"- Iru ?
- Oui...?
- Comment sait-on qu'on est amoureux ?
- Hein ?"
Le plus grand en fit tomber sa brosse à cheveux.
Pourquoi Kirua lui posait-il cette question ?
Et comment était-il censé y répondre ?
Le sujet était vaste.
Mais surtout pourquoi ?
"- Tu penses être amoureux ?
- Justement, j'en sais rien."
Voilà qui compliquait les choses.
"- Je ne peux pas te répondre. Ce genre de chose, c'est instinctif. Tout dépend de ce que tu ressens au plus profond de toi pour cette personne.
- Ok."
Au final son frère était aussi nul en relations humaines que lui.
Après tout, le seul ami qu'il avait c'était Hisoka.
Ahlala...
Il était perdu.
Depuis les évènements de l'orage, il ne savait plus trop quoi penser de sa relation avec Gon.
Amis ou plus ?
La question tournait sans arrêt dans sa tête.
Gon lui agissait normalement.
Comme si de rien était.
Comme si rien ne s'était passé.
C'était assez frustrant.
Il avait une multitude de sentiments pour son ami, ils s'étaient embrassés et tout était normal.
Le soleil était haut dans le ciel, midi.
Il n'avait pas très faim aujourd'hui.
Sa famille n'en pouvait plus de lui, parce qu'il était devenu un genre d'ascenseur émotionnel.
Il oscillait tout le temps entre la bonne humeur, la tristesse infinie, la colère et l'agacement.
Son bracelet brillait sur son poignet grâce aux quelques rayons du soleil qui traversaient sa chambre.
Il commençait à être malgré lui désespéré.
Sa relation avec Gon était incompréhensible.
Ses émotions à lui étaient sans dessus dessous.
Et le lycée ne lui faisait plus de cadeau.
Selon eux, un bracelet ça faisait tapette et son air heureux les rendait dingues.
Erreur de la nature. Tss.
Il fut heureux d'entendre le bruit sourd à sa fenêtre.
Il abandonna ses couvertures protectrices pour l'ouverture en verre.
Gon était là, toujours.
Les bras sur le cadre de sa fenêtre, une main soutenant sa tête et l'autre perdu dans un paquet de bonbons.
Ses yeux clairs tombèrent dans les siens, habituel.
"- Tu m'évite Kiru ?
- De quoi ? Non ! Bien sûr que non. Je suis un peu occupé ces derniers temps.
- Je comprends.
- Enfaite non, je mens.
- Ah.
- Je m'interroge sur nous, sans cesse. Qu'est-ce qu'on est l'un pour l'autre ?
- Ça ne te semble pas assez évident ?
- Et toi tu ne trouves pas cela complexe ?
- C'est toi qui complique tout."
Cette phrase fit un looping dans sa tête.
"C'est toi qui complique tout."
Et si c'était vrai ?
Et si sa relation avec Gon était déjà bien définie depuis le début et que c'était lui qui continuait à chercher des explications à leurs batailles de regards trop longues et à leurs actes qui ne traduisaient pas du tout de l'amitié ?
"- Et voilà, tu réfléchis encore.
- Je cherche juste des explications logiques pour mieux comprendre la situation.
- C'est cela que je te reproche. Laisse toi porter par l'instant.
- T'as peut être raison.
- J'ai toujours raison."
Le garçon prit un un bonbon dans son paquet et le fit glisser dans sa bouche repliée en un sourire moqueur.
Dieu qu'il était parfait en cet instant.
Ses mains pataugeant de temps à autres dans un large pull-over vert, ses yeux qui l'observaient un brin amusés, sa peau qui semblait attirer le soleil...
Son cœur n'allait pas tenir.
Il le sentait pulser tellement vite qu'il cru un instant que celui-ci allait sortir de sa poitrine pour coller un baiser à cet être parfait qui lui faisait face.
"- Je n'ai pas pû te le dire la dernière fois mais tu chantes super bien.
- Merci mais ce n'était pas si extraordinaire. Juste une voix lambda qui n'a rien de spécial.
- Ohlala et tu dis que c'est moi qui me dénigre c'est ça ?
- T'es même pas drôle.
- Et toi t'es beau quand tu rougis.
- Dis pas ce genre de truc aussi fort !
- On se calme mister freeze."
Malgré sa gêne évidente, il ria quand même avec son ami.
Il ne pouvait pas lui en vouloir très longtemps.
Non il ne pouvait pas lui en vouloir tout court.
"- Tu me manques Kiru. Ça te dit de sortir avec moi ?
- Tu précipite les choses !
- Mais non imbécile ! Une vraie sortie, avec des fleurs.
- Tu penses à ton endroit secret ?
- Notre endroit secret. Depuis que je t'ai rencontré, j'ai envie qu'il soit à nous deux. Un endroit où toi et moi serions en paix dans les périodes compliquées.
- Tellement niais...merci.
- C'est moi qui doit te dire merci. Maintenant bouge toi, je vais réveiller Kurama !
- D'accord."
Les feuilles des arbres commençaient déjà à changer de couleur.
Le paysage terne de york-shin city se transformait pour laisser place aux couleurs chaudes de l'automne.
Le vent transportait jusqu'à eux les rires des enfants, les vrombissements des moteurs et les pas pressés des piétons.
Mais ils n'en avaient pas grand chose à faire. Enfermés dans leur bulle au parfum de fleurs diverses, les deux garçons discutaient de tout et de rien. S'arrêtant de temps en temps pour observer les miracles de la nature et les ravages de la saison.
Ils étaient tranquillement assis sur un banc au milieu d'un jardin, le leur.
L'un regardait les nuages, sans grand intérêt et l'autre manipulait quelque chose entre ses doigts.
"- Tu n'as pas encore fini Gon ?
- Non et ne regarde pas !
- Ok ok."
C'était comme ça depuis trente bonnes minutes.
Les nuages perdaient déjà leurs formes.
Malgré l'interdiction de son ami, il ne pût s'empêcher de jeter quelques coups d'oeil, non sur ce qu'il faisait, mais sur lui.
Il avait enfilé un pull cerise et un short noir encore et toujours couverts de pin's.
Des hautes baskets sombres l'empêchaient de voir ses jambes, de son genou à sa cheville.
Et ce depuis leur première rencontre.
Dans un premier temps, il rougit intérieurement parce que son regard s'était arrêté sur les jambes de l'autre un peu trop longtemps.
Puis le constat fit tilt dans sa tête.
Pourquoi porter tout le temps des chaussures montantes ?
Même en jean, il en avait.
Il avait aussi remarqué, pour l'avoir vu une fois assis sur le cadre de sa fenêtre, que Gon ne dévoilait jamais cette partie de son corps.
Toujours cachée par quelque chose.
Que cachait-il alors ?
"- Voilà j'ai fini !
- Enfin ! T'en as mis du temps, Kurama est déjà revenu de sa balade."
Le petit animal à la fourrure flamboyante sortit d'un buisson pour se réfugier sous le banc, aux pieds de son propriétaire.
"- Ah euh désolé ehehe. J'avais oublié la bonne méthode...
- Qu'est-ce que c'est ?
- Des couronnes de fleurs.
- Elles veulent dire quelque chose en particulier ?
- Observe les biens. Tu les connais, je t'ai apprit quelques mots dans leur langue."
Le garçon aux cheveux blancs prit une des couronnes dans ses mains.
En regardant bien, il connaissait effectivement ces fleurs.
Elles étaient toutes rouges, cependant les cyclamens captèrent son regard les premières.
Il savait parfaitement leur signification alors le message prenait lentement forme dans sa tête.
Il reconnut enfin des œillets.
"- Les œillets représentent la sincérité et la durée."
Et les pivoines ne furent plus dures à détecter.
"-Les pivoines exprime la fidélité et la protection."
Je t'aime, sincèrement.
"- Moi aussi.
- Tu vois ? C'était pas compliqué !
- Tu es vraiment quelqu'un de spécial. Comment fais-tu ça ?
- Quoi donc ?
- Comment fais-tu pour que mon cœur batte si vite dès que tu es dans les parages? Comment arrives-tu à dire tout et rien avec des fleurs ? Dis-le moi, je veux... Je veux savoir qui tu es vraiment."
Son ami éclata d'un rire franc, clair et limpide.
Le bruit d'un carillon en verre aurait été jaloux devant un son aussi beau et léger.
"- Je ne suis pas un être spécial Kirua. Je suis moi. Tout ce que je sais faire, c'est parler à la nature et lui laisser le temps de me répondre. Pour ton cœur, moi aussi je ressens la même chose. "
Il n'avait plus de mots pour le contredire.
Tout lui sembla évident.
Kirua était désespéré,
Désespérément amoureux de Gon.
