Partie 8

18

Quand il arrive dans la cuisine, il y trouve Sephiroth derrière ses fourneaux. Un livre de recettes ouvert près de lui, dont il semble suivre les instructions, celui-ci a entamé les préparatifs du dîner. À table, Loz s'occupe d'éplucher des oignons. Un couteau en main, il a le nez rouge et les yeux larmoyants – qu'il tourne en direction de Yazoo.

— Oh, Yaz' ! le salue-t-il, tout en reniflant et en lui offrant un large sourire.

Sephiroth, lui, se contente d'un bruit de gorge de bienvenue, sans quitter des yeux son livre. Des larmes coulant le long des joues de Loz, Yazoo questionne en soupirant :

— Pourquoi tu l'as laissé s'occuper des oignons ?

— C'est lui qui a insisté.

— Ouais, je peux le faire, maintenant. Je suis plus un bébé !

— C'est pas une question d'être un bébé ou non, répond Yazoo en s'approchant de lui pour lui tirer doucement l'oreille. Juste que c'est au grand frère, logiquement, de se charger des tâches désagréables. Et puis c'est beaucoup plus amusant quand c'est toi qui t'en occupes.

Cette fois, Sephiroth lui adresse un regard par-dessus son épaule.

— Amusant ?

Et à Yazoo de tracer un cercle du doigt à hauteur de son visage.

— Je parle de la tête que tu fais dans ces moments-là. Tu refuses tellement de pleurer que ton expression est trop drôle.

Loz laisse entendre un petit rire, avant de renifler.

— Ouais, c'est vrai. Il fait cette tête-là !

Disant cela, il fronce exagérément les sourcils et pointe le nez en l'air, dans une expression de fierté un peu crispée. Yazoo approuve :

— Oui, voilà. Tu ressembles exactement à ça !

Là-dessus, il se dirige vers le frigidaire, dont il ouvre le compartiment congélateur. À l'intérieur, il attrape l'un de ses masques moutons – semblables à de petits traversins pourvus d'une tête et de pattes minuscules, ainsi que d'une queue – et va pour le porter à son front, mais la main de Sephiroth le prend de vitesse.

— Tu as de la fièvre, note celui-ci avec contrariété.

— Je sais.

— Il s'est passé quelque chose ?

Avec un haussement d'épaules, Yazoo colle son mouton à son front et retient un soupir de soulagement.

— Pas spécialement, non.

Peu satisfait de la réponse, Sephiroth fronce les sourcils.

— Va te coucher jusqu'au dîner.

Avant de s'en retourner à sa tâche.

— Non, c'est bon.

Ce qui attire de nouveau sur lui le regard de Sephiroth, mais également celui de Loz. De plus en plus contrarié, le premier réplique :

— Tu sais bien que tu ne dois pas forcer. Tu risques d'avoir du mal à t'en remettre, sinon.

— Je sais. Mais j'ai vraiment pas envie d'aller me coucher.

En vérité, si… du moins, son corps tout entier lui hurle-t-il grâce. Malheureusement pour lui, son esprit continue de s'y refuser et se montre même particulièrement obstiné.

— C'est dangereux, Yaz', lui fait Loz d'une petite voix. Tu sais bien que c'est dangereux.

— Je ne veux juste pas aller me coucher maintenant, lui répond son frère en venant s'installer près de lui. Il est encore tôt, de toute façon.

— Ce n'est pas une raison, lui répond Sephiroth.

Mais comprenant qu'il aura du mal à se faire obéir par son cadet – qui, avachi sur sa chaise, a maintenant une expression butée –, il capitule à contrecœur.

— Ne viens pas te plaindre demain, soupire-t-il en retournant à sa tâche.

En réponse, Yazoo hausse à nouveau les épaules, avant de venir s'appuyer contre celle de Loz. De retour à ses oignons, celui-ci dodeline doucement de la tête, heureux de ce rapprochement. Son mouton contre son front, Yazoo, lui, a de plus en plus de mal à garder les yeux ouverts. Ses idées ne sont plus tellement claires non plus et il sent bien qu'il se comporte comme un gamin. Néanmoins, il ne parvient toujours pas à se résoudre à monter se mettre au lit. Il sait bien qu'il risque de le regretter, que demain, il a de grandes chances de rester coucher une bonne partie de la journée, mais…

Une fois de temps en temps, j'ai bien le droit, moi aussi, d'être déraisonnable… !

Oui, ce n'est pas comme si ça arrivait tous les jours, de toute façon.

La cuisine est à présent envahie de grésillements. Étant venu récupérer les oignons épluchés et émincés par Loz – qui se mouche dans un kleenex – Sephiroth s'emploie à les faire revenir. Et ce n'est qu'au terme d'une bonne minute de silence qu'il reprend la parole :

— Angeal m'a dit que tu l'avais aidé avec la camionnette, ce matin.

Un « Mhhh… » un peu lointain échappe à Yazoo.

— Il était plutôt impressionné, poursuit son frère. Je le suis aussi, d'ailleurs.

— J'aime bien ça…

— La mécanique ?

En réponse, Yazoo opine du chef. L'air songeur, Sephiroth lève les yeux au plafond. La cuisine étant dépourvue de climatisation, il y fait une chaleur plutôt éprouvante, que n'arrangent en rien ses activités. Dans la casserole, les oignons ont commencé à se ramollir et il les mélange de sa spatule.

— Tu ne m'as pas dit que tu voulais une moto… ?

— Si.

Et un peu surpris que le sujet revienne sur le tapis, surtout alors que son frère n'y a pas redonné suite depuis plusieurs mois, Yazoo redresse sa position.

— Peut-être qu'on devrait t'en acheter une, finalement, lui dit Sephiroth en baissant le feu sous sa casserole. Après tout, tu as l'âge d'en posséder une.

— Kadaj va être jaloux, fait remarquer Loz en croisant les mains derrière sa nuque.

— Eh bien qu'il le soit. En ce qui le concerne, il n'est pas encore suffisamment mâture pour que je lui permette d'avoir ne serait-ce qu'une mobylette.

Comme s'il était de cet avis, Loz opine du chef, avant de faire un sourire à Yazoo.

— C'est chouette, hein, Yaz' ?

Avec un bruit de gorge, celui-ci lui rend faiblement son sourire. Sephiroth, qui s'est tourné vers eux, reprend :

— Il y a une vieille moto, en ville. Elle ne fonctionne plus et son propriétaire s'en débarrasse pour une bouchée de pain. Je me dis que ce serait un bon entraînement pour toi que d'essayer de la remettre en état, qu'est-ce que tu en dis ? (Puis surprenant le léger froncement de sourcils de Yazoo, il ajoute :) Bien sûr, si tu n'y parviens pas, nous t'en achèterons une autre. Une qui fonctionne déjà.

Une proposition que l'intéressé trouve séduisante. Oui, en un sens, ce serait comme faire d'une pierre, deux coups. Non seulement ça lui permettra de se faire la main sur la mécanique d'une moto – véhicule avec lequel il n'a que peu d'expérience –, mais en plus, à terme, il aura enfin un moyen de locomotion avec lequel il pourra se déplacer aux quatre coins de l'île.

Oui, si je me contente de croiser des gens là-dessus, ça devrait moins m'affecter…

Parce qu'aussitôt croisés, aussitôt ceux-ci seront de l'histoire ancienne. Forçant un petit sourire sur ses lèvres, il se laisse de nouveau aller contre le dossier de sa chaise.

— Ce serait super !

— Dans ce cas, lui dit Sephiroth, j'irai la chercher d'ici quelques jours. Il faudra aussi qu'on te procure des outils – enfin, qu'on complète ceux qu'on possède déjà – et des pièces pour ta moto. Pour ce dernier point, je te laisserai faire les recherches nécessaires et me dire ce dont tu auras besoin…

Et comme Sephiroth s'en retourne à ses fourneaux, Yazoo revient appuyer sa tête contre l'épaule de Loz. Celui-ci, qui n'a maintenant plus rien à faire, se contente de suivre des yeux une mouche qui s'est perdue au niveau du plafond. Puis il renifle et fronce les sourcils, renifle à nouveau à hauteur des cheveux de son frère et dit, contrarié :

— T'as une drôle d'odeur.

— Ah bon ?

— Ouais. Tu sens pas comme d'habitude et je sais pas si j'aime ça.

— Je te jure, toi, t'es un vrai chien renifleur !

Et en parlant de chien, il remarque seulement l'absence de Gold.

— Angeal n'est pas là ?

Car pour que l'animal ne soit pas avec Loz, c'est qu'il est forcément avec lui. Tout à sa tâche, Sephiroth répond :

— Il est retourné en ville faire une course.

Et comme la camionnette se trouve garée à sa place habituelle, celui-ci a visiblement décidé d'y aller à pied. Ce qui fait une petite trotte, mais rien d'insurmontable non plus, encore moins pour un membre du SOLDAT.

Son regard s'attardant sur Sephiroth, Yazoo pousse un soupir discret. Comme souvent, poser les yeux sur ce dernier suffit à lui déclencher des complexes.

Ce n'est pourtant pas comme si son frère se souciait vraiment de son apparence. Ses cheveux longs ont été ramenés derrière sa nuque en une queue de cheval qui aurait besoin d'un bon coup de brosse, et plusieurs mèches humides se sont collées à sa peau. Sa tenue, qui se compose d'un t-shirt sombre, d'un jean, et d'une paire de sandales, est quant à elle d'une simplicité déconcertante – surtout en comparaison de la façon dont il se vêtait au SOLDAT. De la sueur lui perle au niveau du menton, qu'il essuie sur sa main. Il a l'air fatigué, les traits quelque peu tirés, et en cet instant, il n'a plus grand-chose à voir avec le SOLDAT légendaire dont beaucoup gardent le souvenir.

Malgré tout, Yazoo ne peut s'empêcher de se comparer à lui. Ne peut s'empêcher de se trouver incroyablement gauche et sans beaucoup de charme, par rapport à cet aîné dont la plastique, même aussi peu mise en valeur, demeure impressionnante. Et il est persuadé que si c'était lui qui était allé trouver Genesis dans son bureau, alors celui-ci n'aurait pas fait tant de manières pour l'accueillir dans son lit.

Oui, c'est sûr… si je lui ressemblais, il ne m'aurait jamais repoussé.

Seulement son corps à lui n'a rien de très attirant. Il est aussi grand que Sephiroth, mais ça s'arrête là. Ses muscles sont loin d'être aussi développés et il a toujours autant de mal à prendre du poids. Ses cheveux sont constamment en vrac, ses membres lui semblent trop longs, sa mâchoire pas assez dessinée, ses yeux presque morts. Il ne se nie pas tout charme, mais il n'empêche qu'il est encore loin du niveau de leur grand frère – un simple brouillon qu'un artiste paresseux n'aurait pas pris le temps de mettre au propre.

L'humeur de nouveau dans les baskets, il se lève finalement. Son mouton n'est plus tout à fait efficace, à présent, et il va donc s'en chercher un autre au congélateur – remettant le premier à sa place initiale. Puis il vient passer un bras autour de la taille de Sephiroth et, le menton appuyé contre son épaule, lui dit :

— Tu sais que t'es chiant, à être aussi beau ?

Un « Mhhh… » lui tient lieu de réponse. Occupé à faire cuire à feu doux la sauce qu'il vient de terminer et qui accompagnera le plat principal, Sephiroth fronce les sourcils. Puis, se tournant vers Yazoo, il dit :

— C'est vrai que tu as une drôle d'odeur. Est-ce que tu as fumé ?

Ce qui ne semble pas lui plaire du tout. Se jugeant toutefois en âge de fumer si le cœur lui en dit, c'est sans culpabilité que Yazoo répond :

— Juste une cigarette.

— J'espère que tu n'en feras pas une habitude. Ce n'est pas bon pour la santé et Angeal risque de râler s'il sent cette odeur sur toi.

— Oh, il me fait chier celui-là, réplique Yazoo d'une voix traînante.

Loz émet un hoquet, peu habitué à l'entendre s'exprimer ainsi. Le froncement de sourcils de Sephiroth s'accentue.

— Et sois poli !

— Ouais, fait Loz qui, après avoir reniflé ses mains, vient se les laver. On a déjà assez de Kadaj qui dit que des gros mots !

Et à Yazoo de rouler des yeux, se retenant de leur faire remarquer qu'il n'est plus un enfant.

— D'accord, désolé : il m'ennuie. (Puis venant s'appuyer contre l'évier, il ajoute :) Et de toute façon, je suis majeur. Alors que ça lui plaise ou non, je fais bien ce que je veux.

En réponse, Loz a une moue. Sephiroth, lui, décide de laisser couler, même si Yazoo n'a aucun mal à deviner sa réprobation. Histoire de détendre l'atmosphère, il questionne :

— Et sinon, vous voulez du thé ?

— Je veux bien, lui répond Sephiroth, avant de tourner les yeux dans sa direction et de plisser les paupières. Tu peux t'en occuper ?

— Mais oui ! Je ne vais pas si mal.

— On va pouvoir ouvrir la boîte de biscuits qu'on a achetée la dernière fois, dit Loz en allant ouvrir un placard pour fouiller dedans. Ceux en forme d'animaux !

Déposant son mouton près de l'évier, Yazoo sort plusieurs tasses d'un des rangements situés au-dessus de sa tête – celle de Loz étant décorée de petits Mog, qui s'y égaillent en une file indisciplinée. Dans la manœuvre, il remarque que ses mains tremblent comme jamais, faisant s'entrechoquer les tasses. Ignorant le regard soucieux de Sephiroth, il les abandonne près de son mouton et remplit d'eau la bouilloire. Loz, lui, est déjà retourné à table et, le rose aux joues, débarrasse la boîte à biscuits du scotch qui la scelle. Et alors que Yazoo met en marche la bouilloire, Sephiroth s'enquiert :

— Au fait… comment t'es tu procuré des cigarettes ?

En réponse, Yazoo se fige. Il en est à chercher comment ne pas impliquer Kadaj dans cette histoire, quand Genesis passe la porte de la cuisine en bâillant.

Au lieu de le mettre mal à l'aise, son arrivée ne fait au contraire que réveiller sa colère et c'est non sans brusquerie qu'il ouvre le tiroir où sont rangés les couverts. Genesis tourne les yeux dans sa direction, se crispe, avant de s'intéresser à l'activité de Sephiroth. Son expression se détériore aussitôt.

— Ne me dis pas que c'est toi qui t'occupes du dîner ?

— Si ça ne te plaît pas, débrouille-toi tout seul, lui répond sèchement son ami.

Et à Genesis de pousser un soupir.

— Toujours aussi aimable, à ce que je vois. C'est bon, je vais la manger ta tambouille, mais si j'ai encore des brûlures d'estomac, je saurai auprès de qui venir me plaindre.

Puis avisant les tasses près de Yazoo – qui a récupéré son mouton pour se l'appliquer contre le front –, il ajoute :

— Vous faites du thé ? Tu peux m'en préparer un ?

Comme il s'approche de lui, Yazoo lui décoche un regard en coin peu aimable.

— Non.

— Oh, allez, tu as bien assez d'eau pour moi aussi, lui répond Genesis en sortant une quatrième tasse, qu'il vient poser auprès des autres.

Ses mouvements sont raides, signe de la nervosité qui l'habite encore. Il ne s'attendait pas à recroiser Yazoo maintenant et, à dire vrai, essayer de se comporter comme d'habitude avec lui est une épreuve dont il se serait bien passé. Il sent toujours comme une boule de culpabilité au niveau de ses entrailles, qui risque de l'ennuyer pour le reste de la soirée. À table, Loz a finalement ouvert la boîte de biscuits et découvre avec un plaisir évident leurs formes – ici celle d'un chien, là, celle d'un chat, ou encore celle d'un oiseau. Yazoo hausse les épaules.

— Je sais pas, j'hésite. Je crois que j'ai besoin d'y réfléchir.

De nouveau, Genesis se crispe, comprenant que Yazoo est toujours en boule contre lui. Il adresse un regard en coin à Sephiroth qui, heureusement, quitte au même instant la cuisine. Entre ses dents, il murmure :

— Tu essayes de me faire avoir des problèmes ou quoi ?

— Tout ce que je dis, c'est que j'ai besoin de réfléchir à ce dans quoi je m'engage. C'est qu'on se connaît depuis longtemps, tous les deux… alors, c'est compliqué.

— Yazoo !

Malgré lui, Genesis a haussé le ton, attirant sur eux le regard de Loz. Il porte la main à sa bouche et grommelle derrière. Quand il la retire, c'est pour souffler :

— Écoute, je comprends que tu sois énervé. Je me suis mal comporté avec toi tout à l'heure et…

— Tiens ! Tu en as conscience ?

— Je n'aurais jamais dû te parler comme ça, d'accord ? Ce n'était pas correct, mais… il faut que tu comprennes que j'ai paniqué. Je ne pensais vraiment pas que la situation tournerait ainsi.

En réponse, Yazoo laisse entendre un « Mhhh… » peu convaincu. Genesis rejette la tête en arrière et prend une inspiration. S'oblige au calme, avant de revenir au jeune homme, qui place à présent des sachets de thé dans les tasses près de lui – sauf dans la sienne.

— Je te demande pardon pour ce que je t'ai dit, reprend-il. Mais pour le reste, j'ai vraiment besoin que tu me laisses encore un peu de temps pour y réfléchir.

Avec un reniflement, Yazoo récupère la bouilloire et remplit d'eau les tasses – toujours en ignorant la sienne. Genesis soupire, comprend qu'il l'a vraiment mis en pétard sur ce coup. Ce à quoi il ne s'attendait pas, toutefois, c'est que Yazoo renverse l'eau restante dans l'évier, avant de lui tendre la bouilloire.

— C'est libre, tu devrais en profiter.

Là-dessus, il récupère sa tasse, ainsi que celles de ses frères. Genesis peste et, tout en remplissant la bouilloire, rétorque :

— Sérieusement, mais quel âge est-ce que tu as ?!

— Je ne suis qu'un gamin, visiblement. Ça ne devrait donc pas te surprendre.

Sentant son agacement croître, Genesis se pince l'arrête du nez et ferme les yeux.

— Mais quelle famille… ! grogne-t-il.

C'est une exclamation de Yazoo qui lui fait rouvrir les paupières.

Ses mains étant toujours prises de tremblements, il a réussi à se renverser du thé sur lui et en manque de faire tomber son chargement. Loz, qui s'est jeté sur ses pieds, les sauve heureusement de la catastrophe en venant l'en débarrasser.

— Tu vois que t'es pas bien ! lui dit-il, à la fois mécontent et inquiet. Alors pourquoi tu veux pas aller te coucher ?

— J'ai dit que ça allait, lui répond Yazoo en prenant place sur la chaise située en face de la sienne.

Mais à voir son expression tirée, tandis qu'il se masse les mains, ses paupières lourdes et son teint particulièrement blafard, il est clair qu'il arrive au bout de ses limites. Avec un soupir contrarié, Genesis se dirige vers le frigidaire et, dans le congélateur, lui récupère un mouton, qu'il vient déposer près de lui.

— Je confirme, dit-il, tu es un vrai gamin. (Et, ignorant le regard de reproche de Yazoo, il retourne à la préparation de son thé en ajoutant :) Tu bois ton thé et tu files te coucher.

— Tu n'as pas à me dire ce que je dois faire.

— Peut-être pas. Mais si ça t'amuse d'inquiéter ta famille, alors c'est que tu es un petit imbécile sans cœur !

Yazoo va pour répliquer, mais surprend au même instant l'expression de Loz. Celui-ci a vraiment l'air anxieux, sinon malheureux. Et à la courbe de ses sourcils, il le devine à deux doigts de se mettre à pleurer. Sentant sa mauvaise humeur fondre comme neige au soleil, pour laisser place à un sentiment de honte, il attrape le mouton que Genesis lui a apporté et soupire.

— D'accord, capitule-t-il. Je termine mon thé et je monte me coucher…