Voilà, j'espère que cette histoire vous a plu autant qu'à moi. Pensez au petit message qui fait plaisir. A bientôt...
Les personnages et l'univers appartiennent à Robert Kirkman.
L'histoire est une traduction de «The Crow's Song», écrite par SquishyCool, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
Épilogue
Les paupières de Daryl s'ouvrirent et il se rendit compte qu'il était couché sur le dos, regardant vers le ciel, confus et effrayé. La couleur du ciel se dégradait en des dizaines de nuances qu'il n'avait jamais vues auparavant, violettes et roses, jaunes, vertes et azur. Une volée d'oiseaux sombres passa tranquillement, disparaissant au loin.
La moindre sensation lui chatouillait le visage et il cligna des yeux. Pendant une seconde, il eut l'impression qu'il était dans une boule à neige. Il semblait qu'un million d'étoiles scintillantes tombaient sur lui comme de la neige ou des plumes plus légères que l'air, de merveilleux petits flocons multicolores dérivant doucement dans l'air calme et disparaissant sur sa peau.
(Ou était-ce des cendres ?)
Il ne put pas sentir ses bras, ses jambes ou le reste de son corps avant de les bouger. Ce qui lui prit beaucoup de temps, vu qu'il était vraiment très détendu. Il laissa les taches étincelantes tomber et le recouvrir jusqu'à ce qu'il soit certain que c'était bien de la neige - ou quelque chose qui y ressemblait. Il resta là jusqu'à ce qu'il réussisse à rassembler la force de tourner la tête et comprit qu'il n'était plus allongé à plusieurs pieds sous terre.
Alors, où était-il ?
Le poids lourd qui l'avait ralenti toute sa vie avait inexplicablement disparu. Il se leva et resta là à regarder autour de lui. Il ne ressentait pas de douleur dans ses muscles, pas de douleur profonde dans son âme, pas de manque d'oxygène. Il se sentait léger et libre et, pour une raison ou une autre, soulagé. Son esprit était calme et paisible pour la première fois de toute son existence. Et tandis qu'il regardait autour de lui et prenait conscience de son environnement, il ne pouvait s'empêcher de remarquer à quel point tout était absolument parfait.
C'était indescriptible, ne ressemblant à rien qu'il ait déjà vu ou imaginé. Pendant un moment, il pensa qu'il pourrait être de retour devant la maison funéraire. Mais il se rendit vite compte que ça n'était pas ça. L'immense champ ouvert devant lui était trop vert, trop plein, trop vivant. L'herbe était haute, luxuriante et verte, effleurant doucement ses jambes, et partout, il y avait d'épaisses parcelles de fleurs éclatantes. Lavande et chèvrefeuille, marguerites et orchidées, roses et pissenlits, ainsi qu'un millier d'autres plantes qu'il ne reconnaissait pas. Il n'y avait aucune trace d'une structure construite par l'homme aux alentours. Des nappes de brouillard et de brume lourde pendaient sur les collines verdoyantes et ondoyantes.
Et il commença à marcher.
Son esprit était vide. Il n'était ni inquiet ni plein de questions. Il n'était pas non plus apathique. Il n'était même pas en colère, ni même triste. Il ne ressentait plus de culpabilité, ni de chagrin ou de remords. Il se sentait parfaitement satisfait - parfaitement en paix. La seule façon de décrire la sensation qui l'emplissait était le bonheur. Un bonheur qu'il n'avait plus vraiment ressenti depuis qu'il était très jeune. Quelque chose qui ressemblait à la liberté. Ses jambes n'étaient pas raides ni lourdes, et ses bottes ne pesaient pratiquement rien. Il inspira profondément, respirant l'air frais et parfumé, cligna des yeux et tourna la tête pour admirer la beauté de son environnement.
Il marcha et marcha sans jamais être essoufflé, fatigué ou las. Il ne se sentait plus pressé. Il ne ressentait plus d'anxiété, le poussant vers des destinations inconnues. Il n'avait pas besoin de rester sur ses gardes ou de se préparer à se défendre. Le sentiment de menace n'était plus qu'un lointain souvenir. Et il savait qu'il n'y avait rien à craindre.
Plus maintenant. Pas dans cet endroit.
Plus il marchait, plus le paysage changeait. Certains endroits ressemblaient exactement à la campagne de Géorgie qu'il avait connue et aimée, et il y avait aussi beaucoup d'endroits qui ressemblaient à des images de terres exotiques lointaines et magnifiques qu'il n'avait vues que dans des livres. Il n'était pas sûr de ce vers quoi il se dirigeait, mais il ne s'en souciait pas non plus. C'était juste sympa … d'exister. Pour une fois. Il avait enfin l'impression de pouvoir se reposer. Et il commençait à sentir qu'il pouvait accepter tout ça.
Il ne sentait ni ne voyait le soleil, mais le ciel restait tout de même éclairé et il n'avait aucune difficulté à voir où il allait, même lorsque son environnement devenait légèrement plus sombre. Il marcha avec aisance dans l'herbe haute, puis dans les bois épais, sous les voûtes de feuilles et les sous-bois d'un vert luxuriant, au milieu des troncs les plus gros et l'écorce la plus brune qu'il ait jamais vus. Rien ne le dérangeait.
Tout était calme, même si ce n'était pas silencieux. Il pouvait entendre le son du réconfort.
La forêt s'éclaircit et il traversa lentement de grands espaces sans arbres, couverts de plantes grimpantes filiformes. Il s'arrêta et regarda avec fascination les lumières qui s'étaient mises à clignoter et à briller. Il y en avait tellement qu'on aurait dit qu'une centaine de guirlandes lumineuses de Noël avaient été tendues entre les arbres, flottant calmement quelques mètres au-dessus de l'épais sous-bois. Ils se multipliaient et devenaient de plus en plus brillants au fur et à mesure qu'il regardait et s'il avait pu sentir son cœur battre, il était sûr qu'il serait en train de battre très fort à ce moment. Les lucioles brillèrent, clignotèrent et scintillèrent jusqu'à ce que les bois semblent être dominés par un million de petites fées volantes.
Il continua à marcher, en veillant à ne pas déranger les petits orbes de lumière dorée. Ils n'étaient pas gênés par sa présence alors qu'il passait silencieusement à travers l'essaim effervescent, comme un fantôme. Il souriait sereinement et ne s'en était même pas rendu compte jusqu'à ce qu'il atteigne l'autre côté.
Les arbres finirent par s'éclaircir jusqu'à ce qu'il s'approche d'une clairière. Il se retrouva à marcher entre de gigantesques buissons verts et des tiges de lierre qui s'élevaient bien au-dessus de sa tête. Il y avait des parcelles de fleurs et d'herbes colorées qui poussaient autour de rochers et, sur le côté de l'étroit sentier de cailloux qu'il suivait inconsciemment, s'éparpillaient des tournesols plus grands que lui avec des pétales plus jaunes que ce qu'il avait jamais vu auparavant. Et il entendit le ruissellement caractéristique de l'eau en mouvement.
Une rivière, peut-être. Ou un lac, ou un étang. Il ne put s'empêcher de suivre ce bruit.
Il n'avait pas envie de s'arrêter.
Le chemin le conduisit en haut d'une colline, mais il ne s'essouffla jamais. Il marchait avec plaisir et avec aisance, ses yeux captant tout ce qu'il pouvait tandis que sa poitrine continuait de se gonfler d'émerveillement et de pure admiration. Il ne pouvait pas s'arrêter de sourire. Les coins de sa bouche étaient constamment tirés vers le haut et, en tout autre endroit, ses joues auraient pu commencer à lui faire mal. Mais ça n'était pas le cas.
Le bruit de l'eau se rapprochait, devenait plus fort, plus présent dans ses oreilles. Le sentier se rétrécit davantage et les plantes se raréfièrent le long de l'allée. Ses bottes faisaient doucement crisser les cailloux et la terre. Il continua à suivre le son, respirant de plus en plus profondément à mesure que l'odeur de l'eau salée commençait à remplir son nez.
Est-ce qu'il marchait vers la mer ? Il ne semblait pas s'en soucier. Il continuait à marcher.
Le sentier ne fut bientôt plus que des roches de formes diverses incrustées dans de la terre. La verdure se clairsemait le long du chemin, de grands arbres immobiles poussant de chaque côté. Il continuait de monter, rempli d'excitation à l'idée de ce qu'il pourrait trouver au sommet. Puis un nouveau son lui remplit les oreilles et il s'arrêta : de minuscules pattes et des griffes cliquetaient sur les cailloux.
Au début, c'était assez éloigné, puis ça se rapprocha de plus en plus près. Une bulle d'anticipation gonfla dans son estomac et il regarda droit devant lui, attendant. Le cliquetis se poursuivit sur de gros rochers plats, de petits rochers, des cailloux et de la terre. Puis une boule de poils blanche et luisante apparut au sommet de la colline, ne s'arrêtant qu'une fraction de seconde avant de descendre et de s'élancer vers lui. Il resta figé au milieu du chemin, regardant avec étonnement la tâche blanche qui s'approchait.
Le chien s'arrêta à ses pieds et leva les yeux vers Daryl avec joie. Le chiot était si propre et si blanc qu'il brillait, et sa langue sortait paresseusement sur le côté de sa bouche. Il semblait absolument ravi. Et Daryl le reconnut immédiatement malgré le fait qu'il avait deux yeux bruns vifs et brillants.
Il posa un genou à terre et tendit la main. Le chiot ne broncha pas et n'hésita pas non plus - il se pencha vers la main de Daryl et accepta avec empressement qu'il lui ébouriffe les oreilles et lui gratte le cou. Daryl pensa que le petit clébard aurait même pu sourire.
"Tu as trouvé ton pont arc-en-ciel, petit bonhomme ?" demanda-t-il, en passant sa grande main à travers la douce fourrure blanche et en se souriant à lui-même.
Puis le chien jappa joyeusement et sautilla un peu partout, comme s'il essayait de dire quelque chose. Daryl ne se posa même pas de question quand il entendit la réponse chuchoter doucement dans sa tête : "Oui, oui, je l'ai trouvé ! Et toi aussi ! Et s'il te plaît, viens voir ce que j'ai trouvé d'autre !" Il hocha simplement la tête et s'avança, suivant le chiot sur un sentier plus caillouteux jusqu'à ce qu'ils passent le sommet de la colline.
Le sentier se transforma en grosses roches plates et entourées de terre tassée, une multitude de plantes et de mousses courant le long des bords et menant vers une destination précise. Daryl regarda autour de lui et vit des arbres squelettiques parsemés de feuilles vert vif, de branches maigres et de verdure rampante qui annonçaient un plan d'eau à proximité. Le bruit d'un étang tranquille lui remplissait les oreilles et devenait de plus en plus fort à chaque pas qu'il faisait.
Le chien jappa de nouveau et courut ensuite dans un bouquet de buissons, disparaissant de la vue de Daryl. Mais il ne s'inquiéta pas. Il continua à marcher, en suivant le chemin et en gardant les yeux fixés devant lui.
Une silhouette se dessinait au loin devant lui : une silhouette contre le bleu profond de l'eau sans fin. Daryl s'approcha sans détourner le regard et sans oser cligner des yeux. Ses pas étaient devenus silencieux. Il y eut un léger bruissement d'herbe sur sa gauche, mais il n'y fit pas attention. Il savait que le chien de l'apocalypse s'amusait. Il savait que ce qui l'intéressait vraiment était un peu plus loin devant lui, assis sur le rivage et l'attendant. Et il n'était pas pressé de l'atteindre.
Il pouvait voir ses cheveux blonds et sa forme délicate se dessiner contre le céruléen scintillant de l'eau et l'azur profond de l'horizon. Et plus il se rapprochait, plus il était capable de déchiffrer les détails. Il savait que c'était elle avant même de savoir que c'était elle. Il pouvait sentir son odeur sucrée familière dériver vers lui, il pouvait sentir sa présence à des kilomètres de distance, il pouvait la sentir le pousser à avancer. Il marcha et marcha, puis il put voir le gros rocher sur lequel elle était perchée, le gilet blanc drapé sur ses épaules, la façon dont ses cheveux blonds s'agitaient paresseusement dans la brise marine. Ses coudes repliés, la courbure de sa colonne vertébrale et l'aisance absolue dans sa posture.
Et l'eau calme, immobile et sans fin qui s'étendait devant elle. Elle était assise paisiblement, complètement satisfaite. Il n'avait pas envie de la déranger. Mais toute parcelle de la peur ou du doute qui l'avaient tourmenté, avait disparu depuis longtemps. Il n'avait plus peur, n'était plus anxieux et n'hésitait plus.
Elle ne tourna pas la tête avant qu'il ne soit à quelques mètres d'elle. Comme si elle ne l'avait pas entendu s'approcher, même s'il savait qu'elle l'avait entendu. Et quand elle jeta un coup d'œil par-dessus son épaule et rencontra son regard curieux, elle lui adressa un sourire complice. Elle baissa les yeux et elle ne parla pas avant de tourner la tête pour regarder l'eau.
L'estomac de Daryl était rempli de papillons et de taches d'or, pourtant il ne sentait toujours pas son cœur battre à toute allure. Il prit une grande inspiration qui lui fit tourner la tête et s'avança. Il souriait encore plus fort qu'avant, sans retenue et sans honte. Un bruit familier remplissait ses oreilles et coulait dans ses veines comme de l'eau chaude.
Elle fredonnait doucement. Un air qu'il reconnaissait mais qu'il ne pouvait pas nommer. Il jouait sur ses nerfs comme le tintement des touches du piano ; il faisait vibrer sa poitrine comme la corde d'une guitare. Il résonnait dans sa tête comme une chanson à laquelle il ne pouvait pas échapper. Une chanson à laquelle il n'avait jamais voulu échapper.
"...we're gonna move to California to a house on the lake, and someday we will kiss in front of family and friends. Only cake and champagne and no need… for weapons... "
Ce souvenir n'était plus douloureux. En fait, il ne ressentait que du bonheur. Le son angélique le remplissait d'espoir, d'un profond désir et de mille bons souvenirs. Il continua à avancer, faisant de longues enjambées confiantes. Jusqu'à ce qu'il ne soit plus qu'à quelques pas de sa silhouette détendue. Jusqu'à ce qu'il pose les yeux sur les cheveux d'or brillants, sur un cardigan blanc nuage et des épaules frêles.
Jusqu'à ce qu'il puisse entendre sa douce respiration mêlée au doux clapotis des vagues sur un rivage de galets. Un oiseau se mit à crier quelque part au loin, de l'autre côté de l'eau. Les arbres derrière eux bruissaient doucement dans une brise inexistante.
Sa respiration se stabilisa. Ses muscles se relâchèrent. Plus aucune culpabilité ne le hantait contrairement à ce qu'il avait redouté. Il n'y avait que de l'épanouissement. Et du réconfort. Et de la paix.
Et Beth.
Il s'était figé en la regardant se lever et se retourner lentement pour lui faire face. Il n'y avait ni blessures, ni sang, ni égratignures, ni saleté, ni sueur, ni faim, ni déshydratation, ni épuisement. Les vieux vêtements sales dans lesquels il avait pris l'habitude de la voir avaient disparu, échangés contre un short coupé dans un jean, un débardeur jaune vif et un long cardigan blanc et fleuri, doux comme une plume. Et les pieds nus, propres et sans cicatrices. Sa peau de porcelaine brillait comme il ne l'avait jamais vue auparavant. Des mèches épaisses et brillantes de cheveux dorés au soleil voletaient doucement autour de son cou et de ses épaules dans la brise marine.
Elle souriait.
"Daryl." Même son nom ressemblait à de la musique qui coulait de ses lèvres.
Il souffla son prénom en poussant un profond soupir de soulagement, "Beth."
Son sourire s'élargit et il sentit les papillons sous sa peau s'agiter sauvagement. Elle fit un pas silencieux en avant. Il fit la même chose.
"Je t'attendais", dit-elle simplement. "Mais j'étais sûre de devoir attendre plus longtemps."
Son sourire ne faiblissait pas, pas plus que l'étincelle dans ses yeux. Elle n'était ni en colère ni déçue. Elle n'était même pas triste. Et même s'il pensait qu'il aurait pu l'être... lui non plus ne l'était pas. Et même s'il savait qu'il n'avait pas besoin de s'excuser, il estimait qu'il lui devait quand même une explication. Bien qu'elle ait déjà compris.
"J'voulais pas être l'dernier survivant", chuchota-t-il. "Pas si ça voulait dire rester tout seul."
Elle cligna des yeux et il regarda des larmes couler de ses yeux couleur saphir. Mais c'étaient des larmes de joie. Il en était sûr. Elle sourit et secoua la tête.
"Tu n'aurais plus jamais été seul, Daryl Dixon, dit-elle doucement, en passant une main sur ses yeux. "Mais je suis contente que tu sois là."
Il souriait. "J'suis content qu'tu sois là..."
Son sourire vacilla et sa voix s'adoucit. "Je sais que ça t'a fait mal..."
Un sentiment d'éloignement et d'étrangeté traversa soudain son corps. Il se souvint de tout - juste un instant. Tout ce qu'il avait vécu avant, tout ce chagrin, cette perte, cette douleur et cette éternelle culpabilité, éreintante et ahurissante. Les derniers moments qui l'avaient conduit ici.
Et puis, tout s'effaça. Comme si les derniers restes de sa douleur le fuyaient une fois pour toutes. Il regarda à nouveau ses lèvres se recourber lentement et son cœur s'envola.
"Mais n'es-tu pas content d'avoir pu ressentir tout ça... ?" finit-elle tranquillement.
Il ne put pas s'empêcher de sourire.
"Ouais", souffla-t-il. Il se lécha les lèvres et dit, un peu plus fort : "Tu m'as manqué."
Beth leva les sourcils et son sourire se fit taquin. "...tant que ça ?"
Il ricana et hocha la tête. "Exactement comme tu l'avais dit."
L'instant d'après, elle se précipita dans ses bras et l'embrassa. Elle était chaude. Il la laissa serrer fortement sa taille, enterrer son visage dans sa poitrine, et il enroula ses bras autour d'elle, la serra contre lui et mit son nez au sommet de son crâne. Pour la première fois depuis son arrivée ici, il sentit son cœur se remettre à battre. Et il sentit le sien aussi.
Ils battaient en harmonie.
Daryl aurait pu rester comme ça pour toujours. Et ils auraient peut-être pu le faire s'il n'y avait pas eu le bruit familier des pattes de chien qui cliquetaient sur les cailloux, puis une gentille petite peluche blanche qui réapparut à leurs pieds. Le chiot jappa joyeusement et Beth s'éloigna juste assez pour baisser les yeux vers lui et ricaner.
Elle leva les yeux vers Daryl, toujours souriante, et dit : " Il ne m'a pas quittée depuis que je suis arrivée ici. Je crois qu'il t'attendait aussi."
Daryl grogna et laissa à contrecœur Beth lui glisser des bras pour qu'elle puisse s'accroupir et caresser le chien. "Je suppose que tu avais raison sur beaucoup de choses."
Il n'avait jamais été aussi heureux d'admettre que quelqu'un avait raison. Il voulait qu'elle ait raison depuis le début. Avec son ancienne façon de penser dans son ancienne vie, il aurait été incapable de se permettre de croire vraiment en de telles choses pleines d'espoir.
Elle rit et ébouriffa le dessus de la tête du chien avant de se lever et de faire face une nouvelle fois à Daryl en souriant d'excitation. "En fait, je t'attendais aussi... viens voir."
Elle tendit la main et attrapa la sienne et il la laissa l'entraîner, curieux et impatient de voir de quoi elle parlait. Y aurait-il d'autres chiens ? Il se rendit vite compte d'où elle l'emmenait lorsqu'ils traversèrent la rive de galets et s'approchèrent du bord de l'eau calme. Tout d'abord, il se dit qu'elle le traînait dans les profondeurs. Mais ils s'arrêtèrent dans le sable mouillé, elle serra sa main et se rapprocha de lui.
Puis elle pointa l'eau du doigt et il regarda. Tout à coup, il fut plus émerveillé et stupéfait que jamais auparavant.
Au lieu de l'eau claire et scintillante, du sable, de poissons et d'algues, Daryl était en train de regarder des gens à travers un liquide cristallin... des gens qui vivaient sur Terre, des gens qui fuyaient, fuyaient pour sauver leur vie, tentant désespérément de survivre au chaos apocalyptique qu'était devenu le monde des mortels. Il y avait aussi des rôdeurs. Et des armes. Et du sang, des cris, des meurtres et la souffrance. Et toutes ces choses atroces, horribles et douloureuses qui ne ressemblaient plus qu'à un lointain cauchemar.
Il regardait avec horreur, mais il ne semblait plus ressentir la peur ou le dégoût. La tristesse, la culpabilité, les remords... tout cela avait disparu. Il avait l'impression de regarder un film. Il savait qu'il n'avait aucun contrôle sur la fin et qu'il n'obtiendrait aucune satisfaction à regarder les personnages souffrir, mais... il savait que tout finirait par s'arranger. Pour chacun d'entre eux. Peu importe ce qui arriverait. Il y avait une fin où ils trouveraient tous le bonheur, la paix et le repos. Et il savait qu'ils y arriveraient en temps voulu.
Beth chuchota doucement à côté de lui : "Ils ont réussi... ils ont tous réussi."
En effet. Daryl s'autorisa finalement à reconnaître tous les gens qu'il regardait : Rick. Carl. Michonne. La petite Judith. Carol. Maggie. Glenn. Tyreese. Sasha. Bob. Toutes les personnes qu'il croyait mortes pendant l'attaque de la prison ou immédiatement après, toutes les dernières personnes vivantes dont il s'était préoccupé. Ils étaient vivants, ils se battaient et ils jouaient le reste de leurs histoires.
Cette prise de conscience fit naître une vague d'espoir à travers tout son corps et il sourit. Il serra la main de Beth et sentit qu'elle se penchait vers lui.
"Nous ne pouvons rien faire, nous ne pouvons pas intervenir ", expliqua-t-elle doucement. "Mais on peut regarder. Et parfois, on peut leur faire savoir qu'on attend..."
Il grogna son accord. Il ne voulait rien faire. Il ne pouvait pas les aider d'où il était et il le savait déjà bien avant que Beth ne le lui dise.
Il n'avait plus aucun rôle dans ce grand plan. Et il était d'accord avec ça.
Alors ils regardèrent.
Il n'aurait pas pu dire combien de temps ils étaient restés à regarder fixement l'eau, vers ce qui restait du monde qui les avait réunis. Mais ce fut assez long pour voir Carol et Tyreese suivre les énormes panaches de fumée qui les conduisirent à la pile de gravats brûlants qui avait autrefois été le salon funéraire. Peu après, Daryl regarda, les larmes aux yeux, Carol découvrir les tombes côte à côte et l'arbalète familière, ainsi que le cadavre à moitié enterré et partiellement en décomposition. Et puis le couteau familier, le pistolet qu'elle ne reconnu pas, la voiture qui puait encore la mort et la radio fracassée. Il écouta même un moment quand elle discuta avec Tyreese et rassembla toutes les pièces du puzzle. Et il lui était reconnaissant de ne pas avoir déterré le cercueil qu'il avait eu tant de difficulté à mettre en terre, d'autant plus reconnaissant quand elle finit d'enterrer son vieux cadavre sans cervelle. Bien qu'elle ait pleuré calmement sur sa tombe pendant toute une nuit, les mots qu'elle lui murmura en guise hommage lui procurèrent une nouvelle sensation de paix - comme s'il avait laissé une trace importante de son vivant.
Un peu plus tard, une fois que le reste de leur famille de survivants fut réunie, Beth et lui écoutèrent attentivement Carol expliquer ses découvertes à Maggie, à Rick et aux autres. Maggie sanglota et gémit de douleur, mais Beth se contenta de serrer un peu plus fort la main de Daryl et de se coller un peu plus à lui. Il fit la même chose en regardant Rick pleurer pour eux deux. Mais ni l'un ni l'autre ne versa une larme.
Ils n'avaient pas besoin de sentir cette vieille douleur ici. Ils n'avaient qu'à attendre patiemment le jour où ils pourraient accueillir le reste de leur famille à bras ouverts.
Daryl était plus que ravi de voir que Carl et la Petite dure à cuire avaient survécu et continuaient à survivre. Il aurait pu rester là à les regarder toute la journée, Rick, Carol, Michonne et tous ceux qu'il avait appris à aimer si profondément. Mais Beth lui tira la main et il détourna le regard pour rencontrer ses yeux bleus étincelants.
Il se sentait encore plus en paix qu'il ne l'avait jamais été auparavant.
"Il y a plus encore", dit-elle en souriant et en saisissant l'une de ses grosses mains dans les siennes.
Elle dégageait de la chaleur et rayonnait. Tout, autour d'eux, avait toujours la même apparence malgré le fait qu'ils se tenaient sur le rivage et regardaient leurs vieux amis survivre depuis des jours et des semaines, sans arrêt. Mais il savait déjà que le temps n'existait pas ici. Il n'avait pas d'importance ici. Le soleil ne se levait ou ne se couchait que s'ils le voulaient. Le ciel était toujours aussi lumineux, l'eau aussi calme, la brise aussi douce. Et il pouvait entendre le cliquetis des griffes du chien blanc sur les rochers à proximité.
Sans mot, il se pencha et pressa ses lèvres contre celles de Beth et s'attarda. Elle l'embrassa à son tour, glissa ses bras délicats autour de son cou et l'attira vers elle. Il respira son parfum et se demanda ce qui pourrait rendre cet endroit meilleur.
Elle s'éloigna finalement et son haleine chaude traversa ses lèvres entrouverte tandis qu'elle chuchotait : "Je t'aime. Je suis si contente que tu sois là. Avec moi."
Il sourit et l'embrassa de nouveau, plus profondément, cette fois. Puis il se recula et la regarda en souriant. "Moi aussi... Je t'aime plus que tu ne l'aurais jamais imaginé."
Ici, les mots venaient facilement et de façon décomplexée. Tout comme les rires. Il ne s'était jamais senti aussi léger, aussi insouciant, aussi résolu et si heureux.
Elle rougit et détourna les yeux un instant et ses bras se serrèrent affectueusement autour de son cou.
"Mais ce n'est pas tout, insista-t-elle en souriant et en recroisant son regard. "Attends de voir."
Il grogna, confus et demanda : "Qu'est-ce que j'pourrais vouloir de plus ?"
Elle gloussa et dit : "Il y a des gens que je veux que tu rencontres... et d'autres personnes qui t'attendent."
La prise de conscience lui tomba dessus si soudainement qu'il n'eut même pas eu temps de réagir avant qu'une voix trop familière ne lui parvienne de quelque part au loin.
"Tu m'as pas déjà oublié, n'est-ce pas, p'tit frère ? J'sais que j't'ai manqué."
Et puis une autre voix, tout aussi familière mais presque étrangère parce qu'il ne l'avait pas entendue depuis si longtemps.
"Daryl, c'est mon petit garçon ? Daryl, c'est ta maman."
Ils s'approchaient, mais Daryl ne pouvait pas encore tourner la tête et regarder. Son regard ahuri était fixé sur Beth et ses grands yeux bleus, le sourire qui fendait son visage, l'exaltation absolue qui rayonnait sur sa peau. Elle retira ses bras de son cou et lui serra les mains fermement dans les siennes et éclata de rire. Elle avait l'air plus heureuse que jamais.
"Je vais rencontrer ta mère et tu pourras rencontrer la mienne - et mon père veut te voir, aussi", dit-elle en souriant. Elle leva les sourcils et rit joyeusement. "Il a toujours dit qu'il t'aimait bien."
Daryl souriait. Et ses yeux se remplissaient de nouvelles larmes, mais il ne ressentait pas une once de tristesse.
"Cette petite fille t'attend aussi, ajouta Beth. "La petite fille de Carol."
Il était euphorique, presque submergé de joie à l'idée de revoir Merle et sa maman. Il ne put s'en empêcher, il se mit à rire aussi.
Il lui serra les mains et l'encouragea à le guider vers les voix familières.
"J'ai hâte d'y être. Allons-y."
