Yo ! Cet OS est donc le troisième sur le toucher. Avant même d'avoir doublé les autres. Well. C'était sur le thème Glaciaire pour la Nuit du FoF !
Bonne lecture !
Le toucher, ter
Ce n'était rien qu'un feu de bois
Il voudrait bien un café. Un café chaud. Quelque chose qui l'empêche de dormir.
C'est ce qu'il a dit en dernier, avant d'avoir les lèvres qui tremblent trop pour pouvoir articuler quelque chose que tu comprennes.
Tu comprends pas comment vous en êtes arrivés là. Tu te demandes si c'est ta faute, et tu te rappelles, non, non. C'est lui qui a voulu continuer à marcher, continuer à chercher alors que la nuit commençait à tomber. Et après la nuit la neige. Y en avait déjà en bas, maintenant y en a en haut aussi. Partout, de la neige, et le poids du minuscule ancien alchimiste sur ton dos.
Tu es revenu il y a un an, et depuis vous voyagez ensemble. Tu es revenu il y a un an, avec un trou dans la mémoire et il avait grandi. Tu es revenu il y a un an et il a « tu es revenu d'entre les morts », et ça n'a pas semblé juste mais tu n'as pas réussi à mettre le doigt dessus alors tu ne l'as pas repris. Maintenant, ça te revient.
La mort, c'est une voie en sens unique. On est vivant, et après on est mort. Jamais l'inverse. C'est le chemin qu'Edward Elric est en train de prendre, et toi t'es sur le bas-côté et tu peux juste regarder. Pas marcher avec lui, pas le ramener en arrière, juste, le regarder avancer vers la fin, en sachant que pour toi ça ne s'arrêtera jamais.
La mort, c'est la peau de ses doigts qui se refroidit contre la peau de ta poitrine, et le poids de son corps qui se soutient de moins en moins, qui pèse de plus en plus lourd sur ton dos. Tu ne connais pas la mort. Toi tu es d'un tiède étrange, qui ne change jamais. Pas de fièvre et pas de froid.
S'il avait encore l'alchimie, il aurait pu se faire réchauffer l'eau de la neige.
Il y a du café soluble dans son sac. Tu ne peux pas faire ça.
Tu ne sens pas la fatigue. Oui, tu peux marcher. Tu peux marcher et le porter jusqu'à arriver à votre destination, tu peux marcher toute la nuit sans t'arrêter. Mais il ne tiendra pas toute la nuit. Pas sans quelqu'un pour le réchauffer. Un autre humain.
Si tu étais humain tu le serrerais contre toi, et tu lui tiendrais chaud. Mais tu serais fatigué. Tu serais épuisé et tu ne pourrais pas te porter, et il ne pourrait pas te porter, et vous vous serreriez de longues heures et l'étreinte serait de moins en moins chaude, de plus en plus tremblante avant de finalement ne plus bouger du tout. La mort, ère glaciaire et sans fin, vous accueillerait.
Tu ne devrais pas. Tu ne devrais pas avoir à ce point envie d'être en vie. En vie pour pouvoir mourir avec lui, puisque tu n'as plus l'espoir de le sauver. Deux morts, plutôt que la sienne et ton chemin sur le bas-côté qui se poursuit. Deux vraies chaleurs et puis deux vrais trous froids plutôt que ta tiédeur implacable et son poids qui t'accable.
Son souffle est faible dans ton cou.
Ce que c'est fragile, un humain.
Comme un enfant qui tient dans ses mains un oiseau tombé du nid, tu ne trouves pas en toi de l'abandonner là. Glacé et bleui, il serait un beau cadavre.
Ça jurerait affreusement avec son manteau. Mais toi, tu penses que le bleu ça lui irait bien. Pas le bleu de la mort, ceci dit. Nan, un bleu vivant, bleu comme si le soleil se levait maintenant et que les nuages s'écartaient.
Tu le secoues, tu ne veux pas croire qu'il va mourir comme ça. C'est naze, les humains, merde, ça meurt pour un oui ou pour un non et après ça a même pas la décence de se relever. Ça reste dans sa merde d'humain avec des aspirations toutes petites, une maison avec un chien et un travail pas trop chiant, avec des idées toutes petites, inventer un truc pour faire griller le pain pas sur une poêle, et tu te sens bête, tellement bête d'avoir cru qu'il était différent, avec ses envies de rétablir ce qu'il pensait juste et ses idées qui couraient toujours derrière des idées plus grandes, tu te sens bête parce que parmi toutes les petites vies de tous les petits humains il aura eu une vie encore plus minuscule, vingt-cinq ans c'est quoi ? C'est le tiers de ce qu'il doit pouvoir vivre, avec sa manie de manger sainement et de faire du sport et de pas fumer et de pas boire d'alcool sauf quand il est vraiment triste et qu'il est seul et qu'il est jaloux et que tu te reconnais un peu dans ses yeux et dans son sourire, nan.
Il peut pas crever sur ton dos comme ça.
Tu peux porter une voiture ou même un bus, mais pas ça.
C'est trop lourd.
C'est trop lourd et trop froid.
Et toi, toi qui n'as jamais mis de manteau de fourrure, quelque chose de glacé glisse sur ta peau, te colle, c'est froid et liquide et insaisissable, et ça ressemble aux ombres de Pride. Ça ne part pas.
C'est de la peur.
Tu le comprends parce que ça t'empêche de bouger.
Ou alors c'est Pride qui est vraiment là ? Il est revenu, lui aussi ?
Et là, là. Si tu ne bouges pas, c'est pire. Avant y avait pas d'espoir mais là c'est pire. Il est hors de question qu'il meure et que tu culpabilises. Non, non, non.
C'est sa faute, à vouloir rester dehors, c'est sa faute et quoi que tu aies fait, quoi que tu fasses c'est pas possible de le sauver mais si tu fais rien ce sera ta faute quand même.
Et tu te rappelles de quand tu as eu peur vraiment peur une fois.
Des flammes qui t'ont donné froid. Alors tu le laisses tomber. Tu le laisses tomber dans la neige et tu sors tes cigarettes. Ça pourra jamais te tuer. Tu trouves que ça doit être plus fun pour les humains, qui savent qu'ils peuvent choper un cancer ou quelque chose. Tu t'en allumes une et tu fouilles le sac de l'abruti, et tu trouves un réchaud à gaz pété. Il a pas supporté la chute du minus dans le ravin tout à l'heure. Mais toi, tu peux bien le péter encore plus et récupérer le gaz. Tu retires tes fringues et tu les poses, et tu poses le minus dessus, et le gaz liquide est glacé comme de la peur. L'odeur fait ouvrir les yeux au nabot et il les écarquille, incapable de bouger et tu continues ta clope. Et quand t'as fini ta clope, tu jettes le mégot allumé à tes pieds.
T'es toujours pas vivant, toujours pas mort, mais quand les flammes te bouffent, enfin, t'es assez brûlant pour le réchauffer.
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La logique, made in Envy.
C'est tout.
Le titre vient de la chanson pour l'Auvergnat de Brassens. Et c'est la faute de Misty.
Tchuss !
