Résumé : Et si tout avait commencé non pas en 845, mais en 1940? Dans un monde où la guerre fait rage et où la haine détruit tout, y a-t-il encore un espoir pour eux? Eren x Livaï, UA, M.

Disclaimer: Les personnages et l'histoire de l'attaque des titans appartiennent à Hajime Isayama. Je n'ai fait qu'écrire cette petite histoire.

A ma super Mathilde, ma femme d'écriture depuis trop longtemps pour compter les années ! x)

Et voilà le chapitre 8 et la rencontre avec les ailes de la liberté ! J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture !

Chapitre 8 : Les ailes de la liberté

"Vous avez voulu éviter la guerre au prix du déshonneur. Vous avez le déshonneur et vous aurez la guerre."

- Winston Churchill

Musiques du chapitre : The Reluctant Hero – Hiroyuki Sawano. Vogel Im Kafig – Hiroyuki Sawano. Eren the Hyou (Movie version) – Hiroyuki Sawano.

27 août 1940 – Neyron, France

La voiture transportant Eren, sa sœur, Hanji et Connie approchait de leur destination finale. Au volant, Hanji sifflotait joyeusement un air entraînant, Connie s'amusant à tapoter ses genoux au rythme de sa voix.

Leurs camarades étaient dans d'autres voitures conduites par Livaï et Gunther. Ils étaient partis à l'aube, après avoir bouclé le reste de leurs affaires, et roulaient depuis plusieurs heures déjà. La veille, Eren avait fini par rentrer avec le capitaine, allant se coucher en laissant Livaï retourner à ses occupations. Il espérait que ce dernier avait pu un peu dormir, même si, depuis qu'il le connaissait, il avait remarqué que son aîné dormait très peu, toujours debout lorsqu'il se levait ou se couchait.

Observant le paysage par la fenêtre, il se laissa guider vers le QG des ailes de la liberté, le groupe de résistants dont leur avait parlé Hanji. La voiture ralentit alors qu'ils pénétraient sur un chemin cahoteux, le crissement des roues sur les cailloux les faisant sautiller dans l'habitacle.

Finalement, le véhicule s'arrêta devant une petite maison mitoyenne à une église, en début d'après-midi. Les deux propriétés étaient cachées par d'immenses conifères, les laissant à l'abri des regards. Un prêtre sortit de l'église, les accueillant en souriant. Il serra la main de la femme à lunettes, avant de se tourner vers les autres.

- Les enfants, je vous présente le père Nick Shisai. Il a eu l'amabilité de nous laisser sa propriété comme base au QG. Mon père, je vous présente les jeunes dont le commandant vous a parlé. Voici Eren, sa sœur Mikasa, et Connie. Les autres ne sont pas encore arrivés ?

- Non, mais ils ne devraient pas tarder. Venez, vous allez pouvoir vous restaurer après ce long voyage !

Le prêtre les guida vers la maison, les laissant entrer. Il les guida ensuite vers la cuisine où quelques soldats étaient rassemblés. Hanji poussa un cri avant de se jeter dans les bras d'un des soldats, le serrant fort contre elle. Il lui rendit son étreinte, le visage éclairé d'un immense sourire.

- Ma chérie, enfin tu es là !

- Oh, Moblit ! Les petits loups, je vous présente mon mari, le fabuleux Moblit Berner ! Et voici Mike Zacharias, et Naile Dork. Ils viennent tous les deux d'Angleterre nous donner un coup de main.

Les jeunes saluèrent les soldats avant de les rejoindre autour de la table. Eren les observa, et sentit ses épaules se décontracter lentement. La pièce était chaleureuse, les murs blancs couverts de tableaux colorés. Une table trônait au milieu de la pièce, entourée d'une cuisine qui semblait avoir déjà bien vécu. Le dénommé Mike lui adressa un sourire avenant en passant sa main dans sa barbe blonde avant de renifler l'air autour de lui. Hanji restait dans les bras de son mari, lui parlant de toutes leurs aventures en laissant les autres en profiter.

Ils furent rapidement interrompus par les bruits d'une voiture, et le prêtre alla à la rencontre des nouveaux arrivants. Quelques instants après, Gunther entra dans la pièce, suivi d'Armin, Christa et Jean. Ils saluèrent les soldats à leur tour.

Des voix se firent entendre, s'approchant de la pièce où ils étaient tous. Un homme, immense et blond, en tenue militaire, apparut sur le seuil, suivi d'un homme plus âgé, portant des lunettes épaisses.

- Oh, je vois que vous êtes arrivés, lança le blond d'une voix rauque et chaleureuse, avec un léger accent anglais. Bienvenue à Neyron. Je suis le commandant Erwin Smith, ravi de vous rencontrer.

Les jeunes le saluèrent en suivant le protocole, la main sur le front et le dos droit. Il les observa tranquillement, ses épais sourcils se haussant, avant de leur accorder un doux sourire.

- Repos, soldats. J'ai suivi le fil de vos aventures et je dois dire que je trouve ça tout bonnement incroyable. On aimerait avoir d'autres soldats dans votre genre, pas vrai Zackley ?

L'homme qui l'accompagnait hocha la tête avec un petit sourire en coin.

- Laissez-moi vous présenter le général en chef Daris Zackley, venu tout droit d'Angleterre sous les ordres de Churchill.

A nouveau, ils saluèrent l'inconnu. Finalement, le bruit d'une troisième voiture se fit entendre et Eren sourit. Le capitaine était arrivé. Le prêtre alla à leur rencontre et il revint avec Livaï, accompagné de Jean, Petra et Sasha. Il s'arrêta en remarquant Erwin, et un sourire commença à fleurir sur ses lèvres. S'avançant vers lui d'un pas nonchalant, il lui serra la main amicalement, sous le regard inquisiteur d'Eren. Quelles étaient donc leurs relations ?

- Où sont Auruo et Erd ? Ils arrivent ?

La voix du commandant laissa tout le monde silencieux. Petra pâlit violemment, immobile sur le palier de la cuisine. Le commandant fronça les sourcils, passant sa main dans ses cheveux parfaitement coiffés. « Je vois. » Il regarda Livaï, et finit par soupirer avant de faire demi-tour.

- Livaï, vient me faire ton rapport. Pendant ce temps, profitez-en pour visiter les bâtiments. Mon père, si vous pouviez…

- Je m'en occupe, commandant.

Erwin hocha la tête en silence, le remerciant d'un regard avant de quitter la pièce, le capitaine sur les talons. Ils disparurent dans un escalier menant à l'étage sous les regards de tous les soldats agglutinés dans la pièce.

Le prêtre finit par se tourner vers eux, un air serein sur ses traits ridés. Il leur demanda de le suivre, commençant ainsi la visite. La maison se composait d'un rez-de-chaussée comportant un long couloir desservant la cuisine, un grand salon, une chambre transformée en infirmerie sommaire et une petite salle d'eau. A l'étage, trois chambres dont une servant de bureau au commandant et une salle d'eau délimitaient l'espace. Ils quittèrent la maison, se dirigeant à l'arrière en suivant le prêtre. Là, le père Nick ouvrit une trappe et descendit une échelle, suivi du petit groupe hétéroclite.

Ils se retrouvèrent dans un espace plutôt grand, donnant sur trois portes face à eux.

- Ici, des travaux ont été réalisés, pour créer une sorte de bunker. Le sous-sol est totalement protégé en cas de bombardements. La première porte, c'est l'armurerie du commandant. Vous pourrez déposer vos armes dedans, la porte est scellée. A sa droite, la deuxième porte mène à des chambres, là où vous séjournerez. Deux personnes par chambre. Enfin la troisième porte mène aux salles d'interrogatoire et une cellule a été construite. Des questions ?

La petite main de Christa s'éleva, et elle fit un pas en avant, le dos droit.

- Quand est-ce que cette partie a été construite ?

- Pendant la grande guerre. Le bâtiment avait été réquisitionné pour le transport de vivres et a ensuite été abandonné.

- Et qui connait son existence ? demanda Jean.

- Bonne question, sourit le prêtre. La plupart des membres du gouvernement de Vichy pensent qu'il ne s'agit que d'une église. Ils ne s'en formalisent donc pas. Les quelques personnes qui en connaissaient la véritable existence sont soit dans la résistance, soit morts.

Les recrues restèrent stoïques à l'annonce. Puis, doucement, la voix d'Armin s'éleva dans les airs.

- Vous vous battez aussi ?

- Pas exactement. Mon rôle est d'accueillir les âmes perdues, et les protéger. Ce que je fais ici. De là à prendre les armes…

Le blond hocha la tête. Le prêtre s'assura qu'il n'y avait plus de question, et se dirigea vers la porte centrale, l'ouvrant et s'écarta.

- Vous pouvez aller déposer vos affaires dans les chambres. Ensuite, rejoignez-moi là-haut. Le commandant devrait avoir terminé.

Les jeunes se dirigèrent vers le long couloir éclairé au néon grésillant. Eren ouvrit une première porte, entrant dans une petite pièce sombre. Il y trouva deux lits à l'armature métallique ainsi qu'une petite commode. Posant son sac sur le premier lit, il vit Armin s'installer sur le second. Le blond lui adressa un petit sourire désabusé.

- Encore un nouveau camp, j'espère juste que celui-ci ne va pas être détruit…

Eren hocha la tête. C'était vrai, depuis trois mois ils ne faisaient que s'entraîner, se battre et voyager, sans arrêt. Oui, Eren espérait que tout ce qu'ils avaient entreprit porterait bientôt ses fruits. Il se laissa tomber sur lit qui grinça sous son poids. Le jeune homme ferma les yeux un instant, avant de se redresser et de s'étirer.

- On ferait mieux de remonter. Le père Nick doit nous attendre, reprit Armin.

- Tu ne trouves pas cela étrange, qu'un prêtre soit avec nous ?

- Pas vraiment. Au fond, il reste un être humain, se battant pour les mêmes causes que nous, mais d'une autre manière. J'espère juste qu'on peut lui faire confiance.

Eren acquiesça en se dirigeant vers la sortie de la cave/bunker. Armin le suivit et ils rejoignirent les autres, qui avaient fini de déposer leurs propres affaires. Une fois de retour dans la cuisine, ils s'installèrent tranquillement alors qu'Hanji leur servait une tasse de thé. Elle semblait extatique, parlant en même temps à son mari de toutes leurs aventures. Ce dernier l'écoutait, la main posée sous son menton, un air amoureux sur son visage fin. Il finit par l'attraper lorsqu'elle eut fini sa tâche et la fit basculer sur ses genoux en souriant.

- Tu ferais mieux de te reposer, Hanji jolie.

Le ricanement de Jean fit tourner la tête à la jeune femme, qui lui tira la langue en plissant les yeux. La grimace, très élégante, eut le mérite de faire rire les jeunes.

Des bruits de pas leur firent tourner la tête, et ils virent entrer le commandant suivi de Livaï et du père Nick dans la cuisine. Le blond leur adressa un sourire amical, se tenant debout le dos droit face à eux.

- Le capitaine Livaï m'a raconté vos… Aventures. Je suis heureux de vous accueillir ici, et votre engagement envers la cause me va droit au cœur. Vous semblez tous être d'excellents éléments et je suis sûr que vous serez très utiles pour notre combat.

La voix était envoûtante. Le commandant leur souriait, les yeux brillants d'une lueur fière. A ses côtés, le capitaine affichait son air blasé habituel, fixant un point sur le mur devant lui. Erwin observa l'ensemble des personnes présentes avant de reprendre.

- Je sais que vous venez d'arriver, malheureusement, nous n'avons pas d'autre choix que de vous porter à contribution immédiatement. En effet, nous avons appris qu'un train comportant des caisses d'armes et de munitions partait de Lyon demain pour se rendre à Paris. Or, nous ne pouvons nous permettre de laisser ce train arriver à bon port. C'est pourquoi le capitaine Livaï va, accompagné de son équipe, détruire les rails entre ici et Villefranche-sur-Saône de sorte que les voies soient impraticables. Nous espérons ainsi pouvoir détourner la cargaison et la récupérer pour nous. Vous partirez donc demain à la première heure. Livaï, je te laisse continuer.

Le commandant se tourna vers son capitaine qui hochait la tête, avant de quitter la pièce, suivi du prêtre. Livaï se tourna ensuite vers les recrues, la mine sombre. Il déroula un document sur la table représentant une carte et un plan du réseau ferroviaire.

- Comme la dit le commandant, on doit s'occuper de démanteler les rails pour que le train déraille. Pour cela, nous nous séparerons en équipe, chacun sera chargé d'une mission pour que tout soit en ordre. Nous ne prendrons pas le risque de s'attaquer directement à la gare, ce serait du suicide. Nous attaquerons ici – il montra un point sur la carte – en espérant que peu de gardes tiennent les routes. Un binôme sera envoyé en reconnaissance, et nous communiquera la position des soldats ennemis par radio. Ainsi nous aurons une vision d'ensemble de la situation. Nous détruirons les rails une heure avant le passage du train à l'aide d'outils prévus à cet effet. Lorsqu'il arrivera, un groupe se chargera d'éliminer les soldats qui auront survécu au crash pendant que le deuxième groupe se chargera de récupérer rapidement la cargaison pour la charger dans le camion et ensuite revenir ici. Chaque groupe aura une radio pour pouvoir communiquer. Donnez toutes les informations nécessaires à la réussite de l'opération, et tout devrait bien se passer. Au moindre problème, prévenez-moi et j'adapterais le plan.

La voix rauque s'arrêta. Le capitaine fixa chacun des membres de l'opération d'un œil sombre et Eren retint sa respiration en attendant la suite.

- Concernant les équipes, Gunther et Petra, vous vous occuperez de la reconnaissance et de la surveillance de la zone d'attaque. L'équipe en charge de récupérer la cargaison sera composée de Moblit, Reiner, Naile, Connie, Armin, Jean et Sasha, sous les ordres du caporal Zacharias. Je m'occuperais de l'équipe d'élimination, à savoir Hanji, Mikasa, Christa et Eren. Des questions ?

- Savons-nous combien de soldats ennemis seront présents ? demanda la voix mesurée de Mikasa.

- Pas d'informations précises mais on doit s'attendre à être accueillis par une dizaine de soldats si ce n'est plus.

La jeune fille hocha la tête en silence. Livaï scruta les autres soldats, s'assurant qu'aucun n'avait de questions, avant de reprendre :

- Si c'est bon, je vous conseille de vous reposer un peu avant demain. La journée sera longue.

Sans plus de cérémonie, il récupéra les documents posés sur la table, se détourna et quitta la pièce sous un silence de mort. Les jeunes recrues se regardaient, les traits inquiets. Le caporal Zacharias se tourna vers eux, un fin sourire se dessinant sur ses lèvres.

- Pas d'inquiétudes à avoir. Tout va bien se passer. En attendant, allez vous détendre, et profitez de la vue !

Il leva ses deux pouces en l'air, son sourire se faisant rassurant. Se détendre ? Eren se crispa. Comment aurait-il pu se détendre, avec toutes les pensées parasites qui tournaient dans sa tête. Il soupira, se levant pour suivre sa sœur qui quittait la pièce avec les autres. Passant devant Hanji, elle lui adressa un petit sourire avant de la saluer amicalement.

Il quitta la maison en silence, s'arrêtant sur le parvis pour observer les lieux. Devant lui, un peu plus loin, quelques personnes amenaient des caisses de nourriture vers l'habitation. Il se décala pour les laisser passer et vit, à l'abri sous un sapin immense, le capitaine qui fumait. Il le rejoignit et se posta devant lui, les bras le long du corps. Le capitaine vit son visage, ses yeux qui voyageaient partout autour de lui, la peur dans ses prunelles trop vertes.

- Capitaine, vous pensez que cette mission sera une réussite ?

- Et comment veux-tu que je le sache ? demanda Livaï, exaspéré, en crachant sa fumée.

- Ouais, bien sûr…

- Va te reposer, gamin. Tu ne ressembles à rien.

Eren baissa les yeux vers le sol, les joues rouges. C'était vrai qu'après la soirée de la veille, il n'avait pas vraiment récupéré. Il finit par se diriger vers la cave, les épaules courbées, mais fut stoppé dans son mouvement par la voix basse du capitaine.

- Ne te prends pas la tête, morveux.

Eren se tourna vers le capitaine, les sourcils froncés. Livaï souffla la fumée de sa cigarette en silence, ses yeux gris posés sur lui. Finalement, il reprit d'une voix rauque et basse.

- Tu es doué. Tu t'en sortiras. Et tes amis aussi.

Eren lui adressa un grand sourire lumineux, les yeux brillants. Il souffla un remerciement à peine audible et courut vers le sous-sol sans demander son reste. Livaï le suivit des yeux, un air déconcerté sur le visage. Il commençait à s'attacher à ce gamin trop naïf, trop innocent. Trop déterminé. La vie n'avait pas encore eu le temps de le détruire, malgré l'horreur qu'il avait déjà vécue. Et ce sourire en était la preuve.

- Tu sembles ailleurs.

Le capitaine se crispa en entendant la voix d'Erwin. Manquait plus que ça. Il soupira en se tournant vers le commandant, la cigarette se calcinant lentement entre ses lèvres. Ce dernier avançait tranquillement vers lui, un air curieux peint sur ses traits marqués.

- Qui est-ce ?

Livaï soupira à nouveau. Les yeux du commandant fixaient l'endroit où avait disparu Eren quelques instants plus tôt.

- Un gamin stupide.

- Hm.

Le commandant fronçait les sourcils. Il resta un instant muet, fixant son subordonné.

- Tout est prêt pour demain ?

- Ouais.

- Parfait. Au fait, Hitch m'a demandé de tes nouvelles, lorsque j'étais à Londres.

- Et est-ce que je suis censé en avoir quelque chose à foutre ?

Erwin lâcha un éclat de rire. Il glissa une main dans la poche de son pantalon, dévisageant le brun qui lui faisait face, un air jovial se dessinant sur son visage.

- Elle semble être tombée sous ton charme, donc…

- Tsk.

- Mais peut-être que tu préfères autre chose…, commença Erwin, une lueur malicieuse dansant dans ses yeux bleus.

- Qu'est-ce que… Tu veux bien arrêter de raconter de la merde ?

Le commandant partit dans un grand éclat de rire avant de tapoter l'épaule de l'homme devant lui. Le capitaine grogna et Erwin finit par se détourner, retournant vers l'intérieur en le saluant d'une main levée. Livaï fronçait les sourcils, terminant sa cigarette en vitesse, le front plissé.

xXx

Le commandant rentra dans la maison, s'arrêtant sur le palier de la cuisine. Devant lui se dressait un spectacle assez particulier. En effet, une jeune femme était agenouillée à même le sol, son corps bougeant à mesure qu'elle fouillait dans le placard dressé devant elle. Il entendit quelques mots étouffés, sans les comprendre, et s'adossa au chambranle de la porte, toujours souriant. Il observa la jeune femme se trémousser comme elle le pouvait, habillée comme un homme, alors qu'elle semblait chercher quelque chose au fond de ce rangement.

Il entendit soudain une exclamation ravie, avant de voir la résistante se redresser d'un coup, se cognant le crâne contre le rebord en bois.

- Nom d'une patate pas cuite !

Il lâcha un petit rire en entendant l'insulte, faisant sursauter la femme qui se leva d'un coup, la main tenant sa tête douloureuse. Son rire resonnait alors qu'il voyait de grands yeux sombres l'observer, une moue désabusée sur les lèvres. Elle écarquilla les yeux en semblant le reconnaître, serrant contre elle le fruit de ses recherches. Un sac rempli de… Pommes de terre ? Il haussa un sourcil inquisiteur et elle serra un peu plus le sac contre sa poitrine rebondie.

- Je… Commandant, je…

- Tout va bien, mademoiselle…

- Braus. Sasha Braus, monsieur.

- Et que faites-vous donc avec ces patates ?

Il la vit rougir violemment, et elle se mordit la lèvre en détournant les yeux.

- Euh… J'avais faim et… Vous en voulez ?

- Je vais faire l'impasse pour cette fois. Peut-être devirez vous les cuire avant d'en proposer.

- Oh, oui bien sûr, c'était prévu !

Il ricana et elle piqua un fard. Soudain il sentit quelqu'un le bousculer en entrant en courant dans la pièce.

- Eh, miss patate, j'ai trouvé ce que tu cherchais ! Des herbes, de la… Oh merde… Euh, je veux dire, bonjour commandant !

« Miss patate ? » Le commandant observa le nouvel arrivant, un jeune homme au crâne rasé, qui se tenait devant lui, les joues rouges, les mains chargées de divers ingrédients. Le commandant resta immobile à observer le jeune homme, son éternel sourire moqueur fixé sur son visage, un sourcil levé.

- Je… Je suis Connie Springer, commandant. C'est un honneur de vous rencontrer !

- Un honneur, hm ?

Il vit le jeune homme se redresser un peu, faisant tomber au passage ce qui semblait être… des mauvaises herbes. Il se baissa pour ramasser le produit en question, le détaillant.

- J'espère que vous ne comptez pas mettre ça dans votre repas. Ce serait parfait, mais pour empoisonner tout le monde.

- Connie ! Tu devais aller chercher du basilic, pas ramasser la première plante que tu trouvais !

- Mais je ne sais absolument pas à quoi ça ressemble, moi, du basilic !

Erwin se sentait partir alors qu'il lâchait un rire puissant, observant les deux jeunes qui s'écharpaient autour des plantes ramenées par le jeune homme. Les deux compères se figèrent, observant le commandant rire à leurs dépens. Il sourit, reprenant tranquillement sa respiration.

- Je vous laisse. Evitez de détruire la cuisine, ce serait dommage.

Il partit sans se retourner sous les yeux écarquillés des deux amis, ébahis.

xXx

La journée s'était écoulée lentement, les jeunes recrues en profitant pour échanger sur la mission du lendemain et s'entraîner, un peu, au tir. En effet, un stand avait été installé un peu plus loin et ils en avaient profité. Lorsque la nuit arriva, ils se regroupèrent dans la cuisine pour déguster le plat mis au point par Sasha plus tôt dans l'après-midi. Seuls les soupirs de bonheur et les bruits de mastication se faisaient entendre, le silence régnant.

Le repas terminé, le commandant se leva sous les regards de l'ensemble des membres.

- Il est temps d'aller dormir. Demain, vous partirez à l'aube. On se reverra à ce moment-là. Bonne nuit.

Il sortit sans demander son reste et les recrues se levèrent en un seul mouvement, rejoignant leur lit respectif. Eren resta en retrait, se dirigeant vers un petit coin protégé par les arbres. Il avait besoin de réfléchir, La mission du lendemain le préoccupant. Leur première véritable mission, en quelque sorte. Les yeux perdus dans le vague, il pensait à tout ce qu'ils avaient déjà fait, à toutes les personnes déjà mortes au combat. A toutes celles qui les rejoindraient bientôt. Il avait peur, peur de perdre des amis, peur de perdre sa sœur. Cette peur constante qui vrillait son estomac le laissait pantelant, là, sous ce sapin.

Il vit une silhouette approcher, reconnaissant la démarche raide de Mikasa. Elle s'installa en silence à ses côtés, le dévisageant sans rien dire. Finalement, il glissa une main dans la sienne, la serrant tendrement.

- Ça va bien se passer.

- Je sais.

Il hocha la tête, lui adressant un sourire. Elle finit par se rapprocher de lui, posant sa tête contre son épaule carrée. Son souffle se répercutait sur le cou du jeune homme, caressant sa peau tendue.

- A quoi tu penses ? demanda la jeune fille, toujours dans les bras de son frère.

- Aux morts. A maman, surtout. Tu penses qu'elle dirait quoi, si elle nous voyait ?

- « Ne faites pas de bêtises ! Rentrez à la maison, et Eren, arrête de te jeter dans les problèmes comme ça ! »

- Ouais, soupira le jeune homme. Tu penses quoi de cette mission ?

- Je n'en sais rien. Ça devrait aller, le plan est bien ficelé. Mais il y a trop de variables inconnues. Combien de soldats on va devoir abattre, combien de temps on aura, combien de caisses on va devoir récupérer…

Eren resta silencieux un instant, serrant la jeune fille contre lui. Elle tenait toujours sa main, serrant ses doigts entre les siens.

- Promets-moi de faire attention, demain. Tu me manquerais trop…

Il sentit la pression de la jeune fille autour de lui se serrer un peu plus alors qu'elle lâchait un petit rire étouffé dans son haut et il posa son menton dans les cheveux noirs de sa sœur. « Toi aussi, fais attention, Eren. » Il resserra encore un peu plus son étreinte, son cœur battant trop vite dans sa poitrine douloureuse. Autour d'eux le silence régnait, les laissant dans une sorte de cocon apaisant.

xXx

La voix enjouée d'Hanji réveilla tout le monde en grand fracas. Enroulé dans ses draps, Eren grogna. Il entendit le rire étouffé d'Armin, à côté de lui et souleva la tête de son oreiller pour tenter de voir ce qui se passait malgré l'obscurité totale. Peu concluant. Il entendit ensuite des bruits de pas et vit la porte s'ouvrir sur son ami débraillé, laissant échapper la lumière jaunâtre de la lampe du couloir. Le blond se tourna vers lui, la main frottant son visage pour se réveiller.

- Allez, Eren. Debout.

Nouveau grognement. Il s'extirpa du lit en se laissant tomber sur le sol, encore fatigué. Se trainant vers son sac, il enfila des vêtements propres et suivit son ami qui s'était habillé aussi entretemps. Les jeunes recrues croisèrent leurs camarades dans le couloir, Eren ricanant en voyant les cernes sombres sous les yeux à moitié fermés de Jean.

- Qu'est-ce qui t'arrives, l'idiot suicidaire ?

- T'as dit quoi, face de cheval ?

Il entendit le soupir désabusé de sa sœur derrière lui. Oui, il n'était pas très spirituel, le matin. Laissant tomber, il monta les marches menant à l'extérieur où la lumière du soleil éclairait à peine la cour intérieure, se frayant un chemin entre les arbres bordant le terrain.

Ils rejoignirent la cuisine, saluant les soldats déjà réveillés. Eren se laissa tomber sur une chaise à côté du capitaine qui haussa un sourcil en voyant sa tête. Une tasse de thé apparu sous ses yeux et il leva la tête en remerciant Moblit qui distribuait le petit déjeuner.

Le nez dans la tasse de thé fumante, il écoutait les dernières informations transmises par Mike, au sujet des bombardements alliés sur Berlin, représailles anglaises après que les nazis aient bombardé Londres la veille. Le caporal semblait extatique, parlant des dégâts causés et de la vaillance des aviateurs anglais. Son « J'aurais tant aimé voir leurs têtes quand ils ont compris qu'on les attaquait à notre tour ! » fit rire une bonne partie de l'assemblée, alors qu'il gigotait en disant « oh ! bah merde, y'a des bombes qui tombent du ciel ! ».

Eren glissa une œillade curieuse vers le capitaine appuyé contre le dossier de sa chaise, la main sur sa tasse. Il croisa son regard et lui adressa un sourire timide avant de se reconcentrer sur le reste du groupe.

Finalement, le commandant se leva doucement, râclant sa chaise sur le carrelage froid de la pièce et dévisagea l'ensemble des troupes rassemblées.

- Il va être temps. Je dois vous laisser, j'ai une mission à remplir de mon côté. Livaï, je te laisse les rênes.

Le capitaine se leva, hochant la tête en signe d'assentiment. Il scruta ensuite les soldats qui l'observaient et soupira avant de dire :

- Allez-vous préparer. Rendez-vous dans l'entrée dans vingt minutes, avec votre équipement.

Tous acquiescèrent, la mine sombre et rejoignirent le sous-sol en silence, suivant le caporal qui ouvrait la marche.

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J'espère que ce chapitre vous a plu, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez ! A la prochaine ;)