Chapitre 16 : Au clair de la lune

Perchée en haut de la cour intérieure du château, Livia regardait ses affaires flotter sur l'eau d'un air sinistre. Tout y était. Ses habits, ses livres, ses plumes, son encrier, ses deux devoirs à rendre pour la semaine prochaine ainsi que tout son nécessaire de toilette. Il y avait aussi ses draps, ses rideaux et son oreiller. Tout. Sirius Black n'avait rien laissé au hasard. Tout flottait sur la surface de l'eau parsemant le lac noir de petites taches de couleur au loin.

Quelques élèves de la cour regardaient eux aussi ce spectacle en murmurant entre eux. Livia ne les écoutait pas. Ses yeux restaient fixés sur ses affaires et son expression faciale en disait long sur ce qu'elle pensait de cette affaire. Il n'y avait rien de plus dangereux que la colère froide. Lily et Marlène le savaient, voilà pourquoi elles avaient eu la bonne idée de laisser Livia seule après l'avoir mené jusqu'ici.

Sirius n'eut pas le même genre de prudence. Avec un sourire aux lèvres il s'approcha de Livia. Il s'accouda à peine à quelques millimètres d'une des mains gracieuses que la jeune femme avait posé sur la balustrade. Livia ne bougea pas d'un cil. Elle continuait de regarder ses affaires flotter sur l'eau sans bouger. Avant de parler le garçon avait souri le temps de s'allumer une cigarette. Sans le voir, Livia pouvait sentir le sourire niais qu'il arborait. Derrière lui, piétinant, James regardait la scène avec, sans doute, pas la moindre envie de se trouver là.

-J'ai appris pour tes affaires, dit Sirius d'une fausse voix compatissante. Je suis vraiment désolé princesse, c'est vraiment inadmissible. Tu veux que je demande à James de mener une enquête pour punir le responsable ? Tu sais qu'il le ferait, il est préfet après tout.

Livia ne bougeait toujours pas. Elle était aussi figée physiquement qu'une statue de glace. À l'intérieur c'était le tonnerre qui grondait. Elle était si en colère que sa baguette incendierait surement tout sur son passage si elle l'avait entre les mains.

Sirius ne semblait pas se douter pourtant que l'immobilisme de Livia n'annonçait rien de bon et qu'il ferait bien de partir avant qu'un drame ne se produise. James, en revanche commençait à le voir venir car elle sentait qu'il était de plus en plus nerveux à côté de son ami.

-C'est triste vraiment je compatis, continua le garçon après quelques secondes. Mais tu vois princesse, c'est ce qui se passe lorsqu'on essaie de jouer à la plus forte avec les gens, on finit toujours par y laisser des plumes, sans mauvais jeu de mot.

Ce fut à ce moment précis que Livia se décida à se tourner vers le garçon. Ses yeux étaient si glacials et dangereusement colériques que Sirius en perdit quelques secondes son sourire avant de se reprendre. James lui eut un tressaillement.

-Je te conseille de te tirer Sirius. Maintenant, dit-elle d'un ton excessivement menaçant.

-Ou sinon quoi ? dit le jeune homme sans se laisser démonter.

James, lui, pressentait parfaitement la menace, prit le bras de son ami pour le tirer vers l'arrière.

-Sirius vient, dit-il avec un ton visiblement tendu.

-Mais non ! Mais attend laisse-moi encore un peu ! dit-il avec un grand sourire en voulant se détacher de l'emprise de Potter qui le regardait avec un air très sérieux.

-Sirius tu as assez jubilé viens maintenant !

Livia regarda le jeune homme à lunette d'un regard aussi froid que l'Antarctique.

-Tu sais James, dit Livia d'un ton tout aussi gelé que son regard, je m'attendais à ce que Sirius fasse quelque chose d'aussi stupide, mais toi… Je ne m'en serais jamais doutée, continua-t-elle sous le regard du Potter qui devient livide. Je ne me serais jamais doutée que tu serais assez bête pour risquer ta peau pour lui.

-Qu'est-ce que tu racontes, laisse-le en dehors de ça espèce de vipère ! dit Sirius qui avait perdu son sourire comme James, mais Livia s'en moquait.

Elle continuait de regarder James Potter avec un vague air de prédateur qui fond sur sa proie.

-Te servir de ton titre de préfet pour faire rentrer illégalement un élève dans une autre maison, dit Livia provoquant la tétanie du garçon. Tu te rends compte que si j'en parle à Lily tu risqueras beaucoup plus que perdre son amitié ? Tu pourrais être révoqué rien que pour avoir été dans la salle commune d'une autre maison sans permission de ton préfet-en-chef. Alors, je te laisse imaginer ce qui t'attend si je lui dis que tu as fait ça pour aider ton meilleur ami à pourrir la vie d'une autre élève.

-Merde mais comment est-ce qu'elle sait ça ? Sirius comment est-ce qu'elle sait ça ? dit James en s'agrippant au bras de son ami.

-James bon sang ! Ne te laisse pas avoir par cette harpie ! Elle n'a aucune preuve contre nous et elle ne pourra pas en avoir alors détends toi. Quant à toi, dit Sirius avec un air de colère en se tournant vers la jeune femme, je te souhaite bon courage pour sortir tes affaires du Lac noir.

-Tire-toi. Immédiatement, dit-elle avec un dédain si fort que James siffla un « bon moi je me barre » avant de partir en courant vers l'intérieur du château.

Sirius lui ne bougea pas. L'électricité était si forte en cet instant qu'une seconde Livia crut voir un brin électrique parcourir les tempes du garçon. La tension qu'il y avait entre les deux était sur le point d'exploser, lorsque Livia décida de ne pas rentrer dans son jeu de cette manière et stoppa leur échange. Elle reposa ses doigts sur la surface froide de la balustrade et se remit à observer ses affaires qui continuaient de flotter sur la surface du lac. Sirius quant à lui, comprit que c'était le signal pour qu'il s'en aille et il le fit, ne manquant pas de jeter sa cigarette tous près de Livia en passant. Cependant elle ne releva pas.

La jeune femme préparait déjà l'exécution de sa vengeance, et elle promettait d'être terrible.


Livia avait passé un très mauvais dernier week-end de septembre. Tout le reste de son samedi, elle l'avait passé à faire sortir ses affaires du lac noir. Le dimanche elle s'était enfermée dans la bibliothèque pour retravailler sur les devoirs qu'elle avait perdus dans l'attaque.

Ça lui avait pris du temps, mais elle avait réussi à récupérer presque tout. Enfin presque. Une petite moitié de ses affaires appartenaient hélas pour toujours au lac noir désormais. La seule chose qu'elle ne regrettait pas c'était ses collants. Sirius lui avait donné une bonne excuse pour s'en débarrasser et passer aux longues chaussettes hautes moelleuses sans que personne ne puisse lui faire de remarque.

Lundi fut une rude journée. Entre finir ses devoirs à rendre et l'entretien avec Slughorn pour racheter des livres en urgence, Livia n'avait pas eu une minute à elle. Cependant, elle avait réussi à glaner une information intéressante pendant cet entretien avec le professeur. Alors qu'elle était sur le point de partir, le vieux professeur l'avait arrêtée :

« Miss Blackwood, si vous vous sentez dépassée par les évènements, n'hésitez pas à en parler à vos professeurs. N'enfouissez pas ça à l'intérieur de vous. Vous ne réalisez pas à quel point garder les choses enfermées peut-être dangereux. La fille qui était à votre place l'année dernière l'a fait et ça la détruite. Alors si vous voulez nous parler, vous pouvez. Je voulais juste que vous le sachiez. »

Sans le vouloir le professeur avait confirmé ce que Livia soupçonnait depuis quelques temps. Katherine avait essayé de se suicider. Maintenant il fallait qu'elle connaisse la raison. Voilà pourquoi elle avait tout fait pour que le professeur ait de la compassion pour elle, voir de la sympathie. Si elle voulait avoir une chance de savoir ce qui s'était passé, le professeur était sa meilleure option pour le moment. Lorsqu'elle avait retrouvé son lit le soir même (que les elfes avaient réaménagé au plus vite) Livia s'y était affalée.

Le lendemain, ne fut pas très glorieux non plus. Elle avait reçu une quantité pharaonique de nouveaux devoirs qui l'avaient totalement prise durant les moments de pause. Est-ce que c'était la pleine lune qui rendait les professeurs aussi épuisants ? Livia ne le savait pas, mais une chose était sûre c'est qu'ils faisaient tout pour qu'elle n'ait pas une seconde pour qu'elle puisse penser à sa vengeance.

Lorsqu'elle avait croisé Remus à la bibliothèque, il semblait épuisé et sur les nerfs. Livia n'avait pas essayé de lui reparler depuis la dernière fois. Elle ne dirait pas qu'elle s'était attachée à ce garçon, mais ça lui manquait un peu de travailler avec lui. Il avait une aura apaisante et réviser à côté de lui l'était tout autant. Lily essayait de faire la navette entre les deux quand ils travaillaient tous ensemble à la bibliothèque bien que Livia lui eût déjà dit qu'elle pouvait rester avec lui. C'était Lily Evans tout crachée ça, toujours jouer à la bonne samaritaine avec tout le monde.

Livia adorait vraiment cette fille. C'était un peu la seule vraie amie qu'elle n'avait jamais eu. Cependant, elle ne ressentait pas un attachement durable et réel pour elle. Elle savait qu'à la fin de l'année, lorsqu'elle rentrerait en Amérique, cela lui ferait sans doute un petit pincement au cœur de ne plus jamais la revoir, mais au bout de quelques jours la jeune préfète ne serait plus qu'un lointain souvenir, exactement comme toutes les personnes qui étaient un jour rentrées dans sa vie.

Livia avait travaillé jusqu'à ce qu'elle soit épuisée, puis une fois qu'elle n'en put plus, elle s'était rendue dans les jardins pour fumer une cigarette en regardant le soleil se coucher avant d'aller manger.

Elle allait écraser sa cigarette dans l'une des goules de la cour et s'en aller rejoindre la grande salle, lorsqu'elle vit les quatre maraudeurs traverser la cour. Ils avaient l'air pressé, comme si quelque chose allait arriver d'une minute à l'autre et qu'ils devaient partir. Un Remus livide était poussé par Sirius et James vers l'un des escaliers qui menait jusqu'à la passerelle de la forêt interdite. Le petit dernier était à la traine comme toujours.

Livia l'observa attentivement. Elle qui se demandait par qui elle allait s'attaquer en premier, le dénommé Peter Pettigrow était tout indiqué. Sirius lui avait appris une chose lors de son dernier coup, c'est que ses amis étaient d'une grande valeur pour lui. Si elle voulait frapper fort, c'était avec eux qu'elle devait le faire. Voilà pourquoi elle était très attentive à James et Peter depuis quelques temps. En le regardant tenter de rattraper ses amis, Livia commença déjà à réfléchir au potentiel de revanche qui s'ouvrait à elle.

Cependant, lorsqu'elle rentra dans le château pour aller manger ses brocolis marinés, Livia se dit qu'avant de penser à son prochain coup, elle devait mettre en place celui qu'elle était sur le point de jouer. Et ce n'était pas gagné. Pourtant le sort avait décidé de lui sourire en cette soirée, car Marlène déboula à toute vitesse vers elle à peine fut-t-elle arrivée dans la grande salle.

-Quoi ?

-Sirius n'est pas là ce soir, c'est le moment où jamais, dit Marlène, le rouge aux joues.

Livia soupira. Elle avait attendu cette occasion tout le week-end et c'était enfin le moment. Livia était tout de même sur les nerfs, à la différence d'une heure de cours elle devrait agir beaucoup plus vite. Inquiète, elle passa la tête dans la grande salle et vit le professeur Mcgonagall commençant à peine à manger.

-Elle vient de prendre son entrée, murmura Livia plus à elle-même qu'à sa complice. Ça me laisse 20 minutes d'action.

-Livia…dit Marlène qui arborait l'air le plus sérieux que la jeune Blackwood ne lui avait jamais vu. Tu es sûre de vouloir faire ça ? Si tu te fais prendre tu risques l'expulsion !

-Je ne me ferai pas prendre, dit Livia en se détachant.

-Mais Livia, même vis-à-vis de Sirius c'est un peu trop… Extrême tu ne crois pas ?

-Je n'en ai rien à cirer ! Cet enfoiré a touché à mes affaires ! vociféra Livia en levant le doigt pour montrer à Marlène qu'elle était très sérieuse. Et personne ne touche à mes affaires !

Marlène avait regardé la jeune femme une petite seconde avec un regard sévère en essayant de lui montrer que ce n'était pas le moment de se dégonfler ; et après quelques secondes d'hésitation, la jeune Gryffondor avait acquiescé.

-Suis-moi, avait-elle dit en trottinant vers les escaliers.

Livia n'avait pas perdu une seconde pour répondre à sa requête et la suivre dans les couloirs. Marlène était excessivement prudente. À chaque nouveau passage, elle arrêtait la procession, ce qui faisait perdre un temps fou à Livia.

Au détour d'un chemin, alors que Marlène avait encore une fois arrêté leur marche pour vérifier qu'il n'y avait personne dans les couloirs, elle avait décidé de sortir sa baguette pour faire apparaître des gants factices. Marlène n'avait même pas remarqué son geste, trop angoissée par l'idée de se faire prendre. Livia elle s'en moquait. L'heure de sa vengeance avait sonné et elle comptait bien en profiter jusqu'au bout.

Après deux bonnes minutes de marche, Marlène s'était enfin arrêtée.

-La chambre de Mcgonagall est au fond du couloir à droite, si tu arrives à passer les sorts de sécurité comme je t'ai dit, tu devrais pouvoir ressortir sans problème.

-Merci Marlène, dit Livia dans un souffle.

-Livia, lui avait-elle dit en lui prenant le bras. Ne sois pas trop dure avec Sirius. Il joue au mauvais garçon mais ce n'est pas quelqu'un de foncièrement mauvais, finit-elle avec un air étrange qui avait fait froncer les sourcils à Livia.

Qu'est-ce qu'ils avaient tous avec ça par Merlin !

-Je sais ce que je fais ne t'inquiètes pas Marlène.

-Bon. On se retrouve devant le portrait de la grosse dame alors.

Livia avait acquiescé et s'était détachée aussi poliment qu'elle put. Ensuite elle s'était mise à courir vers le couloir. Effectivement les sorts de protections des quartiers des enseignants étaient solides, mais pas assez pour elle. De quelques tours de baguettes elle avait réussi à suspendre temporairement les sorts comme les professeurs le faisaient (elle ne préférait même pas savoir où Marlène avait appris à faire ça) ; puis elle s'était dirigée vers la porte la plus éloignée.

En y entrant, la première sensation qu'eut Livia c'est que Mgonagall aimait les bibelots. Il y en avait un peu partout dans la pièce. Il y en avait trop et bien sûr il était impossible pour elle de savoir lesquels étaient précieux pour la sorcière ou non. Alors la jeune femme prit ce qu'elle pouvait estimer l'être. Elle s'empara des deux trophées miniatures qui étaient posés sur la commode et les fourra dans un des petits sacs qui trônaient dans un coin de la pièce. Sur l'un d'eux était marqué « prix de Métamorphe 1963 ». L'autre semblait être une récompense de Quidditch. Livia se dit que c'était suffisamment précieux pour qu'elle le remarque tout de suite. Ensuite elle avait pris des petites figurines en argent massif qui étaient posées sur le bureau, quatre petits flacons d'encres extrêmement rares si elle en jugeait par leur aspect mauve délicat et trois ou quatre petites statuettes étranges qu'elle gardait sur une petite étagère au fond de la pièce. Elles représentaient toutes une forme de chat assez surprenante, mais Livia ne préféra pas contester les goûts de sa professeure de métamorphose.

Après avoir pris tout ça à la va vite, elle était sortie à toute vitesse de la chambre et l'avait refermée du mieux qu'elle put. C'était le moment compliqué de l'histoire. Reformer tous les sortilèges sans qu'on puisse voir que c'était les siens fut compliqué. Cependant, Livia n'avait pas passé les deux derniers jours à étudier les sorts de protection entre deux devoirs à la légère.

Une fois que tous les sorts furent remis à leur place, Livia se hâta de quitter le hall des professeurs pour rejoindre les escaliers. Comme une ombre elle traversa tous les couloirs, son sac caché dans les pans de sa robe de sorcière. En arrivant dans les escaliers qui menaient au portrait de la grosse dame, elle retrouva Marlène qui semblait plus que nerveuse.

-C'est bon tu as tout ? lui avait-elle soufflé.

Livia n'avait pas répondu. Elle avait soulevé le pan gauche de sa robe pour lui montrer le sac. Marlène, très nerveuse, avait alors refermé sa robe précipitamment en regardant tout autour d'elle de peur qu'on ne la voit. Ensuite elle lui avait tendu une cravate rouge et or en lui soufflant de la mettre au plus vite, ce que Livia s'était empressée de faire.

-Dépêche-toi, on a plus beaucoup de temps avant que les autres n'arrivent en masse, avait-elle dit alors que Livia se démenait pour faire le nœud de sa cravate.

La jeune Serpentard eut à peine le temps de terminer de nouer le vêtement autour de son cou que sa compagne de méfait lui avait agrippé la main et l'avait tirée dans l'escalier. La jeune femme ne put rien faire d'autre que de suivre le mouvement. Devant la grosse dame qui n'avait pas changé d'un pouce depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu, Livia baissa la tête en laissant sa chevelure faire le reste.

-Mot de passe ? demanda la grosse dame à moitié réveillée semblait-il.

-Leo cor, dit Marlène avec une voix qui se voulait naturelle.

Sans autres formalités, la porte s'ouvrit et un court couloir se dessina devant les deux jeunes filles. Marlène ne perdit pas une seconde pour la trainer vers la salle commune. C'était une pièce plus petite que celle des Serpentards, mais nettement plus chaude et conviviable. Elle était meublée de la même façon que chez les serpents. Il y avait des fauteuils, des tables et une grosse cheminée, seulement tout était fait avec la couleur des Gryffondors. Ça donnait un petit côté convivial que la maison des Serpentards n'avait pas.

Marlène ne laissa pas Livia inspecter la maison des lions, car elle la tira par le bras pour lui signifier qu'elles n'avaient pas de temps à perdre. Elle dirigea Livia vers un petit escalier de pierre qui était au fond de la pièce. Elle la stoppa, regarda quelques secondes dans le couloir, puis elle l'avait entraînée à sa suite.

Après cela, les deux jeunes femmes escaladèrent l'escalier jusqu'à une embouchure. Une fois arrivées là, elles prirent sur la gauche et tombèrent au bout de quelques pas sur un labyrinthe de chambre.

Au début Livia fit confiance à Marlène pour la guider, mais après quelques allers-retours, la jeune Blackwood commençait sérieusement à douter de ses capacités de repérage.

-Tu es sûre que tu sais où tu vas ? demanda Livia alors qu'elles rebroussaient chemin une cinquième fois.

-Arrête de me stresser d'accord ? C'est la première fois que je m'aventure chez les garçons ! dit-elle nerveusement.

Livia pensa très fort que ça ne l'étonnait pas, mais elle n'osa pas le dire à haute voix de peur de vexer son amie. Après avoir pris à droite (et non à gauche comme elles venaient de le faire) les deux complices dans le crime, tombèrent enfin sur une chambre où la photo des quatre maraudeurs était placardée en grand.

Elles entrèrent et découvrirent la chambre. Elle semblait avoir été faite à l'image des quatre garçons. Le premier lit, le plus proche de la porte, était soigneusement rangé et plusieurs bouquins de la bibliothèque s'entassaient en abondance sur la table de chevet. « Remus » se dit Livia sans l'ombre d'un doute.

L'emplacement qu'il y avait en face était mal ordonné. Le lit avait essayé d'être fait, mais il y avait tellement de taches de nourriture (et Merlin seul sait quoi d'autre que Livia ne voulait pas connaître) que c'était difficile de croire qu'il était fait. Une montagne de vêtements mal rangés était entassée en bas de la commode, à tel point que Livia l'avait prise pour un tabouret au premier abord. « Ça doit être celui de Peter ».

Les deux lits qu'il y avait au fond de la pièce étaient très semblables, bien qu'il y avait des différences notables entre les deux. Celui qui était à droite était à moitié fait, et tout autour il y avait des posters de Quidditch. Au-dessus de la commode il y avait un étendard de sport où était marqué en grosse lettre « POTTER ». Là au moins on était sûr que ce lit appartenait à James.

Le dernier lit était positionné exactement là où son lit l'était dans son propre dortoir. Celui en face de la porte. Il était fait au carré, presque militaire, et pourtant, les posters qui étaient accrochés aux murs indiquaient que le jeune homme à qui il appartenait était tous sauf un petit coincé qui fait son lit au carré. Livia reconnu des groupes de musique moldus qu'elle avait déjà écouté à de nombreuses reprises avec ses anciennes colocataires nées-moldues d'Illvermorny. Il y avait les Rolling stone bien sûr, grand classique. Cependant elle vit aussi les Pink Floyd, Creedence Clearwater Revival, Queen et Led Zepplin. Il y avait également des artistes sorciers tel que les Phoenix rage, ou Ricky Stronem. Si Livia ne savait pas déjà qu'il appartenait à Sirius Black elle serait tombée amoureuse de cette partie du dortoir. Tous les artistes qu'elle aimait étaient dessus.

-Ça doit être le lit de Sirius, dit Marlène comme si elle pensait que Livia n'avait pas de sens de l'observation. Grouille-toi !

Livia s'était alors avancée vers ce magnifique lit mais en arrivant au milieu de la pièce une phrase que lui avait dit sa mère un jour lui revint à l'esprit et elle pila net.

« Les choses qui peuvent nous faire le plus mal, ne nous atteignent pas directement Livia. Elles atteignent nos proches, parce que c'est eux qui comptent le plus pour nous. »

Elle savait ce qu'elle devait faire pour faire du mal à Sirius Black. Mais maintenant qu'elle était sur le point de le faire elle hésitait. Est-ce qu'elle pouvait vraiment faire ça juste pour lui nuire ? Quel était l'expression qu'utilisait les non-maj déjà… ? À la guerre comme à la guerre ? Si Livia voulait gagner cette manche elle devait être impitoyable. Elle le savait. Pourtant lorsqu'elle se tourna vers le lit de Remus une boule se forma dans son estomac. Elle ne pouvait pas faire ça au garçon. Pourquoi est-ce qu'elle ressentait tant de compassion pour lui ? C'était un mystère qu'elle devrait approfondir plus tard.

Livia ne pouvait pas s'attaquer à Remus. Et elle ne pouvait pas encore s'attaquer à James, c'était encore trop tôt. Tout le monde sait que dans une compétition on garde sa carte maîtresse pour la fin. La seule personne qui restait c'était le petit goret. Celui qui trainait toujours derrière les trois autres. C'était le seul avec qui elle pouvait. Mais même si cette idée la traversait continuellement depuis qu'elle l'avait vu dans la cour, une réticence s'était formée dans son abdomen au moment de le faire.

Pourtant Livia se dirigea vers le lit poisseux. Elle ne pouvait pas reculer. Surtout pas maintenant, aussi près du but.

-Livia qu'est-ce que tu fais ? C'est le lit de Peter pas de Sirius ! dit Marlène toujours à la porte, faisant à moitié le guet.

-Je sais, dit la jeune femme en plaçant le sac sous le lit du petit garçon avec une affreuse coupe de cheveux ringarde.

« À la guerre comme à la guerre » se dit-elle une dernière fois en se relevant.

-Vite ! dit Marlène alors qu'elle était en train de regarder pensive le lit du petit gros de la bande. Des élèves arrivent !

Livia était alors sortie à toute jambe de la pièce et les deux filles s'étaient cachées dans le couloir le temps que quelques troisièmes années passent. Ensuite, elles avaient couru jusqu'à la salle commune pour en sortir en quatrième vitesse.