Ils s'installèrent à table, Marlène et Taria amenèrent les plats, aidé par Grieldan qui était le plus dégourdi. Triss déposa Skjall, qu'elle avait gardé une bonne partie de la journée, et s'assit à côté d'elle. Yennefer quant à elle s'était placée entre Geralt et Léo, désappointée par le comportement de sa consœur magicienne.
La mauvaise humeur de la brune s'estompa néanmoins bien vite : après s'être installés, tous levèrent leur verre, enjoués. Léo embrassa sa compagne, et les remercia maladroitement. Il se dit aussi qu'il n'était vraiment pas fait pour ce genre d'occasion. Durant le repas, Zoltan et Grieldan durent faire des aller retours à la cave pour récupérer de nouvelles bouteilles de vin, remplaçant celles qui étaient vides. Anna Henrietta, duchesse de Toussaint, avait fait livrer du Sangreal[1] exclusivement pour l'occasion.
Des bruits de sabots se firent entendre, et deux cavaliers firent leur apparition, Triss et Yennefer se levèrent, aux abois, mais Geralt leur fit signe que tout allait bien. L'une des personnes retira son capuchon, et tous aperçurent une longue chevelure châtain, coiffée artistiquement, un nez anguleux, et des yeux d'un bleu qu'on aurait cru fiévreux.
La plupart des gens assis à table se levèrent et saluèrent – plus ou moins maladroitement – la duchesse de Toussaint. Geralt fut le premier étonné, et lui demanda la raison de sa visite. Le deuxième cavalier ôta son capuchon c'était Damien de la Tour, le capitaine de la garde royale. Geralt esquissa un rictus amer en voyant son visage, cinglé par une horrible cicatrice dont il était un des seuls à connaître l'origine.
Le chevalier n'en tint pas rigueur pour autant, préférant éloigner ce souvenir de sa mémoire, et s'inclina légèrement. Nous avons appris qu'un banquet en votre honneur, ainsi qu'en celui de votre fils, Ci… Dame Ciri, avait lieu ici même. De ce fait, Notre princesse Anna Henrietta a insisté pour que je l'escorte personnellement, et ce, dans la plus grande discrétion, jusqu'à vous…
Le sorceleur aux cheveux albâtres esquissa un sourire. A la mine crispée de Damien, il pouvait deviner que celui-ci s'était retenu de sortir son parchemin, mais qu'il avait tout de même appris par cœur son contenu. Barnabas-Basile installa deux autres chaises, et couverts, puis convia les deux invités à s'asseoir à bout de la table. Le chevalier refusa poliment d'abord, mais dû accepter lorsque la duchesse lui demanda de prendre place à ses côtés.
La soirée fût joyeuse. Léo se détendit peu à peu, plaisantant avec Zoltan, Grieldan et Jaskier, pendant que Ciri discutait avec Anna Henrietta et Taria, qui s'était jointe à la conversation. Geralt et Yennefer s'étaient isolés un moment, s'occupant de Skjall qui s'était réveillé. Triss quant à elle discutait avec le majordome, et Damien de la Tour était sorti dehors. Lambert était sorti depuis un moment lui haïssait ce genre d'événement, et était venu seulement pour voir Ciri, qu'il appréciait énormément.
Thoran, Iorvan et leurs hommes chevauchèrent le reste de la journée avant d'apercevoir enfin les premières pierres du vignoble de Corvo Bianco. Le mage elfe les stoppa net, et décida d'envoyer quatre de ses hommes en éclaireurs. Ils revirent au crépuscule faire leur rapport. Thoran se mit à réfléchir un moment. Deux magiciennes, un nain, deux elfes, deux sorceleurs, une sorceleuse, un barde, une vieille, un binoclard et un bébé… Cela s'annonce plus compliqué que ce que je pensais….
L'elfe fit les cent pas, Iorvan était assis, pensif, et leurs hommes s'impatientaient. Mais ils savaient qu'ils devaient attendre les ordres de leurs supérieurs pour agir. Le mage continua à tourner en rond un moment. Il ne trouvait aucune solution qui ne les mettrait pas en danger. Il fallait tenter de s'approcher de l'enfant sans se faire remarquer par les magiciennes. Thoran, une idée en tête se leva, et fit un signe à ses hommes, puis à Iorvan tous savaient ce qu'ils avaient à faire, et lui savait qu'ils n'en rechaperaient pas vivants.
Le soir, alors que la fête battait son plein, et que tout le monde semblait s'amuser, quatre ombres descendirent discrètement de la colline, jusqu'au mur, pendant que les deux elfes restaient en retrait, attendant le moment propice pour agir. Thoran murmura quelques mots, l'un des hommes trembla légèrement, et ses pupilles changèrent de couleur.
Les poils de Triss s'hérissèrent. La rousse sentit très rapidement la magie, malfaisante, qui était active autour d'eux, mais n'arriva pas à discerner sa source exacte… Elle semblait être à deux endroits différents, un qui était statique, l'autre qui se rapprochait de plus en plus d'elle. Elle tourna la tête et son regard croisa celui de Yennefer la brune aussi l'avait senti.
Discrètement, les deux magiciennes se levèrent. Geralt héla sa bien-aimée, sans succès. Il la chercha du regard, et comme il ne vu pas Triss non plus, il se dit qu'elles avaient une bonne raison de s'être éclipsées. Le sorceleur se désintéressa rapidement de l'affaire, Zoltan lui proposant un énième verre de verre. Il était déjà bien soûl, mais ne refusa pas.
Jaskier partit chercher son luth qu'il avait égaré dehors, près de l'étable. Il récupéra son instrument, sans faire attention à l'ombre qui disparut furtivement derrière lui. Dans la salle à manger, il se mit à chanter. Ciri coucha Skjall, et en redescendant, remarqua l'absence des magiciennes. La jeune femme demanda à Barnabas-Basile s'il ne les avait pas vu. Il hocha négativement la tête. Elle se rassit, mais se demanda où elles avaient bien pu passer.
De leur côté, les magiciennes se séparèrent très vite : Triss suivit les ondes magiques statiques, et Yennefer remarqua bien vite l'intrus. L'elfe, qui avait maladroitement fait tomber une pierre du muret, et qui avait essayé de la rattraper, avait dévoilé sa position. Avant même qu'il puisse faire le moindre geste, La brune avait marmonné quelques mots dans sa barbe, et il se retrouva paralysé. L'intrus tomba lourdement au sol.
La rousse trouva la source de magie mais lorsqu'elle s'en rapprocha, elle disparut soudainement. Thoran attrapa Iorvan par la cape, ouvrit un portail qui les avala, avant de se refermer. Il se maudit de les avoir sous-estimées, mais il sembla qu'ils n'avaient pas été repérés. Triss, du haut de la petite colline du domaine observa les environs : rien, pas âme qui vive. Si quelqu'un avait été ici auparavant, ce dont elle se doutait, il ou ils avaient disparu. En faisant marche arrière, elle entendit un cri.
Un des elfes de Thoran s'était faufilé derrière Yennefer, et avait tenté de la prendre par surprise. Taria, qui avait trouvé leur absence plus que louche, avant décidé de suivre les deux magiciennes, et elles ne l'avaient pas remarqué. Voyant le second intrus se faufiler derrière, elle avait murmuré quelques mots, et il s'était mis à léviter En criant, il dévoila ainsi sa présence, laissant le temps à Yennefer de ne pas se laisser surprendre.
Triss accouru, piégeant par la même occasion le troisième elfe, sur qui elle envoya la foudre il tomba raide mort. Le bruit alerta les plus sobres, qui se trouvaient dans la maison. Ciri et Léo sortirent, et dégainèrent leurs lames de leurs fourreaux, prêts à se défendre. Le dernier elfe tenta de s'infiltrer par l'arrière de la maison, mais Marlène l'assomma avec le premier objet qui lui passa par la main. Avec l'aide de Barnabas-Basile, elle traîna le corps dehors. Trois des bandits étaient à terre, et alors que le dernier tentait de s'enfuir, Taria lui barra la route. Pris au piège, il recula.
Les deux magiciennes tentèrent de le faire parler, sans succès. La joie et la bonne humeur s'étaient envolés en un instant. Anna Henrietta s'avança vers l'elfe, et voyant qu'ils ne pourraient rien obtenir de lui, ordonna à Damien de l'emmener. Le chevalier, serrant fermement les liens de son prisonnier, sella son cheval et partit pour le château. La duchesse, après les avoir remerciés de leur accueil, et s'être excusé de ce qui était arrivé – elle se sentait en partie responsable -, suivit le chevalier.
Triss et Yennefer se regardèrent d'un œil complice : elles avaient toutes deux vu le deuxième elfe s'élever légèrement dans l'air. Leurs soupçons étaient fondés, Taria leur cachait quelque chose. L'elfe rousse sentit leurs regards lourds posés sur elle. Elle sut qu'elle était démasquée. Mais combien de temps faudrait-il encore attendre avant que son secret ne soit dévoilé ?
Elle se pencha sur l'un des corps, fouillant ses poches, et en sortit un feuille, pliée en quatre. Les autres ne trouvèrent rien sur les deux autres cadavres. Taria se leva, avant de leur montrer sa découverte. Geralt, qui venait – un peu tard – d'accourir, suivit de près par Grieldan, Zoltan et Jaskier écarquilla les yeux. Marlène et Barnabas-Basile gardèrent comme à leur habitude leur sang-froid. Lambert, sans l'annoncer, était partit dans la soirée. Yennefer et Triss avait le visage grave. Léo serra fort sa compagne contre lui. Skjall dormait.
Personne ne savait pour quelle raison ils venaient de trouver un portrait. Celui de Ciri.
