Merci beaucoup à tous ceux qui lisent cette histoire et qui prennent le temps de laisser un petit mot! Ça fait toujours chaud au coeur de savoir que ce qu'on écrit plaît, et pourquoi!

.


CHAPITRE IX - CRESCENDO

-Ce sont ses mots exacts ?

Hermione avait du mal à y croire. Ron était revenu de l'hôpital le visage grave et le teint pâle et s'était immédiatement dirigé vers la cuisine. Il avait sorti un verre du placard, puis une bouteille de Whisky Pur-Feu, se servant une dose avant de la ranger. Une fois assis sur le canapé à côté d'elle, il lui avait raconté les derniers souvenirs dont il avait été témoin. Elle se leva brusquement.

-Stupide, stupide, stupide ! marmonna-t-elle, se rongeant l'ongle du pouce tout en arpentant la pièce.

-Qui ça ?

-Lui, toi, moi… Tous ! s'exclama-t-elle en levant les bras. Parce qu'il n'a rien dit, parce que nous n'avons rien remarqué…

-C'était une période difficile… l'interrompit Ron. Nous n'étions pas très disponibles, entre les affaires qui s'enchaînaient au Ministère, la boutique de Georges où j'allais aider dès que j'avais du temps libre, ton stage au MACUSA…

Il savait qu'il essayait de se justifier ; il se sentait coupable, ayant l'impression d'avoir été un terrible ami.

-Il aurait dû nous parler, nous avons toujours été à ses côtés dans les moments difficiles…, dit la jeune femme, une pointe de reproche dans son ton.

-Tu le connais, il a parfois du mal à exprimer ce qu'il ressent. En nous laissant dans l'ombre, il devait penser qu'il nous protégeait. Il pensait bien faire.

-Lui et son satané complexe du Héros, comme s'il devait porter le poids du monde sur ses épaules.

Elle soupira, puis s'exclama soudain.

-Le théâtre !

-Quoi ? demanda l'Auror, confus.

-Il nous avait invité au théâtre… Une pièce de Shakespeare… C'était quoi déjà ?

Elle le regarda comme s'il connaissait la réponse, claquant son pouce contre son index répétitivement, il secoua la tête.

-Le Roi Lear ! C'était ça ! Le Roi Lear… On avait dû annuler à la dernière minute, je ne sais plus pourquoi…

Elle s'interrompit, pensive. Ron faisait tourner le verre à présent vide entre ses paumes.

-Je me suis toujours demandée pourquoi il avait eu l'air si déçu.

-Il voulait nous présenter Sasha, murmura-t-il, une vague de tristesse le submergeant.

.

.

Ils s'étaient donné rendez-vous dans un petit pub moldu à Inverness. Sur une petite scène dans la pièce principale, un groupe jouait un air traditionnel écossais entraînant. Dans un recoin au fond du pub, face à Harry, sous la lumière tamisée orangée, se trouvaient Paul Briggs et Rosa Lopez. Aslan était également présent, il avait lui-même fait les présentations.

-Tu les connais, ils travaillent dans la même division que toi au Ministère. Bogdan pense que vous devriez faire équipe.

Harry les avait effectivement déjà rencontrés, mais n'avait jamais échangé plus de quelques mots avec eux, au-delà de quelques civilités. Aslan s'était excusé, appelé par le défi d'une partie de fléchettes de l'autre côté de la pièce, les laissant seuls. Un Assurdiato les protégeaient des oreilles indiscrètes, leur permettant de discuter en toute tranquillité.

-Donc vous travaillez tous les deux pour Bogdan Vassiliev ? demanda Harry d'un ton sceptique.

Briggs, un bras posé le long du dossier de la banquette au motif tartan qu'il partageait avec Rosa, lui répondit.

-Aye. La plupart du temps, c'est juste de la transmission d'informations sur ce qu'il se passe au Ministère, un peu de nettoyage de preuves quand ses hommes sont impliqués dans nos enquêtes en cours… Rien qui ne nous expose trop.

Rosa hocha la tête pour confirmer ses propos.

-Comment est-ce que vous vous êtes retrouvés à faire ça ?

Briggs porta sa pinte à ses lèvres, but une gorgée de bière et la reposa.

-Mon pa. Un Moldu. Il aimait les paris, il nous a laissé toutes ses dettes quand il nous a quittés. J'avais besoin d'argent, Vassiliev m'a proposé un job. Ma morale est flexible, je ne suis pas trop regardant, du moment que le cash rentre, termina-t-il en haussant les épaules.

Harry tourna son regard vers Rosa, elle avait le menton posé sur sa main et de son index libre elle traçait le bord de son verre.

-Je suis née et j'ai grandi au Mexique. Quand j'avais dix-huit ans, mon frère et moi sommes arrivés en Angleterre de façon, disons… Pas exactement légale. Nous avons été séparés.

Elle marqua une pause, fronçant brièvement les sourcils, avant de continuer.

-Mon passeur nous a vendues, moi et d'autres filles, à des hommes de Hammond. Je te laisse imaginer quelle sorte d'établissements ils gèrent. Un jour, après quelques mois durant lesquels j'ai bien cru que j'allais mourir, des Russes ont fait irruption dans le bordel. Je dois ma vie à Bogdan Vassiliev, j'ai juré de lui rendre la faveur.

Seule la musique perturbait les minutes de silence qui suivirent, avant que Briggs ne reprenne la parole.

-Et toi, Potter, comment est-ce que tu t'es retrouvé mêlé avec notre bon ami ? demanda-t-il en se penchant sur la table.

Harry tourna la tête vers la fenêtre et regarda dehors. La rue était animée, beaucoup de monde profitait de la douceur presque estivale du début de soirée et des animations du centre-ville. Lui ?

-Oh lui, interrompit Aslan qui était revenu, se glissant à côté d'Harry et passant son bras autour de ses épaules. Lui, il fait un peu partie de la famille.

.

.

Dans la nuit noire, la pluie frappait bruyamment contre les carreaux de la fenêtre au gré des bourrasques sifflantes. Le son de la tempête était perceptible par-dessus les notes de la Suite pour Violoncelle numéro une de Jean-Sébastien Bach. Bogdan Vassiliev, sa robe de soirée légèrement défaite pour plus de confort, servait deux verres de Whisky sur un petit bar situé à côté de son bureau.

-Depuis combien de temps travailles-tu pour moi maintenant, Potter ? demanda-t-il, en tendant l'un des verres au jeune homme.

Harry l'accepta, et se remit à arpenter lentement le bureau, observant les livres dans la bibliothèque, les tableaux accrochés aux murs, puis porta enfin son regard sur les photographies qui se trouvaient sur le rebord de la cheminée.

-Cinq mois, plus ou moins… Depuis mai, je crois, répondit-il distraitement.

Le feu projetait une douce lumière orangée tout en crépitant, emplissant la pièce d'une chaleur agréable. L'Auror s'arrêta longuement sur la photo d'une belle jeune femme à la chevelure châtains et au visage joyeux. Elle ressemblait à Sasha.

-Ma petite sœur, Oksana, dit Vassiliev.

Il ouvrit le tiroir de son bureau, en retira une lettre, et la tendit à Harry qui reconnut immédiatement l'écriture. Le russe ôta sa robe de sorcier, ne gardant que la chemise et le pantalon qu'il portait dessous, puis prit place dans l'un des deux fauteuils situés devant la cheminée.

-Il m'a écrit, quelques semaines avant…, commença-t-il. Il avait reconnu le nom de David Hammond quand tu lui en as parlé, il savait que je l'avais connu et m'a demandé des informations. Malgré le fait que nous n'avions plus de contact depuis des années, il a oublié son orgueil et m'a écrit. Il devait vraiment tenir à toi.

Harry leva les yeux de la lettre et observa son interlocuteur ; il contemplait le feu, pensif. Le russe demanda soudainement.

-Que sais-tu de la carrière de David Hammond ?

-Il a grandi entre l'Angleterre et l'Egypte, il a commencé sa carrière en tant qu'Auror puis a continué dans la Division de Coopération Internationale, avant de revenir au Ministère de la Justice dont il est maintenant le directeur, récita Harry avec un ton empli de dégoût, tout en s'asseyant en face du russe.

-C'est exact. Il a été stationné des années au bureau de l'Europe de l'Est, en Géorgie pour être précis. C'est à cette époque que je l'ai rencontré pour la première fois. Je ne savais pas qu'il était un Auror évidemment. Il s'est infiltré dans notre organisation en quelques mois. J'étais jeune, je lui faisais confiance.

Il but une gorgée de Whisky, la lueur des flammes dansant sur son visage impassible.

-Son but sur place était d'éliminer la branche magique des Vory V Zakone. Il a presque réussi, ajouta-t-il, son regard se durcissant, les souvenirs visiblement encore intacts.

-Cruellement, il a tué tous ceux qui se trouvaient sur son chemin, Oksana, ma petite sœur, en faisait partie. Il l'a torturée avant de l'achever personnellement.

Harry l'écoutait attentivement sans émettre le moindre son.

-Ce jour-là, alors que je serrais le corps encore chaud de ma sestra, j'ai juré de me venger. J'ai travaillé sans relâche, étendant mon activité jusqu'à venir m'implanter ici-même, à Londres, sur son propre terrain, avec un seul et unique but, le faire payer par tous les moyens nécessaires.

À l'extérieur, le vent avait forci, faisant gémir les boiseries et trembler les fenêtres pendant que la pluie martelait toujours les vitres.

-Il s'en est pris à mon fils… En partie par ta faute, mais surtout par la mienne. Il s'en prendra au reste de ma famille sans hésitation, continua-t-il, fixant son regard clair sur le jeune homme. Tout comme il s'en prendra à la tienne.

Les menaces d'Hammond résonnaient dans la tête de l'Auror, hantant ses rêves la nuit et ses pensées la journée.

-Tu dis que tu veux le tuer, pour soulager ta peine. Ça ne fera pas revenir mon fils, mais nous avons cela en commun. Nous l'avons tous les deux aimé et nous lui devons de le venger.

Oui, plus que tout, Harry souhaitait voir Hammond puni, par la justice du Ministère ou celle du russe, peu importait du moment qu'il obtienne sa vengeance. Plus il y réfléchissait, plus il était persuadé qu'avec l'homme et sa clique hors circuit, il serait possible de réformer le Ministère. Changer les choses pour le mieux.

Son regard brûlait de certitudes ; oui, si Hammond disparaissait, assurément cela rendrait les choses plus aisées pour la suite. Bien sûr, il faudrait envisager un grand ménage, comme il le lui avait dit, il n'était pas seul. Qui d'autre était impliqué ? Robards ? Shacklebolt lui-même ? Et les autres Aurors du Bureau, comment savoir qui était innocent ? Ron ? Ses pensées tumultueuses furent interrompues par Vassiliev qui s'était levé et parlait à son elfe de maison. La créature acquiesça puis disparut avec un petit bruit sec.

-Si tu es véritablement sincère sur tes intentions, Harry Potter, alors nous allons passer un pacte.

D'un geste, il lui demanda de le rejoindre au milieu de la pièce et tendit son bras nu, Harry le saisit, plaçant sa main au milieu de celui-ci. Au même moment, Aslan entra, sans frapper, avant de refermer la porte derrière lui et de s'approcher d'eux. Il leur fit un signe de tête et leva sa baguette au-dessus de leurs bras joints. Les yeux de Bogdan fixèrent l'Auror sans ciller et celui-ci soutint son regard, déterminé.

-Bogdan Vassiliev, jures-tu de tuer les responsables de la mort d'Aleksandr, jusqu'au dernier, quelles qu'en soient les conséquences, et cela, même si tu dois y laisser ta propre vie ? demanda l'enchaineur.

-Je le jure.

Une petite chaîne rougeoyante sortit de la baguette d'Aslan et vint s'enrouler autour de leurs bras.

-Harry Potter, jures-tu de tuer les responsables de la mort d'Aleksandr, jusqu'au dernier, quelles qu'en soient les conséquences, et cela, même si tu dois y laisser ta propre vie ?

-Sasha. Oui, je le jure.

De nouveau, un filament de lumière jaillit et s'entrelaça avec le premier autour de leurs bras joints, marquant leur chair. Une fois le rituel complété, ils se séparèrent, et Harry observa son bras pendant que Vassiliev baissait la manche de sa chemise puis la reboutonnait. Après un bref silence, ce dernier parla.

-Est-ce que tu savais que seule sa mère avait le droit de l'appeler Sasha ? demanda-t-il avec un sourire mélancolique. Tu fais à présent partie de la famille, syn.

Fils.

.
.

Debout sur le pont silencieux, il observait les remous sombres de la Tamise. Il semblait insensible au froid mordant du mois de janvier faisant rougir sa peau.

Un an. Un an, depuis que Sasha avait été arraché de sa vie, laissant un vide immense derrière lui. Il s'était senti sombrer durant les mois qui avaient suivi. Parfois, il rentrait chez lui, s'attendant à trouver le jeune homme assis dans son salon, un livre à la main, plongé dans une pièce de théâtre ou un poème. Le silence qui l'accueillait le heurtait violemment et la douleur l'engloutissait presque entièrement, le rendant incapable de faire autre chose que de se recroqueviller et pleurer, des heures durant. À d'autres moments, la colère prenait le dessus et il détruisait tout ce qui lui passait sous la main, au grand dam de Kreattur qui tentait de sauver tout ce qu'il pouvait de l'ire de son maître.

Cette nuit, cependant, c'était le désespoir qui primait. Alors qu'il fixait les ondulations tumultueuses de la rivière, il se demandait s'il ne serait finalement pas mieux de rejoindre Sasha là où il était, où que ce fût. Que tout finisse maintenant, que tout s'arrête, pour toujours. Ses obscures pensées furent interrompues par un gémissement presque inaudible. Tournant brusquement la tête, il tendit l'oreille, pensant que c'était le fruit de son imagination. Après quelques instants, le bruit se fit de nouveau entendre ; il provenait d'en bas.

Harry descendit rapidement le grand escalier de pierre et arriva sur le quai passant sous l'arche du pont. Dans la pénombre, le gémissement résonna de nouveau. Le jeune homme s'approcha lentement et, lançant un rapide Lumos, distingua une boîte en carton posée contre la roche humide.

À l'intérieur, un chiot blanc leva la tête et le regarda, agitant sa petite queue et jappant. Il ne devait pas avoir plus de quelques semaines. Harry regarda autour de lui, scrutant les quais déserts, se demandant qui pouvait être assez cruel pour abandonner un être innocent en un lieu aussi lugubre. Il s'accroupit et tendit la main à l'animal qui la renifla et se mit à la lécher. D'un geste, l'Auror saisit le chien et le retourna, le collant contre sa poitrine. Son regard fut attiré par un papier qui tapissait le fond du carton. Il approcha sa baguette pour l'éclairer un peu plus et pu distinguer des couplets de La Belle Dame Sans Merci ; il l'avait suffisamment entendu pour le connaître par cœur.

"... Je rencontrai une dame dans les prés,

D'une absolue beauté, l'enfant d'une fée.

Ses cheveux étaient longs, son pied léger,

Et ses yeux étaient sauvages.

Je fis une couronne pour sa tête,

Et des bracelets aussi, et une ceinture de fleurs ;

Elle me regarda comme si elle aimait

Et fit un doux gémissement… "

C'était l'un des poèmes favoris de Sasha. Une larme coula le long de sa joue et il baissa les yeux vers le chiot, toujours serré contre lui, qui le regardait en balançant doucement la queue.

-Keats. Tu es Keats.

.
.

Harry se servait son troisième verre de Whisky de la soirée, quand la cheminée s'alluma soudainement et la tête d'Aslan apparut au milieu des flammes vertes.

-Harry ! l'appela-t-il avec urgence. Il faut immédiatement que tu viennes au restaurant !

Lorsque l'Auror émergea de l'âtre dans le bureau de Vassiliev, celui-ci venait de passer la porte. Il leva les yeux vers Harry, s'essuyant les mains avec une petite serviette qu'il lança à l'un de ses hommes quand il eut fini. Avec un regard dur et un ton froid, il lui dit.

-Je te laisse le deuxième.

Aslan traîna Harry par le bras sans qu'il puisse demander plus d'explications. Ils traversèrent le couloir, puis la cuisine, et sortirent par la porte de derrière, celle utilisée pour les livraisons. Au fond de l'arrière-cour, se trouvait une porte menant vers les deux chambres froides. Seule l'une d'entre elles servait à entreposer les denrées alimentaires, ils entrèrent dans la seconde.

L'Auror distingua en premier trois sorciers qui se tenaient debout dos à eux et qui tournèrent la tête à leur arrivée, l'un d'entre eux tenait une barre métallique dans sa main. Puis, il vit qu'un quatrième homme se trouvait à genoux, les mains entravées dans le dos. Les cheveux bruns, une barbe de quelques jours, il avait un visage dur, marqué d'ecchymoses récentes, et empli d'un air de défiance envers ses geôliers. Avant qu'Harry ne puisse ouvrir la bouche pour expliquer qu'il ne prenait pas part à cet aspect du job, Aslan parla, contrôlant visiblement sa colère.

-Lui et son copain, ce sont eux qui ont tué Aleksandr sur les ordres de Hammond.

Il fallut un instant à Harry pour que les paroles de son ami prennent sens dans son esprit. L'homme à genoux s'était mis à parler, un sourire moqueur dessiné sur ses lèvres.

-... Facile. Il ne savait pas se battre, il a suffi de lui attacher les mains pour qu'il arrête de bouger. Il s'est même mis à pleurer quand on a…

Son ton était fier, comme s'il se vantait. Brusquement, Harry saisit la barre de fer dans la main du garde et, avant que quiconque ne puisse réagir, la brandit puis l'abattit avec un cri féroce contre la tempe du prisonnier qui s'effondra immédiatement. Les traits de son visage déformés par la rage, il leva de nouveau le bras avant d'asséner brutalement un nouveau coup, puis un autre, et encore et encore et encore, toujours en hurlant de colère, de douleur et de désespoir.

Il s'arrêta enfin et recula, sa respiration haletante était le seul bruit dans la petite pièce. L'odeur de sang, entre autres choses, lui parvint. Il sentit quelque chose couler le long de son nez et de ses joues et s'essuya d'un revers de main. Cependant, avant qu'il ne puisse compléter son geste, ses yeux se posèrent sur celle-ci. La barre de fer tomba au sol dans un fracas métallique. Lentement, il leva ses mains, paumes vers le haut, et les regarda. Elles étaient couvertes de sang. Toujours haletant, ses yeux s'écarquillèrent avec horreur ; qu'avait-il fait ?

.

.

Les grandes tables avaient été dressées dans le jardin, protégées du soleil plombant par de grands chapiteaux beiges, et une légère brise venait agréablement rafraîchir l'air de l'après-midi. Molly Weasley apparut avec le dessert et Bill appela les enfants, occupés à jouer dans le grand jardin, courant et poussant des hurlements de joie, poursuivis par Ron et Georges qui essayaient de les arroser à l'aide d'un Aguamenti. Keats les accompagnait, sautant et aboyant allègrement.

-Victoire ! Teddy ! Le dessert est servi !

-Hé ! Et nous alors ?! s'exclama Georges.

Les enfants se précipitèrent sous le chapiteau et s'installèrent à table, Teddy se plaçant à côté d'Harry qui était tranquillement assis, les yeux fermés, se laissant porter par la torpeur de l'après-repas. Quand celui-ci sentit quelque chose toucher son bras posé sur la table, il pivota la tête et vit que Teddy était fasciné par la montre qu'il portait au poignet, tentant de le retourner pour mieux la voir.

-Elle est belle ! Elle est faite en quelle matière ? Comment tu l'as eue ? Tu sais comment ça marche, une montre ?

Ses questions se succédaient trop rapidement pour que le jeune homme puisse lui répondre. Il se contenta de sourire et de la détacher pour la prêter à Teddy.

-Elle appartenait au frère de Molly. Elle me l'a offerte quand j'ai eu dix-sept ans, il y a huit ans, dans ce même jardin, dit Harry avec nostalgie.

-Est-ce que moi aussi, j'en aurais une quand j'aurais dix-sept ans ?

-Probablement.

Teddy retournait la montre dans tous les sens avant d'en tracer délicatement les contours du bout des doigts. Il se retourna pour la montrer à Victoire. Pendant que les enfants admiraient l'objet, Harry les observa avec affection, puis reporta son attention sur le reste de l'assemblée. Toute la famille Weasley s'était réunie au Terrier pour un grand repas comme cela arrivait régulièrement, même si de moins en moins fréquemment au cours des dernières années à cause des obligations de chacun. Évidemment, Andromeda, Teddy et Harry étaient toujours invités, faisant sans l'ombre d'un doute partie de la famille.

Un peu plus loin, Molly réprimandait Ron et Georges qui tentaient de découper le gâteau, mais ne réussissaient qu'à commettre un carnage. Hermione était en pleine discussion avec Charlie et Ginny, qui était de repos entre deux matchs de championnat ; les Harpies de Holyhead étaient en bonne position pour remporter la coupe cette saison. Arthur expliquait à Bill quelle était la meilleure façon de dégnommer son jardin pendant que Fleur écoutait distraitement, le menton posé sur sa main. Andromeda s'assit à côté d'Harry, distribuant des assiettes à dessert aux enfants et au jeune homme qui la remercia. Molly l'appela soudainement et elle repartit avant de pouvoir lui parler. Tout le monde semblait parfaitement heureux et Harry sentait son cœur doubler de volume à la vue de ceux qu'il aimait rassemblés ici.

Cependant, lentement, sournoisement, un sentiment d'anxiété s'immisçait dans ses pensées. Et s'ils découvraient ce qu'il faisait pour Vassiliev ? Comment réagiraient-ils ? Non… Ce n'était pas la bonne question, et si Hammond s'en prenait à eux ? Tout ce qu'il faisait était pour les protéger, pour leur bien. Oui. Pour Teddy et pour Andromeda. Pour les Weasley. Ron et Hermione. Il ne laisserait rien leur arriver. Lui et Bogdan s'en assureraient, ils finiraient ce qu'ils avaient commencé, et ils rendraient justice à tous ceux qu'avaient lésés Hammond et ses hommes.