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Chapitre 6 : Inversion des rôles


Après avoir terminé ses cabrioles, l'eau revint dans leur direction. Ginga cligna des yeux. Son cerveau ne voulait pas croire à ce phénomène contre-nature mais Ginga l'y obligea. Malgré son apparence, ce n'était pas de l'eau mais un Esprit. Il était vivant. Il n'avait pas besoin de suivre les lois de la physique, comme s'écouler dans une seule direction, en suivant le cours de la rivière.

D'ailleurs, il était sûrement capable de quitter le lit de la rivière. Peut-être qu'il s'agissait d'une simple préférence, comme lorsque Ginga préférait les espaces ouverts, où il pouvait admirer les étoiles.

L'eau s'arrêta à leur niveau. En largeur, elle occupait l'ensemble du lit. En longueur, elle mesurait près de deux mètres. Elle se rassembla, formant une bosse en son centre, puis une vague, légèrement recourbée au-dessus d'eux, mais qui resta suspendue, sans descendre ne serait-ce que d'un centimètre. Ginga avait la perturbante impression d'être observé. Il savait que ça provenait de l'eau.

À sa droite, Kyouya était tendu. Les épaules crispées et la mâchoire serrée, il toisait l'Esprit avec méfiance.

- Je pense que c'est Aquario, déclara Ginga.

Kyouya reporta son attention sur lui. Il restait crispé mais il ne semblait plus sur le point d'attaquer – Leone n'aurait sans doute pas obéi mais l'énerver restait une mauvaise idée.

- Il n'y a pas beaucoup de toupies qui ont cette apparence, lui fit remarquer le vert.

Ginga secoua la tête.

- Non... enfin, si. Ce que je veux dire, c'est que je pense que c'est le Aquario d'Hikaru.

L'eau ondula, d'un mouvement étrangement serpentin, et ses vagues clapotèrent avec... enthousiasme. Oui, c'était bien de l'enthousiasme. Cet Esprit arrivait très bien à communiquer ses émotions malgré son apparence.

Kyouya se tourna vers la vague, les yeux plissés.

- Tu crois ou tu es sûr ?

- C'est Aquario.

Ginga en était certain.

- OK. Question suivante : pourquoi le libérer en premier ? Ça fait des années qu'il ne s'est pas battu. Ça aurait été plus logique de commencer par les toupies légendaires pour qu'on ait une armée.

Aquario s'était tu. Des vaguelettes s'agitaient nerveusement à sa surface.

- Même si Leone suffit amplement.

Leone appuya son front contre l'épaule de Kyouya avant de s'écarter. Kyouya le regarda avec une expression sereine qui n'était pas tout à fait un sourire, mais qui était bien plus douce et plus belle que son air renfrogné habituel.

Ginga tendit la main vers Aquario et l'effleura du bout des doigts.

- Ce n'est pas personnel, lui murmura-t-il.

Aquario parut soulagé. Ginga se tourna vers son rival.

- Il n'était pas emprisonné comme Pegasus et Leone. Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais il était dehors, pas dans une caverne, et les ténèbres ne le tenaient pas directement.

Kyouya se pinça les lèvres, songeur.

- Peut-être que ce traitement est juste infligé aux plus puissants, finit-il par dire. Toi et Pegasus, vous êtes les plus forts. Quant à Leone et moi, nous allons bientôt vous vaincre.

Il n'y avait aucune vantardise dans la voix de Kyouya. Il énonçait un simple fait. Ginga lui sourit avec défi. Il adorait affronter son rival. Les combats qu'ils menaient l'un contre l'autre faisaient partie des plus intenses et palpitants qu'il avait vécu. Contre Kyouya, il était obligé de puiser dans ses dernières ressources, de dépenser son énergie jusqu'à l'épuisement.

Il adorait le combattre... mais il ne comptait pas perdre.

- Tu citerais qui, comme bladers puissants, à part les bladers légendaires ? demanda Ginga. Parce qu'il restait bien plus que dix cocons quand j'ai libéré Pegasus. Le double, au minimum.

- Certains participants des Championnats du Monde ? La plupart était minable, mais certains avaient un niveau correct.

Ginga hocha la tête... même s'il n'adhérait pas à toutes les paroles de son rival.

- Les Wang Hu Zhong, la Lovushka...

- C'est vrai que tes combats ont été plus intéressants que les nôtres.

Ginga lui adressa un regard compatissant. Il n'aurait pas aimé vaincre ses adversaires en un seul coup.

- Les Wild Fang, les Desert Blaze...

- C'est qui ceux-là ?

- Des bladers sympa, qu'on a rencontrés pendant les Championnats.

Kyouya lui adressa un regard blasé.

- On est censés faire la liste des bladers forts, pas celle des bladers que tu aimes bien. Ce sera interminable sinon.

Ginga ne prit pas le mouche.

- Les Excalibur et les Starbreaker.

- Tu ne t'es pas battu contre une autre équipe ?

- Si, mais ils ne faisaient que tricher et se donner des excuses. Ils n'avaient aucune vraie force. Les désigner comme bladers est une insulte envers nous tous.

Kyouya opina. Il ne demanda pas plus de précision. Savait-il ce qui s'était passé ou s'en moquait-il ?

- Il y a d'autres bladers forts, qui n'ont pas participé aux Championnats du Monde, reprit Ginga. Hélios, par exemple.

- De l'Atlantide ?

Ginga opina. Kyouya avait croisé Hélios quand il était venu le sauver de Bakim. Ils s'étaient à peine aperçus, mais son rival avait une excellente mémoire.

- Bao, et...

Le rouquin hésita. Il ne voulait pas l'inquiéter.

- Et ?

Il le regarda droit dans les yeux.

- Kakeru. Kakeru est un excellent blader.

Kyouya se tendit. Sa mâchoire se crispa. Il ne dit rien mais ce n'était pas nécessaire. Son petit frère, qui était resté loin de leurs aventures, qu'il aimait, se retrouvait pour la première fois au beau milieu de leurs problèmes.

Il inspira. Opina d'un geste raide.

- C'est vrai.

- Ce qui nous fait monter à...

Ginga grimaça. Il compta et recompta, se mêlant dans les chiffres. Les mathématiques, ce n'était vraiment pas son truc.

- Trente, en comptant les bladers légendaires, le sauva Kyouya.

Ginga lui adressa un regard reconnaissant. Il se figura de nouveau la caverne, dont la majeure partie était plongée dans l'obscurité.

- C'est plus proche du nombre de cocons que j'ai vu. Tu crois qu'il pourrait y avoir d'autres participants de l'Ultime Bataille ? Ou de ses qualifications ?

- Comme Tobio ? proposa Kyouya avec intérêt.

Il avait adoré l'affronter. Ginga l'avait vu pendant leur combat. Kyouya en avait gardé un excellent souvenir. D'ailleurs, quand il l'avait vu au Dôme de la Destruction, Ginga était prêt à parier qu'il avait voulu le combattre.

- Oui.

Kyouya réfléchit.

- Le problème, c'est qu'on ne les a pas croisés depuis un moment. Nous ne savons pas quels progrès ils ont réalisés.

Ginga hocha lentement la tête. Il avait raison. Ça aurait été plus simple s'ils avaient connu leur niveau actuel – et amusant, parce que le seul moyen de connaître véritablement le niveau d'un blader était de le combattre.

Kyouya renifla.

- Je ne vois toujours pas pourquoi on a perdu notre temps à le sauver, remarqua-t-il en indiquant Aquario d'un geste impatient.

La vague se courba sur elle-même.

- Arrête ça, lança Ginga à son rival.

Le vert croisa les bras, mais ne prononça aucun mot pour aggraver son cas. Il se montrait vraiment dur des fois, voire acerbe.

- Pegasus a ses raisons. C'est vrai que je pensais aussi à libérer d'abord les Esprits emprisonnés par les ténèbres, mais ça nous a appris que ce n'est pas le cas de tous.

Une lueur d'intérêt s'alluma dans les orbes bleues.

- Tu veux dire qu'on peut s'attaquer directement à l'antre des ténèbres ?

Avant que Ginga ne puisse répondre, Pegasus hennit. Quand l'attention se reporta sur lui, l'Esprit secoua la tête et racla son sabot contre le sol. Le nez de Kyouya se fronça.

- Apparemment non, traduisit Ginga.

- On va faire beaucoup de détours encore ? s'agaça Kyouya. On sait ce qu'on doit faire. Pourquoi on n'y va pas directement ?

Ginga partageait son avis. Il aimerait bien que cette quête soit aussi rapide que celle de l'Atlantide – on apprend qu'il y a un méchant et, le lendemain, on l'écrase – mais il avait plutôt l'impression qu'elle ressemblerait aux autres : emplie de détours nécessaires.

- Ce serait plus pratique si les Esprits pouvaient parler, fit remarquer Ginga.

- Un pégase ou un lion qui parle, il ne manquerait plus que ça.

Ginga était tenté de lui dire que ce n'était pas pire qu'être projeté dans le monde des toupies, mais il s'en tint à sa résolution d'épargner autant que possible son esprit rationnel.

- J'espère qu'il va pas falloir sauver toutes les toupies. Il y en a des millions !

Pegasus cala son museau contre l'épaule de Ginga et hennit doucement. L'adolescent leva la main et la posa sous la mâchoire soyeuse.

- C'est bon. Nous ferons comme tu veux.

- Parle pour toi !

- C'est sûrement la meilleure chose à faire, lui lança Ginga avant de reporter son attention sur l'Esprit. Nous nous demandons juste la raison de cette stratégie.

Pegasus se redressa. Il le regarda longuement. Ginga sentait la présence tangible – et rassurante – du Lien entre eux. Pegasus s'ébroua. Il se tourna et se mit à marcher. Leone asséna un coup de tête affectueux à Kyouya avant de lui emboîter le pas. Les bladers échangèrent un regard.

- J'imagine qu'on n'a plus qu'à les suivre, dit Ginga.

Kyouya secoua lentement la tête pour marquer son exaspération.

- Je les préfère en toupies. Là, ils n'écoutent rien.

- Vu qu'on est dans le monde des toupies...

Ginga se tut, hésitant à partager sa pensée avec Kyouya. Les yeux acérés de son rival se posèrent sur lui. La situation l'agaçait déjà énormément. Ginga ne savait pas ce qui serait le pire : laisser sa phrase en suspend ou la terminer.

Les sourcils froncés de Kyouya le décidèrent. Il n'avait pas peur de lui mais il ne voulait pas l'agacer plus que nécessaire.

- C'est leur monde. Ici, ce sont eux les héros, et nous leurs coéquipiers.

Kyouya eut l'air tout bonnement horrifié.

- Tu veux dire que nous sommes leurs toupies ?

- Errr... Oui.

Kyouya ouvrit et ferma la bouche à plusieurs reprises. Il ne semblait pas savoir quoi répliquer. Il finit par tourner la tête et pousser un grognement agacé.

- C'est ridicule.

Ginga ne pouvait pas dire le contraire.

Il tourna la tête. Son expression se décomposa quand il s'aperçut que leurs Esprits continuaient de marcher, sans donner l'impression d'avoir remarqué leur arrêt.

- Ils partent sans nous.

- C'est pas vrai !

Les deux adolescents se lancèrent à la poursuite de leurs Esprits. Même si le pégase et le lion n'avançaient pas vite, ils durent courir pour les rattraper. Ils se postèrent chacun à côté de leur toupie.

- Sérieusement ! lâcha Kyouya.

Pegasus et Leone continuèrent d'avancer. Kyouya grogna avant de se murer dans un silence boudeur. Ginga observa ce qui les entourait. Ça ressemblait déjà plus à un paysage que l'endroit où il avait atterri. Çà et là, des rochers de différentes tailles et formes venaient rompre la linéarité du paysage. Il aperçut même un arbre. Il était biscornu, sans feuilles, avec l'écorce craquelée, mais il avait le mérite d'exister.

Le constat réchauffa le cœur de Ginga. L'emprise des ténèbres n'était donc pas totale.

Ils marchèrent un long moment. Ginga ne se sentit pas fatiguer – il sentait ses muscles fonctionner alors qu'il avançait, mais ils ne lui faisaient pas mal, et son souffle, comme les battements de son cœur, restait régulier. Il mit cela sur le compte du Lien. Maintenant que Pegasus était avec lui, il avait retrouvé toute son énergie. Il n'avait sûrement pas besoin d'autre moteur dans ce monde. D'ailleurs, il ne ressentait ni la faim ni la soif alors qu'il l'avait parcouru de long en large pendant des heures interminables.

Progressivement, Leone – et donc Kyouya – prit la tête de leur cortège. Le lion ralentit, observant son environnement avec attention, son museau frémissant. Par moment, il marchait plus vite – trottait presque – comme s'il avait trouvé une piste fraîche à suivre. Il s'arrêta devant un rocher. Il lui tourna autour, l'étudiant scrupuleusement, avant de s'asseoir à côté. Il reporta son regard sur Kyouya.

- J'ai compris !

Malgré son ton agacé, Kyouya n'hésita pas avant de rejoindre le rocher. Il posa sa paume dessus, doigts écartés. Ginga fit un pas, prêt à le rejoindre, mais Pegasus se mit en travers de son chemin. Il leva la tête.

- Nous ne les aidons pas cette fois ?

Pegasus secoua la tête. Ginga se décala pour pouvoir observer son rival. Il le vit se tendre. L'Esprit emprisonné avait dû se synchroniser avec son pouls. D'après sa grimace, il trouvait l'expérience toujours aussi désagréable.

Il ne retira pas sa main évidemment. Jamais il ne ferait faux-bond à Leone.

Le lion appuya son front contre son dos. Kyouya soupira. Il plaça son autre main sur la pierre. Ginga ne voyait pas le pouvoir qui circulait de Leone à la pierre mais il aperçut, ténue, l'aura de blader entourer son rival et son Esprit. Elle était si fine qu'il ne l'aurait sans doute pas remarquée si son attention se portait sur autre chose.

Le rocher se fissura. Des lignes se dessinèrent sur sa surface. D'abord hasardeuses, elles se rejoignirent pour former un motif. Des cornes droites. Un museau allongé. Un corps puissant. Les fissures s'attardèrent ensuite sur des détails. Des pattes aux sabots pointus. Des traits horizontaux sur les cornes. Des yeux fermés. Des naseaux.

Le surplus de pierre tomba. L'animal plia et déplia chacune de ses pattes puis se secoua lentement, ôtant la poussière de son pelage. Il étira son cou puis ouvrit les yeux. Ginga fut surpris de retrouver deux nébuleuses mouvantes, au milieu d'un corps rouge.

Kyouya recula d'un pas et adressa un regard surpris à Ginga.

- Capricorn ?

- On dirait bien.

La chèvre s'ébroua une nouvelle fois. Elle poussa un bêlement belliqueux avant de s'éloigner en sautant.

- J'espère pour toi que ça ne m'était pas adressé ! lui lança Kyouya.

- Je pense plutôt que c'était un sentiment général, commenta Ginga en regardant la silhouette disparaître à l'horizon.

Ça allait drôlement vite, une chèvre.

Ginga se tourna vers Kyouya. Ses sourcils se froncèrent. Les lèvres de son rival avaient pâli. Il fit un pas chancelant. Leone se posta à côté de lui. Ginga se pinça les lèvres, se retenant de lui demander comment il allait – Kyouya détesterait. Toutefois, il n'avait pas pu s'empêcher de faire un pas dans sa direction. Il ramena ses bras contre ses flancs et s'efforça de rester immobile. Kyouya ne voudrait pas de son aide. Il l'accueillerait comme une insulte envers lui et sa force. De toute façon, il n'en avait pas besoin. Leone était là.

Kyouya resta appuyé contre Leone quelques secondes avant de se redresser. Il rejoignit Ginga d'un pas assuré. Le rouquin s'efforça d'effacer toute trace d'inquiétude de son visage.

- Alors ? C'est quoi la suite ?

Ginga consulta son Esprit. Pegasus avait déjà la tête tournée dans une autre direction. Il brossa le dos de Ginga et s'éloigna. Leone demeura à côté de son blader, sans doute pour le soutenir.

- À ce rythme, on n'ira jamais affronter les ténèbres.

En effet, ils s'éloignaient encore de leur antre.

- Il y a forcément une raison.

- Manquerait plus qu'on fasse tout ça pour rien.

Ils se mirent en marche. Ginga était partager entre rejoindre Pegasus et rester à proximité de son rival. Il opta pour une solution intermédiaire : il avança entre eux.

- J'ai peut-être deviné le plan de Pegasus !

Le ton de Kyouya, doté d'une note joueuse, rassura Ginga sur son état. Il ralentit pour se retrouver à sa hauteur. Son rival avait un demi-sourire et les yeux pétillants. La respiration de Ginga trembla.

- Quoi ?

Kyouya n'allait pas répondre sérieusement mais son initiative de discuter fascinait Ginga et méritait une récompense.

- Il va lâcher plein de toupies dans la nature pour attirer l'attention des ténèbres et, pendant qu'elles les captureront, on pourra s'occuper des autres.

- Pegasus ne ferait jamais une chose pareille.

- Que tu crois.

- Hé Pegasus ! N'est-ce pas que tu n'utiliserais pas les autres Esprits comme appâts ?

Pegasus lança un hennissement par-dessus son épaule. Ginga adressa un sourire victorieux à Kyouya, essayant de se remettre de son trouble.

- Tu vois ? Il a acquiescé.

- Ou il a démenti.

Ginga secoua la tête. Il trottina jusqu'à rejoindre son Esprit. Kyouya semblait parfaitement remis.

L'environnement dans lequel il progressait était toujours désolé mais il avait la décence de ressembler à quelque chose. À une steppe. Sa surface était relativement plane. Il n'y avait pas grand chose à dire. Au moins, si un ennemi décidait de les attaquer, ils auraient le temps de le voir venir.

Pegasus ne réalisait pas ses recherches de la même manière que Leone. Là où le lion se conduisait comme un prédateur sur la piste d'une proie, le pégase donnait l'impression de se promener. Il avançait en trottant, s'arrêtait de temps en temps, tournant la tête lentement pour balayer ce qui l'entourait du regard. Ses oreilles pivotaient, sa queue fouettait l'air, puis il reprenait sa marche. Parfois il changeait de direction, suivant un chemin que lui seul connaissait.

Ginga le suivait sans hésiter. Un blader qui ne faisait pas confiance à son Esprit ne valait rien. D'ailleurs, malgré toutes ses objections, Kyouya – avec son véritable esprit de blader – continuait de les accompagner. Il ne protestait que par principe.

Pegasus s'arrêta.

- C'est ici ?

Il acquiesça. Ginga observa leur environnement. Pas de rocher cette fois. Il baissa la tête. La terre avait une drôle de forme. Il s'accroupit, effleura la poussière du bout des doigts. Il sentit ce qu'il était venu chercher : la présence d'un Esprit.

Il leva la tête vers Pegasus.

- Les ténèbres n'ont pas beaucoup d'imagination, n'est-ce pas ?

C'était le troisième Esprit qu'ils libéraient et, déjà, les méthodes d'emprisonnement se répétaient.

Le pégase hennit. Ginga opina et reporta son attention sur la terre. Il tendit la main.

- Hé ! Qu'est-ce que tu fous ?

Il tourna la tête. Leone, assis, avait tendu la patte pour empêcher Kyouya d'approcher. À la manière dont il tenait sa patte, il donnait l'impression qu'il allait l'enlacer. Kyouya n'en avait certainement pas conscience : il se serait écarté sinon.

Il croisa les bras et le défia du regard.

- Je vais bien.

- Peut-être que je dois m'en occuper seul, comme toi avec Capricorn.

Les yeux d'un bleu incroyable se portèrent sur lui.

- C'est idiot. On...

Kyouya pinça ses lèvres. Ses yeux lancèrent des éclairs. Il haussa les épaules d'un mouvement brusque et détourna la tête, les paupières closes.

- Enfin, faites ce que vous voulez !

Malgré la situation, un sourire s'invita timidement sur le visage de Ginga. Son rival avait failli admettre qu'ils travaillaient mieux en équipe, non ?

Il lui tourna le dos pour l'empêcher de voir son expression. Il ne voulait pas le braquer. Peut-être que, petit à petit, son rival acceptait de travailler en équipe avec lui. Il l'avait catégoriquement repoussé pendant les Championnats du Monde, pour l'aider avec l'Atlantide et l'Énergie Spirale. Il avait décidé, de sa propre initiative, de prendre part à la quête des bladers légendaires, pour partir puis revenir. Là... c'était une nouvelle chance de faire équipe. Kyouya l'accompagnait uniquement parce que Leone l'avait demandé, Ginga en avait conscience, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas en profiter, pas vrai ?

Son sourire s'effrita tandis que son attention se reportait sur l'Esprit prisonnier. Son visage redevint sérieux. Il avait un devoir à accomplir.

Ginga posa ses deux mains à plat sur la terre. Il équilibra son poids entre ses quatre membres. Ses mains s'enfoncèrent dans le terre. Ginga ferma les yeux, se concentrant sur ses paumes. Elles captèrent un frémissement, un deuxième, puis des pulsations. Lentes et espacées tout d'abord, elles finirent par suivre le rythme de son cœur. Le front de Ginga se plissa. Il trouvait l'expérience plus perturbante cette fois. Peut-être parce que Kyouya ne l'épaulait pas.

Il sentit le museau de Pegasus toucher son épaule gauche. Un flot d'énergie le traversa pour se déverser dans l'Esprit prisonnier. C'était différent, en effet. Une partie de l'énergie provenait de ses propres réserves et s'ajoutait à celle fournie par Pegasus. Semblable à un duel, où les forces et faiblesses d'un blader se mêlaient à celles de sa toupie. C'était suffisamment familier pour que Ginga ne lutte pas.

Le flot d'énergie faiblit puis cessa. Ginga ramena ses bras contre lui, quelque peu étourdi. Il se mit debout. Le monde devint noir et sa tête se mit à lui tourner. Il ferma les yeux, prenant des inspiration profondes. Ce n'était pas la première fois qu'il se trouvait à la limite du malaise, et ce ne serait pas la dernière vu tous les efforts qu'il exigeait de son corps.

Le malaise passé – quoique encore affaibli – Ginga rouvrit les yeux. Il eut un mouvement de surprise. Il se trouvait face à un immense requin.

- Pisces ?

Le requin cligna ses yeux d'étoiles en guise d'assentiment. Ginga s'aperçut qu'il flottait au-dessus du sol. Les Esprits sous-marins pouvaient donc aller où ils le souhaitaient dans leur monde.

Est-ce que ça signifiait que Pegasus et Leone pouvaient aller sous l'eau ?

Ginga chassa cette pensée de son esprit embrumé. La perte soudaine d'énergie semblait avoir quelques répercussions. Il comprenait mieux l'origine de la plaisanterie de Kyouya. Même de bonne humeur, son rival se laissait rarement aller à de tels élans.

- Content de voir que tu vas bien, déclara-t-il, la gorge sèche.

L'Esprit cligna une nouvelle fois des yeux. Il se retourna et entreprit de s'éloigner lentement, ondulant son corps massif comme s'il était dans l'eau.

Une idée commença à prendre forme dans l'esprit de Ginga. Il n'était pas encore sûr mais il pensait avoir compris la situation – une partie du moins. S'il avait vu juste, la prochaine libération le confirmerait.

Il se tourna. Kyouya l'examinait, les sourcils froncés.

- On va où maintenant ?

Son rival leva la tête vers Leone qui regardait Pegasus. Les deux Esprits communiquèrent en silence – par télépathie, aurait parié Ginga, quoi qu'en pense son rival. Leone se leva. Il passa à côté de Kyouya, le frôlant, avant de se poster près du pégase. Ils semblaient avoir choisi une direction.

Ils se mirent à avancer, Pegasus un demi pas avant Leone, trottant avec une grande assurance, comme si cette piste était plus facile à suivre.

- Et nous voilà encore derrière, souffla Kyouya.

Les deux adolescents traînaient derrière leurs Esprits. Ginga avait un peu de mal à avancer, comme s'il luttait contre le courant, et il imaginait qu'il en était de même pour Kyouya – pourquoi resterait-il à ses côtés sinon ? Pegasus ne lui avait pas pris tant d'énergie que cela, pourtant.

- Ça pourrait être pire.

- Pire que jouer les seconds rôles ?

Kyouya ne le pensait pas vraiment. Il savait qu'un blader et sa toupie avaient autant d'importance l'un que l'autre.

- Ils pourraient avoir des rangements pour bladers.

- Des rangements pour bladers ? répéta Kyouya, avec un ton laissant entendre à quel point il trouvait l'idée stupide.

Ginga opina gravement.

- Comme nos rangements pour toupies. Ils auraient une ceinture, avec une pochette en forme d'humain.

Kyouya sembla trouver l'idée plus inquiétante que ridicule. Il jeta un regard à leurs Esprits, qui continuaient d'avancer devant.

- Ne leur donne pas d'idées, lui souffla-t-il. Ce serait...

Son nez se fronça. Les mots semblaient l'avoir déserté. Ginga comprenait : son propre cerveau était en coton.

Ils continuèrent leur chemin en silence. Leone s'arrêta. Pegasus continua d'avancer sur quelques foulées mais le lion l'interpella d'un grognement. Pegasus revint sur ses pas. Les deux Esprits se concertèrent. Ils ne semblaient pas d'accord.

- Leone a raison, affirma Kyouya.

- Tu ne sais même pas de quoi ils parlent, lui fit remarquer Ginga.

Son rival haussa les épaules d'un geste détaché.

- C'est Leone. C'est tout ce que j'ai besoin de savoir.

Ginga sourit. Quel excellent blader il faisait.

Ils rejoignirent leurs Esprits.

- Quelque chose ne va pas ?

Pegasus regardait la direction indiquée par Leone, songeur. Il appuya affectueusement sa tête contre les cheveux de Ginga, l'écartant doucement, avant de se mettre en route.

- Tu vois ? fit Kyouya avec un sourire victorieux. Leone avait raison.

- C'est un travail d'équipe, pas une compétition.

- L'un n'empêche pas l'autre.

Ils franchirent encore quelques mètres et Kyouya se figea brutalement. Ginga s'arrêta, le dévisageant avec inquiétude. Son rival était complètement tendu. Ses sourcils froncés et sa mâchoire crispée durcissaient son expression. Il tourna lentement sur lui-même, ses yeux examinant les alentours avec attention. Ginga se mit sur ses gardes et observa leur environnement, cherchant ce qui l'avait interpellé.

- Leone.

Ginga reporta son attention sur Kyouya. Le lion se posta à côté de lui, alerté par son ton. Kyouya désigna une direction du menton.

- Tu vois ça ?

Ginga et Leone tournèrent leurs regards dans la direction indiquée. L'adolescent plissa les yeux. Il avait cru apercevoir une forme avancer vers eux mais il ne voyait plus rien.

- Tu as trouvé Pegasus dans des sortes de souterrains, n'est-ce pas ?

Il fallut un moment à Ginga pour comprendre qu'il s'adressait à lui.

- Oui.

Et il voyait où son rival voulait en venir.

- Pegasus !

Son Esprit s'approchait déjà d'eux, intrigué par leur attitude. Il se plaça à côté de Ginga. Se disant que présenter un front uni n'était pas une bonne idée en cas d'attaque souterraine, Ginga se tourna pour surveiller l'autre côté.

Pendant un temps, il n'y eut d'autres bruits que leurs respirations. L'adrénaline apportait un regain d'énergie et de vivacité à Ginga, le préparant au combat. Il perçut des grattements. Il se tendit et retint son souffle, se concentrant au maximum sur son ouïe. Les grattements reprirent, juste sous ses pieds. Il n'y avait aucune sortie proche. À quoi bon les attaquer ainsi ?

Il comprit.

- Diversion ! cria-t-il en se lançant sur le côté.

Kyouya s'écarta aussi, son avertissement arrivé à temps. Une forme sombre s'écrasa entre eux. Un mouvement attira l'attention de Ginga. Il leva la tête. Par-dessus l'épaule de Kyouya, il apercevait un loup de ténèbres courir dans leur direction, tous crocs dehors.

Son regard alerta Kyouya qui jeta un regard par-dessus son épaule. Il jura entre ses dents serrées.

- Je m'occupe de celui-là, grogna-t-il. Leone !

Kyouya se mit à courir en direction du loup, le lion majestueux calant son allure à la sienne. Ginga lui tourna le dos. Il était parfaitement capable de gérer un ennemi seul.

Il n'y avait plus rien au sol. Ça aussi, ça avait été une diversion.

La terre trembla sous ses pieds. Ginga se précipita, à moitié trébuchant. Il se retourna, son écharpe suivant élégamment son mouvement, et se campa fermement sur ses jambes. Deux pinces gigantesques s'extirpèrent du sol, assez grandes pour l'attraper. Ginga recula sans les quitter des yeux.

- Pegasus ! Explosion Cosmique !

Son Esprit déploya ses ailes et mobilisa toutes ses forces pour décoller à la verticale. Ginga ne quitta pas son adversaire des yeux. Il entendit des cliquetis et six pattes acérées s'extirpèrent du trou. Un immense scorpion lui fit face. Il replia sa queue de façon menaçante sur son dos et se mit à avancer dans sa direction.

Des tornades s'élevèrent en arrière-plan.

Un écrin de lumière piqua du ciel, aveuglant. Le scorpion tenta de reculer mais l'éclair le percuta de plein fouet. Il épingla sa queue contre son dos dans un craquement. Le scorpion émit un bruit strident. Pegasus réapparut et se posta entre Ginga et lui. Le scorpion essaya de se relever tant bien que mal.

- Finissons-en Pegasus. Tornade Cosmique.

Le pégase se mit à trotter puis à galoper. Il allait si vite qu'il se fondit dans l'air et forma une tornade, qui engloutit le scorpion. La tornade s'effaça. Pegasus se tenait à côté d'une masse noire informe. Le cœur de Ginga eut un pincement. Il espérait que ce n'était pas définitif. Après tout, ces Esprits étaient aussi des victimes dans l'histoire.

Pegasus se rapprocha de lui. Ginga appuya son front contre son cou, cherchant du réconfort.

Entendant les pas de Kyouya approcher, il se redressa. Son rival avait un sourire fier et un éclat féroce dans les yeux. Leone marchait sur ses talons.

Le duo s'arrêta à quelques pas d'eux.

- Ce combat ?

- Unilatéral. Ce loup n'avait pas la moindre chance.

Il émit un son méprisant.

- Il n'en reste pas assez pour voir que c'était un loup.

Ginga détailla son rival. Kyouya n'arborait pas la moindre égratignure. Comme pour lui, le combat semblait avoir rechargé ses batteries.

Il allait bien et, dans la situation actuelle, c'était tout ce qui importait à Ginga.

- Tant mieux.

Kyouya le dévisagea.

- Et toi ? Je vous ai entendus combattre.

- Un Scorpio. Il est sortit du sol juste là.

Le vert regarda le trou qu'il indiquait. Son nez se fronça tandis qu'il évaluait la taille de la créature.

- C'est donc ça qui faisait ce bruit...

Il reporta son attention sur Ginga.

- Ils n'étaient pas difficiles à vaincre. Si c'était pour nous arrêter, ça a échoué.

Ginga opina. Il reprit sa route. Entraînés par lui, les trois autres firent de même. Kyouya marcha à son niveau, tandis que les deux Esprits reprenaient leur avance, jouant les éclaireurs.

- Leone et moi en avons vaincu plusieurs avant de vous retrouver, déclara Ginga. Il ne pouvait pas lancer ses attaques spéciales et je n'avais pas Pegasus.

- Je vois le niveau... mais pourquoi continuer cette stratégie quand la différence de force est si flagrante ?

Pour les ralentir ? Pour détourner leur attention ? Pour entamer leur force ? Kyouya avait dû envisager toutes ses possibilités, lui aussi, mais aucune ne faisait sens. Ça ressemblait davantage à un gaspillage d'énergie désespéré qu'à autre chose.

Un rugissement le sortit de ses pensées. Kyouya se mit à courir. Sans réfléchir, Ginga se lança à sa suite. Tapi contre le sol, les babines retroussées, Leone regardait un ours avec défiance. L'animal leur avait été dissimulé par un rocher. Il se dressa lentement sur ses pattes arrière, dominant Pegasus et Leone de toute sa hauteur. Le cheval ailé hennit. Il déploya ses ailes, sa cabra et retomba lourdement sur ses pattes avant.

Leur adversaire n'avait aucune chance contre eux.

Un loup. Un scorpion. Un ours.

Wolf. Scopio. Orso.

C'est pas vrai.

Ginga se posta à côté de Pegasus pendant que Kyouya faisait de même à côté de Leone. L'ours grinça. Il était composé de ténèbres. Il était décharné... mais on voyait la puissance qu'il avait une fois renfermé.

- Le-one !

Ginga perçut la jubilation dans le voix de Kyouya et vit Leone se redresser d'un bond. L'ours s'écarta. Il ne regardait pas Leone. Il...

Ginga sentit les tréfonds de son être se glacer.

- Pegasus !

Protège-le !

Son Esprit se précipita vers l'ours et le percuta, l'envoyant bouler contre le rocher, qui se fissura. Kyouya se tourna vers Ginga avec agacement.

- Ça veut dire quoi ça ?

- Il allait t'attaquer.

- C'est un duel. On n'allait pas taper la discute.

Ginga secoua la tête.

- Il allait t'attaquer toi.

Kyouya commença à répliquer. Ginga vit le moment exact où il comprit ses paroles. Il sembla choqué, puis songeur. Il se tourna vers l'ours qui se relevait, déblayant les bouts de roche qui s'accrochaient à lui. Kyouya eut un sourire de prédateur.

- Leone. Fureur Féroce du Lion.

L'Esprit poussa un rugissement enragé – son adversaire avait tenté de blesser Kyouya, après tout, passant au rang d'ennemi. Une tornade se forma, avalant les rochers présents, avant de les propulser sur l'ours. Ils avaient beaucoup amélioré leur précision : au lieu de voler dans tous les sens, les projectiles se concentraient sur leur cible.

L'ours hurla. Il ne pouvait rien faire pour les éviter, ni pour s'en protéger. Ginga avait une légère compassion pour l'Esprit, mais aucune pour les ténèbres qui venaient de s'en prendre si ouvertement à Kyouya.

La tornade s'évapora. Le silence était total. Là où se trouvait l'ours ne restait plus qu'une tache sur le sol.

Kyouya se tourna vers Ginga.

- Je passe l'éponge pour cette fois, mais ne t'avise pas de recommencer.

Ginga soutint son regard, sans baisser les yeux ni ciller.

- Je le ferai si je l'estime nécessaire.

Kyouya plissa les yeux. Ginga se contenta de soutenir son regard. Le vert fut le premier à tourner la tête. Il fit signe à Leone et se remit en marche. Ginga le rattrapa.

- Si c'est nous qu'ils visent, leurs attaques son déjà plus logiques, commenta Kyouya. Les ténèbres veulent nous arrêter, et les affaiblir.

- Ça veut dire que nous sommes le point faible des toupies dans ce monde.

Kyouya lui adressa un regard très clair qui signifiait qu'il ne se voyait comme le point faible de personne – et sûrement pas faible tout court.

- Tu as compris ce que je voulais dire.

Kyouya renifla.

Ils continuèrent leur route en silence.

- C'était la Lovushka, finit par dire Ginga.

Sous le regard interrogateur de son rival, il précisa.

- Wolf, Scorpio et Orso sont les toupies de la Lovushka.

- On peut en enlever trois de notre liste. Plus que vingt-sept à sauver, fit Kyouya avant de hausser les épaules. De toute façon, le sauvetage ce n'est pas mon truc.

Ginga ralentit. Ses membres s'alourdissaient. La montée d'énergie qui avait accompagné le combat se dissipait, la laissant encore plus vide qu'avant. Kyouya s'efforçait de ne rien laisser paraître, mais il subissait le contrecoup, lui aussi. Ginga le voyait.

Pegasus ralentit puis s'arrêta. Un vrai miracle. Ginga s'appuya contre lui.

- C'est ici ? demanda-t-il d'une voix rauque.

Pegasus hennit doucement.

Les bords de la vision de Ginga étaient flous, aussi dut-il se concentrer. Il vit une sorte de rocher. Il s'en approcha. À la texture, ça ressemblait plutôt à du cristal.

- D'accord, soupira Kyouya avant de se poster à côté de Ginga. Je n'y comprends rien.

- J'ai peut-être une idée... mais je dois voir cet Esprit pour en être sûr.

Les rivaux échangèrent un regard. Kyouya hocha la tête. Ils tendirent le bras d'un même mouvement et posèrent leur paume sur le cristal. Ils patientèrent, vacillants. Même Kyouya peinait à rester droit.

Ginga sentait à peine l'énergie de l'Esprit. Il avait dû se synchroniser avec eux car Pegasus se retrouva soudainement derrière lui, le soutenant. Ginga sentit son énergie le traverser en douceur, et une partie de la sienne s'écouler avec elle. Il luttait pour garder les yeux ouverts. Ses jambes flageolaient.

Finalement, ça s'arrêta.

Ginga ouvrit les yeux. Un bélier majestueux se tenait en face de lui. Sa fourrure était blanche, avec des reflets violacés. Ses cornes recourbées encadraient son museau arrondi. Ses yeux étaient des nébuleuses pourpres.

Aries.

Ginga avait bien deviné – en partie du moins. Il voulut partager sa découverte avec Kyouya mais le monde devint noir.

Pas maintenant...

Il se sentait complètement vidé. Trop pour lutter.

Lorsqu'il ouvrit de nouveau les yeux, il était allongé sur le sol. Il n'avait mal nulle-part. Il supposa qu'il n'était pas tombé.

Pegasus était allongé à côté de lui, ses pattes repliées sous son corps massif. Il le regardait, intrigué, mais sans inquiétude. Cela rassura Ginga. Cela signifiait que tout était normal.

Le rouquin se redressa, s'appuyant contre son Esprit. Il tourna lentement la tête. Kyouya était adossé contre Leone, papillonnant des yeux.

- J'ai compris, murmura Ginga. Je t'expliquerai demain... ou quand on se réveillera.

Y avait-il des jours et des nuits dans ce monde ? Un équivalent ?

Kyouya esquissa un hochement de tête. Ses yeux se fermèrent et il glissa lentement sur le côté. Leone passa une patte autour de lui et l'attira contre lui. Il se roula en boule, enveloppant son blader dans son étreinte.

Ginga sentit sa conscience dériver. Son corps se fit plus lourd tandis que son esprit s'allégeait, devenait presque inexistant. Une aile se referma sur lui et le plaqua contre un corps chaud.

Pour des Esprits, Pegasus et Leone étaient étonnamment tangibles.

Son nez s'emplit des parfums de feu et de nuit étoilée tandis qu'il sombrait vers l'inconscience.


Fin du chapitre 6