Chapitre 7 - Drago
Vendredi 11 novembre 2005 – Poudlard
« Venez, approchez-vous, vous ne verrez rien depuis vos chaises. »
Obéissants, les élèves de 5e année de Gryffondor et Serpentard se levèrent, certains plus rapidement que d'autres. Drago avait vite remarqué que la fougue de la jeunesse touchait les élèves de manière assez inégale. Mais il ne se rappelait pas avoir lui-même été aussi mou et amorphe quand il avait leur âge. Il attendit que les derniers se traînent difficilement jusqu'à son bureau pour entamer ses explications.
« Alors, aujourd'hui comme je vous l'ai dit nous allons préparer une Potion revigorante. L'un des ingrédients nécessaires sont les graines de saltum. Si vous suivez le manuel, celui-ci vous demande de les incorporer entières. C'est une bêtise monumentale, ne faites pas ça. Ne suivez pas le manuel. Sauf si vous souhaitez avoir une potion tout juste passable. »
Lors des premiers cours de Drago, ses élèves avaient été étonnés de l'entendre critiquer les consignes du manuel. Il leur avait demandé d'en rayer certaines, d'en ajouter d'autres, d'y changer les proportions... Après plus de deux mois de classe, plus rien de les étonnait. S'il fallait arracher une page, ils se seraient tous exécutés sans ciller.
« Cette graine a une enveloppe extérieure très épaisse qui, dès qu'on la touche, lui permet de rebondir. De plus, elle peut devenir brûlante si le contact est prolongé. Tellement brûlante qu'une paire de gant ne suffirait pas à vous protéger. Il est donc très difficile de la découper. Elle vous échappe des doigts et quand vous pensez enfin la maintenir correctement, elle vous les brûle. C'est pour cela que le manuel vous demande de les utiliser entière. C'est moins risqué, mais également moins efficace. »
Certains de ses élèves notaient tout ce qu'il disait, n'en perdant pas une miette. D'autres n'écrivaient que l'essentiel. Une partie ne faisait qu'écouter, plus ou moins attentivement. Paul Declair faisait partie de cette dernière catégorie. Seulement, Drago savait que celui-ci l'écoutait avec toute l'attention du monde.
« Donc, pour les couper. Il existe une technique simple. C'est d'ailleurs assez étonnant qu'elle ne soit pas décrite dans le manuel, mais passons. Il vous faut placer les graines sur la table sans les toucher, en renversant le pot qui les contient par exemple. Ensuite, vous posez sur elles un plateau en bois que vous maintenez bien fermement pour y coincer les graines. La pression exercée par le plateau les empêchera de rebondir. Puis, vous glissez la lame d'un couteau entre la table et le plateau. Leur enveloppe externe, bien qu'épaisse, se découpe très bien. »
Drago souleva le plateau et laissa apparaître les graines de saltum, parfaitement coupées en deux. Lorsqu'on lui avait appris cette technique en Afrique, il avait été tellement stupéfait par sa simplicité qu'il s'était senti foncièrement stupide de ne pas y avoir pensé avant.
« Maintenant, c'est à vous. »
Les élèves rejoignirent leur place, encore une fois, plus ou moins rapidement. Drago les observa s'affairer à la préparation des ingrédients. Il n'entendit aucun cri de douleur et ne vit aucune graine rebondir dans les airs, signe que ses consignes avaient été respectées. Il circula dans les rangs, apportant parfois quelques précisions supplémentaires aux élèves le nécessitant.
« Le manuel ne vous le dit pas, mais vous allez devoir bientôt baisser le feu de votre chaudron. Dès que la potion commence à bouillir, car en bouillant, celle-ci perd de son efficacité. »
Ça, c'était l'une des choses que le professeur Slughorn lui avait apprise. Pas la plus importante, pensa Drago.
- Jeudi 12 Novembre 1998 -
« Professeur Slughorn ? » appela Drago en pénétrant dans la salle de Potions. Il parcourut la pièce du regard mais visiblement, le Professeur était absent. Le Serpentard s'approcha d'un des chaudrons encore rempli de liquide. Ils n'avaient pas dû être vidés depuis la fin du dernier cours. Le mélange était vert et assez épais, sûrement une potion de ratatinage pensa Drago. Il l'avait étudiée en 3e année mais ne se rappelait plus si sa préparation avait été une réussite.
« M. Malefoy ? » s'étonna le professeur Slughorn. Celui-ci venait d'apparaitre dans l'encadrement de la porte. « Quel bazar. Attention à ce chaudron-là, la potion a été assez mal préparée, j'ai peur de ce qu'elle pourrait vous causer. »
D'un coup de baguette, le directeur des Serpentards fit disparaitre tous les mélanges. Vidés, les chaudrons flottèrent jusqu'aux étagères du fond de la classe.
« Vous vouliez me voir ? » demanda le professeur une fois la pièce rangée.
Drago douta soudainement du bien-fondé de sa présence ici.
« M. Malefoy ?
— ... Vous m'aviez dit que votre porte serait toujours ouverte, hésita le garçon.
— Elle l'est, en effet. »
L'homme lui adressa un sourire empli de bienveillance. Drago resta silencieux, incapable d'articuler ce qu'il gardait pour lui depuis plusieurs mois. Le professeur lui lança un regard encourageant. Il ne pouvait faire plus, cela devait venir du jeune homme.
« Je… J'ai besoin d'aide, murmura Drago tout en se laissant tomber sur une chaise. Je n'en peux plus. Je ne dors plus. Je n'arrête pas de les voir et de les entendre. Ils meurent sous mes yeux et je ne peux rien faire. Ils hurlent et je ne peux rien faire. J'en ai assez. Je n'arrive pas à oublier leurs visages et leurs cris.
— Mais il ne s'agit pas de les oublier…
— Je le sais bien ! s'exclama-t-il. Je sais que je ne peux pas les oublier, je n'en ai pas le droit.
— Ce n'est pas ce que je voulais dire. Vous ne devez pas les oublier mais il faut que vous avanciez et pour cela, vous devez vous pardonner. »
Drago étouffa un rire triste. Qu'avaient-ils tous avec le pardon ?
« Je ne mérite pas d'être pardonné. J'ai été lâche, j'ai laissé Voldemort torturer et tuer devant mes yeux. Je l'ai laissé me manipuler. Je les ai tous laissé me manipuler. J'ai failli tuer parce qu'on me l'avait demandé.
— Drago, il faut que vous vous rappeliez la raison pour laquelle vous aviez accepté de faire tout ça.
— Il nous aurait tués, mes parents et moi, si j'avais refusé.
— Vous voyez, le monde n'est pas tout noir ou tout blanc. Personne n'est seulement coupable ou innocent. » Le Professeur Slughorn vint s'assoir aux côtés du Serpentard. « Moi-même j'ai commis des erreurs, et je les ai, pour beaucoup d'entre elles, commises à l'âge adulte. Ce n'est pas votre cas. Vos choix d'enfant, du moins ce que vous considérez comme des choix, vous ont été dictés. Drago, ne soyez plus en colère contre vous-même. Vous courez à votre perte.
— Je ne sais pas quoi faire.
— Parlez. Ne vous fermez pas comme vous le faites. Laissez aux autres la chance de vous montrer que tout n'est pas terminé. Vous verrez qu'ils ne seront pas tous aussi durs que vous ne le pensez. Ouvrez-vous, Drago, sinon bientôt vous n'en serez plus capable. »
- Mardi 17 Novembre 1998 -
Le mardi, Drago n'avait pas cours de toute la matinée. Etant inscrit dans sept matières différentes, ces deux périodes libres consécutives tenaient du miracle. Blaise en aurait profité pour dormir jusqu'à midi, mais les insomnies du blond perduraient et le poussaient plutôt à se rendre à la bibliothèque. Il y était déjà depuis deux heures, enchainant rédactions et travaux de recherches.
Depuis sa discussion avec Slughorn, il avait commencé à se confier à Blaise et tenté de lui parler de tout ce qu'il ressentait. Il lui avait fait part du sentiment de culpabilité qui le rongeait un peu plus chaque jour. Il lui avait parlé des cauchemars qui hantaient ses nuits. Son meilleur ami s'était montré attentif mais Drago savait qu'il ne pouvait entièrement comprendre ce qu'il traversait. Zabini n'avait jamais pris part à la guerre, pour aucun des deux camps. Il n'avait jamais été témoin de toutes ces horreurs et surtout, n'en avait jamais été à l'origine.
« Bonjour Malefoy » lança la Gryffondor en s'asseyant à ce qui était devenue, depuis peu, leur table.
Drago lui répondit d'un bref signe de tête. Il y a un mois de ça, Granger s'était assise près de lui pour répondre à l'une de ses questions. Elle était ensuite restée plusieurs heures à travailler à ses côtés. Lorsqu'elle avait quitté la table, Drago ne s'attendait pas à ce que cela se reproduise.
Il avait eu tort. Les jours qui suivirent, la jeune fille s'était plusieurs fois assise à sa table, sans un mot. Presque comme si elle ne voyait pas que le Serpentard était déjà là. Et c'était peut-être ça finalement, il n'était pas réellement là. N'étant plus que l'ombre de lui-même, sa présence ne la dérangeait pas. C'était la seule explication qu'il avait trouvée. Il avait tenté de s'assoir ailleurs un samedi après-midi où elle était déjà à la table. Mais ce jour-là, la bibliothèque était étrangement fréquentée et les messes-basses et autres regards insistants avaient vite eu raison de lui, le poussant à rejoindre le renfoncement aux côtés de la Gryffondor.
Finalement, cette table était assez grande pour deux.
« Tiens, j'ai trouvé un livre hier sur les runes liées. Je crois que c'est le prochain chapitre sur lequel on va travailler » fit-elle en lui tendant un vieux grimoire abimé.
Drago la remercia d'un nouveau signe de tête. La jeune fille baissa la sienne et se concentra sur sa plume. Le silence de Drago ne semblait pas la déranger. Il pensait même que c'était grâce à ce mutisme qu'ils pouvaient travailler à proximité l'un de l'autre. La brune n'était pas des plus expansives non plus. Bref, ils parlaient peu. Brisant parfois le silence pour poser une question sur l'une des matières qu'ils partageaient ou s'échanger des références d'ouvrages.
Après une heure de travail pour Hermione et trois pour Drago, le jeune homme releva la tête. Il détendit sa nuque endolorie, prenant conscience de la position inconfortable qu'il tenait depuis un long moment. Il soupira de fatigue et se frotta les paupières, sa vision commençant à se troubler. Il ferma lentement les yeux, cherchant à en apaiser les picotements.
« Fais une pause, Malefoy. »
Drago tourna la tête. La Gryffondor le fixait, sa plume à la main. A en voir son regard, elle aussi semblait fatiguée. Ses yeux étaient légèrement cernés. Ses nuits devaient être courtes mais tout de même plus reposantes et réparatrices que les siennes. Devant le silence et l'impassibilité du jeune Serpentard, elle ajouta : « Parfois, je me demande si tu es encore là. »
Ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire, il l'interrogea du regard. « Je veux dire, là, ici, avec nous. » Drago haussa les épaules.
« Je ne dors pas très bien, glissa-t-il.
— Je ne crois pas qu'il n'y ait que ça.
— Et quoi ? répondit-il sèchement. Tu t'attendais à me revoir en forme, épanoui et accompli ? Tu penses peut-être qu'ayant fait partie de l'autre camp, je n'ai rien vu ou vécu de traumatisant ? "L'autre camp", quelle connerie putain. » siffla-t-il.
La jeune fille se figea. Après un mois d'une proximité étrange et malvenue, ils en venaient enfin à parler de la guerre et des événements des deux dernières années.
« Voldemort nous a traités comme il vous a traités, continua-t-il. Ma famille a juste fait partie des lâches ayant trop peur de mourir. Alors nous l'avons suivi, simplement terrifiés par l'idée d'y rester. Si nous avons fait partie d'un camp, c'était de celui des lâches. »
Il ne prit conscience de ce qu'il était en train de dire qu'à la fin de sa phrase, tous ces mots étant sortis de sa bouche sans qu'il ne le décide réellement. Ce soudain torrent de paroles ne sembla pas déstabiliser la Gryffondor qui le fixait maintenant d'un air sévère.
« Ecoute Malefoy, je t'ai profondément haï dès le premier instant où je t'ai rencontré. Mais même moi, je suis forcée de constater que vous n'avez pas été lâches. Tu n'as pas été jusqu'au bout de ta mission, Harry t'a vu baisser ta baguette devant Dumbledore. Tu ne nous as pas dénoncés lorsque l'on a été raflé. Alors si comme tu le dis, tu voulais juste sauver ta peau, tu aurais tué Dumbledore toi-même et on aurait été supprimé dans le manoir Malefoy. Fin de l'histoire. »
Drago resta silencieux et interdit face à un tel discours venant de Granger. Lui aussi l'avait haï dès l'instant où il l'avait rencontrée. A l'époque, convaincu de la supériorité de son propre sang, il considérait la Gryffondor comme de la vermine. Le fait qu'elle se soit en plus liée d'amitié avec Potter et Weasley n'avait rien arrangé. Ainsi, jusqu'à leur 5e année, il avait fait de la vie de la jeune fille un enfer, ne s'adressant à elle que sous formes d'insultes et de menaces. Celle-ci le lui avait très bien rendu, son nez en gardait d'ailleurs un souvenir douloureux.
A la fin de la 5e année, à ses seize ans, Drago avait accepté la marque des ténèbres. C'était tout simplement ce qu'on attendait de lui, ce à quoi il était destiné. Il n'avait jamais remis en doute le pouvoir de Voldemort ou sa propre appartenance aux Mangemorts.
Mais durant l'été qui avait suivi son allégeance, il avait appris que Voldemort était lui-même un sang-mêlé. Drago avait alors remis en question tout ce qu'on lui avait inculqué durant son enfance. La haine qu'il portait à Granger et aux nés-moldus s'était estompée en même temps que ses convictions liées au sang et au pouvoir. Finalement, les sangs-purs n'étaient pas supérieurs ou plus puissants, ils étaient simplement plus hypocrites. Ils suivaient un homme qui leur dictait une haine injustifiée. A partir de là, les doutes avaient commencé à l'envahir. La peur également, car de simple suiveur il était passé à membre actif. Une fois entré dans le cercle privé de Voldemort, il avait pu être témoin de la folie de cet homme. Parce que voilà ce qu'il était, un fou assoiffé de pouvoir.
« Comment as-tu fait pour oublier toutes ces horreurs ? demanda-t-il.
— Je ne les ai pas oubliées, s'empressa-t-elle de répondre. C'est impossible de les oublier. J'arrive encore à voir les corps sans vie de Sirius, Nymphadora, Remus, Severus, Fred… Je sens encore la douleur des maléfices que l'on m'a infligés. »
Sa tante. Il avait entendu ce qu'elle lui avait fait lorsque les trois Gryffondors avaient été raflés. Impuissant, il n'avait rien fait pour l'arrêter. Après un temps d'hésitation, il lui murmura : « Je suis désolé. » La jeune fille, étonnée, haussa les sourcils. Drago se rendit compte qu'après toutes les insultes et sévices qu'il lui avait lui-même fait subir ces dernières années, il ne lui avait jamais adressé ces trois mots, les Malefoy n'ayant pas un grand sens du repentir. « Pour Bellatrix… ajouta-t-il.
— Tu n'étais pas celui qui tenait la baguette, pas besoin de t'excuser. » le coupa-t-elle.
Après un dernier regard, les deux élèves se remirent au travail dans un silence partagé. Un silence qui ne fut brisé que trois fois durant les heures qui suivirent.
.
.
.
« Qu'est-ce que tu voulais me dire dans la calèche, le premier jour ? demanda-t-il. Quand tu t'es levée, tu comptais me dire quelque chose, non ?
— Oui, mais je ne sais plus vraiment ce que c'était, un truc pas forcément très sympa, souffla-t-elle, les yeux toujours rivés sur son parchemin.
— Pourquoi tu t'es retenue ?
— Parce que quand j'ai vu ta tête, j'ai eu peur que tu te mettes à pleurer. »
.
.
.
« Malefoy, la fois où tu m'as laissé la table, comment tu as su que c'était mon anniversaire ?
— Luna chante trop fort. »
.
.
.
« J'y vais, j'ai terminé. A demain, lança la brune.
— A demain », répondit-il sans même lever les yeux de son livre.
Drago observait Paul Declair écraser des fèves soporifiques afin d'en récolter le jus. Le geste technique qu'il lui avait montré était parfaitement exécuté. Le professeur jeta un œil à sa montre, il était temps de rendre sa liberté au Gryffondor.
« Paul, vous allez pouvoir y aller. C'est le dernier jour de votre retenue, on est vendredi soir… J'imagine que vous avez mieux à faire que d'écraser des fèves toute la soirée.
— … C'est exact, dit-il tout en reposant le couteau qu'il était en train d'utiliser. Mais je ne suis quand même pas sûr qu'on puisse appeler ça une retenue. J'ai plutôt été votre assistant, et ce gratuitement. Il me semble que ça porte un tout autre nom…
— Il fallait y réfléchir à deux fois avant de menacer un autre élève de votre baguette, s'amusa Drago.
— Ce sera le cas maintenant. Même si je crois que finalement, ça a été la retenue la moins désagréable que j'ai pu avoir.
— Ne dites surtout pas ça à la Professeure Granger, sourit Drago. En tout cas, ça a été un plaisir de vous enseigner toutes ces choses. Vous êtes doué en potion.
— Je ne fais que suivre vos consignes, s'étonna le Gryffondor.
— Non c'est faux. Les autres élèves les suivent, mais vous, vous les comprenez et parfois même, vous les devancez. Aujourd'hui je vous ai vu baisser le feu de votre chaudron avant même que je ne le demande. Vous avez su qu'il fallait le faire car vous avez un bon sens de l'observation, vous savez faire preuve de réflexion et d'anticipation. »
Le jeune Declair lui adressa un sourire reconnaissant et se dirigea vers la porte, laissant derrière lui la chaise qu'il avait occupée presque quotidiennement pendant un mois.
« Paul, le retint Drago, vous n'êtes pas obligé de me répondre, mais il y a quelques semaines, la Professeure Granger et moi, nous vous avons vu recevoir une lettre qui a semblé vous perturber. Avez-vous appris une mauvaise nouvelle ? »
L'expression du garçon se fit plus sévère, il se renfrogna : « Recevoir son courrier au milieu d'une salle bondée… Le concept de vie privée n'existe pas à Poudlard ?
— Malheureusement, non, et les dortoirs communs en sont un signe assez évident. Que vous ne vouliez pas en parler avec moi, je le comprends parfaitement. Mais avez-vous des amis à qui vous confier ? »
Le jeune garçon resta muet, la main posée sur la poignée de la porte. Les sourcils froncés, ses pensées semblaient se bousculer dans son esprit. Drago vit un torrent d'émotions traverser son regard. Colère, tristesse, rage, mélancolie.
« Pas vraiment, finit-il par répondre. J'ai des amis, j'ai plein d'amis. Mais pas un seul à qui j'ai envie de raconter ça, non.
— Un jour, on m'a dit de ne pas me fermer aux autres, pas trop longtemps en tout cas, sous peine de ne plus jamais réussir à m'ouvrir.
— … C'est nul comme conseil. » souffla Declair, les yeux rivés sur le sol.
Drago fixa silencieusement son élève. Celui-ci relâcha la poignée de porte. Ses lèvres commencèrent à trembler. « C'est ma mère. Elle est malade. Plus malade qu'on ne le pensait. D'après les médicomages, la magie n'y pourra rien. Dans sa lettre, elle me disait qu'elle partait pour être soignée dans un hôpital moldu… Elle me dit de ne pas m'inquiéter, mais je n'ai qu'elle, vous le savez, je n'ai qu'elle.
— Paul, ne gardez pas tout ça pour vous. J'espère que vous savez que ma porte vous sera toujours ouverte. Retenue ou non. »
L'élève hocha la tête et juste avant de sortir, articula un « merci » presque inaudible.
.
.
.
Le poing serré, Drago frappa à la porte d'Hermione. La discussion qu'il venait d'avoir avec Paul était l'excuse idéale pour lui rendre visite. Derrière la porte, il pouvait entendre sa voix. Mais manifestement, elle n'était pas seule car celle d'un homme lui parvenait également jusqu'aux oreilles. Drago se raidit légèrement.
Qui ?
Tandis qu'elle se rapprochait de la porte, la voix d'Hermione se fit plus forte, ses éclats de rire également.
« Oui ? fit-elle tout en ouvrant la porte. Drago ? Qu'est-ce que tu fais là ? »
Dès l'instant où Hermione avait posé ses yeux sur lui, son sourire s'était effacé. Drago la vit se décomposer. Ses bras se croisèrent sur sa poitrine comme si elle cherchait à se protéger. Quand il la voyait comme ça, il avait l'impression de redevenir le petit con qu'il avait été au début de leur scolarité. Celui qui l'avait insultée, celui qu'elle avait frappé, celui qu'elle avait tout simplement haï. Et visiblement, celui qu'elle haïssait de nouveau.
« Je viens de discuter avec Paul Declair, au sujet de la lettre qu'il a reçue. Je pensais que ça pouvait t'intéresser. Je peux entrer ? » tenta-t-il, bien décidé à découvrir qui était l'homme avec lequel Hermione passait son vendredi soir.
« O-Oui, hésita-t-elle. Neville et Hannah sont là, on buvait un verre. »
Neville.
« Je ne veux surtout pas déranger. » dit-il sans le penser.
Hermione leva les yeux au ciel. Intérieurement, Drago fut satisfait de constater qu'elle le connaissait encore très bien.
« Arrête ton cinéma, entre. » La jeune femme s'écarta de la porte et Drago se glissa à l'intérieur. Ce faisant, il en profita pour la frôler. Le seul contact qu'ils avaient eu avait été la fois où il lui avait attrapé le bras, près du lac. Depuis, Drago mourait d'envie de la toucher à nouveau. Ainsi, tout en marchant, le dos de sa main effleura le bas-ventre de la brune, comme par inadvertance. La peau du blond fut parcourue d'un frisson. La jeune femme, elle, se crispa davantage.
Ignorant la réaction d'Hermione, le jeune homme s'avança et aperçut Hannah et Neville, assis dans un canapé de cuir marron. Au vu des bouteilles posées sur la table basse de la jeune femme, le couple sirotait ce qui semblait être le cocktail dont Hermione raffolait.
« C'est pas vrai. Elle continue d'infliger cette boisson immonde à tous ceux qui l'entourent ? Vous pouvez refuser, vous savez ? Et choisir de boire quelque chose de décent.
— Je trouve ça plutôt bon, rigola Hannah.
— Pareil, souffla Neville. Mais en effet, on est loin du Whisky Pur-Feu que tu t'enfiles comme du petit lait, Malefoy. » Londubat lui adressa un clin d'œil.
Drago lâcha un rire franc. Il y a dix ans, une telle familiarité venant de Neville l'aurait rendu complètement dingue.
« Tu n'as pas une mauvaise descente non plus ! » répliqua-t-il, hilare.
Comme il l'avait dit à Hermione, il s'était découvert des intérêts communs avec Londubat, notamment la Botanique et le Quidditch. Un soir, il était passé lui déposer la liste de ce qu'il lui fallait pour ses cours de potions des prochains mois. Ils avaient commencé à en discuter et cela s'était terminé autour d'une bouteille de Whisky Pur-Feu. Sous l'effet de l'alcool, ils en étaient arrivés à évoquer certains événements du passé. Drago lui avait présenté ses excuses. Bien sûr, il savait que Neville ne pourrait pas simplement oublier tout ce qu'il lui avait fait subir. Mais le brun les avait tout de même acceptées en lui disant que cela signifiait beaucoup.
« Si tu veux du whisky, je n'en ai pas, désolée. Ce sera donc cette boisson immonde ou rien. » lança Hermione. Sans un regard pour le blond, la jeune femme se dirigea vers le canapé et prit place aux côtés d'Hannah et Neville. Drago pouvait voir qu'elle n'était pas à l'aise. Il venait d'envahir son espace et de toute évidence, cela déplaisait à la jeune femme. Comme pressée d'en finir, elle ajouta d'une voix rapide : « Alors, que t'as dit Paul Declair ? »
Ayant un peu envie de jouer avec les nerfs de la brune, Drago s'approcha d'elle et fit glisser un fauteuil dans sa direction. Il se laissa tomber dedans mais n'utilisa pas le dossier. Ainsi redressé, il était plus proche d'elle. Bien qu'ayant les yeux fixés sur la cheminée, Hermione dût remarquer cette proximité car celle-ci s'enfonça plus profondément dans le canapé. Comme si elle cherchait à s'y engouffrer pour y disparaitre.
« Sa mère est malade, très malade visiblement, commença Drago. Quelque chose d'incurable par la magie. Elle est soignée dans un hôpital moldu. Paul n'a plus qu'elle. Je ne sais pas si vous le saviez mais son père l'a abandonné quand il a commencé à montrer des signes de magie. Sa mère lui avait toujours caché ses pouvoirs. En tant que moldu, il n'a pas supporté la vérité. Paul devait avoir quatre ans.
— Pauvre gosse, murmura Hannah tout en serrant la main de son fiancée.
— Merci de lui en avoir parlé, fit Hermione. J'ai l'impression qu'il garde tout ça pour lui et ce n'est jamais bon.
— C'est le cas, il ne se confie pas à ses amis, il me l'a dit. » Drago marqua une pause, il cherchait les yeux d'Hermione mais celle-ci refusait toujours de le regarder. Il avait l'impression que même s'il se plantait devant elle, elle parviendrait à voir à travers lui afin d'éviter son regard. Cela lui coupa toute envie de jouer.
« Allez, je vous laisse, bonne soirée. » lança-t-il tout en se levant. Hannah et Neville lui intimèrent de rester, Drago déclina et sortit la première excuse un tant soit peu crédible qu'il put trouver. Il les salua, regarda une dernière fois Hermione et se dirigea vers la porte.
Il ne comprenait plus rien. Naïvement, Drago avait cru à une amélioration après leur conversation quasiment normale le jour du premier match de Quidditch. Seulement ce soir, elle refusait de poser ses yeux sur lui. Hermione ne voulait manifestement pas de lui ici, et quand bien même il voulait être à ses côtés, il ne pouvait lui imposer sa présence. Cette présence qu'elle ne supportait visiblement plus. Elle le haïssait, pensait-il. Drago ne pouvait se résoudre à l'accepter, mais il n'y avait pas d'autre explication possible.
x
x
x
La technique de Drago pour découper les graines de saltum pendant son cours, c'est un truc que j'ai vu pour les tomates cerises. Voilà, si quelqu'un essaie, je veux bien savoir si ça fonctionne !
Je vais bientôt ralentir les publications et passer à un chapitre par semaine. Je pensais publier le week-end mais si vous préférez garder le mercredi, dites-le moi !
J'espère que vous avez pris autant de plaisir à lire ce chapitre que j'en ai eu à l'écrire.
Les choses commencent à bouger en 1998...
A bientôt :)
