Chapitre 15 : Interrogation en tous genres.
- Fandom du 11/06/2020 : Once Upon a Time.
- Défi 22 de Sarah et Voirloup : écrire un texte avec un Genderbend.
- Mot du 10/06/2020 Souffrance.
- P : Pinocchio.
- Avatar du 04/07/2020 de Sandara
- Si tu l'oses : 130. sécurisé.
- Qui est-ce : Écrire sur Emma Swan.
- Lieu du 18/09/2020 : Storybrooke
- Célébrité du 10/09/2020 Lana Parrilla
- Foire aux personnages : Personnage 7 : Regina
- Foire aux duos 77 : Neal Cassidy / Graham
- Fusion : Fusionner 11 défis.
En voyant Graham entrer dans le Granny's, Éléonora, la mémoire toujours emplie des images d'horreur qu'elle avait pu voir dans le livre d'Henry, ou qu'elle avait imaginé malgré elle en lisant le récit de la vie du chasseur, sentit la sensation de nausée de nouveau s'installer dans sa gorge.
La jeune femme prit une profonde inspiration avant de brièvement détourner le regard, désireuse d'écarter de ses pensées toutes les images de cœur arraché que la simple vision du shérif pouvait conjurer, essayant d'oublier toute la souffrance qu'il avait dû endurer alors (et qu'il endurait encore sans même le savoir), préférant se concentrer sur le chocolat chaud qu'elle venait tout juste de commander pour se débarrasser pour de bon du goût horrible qu'elle avait encore dans la bouche.
Puis, tournant brièvement le regard, elle ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel en réalisant que son collègue et ami se dirigeait actuellement vers le nouveau venu en ville, malgré ses conseils et ceux d'Emma.
Apparemment, il avait effectivement décidé de l'interroger alors même qu'il venait d'arriver, niveau hospitalité, ça le faisait pas trop, pensa-t-elle en grimaçant.
Mais bon, ce n'était pas ses affaires, et du moment que Graham ne faisait pas fuir l'étranger avec ses questions (elle aussi elle comptait lui en poser), ça lui allait.
Ça lui avait au moins permis une chose, elle devait l'avouer, maintenant, elle pensait à autre chose qu'au chasseur et à ce trou dans sa poitrine qu'il se traînait depuis plus de vingt-huit ans…
§§§§
August était pour l'instant relativement content de la tournure des choses.
Bon, certes, la ville était de toute évidence toujours maudite (dans le cas contraire, Regina n'aurait pas été là en train de déambuler librement dans les rues comme si elle n'avait pas condamné des milliers de personnes à l'enfer…), et il n'avait toujours pas eu l'occasion de parler à Emma, ni même de la voir, il ne savait en vérité même pas si elle était ici tout court, et seigneur, il ne savait pas encore non plus si il allait être capable de regarder son père en face en sachant à quel point il avait échoué, mais…
Au moins, il était là.
Aussi, lorsqu'il leva la tête et croisa le regard d'un homme habillé en policier qui se dirigeait vers lui, il eut bien du mal à dissimuler son agacement en réalisant qu'il avait semble-t-il l'intention de lui parler, et ce n'était pas tant le fait de devoir parler avec quelqu'un le problème, non, c'était autre chose.
Après tout, il avait bien échangé quelques mots avec la serveuse Ruby dans la journée (et il se souvenait d'elle dans la Forêt Enchantée, de Scarlett la louve, forte et combative, et à chaque fois qu'il posait son regard sur un des habitants de la ville, il avait envie de maudire Regina pour ce qu'elle leur avait fait subir, à tous), ça n'avait rien eu de difficile.
Et il savait se montrer sociable quand il le fallait, même si il n'avait eu guère d'amis au cours des vingt-huit dernières années (difficile de se lier à qui que ce soit quand on passait son temps à mentir sur qui on était vraiment), non, le véritable problème était le fait que le jeune homme qui était en face de lui était facilement identifiable comme étant le shérif de Storybrooke.
Ce qui soulevait deux soucis pour lui, premièrement, Regina était la mairesse de la ville, comme il l'avait appris depuis peu, il était donc très vraisemblablement sous ses ordres, et sans doute envoyé par elle, sa présence ne relevait certainement pas du hasard, et il allait probablement lui poser quelques questions sur sa présence en ville, deuxièmement, depuis son arrivée dans ce monde, il n'avait jamais eu un très bon rapport à l'autorité.
Cela n'avait rien d'étonnant, techniquement, il n'existait pas dans le monde sans magie, son identité avait été fabriquée de toutes pièces, c'était un mensonge, toute sa vie en était un en réalité, et sa vraie identité, celle qu'il avait reniée pendant tellement longtemps, qu'il avait cru pouvoir faire disparaître à force, avant qu'elle ne lui revienne brutalement dans la gueule avec la force d'un train lancé à pleine vitesse, lui attirerait plus d'ennuis qu'autre chose si jamais Regina apprenait qui il était vraiment.
De plus, il n'avait rien contre son interlocuteur, il ne le connaissait même pas après tout, et il ne lui avait absolument rien fait, mais quitte à discuter avec quelqu'un, il aurait préféré pouvoir parler avec Emma (sans oublier le fait que le temps leur était compté, ils avaient une malédiction à briser après tout, des gens à sauver, ils n'avaient pas de temps à perdre), si tant est qu'elle se trouvait bel et bien ici, mais sa jambe s'était retransformée en bois, alors ça devait bien vouloir dire qu'elle était là, n'est-ce pas ?
Et il avait également de plus en plus de mal à étouffer la peur qui lui tenaillait le ventre à l'idée que ce ne soit pas le cas, qu'elle soit n'importe où dans le monde sans magie sauf ici, ou même pire encore, qu'elle soit là et que la méchante reine se soit emparée d'elle et l'ait faite disparaître et c'était de sa faute, il était supposé la protéger, pas l'abandonner, murmura une voix dans sa tête qui ressemblait un peu trop à celle de son père, et le pire c'était qu'il ne pouvait pas lui donner tort.
De ce fait, le sourire qu'il adressa à l'ancien chasseur était plus crispé que sincère, ce dont l'autre ne se rendit absolument pas compte, l'ancien pantin de bois étant devenu (comble de l'ironie pour quelqu'un qui était supposé devoir être sincère pour pouvoir rester réel) un maître dans l'art du mensonge et de la dissimulation au fil des années.
« Bonjour, se présenta alors l'inconnu, mon nom est Graham Humbert, je suis le shérif de Storybrooke, et je vous souhaite la bienvenue dans cette ville… mais j'aimerais également vous poser quelques questions.
Alors c'était bien ce qu'il craignait, il aurait dû définitivement s'y attendre, d'après ce que lui avait dit Ruby, il n'y avait que peu de visiteurs dans cette ville, la reine devait déjà être au courant de sa présence dans sa ville, et elle essayait de déterminer si il pouvait constituer un danger ou non.
Au moins, l'autre avait eu la politesse d'essayer de ne pas faire ressembler cela à un interrogatoire en venant lui parler dans le restaurant et non en lui demandant de le suivre au commissariat, ce que cette discussion faussement cordiale n'allait pourtant pas tarder à devenir, il en avait déjà l'intime conviction.
- Je suppose que je ne peux pas y échapper, soupira-t-il avec un air résigné, avant d'inviter son interlocuteur à s'asseoir en face de lui, qui eut tout au moins la décence d'afficher un air gêné.
Dans les faits, il n'avait de toute façon aucune mauvaise intention à l'égard de qui que ce soit ici, bien au contraire, puisqu'il ne voulait qu'apporter son aide à la Sauveuse et l'aider à accomplir sa mission et celle qui lui avait été confiée par son père vingt-huit ans plus tôt, tout simplement.
Mais bien entendu, la mairesse Regina ne le verrait pas de cette manière, et le tout était également de savoir de quel côté se trouvait l'homme devant lui, allié ou ennemi ?
Il supposait qu'il ne pourrait pas le savoir tout de suite…
- Je suis navré, il s'agit d'une petite ville, les visiteurs se font rares, et notre mairesse a à cœur la sécurité des habitants de Storybrooke.
Bizarrement, Pinocchio avait un peu de mal à sincèrement y croire, et il serra les poings, la tension déjà présente dans ses épaules se raffermissant encore plus.
- Mais ne vous en faites pas, ajouta Graham avec un sourire confiant et qui se voulait rassurant, ce n'est qu'une simple formalité.
- Vous avez conscience en ayant une attitude pareille que les touristes sont peu présents dans votre ville probablement à cause de ça ? Ironisa August, tentant tant bien que mal de cacher son agacement grandissant.
Le shérif eut un sourire amusé, tout en grimaçant malgré tout, incapable de dire le contraire, et réalisant que la conversation devenait de plus en plus inconfortable, pour lui comme pour l'autre, et pour la énième fois, il maudit Regina et sa paranoïa exagérée.
- Sans doute oui, je m'en excuse d'ailleurs, j'essaie juste de faire mon travail.
Oh, il ne lui en voulait pas pour ça, il le plaignait en réalité, il aurait aimé pouvoir lui faire ouvrir les yeux, lui faire comprendre à quel point il avait tort sur tellement de choses.
- Je vois… Que voulez-vous savoir exactement ?
- Votre nom, et la raison de votre présence à Storybrooke.
- Je me nomme August Booth, et je suis tombé sur votre ville par hasard, mentit-il avec assurance, je parcours actuellement les États-Unis à la recherche de l'inspiration. Je suis écrivain, et je suis venu ici pour écrire. »
Ce n'était pas un mensonge, il était bien venu ici pour écrire, il n'avait pas besoin de lui dire qu'il était également là afin d'accomplir ce pourquoi il était venu dans le monde sans magie, ce n'est pas comme si le policier pouvait se souvenir de quelque chose.
Je suis là parce que je suis en train de mourir.
(Oui, sincère, altruiste et courageux, c'était pas encore ça…)
Graham était réellement mal à l'aise, maintenant qu'il avait toutes les informations dont il avait besoin, il n'avait pas la moindre idée de comment terminer cette conversation de manière naturelle, il n'avait pas la moindre raison valable de poser d'autres questions, surtout qu'il n'avait absolument rien fait de mal, et plus il y pensait, plus il réalisait à quel point l'ordre que lui avait donné Regina était absurde.
Et il était donc complètement coincé.
Éléonora et Emma avaient eu raison dès le début, cette discussion était une très mauvaise idée.
Ce fut en vérité August qui lui permit de s'extirper de cette situation de plus en plus gênante.
« Est-ce que ce sera tout ou bien avez-vous d'autres questions à me poser ? Fit-il avec une politesse froide derrière laquelle on devinait très bien l'agacement.
- Non, ça ira, merci, marmonna-t-il, se sentant de plus en plus mal à l'aise, le pire, c'est qu'il ne voyait aucune raison de ne pas lui faire confiance, et l'autre avait l'air d'être quelqu'un de tout à fait sympathique, mais bon, vu la très mauvaise première impression qu'il venait de lui donner, normal qu'il n'ait pas l'air ravi de discuter avec lui. »
Et une part de lui-même avait presque envie de s'excuser et sincèrement, il avait vraiment de plus en plus de mal à comprendre l'attitude de Regina.
Il eut un dernier sourire crispé, avant de le saluer rapidement, de se lever et de quitter le restaurant.
Et August resta seul, un air perplexe sur le visage.
Cette discussion avait vraiment été très étrange.
Quant à Graham, une fois sorti, celui-ci dut résister à l'envie de se cogner la tête contre le mur, cette conversation avait été un putain de désastre, et il l'avait vu venir en plus.
Il fallait qu'il parle à Regina aussi, et pas uniquement pour lui faire son rapport.
Il fallait qu'ils s'expliquent, immédiatement…
§§§§
Voyant son collègue sortir, Éléonora (qui n'avait certes pas pu écouter la conversation, mais se doutait bien de la teneur de celle-ci) sauta sur l'occasion qui lui était donnée de pouvoir enfin converser avec le nouveau venu.
« Attends moi ici, fit-elle à Henry à qui elle avait offert un autre chocolat chaud, je reviens dans quelques minutes. Hey ! Dit-elle poliment, et August leva la tête dans sa direction, désolée pour l'attitude de mon collègue, Graham est… enfin, c'est un brave type, je vais pas dire le contraire mais niveau subtilité c'est pas toujours ça, je dois le reconnaître. Sans compter que bon, pour sa défense, il avait pas des masses envie de vous déranger avec ces questions, c'est la mairesse, Regina qui le lui a demandé, et disons… qu'elle est quelque peu… compliquée.
- Oui, j'ai eu l'occasion de m'en rendre compte, marmonna le nouveau résident.
- M'en parlez pas, grimaça-t-elle. Je peux m'asseoir ? Demanda-t-elle, et il acquiesça.
- Alors quoi, enchaîna-t-il avec un amusement mêlé à de la lassitude, vous deux, vous allez jouer au bon flic et au méchant flic, et vous venez rechercher les dernières informations qu'il vous manque ?
C'était à moitié une blague, à moitié sérieux, il n'avait pas de moyen de savoir qui était aux ordres de Regina et qui ne l'était pas dans cette ville après tout.
Pourtant, en voyant la jeune femme rire de bon cœur, il sentit sa méfiance quelque peu s'amenuiser.
- Nan, vous en faites pas, déjà c'est pas mon genre, et en plus j'étais contre le fait de vous poser des questions comme ça alors que vous venez tout juste d'arriver, niveau hospitalité c'est franchement pas top. Je suis Éléonora Cassidy, fit-elle en lui tendant la main, qu'il serra immédiatement.
- August Booth.
Puis, en réalisant qu'il semblait attendre une question qui ne venait pas, elle haussa les épaules.
- Je vous l'ai dit, ce que vous faites ici, c'est pas mes oignons, que ce soit pour faire du tourisme ou juste parce que vous êtes arrivé ici comme ça, peu importe.
Bon, ce n'était pas totalement vrai, mais c'était bien plus subtil que de directement lui demander si il était là pour essayer de briser une malédiction, et un peu plus crédible aussi, il est vrai.
- Hé bien… merci. Si je suis ici, ajouta-t-il malgré tout, c'est pour écrire.
- Ah ? Fit-elle avec une lueur de curiosité dans le regard. Et vous écrivez sur quoi exactement ?
- Sur les contes de fée.
Oh.
Ouais, pour n'importe qui d'autre, ça aurait été quelque chose de banal et d'anodin, mais pas pour elle, qui vivait dans une ville maudite et où des personnages de contes étaient enfermés depuis des décennies, et ce n'était définitivement pas une coïncidence, et elle sut qu'il avait vu la lueur d'intérêt apparaître dans son regard, et si elle l'avait plus côtoyé, peut-être lui aurait-elle demandé ce qu'il savait, mais elle préféra jouer la prudence et se taire.
Quant à lui, il ne put que constater qu'elle se doutait peut-être de quelque chose, et il se demanda si elle était à la solde de Regina, ou même si elle se souvenait de quoi que ce soit, et ne pas savoir était une véritable torture.
- Intéressant, très intéressant, si vous voulez parler de contes de fée avec quelqu'un dans cette ville, ce petit gars là-bas, fit-elle en désignant Henry du regard, c'est un spécialiste du sujet, vous devriez bien vous entendre avec lui. Par contre, le prévint-elle, évitez de lui parler quand sa mère Regina est dans les parages, elle est assez protectrice à son égard. Mon amie Emma en a fait les frais, marmonna-t-elle en grimaçant, et elle ne vit pas l'étincelle d'espoir s'allumer dans son regard alors qu'elle prononçait ce nom.
Emma…
Il n'aurait pas dû espérer, mais ça faisait vingt-huit ans bon sang, et le destin trouvait toujours un moyen, alors peut-être…
Peut-être qu'elle avait réussi à trouver la ville sans lui qui sait ?
Il n'eut pas plus le temps de se poser de questions que la porte du restaurant s'ouvrit, et un sourire chaleureux apparut sur le visage de la brune quand elle vit de qui il s'agissait.
- Tiens, quand on parle du cygne… Dit-elle avec amusement, et il se figea, sous le choc. »
Le cygne…
Emma, Emma, Emma…
Emma Swan, c'était bien le nom qu'elle avait choisi la dernière fois qu'il l'avait vue, pas vrai ?
Et, en regardant la jeune femme, en réalisant qu'elle était blonde aux yeux verts, en la regardant droit dans les yeux, il sut que c'était bien elle.
La Sauveuse.
Celle qui était supposée briser la malédiction et tous les sauver.
Et il pressentait déjà que ce n'était définitivement pas gagné, loin de là.
- Sinon ? Demanda-t-il, curieux, tentant de rester le plus calme et indifférent possible, cela fait longtemps que vous vivez à Storybrooke ?
- Oh absolument pas, Emma et moi on est arrivées ici il y a quelques semaines, c'est… un peu compliqué et long à expliquer.
D'accord, donc elle n'était pas maudite, mais alors…
Qu'est-ce qu'elle faisait là exactement ?
Emma, c'était logique, c'était son destin de venir à Storybrooke, mais cette femme n'avait rien à faire là !
Ou du moins, il n'avait pas la moindre idée de qui elle était.
Et cependant, l'idée que malgré tout, la princesse qui avait dû grandir sans parents avait fini par se trouver une amie, voire une famille, malgré le fait qu'il l'avait abandonnée, lui faisait terriblement chaud au cœur.
En voyant Emma et Henry se lever de leurs chaises, elle se leva à son tour.
« Je vais y aller, encore désolée pour tout à l'heure normalement ça ne devrait plus se reproduire.
Il sourit.
- Merci, au moins je suppose que j'ai passé le plus compliqué maintenant.
Elle sourit à son tour.
- Oui c'est vrai… »
Alors qu'elle sortait, suivant Emma et Henry, il prit une profonde inspiration.
Bien, il avait réussi à entrer à Storybrooke et à ne pas se faire chasser, mais la question qu'il se posait désormais était…
Il faisait quoi maintenant ?
§§§§
Graham s'était déjà sentit mal avant cela, après avoir obéi à un des ordres de Regina, mais jamais à ce point-là.
Lorsqu'il avait dû arrêter Emma Swan suite à la dénonciation d'Archie par exemple, mais là encore, ça avait été différent, il y avait une réelle raison, un vrai motif, alors que là… rien, absolument rien du tout.
En vérité, quand la blonde avait débarqué à Storybrooke, il avait compris les inquiétudes de son amante, des peurs plus personnelles et légitimes, après tout, elle était la mère biologique d'Henry, et elle surgissait d'un coup dans sa vie comme ça, sans prévenir, et cela venait d'Henry lui-même, ce qui était sans doute pire que si Emma était venue d'elle-même à Storybrooke.
Non seulement elle avait peur que cette dernière ne lui arrache son fils, mais en plus, son enfant était parti retrouver celle qui lui avait donné la vie et l'avait abandonné parce qu'il avait le sentiment que sa mère adoptive était un monstre, niveau coup de poignard dans le cœur, ça se posait là…
Donc oui, même si les réactions de Regina vis-à-vis d'Emma Swan avaient été excessives, elles étaient parfaitement compréhensibles, car motivées par la crainte, elle voyait son fils de plus en plus s'éloigner d'elle, elle avait peur de le perdre, peur que cette autre mère ne soit venue afin de détruire sa vie et son bonheur, et elle avait tort bien sûr, il le savait maintenant qu'il avait pu côtoyer Emma, mais comment lui en vouloir ?
Elle était juste une mère terrifiée à l'idée qu'on lui enlève son fils.
Mais ça, en revanche… ça n'avait pas le moindre sens !
August n'était absolument pas lié d'une quelconque façon à tout ça, c'était juste un nouveau venu en ville, il n'avait rien à voir avec la situation familiale compliquée de la mairesse, alors non, il ne comprenait définitivement pas pourquoi elle en avait aussi peur, et le prétexte de faire en sorte que la ville soit plus sécurisée n'était juste pas crédible, pourquoi s'en prendre directement à quelqu'un qui n'avait rien fait ?
À moins que ce soit justement pour le chasser le plus vite possible de la ville, comme le croyaient Emma et Éléonora, ce qui avait encore moins de sens que sa paranoïa exagérée et disproportionnée et était donc encore plus discutable, et il se demandait sincèrement pourquoi elle agissait ainsi, il avait juste envie de comprendre.
(Ah, s'il avait su.)
Par ailleurs, ce qu'il venait de se passer ne faisait que raviver les doutes qui l'agitaient depuis déjà plusieurs semaines, depuis l'arrivée d'Emma et d'Éléonora en réalité, et il ne savait pas si le changement de comportement de Regina datait de ce moment précis, ou si il avait juste fini par finalement ouvrir les yeux sur qui elle était réellement, mais de toute évidence, la discussion qui allait suivre serait tout sauf agréable.
En entendant des bruits de pas résonner dans le commissariat, il prit une profonde inspiration et se retourna.
« Alors, qu'est-ce que ça a donné ?
Avant les choses auraient été totalement différentes, il aurait tout simplement raconté ce qu'il avait appris, sans rien ajouter de plus.
Mais là, il avait le sentiment diffus que ce qu'elle lui avait demandé de faire était mal, et c'était tout sauf la première fois, il avait comme le sentiment qu'il ne pouvait rien lui refuser, et il ne savait pas si ça avait un rapport avec sa relation (cachée) avec elle, mais tout cela le mettait de plus en plus mal à l'aise, et il avait juste envie que ça cesse.
Il ne savait juste pas comment faire.
- Je pense définitivement que ce n'était pas une bonne idée Regina, déclara-t-il, et il ne put manquer la manière dont tout son corps se tendit face à ses mots. Elle n'avait jamais aimé être contredite, et il ne s'en était jamais autant rendu compte qu'à cet instant précis.
Elle croisa les bras.
- Peut-être, reconnut-elle de mauvaise grâce, mais je continue de croire que ce type dissimule quelque chose de louche. »
Comment avait-il pu entrer, voilà la question qu'elle se posait depuis qu'elle avait appris son arrivée, pour Emma et les autres, le fait d'avoir été avec Henry, qui était le seul excepté elle-même à pouvoir entrer et sortir sans la moindre difficulté, pouvait l'expliquer, sauf qu'il était venu seul.
Il venait de la Forêt Enchanté ou d'un autre monde avec de la magie, il ne pouvait pas en être autrement.
Qui était-il, voilà ce qu'elle voulait savoir, voilà la peur panique qui s'agitait en elle, liée à une autre, peut-être même encore plus terrifiante, était-ce un signe que son sort était en train de s'affaiblir ?
Elle espérait que non.
Mais Graham ne pouvait pas le comprendre, évidement, il ne se souvenait de rien, il ne pouvait pas partager ses craintes, alors elle devait se montrer prudente et mesurée.
Difficile à faire quand absolument tout autour d'elle menaçait de s'écrouler.
« Et moi, je pense que tu surréagis un peu trop, et que tu es paranoïaque.
Elle fronça les sourcils.
- Paranoïaque… Paranoïaque ? J'essaie tout simplement de protéger notre ville, et avant, ce genre de phrase aurait parfaitement fonctionné sur le shérif, mais elle lut dans son regard que ce n'était pas le cas cette fois.
Henry n'était visiblement pas le seul sur lequel elle perdait le contrôle…
- Oh vraiment ? Ironisa-t-il. Comme quand tu as fait coffrer Emma Swan pour un crime qu'elle n'avait pas commis ? En demandant à Archie de mentir, et en me demandant aujourd'hui d'interroger une personne qui pour ce que j'en sais, est complètement innocente ? Je ne sais pas à quel jeu tu joues Regina, mais je n'aime définitivement pas ça. Je sais que tu es à cran depuis qu'Emma est arrivée ici, mais ce n'est pas une raison pour user de tes pouvoirs et de ta fonction de manière abusive.
- Ça ne me dit toujours pas ce que tu appris, rétorqua-t-elle d'un ton sec.
Il soupira.
- Il s'appelle August Booth, il est écrivain et il voyage à travers tout le pays pour trouver l'inspiration, c'est tout ce que j'ai pu apprendre, et je le trouve bien aimable d'avoir accepté de répondre à mes questions alors qu'il n'en avait pas l'obligation.
Elle réalisa alors qu'elle ne pourrait rien tirer de plus de lui.
- Je vois… J'espère que tu ne te trompes pas à son sujet dans ce cas-là. »
Et, alors qu'elle se retournait, elle vit ni plus ni moins qu'Éléonora Cassidy en personne et elle grimaça.
Elle avait pourtant bien fait en sorte qu'Emma ait droit à un peu de temps avec Henry pour s'assurer qu'elle ne viendrait déranger sa conversation avec Graham, elle n'avait prévu que l'amie de cette dernière serait là.
Se forçant à sourire, elle la salua avec une fausse politesse.
« Miss Cassidy…
- Mme Mills, lui répondit-elle avec le même sourire forcé. Alors que Regina quittait la pièce, elle posa son regard sur Graham, qui soupira une nouvelle fois.
- J'imagine que tu as tout entendu ?
- Oui, exact, reconnut-elle. Tu veux en parler ?
Avant, il aurait dit non, parce que sa relation avec Regina était un secret, et qu'il n'était pas supposé s'épancher à ce sujet, mais…
Peut-être en avait-il besoin en fin de compte.
- Je suppose… que ça ne me fera pas de mal, acquiesça-t-il, et, alors qu'elle s'asseyait devant lui, il commença à parler. »
A suivre…
