À la frontière entre rêve et éveil, Alec se tourna dans le lit pour étreindre son amant. Ils avaient rarement eu l'occasion de dormir ensemble, mais déjà le nephilim ressentait ce besoin intense de sentir le corps chaud de son sorcier contre lui. Il avait besoin de sentir sa peau contre la sienne, entendre son cœur battre lentement, entendre sa respiration régulière, sentir son odeur si merveilleuse de bois de santal…

Mais le lit était froid, vide. Son sorcier était déjà levé et ne demeurait sur les draps satinés que sa douce odeur boisée.

Il n'en fallut pas plus pour sortir l'archer définitivement de son sommeil. Il s'assit dans le lit et se frotta les yeux pour chasser les brumes oniriques qui s'agrippaient désespérément à lui. Le soleil filtrait déjà fort à travers les rideaux de la chambre et le jeune homme se demanda quelle heure il pouvait bien être. Il se sentait si fatigué depuis ce qu'Aldertree lui avait fait qu'il avait sombré dans un sommeil comateux, dépourvu de rêve.

De l'autre côté de la porte, il entendit le rire cristallin de Madzie et un sourire éclaira son visage. Il se décida enfin à se lever. Il lui fallait s'excuser auprès de la petite sorcière pour ne pas avoir tenu sa promesse la veille.

Il avait été si déçu, en arrivant dans le loft, de ne pas avoir pu lui souhaiter bonne nuit… Mais la journée avait été, une fois encore, riche en émotion.

Il avait affronté son père, mis sa mère dans la confidence, découvert le sort d'Aldertree, appris la menace qui pesait sur son compagnon et enfin, ce dernier lui avait fait une révélation des plus déstabilisante.

En temps normal, ce genre de découverte l'aurait empêché de dormir, mais, la veille, la fatigue l'avait emporté.

À la lumière de l'aube, il n'avait toujours pas pris sa décision. Magnus lui avait laissé la nuit pour réfléchir à sa proposition. Mais Alec était incapable d'appréhender ce que signifierait d'accepter. Toute sa vie serait bouleversée. Mais, serait-ce un mal ? Au fond de lui, le nephilim savait d'ors et déjà qu'il n'avait rien besoin de plus dans son existence que Magnus. Ils étaient en couple depuis moins d'un mois, mais le jeune chasseur savait que son âme était liée à celle du sorcier pour l'éternité.

Il ne pouvait pas vivre sans lui.

Et puis il y avait Madzie à présent. Comme pour Magnus, elle était une évidence !

— Hey, ma petite sorcière préférée !

La petite fille lâcha son dessin-animé des yeux et courut pour sauter dans les bras du brun qui l'accueillit avec joie.

— Ma puce, je suis désolé de ne pas avoir pu te souhaiter de beaux rêves, hier-soir. Après le travail, j'ai été voir ma sœur qui est malade. Tu me pardonnes ?

La métisse hocha la tête avec un grand sourire et le serra fort dans ses bras.

— Magnus m'a raconté une histoire, annonça-t-elle avec un grand sourire. Mais, en fait, je crois que les princes, c'était vous !
— Des princes, vraiment ?
— C'était ça ou notre histoire façon La Belle et la Bête ! Je te laisse deviner qui aurait eu le rôle de Belle, intervint le sorcier qui venait d'arriver dans la pièce.

Il lança un clin d'œil lourd de sous-entendu à son compagnon qui répondit par un sourire amusé.

— Je n'ai absolument aucune idée de quoi tu parles !
— Ce n'est pas grave, Madzie fera ta culture Disney. Bien dormi ?

Le sorcier l'embrassa chastement sur les lèvres en posant sur lui un regard empli d'amour, caressant son visage au passage. Il n'y avait aucun doute, Alec ne se sentait vivant qu'avec lui.

— Comme une masse ! Avoua-t-il en se servant un café noir.

Il avisa l'horloge du four qui indiquait neuf heures trente passés. Il était déjà en retard pour l'Institut, mais se sentait de toute façon incapable de quitter l'appartement avec la menace de l'Enclave qui pesait sur Magnus.

D'ailleurs, ce dernier n'avait pas reçu de convocation. Sa mère se serait-elle trompée à ce propos ?

— As-tu pris une décision ?

Madzie releva la tête de son écran, intéressée elle aussi par la réponse de l'homme qu'elle avait choisi pour être son papa.

Alec se sentit nerveux. Il n'avait pas vraiment eu le temps d'y réfléchir et l'inconnu avait quelque chose d'effrayant.

Trois coups frappés à la porte le firent sursauter et le sortirent de sa méditation.

Aussitôt, il sentit son cœur battre fort dans sa poitrine et son instinct se réveilla. Il fronça les sourcils, sur ses gardes et fit signe aux deux sorciers de s'éloigner.

Magnus attrapa la fillette et l'entraîna silencieusement vers le bureau tandis qu'Alexander avançait sans bruit vers la porte d'entrée où trois autres coups impatients résonnèrent.

— Magnus Bane ! Par ordre de l'Enclave, ouvrez ! vociféra une voix tonitruante depuis l'autre côté du panneau.

Le chasseur se figea net.

Le Haut-Conseil avait préféré utiliser l'effet de surprise et au lieu de convoquer le sorcier, ils venaient l'escorter jusqu'à Idris comme un criminel.

Le nephilim ramassa son arc et son carquois qu'il laissait toujours à l'entrée et rejoignit le bureau.

Ils n'avaient que très peu de temps devant eux.

— Tu penses avoir le temps de créer un portail ?
— Tout est prêt, répondit Magnus. Il ne me manque que ta réponse.
— Vas-y ! répondit le chasseur sans réfléchir davantage. Il n'avait pas pris de réelle décision, mais Magnus refuserait de partir sans lui et, s'il restait ici, il signerait son arrêt de mort.

La porte du loft vola en éclats dans une explosion assourdissante et Alec, arma une flèche, prêt à couvrir les deux sorciers déjà à l'œuvre devant un pan de mur qui se parait déjà d'une couleur bleu-violet irisée.

Dans la main gauche de Magnus, Alec aperçut un bout de brocart rouge. Le sorcier serrait l'omamori qu'il lui avait offert avec force et détermination comme si c'était la chose la plus précieuse qu'il possédait.

Cette simple vision emplit le cœur du nephilim d'amour et de joie. Déconcentré, il ne vit pas les deux shadowhunters de l'Enclave. Ils avaient pris le parti de fouiller l'appartement du sorcier et en étaient arrivés au bureau rapidement.

Sans sommation, le premier se précipita sur Alexander qui évita son poignard séraphique au dernier moment.

Il se servit de son arc pour frapper l'homme et dégaina à son tour sa lame. Il avait perdu le bénéfice de son arc à cause de son manque de concentration. À présent, il devrait combattre à un contre deux. La bataille s'annonçait serrée.

Le bruit des lames résonna bientôt dans la pièce, rebondissant sur les murs du loft dans un rythme soutenu.

Alec accusa une entaille au bras avec un gémissement plaintif et envoya le responsable valser un peu plus loin d'un coup de pied dans l'estomac. Son deuxième adversaire en profita pour le frapper au visage, l'envoyant au sol, la pommette douloureuse.

En position de faiblesse, il regarda son adversaire s'approcher de lui, la lame levée, prêt à frapper.

Il resta concentré. Tout était une question de timing, il fallait garder son sang-froid.

Quand le chasseur fut suffisamment près, il balaya le sol d'un geste rapide de la jambe pour faucher son adversaire qui retomba lourdement sur le dos avec un grognement.

Mais le brun ne put profiter de la situation, car le second shadowhunter était de nouveau sur pied et couvrait les arrières de son frère d'armes.

Le combat reprit à nouveau et les lames séraphiques se rencontrèrent.

— Magnus, je ne vais pas tenir encore longtemps… avertit le jeune homme qui accusait de plus en plus d'entailles.

Le combat était inégal. Il s'épuisait contre ses deux adversaires et ne tiendrait plus très longtemps.

Les deux hommes prirent les paroles de leur adversaire comme un encouragement et ils l'attaquèrent encore plus férocement.

Peu de temps après, il avait un poignard sous la gorge et était neutralisé par un des deux hommes.

Le portail était ouvert.

Magnus avait un sens particulier du timing. Il chuchota quelques mots à Madzie qui hocha la tête.

— Rend-toi, sorcier. Éloigne-toi de ce portail.
— Demandé si gentiment, comment refuser ? ironisa Magnus avec une intonation et des mimiques dédaigneuses.
— Magnus, part avec Madzie !

La lame se resserra contre sa gorge, l'entaillant superficiellement, faisant couler le sang le long de son cou.

Les yeux de Magnus devinrent dorés et se fendirent d'une pupille verticale, féline. Il était en colère à présent.

— Par ordre de l'Enclave, vous êtes en état d'arrestation, indiqua le deuxième shadowhunter insensible à la menace silencieuse du sorcier.
— J'accepterai votre adorable invitation avec plaisir mais je suis malheureusement déjà pris, répondit le sorcier avant d'envoyer une boule d'énergie rouge sur lui.

Tout se passa ensuite très vite.

Madzie ferma les yeux, comme le lui avait demandé Magnus un peu plus tôt.
Le shadowhunter se consuma dans un hurlement strident.
Alec profita de l'effet de surprise pour se libérer. Un coup de coude dans l'estomac, un pied écrasé du talon, et pour finir un poing en plein visage.

Magnus invita Madzie à franchir le portail avant de tendre la main à son amant blessé.

Mais au moment de le franchir à leur tour, l'homme de l'Enclave attaqua de nouveau.

Il frappa Alec à l'arrière du crâne du revers de son poignard, prêt à frapper Magnus de sa lame dans le même mouvement.

Le sorcier réagit plus rapidement et le nephilim subit le même sort que son frère d'armes.

Alexander, assommé, bascula en avant et inconscient, traversa le portail vite suivi par Magnus, encore sous le choc de cette dernière attaque. Il avait déjà peur des répercussions.

Quiconque franchit un portail sans savoir où il mène, finit à jamais perdu dans les limbes. Si Alexander savait où menait celui-ci, le fait qu'il soit inconscient au moment du voyage aurait nécessairement des conséquences.

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— Chut, calme toi, bois encore un peu !

La jeune femme obéit, le corps couvert de transpiration, tremblante de douleur et de manque.

— Où est Alec ? gémit-elle, comprenant difficilement pourquoi Jace était ici et pas son frère pourtant si dévoué habituellement.
— Il ne s'est pas présenté ce matin, avoua Jace la mâchoire contractée dans ce qui ressemblait à de l'inquiétude.
— Et toi, comment tu te sens ?
— Bien, pourquoi ça n'irait pas ? répliqua aussitôt le nephilim sur la défensive.
— Jace ! Tu ne pouvais pas savoir que tu activerais l'épée, ce n'est pas ta faute, ok ?

Le téléphone du blond bipa, lui offrant une diversion bienvenue.

— Qu'est-ce que c'est ?
— Alerte général ! Alec et Magnus sont recherchés… Mort ou Vif !

Les deux shadowhunters se dévisagèrent sans un mot, échangeant toute leur incrédulité et leur crainte en un seul regard.

— Il faut que j'en sache plus, Izzy… ça va aller ?
— Va ! La potion de Magnus m'aide beaucoup… Alec a besoin de toi !