'ai dû vraiment trop boire, je ne me souviens même pas d'être rentrée ici. »

« Tu étais complètement ivre, oui. » confirma-t-il avec un rire. « Mais tu ne te souviens vraiment pas ? »

« Oh non… Qu'est-ce que j'ai fait ? » s'étonna-t-elle, déboussolée.

Il sortit son téléphone et lui montra des vidéos prises la veille dans le bar. A cet instant, elle avait déjà ingéré la drogue, ce qui avait enlevé toutes ces inhibitions. Il avait pris des vidéos dans le pub pour ne pas éveiller ses soupçons le lendemain.

« Tu m'as ramenée jusqu'à mon lit ? » demanda-t-elle, embarrassée.

« Oui, vu ton état hier soir tu n'aurais probablement pas pu rentrer seule. Je voulais éviter de te retrouver noyée dans ton vomi, devant la porte d'entrée. » ajouta-t-il d'un ton moqueur.

Ginny lui adressa un regard noir, embarrassée. Elle jeta un regard à ses vêtements et réalisa qu'elle portait encore sa tenue de la veille.

« Tu aurais pu me forcer à me changer. » fit-elle remarquer.

« Hey ! Je te rappelle que je suis un gentleman. Je n'allais pas profiter de la situation. » mentit Théodore. « Tu n'étais vraiment pas en état de le faire seule. »

« Merci de m'avoir ramenée en un seul morceau - et je suis désolée de t'avoir fait honte. » ajouta-t-elle, en rougissant.

Les jours suivants, alors que les doutes de Théodore concernant la présence dans la chambre de Ginny s'étaient envolés, un autre incident le persuada que quelque chose clochait vraiment. Il reçut un message paniqué de la jeune femme lui demandant s'il pouvait venir la récupérer au Whitehaven plus tôt que prévu.

« Je suis devant l'entrée arrière. » dit Théodore, une fois arrivé devant le pub.

« J'arrive dans une seconde. » répondit-elle avant de raccrocher.

Elle apparut sur le trottoir opposé et s'avança vers le pick-up.

« Je croyais que tu terminais plus tard, ce soir. » s'étonna Théodore en posant un rapide baiser sur sa joue tandis qu'il démarrait le véhicule.

Il lui jeta un regard au coin de l'œil. Elle paraissait agitée et sur les nerfs.

« Frankie m'a laissée partir plus tôt. » répondit Ginny d'un ton plat.

« C'est cool de sa part. » commenta Théodore avec surprise.

« Il…il m'a retrouvée. » avoua soudainement Ginny d'une voix blanche.

« De quoi tu parles ? » l'interrogea Théodore, sans comprendre.

« Mon ex. Il est venu au bar, ce matin. Je n'étais pas là mais Tommy m'a dit qu'un type me cherchait. »

Immédiatement, Théodore se tendit, ses sourcils se fronçant. De quoi parlait-elle ?

« Comment tu sais que c'était lui ? » demanda-t-il d'une voix qu'il tenta de rendre égale.

« Il l'a décrit - cheveux noirs et yeux verts. Ça ne peut être que lui. » dit-elle en tremblant, visiblement anxieuse. « Et je… »

Les mots de Ginny le troublaient. Cheveux noir et yeux verts, avait-elle dit. Elle n'avait pas vu la personne – seul son collègue l'avait mentionné. Trop plongé dans ses pensées, Théodore ne vit que trop tard la voiture qui arrivait sur la route principale. Il s'engagea sans s'arrêter et les deux véhicules entrèrent en collision. La violence du choc le propulsa en avant, déclenchant l'airbag.

Il grimaça, sentant une douleur vive au niveau de sa tempe, où du sang s'était mis à couler abondamment. Il tourna la tête vers Ginny qui semblait être assommée mais respirait toujours, probablement à cause de la force de l'impact.

Paniqué, Théodore jura bruyamment et détacha sa propre ceinture, cherchant son téléphone dans sa poche. A travers le pare-brise, il aperçut le second véhicule, où le conducteur, un jeune homme, venait d'ouvrir la portière.

Théodore sortit à son tour.

« Qu'est-ce que vous foutez ? » s'écria l'homme avec fureur, pointant un doigt accusateur en direction de Théodore. « Vous auriez pu tuer quelqu'un ! »

Théodore savait que cette histoire lui apporterait des problèmes.

« Regardez ce que vous avez fait à ma caisse ! » continua de vociférer l'homme.

« Je n'aurais pas le choix. » murmura Théodore à voix basse, écoutant à peine l'inconnu.

Il sortit sa baguette en direction de l'homme.

« Impero. » murmura-t-il.

Immédiatement, le visage de l'homme perdit son expression furieuse.

« Tu vas conduire jusqu'à la prochaine supérette sur ton chemin et acheter de l'alcool. Ensuite, tu iras voir la police pour leur dire que tu as causé un accident sous l'influence de l'alcool et que tu t'es enfui. » ordonna Théodore d'une voix ferme.

L'homme hocha la tête, tel un zombie. Sans un mot supplémentaire, il tourna les talons en direction de son véhicule dont le côté droit était endommagé et quitta les lieux. Théodore se précipita vers la fenêtre passagère et ouvrit la portière, aidant Ginny à sortir du véhicule tandis qu'il composait le numéro des urgences avec son autre main.

Le récit de cet inconnu au bar, à la recherche de Ginny, fut suffisant pour replonger Théodore dans sa paranoïa. Quelqu'un était-il à leur recherche ?

Quelques jours plus tard, Théodore attendit que Ginny quitte son appartement pour s'y introduire. Il était difficile pour un moldu d'y entrer mais pour un sorcier, il s'agissait d'un jeu d'enfant. Il devait s'assurer de sécuriser l'appartement de Ginny comme il l'avait fait avec le sien.

Il versa de la poudre anti-transplanage dans l'un des placards de Ginny. Aucun sorcier ne pourrait entrer dans l'appartement de cette manière. Contrairement à un vrai sort anti-transplanage, l'effet de la poudre était temporaire et il devrait s'assurer de la remplacer régulièrement. Il ne voulait toutefois pas prendre de risques en utilisant sa baguette. Lorsque Théodore ouvrit la porte de l'appartement, s'apprêtant à sortir, il tomba sur Pansy Parkinson.

« Hey, snack. » salua-t-elle en retirant ses larges lunettes de soleil avant de les placer sur ses cheveux. « Je viens voir Ginny ! »

Théodore retint une grimace. Il devait trouver une excuse.

« Décidément, cette fille est une vraie plaie. » pensa-t-il.

Il tenta toutefois de prendre un sourire détaché, tandis qu'il refermait la porte de l'appartement de Ginny derrière lui dans un claquement. Il vit Pansy jeter un regard curieux à l'intérieur.

« Tu l'as raté. Elle est sortie. » répondit-il.

« Oh. » répondit-elle, avec une moue déçue. « Je voulais lui faire une visite surprise pour qu'on aille faire du shopping. »

Elle jeta un nouveau regard rapide vers la porte, puis vers Théodore.

« Elle est bientôt de retour, j'imagine ? » demanda-t-elle. « Comme tu as l'air de l'attendre dans son appartement. »

Pansy avait posé la question d'un air joyeux et détaché, comme si la réponse importait peu. Théodore savait qu'il devait se méfier des mots qu'il prononcerait. La connaissant, elle répéterait tout à Ginny quand l'occasion se présenterait.

Théodore savait que Ginny n'apprécierait pas d'apprendre qu'il s'était introduit dans son appartement sans son consentement ni sans lui en toucher un mot. Elle était paranoïaque et Pansy Parkinson en avait pleinement conscience.

« Elle ne devrait pas tarder. On peut l'attendre chez moi, si tu veux. » suggéra-t-il. « Tu veux une tasse de thé ? »

La proposition lui était sortie de la tête sans trop réfléchir. Il n'avait pas eu le temps de d'inventer une raison valable sur sa présence dans l'appartement de Ginny. Théodore devait gagner du temps pour trouver une excuse plus plausible.

Il vit une lueur d'hésitation dans les yeux de la jeune femme - qui disparut rapidement au profit d'une lueur curieuse.

« Faisons ça, alors. » dit-elle d'un ton enjoué.

Il avait déjà pris trop de risques en utilisant l'Imperium sur ce conducteur. Si le Ministère traquait l'activité de sa baguette, cela signifiait qu'ils auraient la localisation de son dernier sort, un Impardonnable, à Roseneath. Utiliser la magie ici même était trop risqué. Cela serait suffisant pour les mener directement à lui. Il fallait qu'il trouve un autre moyen.

Alors qu'il se dirigeait vers l'escalier, Théodore se rendit compte que Pansy n'avait pas bougé.

« Tu viens ? » demanda-t-il, tentant de dissimuler son impatience.

« Tu ne fermes pas la porte à clef ? » demanda Pansy d'un ton entendu.

« Quel idiot… Je l'ai laissée à l'intérieur. » mentit-il.

Il ne pouvait pas lui avouer qu'il n'avait pas de double - cela serait bien trop suspicieux.

« C'est juste qu'une porte laissée comme ça est plus facile à forcer. » dit-elle en haussant les épaules. « Ginny est super précautionneuse avec ça. Tu sais avec l'histoire de son ex, et tout ça. »

Pansy avait lancé cela sur le ton de la conversation mais il remarqua qu'elle l'observait attentivement, comme si elle attendait sa réaction. Il jura intérieurement. Quel idiot, pensa-t-il. Il n'aurait pas dû dire ça.

« Elle sera bientôt de retour, ça ira. » dit-il d'une voix plus assurée.

Pansy hocha la tête et le suivit dans les escaliers en sifflant d'un air joyeux. Tandis qu'ils rejoignaient son appartement, elle lui raconta des détails insignifiants sur sa vie.

Merlin, qu'elle est insupportable, pensa Théodore, s'efforçant de rester calme. Il avait rarement rencontré une personne aussi irritante dans sa vie.

« Sympa, chez toi ! » commenta-t-elle avec excitation, lorsqu'ils entrèrent chez lui. « Très… artistique. »

« Installe-toi. » suggéra-t-il en désignant le sofa d'un geste de la main. « Je vais préparer du thé. »

Théodore se dirigea vers le coin cuisine du séjour pendant que Pansy se laissait choir dans le canapé, posant ses pieds sur celui-ci sans aucune gêne.

Je dois trouver une solution, pensa-t-il tandis qu'il mettait de l'eau à chauffer. Il ne pouvait pas se permettre de perdre la confiance de Ginny après tous ses efforts. Pas de cette façon. Il avait tout calculé de manière minutieuse - il n'avait pas le droit à l'erreur. Théodore versa l'eau dans une théière et la posa sur le service à thé avant de se diriger vers le canapé. Il vit Pansy saisir son téléphone.

« Je vais appeler Ginny ! La prévenir que je suis ici. » dit-elle.

« Non ! » s'exclama-t-il.

Elle lui jeta un regard médusé, visiblement surprise par le ton de sa voix. Théodore se maudit intérieurement pour son éclat.

« Je veux dire, elle est bientôt de retour. » s'empressa-t-il de rajouter, reprenant une voix plus contrôlée. « Et elle est occupée en ce moment, ce serait mieux de ne pas la déranger. »

« Pas de soucis, je peux juste lui laisser un petit message. » dit-elle, tandis qu'elle tapait sur l'écran du portable.

Immédiatement, Théodore se dirigea vers elle et retira le téléphone de ses mains d'un geste brutal. Pansy leva les yeux dans sa direction, la bouche ouverte, visiblement choquée.

« Qu'est-ce que tu… » commença-elle, estomaquée.

Avant que Pansy ne puisse terminer sa phrase, Théodore avait saisi la théière et l'avait fracassé contre le coin de sa tête. Le verre se brisa violemment sur son front et elle tomba sur le sol, gémissant de douleur.

Théodore l'observa sans bouger, comme un spectateur en dehors de son propre corps. Lorsqu'il reprit ses esprits, l'ampleur de son acte le frappa violemment. Poussé par un instinct de survie, il n'avait eu qu'un désir. Arrêter Pansy Parkinson.

Elle gémissait toujours à ses pieds, éprise de douleur. Elle tenta de ramper, et tendit le bras pour attraper son téléphone, tombé au sol. Ce dernier écrasa violemment sa main et Pansy lâcha un hurlement perçant. Théodore alluma la télévision et augmenta le volume. Il se pencha vers la jeune femme et la tira par les cheveux.

« Tu la fermes. » ordonna-t-il en posant une main sur sa bouche pour la forcer à garder le silence et couvrir ses cris.

Pansy tenta de se débattre tandis qu'il la tirait à travers le séjour. A l'aide de son bras, il entoura sa nuque dans une clef de tête et serra de toutes ses forces. Après quelques secondes, elle cessa de se débattre, tombant dans l'inconscience à cause du manque d'oxygène. Théodore tira sa silhouette immobile dans le studio, la plaçant sur une chaise avant de la ligoter fermement. Il plaça un ruban adhésif sur sa bouche.

Lorsqu'elle reprit connaissance, quelques instants plus tard, Théodore faisait les cent pas dans la pièce, son visage en sueur. Il l'entendit gémir contre le ruban. Une lueur de terreur était visible dans ses yeux.

« Tu aurais dû t'occuper de tes putains d'affaires. Mais non… Il fallait encore que tu fourres ton nez dans des choses qui ne te regardent pas. » dit-il entre ses dents, avec fureur.

Théodore se tourna vers elle, pointant un doigt accusateur dans sa direction.

« Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. C'est de ta faute, si nous en sommes là. » assura-t-il. « Ta faute. »

D'un geste rageur, il envoya son point contre la porte. Immédiatement, les gémissements de Pansy s'amplifièrent. Elle secouait sa chaise, tentant désespérément de s'extirper de ses liens.

Soudainement, une musique rythmée retentit dans la pièce et il jeta un regard au portable de Pansy, qu'il avait posé sur la commode. Théodore se dirigea vers le téléphone et lut le nom de l'appel entrant. ''Sponsor''

« Sponsor ? » répéta-t-il en regardant l'écran.

Après plusieurs sonneries dans le vide, l'écran redevint noir. Il le ralluma et tomba sur l'écran verrouillé par empreinte digitale. Il se dirigea vers Pansy et tira sa main d'un geste brutal. Elle tenta d'entrelacer ses deux mains pour l'empêcher d'avoir accès à ses doigts.

« Continue de résister et tu vas le regretter, crois-moi. » gronda—t-il d'une voix menaçante.

Immédiatement, elle arrêta de bouger. Impuissante, Pansy posa son index sur le téléphone et le portable se déverrouilla.

« Je vais enlever le ruban de ta bouche. Pas la peine de crier, personne ne t'entendra de cette pièce. Si tu te comportes comme je te le demande, tout ira bien. Compris ? » demanda Théodore.

Elle secoua la tête en signe d'approbation. D'un geste sec, il retira le ruban fermement collé à sa bouche. Elle émit une exclamation de douleur.

« Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? » questionna Pansy d'une voix chevrotante.

« Je te l'ai dit. Il fallait que tu fourres ton nez dans mes affaires. » répliqua Théodore.

« Je savais qu'il y avait quelque chose de suspect chez toi. » dit-elle, les larmes aux yeux. « Tu étais trop parfait. Je savais que ça cachait quelque chose. »

Un sourire désabusé s'étira sur les lèvres de Théodore mais il ne répondit pas. Il consulta le téléphone de Pansy.

« C'est qui, ce sponsor ? »

Elle garda le silence pendant quelques instants. Puis, semblant décider que ce n'était pas une bonne idée, Pansy consentit à répondre.

« C'est le type que je fréquente. » informa-t-elle à contrecœur. « Nous avons rendez-vous ce soir. Il va s'inquiéter s'il ne me voit pas arriver, tout à l'heure. »

Une nouvelle fois, Théodore l'ignora et saisit le sac à main de la jeune femme. A l'intérieur, il trouva du parfum, des produits de beauté, du maquillage, de la lingerie et une liasse d'argent. Ses yeux se froncèrent lorsqu'il extirpa une longue perruque rousse du sac.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? » demanda-t-il à l'attention de Pansy.

« Il aime bien les jeux de rôles. » répondit-elle en haussant les épaules.

« Qu'est-ce que tu es, au juste ? Une sorte d'escort girl ? » interrogea-t-il avec un profond dégoût.

Il aurait dû s'en douter. Cette femme était une vraie traînée. Il n'était pas étonné qu'elle vende son corps pour une liasse de billets. Il avait toujours regardé d'un œil méfiant sa relation avec Ginny. Théodore était pourtant loin de se douter que ses vices allaient aussi loin.

« Non ! » s'exclama-t-elle, insultée.

Il savait qu'elle mentait. Toutefois il n'avait pas le temps de jouer aux devinettes et ses activités extraprofessionnelles lui importaient peu. Il avait d'autres problèmes plus pressants en tête. Si Pansy disait vrai, et que ce fameux Sponsor s'attendait à la voir le soir même, ce serait problématique.

Heureusement pour lui, Ginny ne savait rien de la visite de Pansy. Cette dernière avait mentionné une visite surprise. Théodore vérifia rapidement dans le téléphone mais ne trouva pas d'appel ou de message à Ginny pendant la journée. Elle n'avait donc pas menti.

La situation était toutefois problématique et Théodore était déjà allé trop loin. Inventer un mensonge ne servait désormais plus à rien. Seule la magie pourrait l'aider. L'imperium ne lui servirait pas dans sa situation. Un sort d'Amnésie lui semblait plus adéquat. Il savait pourtant mieux que quiconque que cette méthode n'était pas infaillible. Il était possible que Pansy recouvre des souvenirs, comme Ginny l'avait fait à plusieurs reprises.

Frustré, Théodore enfouit son visage dans ses mains, poussant une exclamation contrariée. Il prit une longue inspiration pour se calmer.

« Est-ce que je peux manger quelque chose ? » demanda Pansy. « Je n'ai pas mangé de la journée, et je meurs de faim. »

Elle avait parlé d'une voix timide - ce qui ne lui ressemblait guère.

« Attends-ici. » ordonna-t-il avant de quitter la pièce.

A son retour, Théodore enleva les liens de ses mains et lui tendit un paquet de chips et une barre de céréales - les seules provisions qui lui restaient. Pansy mordit avidement dans la barre de céréales avant de vider d'un trait le verre d'eau que Théodore lui avait apporté.

« Est-ce que je peux aller aux toilettes ? Je ne vais pas arriver à me retenir plus longtemps. » plaida-elle.

Il leva les yeux au ciel. Même ligotée, elle devait faire sa diva.

« Pas de bêtises. » prévint-il avant de retirer les liens de ses jambes. « Lève-toi. »

Pansy s'exécuta et d'un pas prudent, s'avança vers la porte, sous le regard attentif de Théodore.

« A gauche. » ordonna-t-il en désignant la porte des toilettes.

Lorsqu'elle entra à l'intérieur, Pansy esquissa un geste pour fermer la porte mais Théodore retint son pied, l'empêchant de la clore complètement.

« Est-ce que je peux avoir un peu d'intimité ? Ou tu veux prendre ton pied à me regarder pisser ? » demanda-t-elle d'un ton venimeux.

Théodore grimaça et ferma la porte d'un geste sec. Elle sortit quelques instants plus tard. Tandis qu'ils se dirigeaient à nouveau vers la porte du studio, Pansy se retourna brusquement et lança son pied en direction de son entrejambe. Théodore laissa échapper un hurlement tandis qu'il tombait à terre, se prostrant de douleur. Pansy s'était ruée vers le séjour.

Théodore grimaça, le souffle coupé. Il se releva difficilement et se dirigea d'un pas oscillant vers le living-room à son tour. Pansy tentait désespérément d'ouvrir la porte, hurlant à travers celle-ci. La porte resta toutefois résolument close et la télévision, allumée à plein régime, couvrait ses hurlements.

« C'est verrouillé. Ça ne sert à rien. » dit-il d'une voix traînante.

Pansy hurla et se retourna vers lui, cherchant autour d'elle un moyen de s'enfuir. Elle se rua vers la fenêtre du séjour. Théodore l'observa sans bouger.

« Ça ne sert à rien. » répéta Théodore avec une grimace.

Quelques secondes plus tard, les gestes de Pansy se firent plus lents et elle tituba. Elle tenta de s'accrocher aux meubles qui l'entouraient avant de s'effondrer sur le sol, sous les effets du cocktail puissant de drogues qu'il avait ajouté dans son verre d'eau. Théodore agrippa sa figure immobile pour la ramener dans le studio.

« Je vais essayer de chercher une autre solution. Tu as intérêt à espérer que j'y parvienne. » dit-il avant de quitter la pièce, la plongeant totalement dans l'obscurité.

Pendant les jours qui suivirent, Théodore dut agir comme si de rien n'était devant Ginny tandis que Pansy Parkinson était ligotée dans son appartement. Il avait continué à la droguer, ce qui la laissait dans un état de léthargie continuelle. Il ne pouvait pas se permettre d'attirer l'attention du voisinage avec ses cris.

Le téléphone de Pansy ne cessa de sonner. La plupart des appels venaient de son Sponsor, du patron du Whitehaven et de Ginny. Théodore le laissa sonner dans le vide. Ginny semblait particulièrement préoccupée par la disparition de Pansy. Quelques jours plus tard, elle insista pour qu'ils se rendent au domicile de cette dernière, après son service au pub.

« Il n'est pas un peu tard pour se rendre chez les gens ? » interrogea Théodore, tentant de la dissuader.

« Je sais mais c'est une urgence. » répondit Ginny avant d'appuyer fermement sur la sonnette de la maison, faisant retentir une sonnerie stridente.

Un homme ouvrit la porte - probablement l'un des colocataires de Pansy. Théodore écouta son échange avec Ginny, d'un air attentif. Il la suivit dans l'escalier lorsqu'elle demanda l'autorisation d'entrer dans la chambre de Pansy. Lorsqu'ils retrouvèrent le colocataire devant la porte, Théodore l'interrogea :

« Quand l'as-tu vue pour la dernière fois, exactement ? »

« Mercredi. » répondit James d'une voix neutre. « Elle est sortie dans l'après-midi. »

« Tu sais où elle a pu aller ? » demanda Ginny.

« Je ne suis pas sa baby-sitter. » répliqua James d'un ton hostile.

Ginny échangea un regard avec Théodore, probablement alertée par le ton de l'homme. Elle s'imaginait sans doute qu'il était impliqué.

« Maintenant que je m'en souviens… Elle a dit qu'elle allait chez toi. » dit-il à l'attention de Ginny.

Immédiatement, Théodore se tendit.

« Chez moi ? » répéta Ginny en fronçant les sourcils.

« C'est ça. » confirma le colocataire.

« Je ne l'ai pas vue, et elle ne m'a jamais appelée. » lança Ginny.

« C'est ce qu'elle a dit. Qui sait…Elle est probablement encore dans une afterparty de trois jours, défoncée aux champignons hallucinogènes. C'est bien son style. » répliqua-t-il d'un ton dédaigneux, les yeux emplis de jugement. « Je dois aller dormir. Je travaille tôt demain. D'ailleurs quand tu la verras, dis-lui qu'elle me doit sa part du loyer. »

Ils quittèrent la maison. Théodore jeta un regard bref en direction de Ginny, dont le visage était blanc comme un linge. Il posa un bras autour de sa taille pour la rassurer.

« Je suis certain qu'il y a une explication et qu'on va la retrouver. » assura-t-il d'une voix confiante. « Peut-être qu'elle est allée voir de la famille ? »

Ginny ne parut pas convaincue par ses mots et le retour se fit en silence. Théodore pouvait sentir la nervosité monter en lui.

« Tu ne viens pas ? » lui demanda Ginny quand il posa un baiser sur ses lèvres et se dirigea vers le couloir menant à son propre appartement.

Il avait espéré rentrer chez lui pour gérer son problème. Il ne voulait toutefois pas susciter les suspicions de Ginny.

« Je vais chercher quelques affaires et j'arrive. » mentit Théodore avant de s'éloigner.

Lorsqu'il entra dans le studio, il trouva Pansy, la tête baissée, le teint pâle. Elle paraissait épuisée, sous l'effet des drogues tranquillisantes ingérées depuis des jours. Elle s'était à peine restaurée et semblait extrêmement faible.

A l'entrée de Théodore dans la pièce, elle releva la tête, et commença à murmurer des paroles incompréhensibles.

« Je t'en supplie… Laisse-moi partir… » dit-elle d'un ton saccadé, ayant visiblement des difficultés à parler.

Soudainement, elle commença à se lamenter. Elle paraissait en plein délire - un autre effet de la drogue.

« C'est mon karma, c'est ça ? Parce que j'ai menti ? » demanda-t-elle en gémissant.

« De quoi tu parles ? » demanda-t-il.

« Je ne suis pas enceinte… J'ai menti…Je voulais juste lui soutirer de l'argent… » avoua-t-elle entre ses larmes.

Théodore leva les yeux au ciel.

« Ça n'a plus d'importance de toute façon. » dit-il d'une voix ferme en sortant un sac plastique.

Il se dirigea vers elle et le plaça sur sa tête. Elle tenta de se débattre mais ses tentatives semblaient bien faibles, à cause de son état d'épuisement général.

« Tant que ce n'est pas parfait, tu recommenceras. » pensa-t-il avant de quitter la pièce, ignorant les exclamations étouffées de la jeune femme.

Théodore rejoignit l'appartement de Ginny. Il dormit à peine cette nuit-là. Il passa les heures suivantes à observer la jeune femme qui dormait profondément à ses côtés, ne se doutant pas une seule seconde qu'il venait de causer la mort de son amie, un étage plus bas.

Elle sembla passer une nuit agitée elle aussi, se retournant dans tous les sens, visiblement éprise de songes désagréables. Lorsque le réveil de Théodore retentit, aux premières heures de la matinée, il murmura à son oreille :

« Je ne pourrais pas passer la journée avec toi, aujourd'hui. Avec un peu de chance, j'aurais terminé mon tableau cet après-midi. »

« Très bien. Il faut que j'aille à Birmingham, de toute façon. » dit Ginny d'une voix ensommeillée.

« Parfait. » pensa-t-il.

Cela lui donnerait plus de temps pour ce qu'il s'apprêtait à faire. Lorsqu'il entra à nouveau dans son appartement, une odeur désagréable lui parvint au nez. En entrant dans le studio, l'odeur s'intensifia. Il savait ce que cela signifiait. Il enfila des gants en latex puis retira le sac plastique.

Elle était morte, constata-t-il sans émotion particulière. Immédiatement, il fut traversé par une impression de déjà-vu. La vue du corps de sa mère au sol, immobile, quelques années plus tôt. Il secoua la tête pour chasser cette vision de son esprit. Elles étaient les seules responsables de leur sort.

Théodore sortit l'une des caisses pliées qu'il utilisait pour transporter les larges tableaux de l'artiste. Il s'en servirait pour se débarrasser du corps. Il devrait simplement s'assurer de le faire entrer d'une manière ou d'une autre. Il avait une scie quelque part dans ses affaires.

Lorsqu'il eut terminé, Théodore referma la caisse et la ferma à l'aide de clous. Il s'empara ensuite de produits nettoyants les plus puissants qu'il put trouver pour faire disparaître le sang. L'opération dura plusieurs heures. Une fois qu'il eut terminé, il ouvrit son coffre-fort, dissimulé derrière un tableau dans sa chambre. Il contenait deux clefs - un double du studio et la clef d'une unité de stockage qu'il louait près de Birmingham. Il utiliserait l'endroit pour cacher les accessoires de son crime en attendant de trouver un moyen de s'en débarrasser. Théodore attendit le début de la soirée pour saisir la caisse et la placer dans sa voiture. Alors qu'il s'apprêtait à fermer la benne du pick-up pour retourner récupérer le reste de ses affaires dans l'appartement, Ginny apparut à côté du véhicule. Théodore se stoppa, refermant la porte de la benne du pick-up d'un geste brusque, espérant qu'elle ne jetterait pas de regards vers le contenu.

La jeune femme paraissait toutefois agitée, et ne sembla pas y porter attention.

« Je croyais que tu partais demain. » dit Ginny lorsqu'elle parvint à sa hauteur.

« Mon agente veut que j'aille dîner avec l'un de ses contacts ce soir. Ça sera bon pour le réseautage, selon elle. » mentit Théodore, feignant d'être ennuyé. « Elle passe son temps à me demander de faire des choses - on dirait ma mère. »

« J'ai croisé ta mère tout à l'heure. A Birmingham. » admit-elle avec gêne.

Théodore ouvrit de grands yeux surpris.

« Vraiment ? » dit-il, incertain.

« C'était bizarre - j'ai presque cru pendant un instant qu'elle ne se souvenait pas de moi. » ajouta Ginny avec un rire nerveux.

A nouveau, Théodore jura intérieurement. Que se passait-il ? A chaque fois qu'il pensait avoir réglé un problème, un autre se présentait. Avait-elle rencontré la comédienne qu'il avait engagé pour jouer le rôle de sa mère pendant ce dîner. Il ne put dissimuler la lueur alarmée qui apparut sur ses traits.

« Est-ce que tout va bien, Théo ? » demanda Ginny.

« Ma mère a quelques… problèmes depuis ces derniers mois. Rien de grave, rassure-toi. Enfin c'est ce que je pensais jusqu'à maintenant. On pense que c'est de l'Alzheimer précoce. » mentit-il, prenant une mine préoccupée. « Je vais passer la voir sur la route, m'assurer que tout va bien. »

Ginny ouvrit la bouche, surprise. Elle semblait le croire.

« Est-ce que je peux faire quelque chose ? » demanda Ginny d'une voix douce.

« Non, ça ira. Je t'appelle ce soir. » assura-t-il d'un ton impatient.

Théodore s'empressa de grimper dans son pick-up, pour éviter que la conversation ne s'éternise. Il gérerait la situation une fois qu'il aurait réglé son problème actuel - Pansy Parkinson.

Théodore conduisit pendant deux heures trente jusqu'à un comté éloigné et se débarrassa de la caisse contenant le corps dans un lac. Lorsqu'il remonta dans le pick-up, Théodore remarqua que son téléphone n'était pas dans sa poche. Il fronça les sourcils, craignant l'avoir fait tomber pendant sa marche vers le lac.

Il saisit le second téléphone qu'il gardait dans sa voiture - un téléphone prépayé qu'il utilisait en cas d'urgence pour garder un anonymat total. Il composa son numéro et le téléphone sonna pendant plusieurs secondes, avant de tomber sur une voix automatique lui demandant de laisser un message. Il se souvint ensuite qu'il l'avait probablement oublié dans son appartement. Il avait été surpris par l'arrivée de Ginny et leur conversation l'avait troublée. Il était parti à la hâte sans récupérer le reste de ses affaires.

« Pour accéder à votre messagerie, veuillez taper votre code secret puis appuyer sur dièse. » lança la voix automatique.

Il s'exécuta.

« Vous avez un nouveau message. » poursuivit la voix.

Il fronça les sourcils lorsqu'il entendit la voix paniquée de Ginny.

« Théodore, c'est Ginny. Il m'a retrouvée. Il a essayé de forcer la porte de ton appartement. Je ne peux plus rester ici, c'est trop dangereux. Appelle-moi dès que tu pourras. »

Les bras de Théodore s'étaient figés sur le volant tandis que les mots percutaient son esprit. Il l'écouta le message une seconde fois puis une troisième pour être certain. Il laissa échapper un juron, frappant le volant avec violence.

Quelqu'un avait essayé de s'introduire dans son appartement, songea-t-il avec horreur. Il hésita à transplaner immédiatement. Il savait toutefois qu'il ne pouvait pas laisser le pick-up dans cet endroit, aussi près du corps qu'il venait d'abandonner. Il démarra en trombe, s'élançant sur la route vide à toute allure, ignorant les limitations de vitesse. Théodore conduisit une demi-heure avant de garer la voiture dans une ruelle vide, s'assurant qu'il était désormais assez loin du lieu où il avait laissé le corps de Pansy.

Il transplana dans la cour arrière de son immeuble, à l'abri des regards, près de bosquets en hauteur. En trombe, il entra dans le bâtiment et traversa le couloir pour rejoindre son appartement. Il vit la serrure forcée sur la porte et une panique latente le saisit. Quelqu'un était entré.

Théodore saisit sa baguette d'un geste ferme, puis entra à l'intérieur.


La grosse révélation. Plutôt horrible n'est-ce pas ? J'ai mis du temps à l'écrire. Premièrement parce qu'il est très long, mais aussi à cause du contenu - pas forcément simple à supporter !

A bientôt pour le dénouement et le dernier chapitre de cette histoire !

Fearless