Le district était en sang. Battez-vous bande d'incapables ! Battez-vous au nom du Feu éternel ! Criaient les prêtres, qui restaient en retrait. Dans la matinée, un groupe d'hommes entièrement vêtus de capes orange ornées des attributs du renard avaient traversé armes à la main le pont St Grégoire. Alertés par un prêtre, des chevaliers de la rose ardente s'étaient attroupés pour créer un barrage empêchant les intrus de passer.

Cependant il ne fut d'aucune utilité : Syl, qui était présent dans les rangs des membres du culte du Lis, prononça à voix basse une formule magique, et quelques secondes plus tard, les chevaliers et quelques fidèles qui se trouvaient à proximité du magicien se mirent à tournoyer dans les airs avant de s'écraser lamentablement au sol.

Bientôt, les membres du culte du Lis passèrent le pont, empêchant par la même occasion leurs ennemis de courir chercher du renfort. Certains hommes de Baddur, menés par Agas – son plus fier guerrier nain - restèrent en retrait et bloquèrent l'accès au pont. Jacques d'Aldersberg, alerté par les cris dehors, sortit dans la cour du temple. Un des prêtres du Feu éternel le poussa violemment et reçu à sa place un carreau d'arbalète qui le tua instantanément.

C'était l'horreur. Les fidèles qui étaient venu prier se faisaient massacrer sans état d'âme par les homes de Iorvan, qui tiraient habilement à l'arc. De leurs côtés, les compagnons d'Agas égorgeaient les hommes, n'épargnaient pas les enfants certaines femmes étaient faites captives puis violées. Jacqus ordonna le repli mais Syl lança un nouveau sort pour bloquer les issues.

Le maître de l'ordre de la Rose Ardente ordonna à tous ceux qui le pouvaient de prendre les armes, et de se battre contre les renégats qui tentaient de détruire le temple. Le district de l'île du temple n'était plus qu'un amas de flammes, de cadavres, le sang coulait à flot, les femmes hurlaient, les enfants pleuraient, mais tous étaient impuissants.

Les membres du culte du lis avançaient toujours plus. Agas, s'avança au centre de la place avec sa hache, et frappa violemment l'édifice où brûlait la flamme éternelle. Un des prêtres tenta de l'empêcher de faire plus de dégâts, mais le bougre reçut une flèche au niveau de la tempe, tirée par Iorvan, et tomba lourdement au sol. Le nain continua son entreprise, jusqu'à ce que Jacques d'Aldesberg en personne brandisse son épée devant lui. Le maître de la Rose Ardente, voyant que ses fidèles se faisaient exterminer, avait enfilé son armure et pris un glaive pour se battre.

Le combat entre les deux hommes fût sanglant, et aucun ne voulait admettre sa défaite. Jacques fût touché par un coup puissant d'Agas à l'épaule, mais le nain chancela quand il reçut un carreau d'arbalète tiré par l'un des prêtres qui se tenaient sur les remparts de l'île du temple. Il recula et fut rapidement encerclé par quatre chevaliers de la Rose Ardente. Cependant, avec l'aide de deux de ses hommes, il n'eut aucun mal à s'en débarrasser. Soudain Syl sonna la retraite. Ils en avaient fini pour le moment.

Les membres du culte du Lis se replièrent instantanément. Agas prit la fuite rapidement avec ses acolytes et Iorvan rappela ses hommes. La place était couverte de sang et de cadavres issus des deux camps, mais l'ordre de la Rose Ardente, ainsi que les civils avaient plus été touchés. Avant de partir, Syl s'avança vers Jacques d'Aldersberg, qui se tenait l'épaule.

- Vous avez opposé plus de résistance que je ne le pensais… Mais cependant ce n'était pas suffisant… Dommage pas vrai ? Ajouta-t-il, avant de marmonner quelques mots.

Il se retourna et fit trois pas. L'édifice où brûlait la flamme éternelle s'affaissa. Jacques voulut hurler, mais sa blessure le faisait horriblement souffrir. Du côté de la Rose Ardente, les quelques soldats encore en vie n'étaient plus aptes à se battre. Personne ne s'opposa au départ du mage. Ils retraversèrent le pont comme ils étaient arrivés laissant l'île du temple en proie à la désolation la plus totale.

- Donc tu m'as emmené ici volontairement c'est ça ? Redemanda Léo, las de voir l'elfe trembler comme un enfant.

Grieldan acquiesça. C'était la troisième fois que le sorceleur lui posait la question, et il ne semblait toujours pas convaincu. Il essaya encore en vain de lui expliquer la situation mais rien n'y faisait : Léo restait septique. En même temps, croire un homme qui soi-disant, menait un double jeu n'était pas simple.

Léo se releva pour en avoir le cœur net, il devait demander directement. Il demanda - sèchement - à l'elfe de le mener jusqu'à Taria. L'elfe fut soulagée de retrouver son protégé en un seul morceau, et remercia le sorceleur. Il ne répondit rien, et força un peu brutalement Grieldan à s'asseoir. Il reposa une énième fois sa question, mais cette fois en présence de l'elfe. Il répondit de manière mécanique.

- Ma maîtresse, ici présente, m'a demandé de poser la lettre au Thym et Romarin, puis de courir la ville jusqu'ici pour t'y emmener.

Léo interrogea du regard Taria, toujours septique. Elle acquiesça. Le jeune homme s'affala sur une des chaises, puis s'excusa auprès de l'elfe de la manière dont il l'avait traité. Grieldan accepta ses excuses, tout de même un peu confus, et troublé par la tournure que prenaient les événements. Taria observa longuement le sorceleur, et en vint à penser qu'il devait faire tourner la tête de nombre de femmes. Elle s'approcha et se pencha sur lui il resta sur ses gardes, mais se détendit quand il vit qu'elle ne tenterait rien.

- J'ai besoin de ton aide sorceleur. Et m'aider pourrait bien te mener jusqu'à l'homme qui a capturé ce pauvre Jaskier.

- Qu'est ce qui me dit que tu ne vas pas me tendre un piège ? Répondit-il nonchalamment.

- Vois-tu sorceleur, j'ai d'excellentes raisons d'en vouloir à une certaine personne, que tu connais par ailleurs très bien, puisque tu as tenté de la tuer.

- Ce Tonegel ? Le nom lui était venu immédiatement.

- Oui un temps, nous étions amants, mais un jour… Il m'a… jeté, sans raisons. Il avait sûrement trouvé une autre putain mais moi je l'aimais d'un amour vrai. Il n'a fait que jouer avec mes sentiments. Cet homme est vil Léo, sans pitié, il tue sans état d'âme, il n'a pas de cœur. Il mérite la mort.

Les deux discutèrent longuement, alors que Grieldan les écoutaient sagement, jouant avec le bout de son veston déchiré. Léo accepta d'aider Taria, mais rechigna quand elle demanda à l'elfe de l'accompagner. Léo fut néanmoins contraint d'accepter. Avoir comme un allié un homme possédant un grand nombre d'informations sur le culte du Lis était un avantage dont il ne pouvait pas se passer. Après avoir remercié Taria, et adressé un dernier coup d'œil méfiant à Grieldan, le sorceleur sortit du bordel.

Dehors, les nouvelles allaient rapidement : tous les habitants savaient que le temple du feu éternel avait été attaqué au début de la matinée. Léo leva les yeux, et put déplorer l'état que devait avoir le district : une longue colonne d'une épaisse fumée s'élevait dans le ciel. Beaucoup de femmes pleuraient car leurs maris étaient allés prier au temple. Des hommes fous de rage voulaient prendre les armes.

Les gardes de Novigrad quant à eux tentaient désespérément de tenir un ordre correct, mais se fut bientôt la pagaille dans la ville. Les veufs parcouraient la ville à la recherche des membres du culte du Lis, et se jetaient sur toutes les personnes vêtues d'habits orange, aveuglés par la haine. La capitale fut bientôt une mare de sang. À chaque coin de rue, des hommes et des femmes armés de fourches, de piques, de dagues et d'épées, prêts à se défendre.

Léo peina à se frayer un chemin jusqu'au Thym et Romarin, renversant quelques hommes et parant de son glaive comme il pouvait les coups qu'on lui assénait de toute part, en veillant à ne blesser personne. Arrivé à l'auberge, il ferma la porte à double tour pour empêcher les gens d'y entrer. Il reçut un violent coup à l'épaule par derrière, qui le fit chanceler. Un homme caché sous une table avait profité de l'inattention du sorceleur pour se jeter sur lui.

Le jeune homme, fou de rage, attrapa l'homme par le col, et le jeta violemment en arrière, si bien qu'il perdit connaissance. Ciri, qui avait entendu le vacarme descendit en hâte, et courut vers Léo quand elle le vit qui se tenait l'épaule, grimaçant de douleur. Il massa son membre endolori, fit quelques mouvements pour vérifier que tout allait bien, ce qui rassura la jeune femme aux cheveux cendrés.

- Où est-ce que tu es allé te fourrer encore ? lui demanda-t-elle d'une voix cassante.

Il ne répondit pas, se contentant de continuer de masser son épaule. Sans le laisser paraître, elle était soulagée de le voir rentré en un seul morceau, surtout avec ce qui se passait en ville. Sans dire un mot, ils montèrent à l'étage. Léo était épuisé et s'endormit rapidement. Ciri attendit qu'il s'endorme pour rentrer dans sa chambre, et s'assit au bord de son lit. Elle en profita pour caresser ses cheveux albâtres, et, furtivement, déposa un baiser sur ses lèvres. L'embrasser l'avait quelque peu manqué, mais elle était trop fière pour venir réclamer auprès du jeune homme.

Il grogna dans son sommeil et elle s'écarta, de peur qu'il se réveille. Mais il dormait profondément. Elle se coucha près de lui, observant son visage, sa nuque. Ciri se rapprocha, et enfouit sa tête dans son cou. Léo entoura la jeune femme de ses bras, l'attirant contre lui. Elle rougit, se maudissant d'être resté et d'avoir cédé à ses ardeurs. La sorceleuse se blottit contre lui, et ferma les yeux.

- Je savais que tu viendrais… Murmura-t-il à son oreille. Elle poussa un juron en guise de réponse.

- Mmh… !

- Je suis content que tu sois venue Ciri, alors fais-moi plaisir, et reste avec moi cette nuit.

Elle ne répondit pas mais resta là où elle se trouvait. Il approcha son visage du sien et déposa un baiser au coin de ses lèvres. Elle grommela et appuya plus fortement ses lèvres contre les siennes. D'ordinaire, elle se laissait guider, mais à ce moment précis, elle voulait le sentir contre elle. Et ce « pseudo » baiser ne lui avait pas plu. Il sourit et passa sa main dans son cou. Elle poussa un léger gémissement. Ils s'endormirent ensuite, pour être en forme le lendemain.

Le lendemain, Ciri réveilla Léo en hâte. Des gardes tentaient de pénétrer dans la l'auberge. Le sorceleur prit son glaive en acier et descendit. Prudemment, il ouvrit la porte deux gardes l'empoignèrent et le plaquèrent sur le mur adjacent, l'empêchant de faire le moindre mouvement. Léo lâcha son glaive, qui fut rapidement ramassé par l'un des gardes, et se laissa faire docilement.

L'un des deux hommes pénétra dans l'auberge, inspecta le rez-de-chaussée, puis entreprit de montrer à l'étage. Le pauvre bougre monta les escaliers et fut surpris de tomber sur Ciri en haut. La jeune femme poussa du pied le garde, qui tomba à la renverse, dévalant les marches. Il se releva difficilement, pesta contre la sorceleuse, mais fut vite rappelé à l'ordre : tous les gardes de la ville étaient mobilisés pour traquer des membres du culte du Lis qui avaient semble-t-il été aperçus au port.

Les deux hommes sortirent, en prenant soin de rendre le glaive à Léo d'une façon peu courtoise. Le calme revenu, Ciri demanda à Léo où il était passé la veille. Au fond d'elle-même, elle s'était inquiétée de ne pas le voir revenir. Il lui expliqua tout : le bordel, sa rencontre avec les deux elfes. Elle resta septique un moment, jusqu'à ce que le jeune homme lui dise que Grieldan pourrait sûrement les mener jusqu'à Tonegel, et qu'ils avaient donc une chance de retrouver Jaskier. La nouvelle ravit Ciri.

- Je ne pense pas que Jaskier soit ici, à Novigrad. Tonegel non plus… Annonça Léo.

Il exprima plus clairement le fond de sa pensée et la jeune femme acquiesça : Si Jaskier n'était pas retenu à Novigrad où dans ses alentours, c'est qu'il était autre part. Ciri jura, puis insista pour accompagner Léo au bordel. Il refusa au départ mais fut contraint d'accepter, voyant qu'il était impossible de l'en dissuader. S'il avait essayé, il sait ce qu'il se serait passé : dispute et regards noirs. Et puis il ne pouvait pas la laisser en dehors de tout ça.

Ils préparèrent leurs affaires. Entre temps, Zoltan passa à l'auberge et Ciri lui demanda s'il comptait rester quelques temps. Le nain lui répondit qu'il était spécialement venu pour s'occuper du Thym et Romarin, et que lui et ses gars s'occuperaient du reste en leur absence. La sorceleuse le remercia, et quitta l'auberge avec Léo pour se diriger vers le bordel des elfes.