Le jour où on a chié dans le salon :
Chapitre 16 : Papa :
Le bébé était enfin là. Il geignait en battant de ses petits poings à la recherche de repère, de chaleur rassurante, de ce liquide qui l'avait entouré durant neuf mois. Le petit être, comme désespéré, se battait contre des démons imaginaires de toutes ses forces jusqu'à ce qu'il rencontre enfin la chaleur qu'il convoitait.
Avant que la petite chose si fragile ne choisisse son torse d'où émanait une douce chaleur provoquée par son alter sous le coup du stresse, jamais Dabi ne se serait imaginé qu'un jour, son pouvoir de feu pourrait être bénéfique. Bien sûr, il avait compris que jouer le rôle du radiateur pour Hawks était un bon usage de ses flammes, mais jamais il n'aurait pu croire qu'un bébé les rechercherait. Parce qu'avec un bébé, c'était différent, c'était plus délicat et plus le temps passait, plus Dabi se perdait sur cette peau laiteuse toute lisse et ces petits cheveux qui se faisaient voir sur le sommet de son crâne. Et plus il se perdait, mieux il se sentait. Pour la première fois de sa vie, on était rassuré auprès de ses flammes, on les cherchait, on voulait se rouler dedans pour survivre, pour apaiser ses douleurs. Ses flammes venaient d'apaiser les douleurs d'un être aussi pur et instinctif qu'un bébé nouveau né.
Le brun sentit un sourire se former sur ses lèvres mais ne le retint pas. À quoi bon après tout ? Cet enfant venait juste de briser une armure qu'il avait mit neuf mois à construire en se blottissant seulement contre lui aussi naturellement que lorsqu'Hawks cherche des câlins devant la télévision.
Au loin, l'ancien super vilain entendit des murmures, tant de discussions étouffées par la bulle qui l'enveloppait dans un état de joie et d'euphorie contenues. Une bulle où il n'existait que lui et elle, cette petite chose qu'il tenait dans le creux de ses bras… Cette petite…
« Fille ! Une fille ! »
Rit Keigo alors que le médecin, le sourire tremblant par la peur engendrée par papa numéro deux, annonçait la nouvelle à la famille qui n'eut pas encore l'occasion de s'approcher du nouveau membre. Après tout, personne ne voulait déranger Dabi et encore moins après les mois de doute qu'il venait de quitter grâce à la naissance de sa fille.
« Merci docteur. Répondit seulement Endeavor, la voix et le regard grave indiquant qu'il avait tout intérêt à ne pas ébruiter la nouvelle. Je vous raccompagne à la porte. »
Le médecin abdiqua et ne dit rien de plus alors que le dirigeant du manoir le ramenait à sa voiture. Le docteur ne voulait même pas se poser de questions à lui même en réalité. Il voulait vivre et non mourir d'un immense mal de crâne et d'autre chose d'ailleurs. Dans la voiture, il revit le visage fasciné du super vilain. Il connaissait ces regards là, ceux des nouveaux pères qui comprennent soudainement qu'ils pourraient mourir pour une si petite chose qu'ils pouvaient briser d'un coup. Avec un soupire, il ne put que réprimer de nouvelles interrogations et conclut simplement qu'Hawks et Endeavor devaient être sûr de ce qu'ils faisaient avant de souhaiter bon courage à ce nouveau petit être.
« Comment vous allez l'appeler ? Questionna Izuku, tout curieux.
-Nous n'en avons pas vraiment parlé en fait. Rit nerveusement Hawks qui fixait son compagnon qui n'avait plus émit le moindre son. Respirait-il ne serait-ce qu'encore ?
-Je vois. Soupira Endeavor alors qu'il ne quittait son fils des yeux. Il est encore temps de trouver. »
Et ce fut ainsi que le concours à qui aurait les prénoms le plus pourris fut lancé et évidemment, ce fut Hawks le premier à marquer des points, suivit de très près par Natsuo. Et si leurs prénoms à eux n'avaient aucun sens et que non, on ne va pas l'appeler Khaleesie, Hawks ! Ceux d'Enji étaient classiques. Bien trop classiques, au point d'en devenir vieux et tirés d'un vieux grimoire du temps impérial. Shoto tentait, Fuyumi se creusait la tête et Izuku ne savait pas trop s'il pouvait participer. En tout cas, cette recherche de prénom semblait bien prendre tout le monde aux tripes à tel point qu'une dispute se lança pour choisir entre Cassandre et ses mauvais présages et Mélisande et sa proportion étrange à foutre le feu partout.
Et prit comme ils étaient, ils ignorèrent totalement l'enfant dormant dans les bras du père qui le titillait d'un doigt. Un sourire apaisé qui ne le quittait plus aux lèvres, le faux brun eut un léger rire que seul le bambin endormit put entendre sous les cris de chacun.
D'un mouvement doux et souple, il caressa le haut de la tête de cette nouvelle princesse venue sur Terre et remarqua quelques mèches tellement blondes qu'elles en devenaient blanches. Il eut un regard tendre suite à cette découverte et sans même le savoir, le nom parfait venait de glisser d'entre ses lèvres.
« Rei. »
Le silence se fit. Un silence lourd de signification. Tous les regards étaient tournés vers lui et comme s'il venait de réapparaitre, la bulle éclata et il se rendit compte qu'il était face à tout le monde. Dérangé dans la contemplation de son bébé, de son œuvre d'art, il se racla la gorge, renifla pour reprendre contenance et planta son regard océan dans celui d'ambre de son homme. Il était sûr de lui. Il voulait que cette enfant porte le nom de sa mère. Et qui était Keigo pour lui interdire ce droit là ? Personne. Aussi, il s'approcha de son homme avec douceur.
Calme, l'homme oiseau déposséda le père de l'enfant sous le râle de celui-ci, et berça le petit être avec un regard emplit d'amour et de bienveillance.
« Ça me va. Bienvenue au monde, Rei Takami Todoroki. »
Le nom complet était donné, les deux parents se trouvaient d'accord et comme pour sceller cet accord, ils s'embrassèrent avec douceur, pris dans une nouvelle bulle qui les excluait des autres. Ils se sourirent et doucement, Hawks revint vers le canapé avec le brun et s'assit dessus afin que tout le monde puisse voir la petite nouvelle.
Fuyumi et Natsuo, les larmes aux yeux, félicitèrent les deux parents à grand renfort de sourires et de voix tremblantes d'émotions. Izuku, ce grand émotif, se laissa lui aussi prendre au piège des larmes alors que ses félicitations se hachaient de soubresauts, jusqu'à ce que Shoto le prenne contre lui. Amusé, Keigo ne put s'empêcher de taquiner le petit vert alors que Shoto observait avec curiosité sa petite nièce.
« Tu veux être le premier oncle à le porter Shoto ? Demanda Dabi avec un sourcil haussé.
-Je peux ?
-Bien sûr. »
Shoto acquiesça en tendant fébrilement les bras alors que Dabi plaçait la petite contre son oncle qui écarquilla les yeux en se rendant compte d'à quel point elle était légère et fragile. Le grand frère surveilla son bijou alors que le plus petit, nerveux, tentait de se détendre sous les paroles apaisantes d'Izuku qui semblait mieux maîtriser l'art de porter un bébé que lui.
La petite eut un hoquet qui attendrit la fratrie alors que le grand père haussait un sourcil, mal à l'aise devant la scène et sa sérénité.
Il ne pensait pas avoir le droit d'être ici, de partager ce moment avec eux, d'assister à une naissance, à la création d'une famille alors que lui-même ne fut pas capable de s'occuper de ses propres enfants. Alors que lui-même ne pourrait jamais conseiller son grand garçon sur comment élever un enfant. Il ne se donnait pas le droit d'être réjouit de cette naissance, pas après ce qu'il avait fait, pas après les avoir abandonné. Il eut un triste rictus alors que ses yeux se ternissaient doucement. Touya ferait un bon père, meilleur que ce qu'il fut, il en était certain. Même un super vilain comme Dabi le surpasserait sans mal en matière de paternité, il le savait et c'était ce qui faisait le plus de mal. Il était un bien piètre héros au final. Ou plutôt, non, il était un bien piètre mari, un bien piètre père.
Après avoir constaté être assez ignoré pour repartir, Enji, la tête emplie de ses fautes, détourna les talons pour se diriger vers sa chambre et alors qu'il prenait la poignée de la porte du couloir en main, il se stoppa à la proposition de Hawks.
« Où vas-tu comme ça ? Tu ne veux pas porter ta petite fille ? »
Surpris, Enji lança un regard écarquillé à Hawks qui le fixait avec défi et malice. Il venait de lui laisser une chance de se racheter auprès de sa famille devant tous le monde.
Hésitant, le numéro un du classement tourna son regard vers Touya qui le considérait avec calme. Il semblait réfléchir. Finalement, il lui fit signe de le rejoindre et prit la petite des bras de Fuyumi pour s'approcher du patriarche Todoroki.
« Tu te souviens de comment on fait ça ? Si tu l'as déjà fait bien sûr ? »
La remarque fit mal, mais le héros ne laissa rien paraître, et sous l'attention de tous, il hocha la tête. Dabi tendit l'enfant et Endeavor la réceptionna avec facilité. Calmement, il plaça la petite contre lui et un sentiment étrange lui prenait doucement la poitrine. Une enfant, des cheveux presque blancs, lui aussi pensait à Rei. À cette femme à qui il avait fait tant de mal par ses caprices égoïstes, à cette mère qui n'a pas pu voir ses enfants grandir par sa faute, à cette belle femme qui lui avait donné quatre enfants sans jamais s'en plaindre, sans jamais rechigner à l'idée de s'en occuper. Et alors qu'il observait la petite chose, il se demandait s'il avait le droit d'aimer cette enfant alors qu'il n'avait pas sut aimer les autres, alors qu'il n'avait pas su aimer la femme dont elle portait le nom, comme il le fallait.
Son hésitation devait se faire ressentir car de sa voix enrouée par la fatigue et le vécu, Dabi prit la parole au grand étonnement de tous.
« Je te laisserais peut-être pas seul avec elle, mais je veux pas t'interdire de l'approcher non plus, elle reste ta petite fille et tu m'as permit de l'avoir.
-Tu en es content finalement. Soupira Enji qui se souvenait de sa réticence.
-Ouais, et je compte pas répéter tes conneries. Renifla le vilain alors que les autres se fixaient en attente de la réponse du paternel qui ne manqua pas de tous les surprendre.
-C'est bien. Prends en soin dans ce cas. Mes félicitations à vous deux. »
Sans un mot de plus, Enji redéposa l'enfant dans les bras de Dabi avant de prétexter l'envie de se coucher. Personne ne fit rien pour le retenir. Il n'avait pas tenté de se défendre, il avait prit la critique de pleine face.
Izuku releva un regard inquiet et curieux vers Shoto qui, perdu, observait le chemin que venait de prendre son père. Le vert ne dit rien, il savait ce que pensait son compagnon, il savait qu'il le voyait changer et il savait aussi qu'il était en proie à sa haine passée qui s'estompait peu à peu pour laisser place au pardon. Un pardon qu'il partageait avec Natsuo et Fuyumi, un pardon qu'ils avaient peur d'offrir, de donner trop tôt.
Le silence planait et Hawks finit par le briser en proposant à tout le monde de retourner se coucher avec des questions plein la tête. Tous acceptèrent et Izuku traina un Shoto ensommeillé vers la chambre de celui-ci tandis que Natsuo et Fuyumi décidèrent de prendre le chemin de la cuisine pour parler seul à seul.
« Je suis heureux. Sourit Hawks alors que Dabi se retrouvait une nouvelle fois happé par ce qu'il tenait dans ses bras.
-Pourquoi ? Questionna distraitement le brun sous l'air amusé de son oiseau.
-Tu l'aimes. »
Dabi se stoppa un instant et releva un regard interrogateur vers son amant qui lui répondit en l'embrassant avec douceur. Le brun y répondit pour après lui embrasser le front, puis le nez, faisant ricaner l'oiseau légèrement.
« Ne dit pas ça comme ci c'était un miracle. Grogna Dabi qui ne voulait pas totalement reconnaître s'être fait avoir si facilement.
-Tu n'en voulais pas.
-Bah, j'ai changé d'avis. »
Soupira le brun alors qu'Hawks riait, victorieux et heureux. Il embrassa son homme avec fougue, il ne lui en fallait pas plus. À quoi bon faire de grands discours ? Le regard de Dabi lui avait suffit, il avait suffi à réchauffer son cœur et calmer toutes ses craintes. Il lui aura fallu du temps, mais il voulait de cet enfant, et pour Hawks, c'était le principal. Il avait offert à sa fille un papa.
