Thème du jour : Pomme

Contexte : suite de Livre, Toujours et Mer


Assis à l'arrière de la voiture de Cersei et Jaime, Tyrion cachait difficilement son excitation, ne parvenant toujours pas à croire ce qui était en train de lui arriver.

Les jumeaux avaient tenu leur promesse.

Ils étaient venus le chercher – ils l'avaient adopté.

Tyrion n'était plus seul et il allait enfin avoir une famille.

Il s'agissait sans nul doute du plus beau jour de sa vie.

« On est bientôt arrivés ? » demanda t-il.

Il n'avait jamais quitté Port-Réal de toute sa vie et n'avait qu'une idée très limitée de la durée du trajet jusqu'à Port-Lannis.

Jaime, qui conduisait, rit doucement.

« Notre petit frère est aussi impatient que toi, Cersei... »

« Ce doit être de famille, alors, » railla t-elle.

Ils arrivèrent à destination environ une heure plus tard. Jaime et Cersei n'avaient pas menti : leur maison se trouvait effectivement au bord de la mer. Émerveillé, il écarquilla les yeux.

« Il est un peu tard pour aller sur la plage aujourd'hui, mais si tu veux, on pourra y aller demain, » lui dit Jaime en sortant de la voiture.

Tyrion lui offrit un timide sourire.

« On s'occupera de tes valises tout à l'heure. Viens, on va te faire visiter. »

Impressionné, Tyrion suivit Jaime et Cersei à travers les différentes pièces de la maison en ayant bien du mal à réaliser que c'était désormais là qu'il habitait. Un peu angoissé, il se demanda s'il allait rapidement parvenir à s'y sentir chez lui mais les sourires des jumeaux apaisèrent un peu ses craintes.

« C'est notre chambre, » lui indiqua Cersei en désignant une porte lorsqu'ils se rendirent à l'étage.

Son frère et sa sœur se rembrunirent légèrement, comme s'ils osaient à peine aborder ce sujet délicat devant lui. Cette fois, ce fut Tyrion qui les rassura d'un sourire – ils n'avaient pas à avoir honte ou à se cacher, ça ne lui posait aucun problème.

« Et ici... »

Jaime l'entraîna vers une autre porte.

« C'est ta chambre. »

Lorsque Tyrion entra, il en eut le souffle coupé. La pièce était spacieuse et lumineuse et les murs étaient peints d'une jolie couleur bleu ciel, mais ce qui retint le plus son attentif fut les bibliothèques remplies de livres qui n'attendaient qu'une chose : qu'il s'intéresse à eux.

« C'est... c'est... »

Il peinait à trouver les mots alors il enlaça les jumeaux.

« Merci, » murmura t-il. « Merci infiniment. »

Ils savaient qu'il aimait lire, ils avaient pensé à lui, ils avaient voulu lui faire plaisir – il avait envie de pleurer.

« Nous voulons que tu te sentes bien ici, » dit Cersei en l'embrassant sur le front.

« C'est déjà le cas, » répondit-il, les yeux brillants.

Jaime l'aida à porter ses affaires – en grande majorité des livres – jusqu'à sa chambre. Tous deux descendirent ensuite dans la cuisine et Tyrion observa les jumeaux se lancer dans la confection du repas. Lorsqu'il leur proposa spontanément son aide, ils refusèrent d'un mouvement de la tête.

« Ce soir, tu es comme notre invité. »

Regarder Cersei et Jaime avait quelque chose de fascinant – ils parlaient à peine mais étaient parfaitement coordonnés, comme s'ils avaient un langage secret et invisible qui n'appartenait qu'à eux. Tyrion trouva cela très beau – de l'amour, il ne connaissait que ce que les livres avaient bien voulu lui dire mais il était évident que ce qu'il avait sous les yeux en était une parfaite représentation.

Cersei et Jaime avaient préparé des lasagnes, sans doute un clin d'œil à la première fois qu'ils avaient mangé ensemble.

« Je voudrais savoir... » commença Tyrion entre deux bouchées.

« Oui ? »

« Quelles sont les règles ici ? »

« Les règles ? » répéta Jaime.

Il échangea un regard avec Cersei et se gratta le menton. Tyrion comprit alors qu'ils n'y avaient tout simplement pas réfléchi.

« Tu n'es plus à l'orphelinat, » finit par dire sa grande sœur. « Il n'y a pas de règlement à respecter. »

« Cependant... Cersei est plutôt maniaque, alors je te déconseille de laisser traîner quelque chose... »

« Jaime ! »

Elle lui donna une petite tape sur le bras. En guise de réponse, il lui vola un baiser.

« Tu n'as pas à t'inquiéter pour ça, » s'empressa de répondre Tyrion. « Je serai très ordonné, je... »

« Détends-toi ! » le coupa Cersei. « Comme je l'ai dit, tu n'es plus à l'orphelinat. Tu es ici chez toi, c'est clair ? »

Il acquiesça au bout de quelques instants, sans parvenir à dissimuler sa nervosité. Il craignait par dessus tout de tout gâcher et de décevoir Cersei et Jaime – il craignait qu'ils regrettent de l'avoir adopté et le renvoient à l'orphelinat.

« Ça va aller, d'accord ? » fit Jaime. « Je sais... je sais que la situation est encore un peu étrange pour le moment mais ça va vite s'améliorer. Nous allons former une vraie famille. »

Oh, ce que Tyrion voulait le croire... c'était son désir le plus cher et, s'il pensait qu'il pouvait se réaliser, il avait toujours la peur sans doute un peu irrationnelle que quelque chose tourne mal. Ce qu'il vivait était trop beau pour être vrai.

Il retrouva véritablement le sourire quand Cersei sortit la tarte aux pommes du four. C'était son dessert préféré, et ils s'en étaient souvenus.

« Ça va mieux ? » demanda Cersei lorsqu'il eut la bouche pleine.

Il hocha la tête et sourit doucement.

Un peu plus tard, alors qu'il s'apprêtait à s'endormir, les jumeaux vinrent lui souhaiter bonne nuit et s'assirent sur le lit.

« Tu es avec nous, maintenant, » dit Jaime. « On ne te laissera jamais tomber. »

« Jamais, » répéta Cersei.

Et, en voyant la chaleur dans leur regard et leur sourire, Tyrion ne put que les croire.