Chapitre 16 :

À part Potter, tous ses camarades de classe apparurent à ses côtés à l'infirmerie.

Madame Pomfresh se précipita sur eux et commença aussitôt à les ausculter, lançant des sorts de diagnostiques à tout-va, demandant à un tel de s'allonger, à un autre de ne pas gigoter… Draco fut invité à s'asseoir sur un lit et Neville vint à ses côtés : il n'eut pas d'autres choix, Draco était déterminé à ne plus jamais lui lâcher la main.

Pendant ce temps, l'infirmière tempérait. Draco ne captait qu'un mot sur deux :

- Un impardonnable ! Sur un mineur ! Vraiment, non mais vraiment… De la torture sur un sorcier de premier cycle ! J'espère vraiment que… finir à Azkaban !

Draco frissonna.

Celui qui finirait à Azkaban, ce serait son propre père.

Avait-il été capturé par les aurors ? Est-ce que les alliés de Dumbledore, le fameux « Ordre » s'était débarrassé de lui ?

Les larmes lui remontèrent aux yeux à cette idée et il s'appuya un peu plus contre Neville, déchiré entre son amour filial, son devoir familial et le traumatisme qu'il venait de subir. Il n'arrivait plus à savoir s'il espérait son père sain et sauf ou croupissant dans les dégradantes cellules de la prison pour sorciers.

Qu'allait-il lui arriver désormais ? Si son père était en prison en partie à cause de lui, sa mère allait le renier. Si jamais cela arrivait, tous ses efforts depuis sa naissance pour être un Malfoy digne de ce nom seraient réduis à néant. Il avait passé tant d'heures à travailler, à s'entraîner, à souffrir et à retenir ses larmes pour être un héritier digne de ce qu'attendait son père ! Il avait construit toute sa vie là-dessus ! Si on lui enlevait son nom, il ne serait plus rien !

La présence silencieuse mais réconfortante de Neville parvint à légèrement le calmer.

Oui, il perdrait peut-être son nom et son passé ce soir, mais il ne perdrait pas son avenir. Ce qu'il avait construit avec Neville dépassait leurs parents, leurs noms, leurs héritages, et même la situation politique du pays. Ce qu'ils avaient construit était plus fort que les simples mariages arrangés entre grandes fortunes. Ils étaient liés par des sentiments puissants. Plus qu'un simple amour, c'était une aide mutuelle à faire ressortir le meilleur d'eux-mêmes, malgré les complexes de Neville et les incapacités sociales de Draco. C'était la possibilité pour lui de voir dans un humain un être digne de son attention et de son affection.

C'était un miracle.

Il tourna la tête lorsque, arrivant eux aussi par portoloin, d'autres personnes apparurent dans l'infirmerie. Il s'agissait principalement d'adultes que Draco ne connaissait pas, à part une adolescente aux cheveux bleus qui saignait abondamment du nez et du ventre. D'autres étaient blessés, mais moins gravement. Le professeur Maugrey apparut à son tour, il parcourut l'assemblée du regard.

Lorsque son œil magique se posa sur Draco, son visage balafré se tordit de rage.

- Un Malfoy !

Il avança vivement et attrapa Draco par le col pour l'arracher du lit. Il glapit de surprise face à l'attaque inattendu.

- Lâchez-le ! s'écria Neville en bondissant sur ses pieds, baguette en main.

- Ton père faisait partie de ses ordures !

- Relâchez IMMÉDIATEMENT mon patient, Alastor, ou je vous éjecte de mon infirmerie SUR LE CHAMP !

- Ce garçon… commença Maugrey d'une voix sombre. Ce garçon est le fils de Lucius Malfoy !

- Et vous êtes sensé être un adulte responsable, siffla Pomfresh. Comportez-vous comme tel !

Il lâcha finalement Draco qui recula précipitamment en tremblant de tous ses membres. Neville se plaça aussitôt devant lui, bouclier humain dont Draco eut honte de profiter. Il aurait voulu se montrer fort et digne, mais cela faisait bien trop d'émotions d'un coup et il était tout bonnement incapable de les gérer actuellement.

- Draco était avec nous pour se battre contre les mangemorts ! annonça fièrement Neville. Il s'est opposé à son père et est mon fiancé ! Ne vous en prenez plus jamais à lui !

Si Maugrey ne parut pas impressionné un seul instant par la menace, il s'éloigna tout de même, rejoignant la jeune femme ensanglantée avec Pomfresh.

Neville eut tout juste le temps de se retourner vers lui qu'un autre adulte s'approchait. Draco faillit en pleurer de nouveau, persuadé qu'il ne supporterait plus la moindre secousse avant de définitivement se briser.

Personne ne le secoua cependant.

L'homme qui lui faisait face était Sirius Black. Son visage était plus maigre et sa folie moins visible que sur les affiches de recherche, mais Draco le reconnut sans mal.

Son cousin tira une chaise devant Draco et s'y assit. Il le contempla longuement en silence, alors Draco en fit de même. Finalement, il ne semblait pas si dangereux que cela. Il avait le maintien aristocratique des Black et le regard mature de quelqu'un qui a beaucoup vécu et s'en est sorti grandi. Plus il le regardait, moins Sirius lui paraissait semblable à la Bellatrix Lestrange qu'il avait vu dans les couloirs de ministère.

- Toi aussi, tu as tourné le dos à tes parents ? demanda Sirius.

- Je n'ai pas eu le choix.

La voix de Draco était sortie rauque et tremblante de sa bouche. Il se racla la gorge en grimaçant, maudissant de laisser ainsi apparaître une preuve de faiblesse… Bien que ça ne soit pas la première de la soirée, hélas.

Sirius Black l'observa longuement avant de reprendre la parole :

- Tu n'en as peut-être pas envie, mais si tu en as besoin, sache que tu auras mon soutien face aux conséquences de cette soirée. Nous sommes cousins après tout, et tu es un ami de mon filleul.

Draco fronça aussitôt les sourcils, sa détresse oubliée.

- Je ne suis pas ami avec Potter !

Sa vigueur sembla grandement amuser Sirius qui sourit de toutes ses dents. Son visage rajeunit de plusieurs années d'un seul coup.

- C'est exactement ce qu'il dit aussi, mais je n'y crois pas une seule seconde.

Draco ouvrit la bouche, offusqué. Neville lui caressa gentiment le dos de la main, attirant son attention.

- Tout ira bien, lui assura-t-il. Tu n'es pas obligé de devenir ami avec Harry.

- Merci, soupira Draco en levant les yeux au ciel. Mais personne n'aurait été en mesure de nous obliger, tu n'as pas à me rassurer de quelque chose qui n'a pas la moindre probabilité d'arriver.

Neville pouffa et déposa un baiser sur sa joue.

Après lui avoir rendu l'attention, Draco reporta son attention sur son cousin qui les regardait toujours, un sourire désormais tranquil aux lèvres.

- Je vous remercie de votre proposition. Si jamais je me retrouve dans le besoin, je ferai appel à vous.

- N'hésite pas, même si je sens bien que tu as un fiancé déjà bien motivé à remplir ce rôle.

Il lui accorda un clin d'œil avant de se lever et de s'éloigner. Il boitait légèrement mais gardait le dos droit de celui qui n'avait rien à se reprocher.

Curieux, Draco se pencha vers son fiancé :

- Il n'a pas vraiment tué douze moldus et provoqué la mort des Potter, pas vrai ?

- Non effectivement.

Draco secoua la tête de gauche à droite.

Potter aurait au moins pu le prévenir qu'ils allaient à la rescousse d'un parent innocent, au lieu de le laisser croire qu'ils se rendaient à la mort pour un meurtrier fou dangereux.

Draco n'aurait pas été davantage motivé, mais tout de même, il aurait apprécié de savoir !

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Dès le lendemain, les journaux affichaient en première page l'annonce du retour de Voldemort. Sur la Une, on pouvait voir Dumbledore soutenant un Potter mal en point au milieu de l'atrium, les décombres de la statue de la fraternité derrière eux et la pièce ravagée par les combats. Avec la Gazette étaient fournis des guides élémentaires de défense des personnes et des biens, que Draco jeta à la poubelle sans s'y attarder. Il prit cependant la peine de lire l'article jusqu'au bout.

Potter, qualifié de Survivant, alors qu'il avait été plutôt qualifié d'adolescent dérangé depuis le début de l'année scolaire, était présenté comme « la voix solitaire de la vérité ». À vomir.

- Ils parlent de ce qui est arrivé aux mangemorts ? demanda Neville qui était assis au bout du lit de Draco, dans l'infirmerie qu'il n'avait pas eu le droit de quitter.

- Pas un mot. Ma mère ne m'a pas contacté non plus, pas plus que le Ministère.

- Il aura probablement un procès, tenta de le rassurer Neville.

- Pas sûr que ça joue en sa faveur…

Il soupira puis jeta le journal sur la table de chevet.

Un peu plus loin, Granger faisait la lecture de la Gazette à Potter et aux deux Weasley, tandis que Lovegood feuilletait un exemplaire du Chicaneur.

Blaise, qui n'avait pas été blessé, n'était pas présent à l'infirmerie. Il était juste passé lui fournir une quantité astronomique de chocogrenouilles aux aurores puis été reparti. Draco supposait qu'il avait caché aux autres Serpentard avoir fait partie de l'expédition. S'il avait pu, Draco en aurait sans doute fait de même…

Neville posa une main douce sur son genou, par-dessus les draps, attirant son attention sur lui.

- Que vas-tu faire cet été ?

Draco soupira et ferma les yeux quelques secondes.

- Je vais sans doute demander à Blaise de m'héberger. Sa mère a toujours été neutre alors peut-être qu'elle m'acceptera. Sinon, je pourrais toujours faire appel à Sirius Black. Il m'a assuré que sa maison m'était ouverte si j'en éprouvais le besoin.

Neville fit une drôle de tête.

- Quoi ?

- Tu veux dire que tu irais chez quelqu'un d'autre que moi ?

Draco en rougit jusqu'aux oreilles.

- Nous ne sommes même pas mariés !

Neville leva les yeux au ciel, mais il souriait.

- Nous ne ferons rien de plus indécent que ce que l'on fait déjà à Poudlard, promis.

Il eut un sourire en coin et se pencha à l'oreille de Draco. Là, son souffle chaud effleurant son lobe et d'une voix basse et sensuelle, il ajouta :

- Mais je te promets que je te brosserai les dents.

Draco pouffa de plaisir sans pouvoir s'en empêcher, se trouvant ridicule de réagir ainsi, surtout alors que des Gryffondors étaient présents dans la pièce et pouvaient le voir faire. Il se reprit tant bien que mal et hocha posément la tête, acceptant sans un mot la proposition.

Le sourire de Neville s'agrandit et il se glissa plus haut dans le lit, se rapprochant du visage de Draco vers lequel il se pencha. À quelques centimètres l'un de l'autre, ils mélangèrent leurs souffles avec affection.

- Tous nos plans sont fichus à l'eau, avec ce qu'il s'est passé cet été, marmonna Draco. Tu ne m'en veux pas ?

- Tu n'y es pour rien, et tout n'est pas tombé à l'eau.

- Le ministère ne sera pas en état pour accueillir la cérémonie de fiançailles.

- On trouvera un autre endroit.

- Mon père sera probablement en prison d'ici quelques jours.

- Ce n'est pas lui que je veux épouser.

- tu veux toujours m'épouser ?

- oui.

Le cœur de Draco battait à toute allure contre ses côtes, le rendant fou de joie. Il se pencha en avant, prêt à lui voler un baiser, quand il remarqua qu'ils étaient observés.

Weasley garçon faisait semblant de vomir avant d'être frappé par sa petite amie. Potter, de son côté, faisait comme toujours mine de ne pas être dérangé et regardait pudiquement ailleurs. C'était comme ça depuis la première fois qu'il était entré dans la salle sur Demande avec Neville. Un instant de stupéfaction rapidement suivi d'un « bon, je vais faire comme si tout cela était normal ». Parfois, Draco se demandait à quoi pouvait bien ressembler la vie de Potter pour qu'il réagisse ainsi. Est-ce que tout le monde magique le choquait en permanence pour qu'il adopte ce réflexe ?

- vous n'avez rien d'autre à faire, les Gryffons ? grogna Draco qui n'avait pas eu son baiser à cause de leurs singeries.

Neville pouffa et se tourna vers ses amis à son tour.

- ben c'est-à-dire qu'on est bloqués à l'infirmerie nous aussi, grogna Potter. Mais faites comme si on n'était pas là, hein…

- on sera invité au mariage ? demanda Weasley fille en souriant de toutes ses dents.

Draco fut horrifié par cette idée. Les rouquins, à son mariage ?

- bien sûr que non !

- bien sûr que oui, détrompa aussitôt Neville avant d'embrasser Draco sur la joue. Il faudra te faire une raison, tu sors avec un Gryffondor, et les copains sont compris dans les bagages.

Draco grogna en levant exagérément les yeux au ciel.

Mais au fond… Être avec un Gryffondor, ce n'était pas si problématique.

- ils auront intérêt à bien se tenir…

- je suis sûr que ce sera parfait.

- et puis, intervint Potter avec un sourire goguenard, maintenant que tu as affronté les mangemorts avec nous, tu fais un peu parti de la famille.

- va mourir, le balafré ! Tu ne feras jamais parti de notre famille !

Neville éclata de rire, suivi par les autres, même Potter qui n'était pas vexé pour une mornille. Une chaleur douce éclot dans le ventre de Draco en regardant son fiancé s'esclaffer ainsi, les yeux brillants malgré la violence de ce qu'ils avaient tous vécue la veille.

Neville et lui étaient une famille. Probablement pas la plus parfaite qu'il soit, mais assez parfaite pour eux.

Draco en était sûr. Ils vivront heureux.

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C'était l'avant dernier chapitre ! Est-ce qu'il vous a plu ? Qu'avez-vous pensé de l'histoire jusque là ?

On se retrouve la semaine prochaine pour la fin !

Je vous embrasse ;)

Yume u_u