Coucou tout le monde !
J'espère que vous allez bien en ce jour à marquer dans les annales. Car, aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, je suis dans les temps. Eh oui, le nouveau chapitre est là, tout beau et tout plein de tendresse (oui, enfin XD). Alors sortez vos feuilles et vos stylos, la leçon du dragon va commencer.
Bonne lecture ~
Dragon's Lesson
Les coups de poing se succédaient, s'enchaînaient à un rythme effréné. Le soleil brillait fort ce matin-là sur la plage de l'Épreuve, ses rayons harassant compliquant l'effort physique. Mais elle tenait le coup, avide d'une distraction pour son esprit. Le pugilat était tout ce dont elle avait besoin. Ses muscles la tiraillaient, le souffle commençait à lui manquait, mais c'était toujours mieux que de penser aux soucis laissés de l'autre côté de la mer.
Doudou rugit. Par instinct, elle croisa ses avant-bras devant elle et bloqua le poing de son adversaire. Le coup la fit reculer, ses genoux fléchirent et ses pieds s'enfoncèrent dans le sable. Elle tint le coup, prit appui sur ses jambes et repoussa l'assaut. Déséquilibré, le Shifours eut tout juste le temps d'esquiver la nouvelle attaque de sa dresseuse.
Le regard des Pokémon environnants était posé sur eux, certains simplement par curiosité, d'autres fascinés par cette bataille amicale. Les Krabboss eux-mêmes, adeptes d'affrontements, se tenaient à l'écart, profitant de cette période de calme pour prendre un peu de repos. La saison du Défi des arènes venant de débuter sur le continent, peu de dresseurs venaient se frotter aux Pokémon coriaces de l'île qui devenait ainsi un authentique havre de paix, loin des médias et de la politique.
Elle devrait bientôt rentrer, mais les champions pouvaient se passer d'elle encore quelques jours, au moins le temps que les challengers atteignent l'arène de Motorby. Elle devrait alors redevenir le Maître de Galar et converser avec toute une flopée de journalistes pour partager, débattre sur les combattants de l'année, lancer les paris de ceux qui seraient encore dans la course pour le tournoi final, féliciter les affrontements qu'elle n'aurait - pour la plupart - observé qu'en accéléré sur les réseaux sociaux. Elle n'aimait définitivement pas cette part de son métier, préférait à toute cette politesse mondaine la vérité pure, uniquement ressenti lors des combats Pokémon. Elle n'attendait ainsi pour sa part qu'une seule chose : le tournoi des champions afin de quitter enfin son trône d'or – sa cage d'or – et rentrer à son tour sur le champ de bataille.
« Est-ce que tu m'écoutes au moins ? »
Soudainement sortie de ses rêveries, Gloria tourna momentanément son attention en direction de son Motismart qui flottait un peu plus loin. Seulement quelques secondes d'inattention qui ne lui permirent pas d'anticiper la prochaine attaque du Shifours. Sa garde brandit à la dernière minute, beaucoup trop faible, se brisa sous le poids du poing. Elle perdit alors l'équilibre et dérapa dans le sable sur plusieurs mètres. Une douleur s'éveilla dans son coccyx, remonta le long de sa colonne pour peindre une grimace sur ses traits.
« Gloria ? l'appela alors la voix paniquée de son ami de l'autre côté de l'écran. Gloria, tout va bien ?
- Aïe ! fut la seule chose qu'elle put lui répondre »
Le choc l'avait quelque peu sonnée. Haletante, elle tenta de se redresser et manqua aussitôt de chavirer vers l'arrière, ses jambes tremblantes ne lui permettant aucune stabilité. Heureusement pour elle, son ancien adversaire accourut immédiatement à ses côtés pour la soutenir, la culpabilité lisible sur ses traits ursins. Elle lui adressa un sourire et, pour le rassurer, repoussa ses bras protecteurs afin de se stabiliser seule. Le monde tanguait légèrement autour d'elle mais c'était supportable.
« Tu vas avoir un joli bleu, commenta le scientifique tandis que l'appareil flottait à proximité de son bras blessé.
- Ça ne sera pas le premier. »
Sur ces mots s'acheva l'entraînement.
Lorsqu'elle fut certaine de son équilibre retrouvé, Gloria se dirigea vers le camp qu'elle avait installé dans l'ombre de la tour de l'Eau, Doudou emboîtant ses pas, prêt à la rattraper de nouveau. Sur place, elle retrouva ses autres partenaires de voyage. Noah dormait de toute sa longueur dans le sable chaud, son corps squelettique encerclant la tente de laquelle s'échappaient les petits ronflements cristallins reconnaissables de Flocon. Son Corvaillus se tenait quant à lui à proximité d'une marmite mijotante et tentait d'éloigner de cette dernière les deux autres dragons de son équipe. Compote et Hope, le Dispareptil récemment évolué, semblaient vouloir rajouter dans le curry quelques baies qu'ils venaient de cueillir sur les arbres aux alentours. Lorsqu'il la vit arriver, Plume l'appela d'ailleurs aussitôt à la rescousse, et l'adolescente ne sut si elle devait soupirer d'exaspération face à l'opiniâtreté de ses Pokémon ou bien en rire.
« J'arrive, j'arrive, dit-elle en repoussant d'un revers de main les mèches poissées de sueur sur son front. »
Il faisait chaud, incontestablement trop chaud pour manger du curry. Mais comme ils avaient insisté, elle n'avait pas pu leur refuser.
« On peut reprendre notre discussion ou… déclara Nabil alors qu'elle consultait les ingrédients apportés par les deux dragons.
- Vas-y, je t'en pris. Je peux à la fois t'écouter et sauver cette catastrophe culinaire. On parlait de quoi déjà ?
- Des gros titres. Une challengeuse déclare ses sentiments au champion de Kickenham, le Maître dépassé, cita-t-il en consultant le magazine qu'il tenait. Comment ont-ils pu pondre un article là-dessus ? Et surtout en faire la grosse révélation de l'ouverture de la saison ?!
- Leur objectif est de vendre, pas seulement de rapporter les faits. »
Sa réaction fut accueillie par une succession de juron de la part du scientifique. Visiblement, il n'était pas d'accord avec cette manière de déformer la vérité pour faire plus de chiffre. Si elle pensait la même chose, elle était à présent suffisamment immunisée contre pour pouvoir passer plus facilement à autre chose. Certes les médias avaient complètement éclipsé son combat d'exposition contre Saturnin, le tout nouveau champion d'arène de la saison, pour se concentrer sur les peines de cœur d'une enfant, et après ? Roy avait repoussé les avances et s'était déjà prononcé là-dessus sur les réseaux sociaux, il n'y avait plus rien à faire. Et puis, cela ne la concernait en rien.
« Sa hargne d'aimer était si forte qu'elle n'a pas hésité à aller contre l'avis de ses parents pour participer au défi des arènes et rencontrer son idole a-t-elle confié à notre journaliste. Une résolution admirable, surtout lorsque l'on connaît la réputation de celui qui est à la fois le champion le plus fort de Galar et le mannequin le plus populaire de sa génération.
- Quand tu auras fini de lire ce torchon, soupira la brune en touillant le curry.
- Attends, ce n'est pas tout, ils mentionnent ensuite la réaction des personnes présentes. Oh, y a même des photos. Tu verrais la tête de Travis ! »
Elle ne l'écoutait plus que d'une oreille. La fatigue commençait à se faire ressentir et elle ne désirait à présent qu'une seule chose : rejoindre sa tente et piquer un somme dans la fraicheur émise par son Beldeneige. Hélas, il lui restait ces – plus ou moins - petits estomacs à remplir avant.
« La nouvelle semble également avoir ébranlé notre cher Maître qui, après sa déception suite au mariage de son mentor, voit son nouvel objectif amoureux lui être volé sous le nez. Peut-on espérer un affrontement en finale entre cette jeune dresseuse et l'Indomptable dont l'enjeu final ne serait alors plus le trône de Galar mais le cœur de notre dragon national ? »
La louche se stoppa dans la marmite. Elle cligna des yeux, deux fois, laissant le temps au croassement d'un Bleuseille au loin de se faire entendre. Avant de se retourner complètement vers son Motismart.
« Attends, de quoi ?!
- Ah ~ Finalement, tu es intéressée ?
- Depuis quand je suis amoureuse de ton frère ? »
Son ami pouffa du nez.
Elle était habituée aux rumeurs sur ses relations amoureuses, innombrables si l'on suivait le compte des médias. Nabil en avait été l'acteur majoritaire, leur relation fusionnelle, couplée à des quiproquos complexes, laissant planer une incertitude sur la nature de leurs sentiments pour l'autre. Ils s'en étaient d'ailleurs bien amusés, les premières années surtout, alors que toute la nation, y compris leurs proches, était persuadée de la sincérité de leur couple. À cela étaient venues se greffer diverses connaissances, chacune représentant un amant potentiel pour la dresseuse la plus hautement placée de la région. Certaines relations reposaient sur des rumeurs infondées, d'autres sur de simples fantasmes de fans. Elle avait ainsi déjà été mise en couple avec Travis, Rosemary, Faïza, Alistair, et même Peterson. Mais jamais ô grand jamais avec son prédécesseur. Ni même-
« Et depuis quand je suis amoureuse de Roy ?
- Depuis toujours Glory. »
Elle leva les yeux au ciel.
« Tu vois très bien ce que je veux dire.
- Parfaitement même. Mais il faut dire que les événements du mariage ont laissé forte liberté à l'interprétation. Le hachtag "Gloriafuite" a fait couler pas mal d'encres sur les réseaux sociaux. Si tu savais les théories croustillantes que tu as manquées !
- Oh je t'en prie, épargne-moi ce sourire ! »
Mais la menace échoua, ne faisant qu'aggraver l'amusement du chercheur. Finalement, elle aurait peut-être dû raccrocher avant de débuter son entraînement avec Doudou.
Désireuse de passer à autre chose, ou du moins d'occuper ses mains toujours fermement agrippées au manche de la louche, elle servit le repas à ses Pokémon réveillés. Cela ne serait sans doute pas son meilleur curry, comme elle le devina face au reniflement hésitant de Compote, mais elle avait fait de son mieux pour rattraper l'étrange mélange de baies. Elle alla ensuite jusqu'à sa tente pour réveiller ses deux derniers compagnons, tout en repensant à cet incident idiot à l'origine de l'article.
Elle revoyait parfaitement la dresseuse dont il faisait mention, une petite blonde d'une tête plus petite que la moyenne des challengers. Une enfant dont la puberté n'avait pas encore entamé la candeur de ses traits. Elle s'était avancée soudainement, quittant les bancs prévus à leur accueil tandis que le stade scandait le nom de leur Maître, victorieuse de son affrontement contre Saturnin. Les champions s'étaient réuni autour d'elle, prenant la pose pour les photos comme d'accoutumer, Rosemary à sa droite, Roy à sa gauche. Elle pouvait encore sentir les iris turquoise du basané couler en direction de sa silhouette, le poids de leurs questions silencieuses peser sur son cuir chevelu. Se souvenait du coup de coude qu'elle lui avait donné dans les côtes pour qu'il se reconcentre sur les objectifs et des quelques mots qu'il lui avait murmurés en réponse. Puis, cette tête blonde s'était tenue devant eux – devant lui – et, parlant vite, le cœur débordant des lèvres, elle s'était déclarée. Le champion avait ouvert en grand ses yeux, bien moins que les siens, tandis que des sifflements se firent entendre chez leurs camarades. Tarak, quant à lui coupé dans sa longue tirade d'encouragements envers les participants, avait alors réagi. Mais trop tard, car le mal était déjà fait, et la déclaration déjà enregistrée et diffusée sur tous les écrans de Galar.
Les aléas du direct.
Elle détestait ça.
Noah leva la tête à son approche. Caressant son museau du bout de ses doigts gantés, elle sentit l'aura magenta du Pokémon envelopper son avant-bras et son bracelet vibrer en réponse. Le dragon émit un son grave, proche d'un ronronnement qui arracha finalement un sourire à sa dresseuse. Ils y étaient enfin parvenus, à créer ce lien particulier qu'elle avait avec chacun de ses Pokémon. Il lui avait fallu plusieurs années pour affronter les cauchemars laissés par la Nuit Noire, mais aussi pour atteindre le cœur d'Éthernatos. Aujourd'hui, ils n'avaient plus rien à craindre de l'autre.
« Tu ne comptes tout de même pas demander à Noah de dévorer cette pauvre fille ? questionna une voix par-dessus son épaule »
De nouveau, elle leva les yeux au ciel mais son sourire s'élargit en réponse. La proposition était tentante, même si « cette pauvre fille » comme il l'appelait n'avait rien fait de grave, hormis celui de révéler ce qui se cachait dans son cœur. Chose qu'elle n'avait, elle, jamais eu le cran de faire. La jalousie l'avait mordu ce jour-là. Elle avait fait de son mieux pour la camoufler devant les caméras. Visiblement, pas suffisamment hélas.
« Il ne la digèrerait pas. Les guimauves, c'est pas sa tasse de thé. »
Nabil émit un rire nasal en réponse. Rire qui s'effaça bien vite lorsqu'une notification attira son regard d'ambre vers l'écran de son Motismart. Lorsqu'il s'approcha pour en prendre connaissance - un message sans doute -, la Maître eut droit à un gros plan sur ses pupilles encadrées par de longs cils et de sombres cernes. Elle vit l'intérêt, l'amusement, et peut-être même une touche de tendresse chatouiller l'or des iris. Aussitôt elle comprit, et ce fut à son tour d'en rire.
« Quand comptes-tu m'en parler au juste ? »
Il se recula en fronçant le nez, percevant, derrière la question vague et pourtant directe, le reproche mêlé de curiosité. Elle avait envie de savoir, de connaître cette raison de chair qui poussait, depuis un certain temps, le chercheur à la caser au plus vite - du moins plus encore qu'autrefois. Telle une Vaututrice prête à pousser elle-même sa progéniture dans le vide pour la voir s'envoler de ses propres ailes. Il lui cachait quelque chose - non, quelqu'un ! -, elle en était persuadée. Elle avait bien vu ses sourires perdus en direction de son écran alors même qu'elle lui parlait, ses soudaines absences de parfois plus d'une journée sans explication, ces quelques marques rouges dans son cou que le col de sa chemise ne parvenait pas à camoufler entièrement. Ayant grandi ensemble, tout finissait rapidement par se savoir entre eux, confidents mutuels. Il finirait par lui dire, un jour, lorsqu'il serait prêt, c'était certain, mais elle n'hésitait jamais à lui lancer des perches pour initier le dialogue, intriguée par les romances de son ami.
Il retourna à son magazine, tourna une page sans un regard pour elle, conservant les explications bloquées derrière la barrière de ses lèvres.
« Oh, Saturnin a finalement eu droit à son interview ! »
Et elle sut qu'une fois encore elle demeurerait sans réponse.
Elle retint un soupir tandis qu'il commençait la lecture à voix haute, rapportant les paroles toujours si calculées du nouveau champion d'arène. Étirant ses bras vers le ciel, Gloria profita de l'instant pour pénétrer dans sa tente. Le Motismart patienta quant à lui derrière la toile bleue, lui permettant de suivre la suite de l'interview.
À l'intérieur, la fraîcheur dégagée par les ailes de Flocon l'accueillie et elle en soupira d'aise. Le Beldeneige se tenait allongé dans un coin, et grimaça en sentant un rayon solaire s'inviter sur son duvet. La chaleur n'était pas son fort, pourtant elle refusait de retourner dans sa Pokéball. Soucieuse d'apaiser son hyperthermie, Gloria posa devant elle un bol de curry auquel elle avait spécialement rajouté du jus de baie Chocco. Elle versa ensuite un peu d'eau dans une bassine et, laissant tomber la tenue d'entraînement jaune et noire sur le sol, entama une rapide toilette de Chaglam, débarrassant grossièrement sa peau du sable séché et de la sueur. De nouveau, elle soupira de contentement, l'eau fraîche soulageant sa peau brûlée par le soleil. L'idée de quelques brasses dans la mer était tentante. Hélas, les rayons de l'astre étaient trop forts, il lui faudrait attendre encore un peu pour s'immerger. Elle anticipa toutefois et enfila par-dessous son short en jeans et son débardeur un bikini joliment décoré de Froussardine.
« Il ne manque pas de courage ce Saturnin, pouffa Nabil alors qu'elle sortait, recoiffant ses cheveux en un haut chignon. »
Elle rit à son tour. Mais se figea bien vite lorsqu'elle releva les yeux.
« En tout cas, ça fait chaud au cœur de voir… Qu'est-ce qui se passe ? »
En réponse à sa question, le Motismart se retourna, permettant au chercheur de partager la vision de la dresseuse. Six Pokémon dégustaient gaiement le curry qu'elle venait de servir, Compote partageant volontier son assiette avec le nouveau venu. Il lui était déjà arrivé de tomber sur des Pokémon sauvages en infiltration sur son campement, le vent entraînant parfois sur plusieurs kilomètres la douce odeur alléchante émanant de la marmite. C'était d'ailleurs ainsi qu'elle avait rencontré Dièse, son Salarsen, autrefois un petit Toxizap affamé dont les yeux au bord des larmes avaient fait fondre son cœur. Mais ce Duralugon n'avait rien de sauvage. N'avait rien d'un étranger. Bien au contraire.
« Qu'est-ce que tu fais ici toi ? demanda-t-elle en s'approchant »
La question était idiote, mais la réponse n'était pas même envisageable pour son cerveau. Car s'il était ici, elle ne pourrait trouver refuge qu'à l'intérieur de sa tente. Et sans excuse valable, cela ressemblerait indubitablement à une fuite. Une énième fuite, certes, mais la seule qu'elle ne pourrait pas nier.
Tournant la tête vers le Motismart, elle chercha du soutien auprès de son ami. Hélas, arrivé à la même conclusion qu'elle, ce traitre lui accorda un clin d'œil malicieux avant d'interrompre l'appel, la laissant seule face à l'écran noir de l'appareil. Ô Arceus, elle allait le tuer.
« Le soleil tape dur aujourd'hui, tu n'trouves pas ? déclara une voix dans son dos »
Le timbre était grave, chaleureusement familier, chaque syllabe donnant l'impression d'incendier la chair de sa nuque. C'est alors que, le regard toujours perdu dans le néant du Motismart, elle aperçut son reflet dedans. Et derrière elle, une silhouette élancée penchée au-dessus de son épaule droite. D'un bond, elle se retourna. Le cri de surprise resta quant à lui – et heureusement - bloqué dans sa gorge. L'attention de ses compagnons se détourna momentanément de leur déjeuner pour observer leur dresseuse faire face au nouveau venu hilare. Il riait de bon cœur, découvrant sa dentition aiguisée. Un son clair qui couvrit, le temps de sa composition, le bruit des vagues, et poursuivit de résonner en elle bien après.
Du moins, jusqu'à ce que la situation lui revienne en mémoire.
Croisant les bras sur sa poitrine, comme pour se protéger du danger imaginaire que représentait cet homme pour son organisme, elle posa alors la première question qui se présenta sur sa langue :
« Qu'est-ce que tu fais ici ? »
La défensive se percevait au travers de sa voix, ornant les mots de reproches et d'une pointe d'amertume dont elle ignorait l'existence. Pourquoi était-il ici, en ce lieu où jamais personne ne venait en saison du Défi des arènes ? Sur toutes les plages composant cette île, pourquoi avait-il choisi celle-ci ? Et pourquoi l'observait-il avec ces yeux, ces mêmes yeux qui s'excusaient à chaque fois qu'il chahutait trop fort avec les autres champions, à chaque fois qu'il volait la dernière part de son gâteau, ou même qu'il était en retard à un entraînement ? Une allégresse ponctuée de mélancolie, qui lui fit presque aussitôt regretter la dureté de ses mots. Mais elle n'avait pas le choix, c'était sa seule façon de se protéger de lui. Elle sentit son regard couler le long de sa silhouette, juger son aspect qu'elle savait chaotique, avant de revenir sur son visage brûlé de lumière et de gêne. Étirant les bras vers le ciel, il pandicula ensuite mollement en passant près d'elle et se dirigea vers la marmite pour cueillir une louche de curry.
« Ça manque un peu d'épice, confia-t-il après une gorgée.
- N'esquive pas la question. Tu ne devrais pas être à l'arène pour préparer l'arrivée des challengers ?
- Et toi, tu ne devrais pas être dans ton bureau pour suivre leur parcours ? »
Elle ouvrit la bouche, prête à répliquer. Mais la véracité de cette répartie broya la sienne contre ses dents. Cela l'agaça, mais bien moins que le fait de savoir qu'il savait avoir raison sur elle. Il avait toujours su lire en elle, hormis les faits les plus évidents, tel un archéologue se concentrant sur un bijou déterré sans prendre conscience du temple construit tout autour.
« Toi aussi tu es venu ici pour t'entraîner ?
- Pas vraiment, confia-t-il. En fait, je suis ici pour chercher quelque chose. »
Il but une seconde louche de curry, laissa le silence installer un suspense sur la suite de ses mots.
« Quoi donc ?
- Ton temps. »
Il répondit du tac au tac, l'explication glissant sur sa langue telle une évidence. Et s'en était une, à ne pas en douter. Depuis son retour à Galar, pas une seule journée ne s'était écoulée sans qu'il ne cherche à la contacter, directement ou par le biais d'un proche. Elle avait joué les Sauvkipou, quittant son appartement de Winscor pour fuir chez sa mère, déléguant à Tarak plus que nécessaire, noyant Travis sous les louanges pour la tenir occupée. Après l'ouverture du Défi des arènes cependant, il avait arrêté, subitement, et elle avait cru - non sans un pincement au coeur - qu'il avait renoncé.
Mais n'était pas champion celui sans détermination.
« Comment as-tu su que j'étais ici ?
- Nabil, répondit-il simplement en lâchant la louche pour offrir une caresse à Compote venu le saluer. »
« Le traître ! » songea-t-elle aussitôt en fusillant du regard l'écran éteint de son Motismart. Pourquoi avait-il fait ça ? Et, pire que tout, pourquoi cela ne l'étonnait pas ?
Alors qu'elle réfléchissait à mille et une manières de torturer son ami pour son initiative inutile - il serait finalement celui qui servirait d'encas à Noah -, elle ne prêta pas tout de suite attention aux mouvements de l'intrus. Ce ne fut que lorsqu'elle sentit des bras s'enrouler autour de ses épaules et un corps chaud se presser dans son dos qu'elle s'en intéressa.
« Tu en as encore d'autres des questions ? Demanda-t-il en posant son menton sur le sommet de son crâne »
Oui, des tas.
Mais, figée dans l'étreinte, elle fut incapable d'en énoncer une seule. Tout se bousculait dans sa tête, se complexifiait inutilement. La proximité du corps halé n'était pas pour l'aider à délier sa langue. Inconsciemment, elle posa une main sur les avant-bras la tenant prisonnière. Pour desserrer l'étreinte ou se raccrocher à sa chaleur, elle l'ignorait.
« Hors de question, murmura l'aîné contre ses mèches brunes, interprétant quant à lui le geste comme une nouvelle tentative d'évasion. »
Et peut-être en était-ce une.
« Nous devons parler. »
Le soupir s'échappa avant qu'elle ne puisse le retenir. Parler. Cesser de fuir. Faire face. Elle ne cessait de se répéter ces mots depuis des années, depuis qu'elle l'avait vu happer goulûment la bouche de son prédécesseur contre le casier d'un vestiaire. Six ans, c'était le temps qu'il lui avait fallu pour refermer la boîte de ses émotions sur cet éclat d'espoir et cesser de courir futilement après. Elle y était parvenu. Mais il y avait eu ce baiser, et ces orbes turquoise l'observant d'un sérieux qu'elle ne leur connaissait pas. Et celle qui autrefois courait pour rattraper son retard courait à présent pour lui échapper.
Ses doigts firent pression sur la chair l'encerclant. Elle ne sut si ce fut en réponse, mais l'étreinte se desserra, lui permettant un pas en avant pour se retourner face à son interlocuteur. Il se tenait sur la trajectoire des rayons solaires, préservant dans l'ombre créée par son corps imposant les iris de sa cadette. Un air grave était peint sur ses traits autrefois chaleureux de malice. Elle sentait les paroles couler silencieusement de ses lèvres. Des lèvres dont elle connaissait l'empreinte, le goût, la chaleur. Des lèvres imprévisibles, tantôt farceuses, tantôt blessantes.
« Il faut qu'on parle d- »
Elle plaque aussitôt sa paume dessus, appliquant l'autre par-dessus pour séquestrer la suite des paroles dans cette bouche pleine de charme. Non, elle ne voulait pas entendre ces mots. Pas de lui. Pas aujourd'hui. Pas ici, ainsi. Voire même jamais. Ce n'était qu'un baiser, un simple, risible et stupide baiser. Rien de plus, jamais rien. Juste une-
« Erreur. »
Son regard tomba dans les eaux masculines sans vraiment les voir, projetant dessus le souvenir de cette soirée.
« Ce n'était rien. »
Un faible sourire se dessina malgré elle sur ses lèvres. Rien de ce qu'elle voulait.
« Nous avions trop bu. »
Un simple verre.
« Et tu étais triste. »
Elle, complètement perdue.
« C'était un accident. »
Et elle préférait l'entendre de sa propre voix que de celle grave de son aîné. Car elle y était habituée, c'était plus facile ainsi. Elle n'aimait pas parler au nom des autres, mais elle connaissait suffisamment le coeur battant sous cette chair, contre sa paume où résonnait le rythme de son propre organe. Elle était lâche, mais aussi fatiguée de sa peur. Elle n'était plus une enfant. Elle devait aller de l'avant.
Un bruissement retentit soudainement dans son dos. Flocon venait visiblement de se réveiller et se faufiler hors de la tente pour rejoindre les autres compagnons dans l'ombre de la tour. Détournant momentanément son attention, inquiète d'un potentiel coup de chaud, elle observa le Beldeneige saluer gaiement le Duralugon du champion. Les deux rivaux s'entendaient bien depuis leur première rencontre sur le terrain de Kickenham. Les yeux du dragon luisaient toujours d'un éclat de respect lorsqu'ils se posaient sur le lépidoptère. Les voyant converser joyeusement dans leur langage propre, elle sentit son sourire s'élargir doucement, remplaçant la mélancolie par de la tendresse. Une tendresse qu'elle retrouva dans les doigts qui encerclèrent ses poignets pour tirer précautionneusement dessus, réattirant ses prunelles noisette dans celles claires.
« Ce n'était pas un baiser. »
Les syllabes glissèrent contre sa paume, comprimèrent sa poitrine. Elle opina de la tête. Comme elle le pensait, c'était douloureux.
« Mais nous devons quand même en parler. »
Et comme elle le pensait, il était cruel.
De nouveau, elle soupira. Baissant les yeux, elle tira sur ses poignets, brusquement pour obliger la poigne masculine à lâcher prise. Aussitôt, Noah leva la tête dans sa direction, prenant le geste comme une menace. En réponse, son bracelet vibra légèrement contre sa chair, signe que l'énergie émise par son Pokémon augmentait dangereusement. Il était instable, constamment. Instabilité beaucoup trop souvent corrélée à sa propre fragilité émotionnelle et qui pouvait très rapidement se montrer dangereuse. Or des antres se trouvaient à proximité. Elle ne pouvait pas se permettre leur activation, pas alors que la surveillance de l'île était à son plus pas.
Abandonnant son interlocuteur, elle se dirigea donc vers sa tente pour récupérer la Pokéball d'Éthernatos, seul lieu où il parvenait à se détendre complètement. Une Chronoball qui témoignait du combat long et harassant ayant mené à leur relation actuelle. Elle regrettait presque de ne pas avoir pris Sniffi avec elle, son starter étant la plus à même de contrôler les sauts d'humeur du dragon squelettique, mais la Lézargus avait tenu à rester à la maison familiale pour aider sa mère à planter les nouveaux parterres de fleurs.
Attrapant l'objet dans son sac, Gloria s'apprêta à faire demi-tour aussitôt, mais se cogna bien vite contre un torse sculpté et droit. L'irritation la gagna doucement lorsqu'elle croisa les turquoises oculaires.
« Pousse-toi, souffla-t-elle, tu me fais perdre mon temps.
- Et toi tu occupes le mien. »
Irritation qui gonfla dans sa poitrine, devenant colère.
« Pousse-toi.
- Pas avant d'avoir réglé cette histoire. »
Colère qui s'emporta et brisa la barrière de ses cordes vocales, plus fortement qu'elle ne l'aurait jamais souhaitée.
« Tu veux qu'on parle ? Très bien, alors parlons. Tu m'as embrassée. C'était si soudain que sur le coup j'ai fui. Mais j'ai compris à présent. J'ai compris que, vu la situation, tu voulais sans doute te consoler avec ce que tu avais sous la main. Pas de bol, c'était moi. Mais je sais que cela ne voulait rien dire. Je le sais. Et c'est justement parce que je le sais que c'est si douloureux. Je ne te demande pas d'explication, ni d'excuse, ni quoi que ce soit d'ailleurs. Alors, juste, n'en parlons plus, d'accord ? Oublions cet incident et revenons à nos vies d'avant. »
« Laisse-moi simplement t'aimer en silence, car je suis incapable de faire autrement » rajouta-t-elle mentalement. La colère s'était transformée en détresse dont l'urgence transperçait ses paroles. Songer à une dure vérité était une chose, la formuler à voix haute en était une autre.
Elle pouvait sentir les premières larmes accrocher ses paupières, digues de chair maintenant le flot de chagrin éveillé par l'intrusion de Roy. Mais elle tenait le coup, avait pris l'habitude de le faire. Face à elle, les perles draconiennes demeuraient impavides, la scrutant de leur hauteur sans aucune émotion apparente. Elle attendit un instant, laissant les mots se frayer un chemin jusqu'à l'esprit du champion. Puis, soupirant face au manque de réaction, elle décida d'en rester là. L'erreur était peut-être trop profonde pour disparaître ainsi, par de simples mots. Elle espérait toutefois pouvoir restaurer leur ancienne relation, ce lien amical presque fraternel qui les avait uni pendant des années, au-delà de tout sentiment, de toute personne.
Faisant un pas sur le côté, Gloria le contourna pour quitter la tente, désireuse de le laisser seul dans sa réflexion, dans ce choix important pour la suite. Cependant, avant même qu'elle ne puisse traverser la porte en toile, une main retint son avant-bras, étouffant quelque peu les vibrations de son bracelet.
« Désolé, mais je ne peux pas te laisser dire que ce n'était rien. »
La prise se resserra presque douloureusement autour de son poignet. Il tira dessus, l'entrainant vers le haut, et obligea la dresseuse à se retourner. Pour la seconde fois, elle percuta le corps masculin contre laquelle l'autre bras du champion la maintient, faisant pression contre ses reins jusqu'à la voir cambrer vers l'arrière. Ses sourcils étaient froncés, les lèvres pincées dans une moue contrariée.
« Je ne peux pas te laisser dire que c'était une erreur. »
Mais la tendresse demeurait dans ses yeux et dans le timbre de sa voix, noyant la jeune fille d'incompréhension. Ses sens étaient en alerte, brouillant son raisonnement. Son dos devenait douloureux, mais bien moins que ses côtes contre lesquelles battait anachiquement son stupide organe émotionnel.
Les turquoises glissèrent sur son visage, caressèrent du regard sa bouche dont elle sentait les faibles tremblements.
« Mais je ne peux pas te laisser croire qu'il s'agissait d'un baiser. »
Son souffle chaud, où persistaient encore les effluves du curry goûté, chatouilla ses pommettes. Son front rencontra le sien, mêlant l'ébène des mèches tressées à celles brunes échappées de son chignon. Alors que ce n'était clairement pas le moment, elle songea à l'odeur de son entraînement imprégnant encore son corps. Et si elle était repoussante ? Mais elle fut visiblement la seule à s'en soucier, car le nez qui vint à la rencontre du sien se garda pressé contre celui-ci, même après avoir humé de près son parfum.
« Laisse-moi t'apprendre la différence. »
La main experte abandonna la sienne pour remonter délicieusement le long de son épiderme, et cueillir sa nuque dans ses longs doigts calleux. Leurs lèvres se frôlèrent.
« Laisse-moi te montrer. »
Avant de se presser légèrement, reproduisant ce geste échangé dans la noirceur des terres sauvages plusieurs semaines auparavant. Elle retrouva cette empreinte, cette saveur, cette chaleur propre qu'elle avait cru rêver ce jour-là. Elle était perdue. Son corps ne répondait plus, figé par un langoureux frisson retraçant sa colonne vertébrale. Et lorsqu'il se décolla enfin, un fragment de seconde plus tard, elle put sentir ses poumons expulser l'air séquestré sous le choc. Les yeux adverses s'amusèrent de sa réaction, éclairés de malice et d'un sentiment qu'elle ne connaissait pas.
« Ceci n'est pas un baiser, susurra-t-il contre sa bouche. »
Et elle lutta intérieurement entre lui mettre une gifle ou de nouveau l'embrasser pour faire taire cette langue mutine. L'un comme l'autre, elle en fut incapable, ses nerfs toujours saturés par le choc et incapables de répondre à la moindre décision centrale.
« En revanche… »
Il plongea de nouveau sur elle, achevant sa phrase contre la bouche candide. La pression contre son bassin se fit plus forte, l'obligeant à se cambrer davantage pour épouser au mieux le corps sculpté du champion. Les lèvres bougèrent contre les siennes, gravant une danse qu'inconsciemment elle suivit. C'était timide, maladroit, et pourtant d'une toute autre portée émotionnelle. Par instinct, ses mains remontèrent vers le cou du basané pour venir se lier derrière, tandis qu'il passait ses doigts dans ses cheveux, ruinant sa coiffure. Elle avait le tournis, ses jambes flageolantes ne la supportaient que par l'appui de son partenaire. Son coeur tambourinait contre ses tympans, et celui draconique contre ses seins. Arceus, elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait, mais elle aimait ça. Si bien que, lorsqu'il se recula de nouveau légèrement, pressant leurs fronts brûlants et mêlant leurs souffles saccadés, elle crut une part d'elle-même lui être arrachée au même titre que les lèvres sournoises.
Le silence s'installa momentanément, laissant à chacun le temps de retrouver une respiration plus ou moins normale. Avant que, finalement, il ne murmure de sa voix grave :
« Ça. C'est un baiser. »
Elle se perdit dans la contemplation de ses eaux oculaires, cherchant une explication à ce qui venait de se passer. Distraitement, les doigts jouèrent avec les courtes boucles décorant la base de sa nuque. Elle ne savait que dire ou quoi faire, plus embrouillée qu'autre chose. Comment saurait-elle interpréter ce geste ? Ce sourire qui décorait de nouveau les traits du météorologue ? Cette chaleur qui se diffusait au travers de leur étreinte, plus étroite que toutes celles passées ?
« As-tu compris ? Demanda-t-il après un nouveau silence en frottant son nez contre sa joue »
Non.
« Alors laisse-moi de nouveau te montrer. Je joue ma réputation après tout. »
Et, de nouveau, elle se laissa embarquée dans une démonstration, embrassée comme un trésor qu'elle avait toujours désiré être. Elle se cramponna plus fort, se hissant sur la pointe des pieds en attirant à elle le corps aîné, pour mieux graver l'échange dans sa propre chair. Un soupir d'aise lui échappa en sentant les doigts tracer des cercles au creux de ses reins, sous l'ourlet relevé de son débardeur, à même la peau. Simultanément, elle sentit un organe humide caresser sa fente labiale. Curieuse, elle lui ouvrit la voie et laissa les parfums épissés chatouiller ses papilles. Le dragon grogna légèrement dans sa bouche et le Maître gémit dans la sienne. Rien n'avait plus aucun sens hormis celui de respirer au travers de l'autre, de combler toujours plus une distance inexistante entre leur corps, de répondre à une faim insatiable, vieille de plusieurs années.
Non, elle ne comprenait pas, ne voulait pas se fourvoyer en surinterprétant ce que ce baiser lui murmurait à l'oreille. Leurs langues dialoguaient mais elle n'était pas certaine de pouvoir les déchiffrer. Alors, elle se laissait simplement submerger, comme elle avait toujours aimé le faire dans les eaux turquoise de son aîné.
Les lèvres se décollèrent pour se retrouver aussitôt, la plongeant dans une nouvelle apnée incendiaire. Encore, et encore. Quand soudain, le sol se mit à trembler sous ses pieds, et elle fut certaine de ne pas l'imaginer en sentant son partenaire faire un pas vers l'arrière pour s'équilibrer, l'entrainant avec lui. Dehors, des rugissements d'alerte retentirent, les sortant du monde qu'ils s'étaient forgé. D'un même mouvement, ils tournèrent la tête en direction de la sortie. Là, dans l'encadrure en tissu, se dessina le museau de Compote qui leva les yeux dans leur direction, à la fois confus et paniqué. Sentant la détresse de son Pokémon, Gloria se détacha aussitôt du champion et accouru vers lui, ignorant le froid mordant engendré par la brusque séparation de leur corps. Cependant, à l'instant même où elle mit les pieds dehors, elle sentit la glaçante vision la pétrifier sur place.
Des faisceaux, des dizaines de faisceaux d'un mauve parlant enflammaient l'azur éclatant. Les colonnes d'énergie sortaient de toute l'île, signe de l'éveil de nombreux antres avec, dans chacune d'elles, un Pokémon déstabilisé qui nécessitait d'être contrôlé.
« Ouah ! Déclara une voix dans son dos qu'elle associa à Roy venu la rejoindre. Je sais que j'embrasse bien mais de là à avoir un feu d'artifice en mon honneur. »
« Espèce d'idiot » maugréa-t-elle dans sa barbe alors que ses yeux ne savaient plus sur quelle lueur se poser. Oui il embrassait bien, divinement bien même, et c'était justement à cause de cela qu'ils étaient dans un pétrin pareil. À son poignet, les tremblements frénétiques de son bracelet se faisaient ressentir, captant enfin - et, hélas, trop tard - l'attention de ses nerfs. Comme elle le craignait, Noah n'avait pas su contenir seul son énergie débordante. Et, à cause d'elle - non, de lui et de sa stupide manie d'embrasser les gens sans prévenir, l'île, ce matin même havre de paix, était à présent un champ chaotique.
Pile ce dont elle avait besoin en ce moment, c'érait certain.
Soupirant, Gloria posa ses mains sur les hanches en contemplant encore un peu le travail qui l'attendait.
« Bon, tu voulais discuter ? Souffla-t-elle en jetant un regard en coin à son partenaire. Alors au travail ! »
Il rit, enroulant de nouveau ses bras autour du cou féminin.
« Ai-je le droit de donner mon avis ? Demanda-t-il au creux de son oreille.
- Bien sûr, tu as le droit de dire oui. »
Et le rire grave du champion s'accentua, embaumant le coeur déjà plein à craquer du Maître de ce doux sentiment impensable. À regret, elle dut se séparer de lui pour récupérer ses affaires. Le camp fut lever plus rapidement qu'il ne fallut pour le planter, chacun sachant parfaitement ce qu'il devait faire.
Lorsqu'elle eut achevé son message pour Mustar afin de le prévenir de la situation, elle sentit des doigts s'enrouler autour de sa main libre et la porter à une bouche acérée pour embrasser ses phalanges. L'alliance était scellée, la trêve imposée, le temps de régler ce soucis.
Ils avaient du travail, et après, enfin, ils pourraient mettre les choses au clair.
L'eau de la douche chantait encore lorsqu'il quitta la salle de bain pour rejoindre la chambre, une serviette autour de la taille et une autre sur ses épaules. Séchant ses mèches ébènes, Nabil tourna son regard en direction du Motismart venue aussitôt le saluer. L'alarme d'un message reçu s'affichant sur l'écran. Il reconnut aussitôt le profil du destinataire, habitué à voir la bouille numérique de Gloria dès le levé du jour et jusque tard dans la nuit. Perplexe, il fronça les sourcils. L'ayant laissée dans la matinée, seule face à son plus gros souci actuel réincarné en météorologue, le chercheur n'avait depuis reçu aucune nouvelle. Laissant son imagination travailler sur le silence des deux comparses. Pourvu qu'ils aient pu discuter, mis un terme à ce quiproquo sentimental et ouvert enfin - enfin ! - leur coeur à l'autre.
Intrigué, mais également soucieux de l'état dans lequel il allait retrouver son amie, Nabil laissa finalement son doigt glisser sur l'écran pour afficher le message. Une boîte de dialogue s'ouvrit avec une image. Aussitôt, ses craintes s'envolèrent, chassées à grand coup de pied par la tendresse dépeinte sur la photographie. Un sourire étira ses lèvres.
« Vous voyez quand vous voulez, murmura-t-il pour lui-même en prenant l'appareil dans sa main. »
Il put ainsi mieux contempler le duo : tous deux en maillot de bain, la dresseuse perchée sur l'épaule du champion tel un vulgaire sac de farine, offrant son postérieur décoré de Froussardine à l'objectif. Les vagues chatouillaient le bassin basané, de trois-quart, et les pieds candides battaient frénétiquement l'air dans son dos. La photo rayonnait de vie. Il pouvait presque entendre les éclats de rire de l'un et les cris de protestation de l'autre, visiblement peu enclin à ce qui l'attendait. En dessous, une simple phrase légendait l'action : « On se jette enfin à l'eau ! », suivie d'une floppée d'émoticones. Le double sens des mots était évocateur. Il nota mentalement d'appeler la jeune fille très tôt dans la matinée afin d'avoir plus d'informations, savoir où en était leur relation, et surtout ce qui s'était passé entre eux pour en arriver à une telle situation. La timidité retiendrait certainement un temps les aveux du Maître mais il finirait sans mal par lui retirer le Verpom du fruit.
Le bruit de la douche se stoppa dans son dos sans qu'il n'y prête plus attention. La seconde d'après, des lèvres vinrent se poser sur son épaule dans une douce caresse humide, le faisant soupirer d'aise.
« Des ennuis ? Demanda son compagnon en s'agenouillant derrière lui sur le lit, prenant le relai pour sécher ses cheveux
- Je crains que notre princesse ne soit définitivement prisonnière du dragon. »
Il pouffa du nez, tapotant son appareil contre son menton. Oui, elle était dorénavant entre ses griffes, lieu où elle avait toujours désiré demeurer, lieu où il espérait à présent la voir s'épanouir.
Et voilà l'avant-dernier chapitre, avec en prime un petit bonus sur Nabil, de fini !
Alors ? Comment était-ce ? Eh oui, ils se sont enfin - enfin ! - embrassés pour de bon. Reste à savoir maintenant de ce qui découlera de leur discussion. Pour en savoir plus, rendez-vous au prochain chapitre, qui sera le dernier et que je prévois courant début Novembre.
À la revoyure !
Chu ~
