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Le crime ne prend jamais de vacances, ainsi allait l'adage, même à l'approche des fêtes de fin d'année. Harry s'avança vers l'ascenseur devant lequel le Lieutenant patientait déjà. Ils étaient attendus dans un restaurant du Chemin de Traverse où un corps avait été découvert dans les toilettes, juste avant le service de midi. Le jeune Auror scruta le visage sérieux de son partenaire, puis tourna son attention vers les ascenseurs avant de lancer un nouveau regard vers le Lieutenant, d'ouvrir la bouche et de se raviser.
-Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? demanda l'officier dans un soupir exaspéré.
-J'ai entendu dire que le type que tu avais laissé filer était Spencer, répondit Harry en essayant de prendre un ton nonchalant.
-Où veux-tu en venir ?
-Je suis juste curieux. J'ai pas le droit de poser de question ? Pourquoi t'es si obsédé par lui ?
Le Lieutenant ne lui répondit pas. Les portes de la cabine s'ouvrirent et les deux hommes s'y engouffrèrent.
-Tu me réponds jamais de toute façon, râla Harry. C'est un jour spécial aujourd'hui ? Tu es habillé tout en noir. On dirait que tu vas à un enterrement.
-Ferme-là, rétorqua sèchement son partenaire. Tu as vu ce que tu portes, toi ? ajouta-t-il en le dévisageant des pieds à la tête avec un air de dégoût.
-Ben quoi ? répliqua Harry en passant ses mains sur son blouson, puis en tendant les bras devant lui. C'est un K-way, c'est moldu. C'est très pratique quand il pleut. Je l'ai trouvé dans une friperie, j'ai toujours rêvé d'en avoir un.
-C'est mauve, bleu et jaune. Les enchantements anti-pluie n'existent pas pour rien.
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Ils se dépêchèrent de remonter la rue presque déserte sous la pluie battante jusqu'au Focifère en Pâte, le restaurant où avait été retrouvé le corps sans vie d'un homme d'une trentaine d'années. D'après les premiers éléments dont ils disposaient, il s'agissait d'un fils de bonne famille, joueur professionnel de quidditch pour une équipe locale, très prometteur.
Arrivés sur place, les deux Aurors présentèrent leur insigne à l'agent qui attendait devant la porte et pénétrèrent dans l'établissement. Cinq clients étaient déjà présents au moment de l'incident ainsi que, coup de chance, un Auror en patrouille. Il avait bouclé les lieux, empêchant quiconque d'entrer ou de sortir et avait prévenu le Département.
-Oh, Merlin ! s'exclama soudainement Harry.
-Quoi ?
Le lieutenant se tourna vers lui, sur le qui-vive.
-30 balles pour un petit morceau de homard ? Ce restaurant est hors de prix !
Son partenaire préféra ne pas répondre et commença à interroger le gérant du restaurant. Ce dernier conduisit les deux détectives sur les lieux du crime, dans les toilettes étroites au fond d'un couloir éclairé d'une lumière tamisée. La victime se trouvait toujours là, étendue sur le sol, une flaque de sang autour de sa tête. Deux techniciens du service médico-légal s'activaient autour du corps et l'un d'entre eux leur demanda de reculer un peu pour qu'il puisse lancer son Appare Vestigium et reconstituer la scène.
Deux silhouettes dorées apparurent. La première, plus petite que l'autre, était en train de se laver les mains, quand la seconde leva sa baguette et lança un sort. Le jet de lumière dorée entra en contact avec la victime et celle-ci s'écroula. Sa tête heurta le lavabo avant de tomber au sol et d'y rester, immobile. Les silhouettes se dissipèrent et Harry hocha la tête, satisfait.
-Ça va être vite résolu, déclara-t-il, les mains posées sur ses hanches. Il n'y a qu'à vérifier les baguettes de chaque client présent et voir quels sont les sorts qu'ils ont lancé en dernier.
C'était sans compter la mauvaise foi des sorciers et sorcières présents, qui se plaignirent de l'atteinte à leurs droits et à leur vie privée lorsque les Aurors réclamèrent les baguettes. Harry fut assez peu surpris, considérant la population qui pouvait se permettre de fréquenter un restaurant d'un tel standing, il fallait s'attendre à rencontrer quelques réticences.
-Est-ce que vous avez la moindre idée de qui je suis ?! s'exclama un sorcier d'âge moyen, vêtu d'une très chic robe trois-pièces.
-Je devrais ? répondit Harry entre ses dents, à la limite de sa patience.
-Olaf Halfenaked, je suis le Vice Président de la Chambre du Commerce Magique. Vous ne pouvez pas me traiter ainsi, c'est inadmissible.
-Votre statut ne nous intéresse pas, Monsieur Halfenaked, intervint le Lieutenant en s'approchant derrière le jeune Auror.
Il avait dû sentir l'humeur de son partenaire, qui était à deux doigts de devenir lui-même coupable d'un meurtre, et lui était venu en aide. Harry lui en fut reconnaissant.
-Nous sommes ici pour faire notre travail, poursuivit l'officier. Je vous prierais de ne pas nous en empêcher ou je me verrais dans l'obligation de vous arrêter pour obstruction à la justice.
Halfenaked leur jeta un regard mauvais, tendit sa baguette avec un geste lent et Harry la saisit. Il dû tirer sur le morceau de bois plusieurs fois pour que l'homme le lâche enfin. Le jeune Auror posa la baguette sur l'une des tables et lança un Prior Incanto.
-Arrigere Mentula ? Je ne connais p-
Hermione avait toujours rappelé à Ron et Harry l'importance du latin dans la construction des sorts et leur avait fait apprendre une liste de vocabulaire. Du plus profond de sa mémoire, il tira le sens de ces mots.
-Oh. Oh, murmura-t-il avant de lancer un rapide coup d'œil vers le Lieutenant et de croiser son regard horrifié.
Il rendit hâtivement la baguette à son propriétaire, dont le visage avait pris une teinte pourpre, tout en pensant qu'il était des secrets qui feraient mieux de le rester. Ce n'était en tout cas pas l'arme du crime. Il entendit soudain une voix crier "ne vous approchez pas de moi !" et se tourna vivement. Le Lieutenant se tenait devant un homme d'une soixantaine d'années, une main levée en signe d'apaisement malgré la baguette pointée vers lui.
-Baissez votre baguette, Monsieur, ordonna calmement l'officier.
-Je ne… Je ne voulais pas le tuer !
Parmi tous les clients du restaurant, l'homme était celui qui était habillé le plus simplement, vêtu de robes sombres et passe-partout. Son visage était triste et ses traits fatigués. Il pointait son arme vers les Aurors et son bras tremblait, trahissant sa nervosité.
-Je vous jure que je ne voulais pas le tuer, continua-t-il, un ton plus bas. Je voulais juste qu'il me dise pourquoi !
-Pourquoi quoi ? demanda Harry en se déplaçant lentement à côté du Lieutenant.
-Pourquoi il a tué mon fils !
Le jeune Auror et son partenaire se regardèrent furtivement avant de reporter leur attention sur le suspect.
-Il y a dix ans, expliqua l'homme d'une voix rauque et tremblante. Il a tué mon fils. Ils étaient dans la même équipe de quidditch. Il y a eu une soirée qui a dégénéré, mais la mort de mon fils a été classée en accident. Ce n'était pas la première fois que ce garçon avait été mêlé à des incidents, mais à cause de ses riches parents, ils s'en est toujours tiré.
Il marqua une pause, secoué par un sanglot.
-Quand je l'ai vu, heureux, vivant une vie facile et luxueuse, je n'ai pas pu le supporter. Je l'ai confronté dans les toilettes, mais vous savez ce qu'il m'a répondu ? "Votre fils était un idiot, il n'avait pas sa place dans notre équipe". J'ai perdu le contrôle.
-Et vous l'avez tué, conclut Harry.
L'homme hocha lentement la tête, ses joues couvertes de larmes, mais sa baguette toujours fermement dirigée vers les Aurors.
-Est-ce que ça a changé quelque chose ? demanda soudainement le Lieutenant en le dévisageant. Est-ce que ça a allégé votre douleur ? Ou ramené votre fils à la vie ?
Harry tourna son attention vers son partenaire. Son regard sombre était fixé sur l'homme, déterminé. Il ne ressent pas d'empathie pour les victimes habituellement, pensa-t-il. D'où est-ce que ça lui vient ?
-Qu'est ce que vous voulez m'entendre dire ? demanda le suspect. Qu'est ce que vous en savez ?
-Je sais, répondit le Lieutenant. Moi aussi, je voulais tuer celui qui avait fait ça. Je voulais trouver celui qui avait assassiné ma mère et le faire payer de mes propres mains. Mais même si j'y parviens, quelle différence cela fera-t-il ?
Il marqua une pause. Seule la pluie qui continuait de tomber brisait le silence qui régnait dans le restaurant. Harry ne parvenait pas à détacher son regard de son partenaire, d'ordinaire si contrôlé. Il pouvait le voir trembler légèrement et tenter de contrôler ses émotions.
-Est-ce que vous savez ce que veulent réellement les victimes ? reprit l'officier. Elles veulent voir les coupables avouer leurs crimes devant la cour et recevoir la punition qu'ils méritent. Elles ne veulent pas se venger ainsi.
-Je m'en fiche de tout ça ! cria l'homme.
-Cela fait de vous le même genre de personne que le meurtrier alors ! C'est vraiment ce que vous voulez ?
-Plus rien n'a d'importance maintenant. C'est fini. Tout est fini.
-Non, rétorqua l'officier. C'était fini à la mort de votre fils. C'était fini à ce moment-là.
-Fini ? Tout s'est fini… là ?
L'homme baissa lentement sa baguette et ses épaules s'affaissèrent.
-Peut-être que ma femme le savait, continua-t-il. Je lui avais dit de pardonner au garçon qui nous a enlevé notre fils. Sept ans après sa mort, ma femme l'a suivi. C'est là que j'ai réalisé… Elle s'est suicidée. C'est à cause de moi. Je l'ai tuée elle aussi. Parce que je n'ai rien fait.
-Ce n'est pas juste vous, dit le Lieutenant d'une voix basse. N'importe qui aurait réagi de la même façon. N'importe qui. Je ne l'ai réalisé qu'après avoir rejoint les Aurors. Vous ne pouvez rien y faire quand l'incident s'est déjà produit. Il n'y avait rien que mon père puisse faire.
Il avait ajouté ces dernières paroles dans un murmure, mais Harry l'entendit quand même. Le suspect fut restreint puis emmené au Ministère par des Aurors arrivés sur place entre temps. Le Lieutenant s'apprêtait à les suivre hors du restaurant, tournant le dos à Harry, quand ce dernier l'interpella.
-Est-ce que c'était à cause de ta mère ? interrogea-t-il. C'est pour ça que tu en as après Spencer ?
-Ce ne sont pas tes affaires, rétorqua son partenaire.
-Je suis désolé, dit doucement Harry après un instant de silence.
Le Lieutenant se tourna vers lui, scrutant son visage de son regard indéchiffrable.
-Maintenant, je sais pourquoi tu as tant besoin d'arrêter les coupables, poursuivit le jeune Auror. Si tu échoues, tu sais à quel point les familles seront malheureuses. Tu le sais mieux que personne. Ça ne s'arrête qu'une fois le coupable derrière les barreaux.
Il s'avança vers l'officier pour arriver à sa hauteur.
-Je comprends. Crois-moi, je comprends. Si tu as besoin d'aide, fais-le moi savoir.
Son partenaire ne répondit pas et tourna la tête vers la porte ouverte du restaurant. Ils restèrent un moment debout tous les deux à observer le déluge à l'extérieur en silence.
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La grande baie vitrée de la cafétéria du Ministère offrait ce jour une vue sur une plage paradisiaque et une mer turquoise qui s'étendait jusqu'à l'horizon, bien loin du temps maussade hivernal britannique. Assis dans un fauteuil confortable, Harry observait le paysage, perdu dans ses pensées.
-À quoi tu réfléchis si sérieusement ? lui demanda Jack en s'installant face à lui et déposant deux thés bien chauds sur la table.
-Ça a dû être si dur de vivre pendant dix ans sans son fils, murmura le jeune Auror sans détacher son regard de la fenêtre, repensant à cet homme. Est-ce qu'il mangeait bien ? Est-ce qu'il dormait bien ? Comment est-ce qu'il se sentait en voyant des jeunes gens de l'âge de son fils ?
Il marqua une pause et se tourna vers son ami.
-Hé, Jack ?
-Mh ?
-Comment tu t'es senti, toi, après ma disparition dans ce tunnel ?
-Tu me le demandes sérieusement ? demanda le Chef avec incrédulité avant de soupirer et de secouer la tête. Je me suis senti si mal après ça parce que je savais qu'il ne te serait rien arrivé si j'étais venu avec toi ! Je buvais du Whisky Pur-Feu tous les soirs. Des litres de Whisky ! ajouta-t-il avec exagération.
Harry esquissa un sourire et tourna de nouveau son regard vers la fenêtre.
-Alors Ginny… Comment crois-tu qu'elle se sent maintenant ? J'espère qu'elle ne pleure pas trop. Qu'elle est heureuse. Qu'elle est aimée.
-Harry.
-Quoi ?
-Ginny. Rose a dû te dire, elle est partie vivre en Suède quelques années après ta m- Après ta disparition.
-Oui, elle en a parlé.
-Elle s'est remariée. Peut-être dix ans plus tard, si je me souviens bien. Je suis désolé.
Harry ne répondit pas. La nouvelle lui brisa le cœur, il ne pouvait pas se le cacher, mais il était soulagé de savoir qu'elle avait retrouvé quelqu'un avec qui partager sa vie, qu'elle n'était pas restée seule toutes ces années. Il espérait que, où qu'elle soit dans cette époque, elle était heureuse. Il se raccrochait à l'idée qu'il la reverrait bientôt, persuadé qu'il trouverait le moyen de retourner auprès d'elle, en 1986, et de faire en sorte que tout cela n'arrive jamais.
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Harry réalisa avec surprise que cela faisait maintenant un peu plus de deux mois qu'il était mystérieusement apparu en 2016. Quelques jours avant Noël, il se rendit sur le Chemin de Traverse, errant au milieu des passants affairés à leurs achats de cadeaux. La grande rue était entièrement décorée et, dans la nuit, les illuminations scintillaient de mille couleurs. Le Département n'avait pas échappé à la frénésie des fêtes de fin d'année, et même Kevin avait eu le droit à un bonnet de Noël confectionné par Rose.
Harry observait la foule de sorciers allant et venant entre les boutiques avec le cœur serré. Noël avait toujours été l'une de ses fêtes favorites, ce depuis ses onze ans. C'était pour lui synonyme de retrouvailles en famille, chez les Weasley, de chaleur et de bonheur. Cette année, il se sentait incroyablement seul, perdu dans cette époque qui n'était pas la sienne, si loin de sa famille et de Ginny.
Il décida de noyer son vague à l'âme dans quelques verres de Whisky Pur-Feu et entra dans le pub qu'il avait pris pour habitude de fréquenter avec ses équipiers. Lorsqu'il s'avança dans la grande salle à l'ambiance chaleureuse et confortable, il aperçut immédiatement un visage familier.
Assis à une table quelques mètres plus loin, se trouvait le Lieutenant. Il n'était pas seul et Harry reconnut le professeur Wellick. Ils sont amis ? se demanda le jeune Auror avec curiosité. Il était vrai que son partenaire demandait régulièrement conseil à l'universitaire au cours de leurs enquêtes. La tentation d'en savoir plus fut plus forte que lui et Harry s'approcha.
-Hé ! interpella-t-il son partenaire, qui tourna la tête vers lui et l'observa d'un regard noir. Je croyais que tu n'étais pas du genre à sortir au pub comme ça !
Puis il se tourna vers le jeune chercheur.
-Bonsoir Professeur Wellick !
-Bonsoir Henry, répondit celui-ci avec un sourire sincère.
-Ça vous dérange si je m'assieds ?
-Non pas du tout, dit Wellick en même temps que le Lieutenant répliquait "Non, Cooper, déga-"
-J'interromps quelque chose ? questionna le jeune Auror en prenant place, puis continua sans attendre la réponse. Peu importe, j'offre la prochaine tournée !
Un verre en appela un autre et bientôt, les effets de l'alcool se firent ressentir et l'ambiance se détendit, même si le Lieutenant continuait de fusiller son jeune collègue du regard. Wellick s'était lancé dans l'analyse psychologique de Voldemort à la demande de Harry, qui l'écoutait avec fascination.
-Voldemort, ou Jedusor, si tu préfères, est vraiment un cas d'école. D'après ce que je sais de son enfance, il présentait des traits que l'on retrouve chez de nombreux tueurs en série.
-Comment ça ?
-On appelle cela la Triade de MacDonald. Ce sont trois caractéristiques comportementales habituellement associées, si tant est qu'elles soient présentes en même temps, à des prémices de violence. Il s'agit de cruauté envers les animaux, de pyromanie et d'énurésie nocturne.
-Cruauté envers les animaux, ça, je sais, commenta Harry. Pyromanie, ça ne m'étonnerait pas, mais énurésie… J'avoue qu'on a jamais creusé la question avec Dum- Avec mon mentor.
-Il y avait aussi le comportement antisocial, violent et manipulateur, et tout cela rien que dans son enfance. Il collectionnait des trophées, ce qui est assez typique chez les tueurs en série. Il avait une personnalité charismatique qui lui a permis de s'entourer d'un groupe de fidèles, et ceux-là ont prêté à ses actions une idéologie qu'il n'avait peut-être pas à la base. C'est un peu comme ce moldu, Charles Manson, qui a poussé ses adeptes à assassiner d'autres personnes.
-Peut-on vraiment comparer Voldemort à, prenons par exemple, Spencer ? interrogea le Lieutenant, le menton posé dans sa main.
-On en revient toujours à celui-là, marmonna Harry. C'est quoi ton histoire avec ce gars, à la fin ?
-Quoi ? Tu veux que je te dise comment il a réussi à s'échapper alors que je venais de l'arrêter et de l'interroger après plusieurs mois de traque ?
Sans attendre la réponse de Harry, il se redressa dans sa chaise et avala une gorgée de Whisky avant d'entamer son récit. Le jeune Auror n'allait certainement pas l'en empêcher et passer à côté de l'opportunité d'en savoir enfin un peu plus sur son partenaire.
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Le lieutenant entra dans la salle d'interrogatoire et s'installa à la petite table tout en y déposant le dossier qu'il avait dans ses mains. Il l'ouvrit, sortit une feuille vierge et commença à prendre des notes. 22 Octobre 2014. La date à laquelle il avait enfin appréhendé cette enflure de Donnie Spencer et où il allait lui faire avouer ses crimes. Il leva les yeux vers son suspect.
-Monsieur Spencer. Avez-vous enlevé et tué Chrissie Fernsby, guérisseuse qui travaillait à Sainte Mangouste ?
L'homme face à lui ne répondit pas et garda les yeux baissés. Il avait une quarantaine d'années, les cheveux rasés et un visage dur. L'Auror glissa une version miniature du tableau translucide du bureau sur la table. La victime y apparaissait, une jeune femme en tenue de soignante, ainsi qu'une voiture blanche, dans laquelle elle entra.
-C'est le souvenir d'un employé de l'hôpital. La dernière fois que Miss Fernsby a été aperçue, c'est au moment où elle est montée dans votre voiture.
Il fit sortir du dossier une photo. C'était un corps décomposé, mais la tenue de guérisseuse était reconnaissable.
-Deux mois plus tard, elle a été retrouvée morte, dit-il d'une voix neutre.
Quelques secondes de silence s'écoulèrent puis le Lieutenant reprit la parole.
-Qu'est ce que l'on ressent quand on tue quelqu'un ? Ça vous a plu quand elle a arrêté de respirer ? Ou bien ça vous a excité ?
Spencer leva les yeux et croisa enfin son regard, causant un frisson presque imperceptible chez l'Auror. Il inclina lentement la tête.
-Vous voulez savoir quelque chose d'encore plus intéressant ? demanda-t-il d'une voix rauque en ignorant les questions du détective.
Celui-ci soupira et se recula légèrement dans sa chaise en lui faisant signe de continuer. Spencer se pencha en avant et posa les coudes sur la table.
-J'ai tué encore plus de gens que ce que l'on pense. J'aimerais que vous les cherchiez.
Le Lieutenant ne put s'empêcher de laisser échapper un rire en entendant ces propos absurdes.
-Arrêtez d'inventer des salades, dit-il en secouant la tête. Vous n'êtes même pas si intelligent que ça.
-C'est une affaire que personne ne connaît, continua Spencer. Vous ne la trouverez dans aucun dossier.
Le visage de l'Auror se rembrunit et il scruta le suspect avec attention. Ce dernier se mit à rire, de plus en plus fort, et le détective sut que l'interrogatoire était terminé.
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Les paroles de Spencer tournaient en boucle dans sa tête et il ouvrit le dossier du criminel pour s'y replonger. Là, une ancienne adresse. Il avait habité dans un quartier voisin. Une affaire jamais consignée et inconnue, pensa-t-il. Tout comme il n'y a aucune trace de l'affaire de ma mère. Se pourrait-il que… ?
Ses pensées furent interrompues par le bruit métallique d'une porte de cellule qui s'ouvrait. Le tueur en série apparut escorté par deux Aurors, dont l'un était le partenaire du Lieutenant, pour être transféré à Azkaban. Leurs regards se croisèrent et ils s'observèrent jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus se voir.
Quelques minutes plus tard, un cri retentit dans le couloir devant le Département. Le Lieutenant se précipita vers sa source et découvrit son partenaire au sol qui se tenait la jambe ensanglantée en gémissant de douleur.
-Que s'est-il passé ?! s'écria l'officier.
-Spencer ! Spencer ! Il avait dissimulé une arme ! Il a pris ma baguette !
Le Lieutenant se leva brusquement et partit à la recherche du suspect. Il courut jusqu'à l'Atrium, désert à cette heure tardive de la nuit. Où qu'il regarde, il n'y avait aucune trace de Donnie Spencer ; il s'était évanoui dans la nature.
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-Woah, fut tout ce que Harry trouva à murmurer une fois que son partenaire eut fini son récit. Quel fils de pute. Maintenant, je sais pourquoi t'as un caractère de cochon.
-Merci pour ce commentaire constructif, Henry, répliqua sarcastiquement le Lieutenant.
-Tu sais quoi ? Je t'aime pas, mais je vais t'aider à mettre la main sur cette ordure, déclara solennellement le jeune Auror. On va t'aider, pas vrai Prof ?
-On fera tout notre possible, acquiesça Wellick. Je sais ce que ça fait de souhaiter voir la justice rendue pour un parent disparu.
Harry signala au barman qu'ils avaient besoin d'une nouvelle tournée. Une fois servis, il leva son verre.
-À la santé de tous ceux qui ont perdu un parent, alors.
Les trois hommes burent leur verre d'un coup sec avant de se regarder, amusés.
-Quelle équipe on fait, quand même, commenta Harry.
Si quelqu'un avait demandé si la soirée s'était terminée par un bras de fer entre les deux Aurors, fortement éméchés, devant une foule de sorciers les acclamant tout en lançant des paris, le Lieutenant aurait répondu qu'il n'y avait pas de preuves suffisantes pour avancer de telles hypothèses.
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-Joyeux Noël, Harry ! lança allègrement Jack en s'asseyant à côté de son ami.
-Chut, répliqua Harry sans lever la tête de son bureau. C'est trop tôt. Pourquoi tu fais tant de bruit ?
-Merlin, tu as passé la nuit dans une distillerie ou quoi ? Rien qu'en te parlant mon alcoolémie augmente. Tiens, bois ça.
Le vieil Auror appela à lui une petite fiole depuis le tiroir de son bureau et la glissa devant le jeune homme.
-Mon héros, marmonna celui-ci.
Quelques secondes plus tard, les effets de la potion anti-gueule-de-bois commencèrent à se faire sentir et Harry put se redresser dans sa chaise sans avoir l'impression d'avoir été balancé dans tous les sens par le saule cogneur.
-Qu'est-ce que tu disais à propos de Noël ? demanda-t-il en se tournant vers Jack.
-Je sais que nous ne sommes que le 21, mais je voulais te donner ça, répondit-il en tendant un téléphone au jeune Auror. C'est un smartphone. Tu peux appeler des gens et envoyer des messages avec. Même prendre des photos.
-Ah oui, Rose m'a montré, se souvint Harry en hochant la tête.
-Il y a aussi un réseau qu'on appelle Internet. Les moldus ont le leur et nous avons le nôtre.
-C'est ce que le Lieutenant utilise tous les jours non ?
-Oui, tout le monde l'utilise. S'il y a quelque chose que tu veux savoir ou trouver, tu n'as qu'à consulter Internet. Il y a réponse à tout là-dedans.
-Vraiment ? s'étonna Harry.
-Oui.
-Montre.
Jack lui tendit le téléphone, il le prit et l'inspecta.
-C'est fascinant.
Le jeune homme le saisit comme un microphone et l'approcha de son visage.
-Je veux savoir comment faire pour retourner en 1986, déclara-t-il clairement.
-Je n'ai pas compris la question, répondit le téléphone, faisant sursauter Harry qui le regarda avec un air perplexe.
-Il parle ! Mais ça ne marche pas.
-Ah oui, non, mais ça ne risque pas de marcher, intervint précipitamment Jack qui le regardait presque avec embarras.
-Tu m'as dit que je pouvais demander tout ce que je voulais ?
-Je ne sais même pas quoi te répondre.
Harry tourna de nouveau son attention vers l'appareil. Il se tut pendant quelques secondes avant de tapoter l'épaule de son supérieur.
-Tiens, donne-moi le numéro du Lieutenant.
-Pour quoi faire ? s'enquit le plus âgé, en le lui donnant quand même.
-Je vais tester les messages. On fait comme ça ?
Il tendit l'appareil vers Jack qui se pencha pour voir.
-"Tu es un idiot et je suis un génie. HC", lut-il à voix haute avant de se redresser. Je te propose une résolution pour cette nouvelle année : gagner en maturité.
-Tss. J'étais bien assez mature à Poudlard, répliqua le jeune Auror en secouant sa main d'un geste agacé.
Le téléphone émit une petite sonnerie, annonçant un nouveau message.
-Oh ! Il a répondu ! "TG".
Harry fronça les sourcils et se tourna vers Jack qui s'esclaffa en regardant l'écran.
-Pourquoi tu rigoles ? Ça veut dire quoi ? Ça doit être une insulte, conclut-il devant le manque de réponse de son ami.
L'arrivée de Liam et Rose mit fin à leur conversation et l'équipe commença à se mettre au travail avec entrain. Après tout, c'était vendredi et, ce soir-là, il y avait sortie au pub.
