En espérant que vous continuez à apprécier cette histoire, bonne lecture ! c:
Aucun des trois n'eut la force de préparer un repas. La fatigue les emportait, alors ils mangèrent juste quelques fruits et rejoignirent leurs chambres. Arthur arrêta Venec dans le couloir, à l'étage.
« Ça s'est bien passé, en ville ? »
Venec hésita quelques instants puis murmura : « Je vous expliquerai demain, je pense qu'il vaut mieux dormir pour le moment.
- Vous vous rendez compte que je risque de ne pas dormir du tout là ?
- C'est rien de grave, vraiment ne vous inquiétez pas ! Dormez bien S… Arthur. » sourit le bandit. Et il entra dans sa chambre. Le roi resta planté un moment devant le rideau de la sienne, ne sachant pas s'il devait surgir dans celle de son compagnon pour le forcer à lui dévoiler sur-le-champ ce qu'il avait appris ou lui foutre la paix parce qu'ils avaient tous besoin de sommeil. Puis il remarqua que Venec l'avait appelé par son prénom. Son vrai prénom. Il lui semblait que c'était la première fois. Il espéra que le bandit continue sur sa lancée parce qu'il trouvait plutôt plaisante la manière dont son nom était articulé, dans la bouche du romain. Arthur secoua la tête, un sourire aux lèvres. Quelques semaines auparavant, il se serait posé de sérieuses questions à son propos et aurait mis ses pensées sur le compte de la fatigue. Mais il se rendait bien compte qu'au delà de la gratitude, il appréciait réellement Venec. A quel point, cependant ?
L'ancien roi pénétra à son tour dans sa chambre et décida d'arrêter de penser pour ce soir. Il savait qu'il était inutile de se poser trop de questions, et préféra attendre de voir ce que lui avaient prévu les dieux, même s'il commençait à ne plus trop leur faire confiance, à ceux là.
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« Il faut que j'aille en Bretagne.
- Quoi ?! »
Venec grimaça. Il avait décidé de ne pas tourner autour du pot trois ans mais il aurait peut-être dû d'abord poser un contexte.
« Comment ça vous voulez aller en Bretagne, vous vous foutez de moi ?
- Peut-être qu'on devrait attendre que Venec nous raconte son après-midi d'hier avant de nous énerver. » intervint Kalupso. Arthur croisa ses bras sur sa poitrine et fixa le bandit, attendant qu'il parle. Ça n'allait pas être simple.
« Je n'ai pas envie d'y aller, mais je n'apprends plus rien depuis des jours au port. Il semblerait que les voyages vers la Bretagne aient été suspendus. »
Le roi haussa les sourcils. « Mais… pourquoi ? »
Venec leva son regard vers le plafond, mal à l'aise.
« J'ai… la situation là-bas est… inquiétante. Je pense que Lancelot ne veut pas que le reste du monde soit au courant de ses petites machineries. Puis il continue de vous chercher, et s'il pense que vous êtes toujours sur le continent alors c'est un bon moyen pour lui de vous empêcher de partir. Bref. Ce que je sais actuellement ne permet pas de réfléchir à un quelconque "plan" pour reconquérir votre trône, si c'est… ce que vous voulez. »
Le bandit attendit une réaction du roi, qui ne vint pas. Ce dernier fixait le vide, déconnecté de la discussion. Kalupso se pencha vers lui. « Arthur ?
- Hm. Comment vous allez faire si les voyages sont interdits ?
- J'ai des contacts, c'est pas le problème. Il y a quelques rares cargaisons qui peuvent encore passer. J'me suis reconstitué un semblant de réseau ces dernières semaines. C'est pas l'idéal mais ça devrait fonctionner. »
Le breton soupira et ferma les yeux. Une angoisse sourde monta en lui. « C'est trop dangereux. Restez ici. »
Les romains échangèrent un regard concerné. « Ce n'est peut-être pas une si mauvaise idée… » tenta la jeune femme.
- Non, c'est carrément une mauvaise idée. continua Arthur. Vous savez pas vraiment c'qui s'passe là-bas mais vous voulez vous jeter dans la gueule du loup.
- Ce dont je suis certain, c'est que vos anciens chevaliers sont dans la merde. Vous voulez les laisser se débrouiller ? Vous voulez pas mettre une raclée à Lancelot et récupérer votre royaume ?
- Mais depuis quand c'est vos affaires ça ? Depuis quand vous voulez vous occuper d'autre chose que de votre business ? »
Kalupso sentit qu'il fallait calmer le jeu, se rapprocha de Venec et posa une main sur son épaule. Le bandit se détendit et son regard vexé rencontra celui, énervé, du roi. Ce dernier prit conscience de ce qu'il venait de dire et s'excusa immédiatement. « C'est pas ce que je voulais dire, je sais que vous… mais je comprends pas pourquoi vous voulez prendre des risques, on est bien ici. En sécurité. » Arthur fit une pause pendant quelques secondes et reprit. « Je sais qu'il faut arrêter Lancelot s'il met le royaume en danger, mais c'est à moi de le faire, pas à vous.
- J'vais pas arrêter Lancelot. Juste me renseigner. Voir les possibilités qui s'offrent à nous. Je connais la personne parfaite sur place pour m'informer. »
Arthur devint nerveux et se leva. « Vous pouvez lui faire confiance, à cette personne ?
- Bah, il m'en doit une. Et ça m'étonnerait qu'il apprécie Lancelot puisqu'il a fait augmenter les taxes apparement, ce con. Donc il m'aidera, j'en suis sûr à quatre-vingt-cinq pour cent. »
Kalupso haussa les sourcils, médusée, et se demanda comment Venec avait pu survivre dans sa branche avec des plans aussi approximatifs. Le bandit vit le roi s'agiter et chercher de nouveaux prétextes, alors il décida de sortir son argument ultime. « J'en profiterai pour passer à mon ancienne planque dans laquelle j'ai stocké une partie de mon blé. Parce que là ça va devenir serré pour la bouffe. »
Leur hôte sourit et Arthur sut qu'il avait perdu.
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Venec partait le soir même. Un bateau devait emporter plusieurs caisses de plantes et fruits méditerranéens en Bretagne. Il avait passé un marché avec le capitaine et s'apprêtait à rester enfermé plusieurs jours dans la cale. Il espérait que les informations en valaient le coup.
Kalupso lui tendit un petit baluchon rempli de fruits frais, pour la route, serra brièvement le bandit dans ses bras et rejoignit un des salons de la bâtisse, laissant les deux hommes seuls. La nuit arrivait, le soleil disparaissait avec ses derniers rayons, le silence régnait dans la villa. Une soirée agréable, qu'ils auraient voulu passer autrement.
Arthur était droit comme un piquet. Il parvint tant bien que mal à desserrer les mâchoires.
« Bon bah… bonne chance.
- J'ai pas droit à "que Dieu vous bénisse" ? plaisanta Venec.
- Ça marche pas ces trucs là. J'suis censé être béni par les Dieux mais voyez où j'en suis. »
Un ricanement leur échappa. « Quoique… » reprit le roi, « j'suis pas si mal tout compte fait. »
Le monde se tut de nouveau et le coeur de Venec se mit à battre plus vite alors qu'il se sentait sondé par les mystérieuses iris noires du souverain. Ce dernier baissa rapidement les yeux.
« Qu'est-ce que je… qu'est-ce qu'on va faire si vous revenez pas ? »
Le romain se dit qu'il fallait que son roi arrête de lui faire subir autant d'ascenseurs émotionnels parce qu'il allait crever comme un con avant même d'être parti. Il dut se retenir très fort de lui offrir une étreinte rassurante. A la place, il se dirigea vers la porte. Sans ça il n'arriverait pas à partir. Il se retourna juste avant de sortir, le regard dirigé vers le sol.
« Hé. Je reviens dans une semaine. J'vous le promets. »
