Un peu comme d'habitude, un nouveau chapitre qui arrive cent ans plus tard. Je ne suis pas vraiment ponctuelle comme personne. Toujours étant qu'il était beaucoup plus intéressants à écrire que les précédents.

Je travaillais jusqu'ici sur une autre histoire. Elle s'appelle « Le temps de la Lune ». Mais j'ai fini de l'écrire et je vais donc pouvoir la poster - n'hésitez pas à aller voir ;).

Je vais donc pouvoir me remettre à fond dans « Je veux te sauver, Granger ». Donc voilà, je n'abandonne pas cette histoire, loin de là. Je suis simplement quelqu'un qui commence un million d'histoires en même temps et qui n'a pas le temps de toutes les finir.

Mais accrochez-vous, je finirais celle-là, elle me tient trop à cœur. J'espère qu'à vous aussi, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez, ça me fait toujours plaisir.

Les réponses aux reviews :

Elena : Whaou merci ;) J'ai un peu de mal avec la ponctualité, j'ai essayé de me donner un délai mais je n'arrive pas à le suivre, donc je ne sais pas trop quand je posterai...

Mama : c'est dommage tu ne me dis pas pourquoi tu es déçu... par contre, j'ai déjà la trame de mes chapitres suivants et je ne vais pas pouvoir faire uniquement sur Drago.


C'était très beau. Hermione posa ses coudes sur la rambarde du balcon, s'appuyant. Il faisait froid. Les étoiles brillaient très haut dans le ciel. Elle sentait le vent léger de l'été sur ses joues et la fraîcheur de la nuit sur sa peau. Les insectes commençaient à chanter.

Rassasiée de la vue, elle tourna les talons et retourna dans la pièce qu'elle venait de quitter. a peine eût-elle fait quelques pas que la baie vitrée qu'elle venait de passer se referma en claquant, la plongeant dans l'obscurité.

Les lumières de la ville disparurent ainsi que tout repère. Hermione abaissa son regard mais même ses mains restaient impossibles à distinguer du reste. La sensation la mit mal à l'aise, comme si la nuit autour d'elle était poisseuse.

- Il y a quelqu'un ?

Un instant, elle préféra que personne ne réponde. Mais un bruit lointain de porte qui grince lui fit relever la tête. Tout en bas, sur le sol, un chat aussi noir que la nuit avançait dans le fil de lumière délivré par l'ouverture. Il s'arrêta à un mètre d'elle et leva deux yeux gris qu'elle connaissait.

-Malefoy ? Depuis quand tu es un chat ?

L'animal resta à la regarder, impassible.

- Tu es un Animagus ? demanda-t-elle en se baissant.

Elle tendit la main et le chat se contenta de la regarder avec détachement, dans une imitation parfaite du garçon. Cela tira un sourire contrit à Hermione.

- Forcément, animal ou non, tu n'as jamais été un exemple de politesse.

Le chat sembla lui sourire. Il avait la même lueur dans les yeux que Drago, la même nonchalance. Soudain, elle eut l'impression que le visage du garçon se superposait à l'animal.

Drago, un chat ? Ça n'avait pas de sens. Drago était... au Manoir.

Son cœur s'emballa, sa respiration devint difficile et elle porta ses mains à sa gorge, comme pour se soustraire à cette soudaine pression. Le Manoir. Bellatrix. La douleur. Et puis les yeux de Drago.

Cette fois, elle étouffait vraiment. Sa vision se brouillait et le chat avait disparu. Le noir se refermait encore. Où était-elle ?

Puis, brutalement, Hermione rouvrit les yeux.


La chaumière aux Coquillages, mars 1998

Le vent d'été n'avait jamais existé. Pas plus que le chat ou la ville de lumières.

Hermione mit quelques secondes à réaliser que tout ça n'était qu'un rêve. Elle était dans un lit aux draps immaculés, chez Bill et Fleur. Cela eut le mérite de calmer les battements de son cœur.

Les murs étaient entièrement blancs et une fenêtre éclairait difficilement. En tournant la tête, elle s'aperçut que le ciel était couvert. Comme si les nuages avait décidé de les enfermer pour aujourd'hui.

Elle tira les oreillers qu'elle avait fait tomber par terre, sûrement en se débattant pendant son sommeil, et les glissa dans son dos. C'est en s'affaissant contre qu'elle se rendit compte que des gouttes de sueur parsemaient son échine. Fronçant les sourcils, elle entreprit de dégager ses cheveux pour laisser respirer sa nuque.

C'était étrange. Ce rêve avait l'air si étrange. Ce rêve ou ce cauchemar ? Elle repensa à Bellatrix et s'astreignit presque immédiatement à changer le cours de ses réflexions.

Fermant les yeux, elle tenta de rassembler ses souvenirs d'hier.

Elle se rappelait de la douleur, de la sensation désagréable d'un transplanage. Puis, le reste était plus ou moins flou. Il y avait les cheveux de Ron et le bras de celui-ci autour de sa taille, la soutenant jusqu'à la chaumière. Les cris de Fleur, les sortilèges prononcés à la va-vite, les bandages froids sur sa peau.

Prise d'un doute, elle effleura du bout des doigts son avant-bras. Oui, le pansement était toujours là. Son cœur se serra brusquement en pensant à ce qu'il y avait dessous, aux mots inscrits à jamais dans sa chair.

Hermione secoua de nouveau la tête. Ce n'était pas le moment de se laisser dévorer par la peur, pas maintenant, dans une maison farouchement cachée, remplie de gens qu'elle aimait.

La suite était étrangement précise. Elle se revoyait, emmitouflée dans une couverture, ressortir pieds nus de la chaumière sur le sable froid. Il y avait Luna et Seamus. Étaient-ils aussi un produit de son imagination ? Non, maintenant elle se souvenait que Ron avait dit qu'ils s'étaient échappés des cachots des Malefoy avec eux.

Harry avait pleuré, Luna avait prononcé quelques mots et l'enterrement de Dobby s'était achevé dans le froid glacial d'une nuit de mars.

Hermione se sentit perdre quelques forces en pensant au petit elfe, à sa collection de chaussettes, à ses sourires, son combat et surtout son courage. Combien, sorciers ou non, devaient encore tomber pour tenter d'abolir les ténèbres ?

Puis, elle se souvenait de ce dont Harry leur avait fait part à Ron et elle. Premièrement, il était persuadé qu'un des Horcruxes se trouvait à Gringotts. Il le savait c'était aussi simple que ça, et il s'en était contenté. Ces certitudes simples qu'il avait parfois la rendait inquiète, comment lisait-il si bien dans l'esprit de Voldemort pour deviner de telles choses ? L'idée que l'un et l'autre aient encore accès à leurs pensées respectives était terrifiante.

Ils s'étaient alors rendus dans la chambre de Gripsec. Là, Harry avait proposé au Gobelin de les aider à entrer par effraction dans un coffre de Gringotts. Après s'être braqué, il avait fini par accepter à condition qu'on lui restitue l'épée de Grinffondor. C'était impossible, c'était le seul moyen qu'ils connaissaient de détruire un Horcruxe.

Ron avait voulu qu'ils mentent au Gobelin en lui promettant l'épée sans jamais la lui donner, Hermione avait rassemblé le peu de force qu'il lui restait pour protester. Mais Harry s'était rangé du côté de Ron, plus par nécessité que par réelle conviction.

Puis, ils s'étaient rendus tous les trois dans la chambre d'Ollivander. Hermione s'était sentie terriblement mal en voyant ce vieil homme aux rides creusés et aux yeux ternis tenter de se relever pour les accueillir. Harry l'avait fait se rallonger avant qu'ils ne s'assoient tous les trois.

C'est à ce moment-là qu'un voile revenait souffler sur ses souvenirs. Elle se rappelait d'Harry qui s'accrochait encore à l'histoire absurde de la baguette de Sureau, à comment les baguettes prêtaient allégeance à un sorcier. Puis, elle avait fini par poser sa tête sur l'épaule de Ron qui s'était crispé.

Tout était retombé. La peur, l'adrénaline, l'instinct de survie. Doucement, les crampes, les courbatures, la fatigue, la peur, l'angoisse et le choc s'étaient frayé un chemin jusqu'à son esprit. Un chemin sinueux et brusque.

Au nom de Gregorovitch, le dernier possesseur connue de la fameuse baguette sanglante qui avait ravagé les pages de l'Histoire, elle avait basculé dans un sommeil lourd et pesant. Comme si elle avait eu conscience de dormir.

Tout s'arrêtait là. Elle se réveillait dans cette chambre apaisante. Sans être elle-même apaisée.


La journée s'était étirée très lentement. Ron avait été le premier, fou de joie, à venir la serrer contre lui. Après un mouvement de recul, elle avait tapoté son dos. Son corps entier était endolori, chaque geste lui demandait un effort pour ne pas hurler, chaque respiration lui donnait l'impression que ses côtés se déchiraient.

Fleur avait ensuite passé du temps avec elle, lui faisait avaler autant de comprimés et potions que possible, regardant régulièrement vers la fenêtre, anxieuse. Elle avait parlé vite, peu, et s'était empressée, sans pour autant être plus efficace. À son départ, Hermione avait senti un vague malaise. Comme si Fleur venait soudain de lui rappeler que dehors, c'était encore un carnage.

Elle s'était rendormie pour ne se réveiller qu'en début d'après-midi. Luna et Seamus - qui n'étaient donc pas des produits de son imagination - lui avaient rendu visite.

Comme à son habitude, Luna avait raconté des choses plus folles les unes que les autres. Mais cependant, sa voix avait parfois des accents plus graves, comme si elle se cassait. Seamus était un peu plus renfermé, il regardait surtout Luna qui parlait, peut-être un peu trop. Hermione avait essayé de combler les vides aussi, mais le sommeil semblait toujours endormir son corps.

Harry avait était le dernier à venir la voir, avec des parchemins remplis de griffonnages et du thé. Elle l'avait bu par petites gorgées en discutant avec lui de toutes les actions possibles. Il lui avait aussi rapporté quelques paroles de Gripsec. Ron faisait la sieste, comme le reste de la maison, et ils étaient restés à débattre de nombreux plans quelques heures.

Puis, Harry avait soupiré en enroulant ses parchemins. Il avait l'air d'avoir un tel poids sur ses épaules qu'elle l'avait pris dans ses bras, comme pour assumer elle aussi une part de ces responsabilités qui l'écrasaient. Il était finalement parti après lui avoir rendu maladroitement son étreinte.

La maison semblait maintenant vide. Hermione luttait contre le sommeil. Elle s'endormirait ce soir, pas tout de suite. Avec un dernier regard aux fleurs que Luna lui avait apportées, elle réussit à sortir de son lit sans un seul cri de douleur, mordant ses joues.

Le rez-de-chaussée était désert. Hermione attrapa sa cape, et se dirigea tranquillement vers la porte. Mais elle posait à peine la main sur la poignée que, déjà, une voix la rappelait :

- Tu sors ?

Elle se retourna.

- Oui, je vais marcher un peu, j'ai l'impression que mon corps entier est engourdi.

Ron la regarda d'un air désapprobateur, au pied de l'escalier, les mains dans les poches. Il se mordait les lèvres, comme s'il n'osait pas tout dire.

- Tu ne devrais pas, c'est dangeureux, lâcha-t-il enfin.

- C'est normal, c'est la guerre. Mais j'ai pris ma baguette, et je resterais dans le Cercle du Secret que Bill a dessiné autour de la maison.

- Hermione, commença-t-il en s'approchant, tu ne devrais pas. Tu es encore faible, tu ne manges pas beaucoup, et...

- Je veux juste marcher, coupa-t-elle, excédée.

Après tout, c'était elle qui savait si elle avait mal et ce dont elle avait besoin. Et elle avait besoin d'être seule, de réfléchir un peu.

Sans rien dire de plus, elle passa la porte qu'elle referma doucement. Ça y est, elle avait l'impression de réellement respirer. Parce que La Chaumière aux Coquillages lui semblait trop triste, même Fleur ne souriait plus.

Les herbes de la lande lui arrivaient aux genoux, et elle commença à s'aventurer jusqu'à la plage. Les vagues s'échouaient doucement, et il y avait peu de vent. Quelques mètres, plus loin, la lande reprenait.

Malgré ce qu'elle avait dit, elle avait conscience d'avoir dépassé les limites du Cercle du Secret. Mais elle était perdue dans ses pensées et avait l'impression d'être au bout du monde, comme si rien ici ne pouvait l'atteindre.

Elle finit par trouver, près d'une falaise, un coin d'herbe sur lequel elle s'assit en grimaçant. Elle voyait la mer s'étendre devant elle et quelque part, ça la rassurait.

Jamais elle n'avait eu aussi peur de sa vie qu'en voyant le visage fou de Bellatrix penché sur elle. Pour le restant de ses jours, elle le savait déjà, ce serait son pire cauchemar. Harry et Ron ne savaient pas, elle leur souhaitait de ne jamais savoir. Peut-être qu'un Doloris brise le corps, les os, mais c'était surtout l'âme.

Être capable de réfléchir pendant qu'on vous tue à petit feu, ça demande trop. Elle aurait voulut pleurer, mais elle avait l'impression d'être vide. Ce n'était pas dans son caractère, mais toute son énergie semblait s'être envolée, et elle allait mettre un peu de temps à s'en remettre. Alors elle se remit à fixer l'eau calmement, comme si ça irait mieux.

Soudain, le craquement d'un transplanage retentit derrière elle. Hermione sauta aussitôt sur ses pieds, baguette à la main.

- Stupéfix !

La silhouette fit un bond en arrière, évitant de justesse le sort. Elle ne vit qu'une mèche de cheveux blonds - presque blancs - et ça suffit à comprimer son cœur.

- C'est moi Granger, reprit Drago et levant les mains en signe de rédemption, c'est moi.

Elle abaissa sa baguette et laissa ses bras tomber bêtement le long de son corps. Ce n'était de toute façon plus lui qu'elle voyait, mais son Manoir, sa tante. Elle eut l'impression soudaine que ses membres s'alourdissaient et dû mordre sa lèvre inférieure pour qu'elle arrête de trembler.

- Qu'est-ce que tu veux ?

- T'aider.

Sa résolution avait été prise dès l'instant où elle avait transplané. Il allait retourner le monde pour mettre la main sur elle, l'aider, lui rendre la pareille. Puis, disparaître. Parce que ce qui battait dans sa poitrine était mille fois trop dangereux, irréaliste.

- Comment tu m'a retrouvée ? demanda-t-elle calmement.

- Les elfes de maison parlent quand on demande. Dobby a décrit vaguement aux autres de la cuisine un endroit tel que celui-ci, c'était ma seule piste.

Bon, peut-être qu'au final il n'avait pas eu besoin de retourner le monde.

- Et tu es venu pour m'aider ?

Elle semblait désemparée. Au fond de lui, Drago sut qu'il avait pris la bonne décision.

- Oui. Tu as encore des tremblements, non ?

Elle hocha la tête, comme un animal apeuré.

- Je connais des sorts contre les séquelles d'un Doloris, je peux essayer. Ça ira mieux ensuite, plus de courbatures, d'os qui craquent, ou de saignements incontrôlés.

- Tu as l'air de bien connaître les symptômes.

Le ton était presque accusateur. Mais il ne s'y arrêta pas, si elle avait su passer au-dessus de ce qu'il était, ce n'était pas une phrase innocente qui allait le décourager.

Même si l'image de Thorfinn Rowle flottait vaguement dans son esprit. Il se rappelait de ses cris lorsqu'on lui avait ordonné de le torturer, ces cris qui l'avaient suivi pendant plusieurs jours. Il avait beau savoir que Rowle était pourri de l'intérieur, ça n'excusait pas plus ce qu'il avait fait sous la contrainte.

- C'est de la magie noire ? demanda-t-elle, connaissant déjà la réponse.

- Donne-moi ta main, répondit-il avec un semblant de douceur.

Il fallait voir quoi à ce moment là ? Le Mangemort en puissance qui obéit en essayant de pas trembler, celui qui terrorisait les premières années, l'immonde fouine qui rejetait tout ce qui l'approchait de plus près ? Ou Drago, le garçon sans choix, qui cherchait quelqu'un pour le comprendre, qui savait rire et se sentait parfois coupable ?

Elle le jaugea un moment du regard avant de faire glisser sa main dans la sienne. Il la serra, assez pour lui passer un peu de chaleur. Puis, il posa sa baguette sur son bras et récita des incantations qu'elle ne connaissait pas, et auxquelles elle ferma ses oreilles.

Cela dura plusieurs minutes avant qu'il ne lâche doucement sa main. Pourtant, elle aperçut son regard qui traînait sur son bras. Puis, il releva ses yeux gris vers elle, comme pour avoir des explications.

- Je ne sais pas comment tu as fait pour ne pas voir, reprit Hermione en ramenant son bras vers elle, elle s'est jetée sur moi avec son poignard.

Lui, il savait. Il avait le dos tourné à ce moment-là, contre la cheminée. Alors il n'avait pas pu voir sa tante lui écorcher le bras.

- On a essayé tous les sorts possibles, et ça ne marchait pas. Je crois que je vais devoir le garder toute ma vie.

Sa voix se perdit un peu et Drago se sentit plus coupable que jamais. Il avait la terrible impression de l'avoir brisée lui-même. S'il avait laissé faire, est-ce que c'était la même chose ?

La regardant toujours droit dans les yeux, il ne savait plus quoi dire. Sur ça au final, il n'avait pas les mots. Il était bien placé pour le savoir, sa propre marque, il avait parfois envie de se l'arracher de la peau.

- Je ne dirais rien, lâcha-t-il finalement. Je me doute que vous avez un gardien du secret et que je ne peux pas voir la maison. On doit se trouver juste à l'endroit où le sortilège finit. Mais je n'en parlerai à personne.

- Je sais.

Drago eu l'impression d'avoir un peu plus chaud à l'intérieur de lui-même. Elle croyait en lui, et lui quoi ?

Lui, il se contentait de se laisser ravager par les autres. Il n'arrivait même pas à prendre conscience de ce qu'il y avait en lui, de ce qu'il avait découvert. Il la regarda et se demanda s'il l'aimait vraiment ou si la peur de la perdre avait été telle qu'il en était venu à cette conclusion.

Dans tous les cas, la sentence était la même, il s'était accroché à elle.

- Je ne peux pas rester longtemps.

- Pourquoi ? demanda Hermione en semblant reprendre contenance.

- C'est comme ça.

Ce n'était pas méchant, mais chacun avait ses secrets. Elle pinça les lèvres et croisa les bras.

Soudain, il eut presque envie de s'excuser. Non, il eut vraiment envie de s'excuser, et ne le fit pas, pour la simple raison que cette envie tranchait la question qui lui torturait l'esprit. Drago Malefoy n'avait jamais envie de s'excuser, et surtout pas en face d'Hermione Granger. Jusqu'à maintenant.

- Je vais y aller.

- Au revoir.

- À bientôt, rétorqua-t-il.

Hermione leva son regard surpris vers lui, puis, hocha doucement la tête, l'air rasséréné et plus fatigué à la fois, plus sage.

- À bientôt.

Drago transplana avec la certitude de ne pas s'être trompé sur ses sentiments, et l'autre certitude de ne pas en vouloir, de tout ça.

Hermione le regarda s'en aller avec une drôle de sensation. Elle ne savait plus très bien si c'était de la défiance ou de la confiance. Elle avait pensé vouloir être seule. Et pourtant quand il partit, il y eu comme un vide.


La chaumière aux Coquillages, mars 1998

Harry échafaudait des plans et ne tenait pas en place. A peine était-il assis qu'il se relevait, griffonnait, refusait de donner la moindre information avec un air embêté.

Au moins, il mangeait mieux qu'à Poudlard les plats que Fleur préparait et qu'elle essayait de réaliser le mieux possible, la cuisine n'étant pas son domaine favori. Fleur qui avait l'air d'un fantôme rattaché à la chaumière, elle souriait avec peine, s'occupait trop pour que ce ne soit pas suspect, et passait des heures devant la fenêtre à regarder au loin en se rongeant les ongles.

Les absences de Bill n'aidaient pas. Il partait tôt, rentrait tard, et Fleur ne semblait s'animer que dans ces moments-là. Elle essayait d'être aussi frivole qu'avant, mais son visage avait déjà pris un air sévère.

Gripsec était toujours dans sa chambre, n'acceptant que la présence de Bill, et à reculons. On l'entendait parfois marmonner vaguement, claquer une porte, mais la plupart du temps il se débrouillait pour être à l'écart.

Ollivander était toujours très faible, ne sortait pas de sa chambre et parlait peu. Hermione lui apportait de temps à autre un livre qu'elle trouvait dans la petite bibliothèque de la maison. Elle trouvait toujours le vieil homme avec un sourire attendri mais des yeux d'un vide alarmant.

Bill avait prévu de le faire transporter au Square Grimmaurd où se trouvait le reste de sa famille.

Luna avait reprit des forces et s'amusait avec les soit-disant Nargoles du grenier. Mais son rire n'agaçait plus autant Hermione qu'avant, il la faisait même sourire.

On aurait dit que Luna vivait dans un univers parallèle où le monde ne se déchirait pas dans un hurlement sanglant. Elle venait souvent le matin dans la chambre d'Hermione boire du thé avec elle, discutant de tout et surtout de n'importe quoi. Mais elle apaisait au moins Hermione qui se torturait à lui prouver le côté insensé de ses théories ou qui simplement l'écoutait comme on écoute un enfant raconter ses aventures.

Luna avait cette faculté de vous emmener dans le même monde qu'elle, doucement, par des mots qui ressemblaient à des nuages.

Ron avait l'air de la surveiller et ça l'agaçait passablement. Son état s'était amélioré comme Drago le lui avait prédit. Ses membres allaient mieux, elle était plus légère. Ne persistaient que les migraines et, plus terribles, les cauchemars et les cicatrices. Mais elle ne voulait pas être une petite chose fragile, elle ne l'avait jamais été. D'autres avaient plus besoin de lui qu'elle.

Certes, elle se réveillait aux alentours de cinq ou six heures, incapable de se rendormir. Elle avalait ensuite toute la journée des potions qui diminuaient les douleurs, mais la fin de leurs effets se faisait toujours ressentir à l'aube. Et il y avait un moment de battement jusqu'à ce que tout le monde se réveille durant lequel elle se sentait seule dans un univers beaucoup trop grand.

Mais au final, celle contre le qui elle était le plus agacée, c'était elle-même. Parce que ce sentiment horrible de culpabilité avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à son cœur.

Quand elle croisait le regard de Harry ou celui de Ron, elle sentait un profond malaise se réveiller.

Elle avait mangé, dormi, pleuré, rit, vécu, avec Drago Malefoy pendant un mois entier. Elle avait eu des failles intérieures à ces moments-là, elle les avait partagées, et lui aussi un peu des siennes. Il avait intervenu quand sa tante la torturait, malgré la douleur assourdissante qui la faisait hurler, elle l'avait entendu parler. Ça n'avait pas suffit mais il avait essayé.

Elle se sentait coupable de ne pas leur dire ça, coupable surtout de ne plus savoir quoi faire. La question de savoir ce qu'elle allait faire à nouveau en face de lui l'avait torturé avant leur passage au Manoir Malefoy. Et maintenant ?

Maintenant elle l'avait revu et elle était encore plus perdue.

Mais le pire dans l'histoire, c'était qu'elle se rendait chaque matin dans les landes dans dans la crainte de l'y trouver. Elle ne savait plus si elle voulait le voir ou non. Après tout, il lui avait dit « À bientôt ». Ça ne signifiait rien de précis, étaient-ils destinés à se revoir pendant son séjour ici, ou lors de la dernière bataille ?

Plus le temps passait, moins elle savait, et plus l'ultime combat se rapprochait. Il semblait même faire trembler le sol parfois.

Ce matin-là comme tous les autres, elle s'était assise au bord de la falaise, là où ils s'étaient rencontrés la dernière fois. Elle avait passé la cape qu'il lui avait donné et elle se rendit compte qu'elle ne portait plus son odeur.

Hermione savait déjà que son opinion sur lui avait changé. Elle avait découvert d'autres parties de lui, des doutes, de la bienveillance, de l'intelligence. Il avait changé même ses convictions les plus profondes, les plus abjectes. Il avait apprit à vivre avec elle, avait plaisanté et même parfois pris soin d'elle.

Et puis, elle aimait cette sécurité qu'il lui avait apporté. Mais elle était en sécurité à présent, et elle cherchait encore cette odeur indescriptible qui n'appartenait qu'à lui.

Elle s'était attachée à Drago Malefoy à s'en faire un ami.

La conclusion lui fit pousser un long soupir.

Elle aurait dû s'en rendre compte avant. Quand ils avaient rit ensemble, quand elle lui avait donné sa main pour la guérir. Parfois, elle avait tendance à oublier que si elle rendait naturellement service aux gens, pas Drago. Et qu'il le fasse pour elle démontrait de la considération.

Il avait changé, c'est vrai. Mais le petit garçon de Poudlard, avait-il vraiment disparu comme ça ?

Elle était complètement perdue. Ses moqueries se bagarraient dans sa tête avec sa volonté de pardonner, parce qu'il lui était déjà un être cher et qu'il prenait de la place dans sa vie. Elle savait que ce petit bout de lui qu'elle avait découvert était fragile, et elle avait peur qu'il ne se perdre.

Hermione en était à ce point dans ses réflexions, les joues refroidies par le vent, quand une voix derrière elle s'exclama :

- Je pensais ne jamais retomber sur toi.

Elle se retourna, un peu surprise.

- Bonjour, Malefoy.

- Je suis venu hier et avant-hier, râla-t-il en guise de réponse. J'ai attendu trois heures dans le froid et t'as jamais pointé le bout de ton nez. T'as pas compris quoi dans « à bientôt » ?

- Tu apprendra que cette formule est plutôt vague et ne stipule ni date ni heure précise. Sois plutôt content de m'avoir trouvée.

Drago la toisa avec scepticisme, l'air fatigué. Elle ne savait même plus si elle devait croire ses paroles.

Une chose était sûre, il lui faisait moins peur que la dernière fois. La dernière fois, elle ne s'attendait pas à le voir, et Bellatrix prenait encore trop le pas sur son esprit.

Cette fois-ci, elle s'aperçut que peut-être, elle l'attendait. Et surtout, c'était la seule personne qu'elle rencontrait qui ne la prenait pas avec des pincettes, comme si elle allait se briser en deux.

Elle le détailla un instant. Il était debout, l'air dans son élément, comme toujours. Trop guindé dans son costume noir, et un panier dans les mains.

La seule vraie question qui lui brûlait la langue depuis leur dernière rencontre franchit ses lèvres :

- Pourquoi t'es là ?

Drago qui se posait la même question, haussa les épaules, vaguement gêné, et tendit le panier. Lèvres pincées, elle l'ouvrit et écarquilla les yeux.

- Du gâteau à la carotte ? T'as une certaine tendance à essayer de m'acheter, Malefoy.

- Et ça marche ?

Elle releva un regard amusé.

- Attends.

Hermione attrapa consciencieusement une tranche qu'elle dévora sous ses yeux, comme si elle n'avait pas mangé depuis des jours. Elle avait en effet du mal à avaler de la nourriture dans la Chaumière, l'atmosphère lui nouait l'estomac.

- Pas trop mal, concéda-t-elle à contrecœur en reprenant du gâteau.

Drago eu un sourire moqueur et remit ses mains dans ses poches. Pourquoi il était là ? Bonne question. Peut-être pour ses yeux qui brillaient à mesure qu'elle croquait dans le gâteau, peut-être par égoïsme, parce qu'il avait besoin d'elle à ses côtés.

- Tu l'as fait ? demanda Hermione en lui faisant signe de s'asseoir.

- Oui. Ma tactique marche alors ?

Il avança de deux pas en disant cela, mains dans les poches, sans s'asseoir. Ce n'était pas vrai, mais c'était peu probable qu'elle apprécie la version dans laquelle les elfes s'attelaient à la préparation de ce gâteau.

- C'est déloyal, mais ça marche, répondit-elle avec un petit sourire, se décrispant. De la part d'un Serpentard, je ne pouvais pas m'attendre à autre chose.

Drago fronce les sourcils.

- Et il aurait été difficile d'attendre une autre remarque de la part d'une Gryffondor.

Hermione haussa les épaules en avalant, lui cédant sur ce point, et le silence reprit ses droits. Le vent soufflait toujours mais aucune pluie ne tombait plus. La mer s'échouait au pied de la falaise comme si elle tentait de la faire tomber depuis des années, des décennies peut-être, sans jamais renoncer.

Drago avait cette horrible sensation de savoir que ce moment hors du temps allait finir. Il voulait rester, s'asseoir, lui parler, essayer de guérir les blessures de son âme. Il avait assez vu torturer, assez torturé lui-même pour connaître les symptômes qui en résultaient. L'idée d'avoir assisté au supplice d'Hermione lui rendait sa culpabilité vis-à-vis de lui-même.

Mais elle ne faisait pas l'amalgame. Le premier jour où il l'avait revue, un peu. Ça avait plus été dû au fait qu'ils ne devaient jamais se revoir qu'à sa présence au Manoir.

Il soupira. Combien de temps devrait-il supporter de ne jamais savoir quoi faire ? D'être dans une situation où il avait toujours à choisir entre sa survie et son intégrité ?

Au final, il était là, à quelques mètres d'elle, se sentait plus loin que jamais. Avec tous ces sentiments dont il ne savait pas quoi faire, qu'il voulait enfermer, qui l'handicapaient. Il voulait rester.

- Je vais devoir y aller.

- Déjà ?

Elle n'avait pas l'air surprise. Cependant, elle avait arrêté de mâcher, délaissant son gâteau.

- Tu finiras au moins ta part, t'es vraiment trop maigre, recommanda-t-il avec un regard au panier.

- C'est pour ça que tu me nourris ?

- J'ai cru comprendre que les régimes aux œufs, c'était pas tellement ton truc.

Elle lui jeta un regard assassin et il tira un sourire narquois.

- Soigne-toi bien Granger et n'abuse pas de la potion de sommeil.

- J'essayerai d'y penser, rétorqua-t-elle d'un air septique en le regardant reculer de quelques pas.

Leurs yeux se croisèrent. Hermione savait qu'elle avait peut-être besoin quelque part de ces pupilles grises, de la part terrible d'incertitudes qu'elles amenaient dans sa vie. Mais aussi de la sécurité et de la sensation de respirer de nouveau qu'elles lui procuraient.

Drago c'était la contradiction de la chaumière aux Coquillages, des secrets d'Harry et de l'angoisse de Fleur. Elle avait l'impression d'être dans une autre dimension sur cette falaise perdue. Elle y était peut-être d'ailleurs, une dimension où elle était amie avec Malefoy et où il lui cuisinait du gâteau à la carotte.

- À bientôt, répéta-t-il.

Puis, il s'évapora. Hermione leva les yeux au ciel, certaine qu'ils ne tarderaient pas à se prendre de nouveau la tête à propos de la formulation.

Et elle reprit une part du gâteau.


La chaumière aux Coquillages, avril 1998

- Harry, tout est prêt, vraiment, insista Ron.

Mais c'était peine perdue, depuis ce matin, il vérifiait en boucle si, pour demain, tous les préparatifs étaient finis. Hermione ne se sentait pas aussi fébrile que lui. Ce n'était plus le moment d'avoir peur.

- Et toi, Hermione, tu es sûre que ça ira ? demanda-t-il.

Elle rencontra ses yeux verts et s'astreignit à lui offrir un sourire rassurant.

- Oui, ça ira. De toute façon, personne n'a le choix.

- Bien. J'imagine que tu n'as besoin de rien pour métamorphoser Ron ?

- Non. En plus, j'ai trouvé un livre dans la bibliothèque très intéressant. Il décrit les différentes manières qu'il existe pour changer l'apparence de quelqu'un tout en y mêlant des questions d'éthiques et... enfin bref, je sais ce que je dois faire.

Ron hocha la tête, le visage fermé et Harry se contenta de retourner à son plan. Gripsec était d'accord, demain matin aux premières heures de l'aube, ils partiraient pour Gringotts en espérant en sortir vivants.

Hermione regarda encore une fois le Polynectar avec un cheveu de Bellatrix. L'idée la dégoûtait mais elle n'avait pas le choix et surtout assez de courage pour le faire.

- Parfait, répéta Harry qui tentait de se convaincre lui-même. J'imagine qu'on a rien oublié.

- Ce serait difficile, poursuivit Ron en se laissant tomber sur le canapé. On revoit tout en boucle depuis des semaines. On n'a plus qu'à espérer que le vingt-neuf avril ne soit pas le dernier jour de notre vie. Tu me passes le pain d'épices, Hermione ?

La phrase fit pousser un soupir à Harry qui se laissa tomber à son tour dans un fauteuil.

- C'est dommage qu'on ai pas de Félix Felicis.

- Tu sais bien que c'est une potion extrêmement complexe qui prend énormément de temps, Harry, répliqua Hermione en lui passant le pain d'épices qu'il remit dans les mains de Ron. Je vais voir Luna, elle m'a raconté que Bill devait l'emmener ce soir au Square Grimmaurd. Depuis qu'Ollivander est parti, elle est souvent dehors. À toute à l'heure.

Elle saisit sa cape et entreprit de la passer en se dirigeant vers la porte.

- T'en veux pas ? demanda la voix de Ron dans son dos.

- Non, répondit Harry. Et je ne sais même pas comment tu fais pour avoir encore faim.

- C'est pas comme si les repas de Fleur étaient des plats gastronomiques.

Hermione leva les yeux au ciel et claqua la porte à ce moment là.

Elle avait beau se montrer confiante, une certaine pression commençait à se faire sentir. S'ils échouaient, Voldemort comprendrait qu'ils cherchaient à mettre la main sur les Horcruxes et tout s'arrêterait là.

Passant la plage, elle s'enfonça dans les collines. Luna se trouvait au milieu d'un champ, les bras découverts, cueillant de curieuses fleurs jaunes.

- Luna ! s'écria-t-elle. Tu ne veux pas ma cape ? Tu vas attraper froid.

- Ne t'inquiète pas, les Jijilix, veillent sur moi, je ne peux pas tomber malade.

- Oh.

Hermione s'abstînt de demander ce qu'étaient les Jijilix. La réponse n'aurait fait que la laisser perplexe et en plus, elle avait l'esprit occupé par autre chose. Elles se trouvaient à la limite du cercle du Secret. On ne distinguait pas le dôme mais Hermione le savait, le sentait.

Elle y était revenu quelques fois depuis le mois de mars, sans jamais croiser Drago. Pas tous les jours bien-sûr, mais malgré tout, la falaise était restée dans un coin de son esprit. C'était la dernière fois qu'elle pourrait y aller.

Elle hésitait encore quand Luna coupa d'une voix rêveuse :

- Tu veux manger des Fleurs d'Abéladonne ? C'est très bon pour la santé mentale et pour avoir l'esprit clair.

Elle détailla avec appréhension la fleur bleue nuit que lui tendait Luna. C'était une Fleur d'Illusion. À petite dose, elle provoquait une vision très nette de la réalité et des enjeux mais un abus conduisait à être plongé dans un monde d'illusions perpétuelles.

- Euh non, merci.

- C'est dommage, reprit Luna en haussant les épaules, tu en aurais besoin. Vous partez demain, n'est-ce pas ?

- Comment tu sais ? demanda-t-elle, perplexe.

Ils avaient décidé d'un commun accord d'informer le reste de la maison de leur départ seulement quelques heures avant.

- Les Jijilix me l'ont dit tout à l'heure.

Hermione hocha lentement la tête, se contentant de cette réponse.

- Tu ne saurais pas où est Seamus ? reprit Luna en rajoutant une fleur d'un orange pâle à son bouquet.

- Non. Je crois qu'il est parti s'entrainer à la Lévitation d'Objet, mais je ne sais pas où.

Depuis le départ d'Ollivander, Luna et Seamus restaient souvent ensemble, parlant de tout et rien. Ils attendaient tous deux les réponses des messages envoyés à leurs parents pour les informer de leur évasion.

Ils s'asseyaient souvent sur le banc devant la maison, parlant tantôt trop fort, tantôt à voix basse.

- Ce n'est pas grave. Je vais finir mon bouquet avant d'aller le rejoindre. Tu veux m'aider ?

- Non, je crois que je vais aller marcher.

Les yeux fixés sur la falaise, Hermione ne put pas voir Luna hocher la tête, agitant ses longs cheveux blonds.

La Gryffondor s'élança à travers les landes et passa sans s'en rendre compte la limite du cercle du Secret. Elle alla jusqu'à la falaise et regarda l'horizon. Mais même sans baisser le regard, elle devinait la hauteur, elle recula donc.

Comme les fois précédentes, tout était vide, silencieux. Il n'était pas là. Elle le regretta, sans savoir exactement pourquoi. Enfin, il fallait repartir, alors.

Mais ce fut au moment où elle prit cette décision que devant ses yeux, il apparut.

Drago se matérialisa dans le vide avec un air fou. Ses vêtements étaient trempés, lui-même aussi. Il avait les yeux qui la cherchaient à toute vitesse, et les cheveux qui volaient au vent, comme s'il revenait d'au milieu d'une bataille.

- Malefoy ? demanda-t-elle avec appréhension.

Il posa enfin ses pupilles sur elle, et elle vit un instant qu'il était soulagé. L'instant d'après, il se redressait en reprenant contenance et passait une main dans ses cheveux.

- Salut, Granger.

- Je peux savoir d'où tu viens ?

- Oh, non, tu ne veux pas savoir.

Son visage était fermé, presque sévère. Cela l'inquiéta immédiatement. Même si potentiellement ce qui était mauvais pour Malefoy était bon pour eux, elle eut un mauvais pressentiment.

- Tu es trempé, tes cheveux sont désordonnés et tu as du sang sur ton bras droit. Ta baguette est toujours dans ta main. D'où viens-tu ?

Il la fixa, reprenant manifestement sa respiration. Ses pupilles grises ne lâchaient rien, mais celles d'Hermione non plus. Comme s'il était en proie à un dilemme.

- Très bien, abandonna-t-il. Je te le dis. Mais ne fais rien de fou, d'accord ?

- Explique-moi d'abord de quoi il s'agit.

Drago prit une grande inspiration, puis, se jeta à l'eau :

- Il va y avoir une transaction, ce soir. Je ne le savais pas mais le Lord a chargé un autre que moi de faire cette potion et par une quelconque tour de main, que je ne m'explique pas, il a réussi. Plus le sorcier a de l'expérience, plus la potion de Trace est forte. Celle-là va faire mille fois plus de ravages que la mienne.

Cette explication acheva de l'inquiéter. C'était hautement improbable de trouver comment réaliser la potion de Trace. Drago n'était tombé sur elle que par chance. Mais ce Mangemort là s'était sûrement débrouillé seul, il devait être puissant et sa potion devait alors être incroyablement dangereuse. Plus l'individu qui fait une potion de Trace est fort, plus la potion réagira en face de l'ennemi.

Et ici l'ennemi, c'était elle.

Drago parlait à toute vitesse, comme s'il allait regretter. En vérité, il savait que c'était la bonne chose à faire de lui dire, mais son instinct de survie lui criait de se taire.

Il serra les poings et s'obligea à continuer sous le regard sévère d'Hermione.

- Le Mangemort dont je te parle va faire la transaction ce soir. Il emmène la potion de Gringotts au Manoir. Mais on ne peut plus transplaner sur le chemin de Traverse, il devra attendre d'être sorti.

C'était gravissime. Déjà parce qu'elle pensait avoir mis de côté le danger potentiel de la potion de Trace, celle de Drago étant inoffensive contre eux. Mais si ce qu'il disait était vrai, ils allaient au-devant d'ennuis terribles. Elle ne savait toujours pas ce que Voldemort avait l'intention de faire de cette potion, mais il pesait tout trop minutieusement pour que ce soit un hasard.

C'est pendant qu'elle calculait à toute vitesse que le seul moyen d'empêcher Voldemort d'avoir cette potion serait d'attaquer ce Mangemort sur le chemin de Traverse qu'elle se rendit compte qu'elle le prenait au sérieux.

Elle leva alors ses yeux bruns sur lui. Il avait toujours l'air mal en point. Il avait dans les yeux quelque chose qui disait qu'il n'était pas sûr de lui. Mais c'était la première fois qu'il se plaçait ouvertement de son côté.

Elle savait qu'il n'était pas mauvais, au fond, mais ce constat la calma un peu.

- Pourquoi tu es dans cet état ?

- J'ai dû batailler un peu pour avoir ces informations.

Elle hocha rapidement la tête, les sourcils toujours froncés, écoutant à moitié. Il fallait qu'elle mette les autres au courant, maintenant. C'était sûrement leur seule chance de l'arrêter.

Sans regarder Drago, elle s'écria :

- Merci Malefoy, il faut que je le dise aux autres maintenant. On va s'organiser, essayer de l'arrêter.

Puis, par habitude, au moment où elle tourna les talons, elle lança :

- À bientôt !

- Granger !

Mais déjà, elle s'élançait en courant.

Une partie d'elle n'entendait les bruits autour que de loin, comme des bourdonnements, trop sonnée par l'information. L'autre partie savait que si elle restait, il tenterait de la dissuader d'agir.

Drago tentait déjà de la rattraper mais le coup reçu à la cuisse plus tôt lui tira une grimace et il fut forcé de s'arrêter.

- Granger, je t'ai dis de ne rien faire d'inconsidéré ! hurla-t-il.

Mais il la vit malgré tout disparaître et devina qu'elle venait de passer le cercle du Secret. Les remords l'assaillaient déjà, même s'il n'avait pas eu le choix. Il n'avait plus qu'à espérer que ce ne soit pas elle qui y aille. Plus qu'à espérer qu'elle ne meurt pas là-bas et qu'elle lui reviendrait.


Hermione ne se rendait même plus compte qu'elle dévalait les collines, ses jambes la portaient seules. Pourtant, lorsqu'elle aperçut Luna quelques mètres plus loin, elle s'arrêta net.

- Qu'y a-t-il ? demanda Luna, sourcils froncés, qui l'avait vue arriver.

Dans ses grands yeux bleus, il y avait un voile d'inquiétude et Hermione se demanda ce à quoi son visage à elle devait ressembler.

- Je viens d'apprendre qu'un Mangemort doit faire la transition d'une potion de Gringotts au Manoir Malefoy, ce soir. Je ne sais pas exactement ce qu'il a l'intention de faire de cette potion mais ce sera décisif. Il faut l'empêcher de mettre la main dessus.

- Comment tu sais tout ça ?

- J'ai un contact, éluda Hermione à qui ce mensonge vint naturellement. Il faut à tout prix que le Mangemort n'arrive pas au Manoir. Il ne pourrait transplaner qu'en étant en dehors du Chemin de Traverse. Je dois absolument mettre les autres au courant.

Luna hocha férocement la tête, toute trace de légèreté disparue de son visage. Elle lâcha son bouquet et Hermione reprit sa course folle, le vent contre ses joues.

Elle s'engouffra dans la maison les cheveux désordonnés, le visage rouge et l'air affolé. Ron sauta sur ses pieds et fut sur elle en un rien de temps, Harry ne tarda pas non plus. Elle leur résuma rapidement la situation et vit leurs visages se durcirent au fur et à mesure de son explication.

Harry remit ses lunettes en place et repartit fouiller dans ses plans la carte du Chemin de Traverse. Ron manqua de s'arracher les cheveux avant de lui demander :

- Mais comment tu sais ça ?

- Les elfes, répondit-elle sans même y avoir penser. Il y avait un autre elfe que Dobby au Manoir Malefoy qui s'était rebellé.

Ron fronça les sourcils mais s'abstînt de tout commentaire.

- C'est peut-être lui que j'ai vu dans le miroir... , reprit la voix songeuse d'Harry.

- Mais pourquoi tu ne nous en a jamais parlé ? insista Ron, sans comprendre.

- Est-ce que c'est vraiment le moment ? Il m'a dit qu'il avait chargé deux de ses Mangemorts à faire cette potion. D'habitude, c'est une mission par Mangemort. Ça veut dire qu'il n'était pas aussi confiant que d'habitude sur ses chances de réussite et que cette potion est vraiment importante.

- Je vais prévenir Bill et Fleur, renchérit Harry qui sauta sur ses pieds.

Quelques secondes plus tard, toute la maison était sur le pied de guerre.

Bill avait sorti tous les plans de Gringotts qu'il possédait, Harry griffonnait sur un bout de papier une simulation d'embuscade. Il n'y avait qu'un seul Mangemort, mais assez puissant pour avoir été chargé d'une telle mission. Ron donnait toutes les idées qui lui venaient à l'esprit et Hermione essayait d'en tirer ce qui pourrait marcher et ce qui était voué à l'échec.

Fleur, elle, n'était plus aussi fébrile que d'habitude. Appuyée sur un mur, elle les regardait s'alarmer, comme abasourdie, plus pâle que jamais. Quant à Seamus, il tentait de se rendre utile, se sentant dépassé par la situation. Il frissonna quand le mot « Manoir Malefoy » intervint dans la conversation.

Ce fut Ron qui stoppa le premier de faire les cents pas, s'interrompant au milieu de sa phrase.

- Après ? s'agaça Hermione, déjà dépassée par les événements. On peut substituer la potion mais ça demande un niveau en métamorphose très élevé. C'est ce que tu voulais dire ? On pourrait aussi...

- Où est Luna ?

Le ton très calme la frappa. Luna n'avait pas couru derrière elle et elle avait oublié tout lui avoir dit après avoir passé la porte.

- Je ne l'ai pas revue depuis qu'elle a décidé de cueillir des Fleurs d'Abéladonne, répondit Seamus en détachant chaque syllabe.

Harry releva la tête de ses plans.

Hermione fut alors prise d'un doute terrible.

Lentement, elle tourna les yeux vers l'extérieur.

Son doute se transforma en un coup de poignard à l'estomac. Elle se revit un instant lui raconter ce que Malefoy venait de lui apprendre, dans un flot de paroles insensées.

- Le ciel, murmura Hermione qui venait de comprendre.

Ils tournèrent tous leurs regards vers les fenêtres de la Chaumière au Coquillage. Le soleil avait amplement décliné, le soir commençait tout juste. Tout s'assombrissait, la première étoile venait d'apparaître.

Luna n'était toujours pas là.

Hermione réalisa alors quelle erreur elle avait faite.


Ils dormaient tous. Elle ne savait pas comment, mais ils dormaient.

Enfin si, peut-être qu'elle savait pourquoi. Ils n'avaient pas la culpabilité qui retournait leurs estomacs, ils n'avaient pas les yeux qui brûlaient.

Hermione colla son front à la fenêtre, essayant de rendre son front moins brûlant. Mais il semblait que son corps entier était en surchauffe. Dehors, la nuit vivait ses dernières minutes. Bill n'était toujours pas rentré.

Après que tous ait constaté que le soir était déjà là, Hermione leur avait avoué, les larmes aux yeux, avoir raconté la transaction à Luna. Dans le doute, Seamus avait couru dehors, hurlé son prénom, lancé les sorts les plus divers pour trouver sa trace. Mais ils durent tous se rendre à l'évidence ; elle était partie.

Hermione, Harry et Ron ne pouvaient pas aller la chercher, s'ils échouaient, la chasse aux Horcruxes s'éteignait avec eux. Seamus avait voulu y aller, mais Bill s'y était férocement opposé, prenant toute la responsabilité. Il avait passé la porte laissant une Fleur partagée entre colère et désespoir et une Hermione en pleurs.

Ron l'avait consolée un moment, puis la nuit avait commencé, très longue.

Fleur s'était enfermée dans la cuisine et n'en était pas ressortie, cuisant toutes sortes de plats comme un échappatoire.

Vaincu par les nuits d'insomnie à préparer le plan de demain, Harry s'était effondré. Ron et Seamus étaient restés éveillés quelques heures de plus mais la fatigue avait quand même eu raison d'eux.

Hermione avait été incapable de simplement imaginer s'endormir. Le pire étant qu'elle savait que quoi qu'il se passe, demain, ils partiraient quand même à Gringotts.

Il était cinq heures et Fleur ne faisait plus beaucoup de bruit. Hermione était lasse, très lasse, et elle se demanda un instant si Bill rentrerait jamais. Mais il y avait déjà une personne dans la chaumière que cette question torturait.

Ce qui l'obsédait elle, c'était Luna. Pourquoi était-elle partie ? Elle était courageuse de toute façon. Elle se rappelait la cinquième année, lorsqu'ils s'étaient rendus sur les Sombrals jusqu'au ministère de la Magie. Mais Luna croyait aussi qu'ensemble on était plus fort, alors pourquoi était-elle partie seule ?

Peut-être parce que comme chacun, elle savait qu'Harry, Ron et elle avait une mission spéciale qu'eux seuls pouvaient remplir. Alors elle avait décidé d'y aller pour leur ôter un peu du poids qu'ils avaient sur les épaules. C'est parce qu'elle croyait en cette mission importante qu'ils avaient, sans rien en savoir, qu'elle était partie.

Et à qui aurait-elle demandé de l'aide ? Seamus était presque démoralisé, il semblait tellement triste, tellement vide en attendant l'arrivée des chouettes chaque matin. Bill était débordé par les missions pour l'Ordre et Fleur était à bout de nerfs.

Alors Luna dans sa dévotion totale s'était décidée à partir seule, justement pour les autres.

C'était possible. Ou peut-être qu'elle était à mille lieux de la vérité. La seule chose qui lui importait fut qu'elle leur revienne sans aucun dommage.

Hermione soupira encore une fois et entreprit à nouveau de se ronger les ongles. L'angoisse ne s'affaiblissait pas avec le temps et le petit matin s'installait.

Elle fixait toujours avec entêtement le devant dans la maison quand un homme aux cheveux roux s'y matérialisa.

Elle bondit du recoin où elle était assise et se précipita vers la porte. Le visage de Bill lui apparut hagard, pâle dans la faible lumière des bougies.

- Ça va ? Tu n'as rien ? demanda-t-elle précipitamment alors qu'il rentrait et se laissait tomber sur un des fauteuils du salon.

Bill se contenta de remuer la tête négativement, l'air préoccupé par autre chose. Puis, il se passa les mains sur le visage comme pour tenter de se réveiller tandis qu'Hermione se laissait tomber en face de lui, plus morte que vivante.

- Tu n'as pas pu la trouver ?

- Oh, Hermione.

Il semblait à court de mots, la regardait comme si elle avait la réponse. Une lueur de peur éclaira les pupilles brunes de la jeune femme avant que Bill ne se racle la gorge et se redresse.

- Ce n'était pas aussi simple que ça. Il y avait beaucoup, beaucoup de Mangemorts. Pas du tout ce que ton contact t'avait dit. C'était le chaos total. Des sorts fusaient de partout, les gens hurlaient... c'était...

Il s'interrompit, la gorge trop sèche. Puis, il lui laissa quelques secondes pour qu'elle se remette de ces nouvelles avant de reprendre :

- Je ne suis pas arrivé assez vite et...

Le temps se suspendît. Elle ne sentait aucun de ses membres et les battements de son cœur semblaient dépendre des prochains mots.

Pitié.

- Elle est morte.

Bill détourna douloureusement les yeux mais ce n'était rien à côté de ce qui venait de se passer à l'intérieur d'elle-même.

Elle avait vu la balle partir, transpercer son cœur, elle sentait les parois du vide tout autour. Un précipice qui venait de se former sans prévenir. Quelque chose en elle s'effondra avec fracas.

Aucun de ses membres ne répondait. Elle essaya de parler mais ne réussi qu'à ouvrir la bouche avant de se figer. C'est à ce moment-là qu'elle sentit les larmes sur ses joues, qu'elle eut l'impression de devenir Atlas, le poids du monde sur ses épaules.

- Je vais prévenir les autres, dit soudain Bill avec une voix plus grave qu'habituellement.

Elle le regarda avancer, passer près d'elle, sentit vaguement une pression sur son épaule avant qu'il ne disparaisse.

Elle est morte.

Hermione réalisa brutalement qu'il allait chercher Harry et Ron. Elle allait devoir les regarder dans les yeux, faire comme si rien n'était de sa faute, comme si c'était seulement la guerre. Mais elle savait que ce n'était pas ça et elle leur avait déjà menti.

Le trou béant dans son cœur grandit un peu plus. La douleur se réveilla, fulgurante, et lui brûla la poitrine.

Elle est morte.

Luna était morte. À cause d'elle, à cause du flot informations dont elle l'avait submergée. À cause des Mangemorts, à cause de Drago Malefoy.

Son cœur sembla réagir à ce nom et redoubla en cadence. Et là, au creux de ses sentiments, à la naissance de toute cette peine naquit à nouveau quelque chose de longtemps oublié qui explosa. Une colère à la limite de la haine. Une colère sourde et aveugle, ravageuse et enragée.

Il aurait dû lui dire tous les dangers que présentait cette mission. Mais il les lui avait délibérément cachés, il s'était protégé. Au prix de quoi ? La vie de Luna. Les innocents tombaient avant les coupables, comme toujours. Il sacrifiait des pions pour renforcer sa position. Pourquoi n'avait-elle pas eu les informations exactes ?

Hermione referma sa bouche et essuya la trace de ses larmes avec hargne, du revers de sa main, sans réaliser qu'elles renaissaient aussitôt. Les mensonges, la culpabilité, les remords, la haine, la tristesse, la douleur, le désespoir s'entrechoquèrent et elle choisit de passer la porte. Loin de tous ceux à qui elle tenait et qu'elle mettait en danger.

Le froid de l'aube la fit brutalement frissonner, mais elle ne renonça pas pour autant, enfonçant rageusement ses talons dans le sol. Le vent s'était levé et mugissait avec hauteur sur le dos des falaises, s'écrasait en sifflant sur les rochers. Au-dessus de la mer, le jour renaissait.

Sans Luna.

Elle eut l'impression que son cœur s'électrifia à cette pensée. Une brûlure lui déchira de nouveau le cœur. C'était incroyablement douloureux. Elle hoqueta et les larmes lui brouillèrent la vue un instant, avant qu'elle ne les chasse de nouveau. Il était là-haut, c'était certain. Il savait aussi, il le savait.

Elle se mit à courir, persuadée de devoir le trouver, sans savoir ce qu'elle ferait. Mais à ce moment-là, rien n'aurait pu l'arrêter, tous ces sentiments ne tenaient plus dans son corps.

Le vent poussait de lourds nuages noirs et la lumière peinait déjà à se faire de la place dans le ciel. L'aube était avancée mais il semblait que tout était encore sombre. Comme si un couvercle enfermait la Terre.

C'est en passant le cercle du Secret qu'elle l'aperçut, dos à elle. L'échine courbée, mains dans les poches et le regard vers l'horizon. Elle ne savait plus quoi dire ou faire, il fallait simplement que tous ces ressentiments sortent, tous ces secrets. Hermione ne réfléchissait plus.

Luna était morte.

- Malefoy !

Il se retourna brusquement quand elle l'appela, sursautant comme s'il redoutait cet appel. Et c'est en croisant ses yeux qu'elle réalisa que oui, il l'attendait.

Elle avait raison, il savait. Il savait qu'elle était morte. Mais savait-il qu'il l'avait tuée ?

Elle eut envie de hurler, de hurler à s'en déchirer les poumons. D'arrêter de pleurer, de se débarrasser de toute cette douleur, de cette faille béante près de son cœur. Elle regrettait tout, de lui avoir fait confiance, de l'avoir dit à Luna, de n'avoir pas parlé de lui à Harry et Ron. Elle regrettait qu'il ai réussi à la faire changer, elle regrettait qu'il soit le premier qu'elle ait voulu trouver, elle regrettait qu'il y ait une guerre entière entre eux.

Mais par-dessus, elle était en colère. Tellement, tellement en colère.

- Tu l'as tuée ! cria-t-elle, les yeux brillants. C'est toi qui m'a dis qu'il n'y aurait personne, c'est toi qui l'a conduite à la mort, c'est toi, c'est toi...

Elle mordit violemment ses lèvres tremblantes pour retenir les sanglots. Toute cette haine au fond d'elle renaissait d'elle-même. Drago Malefoy ne serait décidément jamais quelqu'un de bien. Seuls comptaient, ses choix, sa sécurité, sa vie, le reste passait bien après.

Pourtant il était terriblement désolé, coupable. Elle voyait bien ses yeux gris lui crier combien il était désolé, mais ils ne brilleraient jamais autant que les siens. Ces terribles yeux gris qu'elle ne savait jamais déchiffrer, ils se brisaient, s'éparpillaient, tombaient de leur piédestal avec un fracas qui détruisait le cœur.

Sa poitrine l'empêchait presque de respirer. Mais elle ne savait plus très bien si c'était dû à la rage, la déception ou la douleur.

- Tu m'a appelée, mais tu n'allais pas me dire réellement combien c'était dangereux. Je le sais, c'est toujours comme ça avec toi, des sous-entendus ou une semi-vérité. Tu allais me dire qu'ils se doutaient qu'on allait intervenir ? Tu allais me dire qu'ils étaient plusieurs et préparés ?

Devant sa rage destructrice, Drago n'eut rien à dire. Elle avait raison. Il avait beau être revenu dès qu'il avait appris l'issue de la transaction, ça n'allégeait pas ce qu'il ressentait.

Hermione sut parfaitement interpréter son silence.

- Alors tu l'as tuée, cracha-t-elle, les yeux révulsés.

- Je ne l'ai pas tuée ! se défendit-il. Mais qu'est ce que tu croyais ? Que j'allais te déballer le nombre exact de Mangemorts, leurs noms et emplacement exact ? Et qu'ils auraient fait semblant d'être surpris ? Non, ça ne marche pas comme ça ! C'est la guerre, je ne peux pas tout dire ou je meurs !

- Tu meurs ! répéta-t-elle avec hargne. Et elle, ce n'est pas grave si elle meurt ? Si... Luna meurt.

Ses mots se brisèrent dans sa gorge, sortirent en lui brûlant la langue. Ça faisait terriblement mal.

- Je ne pensais pas que vous alliez envoyer quelqu'un ! Je t'ai simplement prévenue. Je t'ai dis de rien faire d'insensé !

- Eh bien tu penses mal, Malefoy ! Donne toutes les informations et laisse les autres penser à ta place ! Peut-être que nous sommes en guerre, mais alors dévoile clairement ton camp, dis-nous que tu es avec nous, dis-nous, quand nous envoyons quelqu'un, le nombre exact de Mangemorts, on n'enverra pas plus de personnes, sinon oui, tu meurs, mais au moins on sera conscients des risques !

- Ça change quoi ? hurla-t-il à son tour dans le vent de plus en plus fort. Dans tous les cas, ils étaient plus nombreux, plus doués !

- Elle aurait été préparée ! Elle aurait su ! Elle ne serait pas... elle ne serait pas morte.

Sa phrase se finit sur un hoquet. Luna était morte. La vérité sonnait comme une sentence à laquelle elle n'échappait pas. Les mots de Bill faisaient quelques choses de plus terribles qu'être vrais, ils prenaient un sens.

Luna était morte. Plus jamais de nargoles, plus de petits lutins, plus de Chicaneur lu à l'envers. Finis les étranges lunettes, le lion qui rugissait pour Gryffondor. Oubliés les boucles d'oreilles radis, l'innocence, la loyauté, la bonté à l'état pur.

Luna était morte et ses larmes coulaient délibérément. Le vent soufflait sur tout, sauf sur sa peine incommensurable.

- Je suis désolé, finit par dire Drago, vraiment désolé. Mais je ne pouvais rien faire. Même prévenue, tu veux savoir combien ils étaient ? Dix. Même prévenue, qu'aurait-elle pu faire ?

- Elle n'y serait pas allée !

Cette fois, Drago la regarda avec presque pitié et elle voulu qu'il disparaisse. Qu'il la laisse seule avec sa tristesse immense. Il croisa les bras et s'approcha d'un pas.

- Tu crois qu'elle n'y serait pas allé ? demanda-t-il d'un ton qui réclamait du bon sens.

Non.

- Oui.

Tous deux savaient qu'elle était en tort mais personne ne dit rien. Hermione renifla encore un peu. Elle ne savait plus qui de la douleur ou de la haine emplissait le plus son cœur, la guidait.

Peut-être que plus tard, elle aurait été capable de dire que, oui, Luna serait quand même partie. Mais pour l'instant, elle voulait juste oublier que justement, Luna n'était plus là. Elle voulait que Drago ressente un dixième de sa détresse, qu'il regrette. A ses yeux encore, c'était le seul responsable, même si c'était trop simple, trop minimaliste, trop faux.

- Je regrette vraiment, tu as raison, j'aurais dû.

Elle aurait peut-être aussi dû réaliser que Drago avait dû prendre sur sa fierté pour avouer ça si doucement. Mais pour l'instant, elle n'avait pas envie de réaliser ou de penser.

- Les regrets n'ont jamais fait revivre personne, Malefoy, asséna-t-elle.

- Et que veux-tu que je dise ? Je suis désolé, je regrette, et c'est tout ce que je peux faire. Rien d'autre, comme tout le monde.

- Je te déteste.

- Moi aussi.

Elle le foudroya de ses yeux tueurs.

Le vent hurlait toujours et les nuages lourds se rapprochaient. Comme à l'aube d'une tempête, d'un déferlement.

- Tu ne peux pas faire comme si de rien était ! recommença-t-elle, agacée plus que jamais par ce visage lisse. Tu pourrais au moins avoir la décence de t'inquiéter, ou de t'attrister ! Parce que le plus triste Malefoy, c'est ta figure, ta pauvre figure. Et ton cœur ! Tu ne ressens rien, tu ne sais rien ! L'amour, la perte, ça ne te dit rien !

Il encaissa sans broncher, se répétant que c'était la peine qui la faisait parler. C'était vrai, mais ses mots le mettait tout de même en colère, contre elle et sa souffrance, contre lui et ses non-dits. Mais il n'avait pas les root de parler et de se faire valoir maintenant, ce n'était pas le moment.

- Mais dis quelque chose ! Je ne sais pas, fais semblant, dis quelque chose ! reprit-elle en hurlant. Je te regarde et je me dis que tu l'as tuée ! Pire que ça, Malefoy, que je l'ai tuée ! Je t'ai fais confiance, et je l'ai tuée !

Sa voix se brisa. Il fit un pas vers elle mais elle le dissuada d'un regard de continuer.

- Ne dis pas ça, le seul coupable c'est moi.

- Non ! C'est faux, et nous le savons tous deux !

- Tu dis n'importe quoi, c'est de ma faute tout ça. Uniquement de ma faute, tu m'entends ?

- Non, non, on l'a tué, Malefoy, on l'a...

Les larmes dévalèrent tout à coup ses joues à toute vitesse, sans qu'elle comprenne, sans même qu'elle s'en rende compte. Que toute cette tristesse s'en aille, qu'elle puisse respirer à nouveau.

-...c'est trop tard. Luna est morte.

Il avança encore, et elle le laissa faire quand elle passa tendrement ses bras autour d'elle et le serra contre lui. Elle était tellement partagée. Elle aurait voulu qu'il la lâche, ne plus jamais le revoir, et en même temps, elle ne voulait que ces bras-là pour la consoler, s'y accrocher.

Elle aurait voulu que ce ne soit pas lui le fautif et pouvoir se laisser bercer sans éprouver de culpabilité ou de colère.

- C'est la faute de cette foutue guerre, murmura-t-il dans ses cheveux.

- C'est ton excuse pour tout.

Il ne répondit rien et le silence tomba dans le vent qui mugissait. Puis soudain, sans explication, elle se remit à pleurer silencieusement. Drago resserra son étreinte, comme s'il espérait qu'elle puisse lui donner un peu de sa douleur.

Au bout de longues minutes, elle finit par se calmer et quand elle n'eut plus rien à pleurer, s'extirpa vite de ses bras. Du revers de sa manche, elle essuya les traces de ses larmes.

Puis, elle releva les yeux vers lui. Elle n'avait plus rien à lui dire, plus rien à faire avec lui. Elle ne voulait plus, elle voulait juste disparaître, seule avec sa douleur et le souvenir dansant de Luna.

Pendant un long moment, ils se fixèrent ainsi, persuadé que l'autre avait tort, le ventre tordu.

- Adieu, Malefoy.

Le vent accueillit ces mots froids et elle lui tourna le dos, repartant vers la Chaumière aux Coquillages. Elle avait le corps de son bourreau à prendre, un monde sorcier à sauver. Il regarda lentement cette silhouette fragile lui échapper, sa phrase qui résonnait en lui.

Elle ne se retourna même pas, il transplana la mâchoire crispée.

Les premières gouttes de pluies s'abattirent sur la lande décharnée seulement quelques minutes après leurs départs.