Laurence stoppa net. Malgré le grand air qui tourmentait la mer devant leurs yeux, Laurence avait le souffle coupé par la proposition d'Avril.
Lentement il se tourna vers Alice, bouche bée.
- « Fermez la bouche Laurence, vous allez gober une mouette !
Laurence ferma la bouche revenu, de la proposition d'Avril. Il continuait de la regarder comme s'ill voyait la vierge.
Alice de son côté était rouge pivoine étonnée, de son audace et de sa proposition. Mais elle se reprit.
-Ben quoi Laurence ?
-Ben quoi ?! Ben quoi ! Non mais vous plaisantez ? Se marier avec vous, non mais…
Quelques secondes et plusieurs anges passèrent encore une fois entre eux. Les mots avaient jailli de la bouche d'Alice sans réfléchir mais son instinct avait parlé.
- Ben oui, ben quoi ? A qui d'autre je pourrais demander ? Franchement ?
Laurence sentait la corde se nouait autour de son cou. Comment il allait sortir de ce guêpier ?
- Alice, je ne peux pas accepter ce mariage, je vous aime beaucoup mais il faut être sérieux.
- Qu'est ce qui n'est pas sérieux dans le fait de vouloir connaître mon père et de répondre à ces exigences débiles ! C'est un mariage qui ne durera que le temps de rencontrer mon père et ensuite on remet les pendules à zéro.
- Ca sent le coup foireux de se marier quand même …
- Oh Laurence ! il a demandé que je me marie. Donc on va faire ça à l'ancienne, un mariage de raison tout simplement ! Et puis dites donc vous pourriez tomber sur pire !
- Pire je ne sais pas … Oui bon… mais c'est insensé !
- Oh Laurence, vous êtes lourd, vous dites que vous voulez m'aider et là ….
Tout d'un coup Alice pâlit…
- Vous ne voulez pas m'aider ? Mais alors à quoi ça sert tout ça, ce weekend, votre soutien ! Vous savez quoi Laurence, vous êtes un lâche !
Alice partait en direction de l'hôtel avec la ferme intention de rentrer à Lille et de se débarrasser de Laurence à tout jamais.
Laurence était surpris de la fougue de la jeune femme. Mais pourquoi suis-je encore surpris ?
- Alice ! Attendez ! Revenez !
- Non rien à foutre de vos jérémiades, je vais me débrouiller, je trouverai. Tiens je vais demander à Glissant, lui c'est un ami ou à Marlon !
Le sang de Laurence ne fit qu'un tour en entendant qu'il allait être évincé de cette histoire et qu'il ne pourrait pas contrôler Alice car Glissant se ferait embobiner illico. Cette pensée agaçait Laurence au plus au point et il n'aimait pas l'idée qu'Alice se rapproche de ce guitariste à banane.
Laurence commença à rattraper Alice sans y parvenir et lui cria :
- Ok d'accord !
Avril s'arrêta net. Et se retourna vers Laurence avec un grand sourire.
- Vous êtes d'accord ?
Laurence regardait les yeux verts d'Alice à qui il ne savait plus résister. Il se ressaisit en essayant d'organiser ses pensées.
- Non mais vous allez faire n'importe quoi, alors on se marie mais à certaines conditions !
- Lesquelles ?
- Ben euh, je ne sais pas mais on doit mettre de l'ordre dans tout ça.
Alice en convint également
- Vous avez raison Laurence. Mais quoi ?
Laurence posa la main sous le coude d'Alice pour la faire partir vers le bourg de la ville.
- Je crève de faim, je n'arrive pas à réfléchir comme ça. Venez, on va s'assoir.
Alice et Laurence partirent vers un café pour se poser et se remettre de leur émotion et de cette grande décision.
Ils 'assirent et ils commandèrent un casse-croute car ils mourraient de faim.
Autour d'un croque-monsieur et d'une bière, ils mirent à plat leurs interrogations sur ce mariage.
- Alors Laurence c'est quoi vos conditions ?
- Et bien, vu les exigences de votre père, il va vouloir qu'on lui prouve la réalité de ce mariage.
- Réalité ? Vous voulez dire quoi ? Non pas lui prouver qu'on a fait l'am…oh non !
- Non ! bien sur que non dit Laurence , bien qu'il n'y soit pas du tout opposé. Il donna l'impression d'être dégouté tout en en pensant le contraire.
- Non, mais il faut que nous vivions ensemble.
- Ah bon ? je n'y pensais pas , je croyais qu'on allait vivre chacun chez soi mais effectivement ca serait bizarre. On fait comment?
- Ben vous irez dans la chambre d'amis chez moi ?
- Et mon studio ?
- A un moment vous allez pouvoir prendre quelque chose d'un peu plus grand que ce réduit à balai, non ?
- Oui c'est vrai je n'ai pas encore intégrée cette histoire de rente… On verra ça après, ensuite ?
Le sujet épineux de Laurence était Marlène. Elle connaissait ses sentiments pour Avril et son rôle dans la réapparition de Colbert mais il ne voulait pas en faire une complice de ses basses œuvres. Néanmoins elle ne pouvait être écartée de la stratégie.
- On dit quoi à Marlène ? demanda Laurence bien qu'il ait une idée dans la tête mais il préférait que la solution vienne d'Alice, pour alléger sa culpabilité.
- On dit quoi à Marlène ? Oh merde c'est vrai ! Il serait difficile de ne pas la tenir au courant. Elle va rien comprendre la pauvre…
Alice avait des scrupules à inclure Marlène dans la solution mais elle serait blessée de ne pas être dans la confidence de la situation.
Alice eut une idée lumineuse
- On va lui raconter et elle va comprendre, tiens! elle sera notre témoin !
- Ouh la! vous connaissez son idée du mariage, on doit s'aimer selon elle et puis vu ses sentiments pour moi…elle ne va pas bien le prendre...
- Je crois qu'il faut que vous sachiez que vous êtes remplacé par Glissant depuis quelques temps et de façon beaucoup plus concrète pour Marlène. Elle a enfin ouvert les yeux ailleurs !
Laurence regarda Alice. Bien qu'au courant, se l'entendre dire blessait son égo.
- Oui c'est vrai. Donc Glissant sera au courant forcément.
- Ce sera votre témoin.
- Soit, mais en ce qui concerne Tricard ou Carmouille, bouche cousue. Ils ne croiraient pas à l'histoire et cette dinde d'Arlette serait capable de dénoncer notre mariage arrangé .
- Ok d'accord, idem pour Jourdeuil, il penserait que je n'ai mené aucune des enquêtes pour faire mes articles.
- C'est pas tout à fait faux Avril, vous avez été aidée et ….
Alice le regarda froidement
- Peut être mais vous ne m'avez rien servi sur un plateau que je sache et Jourdeuil serait trop content de dire que je dois mes succès à ma position verticale !
Laurence était d'accord avec Alice. Elle ne lui devait rien de sa réussite, elle avait tellement mis les pieds dans le plat que son travail ne pouvait être remis en question.
- Ok vous avez raison, et s'il s'avisait une réflexion, je le réduirais en pièce.
Alice regarda Laurence avec reconnaissance.
- Merci Laurence.
- Oui bref, ensuite ?
- Laurence, ya une personne qui doit savoir ?
- Qui ça ? on a parlé de tous les nuisibles possibles ?
Alice le regarda en essayant de lui faire comprendre.
- Il faut lui en parler.
Laurence comprit. D'un ton définitif il répondit.
- Hors de question d'en parler à ma mère !
- Pourquoi ?
- Alice, soyez pas plus bête que vous ne l'êtes. Elle ne comprendra pas la manœuvre, va s'imaginer des choses!
Et surtout, pensa t-il si elle savait la fin de l'histoire, elle me mettrait en bouillie.
- Je suis pas d'accord Laurence, elle m'aime bien et elle comprendrait.
- Alice, s'il vous plait!
Le fait d'utiliser son prénom fit comprendre à Avril qu'il ne transigerait pas. Pas la peine de se chamailler là-dessus. Elle n'avait pas envie de lui tenir tête mais n'allait pas renoncer à expliquer le rôle de Laurence et son soutien.
- Ok Laurence, pas d'Alexina.
- Et pas à Thierry non plus, ce mariage ne les regarde pas.
- Laurence, ….
- S'il vous plait!
Alice fit la moue tout en regrettant cette situation.
Les grands principes étaient validés, il fallait organiser les choses désormais.
- Alors on fait quoi maintenant Laurence ?
- Avant de se lancer dans les choses officielles, il faut parler au notaire qui vous a contactée.
- Pourquoi faire ?
- Il vous a indiqué les volontés de votre père. Ca mérite une réponse et l'inviter à votre mariage.
- C'est le votre aussi !
- Oui, sémantique !
- Bref, vous aurez le retour et comme cela, nous n'aurions pas à aller trop loin dans ce mariage et l'annuler sitôt après !
- Ah oui chouette idée…
Alice devint silencieuse tout d'un coup, ruminant ces bouleversements que sa vie connaissait.
Laurence laissait Alice dans ses pensées quelques minutes le temps de régler le serveur et de fumer une cigarette.
Alice était absente. Elle réagit en sentant Laurence revenir à ses côtés.
Elle poussa un gros soupir.
- Ca va Alice ?
Alice sourit en l'entendant.
Elle le regarda avec un œil neuf, reconnaissant de son aide et son soutien. Cependant les exigences de son père l'a déstabilisée. Absent, elle avait créé une image idyllique de lui. Désormais, l'étoile du père prodigue avait un peu pâli sans pour autant renoncer.
- Tout ça pour rencontrer le dernier des cons.
- Oui, c'est vrai mais vous ne le faites pas pour lui, vous le faites pour vous, pour retrouver les fils de vos origines.
- Ca devrait rendre heureux mais je n'ai qu'une envie : lui balancer ses 4 vérités.
- Rien que ça c'est déjà beaucoup. Ce chapitre de votre vie doit trouver une conclusion. Je ne pense pas qu'il faut que vous vous attendiez à ce que ça vous rende heureuse ou pas mais que vous ayez des réponses.
- Je comprends votre raisonnement mais j'y suis pas encore.
Laurence posa la main sur celle d'Alice.
- Ne vous inquiétez pas, je comprends.
Alice regarda intensément Laurence et serra du bout des doigts la main de Laurence pour le remercier, les mots n'exprimeraient jamais autant la gratitude d'Alice envers cet homme que ce simple geste, quand bien même elle ne le comprenait pas toujours.
Laurence n'avait qu'une envie, la serrer près de lui et la protéger, lui dire que tout irait bien mais les mots ne sortaient pas de sa bouche.
Laurence se reprit .
- Il y a une chose qu'il faut faire sans attendre .
- Parler à Marlène ?
- Parler à Marlène.
- Oh la la , ça va pas être de la tarte.
- Ya des chances….
Venez on va profiter de la plage pour se promener et on va réfléchir à la façon de parler à Marlène.
La promenade avait permis de détendre un peu Alice de tout ses soucis. Ils convenaient que de parler à Marlène ne pourrait se faire sans dégât et de la blesser. Autant mettre les pieds dans le plat rapidement.
- On rentre ce soir demanda Alice.
- Le temps qu'on arrive il sera tard et ce ne sera pas l'heure de déranger Marlène. Je vous propose qu'on essaie de profiter de notre soirée et du cadre et demain on s'en va. On l'appellera en route pour déjeuner avec elle ou la voir dans l'après midi pour crever l'abcès.
- Sacré abcès en effet !
Laurence comptait parler à Marlène pour la prévenir et avant de se voir sans qu'Alice entende avec le plus de précaution, sans arriver à se convaincre qu'il allait être entendu.
La soirée fut agréable mais sans entrain et sans véritable joie. Trop de choses tournaient dans sa tête pour qu'Alice profite du cadre et de la soirée. Elle apprécia enfin le cadre du restaurant haut de gamme, sans renverser ou paniquer devant le cérémonial.
En repartant vers leurs chambres, ils entendirent un orchestre répété leurs gammes dans une grande salle. Et s'arrêtèrent quelques instants pour écouter la musique des airs du moment, plutôt jazzy.
Laurence regarda Alice. Pour le faire enrager, elle avait coutume de trouver cette musique nulle et ringarde, préférant Elvis Presley. Finalement elle semblait y prendre goût.
Il aimait cette Alice, sereine et malgré tout curieuse de tout.
- Alors Avril, vous ne trouvez pas que c'est de la merde pour une fois ?
Alice regarda Laurence, elle savait qu'elle se faisait plaisir à chaque de le contredire sur ses goûts musicaux entre autres.
- J'avoue que la musique pour de vrai ça donne des frissons.
- Effectivement un disque ne rend pas aussi qu'un véritable spectacle, pas trop dur de dire que vous aimez la même musique que moi ?
- Oui il faut pas croire que les choses changent, même si on n'a rien en commun vous et moi !
Swan la regarda, ironique.
- Oui c'est ça rien en commun.
Elle sourit reconnaissant que la chamaillerie tombait à plat
- Oui bon c'est pas mal, c'est pas les Beatles mais c'est pas mal mais vous à part le jazz et le blues, ya rien qui vous branche !
- D'où vous sortez ça ?
- Ben, chaque fois que vous écoutez de la musique c'est toujours les mêmes trucs!
- Ca ne veut rien dire, quand je suis sur une enquête j'ai besoin de calme le soir et Little Richard n'est pas apaisant!
- Vous aimez Little Richard!
- Bien sur mais je préfère Sinatra et Dean Martin!
- Mouais…..
- Avril, un de ces soirs je vous ferai écouter quelques morceaux vous allez adorer !
- Ok et moi je vous ferai écouter des trucs qui bougent!
Alice tendit la main;
- Affaire conclue ?
- Affaire conclue!
Ils montèrent dans leur chambre en se saluant dans le couloir.
Avril allait rentrer dans sa chambre quand elle se retourna.
- Laurence?
- Mmmm ?
- Merci , je sais que je vous demande beaucoup mais votre soutien ça compte beaucoup.
Laurence regarda ses chaussures, gêné.
- Vous feriez la même chose pour moi.
- Oui mais quand même, … enfin bref, j'oublierai pas … bonsoir Laurence.
- Bonsoir Avril.
Alice se retourna vivement vers lui pour l'embrasser et mis ses bras autour de lui. Laurence fut surpris mais instinctivement passa aussi ses bras autour d'elle pour un bref instant avant de se ressaisir brusquement.
- Allez bonne nuit Avril.
- Oui, euh, oui, bonne nuit Laurence.
Avril avait été troublée d'être dans les bras de Laurence, une sensation qu'elle avait du mal à définir. Le temps de rentrer dans sa chambre elle se rendit compte qu'elle découvrait le Laurence protecteur, qu'il était toujours, malgré leurs perpétuelles prises de bec. Elle venait de découvrir l'homme en ne arrêtant de se focaliser sur ses défauts mais en convenant qu'il ne la laissait jamais tomber.
De son côté, Laurence malgré sa maîtrise de lui-même commençait à avoir du mal à cacher l'attraction qu'il ressentait pour Avril, sa fragilité le touchait.
- Allez ca va bien se passer, pensant à la conversation à venir avec Marlène…sans arriver à s'en convaincre.
Ils se saluèrent et rentrèrent dans leur chambre respective.
Ils reprirent le lendemain la route après le petit-déjeuner. Avant le départ, Laurence avait contacté Marlène pour la voir dans la journée. Il lui avait expliqué les très grandes lignes pour commencer à amortir le choc mais sans arriver à parler du mariage. Laurence craignait une boulette de Marlène.
Ils convinrent de se trouver chez Laurence à 15h lorsque Marlène reviendrait de son déjeuner chez Tata Lucette.
La route fut silencieuse et ils s'arrêtèrent sur la route du retour pour déjeuner mais sans grand appétit tant la perspective de parler à Marlène leur donnait le trac. Le temps s'étirait lentement tandis que le stress grandissait à mesure qu'ils approchaient de Lille.
Chacun assit l'un dans le fauteuil, l'autre dans le canapé, ils sursautèrent en attendant la sonnette. Laurence prit une grande respiration et alla ouvrir la porte pour ce qui allait un moment de grand moment de confession.
- Bonjour Commissaire, bonjour Alice ? Com…. Oh mon dieu quel mine tu as !
- Merci Marlène, je m'en été pas aperçue répondit Alice un peu vertement, regrettant aussitôt car la pauvre Marlène n'y était pour rien. Excuse moi, c'est pas trop facile en ce moment
- Oui je sais bien, ma pauvre….
Laurence coupa leur babillage pour entrer dans le vif du sujet.
- Marlène, voila… euh .. merci de votre venue, c'est dimanche mais la situation d'Avril est assez complexe ces derniers temps et il fallait que vous soyez au courant de la situation.
- Oh oui bien sûr commissaire, que dire devant un tel individu !
Laurence la regardait ne sachant si il parlait de Colbert ou de lui. Sans doute un peu les deux…
- Oui, bon euh, Alice, vous vouliez parler à Marlène , n'est ce pas ? Laurence se défaussait lamentablement mais le sujet venait aussi venir d'Alice.
Laurence lui jeta un regard désolé de la jeter dans la fosse aux lions. Alice lui en voulait de l'obliger à tout déballer mais comme c'était son idée….
- Oui Laurence, j'y viens… Marlène mon père a repris contact avec moi et exige pour le rencontrer que je me marie.
- - Oh oui seigneur quelle situation, lança Marlène d'un ton un peu faux et regarda de biais pour vérifier qu'elle s'en sortait bien.
- Voila Marlène, Laurence est aussi au courant et nous avons beaucoup discuté pendant ce weekend. Après mûres réflexions, j'ai décidé qu'il fallait que je connaisse mon père.
- Oui, bien sûr, tu veux que je t'accompagne pour te soutenir
- Euh non, puisque je ne le verrai pas avant de m'être marié et donc….
