Chapitre 7

Le coup m'arriva directement dans la tronche et je gémis de douleur en me reculant.

« Tu m'as carrément éborgnée ! vociférai-je en posant la main sur ma tempe. »

Claire me regarda avec peine même si son air sévère ne la quitta pas.

« Désolée Pansy, mais je ne peux pas me « limiter », expliqua-t-elle avec pédagogie. Les gens contre toi utiliseront tout ce qu'ils ont pour te faire du mal. »

Me faire du mal dans son langage revenait concrètement à me tuer. Je pouvais vous assurer qu'un bon nombre de criminels sorciers seraient contents de se débarrasser du Mediator s'ils savaient que le MACUSA en avait élu un nouveau. Pour le moment, la priorité restait de stopper le tueur de New York. Après ça, le Mediator pourrait commencer à nettoyer les Bas-Fonds de la ville. Et là-aussi, il y avait du boulot.

Depuis que mon entraînement avec été intensifié et que je passais la plupart de mon temps avec Claire Patil, je ne comptais plus le nombre de bleus recouvrant mon corps. Je n'étais pas la moins sportive des femmes de ma génération mais autant dire que passer ses soirées à regarder des séries Non-Maj' à la télé ne pouvait pas me faire autant de bien qu'un petit footing régulier. En tout cas, Claire avait des muscles de fer et une force physique qui frôlait l'inhumain.

« Pourquoi ils n'ont pas accepté ta candidature pour le job de Mediator déjà ? interrogeai-je en essuyant mon front avec une serviette.

— Premièrement, répondit-elle en buvant une gorgée d'eau de sa gourde, parce que je n'ai pas déposé ma candidature. Deuxièmement, parce que mon poste me convient parfaitement. Et troisièmement : je n'ai pas les aptitudes requises pour cette position. »

J'haussai un sourcil dubitatif.

« Tu es intelligente et super badass, je vois pas où est le problème, ne pus-je m'empêcher de commenter. Tu foutrais la misère à Weasley en combat rapproché. »

Je pris ma gourde avec l'insigne du MACUSA, petit cadeau de bienvenue de l'équipe d'intervention des Aurors.

« Tu t'es déjà battue avec lui ? l'interrogeai-je. »

Elle baissa les yeux.

« Oui.

— Et tu as gagné la manche ?

— Oui. »

Oublions la modestie et valorisons nos forces.

« Tu vois Claire : tu es Wonder Woman. Rien ne peut t'arrêter.

— Qui est Wonder Woman ? demanda-t-elle.

— Une super-héroïne de fiction Non-Maj', expliquai-je. Avec ses pouvoirs, elle protège la Terre des méchants et les met tous K.O. »

J'avoue avoir dévorer la vieille série. Un peu kitsch mais mon goût pour les films et l'imagination ne pourrait jamais être rassasié. Les yeux bruns de la sorcière brillèrent de plaisir.

« Je suis touchée, avoua-t-elle avec un sourire sincère. Mais Ron Weasley est un sorcier très puissant. Bon tacticien, habile et expert en magie noir. Il faudrait être fou pour le défier. »

Son regard se tourna vers moi et me parut tout d'un coup accusateur.

« Quoi ? Parce que je le défi de temps en temps, ça veut dire que je serais folle ? Compris-je.

— Tu le cherches trop souvent, rectifia Claire. Tu risques d'avoir des ennuis et de t'attirer ses foudres si tu ne calmes pas ta langue et ton mauvais caractère. »

Je soupirai d'agacement.

« Je ne compte pas changer mes habitudes pour le bon vouloir de quelqu'un et surtout pas pour faire plaisir aux hommes, grommelai-je. »

Puis franchement, ça enlèverait tout le piquant à notre relation conflictuelle. Claire allait répliquer quelque chose avant que la sonnerie de mon portable ne vienne l'interrompre.

« Qu'est-ce que c'est ? s'enquit-elle en regardant mon cellulaire avec prudence.

— Ça, ma chère Patil, c'est l'une des inventions Non-Maj' les plus fabuleuses de tous les temps, expliquai-je avant de faire résonner ma voix dans un peu subtil « ALLÔ ». »

Il ne fallut que quelques secondes avant que Quincy ne réponde.

« Coucou boss, j'ai peut-être une piste qui pourrait nous intéresser.

— M'appelle pas boss, soupirai-je. J'ai l'impression de travailler dans la mafia et d'être le Parrain. Pansy suffira laaaargement. »

Il rit.

« Ok Mediator, reprit-il tout de même, s'en battant les steaks de ce que je pouvais bien penser. Je viens te récupérer devant le Woolworth Building dans un quart d'heure. S'il-te-plaît, me pria-t-il, sois à l'heure pour une fois. »

Et il raccrocha me laissant sur ma faim.

Je me demandais ce que mon partenaire pouvait bien avoir en tête…


Dans la voiture, j'observai les gens vaquer à leur occupation et à leur petit train-train. Je soufflai de dépit avant de m'enfoncer dans mon siège et de remettre ma frange en place. Si seulement je pouvais être aussi insouciante et innocente.

« Ça va boss ? Sourit Quincy en détournant quelques secondes les yeux de la route pour me regarder.

— Hum hum, me contentai-je de répondre vaguement. Est-ce que tous ces gens se doutent qu'un meurtrier rôde à New York ? »

Il haussa les épaules avant de tourner dans une ruelle.

« La NYPD n'a pas encore diffusé l'annonce des assassinats mais ça ne devrait pas tarder, admit-il.

— Pourquoi si tard ? Maugréai-je. Ça fait longtemps que la police Non-Maj' aurait dû prévenir la population.

— Avec la crise, les Non-Maj' sont un peu plus concernés par les perspectives économiques du pays, expliqua-t-il calmement. Le gouvernement ne veut pas affoler les citoyens. »

Je restai silencieuse, intégrant ses paroles. La crise des subprimes avait frappé fort l'Amérique. Des gens perdaient leurs emplois ou leurs maisons. Et d'après ce que j'avais pu entendre, celle-ci s'était répandue comme une trainée de poudre au sein de l'économie mondiale. Une belle image de l'American Dream.

« Ta famille n'en souffre pas trop ? M'enquis-je gentiment.

— Non, on a été relativement épargné, sourit-il. On est assez prévoyant et on fait attention avec notre argent. »

Je souris à mon tour.

Quincy et sa compagne Laurie avaient un petit garçon de huit mois. Ils vivaient à Manhattan et d'après ce que j'avais cru comprendre : Laurie venait d'une famille Non-Maj' assez aisée. Ils étaient donc à l'abri du besoin. J'espérais aussi que la boîte pour laquelle je travaillais n'allait pas trop se retrouver dans la mouise. J'aimais bien mon job d'ingénieur. Puis fallait dire que ça payait aussi les factures. Détail non négligeable.

Mon salaire en avait pris un coup depuis que j'avais endossé le rôle du Mediator. Je n'avais plus idée du nombre d'heures manquées et d'excuses fournies à ma supérieure. Je me rassurais en me disant que c'était provisoire et que ma vie « normale » allait bientôt reprendre son cours. Encore fallait-il que je réussisse cette mission et qu'on arrête ce tueur.

Heureusement que Claire Patil n'était pas une tendre avec moi : j'étais au moins capable de maîtriser quelqu'un qui tenterait de m'attaquer. Ça avait parfois du bon de se prendre des raclées de la part d'un des meilleurs Aurors du MACUSA.

« Qu'est-ce que tu voulais me montrer déjà ? Demandai-je distraitement à Quincy. »

Un sourire fier se dessina sur ses lèvres. On aurait dit qu'il venait de faire la découverte du siècle et son expression me rendit curieuse.

« Tu te souviens que je t'avais dit que ma sœur était sorcière ? me rappela-t-il.

— J'ai cru comprendre, admis-je ne voyant pas encore où il souhaitait en venir.

— Elle travaille pour un maître de potion dans le quartier sorcier et celui-ci a remarqué des choses bizarres vis-à-vis d'une cliente, expliqua-t-il. »

Je fronçai les sourcils, mon cerveau en ébullition. Le MACUSA avait commencé une enquête interne auprès de la communauté sorcière pour essayer de déceler des cas étranges ces dernières semaines. Jusque-là, tous nos efforts n'avaient pas donné grand-chose. C'était notre première piste depuis le début officiel de l'enquête et même si mon équipe n'était pas encore au complet, il fallait qu'on puisse écarter certaines hypothèses.

« Comment elle s'appelle ?

— Nicole Taylor, 38 ans, divorcée, aucun enfant, travaille en tant qu'aide-soignante à l'hôpital pour sorciers de New-York, énuméra-t-il. »

Il avait déjà fait ses recherches apparemment.

« Bonne mémoire, complimentai-je.

— Je fais ce que je peux, concéda Quincy. Il y a autre chose. »

Je reportai à nouveau mon attention sur lui.

« Elle a rendez-vous au Cochon Aveugle dans une semaine.

— Avec qui ?

— Aucune idée pour le moment, soupira-t-il. Les mots qu'elle reçoit restent anonymes et pas moyen de retracer la provenance des hiboux.

— C'est louche, murmurai-je. Je suppose qu'on se rend chez elle ? »

Ses yeux scintillèrent.

« Tu es perspicace, Pansy.

— Un de mes nombreux talents, plaisantai-je. »

Il s'arrêta dans une rue, juste en face d'une maison de banlieue.

« J'ai pu regarder ses horaires, expliqua Quincy en coupant le contact de la voiture. Elle n'est pas chez elle aujourd'hui et ne revient que ce soir. »

De quoi nous laisser le temps d'inspecter ses affaires, à la recherche de preuves. Je sortis de la voiture, emmitouflée dans mon manteau noir. L'insigne du MACUSA apposé à côté de celui de la NYPD venait décorer le haut de mon buste. Un peu trop formel à mon goût mais ça faisait partie des attributs du Mediator. Un petit « pop » interrompit le cours de mes pensées avant que je ne remarque un homme petit, appuyé contre le petit portail et qui avait l'air ravi de se trouver face à face avec moi. Ce sorcier inconnu venait de transplaner à l'instant.

Il avait des cheveux noirs de jais, des traits asiatiques et des piercings pleins les oreilles. Une partie de son crâne était rasée tandis que le reste de ses cheveux était ramené en une tresse. Il portait un t-shirt à l'effigie de David Bowie et des Doc-Martens noires.

« Sympa ton t-shirt, remarquai-je en pensant que j'aimerais avoir le même dans ma penderie. »

Son sourire s'agrandit.

« Je savais qu'elle me plairait, lança l'inconnu à Quincy tandis que celui-ci vint se poster à mes côtés.

— Salut Tim, salua mon collègue. Mediator, voici Tim Duke, nouveau membre de ton unité. Tim, Pansy Parkinson. »

Il fit une courbette, s'inclinant exagérément devant moi devant mon air atterré.

« On n'était pas censé faire un tri des CV, passer des entretiens et tout le tralala avant d'agrandir l'équipe ? questionnai-je.

— Pas le temps, répliqua Quincy en forçant le sorcier à se pousser pour pouvoir ouvrir le portail. Puis Tim est un des meilleurs Aurors du MACUSA malgré son accoutrement ridicule.

— Tu es jaloux de mon style, soupira le sorcier. »

Quincy était un Non-Maj' conventionnel et plutôt vieux-jeu. Rien d'étonnant à ce qu'il trouve à redire des tenues d'un gars excentrique et gothique comme ce nouveau membre. Moi, je pensais que j'allais plutôt bien m'entendre avec lui.

« Tu aimes David Bowie ? m'interrogea-t-il alors qu'on suivait le policier.

— Je suis anglaise, très cher, bien sûr que j'aime Bowie, reniflai-je en remettant en place mon écharpe.

— Aahhh qu'est-ce que je vous aime vous les British, s'enthousiasma-t-il, m'arrachant un sourire. »

La maison de Nicole Taylor était des plus banales. Tout semblait totalement normal. Excepté son sacré penchant pour les plantes. Il y en avait tellement qu'on ne savait plus où donner de la tête. Mes dizaines de plantes grasses faisaient pâle figure devant toutes celles qui décoraient le salon de notre suspecte. J'adorais la biologie mais j'avais rarement vu une personne collectionner autant de spécimens différents. Et pas des moins dangereux. Je dus empêcher Tim de marcher sur la racine d'une orchidée géante et vorace d'Amazonie. Elles avaient la possibilité de mordre leurs oppresseurs et de leur injecter un poison puissant. Mieux valait donc éviter de mettre déjà à mal notre mission.

« Cette femme est bizarre, maugréa Tim en brandissant sa baguette et en jetant un sort pour vérifier que rien de malfaisant n'était caché dans un des placards.

— Elle est… passionnée, finis-je par répondre. Attention à ta tête. »

Il évita de peu une attaque inopinée de Snargalouf en jurant. Quant à lui, Quincy évitait de s'approcher de trop près des pots et se tenait sur ses gardes. Je pouvais reconnaître la plupart des plantes magiques dans la maison et j'esquivai les plus dangereuses avec soin.

La cuisine était dans un état catastrophique. Il y avait des chaudrons sur la table, des ingrédients magiques entreposés dans des bocaux, de toute taille et de toute forme. Une substance verdâtre recouvrait une partie de l'évier. Je n'avais pas du tout envie de m'en approcher pour avoir une meilleure idée de ce que c'était. Visiblement, notre Nicole Taylor s'essayait à la potion.

« C'est dégoutant, commenta Tim. Elle pourrait faire un peu de ménage de temps en temps. Un coup de baguette magique ça ne tue pas.

— Tu sais à quoi correspondent tous ces trucs ? S'enquit Quincy en me désignant du menton les tas de fioles posées sur le plan de travail.

— Je suis herboriste moi, pas maîtresse de potion, répondis-je en signe de négation. »

J'observai de nouveau la cuisine avant de demander à mon compère de prendre en photo les lieux. Pendant ce temps, je m'approchai du frigo pour l'ouvrir. Il était vide et je le refermai déçue. Aucune trace de grimoire ni de quelque chose qui puisse nous avancer dans nos recherches.

« Euh, Pansy ? m'appela soudain Tim.

— Oui ? »

Je levai les yeux vers lui. Le sorcier avait le nez collé à la fenêtre.

« Je crois que notre hôte revient un peu plus tôt que prévu, nous prévint-il. »

Je m'approchai de lui tandis qu'une femme blonde et grande marchait dans l'allée de la maison. Merde. Il y avait dû avoir un changement dans son emploi du temps.

« Transplane-nous jusqu'à la voiture, commandai-je tandis qu'on entendait une clé tourner dans la serrure de la porte d'entrée. »

Quincy pouvait lui reprocher sa façon de s'habiller mais pas sa vivacité d'esprit. Ni une ni deux, nous nous retrouvâmes soudain dans la voiture de fonction du policier. Moi à l'avant et Tim à l'arrière.

« Roule ! roule ! pressai-je Quincy tandis qu'il faisait rugir le moteur pour nous faire quitter les lieux. »

Mon cœur battait la chamade dans ma poitrine sous l'adrénaline. On avait eu chaud. J'espérais qu'aucune trace de notre visite ne serait perceptible. En tout cas, nous étions au moins sûrs d'une chose : cette Nicole Taylor cachait quelque chose.


Le reste de la semaine se passa lentement. Je retournai au travail parce que Weasley ne donnait plus aucun signe de vie et qu'il fallait bien que je continue à avoir une vie normale à côté de mon job de justicier magique. Claire Patil ne répondait pas à mes hiboux et je me doutais qu'elle devait être particulièrement occupée. Elle mettait toujours un point d'honneur à répondre le plus vite possible. Tim nous informa vaguement que les Aurors du MACUSA avaient pas mal de dossiers à boucler. Nous devions nous concentrer sur notre tueur. Après tout, c'était également le job du Mediator d'arrêter les personnes qui venaient troubler l'ordre public.

J'arrivais à trouver un équilibre entre mes deux vies et je commençais à réellement m'entendre avec Quincy et Tim. Je les considérais aussi bien comme mes coéquipiers que des bons amis. On avait pris l'habitude de se retrouver dans un bar Non-Maj' à quelques rues du MACUSA. On y parlait d'un peu de tout : de nos vies respectives, de notre boulot, de nos objectifs. C'était un peu étrange d'être considérée comme leur supérieure hiérarchique mais je m'adaptais plutôt bien à mes nouvelles responsabilités.

J'avais toujours été douée pour diriger des équipes et personnes. J'avais juste oublié quelle sensation ça faisait de faire partie d'un groupe uni.

Après notre enquête chez Nicole, nous en déduisîmes que la seule façon de savoir ce qu'elle traficotait restait de la surveiller. J'avais pu placer une équipe d'Aurors dans son quartier pour garder un œil sur ses agissements mais ça n'avait pas donné grand-chose. J'avais donc décidé qu'il fallait la suivre à son rendez-vous jusqu'au Cochon Aveugle, un endroit très mal famé si vous vouliez mon avis. Cela faisait des lustres que le MACUSA aurait dû le faire fermer. Mais Tim m'apprit que c'était l'un des principaux lieux où les Aurors arrivaient à avoir des informations essentielles pour coincer certains individus. Finalement, ce n'était pas plus mal qu'il y ait encore des bars sorciers où les pires scélérats n'avaient pas peur d'ouvrir trop grand leurs bouches.

Je ne choisis que ma petite équipe pour cette mission de repérage. C'était beaucoup plus discret et prudent. J'indiquai à Tim et Quincy de se mettre sur leur trente-et-un. Nous prévîmes la brigade d'Aurors de nos plans en précisant que nous ne nécessiterions sûrement pas de leurs services. Hortensia Dale, la Directrice de la Sécurité Magique insista pour qu'on les prévienne aussitôt en cas de problèmes. Je demandai à Tim de nous jeter un sort imperceptible à Quincy et moi-même. Nous voulions avoir l'air de venir du monde magique et disons que notre côté « Non-Maj' » nous desservait un peu dans ces lieux.

« Tu es super classe, Pansy, complimenta Quincy en m'observant des pieds à la tête. »

Je posai mes mains sur les hanches, plutôt fière de mes efforts. J'avais réussi à trouver une robe noire au décolleté en V, retenue fermement à la taille et drapant élégamment mes hanches. Mes chaussures à talons me permettaient d'avoir l'air un peu plus grande et j'avais prié Gustaf de lancer un sort à celles-ci pour les rendre confortables. On ne savait jamais quand est-ce qu'on aurait besoin de se lancer dans une course poursuite. J'avais ensuite décidé de nouer mes cheveux courts en un chignon désordonné. Pas de maquillage extravagant si ce n'était mon éternel rouge-à-lèvres rouge, non négociable.

Les habitués du Cochon Aveugle avaient pour habitude de bien s'habiller lorsqu'ils faisaient affaire avec leurs collaborateurs. Nul doute que Nicole Taylor serait également renversante. Les garçons avaient troqué leurs vêtements habituels pour des costumes sur mesure. Tim avait toujours l'air d'un bad-boy avec ses piercings et sa coupe de cheveux, mais n'importe quelle nana serait tombée en pamoison devant son élégance.

« Je fais une tête de plus que toi avec mes talons, me réjouis-je en me moquant de lui.

— Ta gueule Pansy, grommela-t-il. Enlève-les tout de suite. »

Je lui fis un clin d'œil complice.

« Le Mediator ne peut pas se permettre de rentrer dans un bar sans ses talons, n'est-ce pas ? répondis-je d'un air malicieux. »

Encore fallait-il que la communauté sorcière sache qu'un nouveau Mediator avait été élu par Samuel Quahog. Et qu'il s'agissait en plus d'une femme, une première dans le monde sorcier. Il fallait bien changer les choses de temps en temps.

Et cette soirée-là, croyez-moi si j'affirme que j'aurais clairement préféré rester dans mon appart à regarder The Big Bang Theory. J'aurais sûrement mangé du chocolat à côté et je me serais endormie sur le canapé, n'ayant pas le courage de marcher jusqu'à mon lit. Que voulez-vous, on ne pouvait pas non plus être parfaite.

Tim réussit à nous faire rentrer dans le bar sans qu'aucun obstacle ne vienne perturber notre début de soirée. Nous décidâmes de nous séparer pour nous faire moins remarquer. Je m'approchai du bar dans le but de demander un cocktail maison. Je ne tenais pas forcément bien l'alcool mais je savais quand m'arrêter pour ne pas compromettre notre mission. Un détail attira mon attention : je vis Nicole assise à une table et seule. Elle portait une robe moulante rouge vif et ses cheveux blonds tombaient librement sur ses épaules. De nombreux regards étaient fixés sur elle. Je remarquai que mes coéquipiers avaient également repéré notre suspecte.

Je détournai les yeux pour afin qu'elle ne sente pas nos regards insistants même si elle avait l'air de s'en ficher totalement. Une telle assurance aurait révolté Blaise qui aurait sûrement pris cette attitude pour un défi. A présent, c'était à moi de le relever.

Je m'engageai sur la piste de danse et allais m'approcher de sa table quand une main se posa fermement sur mon bras. Surprise, je fis soudain face à une paire d'yeux bleu-ciel. Je le reconnus aussitôt malgré son apparence totalement modifiée. Ses cheveux étaient longs et lisses et d'un blond presque blanc. Ses tâches de rousseur avaient disparu et ses traits étaient plus fins, presque féminin. Il avait sûrement usé de plusieurs potions pour se fondre dans la foule et arborer une apparence à l'opposé de celle qu'il avait réellement. Visiblement, Ron Weasley voulait également passer inaperçu dans ces lieux.

Pour ne pas attirer la curiosité des clients du bar, il fit un pas vers moi, faisant mine de m'inviter à danser. Je le suivis dans ces gestes, plus par automatisme que par réelle envie. Au fond, j'étais vexée de le retrouver dans un endroit aussi mal loti alors qu'il n'avait pas donné de signes de vie depuis des jours. Il n'avait pas l'air très content de me voir au Cochon Aveugle.

« Qu'est-ce que vous fichez ici ? siffla-t-il entre ses dents.

— Je peux te retourner la question, répondis-je vertement. »

Il me fit tourner doucement sur moi avant de se rapprocher. Je ne savais même pas qu'il pouvait aligner deux pas sans écraser mes pieds.

« Je suis en mission, Parkinson, souffla-t-il.

— Moi aussi, figure-toi, reniflai-je de ce ton hautain qu'il détestait tant. »

D'un geste ferme, il entoura ma taille et me ramena contre son flanc pour nous faire quitter la piste de danse. Nous nous approchâmes d'une table un peu à l'écart du bruit. Mon équipe ne nous quittait pas des yeux, attendant sûrement des ordres.

« Tu aurais dû me dire que tu viendrais ici pour ton investigation, me reprocha le jeune homme. Ça nous aurait évité ce petit …, il hésita observant mes yeux verts.

— Contretemps, finit-il par dire. »

Silence.

« Tu es sublime, Parkinson.

— Tu n'es pas trop mal non plus, souris-je malicieusement en m'adossant à mon siège. Le blond te sied bien, tu ressembles à Drago. »

Il afficha un sourire sarcastique.

« Pitié ne me compare pas à cette fouine, me pria-t-il.

— Lui non plus n'aimerait pas être comparé à toi, belette. »

Son rire retentit doucement à mes oreilles tandis qu'il secouait la tête de droite à gauche. Son comportement m'amusait. Je croisai le regard de Tim qui me fit un signe du menton et je regardai en direction de Nicole. Celle-ci venait de se lever à la suite du jeune homme. C'était le moment où jamais.

« Tu m'excuseras Ronald, mais le devoir m'appelle, fis-je en sautant sur mes talons. »

J'aurais juré avoir senti son regard dans mon dos jusqu'à ce qu'on disparaisse des murs du Cochon Aveugle. Je règlerai le soucis « Ronald Weasley » une autre fois. Pour le moment, j'avais une mission à mener à bien.