Je me demande comment j'ai fait pour vivre sans ce ship.

Devinez quoi?

J'ai encore un chapitre après celui-là. Je me déprime moi-même. Quand je pense que c'était censé être un OS... J'en peux plus.

J'espère que ce chapitre vous plaira, et que vous ne m'en voudrez pas de choisir en grande partie la facilité (mais vous le saviez déjà!)

Merci infiniment à ZeegZag pour cet énorme délire, s'il y a du bon dans cette fic sans fin, c'est grâce à lui.

Warning: Il y a encore un lemon dans ce chapitre ; idem que pour le chapitre précédent, puisque ça n'était pas prévu à la sortie de cette fic, je l'ai gardé aussi suggestif et le moins explicite possible, mais vous pouvez totalement le passer si vous n'êtes pas confortable avec ça. (De toute façon, vu la qualité de mes nouveaux lemons peut-être que tout le monde devrait les skipper, mais soit.)

Bonne lecture!


Circumstance


Deux ans.

Il fallut deux ans à la Shinra pour rapatrier ses First Class de Wutaï après d'innombrables batailles, la victoire enfin suffisamment en vue pour qu'ils puissent laisser des Second Class sur place et accorder à leurs héros le retour au pays.

Il n'y eut pas d'hélicoptère pour les déposer rapidement en haut de la Tour cette fois, pas plus qu'un camion militaire ayant connu des jours meilleurs pour les emmener dans les hangars obscurs sous la Tour Shinra ; rien d'un tant soit peu discret. Le Président Shinra s'arrangea plutôt pour que la ville entière les voie revenir et pour que les chaines de télévision internationales captent les meilleures images du premier retour des trois First Class depuis plus d'un an.

Lazard les avait mis au courant d'un tel plan marketing quelques heures avant qu'ils ne quittent le camp. Forcément, mis au pied du mur par le Président Shinra lui-même, Sephiroth s'était retrouvé sans autre choix que celui d'accepter.

Il fixait encore son PHS désormais inerte d'un air mauvais quand Genesis osa demander :

-Alors ? On rentre ou pas ?

Sephiroth serra les mâchoires, puis répondit :

-On rentre, oui.

-Pourquoi cette tête d'enterrement, alors ? demanda Angeal. C'est une bonne nouvelle.

-Ils veulent nous faire rentrer en jet privé et nous faire saluer la foule, comme si on était des stars de cinéma…

Genesis haussa les épaules :

-Ça me va. Tant qu'on rentre.

Angeal n'avait pas non plus très envie de protester. Après tout, il s'attendait bien à quelque chose du genre de la part de la Shinra ; c'était certain qu'ils n'allaient pas se passer d'un si bon coup de pub.

-Vous ne trouvez pas ça inadmissible ? continua Sephiroth, incertain face à l'impassibilité de ses deux seconds. On rentre de deux ans de front, et ils veulent qu'on traverse Midgar en uniforme de cérémonie pendant des heures ? On est épuisés !

Genesis leva les yeux au ciel.

-Oui enfin, surtout Angeal et moi, toi tu pourrais encore rester ici dix ans que ça ne te ferait rien.

Sephiroth se contenta de fixer son second, fatigué. Genesis soupira en réponse. De l'autre côté de la tente, Angeal décida d'emblée de laisser Genesis gérer ça, pas extrêmement motivé à l'idée de s'interposer entre ses deux amis.

Sephiroth et Genesis étaient tous les deux parvenus à garder leur relation la plus secrète possible à l'exception notable d'Angeal, qui était le seul à pouvoir surprendre de temps à autre une caresse affectueuse ou un baiser volé dans l'intimité relative de la tente de commandement. Malgré ça, ses deux amis étaient restés entièrement focalisés sur la guerre, et le ton entre le Général et son second montait encore très (voire trop) souvent.

Le triangle parfaitement équilibré qu'ils formaient, si cher au cœur de Genesis, n'avait en rien pâti de leur rapprochement, c'en fut même presque l'exact contraire ; Genesis agissant désormais comme une sorte de passerelle de compréhension entre les deux caractères si différents de Sephiroth et d'Angeal.

-J'apprécie ton inquiétude, Seph, vraiment, mais il fallait s'attendre à une démonstration pareille, soupirait Genesis. On a pour ainsi dire déjà gagné, et on en revient tous les trois. Même pour Lazard, c'était inespéré.

-Peut-être, mais ils pourraient attendre avant de nous exposer comme ça. Je ne suis pas responsable de leur piètre estime de nos capacités.

Angeal soupira et massa ses tempes. Il ne savait finalement pas, de Genesis ou de Sephiroth, lequel était le plus têtu. Il pensait avoir atteint un sommet depuis des années avec son meilleur ami d'enfance, mais le roux avait sacrément déteint sur le Général durant ces deux ans. Il intervint enfin dans la discussion, impatient de pouvoir mettre les voiles :

-On n'a pas le choix, de toute façon, on peut en parler autant qu'on veut, on sera devant la population entière de Midgar d'ici huit heures, alors faites vos sacs parce que je ne reste pas ici une minute de plus que nécessaire.

Sephiroth sembla ravaler sa frustration et Genesis lui adressa un regard reconnaissant.


Huit heures plus tard, ce fut donc un Général sur les nerfs et deux Commandants résignés qui posèrent le pied sur le sol de Midgar.

Genesis fut forcé de reconnaitre que Sephiroth avait eu raison ; on aurait dit que la totalité de la population s'était réunie là, juste derrière quelques barrières pour les acclamer, s'étendant à perte de vue dans les rues adjacentes. Ce n'était pas le seul point sur lequel le Général ne s'était pas trompé, et ça, Genesis en était certain : il était épuisé. Il n'était même pas sûr de réussir à tenir sur ses jambes jusqu'à la Tour.

À Wutaï, l'adrénaline faisait beaucoup pour les garder éveillés et alertes, faisant des merveilles avec les limites toujours plus souples du corps d'un homme, mais depuis qu'ils avaient décollé, la pression et la peur avaient totalement laissé leur place au soulagement, et forcément la fatigue accumulée pendant des mois les avait rattrapés en quelques minutes de calme.

Même s'ils l'avaient fait avec des gestes lents et en prenant considérablement leur temps, ils avaient déjà eu du mal à revêtir leurs uniformes de cérémonie que le Président Shinra avait fait placer dans le jet à leur intention, alors traverser l'entièreté du secteur huit pour rejoindre la Tour, tout en faisant semblant de sourire et de saluer la foule, ça leur semblait clairement au-dessus de leurs forces.

-Dernière étape, souffla d'ailleurs Angeal en poussant Genesis, descendu du jet en premier, sur les quelques marches qui reliaient l'entrée de l'avion à la terre ferme.

Les deux Commandants surent exactement à quel moment Sephiroth s'était décidé à sortir lui aussi du jet : la foule se mit à hurler comme un seul homme et les barrières tanguèrent violemment sous l'assaut du peuple. Retransmise sur des dizaines d'écrans géants, la descente du Démon du Wutaï, comme on se plaisait à l'appeler ces temps-ci, était immanquable.

-Génial, fit Genesis, sarcastique, en marquant une pause en bas des marches.

Angeal s'écarta de lui, juste assez pour que Sephiroth puisse venir se placer entre eux deux. Genesis faillit se moquer du Général quand il l'entendit soupirer discrètement, mais il n'était pas sûr de pouvoir retenir ses propres bâillements durant toute la marche, alors il s'abstint.

Ils s'avancèrent ensemble sur la route laissée vide pour eux, entre les deux trottoirs où se pressaient sans distinction hommes, femmes et enfants, leurs bras tendus vers le héros de la Shinra.

Sephiroth sentit distinctement Genesis se rapprocher de lui, mais il était incapable de savoir s'il l'avait fait par instinct de protection ou par jalousie. Peu importe la raison, cependant, la chaleur et le soutien du roux étaient plus que bienvenus.

-Souris aux gamins, Angeal, souffla Genesis. Tu es le seul qui puisse encore le faire.

-Pourquoi moi ?

-Si j'utilise encore un seul autre muscle de mon corps, je m'effondre là, dramatisa son meilleur ami, arrachant un maigre sourire à Sephiroth.

Durant ce qu'ils ressentirent comme des heures, ils avancèrent en minuscule procession, suivis d'une fanfare dont Angeal serait bien mal pris de donner le moment exact où elle avait commencé à jouer, jusqu'à l'entrée de la Tour où les attendaient le Président Shinra, Lazard et Heidegger. Angeal sentit son cœur se pincer ; aucune trace de Rufus.

Comme s'il avait étonnamment senti sa déception, Sephiroth frôla son épaule de la sienne et lui adressa un regard compatissant. De l'autre côté du Général, Genesis fronçait les sourcils devant l'absence du blond. Angeal se sentit étrangement soutenu, assez pour lui faire refouler sa tristesse au second plan.

-Messieurs ! s'exclama le Président en écartant les bras. Quel bonheur de vous voir tous les trois de retour, victorieux et en pleine santé !

Sephiroth s'avança, laissant derrière lui ses seconds, pour serrer la main de Shinra.

-Tout l'honneur est pour nous, monsieur le Président. Nous n'avons fait que notre devoir envers la Shinra.

Genesis aurait pu parier qu'il avait vu le vieil homme rougir très légèrement de contentement, avant qu'il ne se tourne vers eux pour les saluer à leur tour.

Angeal et Genesis voulurent ensuite s'écarter, pour que les photographes et chaines de télévision présents puissent avoir uniquement Sephiroth et le Président dans leurs objectifs, mais le Général les retint discrètement d'un seul regard polaire et même Genesis n'osa pas se défiler.

-Nous avons une conférence de presse qui peut s'organiser immédiatement, si vous êtes prêts, messieurs, leur annonça le Président.

Genesis crut commencer un malaise, et Sephiroth ouvrit la bouche pour protester, toute considération pour la hiérarchie envolée, quand Lazard avança d'un pas :

-Si je peux me permettre, monsieur le Président, il serait probablement sage de leur accorder au moins un jour de repos avant de les bombarder de questions. J'ose vous rappeler que le Général et ses hommes reviennent de longs mois passés à tenir le front d'une guerre particulièrement éprouvante.

Le Président agita sa main, comme si Lazard n'avait été qu'une simple mouche dérangeante, tout en acceptant :

-Très juste, très juste, Directeur, veuillez pardonner mon impatience, Général, nous sommes tous tellement brûlants d'entendre vos récits !

Angeal repoussa l'image absurde de boy-scouts au coin du feu, se racontant avec plaisir des histoires de batailles sanglantes, d'innombrables morts et de blessures terribles ; ce n'était probablement pas la vision que le Président voulait évoquer, du moins l'espérait-il. Genesis, de son côté, adressa le regard le plus reconnaissant de sa courte vie à Lazard, qui le lui rendit d'un signe de tête courtois.

Sur ces entrefaites, les trois First Class purent enfin entrer dans la Tour, accueillis par les applaudissements et les cris des employés réunis dans le hall. Ils saluèrent leurs quelques connaissances, dont Troy et Jason qui se jetèrent dans les bras d'Angeal et de Genesis. Dépassant la foule d'une bonne tête, Sephiroth remarqua soudain la tache rouge vif des cheveux de Reno qui fendait la foule, ce qui était indubitablement Rufus Shinra dans son sillage. Le Général saisit discrètement le bras d'Angeal, encore occupé à serrer les épaules de Troy dans ses deux mains, un sourire radieux aux lèvres, pour le faire pivoter et le placer dans la trajectoire directe du Vice-Président. Troy, ébahi, se retrouva par conséquent face à face avec le héros de la Shinra, qui lui adressa un demi-sourire en lui tendant sa main droite :

-Second Class Troy Miller, je présume ? Angeal et Genesis m'ont mis au courant de votre promotion, toutes mes félicitations, soldat.

Troy s'empressa de serrer sa main dans la sienne.

-Merci Général ! Avec l'élite du programme au front, il a bien fallu assurer la sécurité du reste du monde. Même si j'aurais préféré servir sous vos ordres !

-Prenez garde à ce que vous souhaitez, Miller, répondit froidement le Général.

-Il a raison, Troy, intervint Genesis. C'était pas super drôle.

-Non, je me doute… Désolé…

Pendant que Troy rougissait d'embarras devant le regard moqueur de Genesis, Angeal se retrouvait nez à nez avec Reno.

-Commandant ! s'exclama immédiatement le Turk avec son fameux sourire en coin. Ravi de vous revoir en un seul morceau !

-Écarte-toi, Reno, fit une voix impérieuse derrière lui.

Reno ne sembla pas se formaliser du ton sec utilisé, et se contenta de se décaler, laissant enfin Rufus Shinra approcher Angeal.

Les deux hommes se fixèrent une poignée de secondes, immobiles, avant que Rufus ne réussisse à souffler :

-Donc vous êtes revenu.

Angeal ne répondit pas. Il tendit la main, comme un automatisme, avec l'objectif semi-conscient de la poser sur la joue de Rufus, mais le Vice-Président l'intercepta dans la sienne in extremis et sourit, comme s'il serrait simplement la main d'un héros de guerre :

-Même si j'adorerais ça, il me semble que la quasi-totalité de ma société n'a pas à y assister, souffla-t-il.

-Désolé…

-Ne le soyez pas.

Une main se posa sur l'épaule du Commandant, celle de Genesis.

-Tu es prêt à monter, Geal ? Je crois que Sephiroth est à ça de faire un malaise.

Angeal entendit à peine le « tsss » de désapprobation du Général.

-Je ne vous retiens pas, vous devez être épuisés, dit Rufus.

À ses côtés, Reno décroisa les bras, prêt à escorter son boss au milieu de la foule. Au moment où Angeal acquiesça et voulut dépasser le blond pour rejoindre les ascenseurs, Rufus posa sa main sur son avant-bras et se hissa discrètement à son oreille :

-Montez au penthouse, quand vous vous sentirez mieux.

La bouche soudainement trop sèche d'Angeal ne lui fournit aucune réponse. Il se contenta de hocher la tête avant de quitter le hall, ses deux frères d'armes sur ses talons.


Angeal fut devant les portes du penthouse bien plus tôt que prévu. Il avait réussi à dormir six heures d'affilée, un record après les demi-heures de sommeil éparses au front. Incapable de se rendormir même s'il était passé vingt-deux heures, il avait quitté son appartement où pour une fois, Genesis ne squattait pas, trop content de retrouver son propre lit (ou celui de Sephiroth, Angeal s'était bien gardé de demander), et il avait pris l'ascenseur.

Il se retrouvait donc devant les portes du penthouse, la nuit, sans savoir s'il était même autorisé à frapper à une telle heure, sans escorte ni raison urgente. Il n'était finalement pas sûr que Rufus ait sous-entendu « n'importe quand » derrière son « quand vous vous sentirez mieux ». Il s'apprêtait à faire demi-tour et à se résoudre à attendre au moins le matin quand la porte d'entrée s'ouvrit. Paralysé par la surprise, Angeal regarda sortir un des Turks, presque aussi grand que lui, la peau sombre et le crâne rasé. Il se figea sur le seuil et le dévisagea silencieusement, jusqu'au moment où la voix de Reno retentit derrière lui :

-Yo Rude, tu comptes camper sur le paillasson ? Bouge !

Rude se décala juste assez pour que Reno puisse enfin apercevoir le Commandant, immobile entre la porte d'entrée et l'ascenseur.

-Commandant Hewley, se moqua immédiatement le roux d'un ton mielleux en appuyant une épaule contre le chambranle de la porte. Vous vouliez voir quelqu'un ?

Angeal, gêné, eut un instant la tentation de dire non, de tourner les talons et de fuir vers l'ascenseur, avant de finalement en décider autrement. Il croisa les bras sur son torse et toisa Reno de toute sa hauteur :

-En fait, oui. Je ne m'étais simplement pas rendu compte de l'heure qu'il était.

Le sourire de Reno devint pour une des premières fois un peu plus sincère.

-Il est debout, dit-il seulement avant de se tourner vers son collègue. Rudo mon pote, tu peux descendre voir Tseng et lui dire que je suis là dans cinq minutes, le temps de guider monsieur Muscle dans le penthouse ?

Rude ne se donna pas la peine de répondre à son partenaire, il adressa un simple signe de tête à Angeal et le dépassa pour rejoindre l'ascenseur. Reno, de son côté, fit signe au Commandant de le suivre à l'intérieur.

Heureusement pour l'anxiété grandissante d'Angeal, il n'eut pas à le guider longtemps. Alors que le Turk allait se tourner vers lui en marchant pour entamer ce qu'Angeal ne doutait pas être une discussion profondément gênante pour lui, Rufus sortit de son bureau dans le couloir, plongé dans un dossier. Angeal s'immobilisa, forçant Reno à faire de même. Lorsque Rufus releva la tête et les remarqua enfin, il ferma la chemise cartonnée avec un claquement sec.

Son regard plongea dans celui d'Angeal durant de longues secondes.

-Bon, dit soudainement Reno. Je suppose que vous n'avez plus besoin de moi, je vais… rejoindre Tseng, il avait besoin, lui. N'hésitez pas, hein, si vous avez-

-Dehors, Reno, claqua simplement Rufus sans lâcher Angeal du regard.

Reno retint un éclat de rire et fit demi-tour. Ce ne fut que lorsqu'il entendit la porte de l'entrée claquer derrière le Turk que Rufus s'approcha.

-Je ne vous attendais pas si tôt. Ou peut-être si tard.

Angeal haussa une épaule et se força à rester poli :

-Je peux revenir demain, si vous préférez.

Il n'avait absolument aucune envie de partir, et apparemment Rufus non plus :

-Non, restez ! Je ne voulais pas que vous le preniez mal, c'était simplement…

Angeal le regarda s'interrompre et adopter une adorable couleur rosée au niveau des pommettes.

-Désolé, finit par admettre Rufus. Je suppose que je suis un peu nerveux.

Comme pour appuyer ses dires, il passa rapidement une main dans ses cheveux et mordit sa lèvre. Angeal sentit son cœur gonfler, bien qu'il ne l'admettrait jamais.

-Vous avez changé, reprit le blond. Vous avez l'air…

-Vieux ? La guerre fait ça aux gens, sourit Angeal.

-Non.

Rufus s'approcha enfin du brun, suffisamment pour pouvoir poser sa main sur une joue parsemée de barbe.

-J'aurais plutôt dit « dangereux ».

-Dangereux ?

-Ou charismatique. Fascinant. J'en ai plein d'autres comme ça.

Angeal détourna le regard, amusé et certain que c'était son tour de rougir.

-Surtout ne me laissez pas interrompre une telle liste, taquina-t-il.

Rufus lui rendit son sourire mais son regard fit quelques allers-retours entre ses lèvres et ses yeux.

-Commandant, commença-t-il.

-Angeal. Vous m'avez appelé comme ça, il y a longtemps, je suis sûr que vous pouvez le refaire.

-Angeal.

Le brun nierait plus tard le frisson qui remonta le long de sa colonne vertébrale à ce moment.

-C'est nouveau, ça, la barbe, dit Rufus en caressant la joue râpeuse. Vous avez les cheveux plus longs, aussi.

-Je ne fais pas assez confiance à Genesis pour le laisser s'occuper de ça. Et puis je doute que Sephiroth ait un jour entendu parler d'un coiffeur, encore moins d'une paire de ciseaux, plaisanta Angeal en savourant le contact.

Rufus sourit mais il n'ajouta rien, se contentant de fixer le Commandant comme s'il ne réalisait pas qu'il était enfin là.

-Vous n'aimez pas ? s'inquiéta le brun devant son absence de réaction. Je pourrai les couper, demain.

-Non, ce n'est pas ça. J'aime bien, assura Rufus. C'est juste que…

Il haussa une épaule et sembla hésiter à avouer :

-Je vous ai attendu si longtemps.

-Moi ? s'étonna Angeal en haussant les sourcils de surprise.

Amusé, Rufus leva les yeux au ciel en ôtant sa main du visage du brun :

-Non pas vous, Genesis.

Et puisqu'Angeal n'avait pas l'air de saisir l'implication de sa première phrase, il clarifia :

-Vous m'avez promis de revenir, alors j'ai attendu.

Le visage du Commandant sembla s'éclairer, puis il hésita :

-Est-ce que c'est vraiment… Convenable ?

Rufus haussa un sourcil moqueur :

-Je fais les règles ici, Commandant Hewley. Si je décide que c'est convenable alors ça l'est, et je le décide, là, maintenant.

-Vraiment ? Mais, que va dire votre-

-Angeal.

Rufus posa ses deux mains à plat sur le torse d'Angeal, le faisant par la même occasion efficacement taire. Le blond profita de son soudain mutisme pour demander :

-Embrasse-moi.

Angeal ne se le fit pas dire deux fois. Il glissa une de ses mains de la joue à la nuque de Rufus pour l'attirer à lui. Le blond sentit avec délice son autre bras entourer sa taille et ses lèvres trouver enfin les siennes. Le dossier que Rufus tenait heurta le sol dans l'indifférence générale.

Mais Angeal se refusait à approfondir son baiser, intimidé d'enfin tenir celui qui était destiné à devenir la première puissance mondiale dans ses bras, ce qui n'échappa pas une seule seconde à Rufus. Il glissa alors lui-même sa langue sur les lèvres du Commandant ; il avait trop attendu, il était trop impatient de le faire craquer et de le sentir contre lui pour avoir une quelconque considération à accorder à la hiérarchie. Il n'en fallut de toute façon pas plus que ça pour faire oublier ses craintes à Angeal ; il gronda contre les lèvres de Rufus et le souleva sans aucun effort. Le blond se retrouva plaqué entre le mur du couloir et le torse massif d'Angeal. Alors que Rufus tirait sur le tee-shirt du brun dans le but évident de l'en débarrasser, un raclement de gorge distinct le fit se figer.

Au milieu du couloir, un plateau en argent à la main, se tenait Lewis, un demi-sourire moqueur aux lèvres qu'il tentait tant bien que mal de cacher.

-Si monsieur Shinra veut bien emmener le commandant Hewley dans une pièce plus indiquée pour ce genre d'activité, je suis certain que votre père, qui revient dans dix minutes, vous en sera très reconnaissant.

Rufus resta immobile dans les bras d'Angeal, trop embarrassé pour répondre à son majordome, mais ce ne fut pas le cas du Commandant. Il ajusta Rufus dans ses bras et le décolla du mur avant de demander à Lewis d'une voix rauque :

-Et où est-ce ?

-Au fond du second couloir à gauche.

-Merci, Lewis.

-Je vous en prie, Commandant, répondit le majordome, son sourire désabusé de moins en moins discret au fur et à mesure qu'Angeal s'approchait de lui puis le dépassait en direction de ce qui devait être la chambre du Vice-Président.

-Je n'ai pas besoin d'être porté, s'offusqua Rufus, plus par fierté que par réelle volonté de quitter les bras du brun.

-Je sais, mais je n'ai pas très envie de te lâcher.

-Je ne peux pas t'en blâmer.

Angeal faillit bien ne pas réussir à atteindre la chambre de Rufus, tant le blond n'avait visiblement pas l'intention de l'aider à quitter la partie relativement publique du penthouse. Au lieu de rester immobile et d'attendre qu'Angeal ne le dépose dans sa chambre, Rufus s'accrochait à lui et s'appliquait à lui voler de langoureux baisers au milieu du couloir, forçant le Commandant à s'arrêter pour lui répondre et éviter de renverser les précieuses statues et bibelots qui décoraient le penthouse.

-Ton père va rentrer, protesta Angeal.

Malgré tout, il souriait contre les lèvres de Rufus, du moins jusqu'à ce que le bruit de la porte d'entrée qui s'ouvre et se ferme ne se fasse entendre au coin du couloir qu'ils venaient de quitter.

-Monsieur le Président, fit respectueusement la voix de Lewis.

Les yeux de Rufus s'arrondirent et il laissa enfin Angeal atteindre la porte de sa chambre et y entrer silencieusement. À peine la porte refermée derrière eux, Angeal y appuya le dos de Rufus.

-On l'a échappé de peu, dit-il.

Rufus haussa les épaules, il s'attaquait déjà au tee-shirt d'Angeal qu'il trouvait décidément de trop.

-Il aurait pu nous surprendre, je m'en fous.

-Pas moi, rétorqua Angeal, sa main autour de la nuque gracile de Rufus.

Le blond renversa la tête en arrière pour laisser toute la liberté possible aux lèvres d'Angeal sur sa peau.

-Tu as honte de m'avoir ?

-Non, loin de là, mais j'aime assez bien ma tête sur mes épaules.

Rufus rit. Cet homme allait définitivement lui faire perdre ce qui lui restait de respect pour le protocole de la Shinra.

-Pose-moi, souffla-t-il.

-Pourquoi ?

-Parce que ça fait dix minutes que j'essaye de t'enlever ce tee-shirt et que je commence à croire qu'il veut m'offenser personnellement.

Angeal, non sans un autre éclat de rire, accepta de lâcher Rufus et de lever les bras au-dessus de sa tête. Le blond prit son temps pour dénuder le torse du Commandant, révélant chaque parcelle de peau avec un plaisir non-dissimulé. Il fixa le corps d'Angeal durant de longues secondes après qu'il eut baissé les bras.

-Et dire que j'ai raté ça pendant quatre ans.

Angeal éclata de rire. Rufus continua :

-Tu te souviens, cette fois dans l'ascenseur ? Je n'aurais jamais dû parler, j'aurais juste dû agir.

Le rire du Commandant mourut lentement dans sa gorge avant de répliquer, un mince sourire moqueur étirant encore ses lèvres :

-Tu peux agir maintenant.

Rufus leva une main et la posa à plat sur l'épaule d'Angeal. Elle glissa ensuite sur les pectoraux, puis vers les abdos où ses ongles griffèrent légèrement la peau avant de s'agripper à une hanche saillante.

-Alors ? se moqua Angeal. Est-ce que je passe le test ?

-Avec brio. Est-ce que je le passe ?

-Je n'ai même pas besoin de te déshabiller pour savoir que oui.

Rufus adopta une légère moue boudeuse.

-Mais tu vas le faire quand même, hein ?

Angeal sourit et s'approcha à nouveau de Rufus. Ses doigts se posèrent sur les premiers boutons de sa chemise :

-Avec plaisir.

Angeal prit largement moins de temps que Rufus pour lui ôter sa chemise ; il défit habilement chacun des boutons l'un après l'autre, même s'il l'aurait purement et simplement arrachée s'il s'était un peu plus écouté. Rufus devait de toute façon posséder des centaines de chemises blanches dans ce genre.

Il posa ses mains sur ses côtes et les glissa dans le creux du dos de Rufus pour l'attirer à lui. Rufus soupira de contentement quand sa peau rencontra enfin celle, brûlante, d'Angeal et qu'il écrasa à nouveau ses lèvres contre les siennes. Sous ses doigts, les muscles massifs du Commandant roulèrent gracieusement lorsqu'il le porta à nouveau et l'emmena jusqu'au lit King Size au centre de la pièce.

Les lèvres d'Angeal quittèrent celles de Rufus pour glisser dans son cou puis sur son épaule.

-Angeal…

Le brun ne laissa pas Rufus le distraire. Les mains posées sur sa taille, il embrassa son torse et se positionna entre ses jambes.

Les mains de Rufus plongèrent dans ses cheveux et il s'arqua contre lui. Celles d'Angeal s'employèrent à ôter les derniers vêtements du corps du Vice-Président avec une rapidité qui le surprit lui-même.

Rufus inversa leurs positions d'un coup de reins, même s'il n'ignorait pas qu'il y était parvenu uniquement parce qu'Angeal l'avait laissé faire, mais il fut trop occupé à déshabiller à son tour le Commandant pour y penser trop longtemps.

Enfin, son corps entier pu se couler contre celui d'Angeal sans aucune barrière de tissu et il savoura son contact pendant quelques instants, surtout lorsque les mains du brun parcoururent son dos, ses reins, puis l'arrondi de ses fesses. Elles finirent leur parcours en se posant chacune sur une cuisse, qu'Angeal déplaça de chaque côté de ses hanches pour rouler à nouveau et se retrouver au-dessus de Rufus et entre ses jambes avec un grondement satisfait.

La tentative du blond de gémir le nom d'Angeal fut étouffée par les lèvres du Commandant quand il l'entraina dans un baiser sulfureux.

La bouche d'Angeal reprit sa tortueuse descente sur le corps de Rufus, de plus en plus bas, jusqu'à déposer une myriade de baisers à l'intérieur de sa cuisse.

-Gaïa, Angeal…

-Mmh ?

-C'est de la torture.

-Je pensais que tu serais habitué à ça.

-À quoi ? À avoir un homme canon au corps parfait entre mes jambes ? Désolé mais non.

-Quel gâchis.

Le souffle d'Angeal contre sa peau si fine le fit visiblement frissonner et il ferma les yeux. Les lèvres d'Angeal se refermèrent enfin sur lui, apparemment lassées de le taquiner, et Rufus étouffa un léger cri de surprise en enfonçant ses dents dans son poing serré.

L'avant-bras d'Angeal se posa en travers des hanches de Rufus pour le maintenir en place sur le matelas.

Rufus ferma les yeux pour profiter pleinement de la sensation de la bouche d'Angeal sur lui, tout en se concentrant pour ne pas faire plus de bruit que nécessaire ; le penthouse avait beau être aussi immense qu'un étage entier de la Tour, il était parfaitement au courant que son père était rentré et quelque part dans ces murs. Angeal, lui, n'avait pas l'air d'être aux prises avec les mêmes pensées que lui puisqu'il saisit son poignet et l'ôta de sa bouche.

-Geal…

-Je croyais que tu t'en foutais ?

Rufus roula des yeux mais il mordit sa lèvre :

-Il me semble que vous devenez très familier avec moi, Commandant Hewley…

-C'est regrettable, parce que je ne pense pas en avoir fini.

Rufus n'eut pas le temps de répondre avant qu'Angeal ne reprenne son traitement, le poignet du Vice-Président toujours immobilisé dans une de ses mains.

Il finit par le lâcher pour employer ses doigts à quelque chose de bien plus utile que d'empêcher Rufus de crier, mais de toute façon le blond était déjà bien trop loin pour penser à sa main et au bâillon potentiel qu'elle représentait.

-Angeal, je t'en prie…

Le Commandant accepta enfin d'arrêter de torturer son amant et revint couvrir son corps du sien. Rufus enroula immédiatement ses bras autour des épaules puissantes d'Angeal pour le coller à lui et retrouver ses lèvres et la chaleur presque brûlante de son torse.

-Tu es sûr ? souffla Angeal contre sa bouche.

Pour la seconde fois, Rufus roula des yeux :

-Je n'ai jamais été plus sûr de quelque chose dans ma vie, et crois-moi j'ai eu le temps d'y penser.

Angeal n'insista pas plus. Lui aussi avait eu le temps d'y penser, dans le chaos des batailles et dans l'obscurité des nuits sans sommeil.

Il aligna ses hanches avec celles de Rufus et se glissa lentement en lui. Les ongles du Vice-Président s'enfoncèrent dans ses épaules à en laisser des marques, et Angeal s'inquiéta, un pli soucieux venant barrer son front :

-Est-ce que… Est-ce que tu veux que j'arrête ?

Rufus n'était pas sûr d'avoir un jour regardé quelqu'un avec autant de colère qu'à ce moment :

-Si tu t'arrêtes maintenant, je serai très énervé contre toi.

Angeal retint de justesse l'éclat de rire qui menaçait de faire vibrer son torse et il souffla :

-D'accord, d'accord, pas la peine de me menacer, monsieur le Vice-Président.

Quand Rufus se détendit enfin dans ses bras, Angeal commença à lentement mouvoir ses hanches, puis de moins en moins lentement au fur et à mesure que les gémissements du blond l'encourageaient à le faire.

Tout devint très vite désordonné ; leurs coups de reins, leurs baisers, leurs caresses, leurs soupirs, ils s'accrochaient l'un à l'autre comme s'ils n'allaient jamais pouvoir se lâcher. Rufus enroula ses jambes autour de la taille d'Angeal et mordit son épaule. Une des mains du brun s'était glissée au creux des reins de Rufus pour le soutenir mais l'autre serrait compulsivement les draps.

Rufus s'appliqua à suivre le rythme imposé par Angeal, à bout de souffle, jusqu'à s'arquer contre le torse du brun lorsque le plaisir le submergea. La prise d'Angeal sur la taille de Rufus s'affermit brusquement lorsqu'il le suivit, et ils se laissèrent retomber sur les draps, le souffle court.

Le Commandant se décala légèrement pour ne pas écraser Rufus sous son poids, mais le blond se pressa tout de même contre lui, satisfait lorsque le bras massif d'Angeal vint entourer ses épaules.

-Est-ce que tu restes, cette nuit ?

Angeal haussa son épaule libre :

-Est-ce que c'est ce que tu veux ?

-Oui.

-Tant mieux.

Angeal ferma les yeux et ajouta :

-Je n'avais pas très envie de me faufiler en douce devant ton père.

Rufus aurait volontiers ri de la plaisanterie de son amant, mais il était trop bien, et surtout trop fatigué, pour pouvoir le faire.


-Est-ce que ça vous dérangerait de m'expliquer ce que je fais ici ?

Hollander jeta un regard rapide de chiot apeuré vers Sephiroth qui attendait, les bras croisés sur son torse nu, que le scientifique soit enfin prêt à lui faire cette prise de sang dont il parlait depuis vingt minutes.

-C'est une simple prise de sang, Général, répéta Hollander comme un mantra.

Sephiroth fronça les sourcils.

-C'est le professeur Hojo qui s'occupe de ce genre de choses, d'habitude, lança-t-il. Où est-il ?

-En déplacement.

C'était faux, bien sûr. Sephiroth l'avait aperçu au détour d'un couloir pas plus tard que ce matin, mais il n'avait pas très envie de pousser le sujet et risquer de se retrouver réellement face à l'homme qu'il haïssait le plus au monde pour avoir été trop curieux.

-Il m'a demandé de réaliser ce rapide examen sur vous pendant son absence, continuait Hollander, qui tremblait tellement que le Général s'attendait à ce que la seringue qu'il tenait se brise à tout moment entre ses doigts. Il a dit que c'était pour s'assurer de votre pleine santé au retour de la guerre. Je dois pratiquer le même examen sur les Commandants après vous, de toute façon. Ce sera terminé dans une minute.

Hollander s'approcha enfin de son bras avec sa seringue et procéda à la prise de sang.

Comme annoncé pour faire bonne mesure et noyer le poisson, il effectua juste après le même examen sur Genesis et Angeal, qu'il fit entrer lorsque Sephiroth sortit.

Si l'un des deux inséparables amis d'enfance fut surpris de voir sortir le Général du laboratoire d'Hollander et non de celui d'Hojo, aucun des deux Commandants ne fit de remarque au scientifique.

Lorsqu'il eut récupéré les deux fioles de sang par officier, il leur demanda de rester là un moment, le temps qu'il "réalise une rapide analyse et puisse pallier rapidement un éventuel problème de santé".

Genesis et Angeal restèrent donc assis sur la table d'opération, les bras croisés. Genesis adressa un regard interloqué à son meilleur ami, qui se contenta de hausser les épaules en signe d'incompréhension. Dans leur dos, Hollander jeta purement et simplement les fioles contenant le sang des Commandants et garda uniquement celles de Sephiroth, auxquelles il effectua rapidement et discrètement la manipulation génétique qui lui permettrait de réinjecter les cellules stables à Genesis et Angeal sans danger. L'opération avait été grandement favorisée par le fait que Sephiroth ait été O négatif. S'il avait été autre chose que donneur universel, Hollander n'était pas sûr qu'il aurait été en mesure de trouver une solution à la dégradation future des Commandants, mais il n'allait certainement pas avouer ça à Hojo, et encore moins à Rufus Shinra.

Une fois deux nouvelles seringues prêtes à être injectées, Hollander sortit la première excuse qui lui vint à l'esprit :

-Il vous manque des plaquettes et des globules blancs, à tous les deux, voilà pour vous.

Avec une étonnante rapidité que quiconque ne connaissant pas Hollander aurait pu confondre avec un étrange professionnalisme - mais qui était davantage due à la peur de manquer de temps, il enfonça une seringue dans le bras de Genesis, l'autre dans celui d'Angeal et poussa sur les pistons.

-Quoi ? fit Angeal, perdu.

-Qu'est-ce que c'est que ça ? s'épouvanta Genesis en fixant avec effroi l'endroit où Hollander venait d'enfoncer puis de retirer une aiguille immense à la vitesse du son.

-Des globules blancs et des plaquettes.

-Mais ça ne s'injecte pas comme ça ? douta un instant Angeal en dévisageant Hollander, un pli contrarié barrant son front.

-Bien sûr que si. Vous êtes encore assez bêtes pour croire que vous pouvez être soignés comme n'importe qui !

Hollander lui-même fut impressionné par la facilité avec laquelle il réussit à mentir à ses deux créations.

-Sortez de mon laboratoire maintenant.

Genesis ne se le fit pas dire deux fois et entreprit de tirer un Angeal récalcitrant à laisser tomber loin de ce malade.


-Vous m'avez fait demander, Directeur ?

Lazard releva les yeux, soulagé pour une fois de trouver un calme et posé Angeal Hewley en face de son bureau et non pas un Rufus Shinra hors de lui.

-Ah, Commandant Hewley ! Asseyez-vous, je vous en prie.

Angeal s'exécuta.

-J'ai une proposition à vous faire, Commandant.

-Je vous écoute.

Lazard croisa ses mains sous son menton et contempla longuement Angeal avant de dire :

-Avec la guerre, nous avons réalisé que trois First Class, ce n'était pas suffisant.

-Jusque-là je suis d'accord.

-Nous voulons entrainer davantage de jeunes SOLDIERS dans le but de former plus de leaders.

-Et ?

-Et nous avons pensé que les faire former par l'élite du SOLDIER elle-même serait une bonne façon de faire.

-Vous voulez dire que... vous voulez nous faire entrainer des recrues ?

-Oui.

Lazard laissa son dos heurter le dossier de son siège pendant qu'Angeal réfléchissait un instant.

-Vous avez rencontré Sephiroth et Genesis récemment ? Je ne pense pas qu'ils soient capables de former qui que ce soit.

-Ça tombe bien, car c'est à vous que je fais cette proposition. Vous serez pour le moment seul à faire partie de ce programme de mentorat, le temps qu'on décide de son efficacité ou de son inutilité.

Avec le Général et son meilleur ami hors de l'initiative, Angeal comprenait mieux la démarche.

-Et qu'est-ce que vous attendez de moi exactement ? Un entrainement particulier ?

-Entre autres, oui. Nous avons déjà repéré un jeune SOLDIER tout juste Third qui a l'air très prometteur.

Lazard glissa un dossier vers Angeal.

-Son nom est Zachary Fair.

Le Commandant tira le dossier vers lui et parcourut rapidement les informations générales de la première page.

-Il a eu de bons résultats, constata-t-il.

-À peu de chose près, les mêmes que vous.

-Je vous demande pardon ?

Lazard lui tendit ses propres résultats aux examens d'entrée du SOLDIER, passés plus de quatre ans auparavant. Angeal fut forcé de reconnaitre que le Directeur avait raison ; à quelques notes près, Zack avait obtenu les mêmes résultats que lui.

-Est-ce que vous acceptez, Commandant ? On ne commencera qu'avec quelques séances d'entrainement classique, et si vous jugez que c'est prometteur, vous pourrez arranger son emploi du temps ainsi que le vôtre à votre guise.

-Pourquoi pas, accepta enfin Angeal en lisant le début du dossier de Zack. Ça pourrait profiter à tout le monde, après tout.

Lazard se fendit d'un immense sourire :

-J'espérais que vous diriez ça.


-SOLDIER Third Class Zack Fair au rapport, Commandant !

Angeal dévisagea longuement le jeune soldat au garde à vous devant lui. Les cheveux en bataille, les yeux bleus étincelants de fierté contenue, les épaules solides et une musculature déjà relativement développée pour son jeune âge. Sous la politesse évidente, le Commandant décelait déjà une énergie débordante qui faisait imperceptiblement frémir les genoux du jeune homme, apparemment impatient de pouvoir bouger à son aise. Il ferait assurément un excellent SOLDIER.

-Repos, Fair.

Zack laissa retomber son bras avec un soulagement évident, et se mit à le dévisager avec un immense sourire :

-C'est vrai que vous allez m'entrainer, Commandant ?

-Je vais essayer, rectifia Angeal. Si je continue à le faire ou pas, ce sera ta responsabilité. Montre-toi digne de mon intérêt et on s'entendra parfaitement bien.

-Oui, Commandant !

Zack se mit à tordre ses mains en agitant un genou. Il regarda tout autour de lui, mémorisant au fur et à mesure tous les détails de la salle d'entrainement.

-Alors, on commence par quoi ? demanda-t-il avec entrain.

Il avait réellement trop d'énergie. Angeal décida de remédier à ça :

-Pourquoi pas par quarante tours de salle ? Maintenant.

Quand Zack se jeta en avant à toute vitesse, Angeal sourit ; emmener ce gosse en First Class allait sûrement se révéler plus distrayant qu'il ne l'avait initialement pensé.


-Tu as l'air préoccupé.

-Mmh.

Angeal cessa une seconde de dessiner des cercles avec son pouce sur l'épaule de Rufus, allongé contre lui.

Le Vice-Président l'avait appelé alors qu'il sortait de son premier entrainement avec Zack et l'avait invité à monter au penthouse pour passer la soirée avec lui, ce qu'Angeal avait évidemment accepté. Il s'était réveillé au matin avec Rufus accroché à lui comme une véritable pieuvre, et ça l'avait empli d'assez de joie pour annuler son entrainement matinal et rester là quelques minutes de plus.

Le blond le regardait, la joue appuyée sur son torse, comme s'il essayait de lire dans ses pensées rien qu'en plongeant dans ses yeux. Angeal replia le bras qui n'était pas occupé à serrer Rufus contre lui derrière sa tête, s'attirant un grognement appréciateur du Vice-Président à la démonstration de muscles que le mouvement provoqua.

-Tu veux en parler ? demanda tout de même Rufus, pas près de se laisser distraire par l'impeccable plastique de son amant, peu importe l'immensité de la tentation.

Angeal haussa une épaule.

-Il s'est passé quelque chose d'étrange aux laboratoires hier matin.

-Tu as dû aller aux laboratoires ?

-Oui, juste avant que Lazard ne me convoque pour me demander d'entrainer ce jeune Third.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Rufus savait parfaitement ce qui s'était passé, mais il était hors de question qu'il révèle à Angeal les horreurs dont il avait été la victime. Le Commandant en était encore parfaitement ignorant, et Rufus ferait tout ce qu'il pourrait pour que ça reste ainsi.

-Déjà, Sephiroth est sorti de là. Alors que normalement, c'est Hojo qui s'occupe de lui.

-Hojo est en déplacement, dit distraitement Rufus en caressant le torse d'Angeal du bout des doigts.

-C'est ce que Sephiroth nous a dit, mais on l'a vu.

-Hojo ? Vous êtes sûrs ?

-Je crois, oui.

-Il est peut-être revenu. J'essaye de rester aussi loin que possible de cet homme.

-Compréhensible, accorda Angeal.

Le mouvement de son pouce sur l'épaule de Rufus reprit, et le blond s'enquit :

-C'est tout ?

-Non. Hollander a voulu nous prélever du sang, à Genesis et à moi. Il a déclaré que c'était un contrôle de routine en rentrant de la guerre, et il nous a fait rester là pendant l'analyse.

-Il a bien fait. Si vous aviez contracté quelque chose de grave, ce n'était probablement pas la meilleure idée du monde de vous laisser arpenter la Tour dans tous les sens.

-Mmh.

Angeal resta pensif une seconde avant de continuer :

-Il nous a injecté quelque chose, à Genesis et à moi, juste après.

L'angoisse commença à pointer le bout de son nez dans le cœur de Rufus.

Pitié, faites en sorte qu'il ne pose pas de questions.

-Sans rien vous dire ? demanda Rufus en se forçant à plisser les yeux.

-Si, il a dit qu'on manquait de globules blancs, et de plaquettes je crois. Alors il nous a injecté ça.

-Et alors ?

-Et alors ça m'a paru bizarre, c'est tout.

-Tu te sens mal ?

-Non.

-Et Genesis ?

-Non plus.

-Alors quel est le problème ?

Angeal soupira et serra Rufus plus fort contre lui.

-Tu dois avoir raison. Je m'inquiète pour rien.

Le blond sourit et se souleva sur un coude pour pouvoir embrasser Angeal.

-Je garderai un œil sur toi, si ça peut te rassurer.

Le brun lui rendit son sourire.

-Fais donc ça.

Il tendit ensuite la main vers son PHS posé sur la table de chevet et jeta un coup d'œil à l'heure.

-Il faut que je parte, dit-il à regret. Genesis m'attend, on avait dit qu'on mangerait ensemble.

-Ne me laisse pas te garder.

-Si je pouvais je le ferais, soupira Angeal.

Il déposa un baiser dans les cheveux de Rufus et s'extirpa des draps à la recherche de ses vêtements. Pendant qu'il cherchait, le Vice-Président se leva à son tour et frôla une épaule musclée du dos de sa main en sortant de la pièce :

-Si tu te rhabilles, je n'ai plus rien à voir ici.

Angeal rit et leva les yeux au ciel en boutonnant le pantalon de son uniforme. Il retrouva ses bretelles, mais aucune trace de son pull.

-Rufus ?

Il n'obtint aucune réponse ; l'eau de la douche avait commencé à couler dans la pièce à côté et Rufus ne l'entendit sûrement pas. Angeal soupira et reprit ses recherches, pressentant déjà qu'il serait en retard et qu'il allait subir un sacré savon de la part de Genesis.

À genoux sur le sol, il repéra enfin sous le lit une boule de tissu qui ne pouvait être que son pull. Il tira le vêtement, qui fit un drôle de bruit pour du simple tissu. Quand Angeal l'enfila et que son regard retomba à nouveau sur le sol, il se retrouva avec devant lui le visage souriant d'un Genesis adolescent.

Avec son pull, il avait tiré, caché dessous, le dossier de son meilleur ami. Pourquoi diable est-ce que Rufus cachait ça sous son lit ? Angeal lança un regard moqueur vers la salle de bain, un demi sourire aux lèvres ; le blond voulait vraiment lui mettre la main dessus depuis longtemps.

Curieux, il ouvrit la première page du dossier de Genesis, parcourant avec plaisir les premières informations qu'il lut ; le nom de leur village, leur faux âge, sa taille, ses résultats aux examens du SOLDIER, étrangement similaires aux siens et à ceux de ce jeune Zachary Fair, à part en matéria où Genesis excédait déjà tous les espoirs des instructeurs, et puis - qu'est-ce que c'était que ça ?!

Angeal se retrouva devant d'immondes rapports d'expériences soi-disant pratiquées sur son meilleur ami.

-Qu'est-ce que c'est que ce bordel… ?

C'était impossible. Genesis n'avait jamais participé à ce genre de choses, il le saurait. Mais là… On parlait d'un bébé. D'un foetus.

Il se retrouva au bout du dossier, nauséeux. Sa tête bourdonnait aussi efficacement que si on lui avait heurté le crâne avec une batte de base-ball. Il referma la chemise sans aucun soulagement, uniquement pour trouver son propre dossier sous celui de Genesis. Il retint un haut-le-cœur, mais il fut incapable de se retenir de lire.

Une fois la dernière page tournée et la totalité des informations analysée, il resta là, à genoux devant les dossiers ouverts sur le sol à côté du lit, ses bretelles encore pliées dans son autre main. Il ne se rendit même pas compte qu'il pleurait avant que ses larmes ne tachent l'écriture d'Hollander.

-Tu es encore là ? Je pensais que tu devais-

Rufus s'interrompit dans l'entrée, une serviette enroulée autour de ses reins. Il arrêta d'en frotter une seconde dans ses cheveux lorsqu'il aperçut les dossiers éparpillés au sol et qu'il réalisa enfin pourquoi Angeal était encore là.

-Oh mon Dieu… souffla-t-il.

Angeal ne fit aucun signe pour montrer qu'il l'avait entendu, ni même qu'il avait conscience de sa présence.

-Angeal…

Rufus ne fit qu'un seul pas avant d'être efficacement stoppé dans son élan par le ton glacial d'Angeal :

-Tu le savais.

Ce n'était même pas une question. À quoi bon ? Les dossiers étaient sous son lit après tout. Angeal se redressa lentement, laissant les feuilles abandonnées sur le sol.

-Geal, je te jure que j'allais…

Qu'il allait quoi ? Lui en parler ? Il savait très bien qu'il n'en avait pas l'intention, que du contraire, même. Il n'était pas encore assez mauvais pour lui mentir aussi éhontément au visage, alors Rufus se tut, et la tristesse d'Angeal se transforma en réelle fureur.

-Tu savais et tu ne m'as rien dit ?! Même pour Genesis ! Tu sais que c'est mon meilleur ami, si tu ne le fais pas pour moi, fais-le au moins pour lui ! Mon Dieu, qu'est-ce que-

Sa voix se brisa et il passa sa main contre sa bouche et ses joues, la sensation de sa barbe naissante contre sa paume comme un douloureux rappel que tout ça était vrai.

-Depuis combien de temps est-ce que ça dure ? Depuis combien de temps tu le sais ?

-Angeal…

-Depuis qu'on est SOLDIERS ? Depuis qu'on s'est enrôlés ? Avant ça ? Réponds !

Rufus ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Angeal le dépassait de presque deux têtes, était bâti comme une armoire à glace, entrainé, boosté à la Mako et furieux. Même s'il savait pertinemment qu'il ne lui ferait pas de mal, une minuscule voix à l'arrière de son crâne lui soufflait « Et si… ? ». Ce qu'il avait fait était réellement monstrueux, après tout.

Il fut soulagé d'entendre Reno faire irruption dans la pièce suite aux éclats de voix du Commandant, et même si le Turk comprit tout de suite ce qui venait de se passer, il resta silencieux et sur le qui-vive. Lui aussi était certain qu'Angeal ne ferait rien à Rufus, mais si jamais… Si jamais, il était là.

Angeal, lui, ne semblait même pas avoir réalisé la présence du Turk.

-Et cette injection, hier, c'était une autre expérience ? Tu t'es rapproché de moi pour ça, je te faisais pitié, c'est ça, tu te sentais mal ? Pendant combien d'années tu m'as menti ?! J'aurais dû me douter que le Vice-Président Rufus Shinra ne pouvait pas vouloir d'un simple SOLDIER. Et dire que j'ai écouté Genesis quand il m'a convaincu de ta bonne foi, alors que tu te foutais ouvertement de sa gueule.

Rufus encaissa sans broncher. Il devait rester suffisamment calme pour qu'Angeal ne quitte pas la Tour sur un coup de tête ; s'il le faisait, il serait accusé de désertion et Lazard enverrait des hommes pour l'abattre. Angeal ne méritait pas de voir son nom sali par sa faute.

-Et par la déesse, qu'est-ce que vous avez bien pu faire à Sephiroth… ?

Rufus grimaça. Lui aussi aurait aimé avoir la réponse à cette question.

Angeal tourna un regard immensément blessé vers lui :

-Tu as intérêt à parler de ça à Genesis. Il ne mérite pas de le découvrir comme moi.

Sur ces derniers mots, Angeal bouscula Reno pour sortir de la pièce.

-Angeal ! Attends !

Évidemment, le temps qu'il parvienne à son tour à l'entrée du penthouse, Angeal était déjà dans l'ascenseur en train de descendre.

-Et merde…

Rufus passa des mains tremblantes dans ses cheveux.

Derrière le Vice-Président, Reno bascula son poids d'un pied sur l'autre, incapable de trouver quoi dire quand il croisa le regard embué de larmes de son supérieur.