C'est triste de voir ce fandom ( FF) s'éteindre peu à peu depuis quelques mois. Une page s'est tournée et pour beaucoup, il semble que le livre se soit définitivement fermé avec le final.

Ce que je peux tout à fait comprendre, il n'y aurait mon attachement pour cette histoire et son message, je pense que j'aurais fait pareil.

Ceci étant dit :

Merci aux lecteurs de l'ombre et de la lumière.

Merci aux quelque lecteurs encore présents de donner vie à cette fic via vos mots et vos mises en favori.

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Merci à ma fidèle beta Cha pour son indécrottable soutien.

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Enjoy

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Chapitre XVI : " Au bout du couloir "

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Castiel fixe son plateau repas, l'estomac au bord des lèvres. Jimmy lui tient compagnie mais, contrairement à la veille, il ne l'incite pas à déjeuner.

Il n'est pas venu pour cela d'ailleurs. Il a dans les mains le dossier « Novak " que Mildred a complété jusque tard la veille.

Jimmy lui explique qu'il contient tous les papiers nécessaires à son admissibilité, tout en lui présentant chacun d'eux.

Une copie de sa carte assurance ainsi que de sa Medicare.

Une copie de son DD214 *

Une copie de la lettre de récompense : Purple heart.

Le formulaire d'inscription et d'admission au Johnson's Memorial Veteran ainsi qu'un copie de son bail et un mot de Mildred attestant qu'il demeure bien à Baker's house.

Elle a aussi réussi, il ne sait par miracle et surtout dans un délai aussi court, à se procurer un double de son dossier médical.

Castiel garde les yeux fixés sur le jardin arrière. Refusant de voir sa vie condensée en quelques mots uniformisés dans un dossier plus financier que médical.

Jimmy range le tout avant de le lui tendre, l'encourageant d'un regard compatissant à s'en saisir.

Castiel l'attrape du bout des doigts et le pose sur ses cuisses. Sa vie ne pèse pas bien lourd à en croire l'épaisseur de son dossier.

Moins d'une demi-heure plus tard, il se laisse pousser par Jimmy jusqu'au parking où l'attend Josuah.

Jimmy s'efface aussitôt, laissant les rênes à ce dernier.

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" Bonjour, monsieur Novak ", en soulevant sa casquette, dévoilant ses cheveux poivre et sel.

Castiel se contente de hocher la tête, ses mains gantées crispées à ses roues.

" Allons-y ", nullement perturbé par son attitude.

Josuah en a vu d'autres.

Il se place derrière le fauteuil, en saisit les poignets et le dirige jusqu'à la rampe d'accès à l'arrière de sa camionnette, clopin-clopant.

Tout en sécurisant le fauteuil, Josuah explique à son passager en quoi consistera cette première journée. Castiel ne l'écoute pas vraiment. Il le voudrait qu'il ne le pourrait pas. Il lui semble ne plus entendre que les battements de son cœur résonnant dans ses oreilles et, par écho, dans toute sa cervelle en apnée.

Ses paumes frottent nerveusement son baggy et sa respiration se fait de plus en plus erratique.

" Hey hey, mon gars ", s'alarme Josuah en se plaçant face à lui. " Reste avec moi ", balançant sa main devant ses yeux.

" Ça va aller… Respire avec moi ", joignant le geste à la parole.

Inspirant et expirant lentement.

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« Respire… Expire… Respire… Expire… ", fait la voix de Gadreel.

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Castiel cligne plusieurs fois des paupières, l'image de son ancien compagnon d'armes s'efface pour laisser place à celle de Josuah et son sourire éclaté.

Et parce qu'il se sent soudain en sécurité avec ce vieux bonhomme, il le lui rend. Un fantôme de sourire certes, mais c'est tout ce qu'il est capable de lui offrir pour l'instant et Josuah semble s'en satisfaire.

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Il prend place derrière le volant, le moteur gronde et la musique inonde l'habitacle.

Castiel passe de l'un à l'autre, ne pouvant cacher sa surprise.

" Je sais ", en haussant les épaules tout en riant. " Mais que veux-tu, mon gars, c'est un cadeau de ma petite-fille, elle m'a fait promettre de l'écouter tous les jours que Dieu fait ", en roulant des yeux. " Et tu dois savoir, mon gars, que je ne refuse jamais rien à ma petite princesse ", en riant de plus belle.

Tout le trajet se fait sur des airs de "Mulan" et autres " Roi Lion " que Josuah reprend avec enthousiasme, mais très peu de justesse.

Castiel se laisse prendre au jeu. Il doute que l'histoire de Josuah soit vraie, tout du moins dans son entièreté mais, au moins, elle a le mérite d'étouffer les battements dans ses tympans et de taire l'angoisse qui lui vrille les tripes.

La musique ne cesse qu'une fois la camionnette garée sur le parking de C. Johnson.

Devant eux se dressent plusieurs bâtiments de brique rouge que la tour de l'hôpital domine.

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" Te fais pas de bile, mon gars… Je reste avec toi… On va d'abord passer par les admissions ", en pointant un bâtiment à sa droite. " Ensuite ça sera au tour du docteur Robert ", en ouvrant sa portière. " Tu préfères le thé ou le café ? ", en descendant.

" Pardon ? " quand Josuah réitère sa question.

" Thé ou café ? ", en tirant sur sa visière.

Devant l'absence de réponse, il claque la portière en marmonnant que ce sera du café ou rien.

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Moins de dix minutes plus tard, ils franchissent le seuil du siège administratif. Direction : salle A-47.

Castiel se focalise sur le dos de Josuah qui le dirige dans le méandre des couloirs. Il refuse de prendre le risque de croiser le regard d'un patient. Celui d'un frère de combat. Son reflet dans le leur.

Ils sont accueillis par une jeune femme à la mine avenante. Devant le silence dans lequel se mure Castiel, elle décide de s'entretenir avec Josuah. Tous le connaissent ici, cet ancien patient devenu accompagnateur, et savent qu'il n'y a pas meilleur interlocuteur.

Le dossier est ouvert. La jeune femme, Ava, d'après ce que signale son badge, en tourne les pages tout en introduisant les données dans son ordinateur.

Elle interpelle constamment Castiel qui finit par céder à coups de "oui" et "non" ou de hochement de tête.

À chaque fois, elle le remercie d'un sourire poli.

Mains croisées sur ses cuisses, Josuah s'en amuse. Sacrée Ava… Autre chose que le vieux gratte-papier qui occupait sa place à l'époque de sa propre admission.

" Voilà ", en tapant du bout de l'index sur " Enter ". " Vous êtes officiellement admis au service des vétérans de C. Johson, monsieur Novak ", en se levant pour faire le tour de son bureau. " Si vous avez le moindre souci d'ordre administratif, n'hésitez pas à me contacter, je me ferai un plaisir de vous venir en aide ", en lui tendant la main.

" Mon gars ! ", ronchonne la voix de Josuah.

" Désolé ", se reprend Castiel en la lui serrant brièvement.

" Vous êtes entre bonnes mains ici ", rajoute-t-elle, en saisissant le dossier encore sur son bureau. " Tenez, le docteur Robert en aura besoin. "

Castiel le pose sur ses cuisses. Il ne pèse plus dorénavant que le poids de ses blessures.

" Josuah ", salue-t-elle.

" Ava ", en lui serrant la main.

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Contrairement à ce que Castiel présumait, ils ne sortent pas du bâtiment un long couloir relie celui-ci à l'hôpital. Josuah se place à sa droite, l'obligeant par la même à regarder devant lui.

Castiel qui pousse sur ses roues en fixant le sol. Le couloir résonne au son des pas, des béquilles qui frappent les dalles, des voix des médecins et des patients, de quelques rires et roulettes de civières aussi.

La double porte s'ouvre et l'odeur d'antiseptique le happe et le paralyse. Il ne dit rien quand Josuah s'empare des poignets de son fauteuil pour le diriger.

Josuah qui, pour la première fois de la journée, ne remplit pas le silence.

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" Non mais dis-moi que c'est une blague ? ", s'offusque Dean en observant la façade du motel devant lequel il vient de garer sa voiture.

" C'est tout ce que Charlie a réussi à nous trouver dans un si court laps de temps ", en rangeant son ordinateur.

" Je te préviens… Il est hors de question que je foutes un pied dans ce trou à rat ", rechigne-t-il avec emphase, bras croisés sur la poitrine.

" Tu peux toujours dormir sur le siège-arrière si ça te dit ", le raille Sam en détachant sa ceinture.

" Figure-toi que j'y pense sérieusement ", en se penchant sur le volant pour jeter un nouveau coup d'œil au motel. " Dude… On se croirait dans un putain de mauvais film d'horreur ", moue de dégoût.

" On a connu pire ", en s'apprêtant à sortir.

" Rafraîchis-moi la mémoire pour voir ", sourire sarcastique.

" Détroit ", en sortant après quelques secondes de réflexion.

" Détroit ? ", en fronçant les sourcils, fouillant sa mémoire défaillante. « Oh, nom de dieu ! ", alors que le souvenir le frappe de plein fouet.

La maison d'hôte tenue par le sosie de Blanche neige… Lits des sept nains compris.

" C'est pas du jeu ", hurle-t-il en sortant à son tour. " Et puis c'était un cas de force majeure, je te rappelle ", avec une mauvaise foi évidente.

" Sûr, Dean ", en traçant droit vers l'accueil.

" Bitch ", en refermant sèchement sa portière. " Non mais sérieux, Sammy ", d'une voix désespérée en le rattrapant et pointant la porte.

" C'est juste l'histoire d'une nuit, Dean… Ce n'est pas la fin du monde ", en roulant des yeux.

" Tu feras moins le malin quand tu te feras bouffer vivant par d'immondes cafards façon Immothep ", en mimant des frissons.

" Arrête de faire ta Drama Queen ", se moque Sam en ouvrant la porte.

" Gnégnégné ", marmonnant entre ses dents.

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L'accueil est à l'image du motel. Un vieux comptoir décrépi derrière lequel se tient une jeune femme rivée à l'écran de son téléphone, assise sur un tabouret.

" C'est la seule chose qui doit avoir moins de 50 ans ici ", glisse Dean à l'oreille de son frère.

Ce dernier se tourne vers lui. Bitchface numéro 10.

Dean lui offre un sourire de gosse en retour.

" Bonsoir ", la salue Sam. " Nous avons réservé une chambre double au nom de Winchester ", en s'appuyant sur le comptoir qui grince sous son poids.

Par réflexe, il recule d'un pas sous le rire sardonique de son aîné qui observe toute la scène depuis la fenêtre.

Sans vraiment quitter son téléphone du regard, la jeune femme descend de son siège et se saisit d'une clef reliée à une mini-boule de billard sur laquelle est inscrit « 10 ".

" Dernière chambre à droite, au fond du couloir ", appuyé d'un vague mouvement de la main. " Les draps sont propres… Il y a des couvertures supplémentaires dans l'armoire et deux serviettes de bains sur l'évier ", dictant le tout comme un robot.

" Merci ", répond Sam en prenant les clefs.

" Le code de la wifi est sur le meuble télé ", rajoute-t-elle en reprenant sa place sur son tabouret.

" Je vais chercher nos sacs… ", lance Dean. " et la bonbonne insecticide ", en refermant derrière lui.

Ce que semble avoir entendu la jeune fille qui interpelle Sam du regard.

" Désolé ", bafouille-t-il en prenant aussitôt la direction de sa chambre.

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Sam en est encore à maudire son frère quand il ouvre la porte et soupire, soulagé. La décoration est certes vieillotte et plutôt de mauvais goût, même pour les années 70' (date à laquelle Sam estime l'état des lieux), mais la pièce est propre et entretenue.

Il est évident que ce n'est pas ce soir qu'il va se transformer en steak à cafards, sourire satisfait.

" Ah bah… je retire ce que j'ai dit ", le fait sursauter Dean. " C'est super moche, mais au moins je n'aurai pas besoin de ça ", en fixant la bonbonne dans sa main.

Il jette les sacs au sol et s'en va tester la literie.

" Content ? ", balance Sam en prenant place sur le lit opposé.

" Des nouvelles de Charlie ? ", en se laissant tomber sur le dos.

" Comme on le pressentait, notre fugitif s'est pointé chez sa demie-sœur fin de matinée… Charlie me l'a confirmé dans son dernier rapport… Il nous reste plus qu'à le cueillir et le tour sera joué. "

" Vite fait, bien fait… À la Winchester ", mains croisées derrière la nuque. " J'adore quand un plan se déroule sans accroc. "

" Attends qu'on lui ait mis la main dessus avant de te réjouir, Hannibal… Il peut encore changer d'avis d'ici demain. "

Dean redresse la tête, sourcil droit levé en point d'interrogation.

" Genre ? "

" Parfois même le pire des abrutis peut être frappé par la lumière ", peu convaincu.

" Faudrait déjà qu'il y ait quelque chose à éclairer ", sourire en coin.

Sam explose de rire.

Heureux de retrouver cette vieille routine, leur complicité et l'humour potache de son aîné.

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Une douche et une livraison plus tard, ils dînent en suivant une course de Monster Trucks sur une chaîne locale. Dean n'arrête pas de prendre son frère à partie, fasciné qu'il est par ces monstres d'acier. Sam n'est pas dupe. Cette émission tombant à point nommé pour de ne pas avoir à aborder ce qui angoisse tant son frère.

Un simple coup de fil…

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Depuis son retour de Johnson, Castiel s'est cloîtré dans sa chambre. Jimmy a bien tenté de l'inviter à rejoindre les autres résidents pour le dîner, mais s'est heurté à un refus. Glacial.

Il est revenu quelques minutes plus tard, un plateau repas dans les mains : une bouteille d'eau et une assiette avec une portion de gratin dauphinois. Une pomme pour le dessert.

Depuis Castiel fixe le même arbre, dans ce même jardin arrière… Un point de repère… Une ancre à laquelle il se raccroche pour ne pas sombrer dans un énième cauchemar éveillé.

L'odeur du gratin lui ouvre l'appétit, mais le nœud qui lui serre la gorge lui ôte toute envie de manger.

Il ne sait combien de temps il reste ainsi à contempler le vide alors que le soleil commence sa lente et irrémédiable descente.

Un bruit de tremblement sur la table, puis la sonnerie de son téléphone qui prend le relais.

Sur l'écran : Dean.

Il hésite un long moment avant de trouver le courage de décrocher.

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" Cass ? ", hésitant.

" Hello, Dean. "

Castiel perçoit le soulagement dans le soupir à l'autre bout du fil.

" J'espère que je te dérange pas ? ", bafouille-t-il.

" Non ", en s'emparant de sa fourchette pour occuper sa main libre.

" Tu… ", cherchant ses mots avant de prendre une profonde inspiration. " Tu veux en parler ? ", du bout des lèvres.

" Pas vraiment ", en jouant avec sa part de gratin.

" Okay ", masquant mal sa déception.

Et Castiel peut presque le voir, ce geste si familier… Cette main qui se frotte la nuque, nerveusement.

Ça le fait sourire… Ça le touche et il n'aime pas ça… Cette sérénité que lui apporte Dean. L'espoir qui s'y raccroche.

Une alerte et s'affiche sur l'écran la photo d'une chambre aux murs tapissés de couleurs psychédéliques ternies par les années.

" Je m'attends à voir débarquer le fantôme de Jimmy Hendrix d'une minute à l'autre ", s'amuse Dean.

" C'est… particulier ", réplique Castiel, ne pouvant cacher l'amusement dans sa voix.

" C'est moche, tu veux dire ? " beugle Dean.

" C'est… moche ", admet-il.

Ces simples mots brisent la tension. Dean se lance alors dans le récit sa journée en ne lésinant sur aucun détails, tout en se projetant déjà sur celle du lendemain. Il ne cesse de prendre à témoin Sam dont la voix fait écho en arrière-fond.

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" Si tout se passe bien, on sera de retour mercredi soir. Au plus tard jeudi matin ", conclut Dean.

Castiel hoche la tête tout en écartant le fromage gratiné du reste du plat du bout de sa fourchette.

" Cass, mec… T'es toujours là ? ", suspicieux.

" Oui ", le couvert à présent sur sa cuisse.

" Tu ne veux toujours rien me dire ? ", marchant sur des œufs.

" Il n'y a rien à dire ", en enfonçant doucement les dents du couvert sur son baggy jusqu'à ce qu'il les sente presser sa cuisse.

Il attend la douleur et n'entend plus la voix de Dean.

" Cass ? CASS ? ", haussant le ton devant son absence de réponse. " CASS, PUTAIN "

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Ce dernier, surpris, en lâche sa fourchette qui heurte le repose-moignon avant de tomber sur le sol.

" Désolé ", d'une voix neutre en observant la tache de gras sur son pantalon. " Je vais… Je dois te laisser… Ça refroidit ", en jetant un regard distrait au contenu de son assiette, véritable massacre en règle.

Cette fois, c'est Dean qui reste silencieux.

" À… À demain ? " lance Castiel, incertain.

" Compte sur moi, Buddy ", même si le cœur n'y est pas. " À demain… Au fait, Sammy te passe le bonjour… C'est bon, t'es content ? ", en s'adressant visiblement à son petit frère.

" Bonne nuit ", coupe court Castiel.

" Salut Cass ", maladroit.

" et Dean… ", s'empresse-t-il de rajouter avant qu'il ne raccroche.

" Oui ? "

" Merci ", proche du murmure.

" Pas de quoi… À demain ", visiblement soulagé.

Devant l'absence de réponse, Dean raccroche.

Castiel reste un long moment, téléphone reposant sur sa cuisse. Il s'écarte de la table, se penche vers le sol et, après avoir bataillé plusieurs secondes, se saisit de sa fourchette.

Il se force à vider son assiette. Histoire de rendre des forces à ce corps en débâcle.

Il aurait dû lui avouer la vérité. Lui dire qu'il ne pourrait peut-être pas tenir sa promesse.

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Le docteur Robert a lu son dossier avant de l'inviter à se déshabiller. Il a attendu patiemment qu'il obtempère tout en poursuivant sa lecture, se tournant vers lui pour avoir des confirmations sur son premier séjour hospitalier, les soins apportés à ses moignons durant ces derniers mois.

Castiel a opiné à coup de "oui" et de "non".

Puis le docteur Robert a abordé les thèmes de ses addictions, de ses crises d'angoisse, de ses cauchemars. C'est le moment qu'a choisi Josuah pour s'éclipser.

Durant toute la consultation, le docteur Robert l'a invité à se déshabiller une nouvelle fois jusqu'au moment où Castiel a cédé et s'est retrouvé étendu sur cette fichue table d'observation, vêtu d'un simple boxer.

Toutes ses failles et ses cicatrices exposées, il a gardé les yeux figés sur le néon du plafond. Les mains froides du médecin contrastaient avec la douceur de sa voix. Il a vérifié la flexibilité de ses genoux et de sa hanche. Il a écouté son cœur, son souffle, vérifié sa tension et l'éclat de ses rétines. Il a souligné sa maigreur bien que, depuis quelques jours, Castiel ait repris quelques kilos.

Il lui a demandé de se rhabiller tout en se dirigeant vers son bureau où il a immédiatement décroché son téléphone fixe.

" Alan… Oui, bonjour, c'est Robert… J'aurais besoin de vous pour un bilan diagnostique… ", en jouant avec sa souris. " Un nouveau patient, oui ", en faisant glisser d'un bref hochement de tête ses lunettes sur le bord de son nez. " Oui oui… je suis devant l'agenda ", en les réajustant du bout de l'index. " Vraiment ? ", soulagé. " Merci ", en tapotant d'une main sur le clavier. " Je vais demander à Alex de vous faire une copie du dossier et de vous le faire parvenir dans la journée ", en s'enfonçant dans son siège.

Castiel s'est recouché sur la table, fixant à nouveau le néon… On dirait un soleil… Ce soleil de plomb… Aveuglant…

Et ce sont les mêmes images qui surgissent à nouveau.

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Le sang… Les morceaux de cervelle qui lui collent au visage… Le corps qui s'affale… Alfie et son regard d'incompréhension figé sur la mort.

Et ce soleil faisant de leurs uniformes de véritables fournaises. Alfie et son casque, la sueur, l'envie de respirer autre chose que le sable.

Ce sable buvant l'écarlate, le bleu voilé d'une vie sacrifiée.

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" Novak… Novak… Novak "

Ses paupières ont cligné, chassant les larmes et les bouts de chairs fantômes. Mains sur ses épaules et sur sa taille, le docteur Robert et une jeune infirmière l'ont maintenu sur la table, l'empêchant de basculer.

" Tout va bien ", l'a rassuré le médecin en le relâchant prudemment.

Il a enlevé ses lunettes sur le point de tomber et les a glissées dans sa poche extérieure avant de remercier la jeune infirmière. Il n'a jamais quitté Castiel des yeux, sourire apaisant et gestes doux.

" Je suis… désolé ", en cachant son visage sous son avant-bras.

" Je vais vous aider ", esquive le médecin en rapprochant sa chaise roulante de la table.

Castiel, trop faible pour résister, s'est laissé faire. Peu à peu, il a repris conscience de ce qui l'entourait. Comme à chaque fois. Comme il le fait chaque jour depuis sa première crise d'angoisse.

" Est-ce que vous avez pensé à voir quelqu'un pour… ", lui a sous-entendu le médecin en jetant un regard discret vers la table.

" J'ai pris rendez-vous avec une psychothérapeute ", a-t-il répondu après plusieurs secondes de silence.

Le docteur Robert s'est assis à sa droite, attendant patiemment qu'il se livre.

" Vous m'en voyez ravi ", en réajustant sa tenue. " Vous désirez boire quelque chose ? "

" Non… Désolé pour… ça ", en indiquant la poche latérale de sa blouse déchirée.

" Ce n'est que du matériel… On s'en fiche ", en balançant la main dans les airs. " Vous avez bien plus de valeur que ce bout de tissu et son propriétaire ", avant-bras calés sur ses genoux.

Il a pris soudain une mine plus sérieuse et Castiel a juste attendu…

Une chute de plus.

" Je vais être honnête avec vous, monsieur Novak… Les quelques tests que j'ai pratiqués sur vous tout à l'heure me font craindre une rétraction en flexion au niveau des hanches… Savez-vous ce qu'est une rétraction, monsieur Novak ? "

Castiel a opiné. Lors de sa première hospitalisation, les orthopédistes l'avaient mis en garde contre ce risque.

" Cependant d'après ce que vous m'avez affirmé lors de notre entretien, vous avez continué à pratiquer des exercices de kiné même en étant sans abri ? ", attendant confirmation.

" Au début…", en baissant les yeux sur ses cuisses.

" Je vois ", soucieux. " Vous avez toujours utilisé un fauteuil muni de repose-moignon ? ", en indiquant le sien de la main.

Castiel a opiné.

" C'est une bonne chose… Cela évite les déformations articulaires et diminue les troubles de la flexion en maintenant le muscle tendu… J'ai cru remarquer que les transferts ne vous causaient pas de problèmes "

Castiel le lui a confirmé d'un hochement de tête.

" Monsieur Novak, il n'est pas dans mes habitudes de mentir à mes patients… Vous devez savoir que si la rétraction est confirmée, l'usage de prothèses risque de s'avérer compliqué voire impossible… Aussi dure cette vérité est-elle à entendre, il vous faut en être conscient. "

" Quelles sont… les…", mains crispées sur son baggy.

" Je ne suis pas kiné, juste médecin généraliste ", en se redressant sur son assise. " Le docteur Corbett pourra vous en dire une fois les tests finis ", en se levant.

Il griffonne quelques mots sur un papier à en-tête avant de le lui donner.

" Demain 11 heures… Quant à nous, on se retrouve jeudi matin à 10 heures ", en lui souriant, affable. " Eva ", en appuyant sur un parlophone. " Veuillez prévenir Josuah que j'en ai terminé avec monsieur Novak… J'aurai ensuite une copie de dossier à faire parvenir au docteur Corbett. "

" Je m'en occupe tout de suite, Docteur "

" Merci, Eva… Vous êtes un ange ", en lâchant le bouton. " Je serais perdue sans elle ", en prenant à témoin Castiel.

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Josuah est arrivé dix minutes plus tard. Il a tendu un café à Castiel avant de saluer le docteur Robert et de prendre la direction du parking. Il n'a posé aucune question, lui laissant le libre choix de parler ou non.

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Castiel fixe à présent les étoiles par la fenêtre.

Comment avouer à Dean qu'il pourrait ne jamais se tenir debout à nouveau ?

Cloué à jamais dans ce fauteuil avec ses cauchemars et sa rancœur.

Mains sur ses cuisses, il se met à les masser, lentement.

Puis il s'arrête et s'attarde sur la tache de gras…

Ce soir-là, il reste de longues minutes à observer son corps nu sous la douche… Réapprendre à s'accepter… Cicatrices après cicatrices…

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Respire… Expire… Respire… Expire…

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Fin de chapitre XVI.

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DD214 * : Rapport de transfert ou de libération des forces armées.

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En espérant que ce chapitre vous aura plu, on se retrouve dimanche prochain si le coeur vous en dit.

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Love you