Chapitre 10 : Heartbroken
— À tes souhaits !
Stiles avait passé sa matinée entre éternuer et regarder son téléphone en soupirant.
Il avait espéré que Derek le rejoigne dans sa chambre après que son père l'ait foutu à la porte un peu plus tôt mais le loup-garou n'en avait rien fait.
Le cœur lourd, le fils du shérif s'était préparé dans un silence inhabituel pour lui avant de redescendre la mâchoire serrée pour montrer son mécontentement.
Son père avait préparé le petit-déjeuner comme si rien ne s'était produit et sirotait son café avec un air absent avant d'inviter son fils d'un signe de tête à s'asseoir en face de lui.
Stiles ferma les yeux avec force en inspirant pour se donner la force de ne pas s'emporter et obéit à l'ordre silencieux.
Même en colère, il ne pouvait pas passer à coté de ses rares moments qu'il partageait avec son seul parent. Ce repas était une sorte de tradition qui faisait transition entre la fin d'une nuit de labeur et le début d'une journée de cours.
Bien sûr que l'hyperactif était énervé et en colère mais l'amour qu'il avait pour son père serait toujours inconditionnel. Il l'aimerait quoi qu'il puisse se passer entre eux. Depuis le décès de sa mère ils avaient promis de veiller l'un sur l'autre.
— Scott vient te chercher ? tenta l'homme pour lancer la conversation.
Être en face d'un Stiles muet était à la fois étrange et stressant.
— Non, je me débrouille bien avec mon attelle, répliqua le brun un peu trop vivement avant de reprendre d'une voix qu'il voulait plus calme, en signe de paix. J'arrive même à prendre mes notes convenablement.
— Bien, sourit Noah.
Un silence s'installa à nouveau tandis que l'adolescent se préparait un chocolat chaud.
— Écoute, Stiles ! Tu as le droit d'être en colère contre moi… C'est même plutôt sain, mais… Je veux que tu saches que je ne fais pas ça pour te pourrir la vie ou quelque chose dans le genre. Je veux juste te protéger !
Le fils avait baissé la tête, envahi à nouveau par de forts sentiments en entendant son père relancer le sujet douloureux mais ce n'était plus la colère qui primait mais la tristesse. Il hocha faiblement la tête, les larmes aux bords des yeux se refusant de pleurer néanmoins. Il prit le temps nécessaire afin de reprendre le contrôle de ses émotions avant de relever le regard pour croiser celui de son père et lui répondre avec des mots qu'ils voulaient mesurés.
— Papa… Je sais que tu ne veux que mon bien et ma sécurité, commença-t-il faiblement. Je… Je ne suis pas en colère.
Il réalisa en disant ces mots que c'était vrai. Il avait été en colère sur le coup bien sûr, et il était toujours attristé de la réaction de son père envers le lycanthrope, mais c'était tout ce que ça représentait : de la tristesse.
— Derek n'est pas dangereux !
Son père ouvrit la bouche près à le couper mais Stiles l'en empêcha en levant une main et se hâtant de continuer de dire ce qu'il avait à dire.
— De quoi tu veux me protéger ? De l'amour ? D'avoir le cœur brisé ? C'est parce qu'il est plus vieux ? Ou parce que c'est un loup-garou ? Rien de tout ça ne tient la route parce que tu ne m'empêches pas de voir Scott qui est un loup-garou novice donc bien plus dangereux que Derek. Tu ne t'es jamais mêlé de mon crush pour Lydia même si ça me rendait malheureux. Et honnêtement tu serais mal placé pour me faire la moral parce qu'il est plus vieux… Tu avais combien d'années de différence avec maman, rappelle moi ?
Noah ouvrit la bouche et la referma plusieurs fois. Comme d'habitude avec son cerveau jamais au repos son fils avait déjà retourné le problème dans tous les sens pour faire obstacle à tous ses arguments.
— Stiles…
Le shérif prit une profonde inspiration, il se sentait si fatigué : ce n'était peut être pas une si bonne idée d'avoir cette conversation, ce matin, finalement.
Il se passa une main lasse sur le visage avant de soupirer, vaincu. Il ignorait pourquoi mais il avait peur pour son fils. Peut être parce que Derek avait été accusé du crime de sa sœur ou parce qu'il ne faisait aucune confiance en l'instinct du lycanthrope pour ses choix amoureux : il ne risquait pas d'oublier Jennifer de si tôt.
Elle l'avait quand même séquestré pour l'offrir en sacrifice à une espèce de souche d'arbre magique !
Peut être que ça n'avait été que la fatigue ajoutée à la surprise de trouver son fils dans les bras d'un homme adulte au milieu du salon alors que la veille, il lui avait dit que ses sentiments n'était pas réciproque ?
Quoi qu'il en soit, il avait cette peur au ventre qui lui intimait de protéger son enfant.
— Je te… Je vous laisse le bénéfice du doute… mais, coupa-t-il alors que Stiles se levait déjà pour l'enlacer sans cacher sa joie. MAIS, s'il te fait mal de quelques manières que ce soit, je ne suis même pas sûr de le foutre devant les tribunaux sans me servir de mon flingue avant !
— Papa, s'amusa l'adolescent en lui faisant un câlin malgré tout. Tu sais que les loups-garous guérissent, pas vrai ?
— Il pourra toujours guérir. Je suis sûr qu'une balle dans les parties lui fera regretter à vie de t'avoir fait souffrir, riposta son père les dents serrées.
Stiles grimaça et fut secoué d'un frisson de dégoût en s'imaginant la scène, il en avait presque mal au niveau de l'entrejambe en se projetant la scène dans son esprit. Il secoua la tête plusieurs fois pour se retirer l'image et n'y parvint qu'au prix d'un gros effort. Il en avait perdu l'appétit !
Depuis, il était pris de véritablement crise d'éternuements et ne savait pas comment s'y prendre pour contacter Derek.
Ils n'avaient jamais eu ce genre de relation et ne s'étaient jamais vraiment donné de nouvelles par message.
Après tout, ils ne sortaient pas vraiment ensemble !
L'adolescent avait écris myriade de messages mais les avait tous effacés, incapable de trouver les mots justes.
À la pause déjeunée, finalement, il craqua.
Il faut qu'on parle à propos de ce matin. Chez toi, ce soir ?
Après avoir appuyé sur le bouton « envoyer », Stiles laissa un long soupir franchir ses lèvres avant de laisser tomber sa tête dans ses avant-bras sans se soucier du regard interrogateur de Scott.
— Eh ! La patrouille de cette nuit avec Derek s'est mal passée ? s'inquiéta son frère de coeur qui avait été trop occupé à flirter avec sa petite-amie pour interroger son meilleur ami.
L'hyperactif s'obligea à sortir sa tête de ses bras et grimaça.
Merde ! Comment expliquer à l'alpha que Derek et lui n'avaient pas franchement suivi ses instructions et n'avaient pas été très méticuleux dans leur devoir envers la meute ?
Lydia le débarrassa d'avoir à répondre à son ami tandis qu'elle passait derrière lui pour renverser son verre d'eau sur sa tête avec une lenteur délibérée, sous les rires de tout le réfectoire.
Stiles se crispa sous la sensation humide et froide avant de fermer les yeux de désagrément.
La blonde vénitienne lui fit un sourire étincelant avant de tourner les talons et de sortir telle une véritable pro lors d'un défilé de mode.
Stiles éternua à nouveau et posa son regard fatigué et désespéré sur Scott qui observait son ami comme une bombe sur le point d'exploser.
— Je crois que je l'ai mérité, soupira l'adolescent faisant grimacer le capitaine de la crosse d'empathie. Je vais me sécher… On se rejoint en cours.
Le fils du shérif se dirigea d'un pas morne vers les vestiaires en vérifiant son cellulaire.
Pas de nouveau message !
Il hocha la tête négativement le cœur lourd.
Mise à part la partie où son père l'autorisait à fréquenter Derek, la journée était vraiment pourrie.
Il attrapa la serviette qu'il gardait toujours dans son sac de sport et se frictionna les cheveux en éternuant une fois de plus avant de ronchonner.
— La vie craint !
— Mauvaise journée ?
Il sursauta violemment et se posa la main sur le cœur avant de se tourner vers le garçon qui venait de lui parler.
— Je pensais être seul, avoua-t-il penaud face au sourire moqueur du beau châtain devant lui.
Il fronça les sourcils en détaillant un peu plus son interlocuteur. Il ne pensait pas l'avoir déjà vu au lycée, peut-être un élève de troisième qui venait de faire sa rentrée au lycée* !
Pourtant il n'avait pas l'air si jeune.
Le garçon aux yeux chocolat le fixait depuis quelques instants, les sourcils froncés.
Stiles se rappela alors qu'il lui avait posé une question et qu'il s'était réfugié dans sa tête une fois de plus.
— Mauvaise semaine, même ! Mauvaise année, maintenant que j'y réfléchis… Tu sais quoi ? Laisse tomber : mauvaise vie ! conclut Stiles avec humeur avant de fermer la porte de son casier énergiquement.
Comme si le sort s'acharnait contre lui il fut reprit par une nouvelle crise d'éternuements qui le laissa les yeux embués et le souffle court.
Le rire aérien de l'adolescent lui retira instantanément sa mauvaise humeur. Il n'avait pas l'air moqueur.
— Je comprends ce que tu veux dire, fit-il en lui tendant un mouchoir que Stiles accepta avec gratitude. Je m'appelle Max à propos, se présenta-t-il en tendant une main vers l'hyperactif. Enfin… Maxime mais tout le monde m'appelle Max.
— Stiles, répondit l'autre en lui serrant la main. Enfin c'est un surnom mais mon vrai prénom est une vraie torture que je t'épargne.
Le sourire était revenu sur le visage de son interlocuteur.
Il détestait habituellement faire de nouvelle rencontre. Il avait toujours était un peu parano.
Scott était le plus social d'eux deux et ça avait toujours été lui qui lui avait présenté de nouveaux individus.
Mais Max avait l'air sympathique et le fils du shérif avait bien mérité de se détendre un peu après sa journée infernale.
— Tu es nouveau ?
— Oh, ouais… répondit-il en se massant la nuque d'un air gêné. Je viens d'arriver avec mon père, ici à Beacon Hills. Je suis en classe de première, et toi ?
L'hyperactif ne répondit pas aussitôt, trop occupé à vérifier une fois encore son téléphone mais Derek n'avait pas l'air pressé de lui écrire.
Il soupira une fois de plus avant de remettre son GSM dans sa poche.
Ce stupide loup-garou allait vraiment finir par le rendre dingue.
— Moi aussi.
La cloche sonna indiquant qu'ils leur restaient cinq minutes pour rejoindre leurs prochaines classes.
— Et tu as quoi, là maintenant ?
— Chimie avec…
— Harris, ajouta Stiles à sa place. Moi aussi. Suis-moi, avec Harris, mieux vaut ne pas être en retard !
Le reste de la journée se passa sans encombre à la plus grande joie de Stiles qui avait passé les deux heures de chimie avec Max avant de l'aider à trouver sa classe de biologie avancé tandis que lui se rendait en cours de Littérature.
Il se dirigeait maintenant vers le parking, Scott à ses côtés, main dans la main avec Allison.
— Eh, Stiles !
Max les rejoignit en courant et le fils du shérif fit les présentations sans prendre en considération les yeux ronds de Scott.
— Ah, c'est toi McCall ? interrogea le nouveau. Je voulais faire partie de l'équipe de la crosse et le coach Finstock m'a dit de voir ça avec toi.
Scott acquiesça avant de partir dans une longue conversation avec le châtain.
Stiles se désintéressa d'eux tandis qu'ils continuaient tous quatre leur route vers le parking.
Il vérifia pour la nième fois son téléphone portable même s'il se doutait que Derek ne daignerait pas lui répondre. Plus maintenant.
La menace du shérif lui avait elle fait peur à ce point ?
Quoi qu'il en soit, l'hyperactif ne comptait pas renoncer à se rendre au loft pour affronter le lycanthrope qu'il le veuille ou non.
Enfin… C'était son idée jusqu'à ce que son regard ne se pose sur une camaro noir étincelante qui se gara devant le lycée.
Il vit Isaac s'engouffrer dans le véhicule et, par la fenêtre coté conducteur, il aperçut les yeux vert pâle se poser sur lui.
Son cœur rata un battement avant que tout son sang ne reflut de son corps.
Sans un sourire, l'ancien alpha quitta le lycée avec son passager, sans plus de considération pour l'adolescent.
— Stiles ? Tu vas bien tu es tout blanc ? s'inquiéta Allison en posant une main délicate sur son épaule.
L'hyperactif se força à respirer calmement mais il avait si mal dans la poitrine que c'était peine perdu.
Pourquoi le comportement de Derek le touchait autant après tout ?
Il ne lui avait jamais rien laissé espérer.
Et quand bien même, il fut capable de se montrer tendre dans leurs moments d'intimités, Stiles savait pertinemment que c'était pour mieux obtenir ce qu'il voulait, en l'occurrence, du sexe sans prise de tête avec lui.
Il secoua de nouveau la tête pour chasser sa tristesse et releva la tête pour croiser trois paires d'yeux inquiets.
Son attention se fixa sur Max. Il se connaissait à peine et le jeune homme semblait malgré tout sincèrement soucieux pour lui ! C'était touchant et réconfortant.
Il força un sourire sur ses lèvres.
Il savait toujours faire semblant, ce n'était pas le jour de baisser les bras.
— Ouais, ça va ! J'ai juste eu un petit vertige. Je prendrai un médoc pour mon rhume ce soir et ça ira mieux ! expliqua-t-il en tentant d'avoir l'air convainquant mais à la moue que fit Scott il comprit que son bobard avait fait un plat !
Maudit Loup-garou et traître de cœur qui ne pouvait pas battre normalement même quand il mentait !
— Ok, je vais vous laisser. Je ne veux pas rater mon bus, les salua Maxime.
— Oh, tu veux que je te raccompagne ? proposa Stiles aussitôt.
Il avait vraiment besoin de se changer les idées.
Il avait toujours l'intention d'aller trouver Derek chez lui avant de rentrer mais avant il devait se calmer.
Max était de bonne compagnie et il espérait vraiment s'en faire un ami.
À force d'être entouré d'être à part — loup-garou, chasseur, banshee… — il n'était pas contre avoir un autre humain pour partager son quotidien.
— Je ne voudrais pas t'embêter. Tu as déjà été super sympa de me tenir compagnie, cette après-midi.
— Ça me fait plaisir, coupa Stiles. Aller viens, ma voiture est par là. Scott. Allison, lança l'hyperactif avec un signe de main en guise de salutation.
Il échappait par la même occasion à l'interrogatoire de son meilleur ami.
Une pierre deux coups. Bien joué, Stiles ! Se félicita-t-il intérieurement avec un sourire avant de contourner sa Jeep pour ouvrir la porte coté conducteur.
Il demanda son adresse à son compagnon de route avant de mettre le contact.
Il connaissait Beacon Hills comme sa poche : la ville n'avait aucun secret pour lui.
Merci le babysitting de papa-Shérif quand il était trop jeune pour rester seul à la maison les jours sans classe.
Il avait patrouillé dans la voiture de police pendant des heures, arpentant les rues de toutes les manières possibles et imaginables.
— Tu es ami avec McCall depuis longtemps ? Il a l'air cool.
— Scott ? Ouais. On se connaît depuis la primaire mais… Il est comme un frère pour moi, avoua Stiles qui n'avait pourtant pas vraiment l'habitude de se confier.
Max hocha la tête avant de sourire.
— Et sinon, c'est comment comme ville Beacon Hills ? J'espère qu'il se passe des trucs intéressant, je n'ai pas envie de m'ennuyer comme un rat mort !
— Techniquement, un rat mort ne s'ennuie pas… Il ne ressent même rien du tout. Par contre, je me demande si les poissons rouges s'ennuient. Je veux dire : t'imagine tourner en rond dans un bocal sans rien pour t'occuper ? Ça doit être l'enfer ! Bon, pas vraiment l'enfer puisqu'ils sont dans l'eau et que l'enfer ça serait plus… enflammé mais… Tu sais, on dit qu'ils ont une mémoire hyper courte d'environ trois secondes mais en réalité ils ont une mémoire à long terme de trois mois, ce qui je suppose est plutôt pas mal pour des animaux qui vivent en moyenne dix ans.
Le châtain le dévisagea avec des yeux démesurément ouverts et Stiles fronça les sourcils en découvrant son expression avant de réaliser qu'il s'était une fois encore laissé entraîner dans son charabia. Il fallait vraiment qu'il n'oublie plus son Adderall le matin !
— Oups, désolé… Il va falloir que tu apprennes à me faire taire si tu veux pouvoir me supporter. Vraiment, n'hésites pas, je me vexerais pas. J'ai l'habitude, expliqua l'hyperactif en se grattant la nuque tout en lançant un coup d'œil navré à son camarade de classe.
Il se gara, doucement le long du trottoir avant de reprendre.
— Concernant Beacon Hills. C'est une ville calme de prime abord mais quand on la connaît aussi bien que moi, je peux t'assurer que vivre ici n'est pas de tout repos.
Maxime sourit à nouveau. Un beau sourire qui illumina ses yeux chocolat pétillant d'une étincelle de malice, le rendant encore plus beau qu'il ne l'était déjà.
Il était ce genre de garçon qui pouvait sortir avec la fille de son choix mais qui n'avait pas conscience de son charme et qui restait célibataire sans se rendre compte des regards appuyés de la gentes féminines.
Stiles lui rendit son sourire.
— Merci beaucoup, Stiles. Je suis vraiment ravi d'avoir fait ta connaissance, dit-il en posant une grande main chaude sur la cuisse de l'adolescent qui sursauta légèrement de surprise.
Le sourire de Max s'agrandit tandis que le cou et les joues du fils du shérif se coloraient de rouge.
— J'ai vraiment hâte d'apprendre à mieux te connaître, continua le nouvel arrivant en exerçant une légère pression de sa main avant de l'enlever et de sortir de l'habitacle avec un dernier sourire qui se voulait… charmeur ?
Stiles attendit qu'il disparaisse derrière la porte de sa maison avant de relâcher son souffle qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir retenu.
— Autant pour moi, il a totalement conscience de son charme ET… Il en a rien à carrer de la gente féminine !
Il secoua la tête avant de reprendre la route perdu dans ses pensés.
Lui qui avait toujours voulu savoir s'il était attirant pour les gay, ils sembleraient que l'univers se soit décidé à répondre à sa question.
Bon, Derek n'était pas à proprement parlé gay mais il ne faisait aucun doute qu'il trouvait Stiles à son goût tout comme Danny d'après les dire du gardien de but de la crosse et maintenant Max… C'était incompréhensible.
— Il faut vraiment que je me renseigne sur cette histoire de phéromones, songea le lycéen à voix haute.
oOo
Derek relut pour la huitième fois le SMS qu'il avait reçu de Stiles sans parvenir à se décider de lui répondre.
Ce qu'il avait réalisé la veille lui faisait peur.
Il ne pouvait pas se permettre de tomber amoureux de l'hyperactif.
Rien de bon ne ressortirait de tout ça.
Il ne pouvait pas se permettre d'aimer quelqu'un à nouveau… C'était trop difficile, trop… douloureux !
Et puis le shérif avait raison… Stiles était un gamin et lui un adulte.
Ils n'avaient rien à faire ensemble, ce n'était pas sain.
Il soupira le cœur lourd de la décision qu'il devait prendre.
Lui qui avait décidé de prouver à l'adolescent ses sentiments afin de pouvoir vivre avec lui une vraie relation se retrouvait à freiner des quatre fers…
Marche arrière toute.
Il devait mettre fin à tout ça avant qu'ils ne souffrent tous les deux plus que nécessaire.
La gorge serrée, il déglutit difficilement et reposa son téléphone.
Ça serait dur au début mais après quelque temps à s'ignorer, leur relation redeviendrait comme avant, n'est-ce-pas ?
Sa journée était passée à une lenteur épouvantable.
Finalement pour quinze heures, il ne tint plus en place et décida d'aller récupérer Isaac à la fin des cours.
Chose qu'il n'avait plus fait depuis la disparition d'Erika et Boyd…
Une excuse toute trouvée pour apercevoir Stiles tout en tentant de renouer les liens avec son premier bêta. Non, l'insupportable Jackson ne comptait pas vraiment puisque Derek avait espéré qu'il ne survivrait pas à sa morsure…
Et il l'avait vu.
Il pensait qu'apercevoir l'hyperactif lui ferait du bien, lui permettrait de tenir sa résolution.
Il était comme un toxico qui essaie de se sevrer en diminuant ses doses sans pouvoir arrêter de toucher entièrement à sa cam' !
C'était un échec.
Son cœur s'était tordu douloureusement en apercevant le fruit de son désir et il avait dû faire appel à toute sa maîtrise de soi pour ne pas descendre de la voiture pour rejoindre le jeune homme en quelques enjambés et l'embrasser sauvagement devant tout le monde montrant ainsi à tous qu'il lui appartenait, à lui et à lui seul !
Il avait tenu bon et s'était hâté de quitter le parking bondé du lycée.
La fin d'après-midi avait été calme, Isaac n'avait jamais été un grand bavard, contrairement à un certain hyperactif auquel il ne devait surtout pas penser.
— Il faut que j'y aille si je ne veux pas que ma tante me passe un savon !
Derek se contenta d'hocher la tête sans savoir qu'au rez-de-chaussée de son immeuble, son louveteau allait croiser son amant, empêchant l'enclenchement de son alarme l'avertissant de l'approche d'un visiteur.
Il était sur le point de préparer le repas quand la lourde porte métallique coulissa.
— Tu as oublié quelque chose ? demanda-t-il sans se retourner.
— C'est plutôt toi qui as oublié de me répondre, hum ? répondit Stiles en refermant derrière lui.
L'ancien alpha se retourna, complètement pris au dépourvu, et planta ses iris dans ceux colériques du fils du shérif qui s'approcha de la cuisine où se trouvait le loup.
— Qu'est-ce que tu fais là, Stiles ? Ton père t'a mis un couvre-feu pour quinze heures trente et il est près de dix-sept heures.
— Je ne savais pas que tu avais une fonction horloge parlante, se moqua le jeune homme sans sourire pour montrer son agacement. Et ravie d'apprendre que tu as laissé traîner tes grandes oreilles de loup !
En cet instant, le lycanthrope était ravi d'être séparé de l'hyperactif par la table à manger. Sans ça, il n'était pas certain de contenir son envie de sauter sur son amant sans sommation.
Comme d'habitude, leurs échanges étaient tendus.
N'arriveraient-ils jamais à communiquer de façon civilisée ?
L'air était chargé d'une tension qui pouvait vite devenir sexuelle et Derek se savait encore trop addict au corps et au cœur de Stiles pour que les choses ne dérapent pas.
Il devait donc se dépêcher de mettre fin à cette conversation tout en évitant de passer pour un salop sans cœur… C'était loin d'être gagné.
— Je voulais être sûr que tout irait bien pour toi après mon départ… Mieczy.
Il n'avait pas pu s'empêcher de conclure son plaidoyer en brandissant le petit surnom accompagné d'un clin d'œil.
À ces mots, l'adolescent s'était raidi, le visage légèrement exsangue.
Le loup pouvait entendre le rythme rapide et erratique de son cœur lorsqu'il avait entendu une partie de son patronyme. Il ne s'était vraiment pas attendu à cette réaction.
Stiles cligna plusieurs fois des paupières et remua ses lèvres sans dire un mot, son regard balayant rapidement le sol avant de se reprendre en secouant la tête — un tic qu'il faisait souvent — et de replonger ses prunelles miel dans celles de son amant.
— Mais tu n'es pas venu pour autant me rejoindre dans ma chambre pour me dire au revoir ou en discuter, l'accusa-t-il doucement sans qu'une once de colère ne fasse vibrer sa voix.
C'était le moment que l'adulte avait redouté. Il prit une profonde inspiration pour se donner du courage, il en aurait besoin pour ne pas flancher.
— Je pense que ton père a raison…
Stiles ouvrit la bouche et s'insurgea violemment à peine les mots prononcé.
— Quoi ? C'est une blague… Oh non ! Je vois. Tu cherchais une bonne excuse pour mettre fin à nos parties de jambes en l'air et mon père t'a offert l'excuse rêvée ! Je t'ai dit que ça m'allait d'être uniquement un ami amélioré alors ne cherche pas à te défiler, tu n'en as pas besoin.
— Ce serait vrai si je ne t'avais pas entendu avouer que tu avais des sentiments, répliqua le bêta d'une voix posée qu'il espérait ferme. Ce ne serait pas sain ni correct de continuer. L'amour à sens unique fait trop de mal et je ne veux pas que tu souffres. Il vaut mieux qu'on arrête tout maintenant avant que tu ne t'attaches trop à moi, Stiles… Je suis désolé.
Il était heureux que l'hyperactif ne puisse pas entendre les battements de son cœur sinon il aurait parfaitement perçu l'accro qu'il avait eut en affirmant que ses sentiments n'étaient pas réciproque
Pour l'heure, le garçon avait un visage défait et ne parvenait même plus à le regarder dans les yeux. Il était entré dans une espèce de torpeur quand Derek avait mis sur le tapis ses émois inavoués.
Il finit par fermer les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et de les poser sur le loup quelque part au niveau de ses lèvres pour ne pas avoir à croiser ses magnifiques orbes bleues pales.
Il déglutit bruyamment avant de reprendre d'une voix presque trop calme.
— Mon père m'a autorisé à te voir… Il… Après ton départ, il est revenu sur sa décision, tenta-t-il avant que sa mâchoire inférieure ne se mette à trembler légèrement.
Il inspira profondément pour s'empêcher de pleurer bien que ses yeux soient à peine brillants et reprit difficilement.
— Mais, mon père n'a jamais été le problème pas vrai ? Depuis le début… Je n'ai jamais été rien d'autre…
Il ferma les yeux encore en détournant le regard.
— Je n'ai jamais été rien d'autre qu'un vulgaire plan cul pour toi ! Encore moins qu'une pute…
— Stiles, je ne peux pas te laisser…
— C'est pourtant comme ça que tu me traites, Derek ! s'énerva finalement le fils du shérif. Tu n'en as jamais rien eu à faire de ce que je pouvais bien ressentir jusqu'à présent. C'était tellement simple, non ? Me sauter dès que nous étions seuls et merci au revoir, débile d'hyperactif !
Il passa une main sur son visage et cette fois les larmes roulèrent sur ses joues.
— J'suis vraiment trop con, ajouta-t-il à voix tellement basse que le lycan ne l'aurait pas entendu s'il n'avait pas une ouïe ultra développée.
— Stiles !
Il se força à contourner la table et enferma le corps fin du jeune homme dans ses bras. L'adolescent ne se débâtit même pas, mais il ne répondit pas non plus à l'étreinte.
— Je suis désolé si c'est la sensation que ça te donne.
Cette fois, l'hyperactif commença à se débattre, mais Derek raffermit sa prise.
— Ce n'est pas du tout comme ça que je te considère et je t'interdis de penser ça de toi-même, Stiles. Je ne suis pas doué pour les grands discours, mais, pour toi, je vais faire l'effort, ok ? Je veux que tu m'écoutes attentivement.
Il insista jusqu'à ce que l'adolescent hoche la tête pour acquiescer.
— Stiles, tu es la personne la plus incroyable que j'ai pu rencontrer dans ma vie. Tu es profondément bon, tolérant et loyal. Tu ne baisses jamais les bras, tu ne te laisses pas abattre, tu fais face, toujours ! Et moi… Moi, je détruis tout ce que j'entreprends. Je suis égoïste et peut être trop brisé pour voir le monde comme tu le vois !
Il secoua la tête à court de mot.
— Stiles, si nous étions ensemble, je finirais par détruire cette étincelle en toi. Celle qui te rend unique et qui te fait sourire même quand tu as envie de pleurer. Et ta joie de vivre que tu délivres à ceux qui ont la chance de te côtoyer s'éteindra, à cause de moi ! Je ne peux imaginer ni même vivre dans un monde où le Stiles plein de vie, bavard et souriant que tu es, n'existe plus.
L'adolescent secoua la tête avec un pauvre sourire.
— Tu te rends compte que tu me fais le coup du « ce n'est pas toi, c'est moi » et « t'es trop bien pour moi, je te mérite pas » ? Et si je suis fatigué de toujours faire face ? De toujours sourire ? demanda-t-il d'une voix enroué.
Derek ferma les yeux de dépit, le cœur lourd. Il ne voulait pas lâcher le lycéen, car quand il le ferait, il savait que tout serait définitivement fini et c'était si douloureux.
— Alors pleure, cris, hurle… frappe-moi si ça peut te soulager… Mais… pitié, Stiles, ne me hais pas !
Le jeune homme se mit à rire et le loup, déconcerté, relâcha son étreinte, laissant l'occasion à l'adolescent de s'en échapper.
— J'ai l'impression de me revoir avec Lydia, continua-t-il sans cesser de rire. Mais, Derek, tu ne sais pas ? Ça ne marche pas… La gifle, je lui avais donné l'autorisation, mais le verre d'eau en public, je ne l'avais pas vu venir !
Il cessa de rire brusquement et fixa ses chaussures quelques instants avant de reprendre d'une voix plus calme tout en se dirigeant vers la sortie à reculons.
— Ne t'en fais pas, Sourwolf, je ne te ferais pas de scène et tu pourras imaginer que je ne te déteste pas… Après tout, je suis doué pour sourire, même quand j'ai envie de pleurer, pas vrai ?
Il avait finalement atteint la porte et se retourna pour quitter l'appartement. Même une fois dans la cabine, il ne se retourna pas une dernière fois. Quand elles claquèrent et qu'il disparut enfin, le loup s'effondra à genoux et s'enfouit la tête dans ses mains, déversant sur celles-ci des rivières de perles salées dans l'illusion dérisoire d'éteindre la douleur dans la poitrine. Cette douleur qu'il avait décidé, lui-même, de s'infliger.
