Chapitre 16

« Blood in the water »

[song : In the End - Linkin Park]

Fin du Choice

Un coup décisif fut porté par la Couronne Funéraire du nuage, provoquant le crash violent de la base mobile des Vongola. Après plusieurs minutes d'immobilité, Shoichi se releva tant bien que mal et interpela son équipier qui était avachi, inconscient, contre le poste de commande. Inquiet, le rouquin s'approcha aussitôt du corps de son ami pour prendre son pouls. Heureusement, le bond était seulement dans les vapes.

« Dieu merci, il semble que tu ailles bien... »

Bien dans le terme relatif où il respirait encore et qu'il avait simplement été sonné par le choc. Pas de blessure grave apparente, pas de lésion profonde détectée.

« L'ennemi en a après moi. C'est plus sûr pour toi de rester là. J'y vais. »

Il laissa donc derrière lui le corps inconscient de l'autre technicien et quitta la carcasse de leur base mobile. Avec le peu d'énergie qu'il lui restait, il pouvait peut-être gagner assez de temps pour permettre à Yamamoto d'achever la cible ennemie.

Chaque centimètre compte... Se persuadait-il mentalement, animant son corps d'une détermination incroyable malgré son état physique. Chaque centimètre compte...

Son regard commençait à se troubler et pour ne rien arranger, la marque sur sa poitrine le faisait fortement souffrir. Mais il ne pouvait pas se permettre d'abandonner. Il devait avancer aussi vite que ses jambes le lui permettaient, oubliant la douleur qui déformait son visage. La voix de Tsunayoshi-kun se fit alors entendre dans son écouteur. Cela lui redonna du courage pour continuer sa progression.

C'est bon... Je vais m'échapper. Nous allons gagner. Nous allons définitivement gagner.

Kikyo s'apprêtait cependant à lui porter le coup fatal, mais une immense lumière éblouit alors le champs de bataille. Tsunayoshi venait de détruire l'illusion de Torikabuto.

« Tu l'as fait, Tsunayoshi-kun... Maintenant va aider Yamamoto à vaincre la cible.

- Je ne peux pas faire ça. Je n'abandonnerait pas un ami. Je te rejoins ! »

Lui répondit la voix déterminée du dixième Vongola. Mais le rouquin s'opposa à cette idée car la seule chose qui comptait pour lui était de vaincre Byakuran. Il le devait. Ils le devaient tous.

« Qu'est-ce que tu racontes, Tsunayoshi-kun ? Ta grande priorité devrait être de vaincre la cible ennemie... »

Mais le châtain ne tint pas compte de sa remarque et insista pour le rejoindre, demandant à son gardien de la pluie de s'occuper seul du marqueur adverse.

Cependant, il était déjà trop tard.

Et à l'instant où Yamamoto lança son attaque contre la véritable Couronne Funéraire du soleil, un cri déchirant retentit dans tous les émetteurs.

Irie Shoichi venait d'être touché de plein fouet par l'attaque de Kikyo, laissant finalement son corps au bord de la mort succomber sur le sol.


Lorsqu'enfin le rouquin revint à lui, il était entouré par le Decimo et son bras droit. Son enveloppe charnelle était meurtrie de toutes parts et il eut à peine l'énergie de demander ce qu'il était advenu de la partie de Choice. Le châtain lui répondit que leur camp était perdant. Mais Shoichi ne pouvait pas accepter cette nouvelle, aussi il se redressa pour protester malgré la douleur.

« Je ne permettrais pas que cela arrive ! Nous devons gagner ! »

Cependant, le verdict était tombé. Et l'ancien commandant de la base Melone avait beau s'agiter et s'emporter, rien ne pouvait modifier cette irrévocable décision. Les communications furent réouvertes et les spectateurs purent quitter leurs espaces consignés.

« Byakuran-san, je peux encore me battre ! »

S'exclama le rouquin tandis que Tsuna et Gokudera essayaient de le forcer à rester tranquille pour ne pas aggraver son état. L'argenté lui feula dessus :

« Tu veux mourir ou quoi ?! »

Mais Irie Shiochi n'avait pas peur de sacrifier sa vie pour la cause. Aussi, il répondit :

« Je me fiche de mourir ! Si cela permet de vaincre Byakuran-san, je serais plus qu'heureux de mourir ! Plus qu'heureux... »

Sa voix s'affaiblit alors qu'une vague de douleur le terrassait. Sa déclaration avait laissé tous les alliés du Decimo dans un état de stupeur la plus totale. Pourquoi est-ce que le technicien était si résolu à vaincre l'homme aux cheveux blancs ? Bien sûr, c'était un être dangereux aux ambitions meurtrières, mais pourquoi être prêt à donner sa propre vie avec autant de ferveur ?

Le temps semblait venu pour Shoichi de raconter son histoire avec Byakuran depuis le début. Alors il leur détailla tous les éléments importants qui étaient survenus depuis ces dix dernières années et qui avaient mené à l'ascension prématurée du boss des Millefiore au pouvoir.

Il leur rappela ensuite la raison pour laquelle ils devaient impérativement battre Byakuran dans ce monde et dans cette temporalité précises, ainsi que l'ampleur décisive du plan que le Tsunayoshi du futur et lui-même avaient conçu.

Une chance sur huit trillion...

Le dixième du nom remit ses idées en ordre suite à l'assimilation de toutes les informations que Shoichi venait de lui apporter. Son visage se ternit peu à peu et la tristesse s'empara de ses grands yeux expressifs.

« Et pourtant, nous avons perdus... sans même savoir l'importance que ça avait pour toi. »

C'est alors que la voix du boss des Millefiore vint troubler leur instance de révélations.

« C'est exact, vous avez perdu. »

Shoichi tourna la tête pour se confronter à la silhouette du porteur de l'anneau Mare du ciel, accompagné de ses Couronnes Funéraires.

« C'est dommage Sho-chan, considérant à quel point tu me connais. Finalement, tu ne peux me vaincre dans aucun monde. »

L'ancien commandant de la base Melone eut envie de hurler. Hurler à plein poumons qu'il n'avait pas fini de se battre et que tant qu'il respirait encore, il n'avait pas perdu. Hurler qu'il restait une chance de mettre fin aux funestes desseins de son meilleur ami, devenu meilleur ennemi. Mais aucun son ne pouvait quitter sa gorge. Il était momentanément devenu spectateur de son propre échec.

« C'est l'heure de tenir votre promesse. Je vais prendre tous les anneaux Vongola. Comment vais-je m'occuper de vous ? »

La voix de Byakuran était amusée, comme à l'accoutumée. Cependant, Shoichi sembla retrouver un éclair de lucidité et s'opposa verbalement à son adversaire.

« Attends ! Tu as aussi promis quelque chose.

- Hm ?

- Tu devrais t'en souvenir... La dernière fois que nous avons joué au Choice à l'université, et que j'ai gagné. Tu n'avais rien à perdre, alors tu m'as dit que la prochaine fois que nous jouerions au Choice, tu me donnerai l'handicap de formuler n'importe quelle condition que je souhaite. Je vais te faire respecter ta parole. Je demande une autre partie de Choice ! »

« Hum, désolé. »

Reprit la voix de Byakuran. Et alors son regard s'ouvrit d'une façon que jamais Shoichi n'avait encore observé auparavant. Comme un mélange de folie et de méchanceté, ses yeux ne reflétaient plus que la soif du pouvoir qu'il convoitait ardemment depuis bien trop longtemps.

« Je ne me souviens pas que ça soit arrivé. »

Derrière ses lunettes, les pupilles du rouquin s'écarquillèrent de rage. Alors Byakuran ne possédait définitivement aucun sens moral, peu importe le domaine ? Même si son état physique ne lui permettait plus vraiment de se mouvoir, Shoichi pouvait sentir un venin brûlant de rancœur parcourir ses veines jusqu'à toutes les extrémités de son corps.

« Tu mens ! Tu n'aurais jamais oublié un concours !

- Ça sonne trop faux. »

La voix du plus jeune était tremblante, mélangeant le choc et la panique, la fureur et l'incompréhension. C'était comme une bombe qui explosait plusieurs fois à l'intérieur de sa poitrine, comme un vertige qui lui faisait perdre l'équilibre même s'il était déjà étendu sur le sol. Des vagues de sang affluaient dans ses oreilles, l'assourdissant d'un vacarme que lui seul pouvait entendre.

« Mais une promesse est une promesse ! Tu as toujours été honnête quand il s'agissait du Choice !

- Je te dis que cela n'est jamais arrivé. Je ne peux accepter une chose qui n'est jamais arrivée. En tant que boss des Millefiore, je refuse formellement. »

Shoichi serra la mâchoire avec une fureur non dissimulée. Byakuran venait de mettre fin à l'échange et avait prouvé qu'il ne reculerait devant rien pour atteindre son but. Mentalement, l'homme à lunettes se maudit. Comment avait-il put être assez naïf pour croire que le boss des Millefiore – au côté duquel il avait pourtant travaillé pendant plusieurs années – prendrait le risque de s'éloigner de son but ultime, juste pour honorer une promesse ou un quelconque principe moral ?

Il aurait pu rire de lui-même tant il jugeait son ingénuité pathétique. Cette absence de jugement, compte tenu de son intellect, lui semblait odieuse. Mais alors que l'incrédulité commençait à laisser place au désespoir, une voix particulière s'opposa à la décision de Byakuran.

La princesse Uni venait de faire son entrée sur le terrain.

Visiblement, elle était parvenue à rompre le contrôle mental que lui avait infligé le boss des Millefiore et elle décréta qu'en tant que dirigeante du Black Spell, qui représentait la moitié de la famille, elle acceptait la demande d'une nouvelle partie de Choice. Byakuran s'imposa comme décisionnaire final, en temps que supérieur hiérarchique ultime de la famille, et maintint sa position de refus.

La jeune fille décida alors de se retirer de l'alliance Millefiore et demanda à Tsunayoshi de la protéger, elle et les tétines des autres arcobalenos qu'elle avait repris à l'homme aux cheveux blancs.

Ce dernier sembla animé par une contrariété certaine qui laissa déborder un peu de sa folie, car il refusait catégoriquement de laisser partir un de ses meilleurs atouts aussi facilement. S'engagea alors un combat entre les deux camps, le temps que les Vongola parviennent à rejoindre la machine de téléportation pour prendre la fuite avec Uni.

Une fois de retour devant le temple de Namimori, grâce à l'intervention de plusieurs alliés insoupçonnés, Shoichi leur ordonna de détruire le système de téléportation pour éviter aux ennemis de les rejoindre trop rapidement.

Après un rapide débriefing de la situation, les blessés et la plupart des alliés retournèrent à la base Vongola.


Spanner avait été bien secoué durant la fin de cette bataille. Entre le danger imminent et les révélations de Shoichi, son cerveau de technicien n'avait pas cessé de cogiter malgré son silence apparent. Aussi, lorsqu'ils furent de retour à la base Vongola et vu l'état terrible dans lequel son ami se trouvait, c'est lui qui fut charger de renvoyer le Decimo et ses gardiens dans le passé afin qu'ils puissent passer les épreuves des gardiens de la première génération et débloquer le pouvoir ultime de leurs boîtes et anneaux.

Durant les dix minutes pendant lesquelles les Vongola s'absentèrent de cette temporalité, le tatoué ne put s'empêcher de penser à son ami. Définitivement, Shoichi avait bien plus de cran que ce que sa nervosité chronique pouvait laisser paraître. Il avait dû vivre tellement de choses tragiques au court de ces dernières années... Pas étonnant que son regard soit parfois si sombre ou si perdu.

D'une certaine façon, il admirait son courage. Et même s'il était persuadé que le rouquin gagnerait à en parler à cœur ouvert lorsque tout serait terminé – s'ils sortaient victorieux de la prochaine bataille qui les attendait – il avait aussi conscience que les blessures qui avaient entaillé le cœur de l'ancien commandant de la base Melone ne pourraient pas être pansées en un jour.

Mais il était résolu à faire en sorte que le Irie Shoichi qui existait maintenant redevienne aussi lumineux et vivant que celui qu'il avait connu à l'époque. Même si rien ne pourrait effacer ce qu'il avait traversé, Spanner ne doutait pas du fait qu'au fond de son ami la chaleur et l'enthousiasme étaient encore présents.

Pourtant à ses yeux, peu de choses avaient de l'intérêt, hormis ses inventions et la curiosité maladive – parfois dangereuse – qui encourageait la plupart de ses décisions. Mais depuis peu, il avait réalisé que la raison pour laquelle il tenait tant à aider Shoichi à sortir de l'abîme psychologique dont il était prisonnier, c'était que le sourire de ce dernier faisait partie des choses qui avaient de la valeur pour lui.

Une valeur tout à fait inestimable.

Et il était prêt à tout pour que ce sourire, sincère et rayonnant, fasse de nouveau partie du quotidien de son anxieux camarade à lunettes.

Il fut tiré de ses pensées par le retour des Vongola devant la machine à voyager dans le temps.

« Je suppose que c'est une réussite. Dix minutes se sont écoulées et vous êtes revenus dans cette pièce. »

Maintenant qu'ils étaient en possession du pouvoir des gardiens de la première génération, ils devaient retourner à la base pour se préparer à l'attaque inévitable – et probablement imminente – des véritables Couronnes Funéraires.


Tsunayoshi-kun venait de quitter le bloc d'infirmerie n°1 où Shoichi avait été installé suite à leur retour dans la base secrète des Vongola. Le châtain était venu lui conter le récit de leur rencontre avec les gardiens de la première génération ainsi que leur succès respectifs aux épreuves qui leur avaient été imposées. L'homme à lunettes laissa échapper un léger soupir alors que les mots du dixième du nom résonnaient encore dans son esprit.

« Ce n'est rien comparé à ce que tu as traversé. »

Il fixait le plafond avec un regard perdu. C'était la première fois depuis des années qu'il pouvait vraiment se permettre de prendre du repos tout en étant en sécurité. Enfin, plus ou moins. Disons juste qu'il n'était plus seul à affronter la menace qui pesait sur le monde. Même si plutôt qu'être là, il aurait préféré se concerter avec les autres pour envisager la bataille à venir et exprimer ses craintes concernant Byakuran. Mais il n'avait pas d'autre choix que de rester tranquille pour que son corps puisse guérir de ses lourdes blessures.

C'est qu'il avait été salement amoché lors de la partie de Choice ! C'était même un miracle qu'il en ait réchappé... Cependant, même si la base des Vongola était le repaire le plus sûr à l'heure actuelle, il ne doutait pas du fait que les Millefiore finiraient par les retrouver.

Shoichi était donc encore loin d'être sorti d'affaire et loin d'avoir accompli sa mission. Car même s'il tentait de conserver l'espoir, il ne pouvait pas réellement envisager l'issue du combat à venir. Sa seule certitude, c'était que Byakuran allait bientôt frapper. Et frapper fort. La princesse Uni représentait donc autant un atout qu'une fragilité pour leur équipe.

En effet, maintenant que l'homme aux cheveux blancs avait perdu sa pièce maîtresse, il ne ferait preuve d'aucune merci à l'égard de ses ennemis. Shoichi n'en doutait pas une seule seconde : le boss des Millefiore déploierait toute sa force de frappe pour récupérer un bien aussi précieux que l'arcobaleno du ciel et les autres tétines. Après tout, réunir la politique du Tri-Ni-Sette et exploiter son pouvoir avait toujours été sa priorité, puisqu'une fois cela accompli il serait définitivement et incontestablement le maître ultime de tous les univers parallèles.

Le rouquin fronça les sourcils à cette pensée : il ne pouvait accepter de laisser une telle chose se produire. Et même si son état ne lui permettait pas vraiment de se battre aux côtés de Tsunayoshi-kun, il resterait avec lui quoi qu'il arrive pour le guider dans sa tâche à venir.

Ils n'avaient pas le choix : ils devaient vaincre Byakuran pour sauver l'intégralité des mondes. Et ils ne pouvaient le faire qu'ici et maintenant, dans cette réalité et à cette époque. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur et n'auraient pas d'autre chance d'y parvenir.


Le matin suivant arriva sans encombre. Une nuit entière s'était écoulée, même si personne n'était parvenu à dormir correctement compte tenu de la menace omniprésente ; c'était déjà une bonne chose d'avoir eu assez de répit pour reposer leur corps pendant plusieurs heures d'affilé.

Mais ce calme ne dura pas éternellement. Vers la fin de la matinée, l'alarme de la base Vongola se mit à résonner férocement, peu après que Giannini et Spanner aient appelé tous les combattants dans la salle de réunion, suite au retour de la machine de téléportation au dessus de Namimori.

Depuis son lit d'infirmerie, Shoichi pouvait sentir le danger et la peur s'immiscer dans chaque recoin de son esprit. Ça y était. Le temps pour respirer était écoulé et la bataille finale allait commencer.