Comme vous l'avez constaté sur les chapitres précédents, nous entrons dans le vif du sujet ! Je n'en dis pas trop, mais les choses vont de plus en plus s'accélérer…

Vos belles reviews m'ont vraiment motivées à allumer mon ordinateur et écrire ! Je vous livre donc un chapitre plutôt long...

Bonne lecture 😊


Chapitre 15


Dans les jours qui suivirent, Hermione passa plus de temps avec le reste de la maisonnée, même si elle ne parlait toujours pas avec Ron. Elle avait fini par mettre le point final à tous ses devoirs, et ne faisait que penser à la soirée à venir du Nouvel An. Allait-il venir ? Pourquoi voulait-elle tant qu'il soit là ? Elle était effrayée et exaltée à la fois. Réussir à faire venir Snape à cette soirée était aussi un défi. La jeune fille admettait que son argumentaire n'avait rien eu de strictement efficace. Mais il avait été sincère. Elle était donc fière d'elle-même, les énigmes ayant toujours eu toute son exaltation. Hermione n'osait pas, cependant, parler de ses ressentis à quiconque. Premièrement parce qu'elle ne les comprenait pas réellement ; secondement, car il aurait été vraiment très étrange de parler du sorcier. Si elle allait voir Ginny pour lui demander « que penses-tu du fait que je suis très impatiente de revoir Snape ? », elle la regarderait bizarrement en lui demandant si elle n'était pas folle. Harry ferait une crise cardiaque. La jeune fille se demandait si elle n'en allait pas en faire une elle-même à force de se retourner le cerveau.

Le Square était toujours aussi animé, surtout qu'après presque deux semaines passées tous ensemble, les disputes pleuvaient à droite à gauche. La veille, Mrs Weasley avait finalement réalisé que Ginny ne dormait absolument pas dans la même chambre qu'Hermione, et que la rouquine se glissait tous les soirs dans les draps d'Harry.

- Je ne t'ai pas élevée comme ça jeune fille ! Qu'est-ce que ce comportement de… de…

- Ose dire un mot de plus maman, et tu n'entendras plus jamais parler de moi !

Les deux se faisaient face avec une tension électrique dans la pièce. Ginny n'avait pas hérité de son caractère de feu de nulle part, certainement pas du côté de son père… qui se glissait d'ailleurs discrètement hors du salon, notifia Hermione.

- Je ne fais absolument rien de mal, si ce n'est vivre ma vie !

- Je ne t'empêche de rien, mais tu dois penser un peu aux conséquences de tout cela !

- Mais quelles conséquences ! On est plus à ton époque maman. Tu croyais vraiment que j'allais attendre d'être mariée ?

Le regard noir que lança la mère à sa fille suffit comme réponse.

- J'y crois pas !

Elle partit en furie, claquant la porte.

- Ginevra Weasley ! Reviens ici jeune fille ! Nous n'avons pas terminé !

Mrs Weasley la suivit en claquant la porte à son tour. Les pleurs stridents de Victoire résonnèrent alors dans le corridor ; aussitôt, la voix de Fleur s'éleva, ajoutant au désordre régnant déjà.

- Ceu n'eu pas possible, faiteu moins de bruit !

Harry, Ron et Hermione se regardèrent alors, dépités. Au moins, ils se retrouvèrent un peu tous les trois pour la première fois depuis longtemps sans trop de gêne. Le survivant soupira, l'air d'être soulagé qu'elles aient quitté la pièce.

- N'espère pas t'en sortir sans rien, Harry… lui dit la sorcière, moqueuse.

- Je crois que maman risque de te chasser d'ici avec une poêle à frire… ajouta Ron. Même si c'est chez toi, elle n'en aura rien à faire.

- Espérons que je cours plus vite qu'elle alors…

- Ça n'en soit pas sûr, elle est étonnamment rapide pour son âge… Quand Fred et Georges se dispersaient pour la semer, elle devenait pire qu'un dragon en chasse.

Ils rirent de bon cœur, imaginant parfaitement la scène.

- Où est Georges d'ailleurs ? demanda Harry.

L'air de Ron changea instantanément.

- Dans son lit, la plupart du temps… Il n'a toujours pas réouvert la boutique.

- Ça lui ferait sans doute du bien… d'avoir une activité prenante à réaliser suggéra la sorcière.

- Oui, mais comme ils inventaient tout à deux… C'est trop dur pour le moment.

Hermione ne savait pas trop quoi ajouter.

- Mais j'ai vraiment envie qu'il s'y remette, et je pensais peut-être l'aider dans tout cela…

- Comment ça ? questionna Harry.

- Déjà, avant de repartir à Poudlard, l'amener dans la boutique. Pour faire son deuil, qu'il décide s'il veut continuer ou vendre…

Harry et Hermione se regardèrent, impressionnés de combien Ron avait pensé tout cela. Il semblait avoir tant mûrit.

- Honnêtement, s'il décide de reprendre l'affaire… je m'y verrais bien également. Ils disaient toujours que les gens avaient besoin de rire avant toute autre chose, et je ne peux qu'être d'accord avec ça.

- Tu veux dire, après cette année, essayer de gérer l'affaire avec lui ? demanda Hermione.

- Quelque chose comme ça…

Il se tut, tout à ses réflexions. Hermione contempla son ex-petit ami, dont les cheveux roux avaient tellement poussé qu'ils lui tombaient devant les yeux. Ron réfléchissait vraiment à son avenir, à sa grande surprise. Ce n'était pas pour être vexante, mais il n'avait jamais vraiment pensé à ce qui pouvait arriver le lendemain du jour même. Quelque part, s'il se projetait, c'était aussi qu'il voyait plus loin que leur rupture. Il s'imaginait seul, avançant, et c'était une très bonne chose. Elle était heureuse pour lui.

- Moi je n'ai pas réellement changé d'avis, je reste sur ma formation d'auror, dit Harry.

- Je n'exclus pas non plus ce chemin…

Ils attendirent plus d'explications, mais il n'en apporta pas. Harry se tourna vers son amie.

- Et toi ?

Hermione prit son temps pour répondre.

- J'ai beaucoup de mal à me décider entre toutes les options… mais vous avez compris que je suis sensible aux combats pour tous. Après ce qui nous est arrivés, c'est comme si je tolérais encore moins les injustices qu'avant. Je veux me sentir utile. Sans doute qu'en occupant un poste au ministère, je pourrais faire avancer les choses. Dans le système directement…

- C'est un bon raisonnement. Après, je ne suis pas d'excellents conseils sur ce genre de choses…

- J'en discuterais probablement avec McGonagall…

- Tu peux aussi en parler avec Kingsley, suggéra Harry, il est très bien placé pour te guider.

- C'est vrai, surtout qu'il est toujours ici pour l'Ordre.

- Profites-en avant que nous ne retournions à l'école.

Hermione approuva du chef. Elle jeta un coup d'œil à Ron, qui n'avait plus rien dit. Finalement, c'était sans doute plus compliqué que ça pour lui. Il envisageait son futur différemment, mais uniquement parce qu'elle avait choisi de le quitter. Elle comprenait que de la voir planifier tout cela avec une certaine facilité ne devait pas être facile pour lui. La jeune fille choisit donc de se retirer pour les laisser en parler tranquillement, sentant que sa présence bloquait Ron.

C'est ainsi que la matinée du trente-et-un arriva avec vitesse. L'effervescence de chacun à mettre en place une bonne soirée était palpable. Tous semblaient conscient que l'ambiance serait différente du soir de Noël ; on était plus dans l'envie de fête que de se retrouver en famille. Ginny était telle une pile électrique. Elle ne parlait toujours pas à sa mère, et s'obstinait à montrer à celle-ci qu'elle dormait avec l'élu. Ce dernier avait suggéré qu'elle dorme avec Hermione pour quelques jours… mais vu le regard qu'il se prit après sa proposition, il se garda bien d'intervenir dans la bataille rangée que menait sa petite-amie. Mr Weasley essayait de contenir sa femme, se rangeant à l'avis que leur fille était majeure et vaccinée. De plus, si ses six frères avaient pu faire ce qu'ils voulaient avant elle, ça n'allait pas changer parce qu'elle était d'un genre différent. Quelques heures avant la fête, ils aidaient tous en cuisine à préparer nombre de petits-fours et verrines, mais guettaient le moment de l'explosion. Heureusement, le temps passa et les filles finirent par se retirer pour aller se préparer pour la fête.

- Pfiou… soupira Hermione, vous stressez tout le monde avec vos histoires dit-elle à Ginny alors qu'elles montaient les escaliers.

- Eh bien désolée, dit-elle d'un ton plein de colère, mais si aussi elle ne-

- Non ! la coupa son amie, je n'ai pas envie d'en entendre encore plus à ce propos. Parlons d'autre chose.

Ginny la jaugea d'un air mauvais, avant d'hausser les épaules.

- Très bien.

Un silence un peu gênant s'installa.

- Hum… je suis vraiment excitée de porter ma robe, mais en même temps je ne suis pas sûre d'y arriver… tenta de dire la sorcière.

- Tu rigoles ! Tu es divine dedans ! lui lança Ginny.

Hermione rosit un peu.

- Je ne suis pas si convaincue…

- Hé, je vais porter la mienne ! Donc tu ne peux pas me laisser tomber.

Hermione grimaça. C'est vrai qu'elles avaient fait ça ensemble. Elle en avait envie, mais c'était plus fort qu'elle, elle se sentait incertaine…

- Allez maintenant va te laver tes cheveux du diable ! On va essayer d'arranger ça.

- Merci bien ! répondit-elle en roulant des yeux.

Et une fois de plus, le rituel de torture commença. Elle savait que le résultat en valait la peine, mais par Merlin, qu'il était pénible d'attendre alors que quelqu'un tournait autour de vous en vous menaçant de sa baguette, qui était utilisé tel un fer à friser.

- Dis Hermione, chuchota Ginny à son oreille, conspiratrice, tu penses que je devrais porter l'ensemble que j'ai acheté l'autre fois ce soir ?

Elle sourit, malicieuse.

- Ahah, tu parles de cette pièce de tissu si fine qu'on en questionne l'utilité ?

- Celle-là même…

- Alors je crois bien que… oui.

La rouquine lui envoya un clin d'œil, ravie.

- Je sens que je vais encore mieux m'amuser ce soir… Pas que j'ai à me plaindre, parce que tous les jours…

- Ginnyyy !

- Oh c'est bon, tu ne vas pas me la faire à la maman ! Tu dois bien avoir des questions…

Elle mentirait si elle disait que ce n'était pas le cas. Voyant que son amie ne répondait pas, elle lui donna quelques détails.

- J'ai toujours trouvé ça top, vu que c'était Harry. Mais on n'était pas vraiment… très doués au début. Sauf que là, on a pris le temps de se découvrir… de s'écouter…

Elles avaient maintenant interrompu leurs activités, et Hermione la regardait avec attention. Elle avait vraiment très envie de vivre ce genre d'expérience, elle aussi.

- Et maintenant c'est…

Elle frissonna de plaisir.

- Il a réussi à me faire jouir sans que j'intervienne il y a quelques jours…

- Oooh…

- Il est très précis, et il n'abandonne jamais…

Ça devenait trop détaillé pour Hermione, qui certes n'avait pas tant que ça de soucis avec le sujet… Mais bon, c'était Harry, son meilleur ami quand même. Qu'elle considérait comme son frère.

- Je suis vraiment super contente pour toi. Juste, pas que je sois prude, mais imaginer Harry dans cette position, c'est perturbant.

- Ouais je comprends. J'aurais pas trop aimé savoir de détails si toi et mon frère… eh bien…

- Oui oui… Bref.

- Toi aussi tu devrais porter un joli ensemble ce soir…

- Je n'en vois pas trop l'utilité…

Elle ne prévoyait pas de se montrer à quelqu'un ce soir…

- Mais tu ne t'habilles pas que pour une personne ! Je parle de te faire plaisir à toi… vu que ça te va tellement bien !

C'est ainsi qu'Hermione se contempla dans le grand miroir de la salle de bain, s'admirant sous toutes les coutures dans son body de dentelle fine. Elle se sentait terriblement désirable. C'était un réel plaisir de se contempler et de s'accepter. La pièce de lingerie flattait ses formes, et envoyait un message. Elle était sexy. La sorcière tenta de respirer plus doucement pour calmer son excitation. Elle sortit de la pièce dans sa belle robe un peu après, bien consciente de ce qu'elle portait en-dessous. Ginny avait raison, elle devait apprendre à faire des petites choses comme cela, car ça la faisait réellement se sentir bien. Elle n'avait pas besoin d'une raison, juste d'en avoir envie, pour elle-même.

Maladroite sur ses grands talons hauts, elle retrouva Ginny et elles descendirent toutes les deux jusqu'au salon bondé, bras dessus bras dessous. La rousse était magnifique dans une robe bleu électrique qui s'évasait en une jupe patineuse, s'arrêtant au-dessus de ses genoux. Ses cheveux étaient noués sur le côté en une tresse étudiée et complexe. Le cœur d'Hermione s'accéléra. Elle voulait maintenant voir si il serait là. Cette envie n'avait aucun fondement, aucune raison d'être. Mais elle était bien présente. Elles passèrent la porte et de nombreux regards se portèrent sur elles-deux. Il faut dire que leurs tenues détonnaient dans cet amas de robes sorcières. Hermione crut que Mrs Weasley allait avoir une crise cardiaque en apercevant sa fille. Harry, quelques mètres plus loin, contemplait sa petite amie la bouche littéralement ouverte.

- On peut dire que c'est une entrée réussie… lui souffla Ginny avant de la lâcher.

Elle partit tel un petit lutin heureux vers Harry qui s'empressa de la complimenter. Hermione vit que l'attrapeuse lui chuchotait quelque chose à l'oreille, et le regard malicieux que Harry renvoya ne laissa aucun doute quand à la teneur de leurs échanges.

De son côté, elle fut abordée par Fleur.

- Mais Hermione, tu es ma-gni-fi-que. S'habiller ainsi, quelleu bonneu idée ! Quand aveu-vous trouvé de si belles pièces ?

- Nous sommes allées nous balader il y a quelques jours du côté moldu. La mode y est très différente.

- Jeu n'y aurais jamais pensé !

Elles continuèrent de parler, mais Hermione n'était pas très concentrée. Elle regardait partout dans la pièce, son regard passant sur chaque personne présente. Après quelques secondes cependant, elle dut se rendre à l'évidence qu'il n'était pas là. La déception fut grande pour elle. Une demi-heure passa, et elle se retenait à grand peine d'interroger McGonagall qui venait d'arriver. Son obsession naissante pour son professeur n'avait aucun fondement, aucune logique. Elle se sentait profondément perturbée par ses ressentis. Elle saisit le verre que Ginny lui proposait, et l'avala en quelques gorgées. Cette dernière la regarda d'un air choqué.

- Tout va bien Hermione ?

- Oui oui, une envie soudaine.

- Eh bien, je veux bien te voir en avoir d'autres ! dit sa meilleure amie en rigolant.

Elle se servit une autre boisson, mais se contenta de la siroter dans l'heure qui suivit. La jeune fille alla discuter avec chacun, oubliant malgré tout bien vite ses pensées préoccupantes. Ils commencèrent à savourer les petits-fours qui arrivaient avec régularité sur la table qui leur servait de buffet. Si Mrs Weasley avait parfois un caractère à se taper la tête contre les murs, pensa Hermione avec amusement, on ne pouvait pas lui reprocher ses qualités incroyables de cuisinière.

Elle entamait un verre de plus quand la musique vint se joindre à la fête. Elle ne s'était même pas rendu compte, mais à parler avec les gens, elle prenait des gorgées régulières en même temps qu'eux. Se sentant toute légère, elle se mit à danser avec les autres filles présentes. Les garçons ne semblaient pas encore décidés. Les sons qui passaient n'étaient pas aussi modernes que ceux du monde moldu, mais ils avaient le mérite de donner assez de rythme pour que tout le monde passe un moment fabuleux. Ginny finit par traîner Harry sur la piste, et Fleur tenta de faire danser son beau-frère, Percy, qui était aussi maladroit que Ron. Bill vint lui à Hermione, et ils dansèrent un peu en se souriant doucement. Elle ne le connaissait pas vraiment, mais il était sans doute le plus habile de la fratrie, décida-t-elle après la première danse. Il la guidait avec assurance, et Hermione comprenait mieux comment il avait fini par séduire sa femme.

Un peu après, ayant chaud, elle revint au bar pour tenter de boire quelque chose de frais. Kreattur lui offrit un verre, auquel elle s'empressa de jeter un sort rapide pour le rendre extrêmement froid. La sorcière glissa ensuite sa baguette entre ses seins, bloqué par sa lingerie contre son corps. C'était bien le seul endroit où elle pouvait la mettre.

- Eh bien, les filles sont toujours très ingénieuses…

Hermione se tourna en rougissant vers Georges qui n'avait rien loupé de sa technique. Il paraissait fatigué mais lui décrocha un sourire sincère qui la ravit. Ils étaient plutôt rares.

- Mais toujours mon cher ! En doutais-tu ?

- Absolument pas ! Je suis même plutôt admiratif.

La discussion s'entama entre eux deux, et il la fit rire de nombreuses fois. Il ne la suivait pas dans ses rires, mais la jeune fille trouvait ça plutôt encourageant qu'il fasse des blagues au moins.

- Minuit sonne dans trente-minutes… je ne te dis pas où je me rends, mais évite les toilettes pendant une heure au moins après.

Elle rit alors qu'il partait en lui faisant un clin d'œil. Hermione passait réellement un moment délicieux, autant que cette bûche fondante qu'elle dégustait maintenant. La nourriture avait été progressive et ils allaient maintenant sur les desserts. La jeune fille se sentait toute légère, peut-être un peu pompette elle devait l'admettre. Elle décida de retourner danser, s'exécutant un peu trop vivement. Gênée par ses talons hauts, elle trébucha en arrière et manqua de s'affaler sur le sol. Mais on la retint par miracle avant qu'elle ne se ridiculise, et elle s'appuya sur la main qui l'avait retenue pour se stabiliser.

- Vous devriez faire attention, Miss.

- Oui oui, je sais…

Hermione se figea. Elle releva les yeux avec lenteur de ses chaussures qu'elle fusillait du regard. Sa main était toujours dans celle de l'homme en face d'elle. Du professeur Snape. Son cœur s'emballa. Elle la retira avec un peu trop de vivacité, mais elle ne voulait pas qu'il se rende compte de l'effet que cela avait eu sur son pouls.

- Que… vous êtes venus ?

Il fronça les sourcils. Elle avait l'air si choquée. Peut-être avait-elle regretté de l'avoir invité.

- J'ai réalisé qu'il était fort impoli de refuser l'invitation d'une personne tenant à vous avoir à sa table. Ai-je eu tort ?

Hermione ne pensait pas que ce personnage pouvait se soucier des convenances de cette façon.

- Absolument pas ! Au contraire, je suis très heureuse de vous voir ici.

Elle s'éclaircit la gorge.

- Très bien.

- Merci de m'avoir empêchée de trébucher.

- C'est fort naturel.

Le silence s'installa entre eux, et elle se retint de mordiller sa lèvre inférieure.

- N'hésitez pas à vous servir ! Nous avons plein de choses à disposition.

Elle tut la pensée soudaine qu'elle se mettrait bien parmi les choses prêtes à consommer. Se sentant rougir jusqu'aux oreilles, elle s'échappa dans un autre coin de la pièce. Il fallait qu'elle arrête de boire, ça pervertissait son esprit.

Harry vint lui parler.

- Je suis surpris de voir Snape ce soir. Je ne pensais pas qu'il avait été invité.

- Oh… c'est moi en fait.

Il la contempla, surpris.

- Oui, après ce qu'il a fait je me sentais… redevable. Je discutais avec lui et c'est juste venu sur le sujet… je ne pensais pas qu'il viendrait.

Elle tentait de faire comme si ça avait été un pur hasard. Le mensonge n'était pas sa spécialité. Au fond, elle stressait plus que de raison. Mais son meilleur ami ne sembla suspicieux de rien.

- Ça ne me pose pas de soucis. C'est vrai que vous aviez l'air de bien discuter à Noël. Je suppose qu'on peut vraiment réussir à le connaître après tout ce qu'il s'est passé.

Il la regarda gravement, et hocha de la tête. Elle suivit le mouvement, l'air de réfléchir elle-aussi. A quoi, elle ne savait pas.

- Allez, je dois bien aller au moins le saluer… j'ai beau savoir que nous sommes en meilleurs termes, il continue de m'horripiler.

Le Gryffondor frissonna mais l'abandonna néanmoins pour se diriger vers Snape. Décidément, cette soirée allait de surprises en surprises. Au moins, involontairement, elle avait peut-être permis de donner du positif dans leurs relations à tous. Hermione se dirigea vers un autre groupe de personnes, écoutant Percy discourir sur son nouveau métier au ministère. Elle en profita pour le questionner sur les différents services et tenter d'y voir plus clair sur le rôle qu'elle pourrait tenir au sein de cette grande ruche qui avait du mal à progresser avec son temps.

Snape ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil à son élève, qu'il savait discret. Cette élève qu'il découvrait toujours un peu plus jusqu'à ne plus qu'apercevoir la personne. C'était bien parce qu'elle l'avait convaincu qu'il avait décidé de se présenter à cette soirée. Soirée qu'il ne détestait pas particulièrement après compte. Tout le monde semblait tolérer sa présence, et plusieurs personnes avaient entamé des discussions avec lui. Les encas s'avéraient délicieux, même s'il était arrivé au moment du sucré. Il avait même déniché un bon whisky sur la tablée des boissons.

L'homme en lui devait s'avouer décontenancé de la beauté qu'il avait eu en face de lui, la rattrapant avant qu'elle ne tombe. C'était la première fois qu'elle dévoilait tant de sa personne, et il faut dire qu'elle avait de quoi être flattée. Ses cheveux tombaient en douce cascade dans son dos, boucles propres et bien ouvragées. Une robe d'un rouge profond cavalait sur ses courbes, sublimant son corps indéniablement féminin. Moulante, elle descendait au bord de ses genoux. Cette femme, car il ne pouvait penser autre chose en la regardant, avait été cordialement gâtée par la nature. Si elle n'était pas mince, elle possédait la chance d'avoir tout ce qu'il fallait à la juste place, rondeurs prometteuses de douceur. Et enfin, le doré de son maquillage ne manquait pas de sublimer ses yeux miels. Mais ce qui attirait le regard était sans conteste cette bouche tentatrice, sublimée d'un rouge accordé à cette magnifique pièce de tissu qu'elle portait avec succès. Ses lèvres pleines étaient un appel aux baisers.

Severus ne pouvait que laisser ses pensées vagabonder dans ce contexte qui était totalement en dehors de l'école des sorciers. Il se servit un second verre après un échange bref mais cordial avec Potter. Il lui avait expliqué son retard sur l'horaire prévu car, Minerva absente, il avait été en charge de s'occuper des élèves. Faire passer une bonne soirée à cet amas de gnomes n'avait pas été une tâche facile. Aussi avait-il tenté de suivre au plus simple les directives de McGonagall.

Il se rappela le pourquoi de cette soirée quand Harry invita tout le monde à se réunir autour de lui pour effectuer le décompte de la nouvelle année. Ils se retrouvèrent tous assez proches, dans une joie de vivre plutôt communicative.

- 10… 9…

Hermione ne put s'empêcher de chercher Snape du regard. Il était un peu à l'écart des autres, à son habitude.

- 6… 5…

Snape la vit dans la foule entremêlée, touche de couleur vive se démarquant des autres.

- 3… 2…

Croisant son regard, il fit une chose très simple en levant son verre vers elle, tel un toast. Il n'aurait su expliquer le pourquoi de son geste. Elle rougit.

- BONNE ANNEE !

Elle lui accorda alors son plus beau sourire, et l'homme fut persuadé alors que cette année serait bien meilleure que ce qu'il avait connu jusqu'alors.

Tous répétèrent la fameuse phrase, se serrant dans les bras les uns des autres.

Un peu plus tard, Hermione avait fini de prendre chaque personne contre elle en leur souhaitant ses vœux. Enfin, il ne manquait plus que la personne qui occupait ses pensées. Les autres se remirent à danser de manière plus déjantée, tandis que certains partaient se coucher. La fête commençait vraiment.

Elle rejoignit Snape près des boissons.

- Bonne année, professeur…

- Bonne année, Miss Granger, répondit-il avec cordialité.

Elle lui sourit timidement.

- Je vous avais promis de vous faire goûter un vin moldu que j'ai acheté spécialement pour l'occasion. Je crois que c'est le moment.

Snape ne dit rien, mais donna son accord en hochant simplement la tête.

- Hum, laissez-moi aller le chercher…

Elle partit quelques minutes. Il resta là, la regardant s'en aller sur ses talons hauts qui courbaient un peu plus sa silhouette. Lorsqu'Hermione revint, elle s'arrêta d'abord pour demander à Ginny de se joindre à eux. Elle lui avait après tout promis une dégustation, et la Gryffondor était connue pour les tenir. Le silence était présent alors qu'elle servait des verres à chacun.

- Hum, donc, c'est un Bordeaux. C'est une ville du Sud de la France, et leur vin est parmi les meilleurs au monde.

- Un vin rouge du coup ? questionna Ginny en reniflant son verre.

Elle parut sceptique à l'odeur qui lui parvint.

- C'est ça. Et je porte ce soir un toast à… à…

A quoi ?

- … à une année de paix. Je suis heureuse d'être ici avec vous pour déguster simplement un bon vin.

Elle leur sourit, et ils répondirent à son toast. Les verres se claquèrent, et Hermione huma le bouquet avant de le laisser s'aérer un peu. Elle goutta l'alcool et s'en délecta. Snape ne laissa rien paraître sur son visage comme à son habitude, mais il hocha un peu la tête avant de reprendre une gorgée. L'expression de Ginny, cependant, était bien lisible. Elle grimaça, ses yeux plissés laissant apparaître son dégoût.

- Beurk… je crois que ce n'est pas pour moi ton truc, 'Mione.

Hermione explosa de rire en se moquant de son amie. Un peu excessif peut-être, mais elle s'en fichait.

- Ne t'oblige pas à finir, donne-moi le reste.

Elle tendit son verre et elles firent une transaction.

- Eh bien, tu te lâches enfin ma chère. Ça fait plaisir.

Elle s'en alla alors qu'Hermione roulait des yeux. Snape la regardait, blasé. Elle avait presque oublié sa présence un instant.

- Elle sous-entend que je n'ai pas pour habitude de boire plus d'un verre de temps à autre… ce qui est vrai, il faut dire.

- Je vois.

Normalement, elle aurait arrêté de parler, mais elle se sentait assez joyeuse pour essayer encore.

- Au moins, vous avez l'air d'apprécier vous.

- Il est vrai.

- Vous n'êtes pas très bavard.

- L'ai-je jamais été ?

Il sourit intérieurement en contemplant son expression pensive. Il ressentait beaucoup trop de tendresse pour ce petit bout de femme.

- Ce n'est pas faux. Après, tout dépend du sujet.

- S'il s'avère passionnant, je peux discourir pendant longtemps.

- Ou si débat il y a !

- Vous commencez à me cerner.

- Bien évidemment. Nous passons du temps ensemble, c'est naturel. Bien que je doive avouer que vous restez un personnage plutôt mystérieux.

Il arqua un sourcil.

- Vous trouvez ?

- Plutôt oui !

- Donnez-moi un exemple.

Elle le regarda, ahurie. Voulait-il la pousser à débattre sur lui-même ?

- C'est assez simple, je ne connais rien de votre passé.

- Je n'en fais pas un mystère.

- Vous ne vous dévoilez pas, ce qui le crée.

- Donc selon vous, le mystère apparaît par ce qui est non-dévoilé.

- Assurément. Et c'est ce qui donne envie de le percer. Comme dans la recherche.

- Je vous accorde ce point.

- Quel honneur ! répondit-elle en souriant.

Un magnifique sourire chaleureux.

- Un autre verre ? demanda-t-elle.

Avaient-ils déjà terminé ? Surpris, Severus reconnut pourtant que son corps s'était bien réchauffé.

- Avec plaisir.

Hermione remplit son verre de nouveau ; la tête maintenant lui tournait un peu. Mais elle se sentait si bien.

- Je n'ai donc rien appris de votre passé.

Il la fixa intensément. Ce n'était pas une habitude pour lui de communiquer à ce sujet. Mais la personne qu'elle était lui donnait bien l'envie de lui apporter satisfaction à sa curiosité. Bien qu'il n'ait aucune envie de s'épancher, ni besoin de le faire, il trouvait valable cette raison.

- Que voulez-vous savoir ?

- Une chose que vous trouvez intéressante à me partager.

Alors là, la jeune fille le bloquait. Une chose qui serait intéressante à ses yeux à elle ?

- Je dois avouer avoir besoin d'un peu de réflexion.

- Non, dites-moi la première chose qui vous passe par la tête.

Quelque chose en lien avec les études peut-être ?

- Je suis le plus jeune lauréat du concours des potionnistes.

- Vraiment ? C'est plus qu'impressionnant !

- J'ai pu emporter la victoire tout en n'étant pas encore doctorant. Je rédigeais ma thèse.

- Je ne savais pas que vous aviez fait des concours.

- A l'époque si. Je trouvais ça exaltant.

- Et maintenant ?

Snape pensa à toutes ses actions. A son attitude peu plaisante en classe. A son passé de mangemort.

- On ne peut pas dire que le nom Snape soit d'un caractère apprécié de nos jours. Aussi car les enfants des membres du comité sont tous passés dans ma classe.

- Oh. Je vois.

- Les potions m'apportent une grande paix. Tester et rechercher est quelque chose qui me convient tout à fait.

- Je me souviens effectivement, quand j'ai regardé votre livre en sixième ann-

Elle s'interrompit, se souvenant qu'il n'était pas censé être au courant.

- Mon… livre ? susurra-t-il, avec le ton qu'il utilisait lorsqu'un élève commençait à être insolant.

Elle tenta une diversion.

- J'aime vraiment beaucoup cette chanson ! Je vais peut-être aller danser…

Hermione amorça un pas, mais il la retint simplement de sa voix.

- Miss Granger. Expliquez-moi.

Elle frissonna. Il ne lui laissait pas le choix. Mais pour la première fois, elle apprécia cette sorte de fermeté.

- Vous avez bien compris.

- Comment avez-vous eu accès à ce livre ?

- Harry l'a trouvé dans la salle de potions parmi les vieux manuels.

- Pourquoi l'a-t-il gardé ?

Elle roula des yeux.

- C'est Harry.

- Vous n'avez rien dit non plus.

- Je n'aime pas dénoncer ! Et puis, j'étais là pour surveiller.

- Vous avez bien vu qu'il pouvait être extrêmement dangereux.

- Je sais. C'est bien pour ça que juste après l'incident, il l'a caché dans la salle sur demande. Qui a brûlé.

Ainsi donc, son livre n'était plus. Bien. Il prit une autre gorgée. Ces pages relevaient trop d'une période qu'il n'affectionnait pas le moins du monde. Et son contenu était trop dangereux dans les mains de n'importe qui.

- En tout cas, tout était raturé. Je me souviens que ça m'avait horripilé.

Il eut envie de sourire.

- Je n'ai jamais porté grand soin à mes livres, avoua-t-il.

- Ah, tout mon contraire !

- La recherche exige ratures sur ratures.

- Je pense que je serais plus dans l'expérimentation que dans la recherche de théorie.

- En potions, les deux se mélangent. On ne peut établir une théorie sans la tester au fur et à mesure.

- C'est vrai.

- C'est bien ce qui amène plus de passion dans l'ouvrage.

- Seriez-vous donc, en conclusion, un homme passionné ?

Quelle audace elle avait ! Hermione rosit mais ne flancha pas alors qu'il fixait son regard droit dans le sien. Elle avait l'impression que ses yeux la brûlaient.

- Je ne démentirais pas. Pour autant, ma passion s'est peut-être vue amenuisée par l'enseignement.

- On ne peut pas dire que vous soyez particulièrement fait pour ça.

- Encore une fois, je ne peux nier cela.

- Pourquoi ne pas vous consacrez entièrement à la recherche ?

- J'y pense, Miss Granger. Mais Minerva a encore besoin d'un peu de ma présence à ses côtés au château.

- Comment ça ?

- Je suis certain que vous comprenez très bien mon rôle au quotidien.

- Est-ce que cela a un rapport avec les protections ?

- Oui. Après la guerre, elles ont été tellement endommagées que le château n'est plus si sécuritaire qu'il a pu l'être. Il semblerait que cette entité de magie ait besoin… de temps. Mais à moins de retrouver les enchantements originels, ce ne sera plus jamais comme avant.

Il se tut, et Hermione ne savait quoi ajouter. La magie utilisée alors en ces temps immémoriaux s'était perdue. Elle n'avait été enseignée que de personne en personne, jamais écrite ou rédigée. Peut-être que quelque part, il existait des gens gardant ce secret bien pour eux. Mais ils ne s'étaient jamais manifestés pour proposer leur aide.

- Je me demande où sont cachés les détenteurs de tels secrets…

- Je crois que nous ne le saurons jamais, Miss.

Elle haussa les épaules. Même en sachant qu'elle n'aurait pas de réponse, son cerveau fonctionnait dans le vide en tentant d'en trouver une.

- C'est frustrant, dit-elle.

Snape eut un rictus. Il comprenait ce qu'elle voulait dire.

- Je crois n'avoir été qu'en grand accord avec vous ce soir.

- Quelle surprise ahah !

Elle rit doucement. Il ne s'en offusqua pas.

- Ce n'est pas désagréable… ajouta la sorcière.

Il réfléchit à une réponse appropriée. Il ne savait pas si répondre ce qu'il se sentait de dire le serait. La jeune femme l'encourageait à tout un genre de chose dans ses réponses, sans doute sans s'en rendre compte. Mais il le fit malgré tout.

- Encore une fois…

Elle sourit. Voilà, encore un renforcement positif.

- Je vais sans doute vraiment aller danser, ce coup-ci… annonça-t-elle. Je suppose que je ne vous propose pas.

- Et pourquoi donc ? répondit Snape en levant un sourcil bien haut.

- Hum… eh bien il s'agit de danser.

- Et ?

- Ahah, sans vouloir vous offenser, Monsieur, je ne crois pas que ce soit dans vos cordes.

Le regard glacial qu'elle se prit en retour la fit se figer sur place. « Oups la boulette… » pensa-t-elle. Le temps sembla s'éterniser alors qu'elle se sentait devenir toute petite face à la colère qu'elle sentait déborder de l'homme en face d'elle. Hermione ne comprenait pas pourquoi il se vexait de cette façon… L'imaginer danser avec elle ou ses amis, ç'a avait presque un caractère comique.

Severus avait toujours eu de l'orgueil. Et son honneur lui importait tellement qu'il prenait la moindre remarque très à cœur. Il n'avait donc qu'une envie : prouver à la personne qui le défiait qu'elle se fourvoyait grandement. Certes, il n'avait aucune envie de se dandiner comme ses élèves étaient en train de le faire. Mais son éducation lui avait imposé bien d'autres type de savoirs.

Soudainement, il lui tendit sa main, paume vers le ciel.

- Miss, si vous me permettez de vous accompagner sur cette danse ?

Hermione s'en retrouva sans voix. Elle ne put que lever sa main, légèrement tremblotante, pour la placer dans celle de son étonnant professeur. La chaleur qui s'en dégageait était agréable. Ils posèrent leurs verres, et il l'entraîna au centre de l'improvisée piste de danse, les invités s'écartant en les regardant, choqués. On ne pouvait plus parler de surprise à ce stade, mais de véritable choc.

Et sur une musique pop rock, en étant complètement en décalé avec celle-ci, il la guida dans une valse élégante. Excepté lors du bal sorcier, jamais Hermione n'avait dansé cela. Elle se vit soudain tournoyer avec fluidité, mettant toute sa confiance en l'homme qui guidait leurs pas. Snape la faisait valser avec assurance, sûr de lui. Mais il fut impressionné de la capacité de la demoiselle à se laisser aller. Elle ne résistait pas, suivait ses directives indiquées simplement par le poids de son corps. Il l'envoyait dans une direction, puis la faisait revenir vers lui, la suivait. Ce doux amusement était des plus plaisants, et Hermione se mit à rire de la plus belle des manières. Elle était juste terriblement heureuse. Il ne put s'empêcher de dévorer du regard cet ange qu'il tenait dans ses bras. Il ne la touchait presque pas, leurs corps à respectable distance lorsque les mouvements les faisaient se rapprocher. Et pourtant, quelle tension. La tentation de se toucher et de se rapprocher était grande.

Lorsque la chanson se termina, cependant, ce fut fini. Doucement, il s'inclina devant elle. Elle ne pouvait s'empêcher de sourire en grand. Il partit reprendre son verre laissé derrière, fier de lui, de son effet. Tout le monde les regardait, mais il ne laissait rien transparaître. Hermione, elle, fut assaillit de toutes parts par ses amis. Ginny et Harry lui débitait une tonne de phrases. Ron la regardait avec un air mi-choqué, mi-dégoûté. Elle ne savait plus trop où donner de la tête.

Un peu gêné de tout ce bruit, Snape s'éclipsa.

Hermione parcourait les couloirs de l'immense maison, savant pertinemment où elle pensait aller. Elle voulait le trouver. Elle se rendait folle de ne pas comprendre ce qu'elle ressentait actuellement, mais la jeune fille n'était pas une Gryffondor pour rien. La part impulsive d'elle-même la poussait à suivre ses envies. Ouvrant la porte de la bibliothèque, il était sans surprise assis près du feu. Il darda son regard sur elle. Il semblait presque l'attendre.

La pensée de la sorcière n'était pas fausse. Après avoir disparu de la fête, le professeur de potions était venu réfléchir au calme. Où étaient les limites de ce qui lui était permis, et de ce qui ne l'était pas ? Cette danse avait signifié bien plus que ce qu'il n'en paraissait. Par cela, il élevait son élève à un autre statut. Par ce geste, Snape reconnaissait son intérêt pour Miss Granger. Pour qui paraissait-il après cela ? Un mentor ? Un… ami ?

Il passa sa main dans ses cheveux pour les pousser en arrière. Un geste d'anxiété, rare chez lui. Le sourire de ce bout de femme lui était devenu précieux. Il n'avait pas porté attention à ce genre de détails depuis… depuis son amitié avec Lily. Douce Lily. Par bien des traits, Hermione lui rappelait sa présence. Elles étaient bien différentes, certes, mais elle lui évoquait ce même sentiment. De la tendresse. Et une certaine envie de la protéger. Elle était bien entendu capable de le faire seule grâce à ses dons prodigieux ; mais ce sentiment fort naturel apparaissait dès lors qu'un attachement se créait. Et à plus forte raison pour lui, qui ne le ressentait qu'en de très rares occasions.

Il marchait maintenant en cercles, tentant de faire le tri dans ses souvenirs. Snape était convaincu que malgré cela, il ne devrait pas s'inquiéter. Il avait eu rares occasions de voir son intérêt s'éveiller pour un autre être humain. Pour autant, il n'avait pas à chercher plus loin. Cette jeune femme pouvait très bien devenir sa protégée.

Il s'assit, un peu rassuré. Oui, il n'avait pas à penser que son sentiment voulait dire plus qu'un respect sincère et une amitié à envisager.

Et pourtant, quand il la vit entrer dans la pièce, l'aura impressionnante, Snape douta un peu plus.

- Vous vous êtes échappé, monsieur ?

- On peut utiliser ce terme oui, Miss. Il me semble que vous me suivez presque.

- C'est peut-être vrai. Je n'en sais trop rien, à vrai dire.

Elle avança vers lui, quelque peu vacillante. Son taux d'alcoolémie était haut, plus qu'à son habitude. Par cette force grotesque que la boisson lui donnait, Hermione était encore plus honnête qu'à son habitude. Il se releva, concerné par son éventuelle chute. Mais la façon qu'elle eut de le fixer droit dans les yeux lui fit comprendre que si ses facultés motrices étaient affectées, elle restait en possession de ses fabuleuses capacités mentales.

- Après, vous vous trouvez toujours dans ma pièce préférée. Normal que nous nous y croisions souvent.

- Je conçois qu'il n'est pas mystère, pour des êtres tels que vous et moi, qu'une pièce remplie de livres soit le premier lieu indiqué pour le repos de l'esprit.

Hermione dut prendre le temps d'assimiler sa phrase complexe. Si elle adorait sa verse, ce soir, elle avait plus de mal qu'à son habitude.

- Il est sûr que si on me cherche, il n'y a pas énigme longtemps sur où je puisse me trouver.

- Assurément, elle serait fort peu savoureuse.

- Je préfère celles qui sont plus complexes.

- Les véritables casse-têtes.

- En effet. Je m'ennuie assez rapidement. Une énigme sans réponse peut me perturber indéfiniment.

- Peu de personnes sont capables de comprendre la subtilité d'un esprit torturé.

- Je ne suis pas sûre que ces mots soient les plus adéquats.

- Peut-être un peu trop crus.

- Quoi qu'il en soit, j'ai déjà pu voir que jouer avec l'esprit était bien l'une de vos spécialités.

Hermione et Severus s'était considérablement rapprochés lors de leur discussion. Inconsciemment.

- Mais sans doute parfois, un peu de négligence. Ou de mépris qui mène à l'erreur… dit la belle avec un peu de moquerie.

- Qu'entendez-vous par là ? demanda-t-il.

- Je crois avoir pu constater votre talent pour l'élaboration d'énigme… intéressante. Mais pas si difficile à démanteler, bien que je salue la logique employée.

Il croisa les bras, la dominant de sa hauteur. Il paraissait froid, mais il était en fait plus amusé par l'audace de la femme en face de lui que par son irrespect latent. Elle ne se laissa pas démonter.

- Mentionneriez-vous un passage de votre première année ?

Elle afficha un petit sourire en coin.

- Exactement.

- Je fus fort surpris de votre… réussite.

- J'en suis toujours très fière.

- Peut-être était-ce assez simple pour votre esprit. Je doute de voir beaucoup de sorcières et sorciers réussir ne serait-ce que comprendre le vocabulaire employé.

- Je ne démentirais pas cela non plus. Mais n'oubliez pas que j'avais seulement onze ans à l'époque.

- Voulez-vous des félicitations, Miss ? susurra-t-il.

- Elles ne sont pas nécessaires, Monsieur. Je sais quand la victoire est mienne.

Elle se tenait là, fière. Elle l'impressionnait. Que d'assurance. La différence avec l'égo surdimensionné de certains, c'est que chez elle, il avait toute sa place.

Hermione se sentait si bien. Il ne déniait plus tout ce qu'elle disait. Il l'écoutait. C'était si différent de toutes ces années de frustration, à souhaiter son attention. Elle savourait véritablement le fait de l'avoir tout à elle. « Pas littéralement », se corrigea-t-elle. Mais le message était plutôt clair.

- Je reste persuadé, Miss, qu'il fut fort compliqué de vous faire confiance à avaler d'une traite une potion susceptible de vous tuer.

Elle contempla les braises du feu, se remémorant la scène. Elle avait eu la peur de sa vie. Peur de se tromper. Pour elle-même, mais également pour son ami Harry.

- Disons que le courage est une chose dont je ne manque pas.

- Courage ou bêtise ?

- Parfois un peu des deux. Mais je n'ai aucun doute en mes capacités. Cette certitude m'aide à surpasser ce qui peut m'effrayer.

Voilà. C'était ça, exactement, l'essence des Gryffondors. C'était bien pour cela que cette jeune fille n'avait pas été dirigée vers les Serdaigle. C'était ce côté qui, s'il le mettait hors de lui parfois, forgeait son admiration pour une autre maison que la sienne. Cette force qui émanait superbement de sorcière en face de lui, cette puissance délicieuse qui lui donnait envie de la connaître plus encore. Qui l'attirait vers elle. Il se sentait exalté comme il ne se souvenait pas l'avoir été.

- Miss. En ce soir, je m'incline devant vous.

Sa voix grave résonna dans la pièce. Les braises dans la cheminée craquèrent. Leurs yeux ne se lâchaient plus, le feu de l'âtre éclairant la moitié de chacun de leur visage. Lumière dansante léchant les contours de leurs êtres. Les pensées raisonnées s'oublièrent, alors qu'un rapprochement déraisonné se produisit. Proches plus qu'ils ne l'avaient jamais été, attirés comme des aimants. Elle levait les yeux vers lui, si grand. Sentant son souffle chaud se déposer sur ses lèvres, exquise promesse tentatrice. La tension semblait à son comble. Severus se sentait tel au bord d'un précipice, où le vide nous attire sans qu'on se l'explique. Il gardait son regard fixé sur les yeux chocolat de la belle, qui se tendait vers lui. Elle se grandit, sur la pointe des pieds. Son cœur de sorcière battait comme jamais il ne l'avait fait. Et dans un geste commun, leurs lèvres se joignirent avec délicatesse. Une première fois, puis une seconde. Des frissons secouèrent les corps de deux égarés. Hermione gémit doucement, ne résistant plus, collant son corps à celui qui était son professeur afin de sceller leurs lèvres plus profondément. Il posa une main délicate au creux de ses reins, embrasant la subtilité du baiser. Ils se cherchaient, le contrôle dans sa perte totale. Leurs bouches semblaient livrer une bataille de sensualité, frôlant la folie dans la lenteur d'un échange suave. Se poussant et se repoussant. Elle finit par s'accrocher à sa nuque, renversée par l'échange qui la faisait brûler plus que ce qu'elle n'avait jamais connu. Tout son corps la démangeait, tout son corps la brûlait. Elle n'imaginait même pas le reste de ce que cet homme pourrait lui faire ressentir. Il lui en fallait plus, douce gourmandise. Hermione tenta de se concentrer dans leur échange que l'homme semblait maitriser maintenant totalement. Le bout de sa langue vint goûter la lèvre inférieure de Snape. Ce dernier sentit son être se tendre et n'eut qu'envie de sentir plus la lionne contre lui. De la dévorer.

Mais alors, il se sépara vivement d'elle, détachant ses bras et s'éloignant. Severus ressentit une émotion elle aussi rare chez lui. Il eut peur. Peur de l'attraction inconcevable qui l'avait poussé à embrasser Miss Granger. Peur de la douleur qu'il ressentît en lisant l'expression blessée de son élève alors qu'il la rejetait soudainement. Elle tenta de revenir vers lui, l'air perdu, mais il leva une main pour s'y opposer.

- Miss, vous savez aussi bien que moi que c'est impossible.

Et il partit, la laissant esseulée à contempler la porte qui se referma derrière lui.


Ne me tuez pas...

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