Bonjour,
Voici le chapitre 8 de cette histoire. Dean a besoin de Castiel mais aussi de son petit frère. Quant à Castiel, son enquête piétine et il est frustré. Il ne veut pas décevoir Dean. Et ils continuent à ne rien se dire sur leurs sentiments.
Merci pour vos messages et votre fidélité.
Prenez soin de vous et de vos proches dans cette période bizarre.
Bonne lecture et à la semaine prochaine,
Sydney8201
Musique du chapitre :
Run to you de Whitney Houston
Chapitre 8 : La peur d'échouer
« Oublie les conséquences de l'échec. L'échec est un passage transitoire qui te prépare pour ton prochain succès. »
Denis Waitley
Castiel n'avait finalement pas appelé Dean pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. C'était lâche et il le savait. Mais il n'avait pas eu le courage d'affronter l'immense déception du jeune homme. Il ne voulait surtout pas montrer de lui l'image de quelqu'un qui avait échouer. Il en aurait eu le cœur brisé. Il était déterminé à redonner le sourire à Dean. A lui redonner de l'espoir. Et lui annoncer que le jeune garçon dont il rêvait allait très certainement mourir et que personne n'y pouvait rien était totalement contre-productif. Il savait bien que ce n'était pas très honnête de sa part. Il avait promis à Dean de le tenir informé et il venait de trahir cette promesse seulement quelques heures après l'avoir faite. Il n'était pas fiable. Et si Dean l'apprenait, il le lui reprocherait certainement.
Castiel ne pourrait pas rester silencieux très longtemps. Il savait que Dean finirait par l'appeler. Ou il le ferait parce qu'il avait très envie d'entendre sa voix. Il voulait juste avoir une bonne nouvelle à lui apprendre quand cela serait le cas.
L'idéal serait de pouvoir lui annoncer qu'il avait sauvé la vie du jeune prostitué et appréhender le monstre qui avait tué tous ces innocents. De pouvoir lui assurer que c'était uniquement grâce à lui. Qu'il n'avait plus aucune raison de s'en faire. Qu'il était un héros. Qu'il pouvait enfin dormir tranquille. Et bien sûr, ensuite, lui demander de sortir avec lui pour un café, un dîner, un film ou n'importe quoi qui leur permettraient de passer du temps ensemble.
Castiel doutait de pouvoir lui annoncer toutes ces choses avant encore un moment. Mais il avait fait un premier pas dans la bonne direction. L'idée ne venait pas de lui. C'était avant tout Gabriel qui avait suggéré de surveiller le jeune prostitué malgré le refus de leur patron de leur accorder des patrouilles régulières.
Castiel avait trouvé l'idée intéressante. Elle lui offrait une chance de se racheter après son échec cuisant auprès de ses supérieurs. Il avait également une chance de faire quelque chose de concret. D'être celui qui sauverait le jeune garçon. Peut être deviendrait-il un héros aux yeux de Dean. Cela lui permettrait de marquer des points avec lui. Et si ce n'était clairement pas son objectif premier, il le gardait tout de même dans un coin de sa tête.
Il se sentait bien sur un peu coupable à l'idée d'obliger Gabriel à rester éloigner de chez lui et de sa famille en dehors de ses longues heures de travail. Même si l'idée venait de son coéquipier, il savait qu'il s'agissait là d'un sacrifice difficile à consentir. Gabriel n'était déjà là que rarement. Il avait un travail prenant et il ne comptait pas ses heures. Sa femme était compréhensive et leur mariage n'était pas en danger. Mais Castiel ne voulait pas être responsable d'une dispute. Il avait donc pris sur lui d'assurer un maximum de surveillance par lui-même. Personne ne l'attendait chez lui. Il ne manquerait à personne s'il passait toute la nuit dans sa voiture. Et peu importait les heures de sommeil qu'il n'aurait pas. De toute façon, il avait du mal à dormir depuis le début de cette enquête. Et il doutait de pouvoir fermer l'œil en sachant la prochaine victime du tueur seul sans personne pour veiller un minimum sur lui.
Il avait donc préparé un thermos de café – juste parce que c'était ce que Dean avait préparé pour lui le jour où ils avaient patrouillé ensemble et que cela lui rappelait le jeune homme – et de quoi manger avant de monter dans sa voiture et de retourner à l'endroit où ils avaient vu le jeune prostitué quelques jours plus tôt.
Il eut un petit moment de panique quand il ne trouva pas le jeune garçon à l'endroit où ils l'avaient vu la première fois. Il attrapa son téléphone par réflexe, près à appeler Dean pour voir s'il n'avait pas de nouvelles informations. Il se stoppa heureusement au moment où il commençait à composer le numéro du jeune homme. Il fixa sa main une seconde comme si elle venait de le trahir et se força ensuite à reposer le téléphone. Il prit ensuite une grande inspiration pour se calmer. Il pouvait y avoir des dizaines d'explications à son absence. Il ne travaillait peut être pas ce soir. Ou peut être était-il déjà avec un « client ». Il n'avait aucune raison de paniquer aussi rapidement.
Il ferma les yeux, compta jusqu'à cinquante dans sa tête puis rouvrit les yeux à nouveau et regarda autour de lui. Il fut aussitôt soulagé de voir le jeune prostitué non loin de là. Il semblait aller bien. Il était toujours aussi maigre mais il n'était pas blessé.
Castiel avait de la peine pour lui. Ce jeune garçon aurait dû être dans son lit, dans sa maison à cette heure-ci. Il n'aurait du avoir à se soucier que de ses études, de son petit copain et du prochain bal organisé par l'école. Il n'aurait pas du avoir à vendre son corps pour se nourrir. Il n'aurait pas du avoir peur constamment. Avoir froid. Avoir faim. Ce monde n'était définitivement pas juste. Castiel était en colère quand il prenait le temps d'y penser.
Mais ce n'était pas le but de sa venue. Il devait avant tout rester concentré sur son objectif. Il garda donc les yeux rivés sur le jeune garçon et tenta de faire le vide dans son esprit.
Il ne fut pas surpris quand presque aussitôt son cerveau jugea bon de lui envoyer des images de Dean. Castiel ne voulait pas penser à lui. Cela risquait de le déconcentrer. Mais c'était plus fort que lui. Il se demanda ce que le jeune homme pouvait faire à cette heure-ci. S'il dormait ou s'il était encore réveillé. S'il était seul. S'il pensait à Castiel. Il avait envie de lui parler. Envie de le voir. De le prendre dans ses bras et de l'aider à trouver le sommeil. Il avait envie de le regarder dormir pendant des heures. Lui permettre de ne surtout pas faire de cauchemars comme l'autre nuit.
Il sursauta quand son téléphone se mit à sonner à coté de lui, l'arrachant à ses pensées. Il ne fut bizarrement pas surpris quand il vit le nom de Dean s'afficher à l'écran. Peut être le jeune homme avait il senti que Castiel pensait à lui. Peut être avait-il de nouvelles informations à lui donner. Ou peut être avait il tout simplement lui aussi envie de lui parler. Castiel ne pouvait pas refuser l'appel. Il décrocha donc rapidement et sentit un sourire se dessiner sur ses lèvres en portant le téléphone à son oreille.
- Dean, souffla t-il.
- Castiel, je … j'espère que je ne te dérange pas … ou pire encore … que je ne te réveille pas.
La voix de Dean lui arracha un petit frisson qu'il savoura pendant quelques secondes. Elle était chaude et douce. Comme la plus merveilleuse des caresses. Même déformée ainsi par la distance.
- Non, je ne dormais pas et non, tu ne me déranges pas. Je …
Castiel s'interrompit avant de dire quelque chose de stupide. Quelque chose comme : « je pensais justement à toi ». C'était vrai mais ce serait difficile à expliquer ensuite.
- Tu ? demanda alors Dean.
- Je … je suis encore au travail.
- A cette heure-ci ? Tu ne devrais pas être déjà rentré ?
Castiel avait effectivement fini quelques heures plus tôt. Il était repassé chez lui se changer et prendre de quoi tenir toute la nuit avant de repartir. Il ne travaillait peut être pas officiellement mais il préférait le présenter ainsi à Dean pour qu'il ne se sente pas coupable de l'avoir poussé à prendre sur son temps libre.
- A vrai dire, je devrais effectivement avoir terminé mais je … je suis en charge de la surveillance de notre … du jeune garçon que tu as remarqué l'autre soir.
Dean ne dit rien pendant quelques secondes et Castiel ne put s'empêcher de se demander ce qu'l avait dit de travers. Il fut soulagé quand le jeune homme reprit finalement la parole.
- Tu … pourquoi est-ce que c'est à toi qu'on a demandé de le faire ? Tu travailles déjà beaucoup … beaucoup trop. Bien sûr, je sais que tu es sans doute le meilleur et je sais que tout ceci te tient à cœur mais … tu as besoin de dormir un peu de temps en temps.
Castiel sourit, touché par l'inquiétude de Dean. Il le perdit toutefois quand il réalisa qu'il avait à présent deux options. Mentir à Dean et lui assurer qu'il s'était porté volontaire mais qu'il avait bel et bien l'accord de sa hiérarchie. Ou lui dire la vérité. Lui parler du refus de son capitaine et de l'idée de Gabriel. Ce n'était pas un choix facile. Il ne voulait pas inquiéter ou attrister Dean en lui disant la vérité. Mais il n'aimait pas non plus l'idée de lui mentir. Il ne voulait pas construire leur début de relation sur un mensonge.
- Je … Dean, je ne suis pas là parce qu'on me l'a demandé. Je suis désolé mais je … je n'ai pas obtenu l'accord de mes supérieurs et je … j'aurais dû t'appeler pour te le dire mais je ne voulais pas te décevoir. Et Gabriel m'a proposé de … il pense qu'on peut assurer la surveillance seuls et sans leur aval pendant quelques temps.
- Cas, c'est …
Castiel était prêt à entendre le jeune homme s'emporter. Peut-être même lui reprocher de ne pas avoir réussi à convaincre sa hiérarchie. Ou de ne pas avoir eu le courage de l'appeler pour le lui dire. Il estimait mériter ces critiques.
- C'est … je suis furieux contre eux bien sûr. Ils … on dirait qu'ils font tout leur possible pour ne surtout pas arrêter ce monstre mais … je … ce que tu fais … ce que Gabriel et toi avez choisi de faire, c'est … je ne peux pas vous demander ça. Ou je pourrais … peut être que je pourrais venir te tenir compagnie. Assurer moi aussi la surveillance pour que vous puissiez vous reposer de temps en temps. J'ai … j'ai l'impression de vous forcer à le faire et ce n'est pas ce que je veux.
Castiel n'était pas étonné d'entendre le jeune homme se blâmer pour une décision qu'il n'avait pourtant pas prise. Et il se sentait le devoir de le rassurer sur ce point.
- Dean, nous n'avons pas pris cette décision pour te faire plaisir … nous l'avons prise parce que nous savons que c'est la meilleure chose à faire et parce que nous avons confiance en toi. Alors ne t'en veux surtout pas. Quant à assurer la surveillance avec nous, c'est hors de question. Ca pourrait être dangereux et tu n'es pas formé comme nous. Tu n'as pas à faire quoi que ce soit d'ailleurs. C'est déjà grâce à toi que nous avons autant progressé dans l'enquête. Tu vas donc rester chez toi et te reposer. Fais nous confiance pour prendre le relais.
Castiel aurait adoré demander à Dean de venir lui tenir compagnie. Il avait la sensation de passer à coté d'une opportunité de passer du temps avec lui. Mais il refusait de le forcer à rester toute une nuit dans une voiture sans pouvoir se reposer. Il avait besoin de reprendre des forces. Et Castiel doutait de pouvoir rester concentré sur son objectif si Dean était avec lui.
- Je … je pourrais au moins venir te tenir compagnie quelques heures. T'apporter quelque chose à manger. Ou juste … je n'aime pas l'idée de te savoir seul là-bas. Tu l'as dit toi-même. C'est dangereux.
- Dean, je te remercie de te soucier de moi. Mais c'est mon métier. Tu n'as aucune raison de t'inquiéter pour ma sécurité.
- Je … mais je … je peux venir … je t'assure que ça ne me dérange pas.
Castiel jeta un coup d'œil à l'horloge de sa voiture. Il était extrêmement tard. Dean aurait du être déjà couché. Il aurait du dormir à cette heure-ci. Il réalisa alors que son insistance pour venir le retrouver n'était pas uniquement du à son envie lui tenir compagnie. Il y avait autre chose. Et Castiel avait une vague idée de quoi.
- Dean … est-ce que tu as peur de dormir ? Est-ce que tu … tu as fait un nouveau cauchemar ?
Il retint son souffle en attendant la réponse du jeune homme.
- Je n'ai pas fait de nouveau cauchemar mais … je sais que j'en ferais probablement un à la seconde où je m'endormirais alors … j'essaie de … je ne crois pas que je pourrais supporter de faire un deuxième cauchemar comme le précédent.
Castiel sentit son cœur se briser dans sa poitrine en entendant la détresse dans la voix de Dean. Il était évident que le jeune homme refusait de s'endormir pour ne pas prendre le risque de faire un nouveau cauchemar. Et il s'en voulait de fuir quelque chose qui pourrait leur fournir de nouveaux indices. Mais Castiel se fichait de ce qu'il pourrait voir ou non dans ses rêves. Ce n'était pas ce qui l'inquiétait. Il ne voulait pas que Dean se prive ainsi de sommeil éternellement. Ce n'était pas bon pour sa santé. Il avait besoin de dormir. Besoin de se reposer.
- Tu ne pourras pas continuer à ne pas dormir longtemps. Personne ne peut nous garantir qu'on arrêtera le tueur dans les prochains jours et tu … tu ne tiendras pas le coup éternellement à ce rythme-là. Tu as besoin de dormir. Tu as besoin de reprendre des forces.
- Je sais tout ça Cas mais je … je suis juste … je n'en peux plus de ressentir la détresse des autres et … je ne crois pas être de taille à affronter tout ça sans … sans quelqu'un pour me réconforter ensuite.
- Je croyais que tu vivais avec ton frère.
Castiel réalisa la stupidité de sa remarque dès qu'il l'eut terminé. Dean n'avait pas besoin du soutien ou de réconfort de son frère. Il avait besoin de celui de Castiel. Et il n'osa certainement pas le lui dire. Il avait probablement espéré que le jeune inspecteur le comprendrait seul.
- Il vit avec moi oui mais il … il … il veut m'aider et je sais qu'il … il ferait n'importe quoi pour moi. Mais il ne peut pas comprendre ce que je ressens. Il n'a pas tous les détails comme toi et … la nuit que j'ai passé chez toi a été la meilleure que j'ai eu depuis un moment. Je doute de pouvoir me reposer autant ici et … je préfère ne pas courir le risque. Je ne suis pas fatigué de toute façon.
Castiel savait parfaitement que cette dernière phrase était un mensonge. Il n'avait pas besoin de voir Dean pour le confirmer. Il le sentait dans sa voix. Il était épuisé. Physiquement et émotionnellement. Et il ne faisait qu'aggraver les choses en refusant de dormir.
- Dean, loin de moi l'idée de prétendre que je peux avoir la moindre idée de ce que tu traverses mais … ce que tu es en train de faire n'est clairement pas la bonne solution. Je te soupçonne de le savoir. Je sais que tu as peur et crois-moi, je te comprends. Je serais probablement effrayé moi aussi à ta place. Ca ne fait pas de toi quelqu'un de faible ou de lâche. Mais … tu ne peux pas continuer comme ça. Tu dois dormir. Et … je reste joignable tu sais. Si toutefois tu fais le moindre cauchemar, tu peux m'appeler aussitôt. Je serais là pour t'écouter si tu en as besoin.
Castiel savait bien que faire ce genre de proposition revenait à s'impliquer personnellement dans l'affaire. C'était quelque chose qu'il s'était toujours interdit de faire jusque-là. Il voulait garder la frontière entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle intacte. Il ne voulait surtout pas que les deux se mélangent. Mais avec Dean, il était parfaitement incapable de rester à l'écart. Parce que si le jeune homme avait débarqué dans sa vie professionnelle avant tout, Castiel voulait qu'il fasse un jour parti de sa vie personnelle. Il voulait même qu'il en soit le centre absolu. Et puis il avait accepté d'être son ami après tout et c'était ainsi qu'un ami devait se comporter.
- Je ne peux pas t'appeler à chaque fois que quelque chose cloche ou à chaque fois que j'ai peur. Je … tu en fais déjà plus que n'importe qui ferait et … tu prends sur ton temps libre pour moi. Je ne vais pas en plus te déranger à n'importe quelle heure de la nuit parce que j'ai besoin de te parler. Tu … tu as le droit d'avoir une vie privée. Des amis … quelqu'un avec qui tu as envie de passer du temps plutôt que de me parler.
Castiel n'avait pas envie de passer du temps avec quelqu'un d'autre que Dean. Si cela n'avait tenu qu'à lui, il aurait même consacré tout son temps libre au jeune homme. Mais le lui dire ainsi le ferait probablement fuir. Ce n'était pas normal d'avoir ce genre de désir quand on connaissait quelqu'un aussi peu. Il opta donc pour une autre explication.
- On est amis non ? Je ne suis peut être pas un expert en la matière mais il me semble que c'est ce que les amis font non ?
Dean ne répondit pas immédiatement et pendant une seconde, Castiel ne put s'empêcher de se demander s'il avait dit quelque chose de stupide. Il n'en avait pas l'impression mais il n'était définitivement pas un expert en relations humaines.
- C'est … oui on est amis. Mais ce n'est pas … l'amitié ne doit pas fonctionner à sens unique et j'ai l'impression de te demander sans jamais rien te donner en retour.
- Tu m'as préparé un petit déjeuner, rappela Castiel en espérant apaiser un peu la culpabilité de son ami avec sa plaisanterie.
- Je t'ai préparé du café et des œufs et seulement parce que tu m'as laissé dormir sur ton canapé après m'avoir écouté me plaindre et après m'avoir laissé pleurer dans tes bras. Ce n'est pas suffisant. Je te dois tellement Cas.
C'était maintenant la deuxième fois que Dean employait ce surnom pour Castiel. La première fois, le jeune inspecteur l'avait à peine remarqué. Mais cette fois, l'entendre le réchauffa de l'intérieur. Il aimait que Dean ait déjà un surnom pour lui. C'était un cadeau précieux qu'il savourait à sa juste valeur.
- Et tu crois que je ne te dois rien ? Dean, tu es venu à nous pour nous aider à sauver des vies alors même que tu savais à quoi tu risquais de t'exposer. Tu l'as fait de manière totalement désintéressée et uniquement parce que tu savais que c'était ce qui était juste. Tu nous as offert notre première piste. Et c'est grâce à toi que nous avons une chance de faire des progrès. Crois-moi … si on devait faire une liste, tu serais clairement très en avance sur moi. Mais ce n'est pas un concours. Il n'y aura ni vainqueur ni perdant. Nous sommes amis et on se doit d'être là l'un pour l'autre quand c'est nécessaire.
Il était étonné par la justesse de son discours et la facilité avec laquelle il avait trouvé les bons arguments. Il espérait toutefois qu'ils suffiraient à convaincre Dean de ne pas s'en faire. Castiel aimait plus que tout l'idée d'être celui vers qui le jeune homme se tournerait en cas de besoin. Parce qu'il voulait faire parti de sa vie. Il voulait même en être une des composantes principales. Et cela passait par le fait d'être essentiel.
- Tu sais pour quelqu'un qui prétend ne pas être un expert en matière de relations humaines, je te trouve plutôt très doué. Tu ne devrais pas te sous-estimer, finit par lancer Dean après quelques secondes.
Castiel ne put s'empêcher de sourire à nouveau. Recevoir un compliment de Dean était un cadeau magnifique. C'était mieux que toutes les récompenses qu'il avait pu recevoir durant ses études ou dans son travail.
- La chance du débutant sans doute, répliqua t-il en souriant toujours.
- Sans doute oui.
Castiel aurait aimé pouvoir voir Dean à cet instant précis. Il était presque sûr que le jeune homme devait sourire. Et il aurait tout donné pour voir la façon dont son sourire devait illuminer tout son visage. Faire apparaitre ses petites rides adorables aux coins de ses yeux. Mais il allait devoir se contenter de l'imaginer pour le moment.
- Merci d'avoir une nouvelle fois pris le temps de m'écouter et de me parler Cas. C'est … je suis content de voir que … que tu es là.
Castiel se sentit alors important. Il avait l'impression d'avoir remporté une victoire. Il voulait compter pour le jeune homme et en deux conversations, il y était parvenu. Maintenant, il ne devait surtout pas s'arrêter en aussi bon chemin. Il devait garder le cap. Garder Dean dans sa vie et ne jamais rien faire de stupide qui pourrait le pousser à en partir. Il ne pourrait pas s'en remettre.
Dean n'avait reçu aucune nouvelle de Castiel. Et il savait que ça ne pouvait pas être bon signe. Il n'était pas stupide et il n'était pas naïf. Le jeune inspecteur l'avait prévenu à plusieurs reprises. Il serait difficile – pour ne pas dire impossible – de convaincre sa hiérarchie de leur accorder une surveillance sur un jeune garçon dont personne ne pouvait leur certifier qu'il serait la prochaine victime du tueur. Et sans preuves concrètes, dans une situation aussi tendue, personne n'acceptera une telle dépense sur les dires d'un « prétendu médium ». D'un « illuminé ». Dean savait bien que peu de gens le croyaient. Il l'avait accepté. Il faisait avec et se concentrait avant tout sur ceux qui voulaient bien l'écouter et lui faire confiance. Mais dans ces circonstances, cela le frustrait au plus haut point. Et le mettait en colère. Car il n'en allait pas seulement de sa réputation – il se fichait de ce qu'on pouvait dire ou penser de lui – il était question de la vie d'un innocent. Il ne cherchait pas seulement à être écouté. A être enfin pris au sérieux. Il cherchait à sauver une vie. Il avait besoin de remporter cette victoire. Pour enfin avoir la sensation que son « don » n'avait pas été accordé à la mauvaise personne.
Et le silence de Castiel était la preuve que personne ne voulait le croire. Que son rêve n'était pas vu comme une preuve suffisante. Il ne doutait pas que son ami ait fait de son mieux. Il savait qu'il avait probablement tout tenter pour obtenir cette surveillance. Il ne lui en voudrait pas d'avoir échouer. Il était en colère contre le système. Contre tous ces gens qui refusaient d'avoir l'esprit un peu ouvert. D'envisager d'autres voies comme les plus classiques ne donnaient rien. Ils dédaignaient la seule personne capable de les aider pour le moment. Le seul à avoir ne serait-ce qu'une maigre piste à suivre. Ils le prenaient de haut. Ils le traitaient de fou ou de menteur. Et cela allait probablement coûté la vie d'un jeune garçon que le monde n'avait déjà pas épargné. Qui avait déjà bien trop souffert. Que personne ne semblait vouloir protéger. C'était injuste. C'était cruel. Et c'était incroyablement triste. Dean ne se le pardonnerait probablement jamais s'il lui arrivait quelque chose.
Il était pourtant totalement impuissant. Il ne pouvait pas aller voir les supérieurs de Castiel sans compliquer un peu plus encore la situation et faire prendre le risque à son ami de perdre l'affaire. Il ne pouvait pas surveiller le jeune garçon seul. Il ne serait jamais suffisamment vigilent. Il ne pouvait qu'attendre qu'on l'appelle pour lui annoncer la mauvaise nouvelle. Celle qui serait la preuve de plus qu'il n'était pas digne du « don » qu'on lui avait offert.
Bien sûr, accepter de faire un nouveau cauchemar et tenter d'en retirer de nouveaux éléments était probablement la seule solution qui s'offrait à lui. Il voulait croire qu'une nouvelle « vision » lui permettrait d'en apprendre plus. Peut être de voir le visage du meurtrier. D'obtenir des indices sûr l'endroit où il se cachait. Sur son identité. Il pourrait peut être le comprendre un peu mieux.
Mais il était terrifié. Le dernier cauchemar avait été atroce. Et Dean n'avait pas la force de revivre la même scène une nouvelle fois. Il ne pouvait pas ressentir à nouveau cette détresse, cette douleur et cette terreur. Il n'avait pas Castiel pour le réconforte cette fois. Et il refusait de retourner le voir en pleine nuit pour lui demander son aide.
Il ne pouvait pas s'endormir. Ce n'était pas facile bien sûr. Il était épuisé. Malgré les quelques heures de sommeil obtenue sur le canapé de Castiel, il lui en manquait encore trop pour avoir retrouvé toute son énergie. Et sa journée de travail n'avait pas été de tout repos. Il pouvait sentir la fatigue ralentir ses mouvements. Embrumer son cerveau. Il rêvait d'une bonne nuit de sommeil réparateur. Huit ou dix heures minimum. Mais il ne pouvait pas être sur d'y avoir le droit. Pas tant que le meurtrier serait dans la nature. Il ferait forcément un nouveau cauchemar. Et il n'avait pas le courage d'y faire face.
Il savait bien que son comportement était incroyablement lâche. Il aurait aimé être plus fort. Mais personne ne pouvait comprendre combien supporter la douleur des autres en plus de la sienne était difficile. Personne ne pouvait comprendre que se sentir mourir sans rien pouvoir faire pour l'empêcher était une torture. Il n'était juste pas assez fort.
Il refusait de dormir. Mais il refusait également de le dire à Sam. Son frère n'apprécierait certainement pas sa décision. Il s'inquiétait déjà beaucoup pour lui. Il pouvait le sentir. Les regards que son frère lui jetaient était suffisamment parlants. Et Dean détestait le stresser ainsi quand il devait absolument se concentrer sur ses études. Sam n'aurait pas du avoir à s'inquiéter pour son grand frère. Ce n'était pas son rôle. Dean avait donc choisi de lui mentir. De faire comme si tout allait bien. Même si les cernes sous ses yeux le trahissaient certainement.
Il partagea son diner avec lui en l'interrogeant sur ses cours, ses amis et sur Jessica, la fille dont il était éperdument amoureux. Il en sorte de parler de tout sauf de lui-même. C'était une technique qu'il avait perfectionné aux fils des années.
Et si Sam n'était probablement pas dupe, il ne dit rien. Dean étouffa un bâillement à la fin de repas puis partit dans sa chambre en prétextant qu'il avait trop sommeil pour veiller plus longtemps. Il attendit ensuite assis sur son lit d'entendre son frère rejoindre sa propre chambre pour ressortir et regagner le salon. Il prépara du café en espérant que cela le maintiendrait éveillé avant d'allumer son ordinateur. Il devait absolument resté occupé. Son esprit ne devait pas avoir une seule seconde pour vagabonder. Il se connecta à Netflix en espérant que la sérieux qu'il regardait en ce moment suffirait à lui changer les idées. Ce ne fut bien sûr pas le cas. Il continuait de penser à son incapacité à affronter ses cauchemars. Au jeune garçon qui devait probablement être transi de froid ou terrifié à cette heure ci pendant que Dean était bien au chaud chez lui avec le ventre plein.
Il finit par saisir son téléphone après une bonne heure à tout tenter pour ne pas penser à l'affaire. Il composa le numéro de Castiel sans y penser. Il avait l'étrange sensation que son ami pensait à lui également. Qu'il n'était pas endormi. Qu'il répondrait forcément. Et une nouvelle fois, son intuition fut la bonne.
Castiel répondit presque aussitôt. Et comme Dean s'y était attendu, il lui annonça la mauvaise nouvelle. Ses supérieurs n'avaient pas accepté la surveillance. Personne n'avait voulu croire aux visions du jeune homme.
Mais alors que Dean sentait sa gorge se nouer à l'idée que le jeune prostitué soit ainsi abandonné à nouveau, Castiel lui annonça que Gabriel et lui allaient se charger de le surveiller. Qu'ils prendraient tous les deux sur leur temps libre pour faire ce que Dean leur avait demandé d'obtenir de leur hiérarchie.
Ce n'était pas ce que Dean voulait. Il détestait l'idée que les deux jeunes hommes puissent ainsi faire ce sacrifice parce qu'ils les avaient supplié de l'aider. Il proposa à Castiel de lui tenir compagnie. Ou même d'assurer la surveillance lui-même parfois. Il se heurta à une refus catégorique qui fut à la fois un peu vexant mais également touchant. Castiel se souciait de lui. Il se souciait de sa sécurité. Il voulait le protéger. Dean pensait sincèrement pouvoir se débrouiller seul. Mais il avait la preuve que Castiel tenait à lui. Il avait envie de voir cela comme une bonne nouvelle.
Il en eut une nouvelle preuve quand il finit par avouer à son ami qu'il refusait de s'endormir. Il eut peur sur le coup que Castiel le lui reproche. Après tout, ils avaient une affaire à résoudre. Des vies à sauver. Et un monstre à arrêter. Dean n'avait pas le droit de prendre ainsi la fuite. Il fut donc surpris quand Castiel ne lui hurla pas dessus. Quand à la place, il reçut son soutien, sa compréhension et une nouvelle fois son inquiétude évidente. Son ami insista pour qu'il dorme. Pas pour faire un nouveau cauchemar et les aider à avancer dans leur enquête. Mais parce qu'il avait besoin de se reposer. Parce qu'il avait clairement besoin de prendre un peu soin de lui.
Dean doutait d'en être capable sans Castiel à ses côtés. Et il fut suffisamment stupide pour le lui avouer. Castiel s'empressa toutefois de lui rappeler qu'il pouvait l'appeler s'il en avait besoin. Avant de balayer toutes ses contestations avec aisance et sincérité.
Dean se sentait un peu mieux après lui avoir tout confier. Mais il n'avait pas envie de raccrocher. Il n'avait pas envie de mettre un terme à cette conversation. La seule voix de Castiel suffisait à lui redonner le sourire. A le soulager un peu du poids qu'il portait sur ses épaules. Il l'apaisait sans même essayer. Dean aurait vraiment qu'il soit là avec lui. Qu'il puisse à nouveau se blottir dans ses bras et tout oublier l'espace de quelques heures. Il devait toutefois le laisser faire ce qu'il avait à faire et se montrer courageux pour une fois. Il n'avait pas le droit de monopoliser l'attention de Castiel quand il était en train de faire quelque chose que Dean l'avait supplié de faire.
Il s'accorda toutefois encore quelques minutes. Il en avait trop besoin. Il laissa Castiel lui parler de tout et de rien. Du temps qu'il faisait. De certaines de ses enquêtes. De Gabriel et des plaisanteries douteuses qu'il adorait faire et que personne ne comprenait vraiment. Il l'écoutait et laissa sa voix le réchauffer de l'intérieur.
Quand il estima avoir retrouver suffisamment de force pour raccrocher, il remercia Castiel pour son aide, lui souhaitait une bonne nuit et mit un terme à l'appel.
Il reposa ensuite son téléphone sur la table basse devant lui et soupira longuement. Il était heureux de savoir qu'il pouvait compter sur son ami. Il se sentait mieux. Mais il ne parvenait toujours pas à se convaincre d'aller dormir. Il n'avait pas envie de regarder quoi que ce soit à la télévision non plus. Et il était presque sûr qu'un livre – aussi passionnant soit-il – ne le tiendrait jamais éveillé. Il avait besoin de faire quelque chose. Il était en train d'envisager sérieusement de sortir prendre l'air quand il entendit un bruit dans son dos.
- Dean ? Je croyais que tu étais allé te coucher.
Le jeune homme grimaça une seconde avant de prendre une grande inspiration et de se tourner pour faire face à son frère.
- Je suis effectivement allé me coucher mais je … je n'arrive pas m'endormir. Une insomnie probablement. Alors j'ai … je me suis levé.
- Et tu pensais que boire du café t'aiderait à retrouver le sommeil ? demanda Sam en pointant son doigt en direction de la tasse que Dean venait tout juste de vider.
Le jeune homme se maudit alors de ne pas y avoir pensé. Il allait avoir du mal à convaincre son frère qu'il ne lui avait pas menti. Il réfléchit une seconde avant de reprendre la parole.
- Je … je n'ai pas réfléchi. Tu me connais. Parfois je vais les choses sans y penser et … la plupart du temps ce sont des erreurs.
- Dean, qu'est-ce que tu me caches ?
Sam le connaissait par cœur. Il était presque impossible de lui mentir sans être aussitôt percé à jour. Dean le savait. C'était pour ça qu'il avait perfectionné sa technique d'évitement. Il faisait en sorte de ne surtout pas parler de lui quand il avait quelque chose à cacher. Il entrainait Sam dans une conversation sur lui ou sur ses études. Ou sur Jess. Cela suffisait le plus souvent à éviter les questions gênantes. Mais pas cette fois.
- Sammy, ce n'est rien de grave. Je te promets. Je suis juste. Je n'ai pas vraiment envie de dormir.
- Tu n'as peut être pas envie de dormir mais tu en as clairement besoin. Je ne sais pas si tu t'es regardé dans le miroir récemment mais tu as des cernes affreuses sous les yeux et … on dirait que tu n'as pas dormi depuis des semaines. Je sais que tu n'aimes pas que je m'inquiète pour toi mais tu ne fais rien pour me faciliter la tâche. Et … tu sais que tu peux me parler non ? Je veux dire … si tu as besoin, je suis là. Je ne veux pas que tu te sentes obligé de me cacher ce que tu traverses juste parce que tu penses devoir me protéger. Je ne suis plus un enfant Dean.
Dean savait bien qu'il se comportait avec son frère comme s'il n'avait pas grandi. Comme s'il était toujours le petit garçon de quatre ou cinq ans qu'il voulait absolument protéger de tout et de tout le monde. Son rôle de grand frère avait pris une telle importance dans sa vie qu'il ne parvenait pas à envisager sa relation avec Sam différemment. Mais c'était probablement injuste envers son frère. Il était adulte. Il était grand temps que Dean le considère ainsi.
- Je sais et je suis désolé. Je ne voulais pas … je ne veux pas que tu perdes de vue ton objectif et tes études. C'est pour ça que je … non c'est un mensonge. J'ai juste du mal à … à te parler de toutes ces choses parce que je te vois comme mon petit frère et que je ne veux surtout pas t'embêter avec mes problèmes. C'est mon rôle pas le tien … sauf que tu n'es plus un enfant et tu mérites de savoir alors … voilà, je … je ne veux pas dormir parce que je … je fais des cauchemars et … j'en ai fait un particulièrement difficile récemment. J'ai peur de le faire à nouveau et de ressentir toutes ces choses atroces. Je … je suis fatigué de ressentir la douleur des autres Sammy. Je n'ai plus la force.
Sam hocha la tête avant de rejoindre son frère sur le canapé. Il passa aussitôt un bras autour de ses épaules et Dean n'hésita pas avant de se blottir contre lui. Le plus souvent, cela l'embêtait de voir à quel point son frère avait grandi jusqu'à le dépasser de presque dix centimètres. Mais dans ces circonstances, c'était une bonne chose. Il se sentait bien ainsi blotti contre son frère. Il se sentait protégé et soutenu. Ce n'était pas aussi fort qu'avec Castiel mais cela suffirait.
- Dean, je n'aurais jamais la prétention de te dire que je sais ce que tu traverses depuis ton accident. Et je doute que qui que ce soit puisse en avoir la moindre idée. Mais je te connais par cœur et j'ai une idée plutôt précise de ce que tu dois te dire à cet instant précis. Tu dois penser que tout est de ta faute. Que tu manques de courage. Que tu n'es pas assez fort. Que ce « don » n'a pas été donné à la bonne personne.
Dean ouvrit la bouche pour confirmer ce que Sam venait de dire. Il n'était pas surpris. Son frère le connaissait vraiment par cœur. Et il devait savoir que Dean allait intervenir puisqu'il reprit la parole avant qu'il ne puisse le faire.
- Et tu te trompes sur toute la ligne. Tu es la personne la plus courageuse que je connaisse. Et pas seulement depuis que tu as ce « don ». Tu l'as toujours été. Tu es mon modèle depuis que je suis enfant et tu continueras à l'être jusqu'à la fin de ta vie. Mais avant que tu me dises que je dis ça uniquement parce que tu es mon frère, permets moi de te dire que je ne suis pas le seul à le penser. Papa est du même avis que moi … Bobby, Charlie et tous tes employés le pensent aussi. Tu es fort. Tu es un exemple à suivre. Et tu fais de ton mieux. Alors arrête de t'en vouloir pour quelque chose que tu ne peux pas changer. Arrête de te blâmer parce que tu as une réaction humaine et logique quand on traverse ce que tu traverses. D'accord ?
Dean hocha la tête même s'il doutait que cela soit aussi simple. Il avait toutefois envie d'essayer. Parce qu'il était incroyablement touché par ce que Sam venait de dire et qu'il avait vraiment envie de le croire. Il prit une grande inspiration puis après quelques secondes, prit la parole à son tour.
- Et maintenant, tu vas me dire d'aller me coucher. De penser un peu à moi et de me reposer parce que j'en ai besoin ?
Sam resserra son étreinte autour de ses épaules et Dean savoura cette proximité.
- Non, ce n'est pas du tout ce que je vais te dire. Parce que comme je te l'ai il y a quelques secondes, je n'ai pas la moindre idée de ce que tu vis et de la souffrance que tu endures au quotidien alors je ne vais certainement pas te dire ce que tu dois faire. De toute façon, tu ne m'écouterais certainement pas.
- Sammy, je … tenta d'intervenir Dean.
- Tu es désolé, je sais, le coupa Sam aussitôt. Sauf que je ne t'en veux pas. Je te l'ai dit et je te le répète. Je suis là pour toi. Je suis là pour te soutenir, t'écouter, te réconforter ou juste pour te tenir compagnie. Mais certainement pas pour te faire la leçon. Alors, non je ne vais certainement pas te dire d'aller te coucher. Je vais me contenter de rester là avec toi. De te serrer contre moi. Tu es libre de t'endormir ou de rester éveillé.
Dean n'aimait pas l'idée de maintenir son frère éveillé. Il avait cours le lendemain et il avait besoin de se reposer. Il avait besoin de toute son énergie pour se montrer performant. Mais il savait qu'il était inutile d'insister pour qu'il retourne se cacher. Rester avec Dean était important pour Sam. Probablement aussi important que sa présence l'était pour le jeune homme. Il ne pouvait pas avoir Castiel à chaque fois. Et parce qu'il avait été trop obnubilé par ses problèmes, il avait commis l'erreur d'oublier qu'il avait un frère absolument génial sur qui il pouvait compter en toutes circonstances.
Il avait été injuste envers Sam. Il le savait. Bien sûr, il lui avait caché ses problèmes uniquement pour le protéger. Et parce qu'il ne voulait pas l'inquiéter plus qu'il ne s'inquiétait déjà. Mais l'adage disait que « l'enfer est pavé de bonnes intentions ». Et c'était probablement vrai. Parfois on prenait de mauvaises décisions tout en ayant le bien-être des autres en tête. Dean allait devoir s'en souvenir maintenant.
Il ne devait plus hésiter à se tourner vers Sam en cas de problème. Il pouvait lui parler. Il devait avoir confiance en lui. Il était adulte. Et il était parfaitement capable d'aider Dean. Après tout, le jeune homme avait fait en sorte de l'élever pour devenir quelqu'un de bien. Il avait le résultat sous les yeux. Il avait la preuve que cela avait fonctionné. Sam était un adulte équilibré, intelligent, bon et généreux. Il était parfait.
Dean resta blotti contre son petit frère et laissa cette étreinte le soulager. Il s'accorda le droit d'être le petit frère pour une fois. D'être celui qui avait besoin d'être réconforté et non plus celui qui devait protéger et aider. Et il fut sensiblement surpris de voir qu'il ne ressentait aucune culpabilité. Qu'il ne s'en voulait pas de se laisser aller. Sam était là et il prendrait soin de lui.
Dean jeta un coup d'œil à son téléphone après quelques secondes. Il espérait que tout allait bien pour Castiel. Il se promit de l'appeler le lendemain pour s'assurer qu'il avait tout de même pu dormir un peu. Et pour le remercier d'avoir surveiller le jeune prostitué pour lui. De lui avoir fait confiance. Il avait hâte que cette affaire se termine. Pas uniquement parce que cela lui offrirait enfin un peu de répit avant les prochains cauchemars. Mais aussi et surtout parce qu'il pourrait enfin inviter Castiel à sortir. Tenter d'avoir une relation plus sérieuse et intime avec lui. Il espérait que Castiel serait partant. Un refus serait difficile à vivre pour Dean.
Mais pour le moment, il voulait avant tout reprendre des forces auprès de Sam. Se ressourcer un peu à coté de lui celui qu'il avait élevé en partie et qu'il aimait plus que tout au monde. Il ne ferma pas les yeux mais il n'avait plus aussi peur de s'endormir maintenant. Il savait qu'il avait quelqu'un pour veiller sur lui. Et il avait totalement confiance en lui.
