16 ~ Un petit pas pour l'humanité, un grand pas pour elles...
Observant l'aurore se lever, Regina profitait de ce doux soleil qui caressait les lignes de son visage avec sa douce chaleur, contrastant avec l'eau qui s'échouait contre ses pieds, la brûlant par sa froideur. Pourtant, pour rien au monde, elle n'aurait souhaité être ailleurs. Observant le soleil s'élever dans les nuages, elle se sentait apaisée face à cette aurore qui ressemblait à un regard d'une tendresse infinie. Tendresse.
Voilà un mot qui lui semblait bien dérisoire, désormais. C'est pourtant tout ce qu'elle demandait. Amour et tendresse. Reconnaissance et respect. Mais il lui semblait être à tout jamais banni de cette terre d'affection. Elle devait bien reconnaître qu'avoir sentis les bras de cette petite fille se nouer autour de ses hanches lui avaient fait du bien. Un bien excessif, tellement qu'elle avait cru s'effondrer. Tu dois prendre ce que l'on te donne et t'en contenter... C'est ce qu'on lui avait répété lorsqu'elle était petite... Un mantra qu'elle n'a, semble-t-il, pas intégrer, puisque même si elle se sentait apaisée et soulagée de ne pas encore paraître pour un monstre pour cette petite blonde, il n'y avait en réalité qu'une seule personne auprès de qui elle désirait être autre chose qu'un monstre sans cœur. Mais si Regina Mills s'accrochait à cet espoir qu'un jour son fils lui pardonne ses erreurs, elle se rendait désormais compte qu'elle avait espéré trop longtemps, qu'elle avait attendu trop longtemps. Elle n'avait plus aucun doute. En le voyant accourir auprès de sa mère biologique, terrifié, pour s'assurer qu'elle n'avait rien, elle avait compris qu'elle avait perdu. Comment en est-il autrement lorsque votre propre fils ne daigne même pas vous adresser un regard discret pour s'assurer de la prospérité de sa mère ?
C'est impuissante qu'elle avait assisté à cette accolade entre les deux Swan tandis qu'elle serrait, comme si c'était son propre enfant, la fille d'Emma Swan. Mais épuisée, particulièrement résignée, elle avait abandonné toutes idées de colère et de rage à déferler contre la Bostonienne. Si résignée qu'elle avait elle-même proposé aux deux Swan de rester dormir chez elle, dans sa propre demeure. Mais le plus étonnant, finalement, était le fait qu'elle n'arrivait pas à être furieuse, à expulser cette fureur qui l'habitait depuis tant d'années. Elle avait l'impression d'être anesthésiée. À moins qu'elle ne soit encore sous le choc suite à l'explosion en mille éclats de son cœur...
Elle se sentait vide. À la fois apaisée et tourmentée.
Respirant une nouvelle fois comme pour mieux s'entendre, elle laissa son souffle se mélanger au crépitement particulier des vagues qui s'entrechoquaient entre elles dans une danse plus mouvementée que son esprit. Puis, elle fit un pas en arrière avant de se retourner, ne doutant pas que lorsque tout cela serait fini, elle pourrait enfin rejoindre cette aurore pleine de tendresse.
Toujours particulièrement sereine, Regina sentit toutefois tout son être se tendre lorsqu'elle aperçut Monsieur Gold qui l'attendait visiblement, l'observant du haut des marches qui séparaient la route et le sable. Chaussures à la main, la mairesse se redressa et, le menton fier, elle s'avança vers l'antiquaire sans le quitter des yeux.
-Tu es bien matinale. Chantonna l'homme à la canne. Quelque chose, te tracasserait-il, ma chère ? Demanda-t-il avec une moue qui se voulait honteusement innocente.
-Toi aussi. J'espère que rien ne trouble ton esprit. Rétorqua la Portoricaine, proche du vieil homme qu'elle dominait de quelques centimètres malgré l'absence de ses talons.
-En réalité, tout semble aller de mieux en mieux de mon côté. D'ailleurs, j'ai appris la mort de Sidney. Quelle tristesse, il nous manquera à tous. Je ne manquerais pas son enterrement.
Mordillant l'intérieur de ses joues, Regina se rapprocha un peu plus et décida que, pour une fois, elle ne passerait pas par diverses énigmes et menaces cachées. Elle en avait plus que marre de le voir s'en sortir à chaque reprise, jouant avec les vies et la loi comme bon lui semble.
-Tu ne jouiras bientôt plus de toutes les choses horribles que tu peux faire. Je me fiche pas mal de savoir que tu as soudoyé toutes les personnes de cette ville pour t'assurer une affaire prospère, Gold. Eructa-t-elle. Tu peux faire tout ce que tu as envie, mais jamais je ne te lâcherais jusqu'à avoir détruit tout ton monde et avoir découvert tout ce qui s'en cache. Et soyons honnête Rumple, tu te fais vieux alors s'il le faut vraiment, je peux toujours attendre ta mort. Après tout, Bælfire ne semble définitivement pas être celui qui reprendra ta suite. Se moqua-t-elle, ignorant les battements de son cœur qui lui répétait qu'elle allait trop loin, bien trop loin.
-Tu ne sembles pas mesurer tes paroles et je ne vais pas t'en tenir rigueur pour aujourd'hui. Je vais simplement mettre cela sur le coup du chagrin, mais je te conseille de ne pas trop t'aventurer, Regina. Nous savons tous les deux de quoi je suis capable et cela serait fort regrettable que tu en subisses les conséquences.
-Tu ne peux pas me tuer. Tu as un conclu un pacte. Se moqua la mairesse, consciente que la réelle faiblesse de l'homme n'était rien d'autre que les "pactes" qu'il concluait, même si bien souvent, il arrivait à trouver une faille dans ces contrats qui le bridaient trop et faisait en sorte de les rompre, remettant la faute sur la pauvre partie adverse.
-Nous savons tous les deux que survivre n'est pas ta faiblesse contrairement à ton fils. Oublies-tu que j'ai toujours les papiers prouvant que tu es sa mère adoptive et toi non ? Un mot et Henry t'est retiré. Nargua-t-il de cette voix aux insupportables notes chantantes.
-Et bien, il retournera avec sa mère biologique et sa sœur, c'est après tout ce dont il rêve. Rétorqua Regina, feignant l'indifférence et jubilant en avisant l'homme qui fit immédiatement disparaître son sourire effrayant, pinçant ses lèvres fines.
-Si tu crois cela, ma chère, je comprends pourquoi tu n'as jamais réussi à aller plus loin que de simples menaces à mon égard. Je lui ai déjà pris Henry une fois, ne crois pas que je ne le ferais pas deux fois. Je serais d'ailleurs ravie de le mettre sous la garde de la Mère supérieure le temps de sa majorité. Menaça-t-il, avec succès visiblement, même si Regina préféra ne rien dire de peur de se trahir ou de le tuer derechef. Mais l'antiquaire ne loupa rien de sa haine qui émanait de ses yeux et de la veine manifeste sur son front. Mais, nous pouvons toujours retarder cette échéance si tu acceptes de faire comme tout le monde et de ne pas te mêler de ce qu'il se passe de l'autre côté du muret. Je promets même de ne plus causer aucun dommage à la ville. Si tu m'offres, une contrepartie. Offrit-il de manière suggestive, en se rapprochant de la Portoricaine et glissant sa main gauche le long de son dos avant de s'arrêter sur ses fesses.
Furieuse, Regina décida toutefois de ne rien répondre et fit demi-tour, se détestant de ne pas avoir remis ses chaussures, plus tôt. Rapidement, elle atteignit à sa voiture où elle réajusta ses escarpins avant d'insérer sa clef dans le contact. Elle débraya, calant une première fois. Fulminant, elle réembraya, haïssant l'antiquaire qui continuait de l'observer avec un sourire carnassier et vainqueur sur le visage. Pourtant, elle devait bien avouer qu'il avait gagné cette bataille... Elle n'arrivait pas à admettre pouvoir mettre Henry en danger. L'arrivée d'Emma Swan aurait pu être un salut providentiel, mais en l'instant, elle n'arrêtait pas d'imaginer ce qu'il pourrait advenir d'Henry si jamais il finissait au Couvent des Innocentes. Elle tenta pourtant de se raisonner et de se convaincre que l'antiquaire n'avait pas tant de pouvoir. Pour autant, l'homme avait toujours réussi des exploits qui semblaient impossibles et avaient sûrement acquis un réseau particulièrement propice à n'importe quelle fourberie de sa part. Elle avait désespérément besoin de remettre son esprit en place et de sortir cette angoisse qui grandissait en elle. Elle refusait d'abandonner.
Soulagée d'être enfin chez elle, elle desserra ses doigts courbaturés d'avoir tant serré son volant et sortit de son véhicule. Les mains légèrement tremblantes, elle déverrouilla sa porte avant de se rendre compte que celle-ci n'était pas fermée à clef. Soufflant d'épuisement, elle se demanda ce qu'il pouvait bien encore se passait... Elle ne sortait jamais sans fermer à clef. Pas encore une effraction. Pensa-t-elle en entrant enfin dans sa maison.
Entrant prudemment, elle se dirigea directement vers la source du bruit : son bureau. Le cœur battant la chamade, les mains moites, elle abaissa la poignée et poussa la porte de son bureau.
-Mais qu'est-ce que vous faites là ?! S'énerva aussitôt la Portoricaine, se sentant ridicule d'avoir eu si peur alors que David Nolan et Emma Swan semblaient avoir pris la liberté d'investir son propre bureau.
-Bon sang, mais t'étais où ? S'emporta aussi David qui s'était inquiété de la disparition de son amie, même s'il savait qu'elle avait pour habitude de s'isoler pour réfléchir.
-Je crois avoir passé l'âge de dire à tout le monde où je vais. Se moqua la mairesse en passant son regard de David qui était face à elle à Emma, sagement assise sur une chaise face au bureau, l'air penaud.
-Pas quand quelqu'un entre par effraction chez toi et t'agresses.
-À vrai dire, c'est Miss Swan qui a été agressé. Moi, je me suis contenté de regarder. Dit-elle en s'avança vers son bureau. Quoiqu'il en soit, cela ne vous donne pas le droit de venir ici.
-Nous discutions de l'affaire. Coupa Emma qui ne souhaitait pas entrer à nouveau dans une joute verbale. Je n'ai pas encore fini de lire vos cahiers, mais pour ce que j'en ai lu, il apparaît clairement que cela relève du crime organisé et que, par conséquent, arrêter la tête pensante ne servira à rien. C'est la métaphore de l'Hydre. Coupez une tête et une autre repousse.
-C'est pour cela que l'on ne veut rien faire avant d'être certains de pouvoir démonter chaque parcelle de son trafic. Remarqua David en s'asseyant sur le bureau avant d'être vivement sollicité par la mairesse d'ôter son fessier de son précieux bureau avec un coup de règle.
-Monsieur Gold, a-t-il un bras droit ? Ou quelqu'un qu'il forme pour prendre sa relève ?
-Il avait un fils, mais après qu'il soit allé en prison, il s'est disputé avec son père et a quitté Storybrooke. Il n'est pas prêt de revenir. Pour ce qui est d'un bras droit, aujourd'hui, je n'en ai jamais vu. Mais peut-être reste-t-il en permanence sur le camp. Supposa David, assis aux côtés d'Emma.
-Pourquoi son fils est allé en prison ?
-Eh bien, il a été arrêté alors qu'il agressait sexuellement une jeune fille. Sans trop comprendre comment, il a été condamné à un an de prison pour tentative de viol sur mineur et quatre ans pour trafic de bijoux. Ce truc est arrivé comme un cheveu sur la soupe.
-Donc, ce fils risque de revenir un jour ?
-Non. À sa sortie de prison, Bælfire a été pris d'une épiphanie à sa sortie de prison. Déclara la mairesse. Il a décidé qu'il voulait une vie tranquille, sans encombre, avec une femme et des enfants. Bien évidemment, son père était contre. Pour le provoquer, Bælfire a épousé Tamara Tear et celle-ci est morte subitement quelques semaines après.
-Il a fait tuer l'épouse de son propre fils ? S'étonna Emma.
-C'est ce que Bælfire a affirmé en plein Granny's, effectivement. Ils se sont disputés devant tout le monde avant que Bælfire ne le frappe. Il a été arrêté par l'ancien shérif. Et puisqu'il était encore en conditionnel après avoir bénéficié d'une remise de peine, il devait retourner en prison. Seulement, le lendemain matin, il était parti et plus personne n'a jamais eu de ses nouvelles. De toute façon, Gold est imbu de sa personne et particulièrement adepte du contrôle, alors j'ai vraiment dû mal à croire qu'il puisse penser ne serait-ce qu'une seule seconde que quelqu'un puisse poursuivre, aussi bien que lui, son empire. Expliqua Regina, ignorant le regard de David qui la contredisait.
-J'aurais besoin de voir toutes les pièces que vous avez. Histoire de voir ce qu'il reste comme preuve à rassembler et établir un plan d'enquête. Décida Emma. Et il faut que Graham soit au courant. Il pense, comme je le pensais, que vous étiez à la tête de ce merdier. Il pourrait nous mettre des bâtons dans les roues inutilement et une main en plus n'est évidemment pas refusée, surtout si elle fait aussi partie du poste. Accusa la détective qui tentait réellement de comprendre comme ces deux personnes pouvaient penser réussir à faire tomber tout un système qui semblait avoir bâti des forteresses imprenables ces dernières décennies sans avoir pris la peine de prévenir qui que ce soit.
Sans un mot, David et Regina s'observèrent, cherchant l'un l'autre un accord implicite.
-Quoi ?! S'agaça Emma qui n'avait rien manqué de cet échange.
-Bah, on n'a jamais mis Graham dans la confidence parce qu'il est l'objet de la confidence. Avoua le shérif, soudainement mal à l'aise.
-Quoi ? C'est Graham qui m'a parlé le premier de tous les mystères de la ville. Nia Emma.
-Et bien Graham s'est joué de vous. Se moqua narquoisement Regina, le menton délicatement posé sur le dessus de sa main tandis que son coude était posé sur l'accoudoir de son siège.
-Regina. Gronda David. En vrai, s'il fallait décider à qui Gold ordonnerait de faire le sale travail, je pense que Graham serait en première ligne. Je sais que c'est difficile à croire, mais...
-Ça se tient peut-être, en fait. Ça expliquerait pourquoi il n'a pratiquement rien sur vous alors que cela fait des mois qu'il enquête et pourquoi, j'ai souvent l'impression qu'il est aussi déterminé que l'inverse pour vous faire tomber. Mais pourquoi il ferait tout ça ? Je veux dire, c'est quelqu'un de gentil et il m'a semblé qu'il était quelqu'un d'honnête.
-Et visiblement, vous ne vous trompez jamais. Reprocha Regina avant de souffler d'agacement face au regard plus que réprobateur du blond. Peu importe les raisons pour lesquelles Graham a décidé de bafouer sa profession. Il l'a fait et c'est tout ce qu'i retenir. Trancha la politicienne d'un ton autoritaire qui dissuada la détective de poser plus de questions.
Cela dit, Graham n'était pas le premier flic ripou qu'elle rencontrait et elle savait que le plus part du temps, ce qui les intéressait le plus n'était rien d'autre qu'une bonne contrepartie. Alors peut-être que si elle réussissait à offrir plus à Graham que ce que Monsieur Gold lui offrait, peut-être que celui-ci accepterait d'être avec eux et ferait un espion particulièrement utile.
Écoutant ce que David lui expliquait, Emma ne put faire autrement que de noter que les deux continuaient à lui cacher certaines choses. Plus encore la mairesse qui changeait de sujet chaque fois qu'elle posait des questions un peu plus personnelles. Toutefois, si quelques heures plus tôt, elle s'en serait agacée et aurait laissé son sang chaud la guider, elle se garda bien d'agir ainsi, consciente qu'il fallait simplement qu'elle gagne leur confiance et qu'elle prouve sa loyauté.
OoO
-Tu as mis Elsa au courant, pour Sidney ? Demanda David, en appui sur sa béquille, juste sur le pas de la porte.
-J'ai juste envoyé un message afin que l'on se retrouve. Je veux lui annoncer de vive voix et être certaine qu'elle ne va faire aucune bêtise. Elle a plutôt tendance à laisser ses émotions parler et ne pas réfléchir aux conséquences.
-Mmh, tu as sans doute raison. Tu voudras que je sois là ? Demanda-t-il, mal à l'aise à l'idée de laisser son amie annoncer une telle nouvelle seule. Et à Emma, il faudrait peut-être lui parler d'Elsa ? Proposa-t-il prudemment après que la Portoricaine ait répondu par la négative d'un signe de tête.
-Non, je ne lui fais pas confiance et je ne veux pas mettre Elsa en danger, inutilement.
-Regina...
-On lui en parlera, le moment venu. Pour le moment, ça n'en vaut pas la peine. Inutile de charger sa tête de blonde avec trop d'information. Se moqua la mairesse, faisant ricaner le blond. Va rejoindre Mary, tu en meurs d'envie. Je passerai sûrement dans la soirée, si elle ne dort part. Congédia-t-elle sans plus de cérémonies, en le poussant sur le porche.
Refermant la porte, elle rejoignit la cuisine où Emma était assise, les yeux rivés sur son téléphone. Elle se dirigea vers sa cafetière qu'elle alluma aussitôt, ignorant la détective. Elle alla vers son frigo et sortit une petite bouteille dans laquelle il y avait un restant de chocolat qu'elle avait fait la veille pour les enfants. Elle le mit à chauffer avant de se diriger vers sa cafetière qui venait de finir de remplir le mug de son liquide amer. À peine posa-t-elle sa tasse sur le comptoir, que le "ding" significatif du micro-onde retentit et elle sortit la gourde de l'électroménager pour venir renverser le liquide dans une tasse par-dessus lequel elle renversa la mousse de lait sucré qu'elle avait préparé préalablement avant de soupoudrer le tout. Feignant l'agacement, elle posa bruyamment la tasse devant la Bostonienne qui sursauta à ce son qui la tira totalement du sujet par lequel elle était happée.
Comme désorientée, Emma se contenta d'alterner son regard du chocolat chaud à la mairesse, ne sachant pas trop comment réagir à cette attention à laquelle elle ne se serait jamais attendue de sa part.
-Vous pouvez le boire en toute sécurité, il n'est pas empoisonné. Ironisa la mairesse avant de tremper ses lèvres dans son café particulièrement corsé.
-Merci. Répondit la blonde, d'un son long, peu certaine sur quel pied danser. Comment vous vous sentez ? Je veux dire, par rapport à hier. Cet homme n'a pas été particulièrement doux. Remarqua la détective qui avait remarqué que la brune avait une imperceptible tendance à se pencher sur la gauche, comme pour apaiser une douleur.
-Je m'en remettrai. C'est plutôt vous qui avez souffert. Remarqua à son tour Regina, un sourire moqueur sur les lèvres malgré le sérieux qui s'abordait en elle.
Et Emma comprit que la jeune femme ne se moquait pas d'elle, mais qu'elle semblait réellement soucieuse de son bien-être, chose qui la déstabilisa un peu plus. Machinalement, elle passa le bout de ses doigts sur sa joue droite, remontant le long de sa pommette dont la couleur rosée habituelle avait laissé place à une teinte légèrement violette.
-Est-ce que je peux me permettre un conseil ? Osa la Bostonienne en arrêtant de tourner sa cuillère dans son chocolat et plongeant ses yeux émeraude dans les yeux chocolat qui s'aventuraient à la transpercer. Vous ne voudriez pas que l'on parle aux enfants ? À Henry plus particulièrement ? Il est persuadé que vous faites de mauvaises choses et que vous devez être condamné pour cela. S'il connaissait la vérité, pas toute entière, bien sûr, mais au moins l'essentiel, cela apaiserait peut-être les tensions entre vous.
-Je vous remercie, Miss Swan, pour ce grand intérêt, mais je vais gérer ma relation avec Henry comme je l'entends. Gronda la brune, d'un ton malgré tout très calme tandis qu'elle essayait de cacher l'indignation qui la brûlait comme si elle venait d'avaler une cuillère de moutarde.
-Oh, s'il vous plaît, inutile de monter sur vos grands airs. Je dis ça simplement parce qu'Henry a besoin de connaître la vérité, parce que celle qu'il croit, ne lui fait pas du bien. En plus, ce gamin à l'extrême tendance de fourrer son nez dans ce qu'il ne le regarde pas. Ne faites pas cette tête, si Graham m'a effectivement appris beaucoup de choses sur cette ville, c'est Henry qui m'en a appris le plus. Il est déterminé à résoudre cette affaire qu'il voit comme une grande aventure, sauf qu'il ne sait pas de quoi il en retourne réellement et cela pourrait être dangereux pour lui. S'énerva à son tour Emma, consciente qu'elle venait de dépasser les limites.
Agacée de ne pas avoir réussi, encore une fois, à se taire, Emma avala d'une traite son chocolat, savourant le crépitement de ses papilles qui l'avertir qu'elle venait sans doute de boire le meilleur chocolat de sa vie sans le savourer une seule seconde. Reposant sa tasse, elle se leva en grimaçant, sentant sa hanche tirer, et quitta la pièce, se maudissant d'avoir encore une fois échoué à essayer de bien s'entendre avec la mairesse.
-Miss Swan... Retint pourtant Regina avant de se racler la gorge, trahissant sa nervosité. Je... Vous savez que vous n'êtes pas obligé de vous mêler d'une affaire qui ne vous concerne pas.
-Madame la mai...
-Non, je ne vous reproche rien. Je dis simplement que Gold est dangereux et sans scrupule et que je comprendrais parfaitement si vous décidiez de ne pas vous en mêler.
-Vous savez, j'ai connu pire. S'amusa Emma, malgré tout attendrie et rassurée de pouvoir parler librement avec celle qui semblait tenir d'une main de fer la ville.
-Ce n'est pas pour vous que je m'inquiète. S'horrifia bien trop rapidement Regina.
-Vous voulez dire que vous avez peur pour Héloïse ? Demanda aussitôt Emma en s'avançant, sourcils froncés, vers la Portoricaine. On a déjà menacé Henry ? Putain, mais quel genre de personne menace des enfants ?! S'énerva Emma qui avait compris, par le silence de la brune en face d'elle. Raison de plus pour les tenir au courant, afin qu'ils fassent plus attention. Je vais pas abandonner et les laisser jouer avec la vie des gens juste pour une menace et je vous promets que je ferais tout pour qu'il ne leur arrive rien. Se sentit-elle obligé de préciser tandis qu'elle avait posé sa main sur celle de la Portoricaine qui ne la lâcha pas du regard, cherchant sans doute une once de manipulation chez la blonde.
Pourtant elle ne trouva rien. Pire encore, détestant habituellement les proximités physiques, elle se surprit à être particulièrement détendu face à ce contact.
-Je pense qu'il ne serait pas une mauvaise idée que vous logiez ici. Même si le Granny's est un bon établissement, vous serez forcément mieux ailleurs. Et cela permettra à Henry et Héloïse de rester ensemble, ils ont l'air de ne plus vouloir se quitter. Et vous n'aurez ainsi plus besoin de voir Henry en cachette dans mon dos. En plus, il en serait rassuré. Débita la politicienne qui avait l'impression que son corps subissait une terrible tempête où son ventre semblait avoir décidé de descendre et de monter comme un ressort tandis que son cœur semblait être essoré et sa tête prise dans un étau.
Reconnaissant les signes d'une crise d'angoisse, elle se contenta de dire à la Bostonienne d'y réfléchir avant de quitter précipitamment la pièce. Il y avait bien trop de choses qui se passaient pour qu'elle puisse gérer. Bien trop de changement qu'elle n'avait pas prévue. Il fallait absolument qu'elle reprenne le contrôle. Se laissant tomber sur la chaise de son bureau, elle tenta de reprendre sa respiration tout en tirant vivement son tiroir. Elle ne trouva pas ce qu'elle cherchait en premier lieu, alors elle se reporta sur le paquet de cigarettes. Elle attrapa rapidement le briquet et alluma aussitôt l'objet cancérigène. Observant le bout brûler, elle ne put toutefois pas attendre et abaissa la pointe chaude contre sa cuisse, ne prenant même pas la peine d'ôter son collant. Et aussitôt, elle eut l'impression d'être sauvé. Le tourbillon de son esprit se stoppa pour ne se concentrer que sur la douleur qu'elle ressentait et qu'elle éparpillait dans l'intérieur de sa cuisse. Des fourmis dans ses joues apparurent avant de s'éparpiller dans tout son corps, comme si les démons de son esprit entraient dans une immense panique à l'idée d'être expulsé de ce corps parfaitement appétissant. Mais finalement, leur bataille fut vaine et ils furent aspirés par la petite tige faite de pétrole tenu délicatement par les doigts manucurés.
Chassant du revers de la main les larmes qui s'étaient accumulées au coin de ses yeux, elle jeta son sombre sauveur avant de se lever et de se diriger vers le sofa qui se trouvait sur le côté. Elégamment, mais toujours chamboulée, elle tira un peu vers elle le plateau d'échiquier et remis en place chaque pièce pour s'adonner à une partie dans laquelle elle garderait toujours le contrôle et lui permettrait, peut-être, d'entrevoir un peu plus de chose dans l'énorme partie d'échec qu'elle jouait contre Strybrooke...
