Mot de l'auteur

/!\ Cette histoire est une réécriture en version boy x boy de "La quête des Livres-Monde" de Carina Rozenfeld, l'histoire et les personnages lui appartiennent ! Les livres peuvent être acheter sur amazon, fnac et en librairie ! (Environ 5 à 14 euros le livre et environ 30 euros l'intégrale) pour soutenir l'auteur et la financer dans ses projets ! /!\

PS : Les personnages autres que Nathan, Zayn, Lia et Aela ne m'appartiennent pas ! Ils sont de Carina Rozenfeld, une écrivaine très talentueuse que j'admire !


Du bout des doigts, il caressa une feuille posée sur la cime d'un grand arbre. A ses pieds, la ville animée se déployait sous le soleil. De là-haut, Nathan l'observait, ainsi que son ombre qui défilait sur le bitume surchauffé. Pourtant, personne ne le voyait, personne ne levait la tête vers sa silhouette planant dans le ciel. Il était le témoin invisible de la vie quotidienne de son quartier.

Il avait déjà rêvé qu'il volait, mais c'était comme s'il nageait dans l'air : agitant pieds et mains pour avancer, pour monter ou redescendre.

Cette fois, il avait des ailes. Il sentait leur battement régulier, leur duvet soyeux frôler son dos. Il découvrait combien c'était facile de se déplacer ainsi ! Instinctivement, il suivait les courants d'air qui circulaient autour de lui, ascendants, descendants, dans le silence le plus total. Même l'agitation de la rue était silencieuse. Il ne percevait que la sensation que lui procurait son vol.

C'était un bonheur indicible, et il ne voulait surtout pas que ça s'arrête. Quand le rêve s'effilocha et que la réalité imprégna sa conscience, le tirant du sommeil dans lequel il était plongé, Nathan se sentit empli de regrets : ce qu'il venait de vivre n'était pas la réalité, juste un songe aux reflets de bonheur.

Il ouvrit les yeux, le visage enfoncé dans l'oreiller. Il était allongé sur le ventre. En s'éveillant complètement, il se rendit compte que dans son sommeil ses ailes s'étaient entièrement déployées et qu'elles battaient légèrement dans le vide.

Celle de droite s'étirait à travers sa chambre, comme un fantôme duveteux flottant dans la pénombre des volets clos en cette fin de journée. L'autre, bloquée par le mur, était restée à moitié repliée, mais elle s'était mise au tempo du vol qui l'avait transporté pendant sa sieste.

Le jeune garçon releva la tête. Ses ailes se replièrent dans son dos alors qu'il se redressait. Il se leva et se tint debout au milieu de sa chambre. Son esprit était encore imprégné des sensations de son rêve. Délicatement, il déplia ses ailes. Déployées, elles étaient longues, larges et fortes. Nathan les fit battre doucement. La puissance qu'elles dégagèrent le surprit et il faillit basculer en avant.

- Oooooh..., murmura-t-il. C'est dingue… Est-ce que...?

Il battit plus fort, plus fort encore… et il décolla. Ses pieds se soulevèrent d'une trentaine de centimètres. Il regarda ses orteils flotter au-dessus du sol. Il en fut tellement surpris qu'il ne contrôla plus ses ailes et retomba lourdement sur la moquette.

- Wow, wow, wow ! s'écria-t-il en reprenant son équilibre. Ça y est, je crois que ça y est !

Une excitation folle l'envahit. Il remonta le store de sa chambre et le soleil inonda la pièce. Le ciel était d'un bleu pur qui l'attirait. Il mourait d'envie d'ouvrir la fenêtre et de plonger dans l'azur. Mais il savait que c'était irraisonné. Il n'avait décollé que de trente centimètres, rien ne lui prouvait qu'il arriverait à planer quatre étages au-dessus de la rue. Il fallait qu'il essaie autrement.

- Je peux voler ! Je suis sûr que je le peux ! Il faut que je vérifie si ça marche ! Je dois trouver une idée !

Incapable de se calmer, il se mit à tourner dans sa chambre comme un fauve en cage. Enfin, une solution commença à prendre forme dans son esprit. Oui, c'était une bonne idée. Il fallait qu'il appelle Lia.

Sans plus attendre, Nathan composa le numéro de son amie, qui répondit immédiatement.

- Lia, je dois voler !

- Quoi ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe ?

- Rien, mais j'ai fait un rêve et je suis sûr que je peux enfin m'envoler, que mes ailes sont prêtes !

- Tu crois ?

- Il faut que j'essaie !

- Et si ça marche pas ? Si tu tombes ?

- Je ne suis pas obligé de sauter par la fenêtre ! Je peux faire autrement !

Nathan exposa son idée à Lia, qui fut rapidement emballée par le plan de son ami.

Quand il raccrocha, Nathan se laissa retomber sur son lit, le cœur battant follement. Il était sûr que c'était le moment… Vivement que la soirée débute !


Il était plus de 22 heures quand Lia retrouva son ami en bas de l'immeuble.

- Tu n'as pas eu de problème pour sortir ? lui demanda Nathan.

- Non, j'ai dit à mes parents que j'allais chez toi. Et toi ?

- Ils ne sont pas là ce soir, ils sont allés au cinéma en amoureux.

- Super ! Alors allons-y !

La soirée était douce, de celles où l'air semble immobile, où le temps paraît suspendu. Il n'y avait presque personne dans les rues et, par les fenêtres ouvertes des appartements, on entendait des bribes de voix et d'émissions télévisées.

Nathan, tous les sens en éveil, ressentait chacun de ces détails avec une acuité incroyable. Il était à la fois excité et calme, heureux et un peu angoissé.

Avançant d'un pas vif, les deux adolescents arrivèrent devant la grille close du parc où Nathan faisait son jogging habituellement.

- Prêt ? demanda Lia.

- Tout à fait prêt ! affirma Nathan

Ils longèrent le trottoir jusqu'à une petite place qui se trouvait devant une autre entrée. Par chance, un banc avait été installé contre les barreaux métalliques de la grille du parc, comme pour les aider à aller au bout de leur idée. Lia sauta sur le banc et grimpa sur son dossier. Jetant un œil aux alentours afin de s'assurer que personne ne la voyait, elle bondit et s'agrippa au sommet de la grille, puis se hissa sur cette dernière avant de passer de l'autre côté et d'atterrir sur la pelouse. Nathan exécuta la même cascade avec souplesse. Ce n'était pas une première pour eux. Ils l'avaient déjà fait un soir d'août de l'année passée pour regarder les étoiles filantes, allongés sur l'herbe, et une autre fois, après avoir relevé un pari stupide lancé au lycée.

Marchant rapidement, courbés, ils se glissèrent derrière une haie d'arbres. Là, ils purent se détendre et filer vers le pont. C'était une passerelle qui surplombait une partie du jardin, à quatre mètres au-dessus du sol. Les deux adolescents en gravirent les marches à toute allure et arrivèrent enfin à l'endroit où elle enjambait le canal sur lequel quelques canards flottaient paisiblement, profitant du calme de la nuit.

C'était là que Nathan avait prévu de se lancer pour tenter son premier vol. S'il tombait, il atterrirait dans l'eau, limitant les risques. Le garçon posa ses deux mains sur la rambarde et regarda d'abord en bas, afin d'évaluer la distance en cas de chute, puis en haut, vers le ciel où scintillaient quelques étoiles lointaines. L'une d'elles était-elle le soleil de Chébérith ?

- Tu es toujours décidé ? chuchota Lia en tapant sur l'épaule de son ami.

- Oui. Je sais que c'est le moment. Dans mon rêve, c'était tellement… évident...

- J'espère que tu as raison. Parfois, moi, je rêve de ces trucs… Ça ne veut pas dire que ça m'est arrivé ensuite. Dommage d'ailleurs.

- Ecoute, on va vite le savoir.

Nathan ôta son tee-shirt pour accompagner ses paroles. Il faisait tellement bon qu'il ne frissonna pas, ou alors juste un peu, mais d'excitation.

Sans attendre, il grimpa sur la rambarde, aidé par Lia qui le maintenait en équilibre en agrippant ses jambes. Nathan se retrouva debout, au bord du vide. Il poussa un profond soupir et déploya des ailes. Ainsi ouvertes, elles étaient impressionnantes, immenses, blanches, irréelles.

Le jeune garçon lui, était majestueux, perché ainsi, tel un ange vêtu d'un jean. Lia avait relevé la tête et restait sans voix à le regarder, si exceptionnel à cet instant.

Enfin, Nathan écarta les bras et souffla :

- Lâche-moi !

Lia hésita à peine et le libéra de son étreinte. Nathan se laissa tomber en avant, comme s'il allait plonger. Il sentait son cœur qui cognait comme un fou dans sa poitrine alors qu'il chutait. L'eau noire du canal se rapprocha, mais si peu… Sans qu'il eût besoin de réfléchir, son instinct prit le dessus et ses ailes se mirent à battre, soulevant l'air autour de lui, le redressant, le faisant remonter, plus haut, encore plus haut. Jusqu'à ce que son visage soit tourné vers les étoiles, jusqu'à ce qu'il sente l'air se rafraîchir autour de lui, jusqu'à ce qu'il réalise complètement qu'il volait vraiment, que, cette fois-ci, ce n'était pas un rêve. Il s'arrêta, perché dans le vide, ses ailes remuant juste ce qu'il fallait pour qu'il ne retombe pas. Il regarda sous ses pieds.

Loin en dessous, le canal du parc ressemblait à une écharpe d'aluminium reflétant la lumière de la lune qui commençait à se lever. Les arbres plongeaient en grosses touffes mouvantes dans l'obscurité de leurs propres feuilles. Sur la passerelle, Lia n'était plus qu'une petite silhouette pâle. Devant lui, la ville s'étalait en méandres lumineux éclairés par les fenêtres des immeubles. Il volait ! Il volait réellement !

Envahi par un violent sentiment de bonheur, Nathan laissa des larmes de joie couler sur ses joues. Puis, poussant un cri presque animal, il se laissa retomber et piqua la tête la première sur la passerelle où Lia l'attendait, se tordant le cou pour apercevoir son ami.

Lia, émerveillée, bouche bée, contemplait Nathan qui fonçait vers elle, les ailes repliées derrière son dos. Puis ce dernier les ouvrit, ralentit, se redressa et se posa doucement sur le pont, comme s'il avait fait ça toute sa vie. Lia l'accueillit, hurlant d'excitation :

- Ouahou ! Nathan ! C'est génial ! Tu l'as fait, tu l'as vraiment fait ! Comment tu y arrives ?

- Je ne sais pas… C'est naturel… C'est comme si j'avais toujours su voler ! Comme si c'était inscrit en moi ! Oh, Lia, tu ne peux pas imaginer la sensation que c'est !

Et Nathan, d'un coup de talon, se retrouva perché à deux mètres au-dessus de son amie.

- Viens, je vais te faire découvrir !

Il saisit Lia sous les aisselles et battit des ailes un peu plus fort. C'était moins facile en soulevant quelqu'un, mais il avait assez de force pour les faire décoller tous les deux de plusieurs mètres. Lia riait comme une folles, pris dans le tourbillon de ce moment inconcevable. Nathan ne pouvait pas la porter trop longtemps, mais il la fit monter encore, puis effectua un petit tour avant de la reposer sur la pelouse.

Nathan sentait sa poitrine se soulever à toute vitesse, la respiration rapide et saccadée. Ce n'était pas d'essoufflement, mais d'émotion, de bonheur. Ce qu'il vivait à cet instant précis était indescriptible. Il avait envie de passer la nuit dans le ciel, de ne faire plus qu'un avec les courants.

- Chaque fois que je me sentirais encombré de trop de soucis ou trop de différent à cause de mes ailes, je repenserai à ce moment, et m'évaderai quelques minutes dans le ciel..., murmura Nathan.

- Sois prudent quand même, il ne faut pas qu'on te voie !

- Ne t'en fais pas. Je ne compte pas voler dans la rue en plein jour ! Mais je pense que la nuit, parfois, j'irai faire un tour, juste pour ressentir encore cette impression de bonheur...

Nathan se demanda si Zayn avait déjà volé, lui aussi. Avait-il eu le courage de se lancer ? Ne tenant pas en place, il s'élança à nouveau dans le ciel, attentif à chaque mouvement des muscles qui agitaient ses ailes, à l'air qui glissait autour de lui.

Il ne se lassait pas de tournoyer dans la fraîcheur de la nuit, fermant les yeux, se laissant envahir par cette sensation intense, cet événement extraordinaire qu'il avait la chance de vivre. Finalement, épuisé, il finit par se poser près de Lia.

Ils restèrent silencieux. Il y avait trop à dire et pas assez de mots.