PREMIER ARC : ANTE ORDINEM
TOME I : LA GUERRE NOIRE, 1997 - 2007
CHAPITRE VIII : Façonner l'Histoire
Musique indicative : Verräter, The Man in the High Castle season 2 soundtrack, Dominic Lewis
6 octobre 2007, ruines de Londres
« -Bonjour Narcissa. »
Comme à son habitude, Narcissa Malfoy était une vision de perfection. Élégamment mise et délicatement maquillée, elle semblait tout juste sortie d'une des nombreuses réceptions de la haute société où pendant des décennies elle avait été un des membres les plus influents. Usant de son charme et de son nom, elle avait su se maintenir comme le parangon des sorciers de sang-pur à travers les deux guerres lancées par Voldemort sans jamais être prise en défaut par qui que ce soit, où que ce soit, de quelque manière que soit. Même quand sa famille avait pâli en prestige, pendant la brève incarcération de son mari Lucius, elle n'avait pas perdu son flegme et cette sorte d'indolent mépris qui faisait sa réputation. Alliée objective des mangemorts pendant la Guerre Noire, sa loyauté n'avait jamais été remise en cause, son mari ayant été nommé Gouverneur de Londres – et dans les faits, l'un des plus puissants lieutenants de Voldemort – tandis que sa soeur s'était établie comme le stratège favori du mage noir et son fils comme un de ses meilleurs généraux. A ce titre elle avait été l'une des premières à bénéficier des largesses de Voldemort, à avoir l'honneur de pouvoir l'approcher régulièrement et à aider à la gestion de son Empire Magique.
Mais ce qui différenciait le plus Narcissa Malfoy de ses semblables parmi les mangemorts et leurs soutiens n'avait rien à voir avec son pédigrée, son pouvoir ou son influence et était directement en lien avec sa présence dans le manoir de son enfance, à attendre la visite de l'ennemi mortel de son prétendu maître. Il aurait été difficile d'imaginer situation plus improbable. Alors qu'en dehors des murs la ville tombait dans l'anarchie la plus totale, elle conservait une parfaite maîtrise d'elle-même, prenant même le risque d'afficher une petite moue satisfaite. Quand d'innombrables innocents mourraient de froid, de faim et de leurs blessures, elle savourait un vin millésimé, assise nonchalamment dans un fauteuil près d'un feu de cheminée. Vêtue à l'antique, ses longs doigts manucurés caressaient tantôt le rebord de son verre, tantôt le bouchon d'un flacon en cristal où se reflétaient l'éclat écarlate du liquide doux et sirupeux qu'elle dégustait.
Elle entendit distinctement la porte de la maison s'ouvrir mais ne releva pas les yeux de sa contemplation. Ce ne fut que quand elle entendit son nom prononcé qu'elle releva le visage. Ses yeux croisèrent ceux du nouveau venu et dans un murmure elle dit :
« -Bonjour Henry. »
La relation qu'elle entretenait avec Henry Potter était d'une infinie complexité. Elle se souvenait encore de sa première rencontre avec le jeune homme, près de douze ans auparavant, à l'occasion de la Coupe du Monde de quidditch. Déjà l'époque était troublée, les stratagèmes politiques se succédant et les multiples camps se livrant une guerre d'influence sans merci dans l'ombre des alcôves et le feutre des officines. Son mari, l'un des plus fins manipulateurs de sa génération, ne cessait de tisser ses toiles à travers le monde magique, engrangeant influence, contacts, dossiers compromettants et informations sensibles sur ses alliés et ses ennemis. Elle, sous l'apparence d'une digne et docile femme du monde était partie prenante de nombre des complots qu'il mettait sur pied pour s'approprier et conserver le pouvoir.
C'est dans ce contexte que malgré sa détestation profonde pour la plèbe et les sports, elle avait été conviée dans la tribune du Ministre de la Magie de l'époque Cornelius Fudge durant l'été 1994. L'enjeu de la présence de la famille Malfoy n'avait pas été alors de célébrer la Coupe du Monde. Malgré tous ses travers, Fudge était loin d'être un imbécile et il connaissait leur mépris pour ce genre d'événements. Il savait pourtant aussi que la politique, et en particulier la politique sorcière, était faite d'accommodements avec les goûts et les pratiques de la masse populaire. Lucius, en conseiller discret, efficace, éminemment aristocratique et influent était généralement dispensé des épanchements et de la fausse bienveillance qui caractérisait la communication politique sorcière. Pourtant en ces temps troubles de l'entre-deux guerres, il fallait parfois faire des compromis et afficher une unité de façade, quitte à sacrifier au confort que l'anonymat et l'argent conféraient.
L'argument de Cornelius Fudge avait en cette occasion été juste à plus d'un titre, raison pour laquelle les Malfoy avait fait le déplacement. Le Ministre de la Magie voyait le monde en termes de statistiques, de côte de popularité, de bénéfice d'image et d'indice de confiance. Il se rendait parfaitement compte que la situation politique lui échappait, que l'ordre du jour du Magenmagot était régulièrement verrouillé et que la polarisation des factions rendait sa position intenable. Les manoeuvres souterraines de Dumbledore, la mainmise sur l'agenda législatif, la corruption généralisée et l'explosion des crimes et délits nécessitaient de forger une image rassembleuse pour rassurer le public. Dans ce contexte, placer en un même lieu les figures les plus influentes du monde magique sous la gracieuse tutelle du Ministre de la Magie était un acte audacieux qui était symboliquement fort et qui lui permettait de reprendre l'avantage dans les tractations qu'il devait mener quotidiennement pour assurer la pérennité de son gouvernement.
A défaut de Albus Dumbledore, connu pour être un reclus dans son école de sorcellerie, Cornelius Fudge avait réussi à attirer son apprenti quasi-officiel, Harry Potter, par le simple trucage d'une loterie du Ministère en faveur de la famille de ses plus proches amis. La chance d'obtenirdes places dans la tribune officielle, suivie de quelques paroles bien placées dans l'oreille de Albert Perkins, le collègue de Arthur Weasley au Service de Détournement de l'Artisanat Moldu avaient suffi. La famille Malfoy, quant à elle, avait monnayé sa présence beaucoup plus chèrement. Une anecdote qui n'avait pas manqué de faire sourire Narcissa.
En dépit les apparences du contraire, Narcissa Malfoy avait été très impressionnée par Harry Potter lors de leur première brève rencontre. Son accoutrement laissait évidemment à désirer, ses fréquentations – des Weasley et des sang-de-bourbe – étaient en-deçà de son statut et ses manières étaient indignes de son nom mais quelque chose quelque chose de dur, d'impitoyable, était apparu fugacement dans ses yeux lorsque leurs regards s'étaient croisés. Narcissa Malfoy née Black avait instinctivement reconnu chez lui un prédateur qui, pour des raisons obscures, cachait sa véritable nature. De cet instant et en dépit des avis contraires de son mari comme de son fils, elle n'avait jamais fait l'erreur de le sous-estimer.
Le nom de Harry Potter avait beaucoup circulé dans le manoir de la famille Malfoy. Outre les raisons évidentes – son rôle dans la chute de Lord Voldemort avait été la source de nombreuses spéculations et les Malfoy, comme d'autres familles de Mangemorts, s'étaient demandé si le bambin, assez puissant pour provoquer la chute d'un sorcier d'un tel pouvoir, n'en deviendrait pas le successeur – Harry Potter avait été dès son retour dans le monde magique au coeur de toutes les intrigues et de tous les mystères partout où il était apparu. La chose avait été d'autant plus étrange qu'au contraire de la plupart de leurs contemporains, les Malfoy, comme les Selwyn ou les Avery disposaient d'un puissant réseau d'informateurs, d'obligés et de clients qui leur fournissaient la primeur des rumeurs et des actions des personnages les plus importants du monde magique britannique. Quelle n'avait alors pas été leur surprise quand, le jour même du retour de Harry Potter sur le Chemin de Traverse, quelques heures seulement après sa visite dans l'enceinte de Gringotts, la banque sorcière avait été cambriolée : une première depuis plus de 300 ans.
Ce qui aurait pu être une coïncidence s'était en réalité révélée être la première bizarrerie d'une série ininterrompue. Disparitions de professeurs de Poudlard, agression sur des élèves, anciennes légendes qui refaisaient surface après des décennies de silence, entre le sordide de certaines situations et les noms qui ne cessaient de circuler – pêle-mêle les noms de Dumbledore, de Voldemort, du Ministre de la Magie et même de Nicolas Flamel avaient été évoqués au fil des ans – il ne faisait aucun doute que Harry Potter, aux prises avec les circonvolutions de son temps, allait rejoindre ce panthéon des sorciers les plus illustres, les plus influents et les plus puissants.
Cela avait été au détour d'une anecdote racontée par Garrick Ollivander lors d'une réception en 1992, que Narcissa Malfoy avait compris que Harry Potter allait parcourir le chemin de la grandeur quelles que puissent être les embuches. La conclusion à laquelle elle était parvenue était qu'il fallait se joindre à ce mouvement plutôt que s'y opposer. Lucius avait choisi une option différente. Par volonté de s'élever au détriment du jeune sorcier, par fidélité envers Voldemort ou par vengeance à la suite du fiasco de la Chambre des Secrets qui lui avait coûté sa place de membre du Conseil d'Administration de Poudlard ainsi que son elfe de maison, il avait dédié sa fortune et son influence à une opposition frontale à Dumbledore et avait même tenté de s'en prendre physiquement au jeune Potter. Il fallait lui reconnaitre que s'il avait réussi, le coup aurait été habile. Il aurait éliminé un adversaire potentiel avant que celui-ci ne devienne trop dangereux tout en assurant définitivement l'héritage de la famille Black à son fils Draco. Ainsi, contrairement à ce qui avait été supposé, Narcissa savait que l'objectif prioritaire de l'attaque des mangemorts pendant la Coupe du Monde de quidditch de 1994 n'avait pas été de semer le chaos : mais bien d'éliminer Harry Potter, ses amis et ses alliés. Ce que certains appelaient la chance et d'autres le destin en avait voulu autrement.
L'analyse silencieuse de Narcissa se révéla juste. L'ascension du jeune sorcier suivit une voie constante et toutes les forces antagonistes furent progressivement mais systématiquement défaites les unes après les autres. Du Tournoi des Trois Sorciers à l'ingérence du Ministère de la Magie à Poudlard, partout le jeune Potter avait été une figure de proue. Partout il avait humilié son opposition et partout il était parvenu, malgré les difficultés, à s'élever plus haut que ses contemporains. A sa grande honte, Narcissa avait constaté que son mari et son fils Draco étaient de ceux qui, aveuglés par leur propre arrogance, avaient été les moins lucides concernant ce qui leur apparaissait pour le premier comme un simple adolescent chanceux et pour le second comme un rival à rabrouer.
Bien des années plus tard, occupée à se remémorer les rares indices qu'elle avait été – elle le savait – l'une des premières à percevoir, Narcissa songea que son instinct d'alors n'était pas dû au hasard. Cela n'avait pas été son acuité politique ou son sens de l'observation et du détail qui l'avait avertie alors mais son sang de Black, le même sang qui coulait dans les veines de Henry James Sirius Potter-Black, Lord Potter, Lord-Baron Black. Le sang de celui qui la regardait avec ce même acier dans l'oeil. Un oeil de prédateur qui, enfin, s'était révélé.
« -Où est-il ? »
Au lieu de répondre, Narcissa bût une petite gorgée de vin qu'elle dégusta lentement, langoureusement, comme un nectar délicat et précieux. Moyen efficace de garder contenance et de calculer ses marges de manoeuvre, elle savait qu'elle n'avait pas droit à l'erreur. Comme n'avait cessé de le lui rappeler sa mère Drusilla dans son enfance, on ne souffrait que de la présence de ceux dont on avait l'utilité. Reposant ensuite son verre, elle attrapa un petit étui en argent, l'ouvrit et prit une cigarette qu'elle fixa à un fume-cigarette en ivoire. Saisissant ensuite dans un geste lent et décomposé sa baguette, elle la dirigea vers le tabac avant de prendre une longue aspiration et d'expirer nonchalamment une volute de fumée blanche.
« -Quand j'étais à Poudlard, nous allions parfois, quelques amies et moi, la nuit, derrière les serres. Il y avait cette poufsouffle… Émilie, je crois… quelque chose de français. Une sang-mêlé que nous fréquentions. En échange de tabac et d'alcools moldus qu'elle nous fournissait, nous prétendions qu'elle était l'une des nôtres. Une petite fantaisie que nous maintenions. Du reste, je ne crois pas qu'elle était dupe. Il était inconcevable que des filles de bonne famille comme nous, acceptions de fricoter avec des gens de cette engeance sans que nous n'ayons un intérêt à le faire. Elle a disparu avant la fin de notre scolarité. En… 74 je crois. Je ne suis plus sûre. J'ai toujours pensé qu'une de mes amies avait parlé aux parents. Le Seigneur des Ténèbres était déjà actif à cette époque et il prétendait encore protéger la vertu des sang-purs. Cela a sans doute été un moyen pour lui de rassurer ses fidèles les plus inquiets de la contamination que la jeunesse. J'en ai gardé cette petite addiction. Lucius ne l'a jamais appréciée mais tant qu'elle était raisonnable et discrète, il s'est montré tolérant. Peut-être un peu trop tolérant d'ailleurs. Comme s'il savait parfaitement de quoi il en retournait. »
Narcissa leva un sourcil et afficha un sourire narquois.
« Maintenant que j'y pense, Lucius a été initié en 74, quelques semaines avant que son père Abraxas et Pollux, mon grand-père, ne signent notre contrat de mariage. La coïncidence est amusante, n'est-ce pas ? »
Narcissa jeta la cigarette à demi-fumée dans le verre de vin et se leva dans un mouvement ample.
« Je l'ai installé dans l'ancienne chambre de Sirius. Il était en charge de l'équipe de mangemorts pendant les événements du Département des Mystères après tout. »
« -J'apprécie le geste. Très aimable.
-Merci beaucoup. Il y a-t-il autre chose que je puisse faire ?
-Quitter Londres. Les règlements de compte vont se poursuivre encore plusieurs jours et je n'ai pas encore ordonné le cessez-le-feu.
-Et où dois-je aller ? Le manoir Malfoy est en ruine. Détruit par la Résistance il y a un mois.
-Le cottage des Potter est vide. Un elfe est en faction et il y a des réserves pour plusieurs semaines. Il faudra partager les lieux avec quelques autres qui attendant leur exfiltration mais cela devrait convenir. Mathias servira de guide.
-Je sais aller à Godric's Hollow.
-Mais pas passer les protections sur place. Elles sont extensives, et mortelles. J'ai besoin de savoir mes atouts en sécurité en attendant les procès.»
D'un geste gracieux, Narcissa pencha la tête, signifiant son agrément.
« -Dans ce cas je n'ai plus qu'à me retirer. Merci Lord Black.
-Tout le plaisir est pour moi. »
Sortant tous les trois de la cuisine, Henry Potter s'adressa à Mathias suffisamment fort pour que Narcissa ne puisse pas croire qu'il s'agissait de messes basses.
« -Sur le chemin, passez par le cimetière. Je ne veux pas que quiconque vous voie. Quand Narcissa sera installée, reviens immédiatement. J'ai une autre mission pour toi.
-Oui Monseigneur.
-A tout à l'heure. »
Mathias et Narcissa se dirigèrent vers l'entrée tandis que Lord Potter gravit les escaliers d'un pas lent et mesuré. Kreatur, l'elfe qui pendant des années avait servi ce manoir était mort depuis longtemps, lors d'une escarmouche en Espagne. D'autres elfes de maison récupérés au fil des opérations militaires avaient été détachés à cet endroit et s'assuraient de l'entretien et du maintien des réserves alimentaires. Dans les cellules clandestines localisées à l'intérieur du territoire sous le joug de Voldemort, l'aide des elfes avait été capitale. Ces créatures magiques étaient idéales pour l'infiltration et l'espionnage. Habituées à vivre et à travailler de manière invisible, symbiotiquement liées à leurs maîtres sorciers, les elfes étaient naturellement serviles et fiables et, pour peu que l'on leur montre quelque compassion, profondément loyaux. Avant la révélation de la magie, l'harmonie et la stabilité d'une maisonnée sorcière était souvent garantie par le travail assidu et dévoué du ou des elfes qui s'y trouvaient.
Le pouvoir des elfes de maison était surprenant, ce qui rendait le comportement qui leur avait été réservé pendant des siècles d'autant plus incompréhensible. Nombre de sorciers à travers les âges, assurés de leur propre supériorité, n'avaient pas daigné accorder le moindre regard à cette espèce pourtant remarquable. Tortures et mauvais traitements avaient été la règle tandis que la bienveillance demeurait l'exception. De la même manière, le contrôle absolu des sorciers sur les elfes avait maintenu leur population extrêmement basse. L'espérance de vie d'un elfe de maison pouvait dépasser les 50 ans, mais ils n'étaient généralement pas autorisés à se reproduire avant un âge avancé et jamais à voir leur nombre croitre. Enfin, la propriété d'un elfe de maison étant un marqueur social particulièrement distinctif, ils étaient quasi-exclusivement possédés par des familles de sang-pur et n'étaient jamais vendus ou cédés en dehors de la famille immédiate.
Dans ce contexte la libération de Dobby l'elfe de maison par Harry Potter pendant son éducation à Poudlard avait été extraordinaire à plus d'un titre. Non-seulement il s'agissait d'une humiliation publique de la famille Malfoy – acte qui aurait pu déclencher une vendetta officielle entre ce clan et le dernier des Potter – mais le fait que Dobby se retourne contre son ancien sorcier-lié dès la fin de son asservissement et utilise la magie contre lui était stupéfiant. Pour Lucius, l'humiliation n'avait été que plus grande. Pour Henry, la révélation avait progressive, mais lumineuse. Au fil des ans, Dobby puis, involontairement, Kreatur, avaient fait montre de leur redoutable utilité ou, alternativement, de leur capacité de nuisance. Là où Dobby avait directement aidé les élèves de Poudlard dans leur résistance contre Dolorès Ombrage, Kreatur avait largement été responsable du guet-apens du Département des Mystères qui avait résulté en la mort de son maître Sirius Black pour lequel il éprouvait une vive animosité. Il apparut évident à Henry que les elfes de maison pouvaient constituer un remarquable atout ou, au contraire, une dangereuse menace.
Curieusement, personne dans le monde magique n'avait jamais pensé à faire des elfes de maison une force militarisée à part entière. Devant le scandale provoqué à Poudlard par Hermione Granger sur la condition des elfes, la réponse commune avait été méprisante, condescendante et moqueuse. Et si il était vrai que ses velléités de libération des elfes étaient naïves et ne constituaient qu'un collage maladroit de valeurs et de principes moldus dans le monde magique, l'indifférence générale que la croisade de le née-de-moldus avait suscité était, elle, tout à fait révélatrice. Sans apporter son soutien aux idées de Hermione Granger, Harry Potter avait quant à lui vu que les elfes étaient beaucoup plus importants que ce qu'ils laissaient percevoir.
C'est la raison pour laquelle, dès sa majorité acquise et son héritage obtenu, Henry Potter s'était empressé de recruter des elfes, à commencer par Winky, l'ancienne servante de la famille Croupton. Le système qu'il avait mis en place était à cet égard d'une terrible efficacité. En lieu et place d'un esclave zélé, Henry avait ordonné à son elfe de partir à la recherche de tous ses congénères libres ou en passe de le devenir. La première cible prioritaire qu'il avait identifié à cet égard avait d'ailleurs été Poudlard. La mort de Albus Dumbledore avait créé un vacuum dans le système de défense de l'institution. Avec la prise de contrôle du Ministère de la Magie par Voldemort, il avait immédiatement semblé évident que le regard du mage noir se tournerait vers l'école de sorcellerie. Sachant que le château ne pourrait soutenir un siège face à une force nombreuse et organisée comme celle des mangemorts, d'autant plus considérant la recherche des horcruxes qu'il fallait poursuivre, Henry Potter décida en conjonction avec Alastor Maugrey de piller toutes les ressources disponibles, à commencer par les elfes. Une initiative bienvenue, particulièrement au regard de la nomination, durant l'été 1997, de Severus Rogue en tant que Directeur.
La défection des elfes de Poudlard créa une série de difficultés logistiques pour le régime de Voldemort, difficultés qui ne furent qu'amplifiées par le fait qu'à leur tour ces elfes furent déployés à travers la Grande-Bretagne, soit pour convaincre les elfes de familles de mangemorts d'abandonner leurs maîtres, soit pour manufacturer des stratagèmes de manière à inciter les maîtres à abandonner leurs elfes. En quelques mois, la grande majorité de la population européenne des elfes se retrouva entre les mains de Henry Potter qui, en tant que leur maître tutélaire, les rassembla d'abord en Cornouailles puis, quelques semaines avant l'évacuation de l'île de Wight, sur l'île de La Graciosa dans l'archipel des Canaries, au large du Maroc.
La Graciosa ayant été vidée de ses habitants par le gouvernement espagnol – la quelque centaine de résidents permanents avaient été évacués vers les îles de Lanzarote et Gran Canaria dès la révélation de la magie, en 1999 – il ne fut pas difficile de transformer les installations locales selon les besoins des nouveaux arrivants. L'Opération Forsthoff, imaginée par Lord Potter et Alastor Maugrey, visait à faire de cette île un centre de reproduction des elfes et, ultérieurement, une base d'entrainement. Considérant les forces en puissance au moment de la tentative infructueuse du Roi William, le risque de conquête de l'Europe par Voldemort était non-seulement considéré comme crédible mais comme quasiment inéluctable. Dans ce cas de figure il fallait disposer d'un atout maître capable de rétablir la balance le moment venu. C'est ainsi que naquit l'idée des elfes de combat.
Le village de pêcheur de Caleta de Sebo, seule agglomération de l'île de La Graciosa, fut développé pour devenir une véritable pouponnière à elfes. Sous l'égide de quelques instructeurs humains triés sur le volet, plus tard rattachés à la Satis et entièrement loyaux envers Lord Potter, un véritable élevage d'elfes fut entrepris, de manière à non-seulement provoquer une explosion démographique de la race magique mais aussi à conditionner ces nouveaux elfes pour en faire des supplétifs de premier ordre. A terme il s'agissait de faire des elfes l'ultime ligne de défense de la Résistance, polyvalente et mortelle. Il apparut néanmoins rapidement que ce plan échaffaudé dans les premiers jours de la Guerre Noire ne serait d'aucune utilité tactique ou stratégique dans les combats pendant la première phase du conflit dans l'ouest européen. La population d'elfes était si basse – moins de 5 000 individus – que le temps nécessaire pour sortir l'espèce de la quasi-extinction prendrait plusieurs années. Par chance pourtant, le délai de gestation d'un elfe de maison était compris entre 15 et 16 semaines en fonction du sexe du nouveau-né. Par la suite, un elfe devenait autonome au bout d'environ 3 ans et était considéré comme adulte au bout de 4 ans. Avec l'aide de maîtres potionistes et au prix de nombreuses expériences qui coûtèrent la vie à plusieurs centaines d'elfes, on parvint à provoquer systématiquement la naissance de jumeaux lors des gestations des femelles elfes. A la suite de cette découverte, un programme de fécondation des elfes femelles fut mis au point, de manière à ce qu'une femelle elfe puisse avoir jusqu'à trois portées de deux elfes par an. A partir de l'été 2001, les elfes femelles furent fécondées et en l'espace d'un an, d'environ 2 300 elfes femelles à disposition, la population passa à 6 900, puis 18 800 la seconde année et 27 600 la troisième année.
Ce système de comptage des elfes femelles devint une donnée essentielle de l'Opération Forsthoff. De manière à assurer la multiplication de l'espèce, les elfes femelles furent reléguées au rôle de reproductrices tandis que les elfes mâles suivaient à la fois un entrainement magique et militaire. A terme, une fois la guerre terminée, il ne s'agissait pas de faire des elfes de maison des supplétifs armées assurant un service d'ordre. A la place ils seraient prêtés aux familles les plus méritantes sans que leur lien avec leur véritable maître ne soit rompu. De cette manière, particulièrement dans les familles sorcières, le serviteur qui leur serait dévolu serait tout à la fois un gage de la faveur du dirigeant de la future République et un espion dans le coeur des foyers des personnalités les plus en vue. Une stratégie double qui visait à garantir le contrôle et le maintien du pouvoir de Lord Potter une fois la paix revenue.
La première génération d'elfes de combat apte au feu fut déployée sur le terrain en automne 2005, quelques semaines seulement après la fin de la Conférence de Héraklion. Ordonnant au Général Al-Zahiyour de lancer l'assaut au nord de la forteresse hollandaise – le nom donné par la Résistance au territoire occupé par Voldemort dans les Pays-Bas – une attaque massive, lancée depuis Brême, se porta vers Oldenbourg. L'assaut, d'une rare violence, se fracassa sur les fortifications, les fortins, les redoutes et les tranchées creusées par les mangemorts et leurs esclaves pendant les semaines précédentes. En particulier les combats autour du fleuve Weser au niveau du village de Sandstedt furent l'occasion d'un déluge d'artillerie puis de poussées répétées, souvent au corps à corps, entre d'un côté les légions de la Résistance et de l'autre une foule de moldus sous imperium derrière lesquels des mangemorts et des gobelins s'abritaient avant, à leur tour, de partir à l'assaut.
L'attaque de Oldenbourg répondait à plusieurs buts de guerre précis. Il s'agissait tout d'abord de maintenir un haut niveau de pression sur les forces des mangemorts du Général Rogue, lesquelles n'avaient cessé de se reconstituer depuis leur humiliante défaite le printemps précédent. En obligeant à une confrontation avant que les troupes ne soient complètement prêtes et rétablies, la Résistance s'offrait une occasion d'écraser toute l'aile gauche de la ligne de défense ennemie et potentiellement de créer une brèche à travers les Pays-Bas, possiblement même jusqu'à la Frise et la Mer du Nord. Il s'agissait en outre de mettre définitivement hors de danger les centres d'industrie navale de la Mer Baltique et de la région de Hambourg. En attaquant le littoral du nord de l'Allemagne et en favorisant une progression à travers le littoral hollandais, la Résistance s'assurait le contrôle de nombreux ports et privait les mangemorts d'autant de points logistiques stratégiques. En particulier les bras de mer du Jadebusen et de Dollard dans la Mer des Wadden avaient tôt été identifiés comme des lieux probables de l'embarquement de troupes d'invasion des îles britanniques. La sécurisation des villes de Willemshaven et de Emden était par conséquent stratégique, d'autant plus considérant que d'après les informations glanées par les agents infiltrés dans les rangs ennemis, les installations portuaires majeures – à Rotterdam notamment – étaient plastiquées par les mangemorts en prévision d'un éventuel repli. Mais la raison principale de l'assaut sur Oldenbourg et de la confrontation aux mangemorts du Général Rogue était de provoquer une diversion pour s'assurer de la capture d'une position autrement plus stratégique : ce qui serait par la suite appelé le piège de Anvers et la première mise en action opérationnelle du pouvoir des tout nouveaux elfes de combat. Un épisode de la Guerre Noire qui signifierait le début de la fin de Voldemort, au premier semestre 2006.
Henry Potter arriva au palier du second étage et se dirigea sur sa gauche dans un couloir dont les boiseries sombres étaient faiblement éclairées par quelques chandeliers en argent flottant dans les airs. Arrivant enfin devant le seuil mi-clos de la chambre de Sirius, Henry poussa légèrement la porte et entra. La pièce avait considérablement changé depuis que son dernier occupant officiel y avait résidé. Les anciennes photographies de pin-up collées aux murs avaient disparu, de même que le lit à baldaquin ou la bibliothèque personnelle encombrée de vieilles revues pornographiques et de catalogues de motos. A la place, deux couchettes réglementaires avaient été installées, destinées aux agents de passage ou aux fugitifs évacués pendant les années de règne de Voldemort. Une conséquence directe de son ordre de transformer l'ancien Quartier-Général de l'Ordre du Phénix en centre névralgique de l'activité de la Résistance en Grande-Bretagne. La bibliothèque de la famille Black – peut-être un de ses biens les plus précieux – ainsi que tous les objets de valeur avaient été déplacés vers un lieu sécurisé en attendant la fin du conflit. De même en avait-il été pour toutes ses autres possessions collectées au fil des ans. L'heure était à l'efficacité et à la survie, pas au confort.
Square Grimmaurd avait été aménagé à l'identique de toutes les autres places fortes de la Résistance. Dans un contexte de pénuries, de famine et de graves difficultés logistiques, la disponibilité des matériels était une donnée stratégique majeure et assurer la survie englobait plus qu'une simple disponibilité de nourriture. Il fallait produire et acheminer des vêtements, des produits d'hygiène et de soin, du matériel médical et paramédical, ou encore de l'outillage spécialisé. Autant d'éléments qui requéraient des espaces de production, des circuits logistiques et l'acheminement des matériaux. Une partie de l'industrie lourde de la Résistance était soit acheminée par ses alliés – la Confédération Panaméricaine et Caribéenne étant le premier fournisseur et principal soutien financier extérieur – soit directement produite dans certaines zones industrielles sous son contrôle, notamment dans la péninsule ibérique, en Pologne, en Silésie et dans les Balkans.
Une vraie difficulté de la Résistance concernait le secteur textile qui était complètement à l'arrêt depuis le début de la Guerre Noire. L'industrie de la laine avait virtuellement disparue d'Europe, les moutons étant principalement utilisés pour leur viande et les troupeaux ayant été laissés à l'abandon avec la destruction des Etats et les grands massacres commis par les mangemorts. Les vêtements en fibres synthétiques nécessitant des ressources en hydrocarbures, il était impossible d'en produire dans un contexte d'arrêt total de la production et d'acheminement de pétrole depuis les principaux lieux de forage en Europe du nord et au Moyen-Orient. Pour répondre à cette situation, Erik Olseg et son équipe avaient mis en place des stratégies de recyclage des matériaux textiles qui étaient traités et transformés dans plusieurs grands centres dispatchés à travers les territoires contrôlés par la Résistance. Il n'en demeurait pas moins que la situation était délicate et que les quantités fournies étaient loin d'être suffisantes pour répondre aux besoins quotidiens.
Dans les faits l'industrie textile encore existante fonctionnait difficilement et s'était standardisée, faisant baisser la qualité pour augmenter les volumes. Outre les uniformes militaires et les matériels indispensables qui avaient été normalisés – comme les couvertures, les tentes ou les bandages – les vêtements distribués à la population étaient uniformes, en bure et généralement brun, gris ou noir. L'emploi des colorants, trop coûteux, avait été abandonné et la praticité avait remplacé la coquetterie. Pour accélérer les cadences, l'emploi de fermetures éclairs avait été proscrit et aux boutons on préférait les ceintures et les fibules, plus commodes.
La gestion de la pénurie ayant été relativement maitrisée pendant le printemps 2005, une inquiétude persistante de la Résistance résidait dans la relation de dépendance qui s'installait progressivement vis-à-vis de la CPC. Le ravitaillement agricole, technique et financier était aussi bénéfique pour eux que pour leurs partenaires mais il apparaissait de plus en plus fortement que les contreparties ou les exigences étaient nombreuses. En particulier, la CPC souhaitait imposer le Peso comme monnaie internationale de référence et préparait des accords de libre-échange qui placeraient à plus ou moins longue échéance l'économie de la future République sous la tutelle du gouvernement fédéral de Bogota. Dans ce contexte et considérant les besoins de la Résistance, il était nécessaire de trouver de nouveaux partenaires économiques, de manière à créer une rivalité et une compétition dont la Résistance puis la République pourraient tirer parti.
Le Cheikh Najib Salim, ancien membre du Ministère des Affaires étrangères égyptien devenu le principal diplomate de la Résistance, proposa face à ces difficultés une solution élégante et efficace pour contrer toutes ces embuches. La conquête de la vallée du Nil permettrait de mettre la main sur toute l'agriculture et en particulier l'industrie du coton dont l'Égypte avait tiré d'importants revenus. Le contrôle du Canal de Suez assurerait une voie commerciale avec l'Empire du Japon et permettrait d'ouvrir des négociations multilatérales et des voies commerciales qui remettraient en cause la position de force de la CPC. Une opération qui participerait en outre à renforcer la position de la Résistance au Moyen-Orient et qui sécuriserait la future frontière Est de la République.
De fait Lord Potter laissa le 26 septembre 2005 le commandement en Hollande au Général Al-Zahiyour et les préparatifs du Piège d'Anvers au Général Arthur Pyke. Fleur Delacour étant toujours aux prises avec les Gobelins dans les Alpes, il dégarnit une partie des troupes présentes en Italie et en Bulgarie et monta une opération amphibie dont les détails furent confiés à l'Amiral Nadia Rossi. Prenant enfin la tête de quatre Légions, il lança l'Opération Scorpion le 13 octobre 2005. Le 14 octobre eurent lieu deux débarquements à Alexandrie et à Port-Saïd. A Alexandrie où le gros des 25 000 hommes engagés débarquèrent, et après quelques combats de rue face à des miliciens à la solde du Calife autoproclaméde Damas Muhammad Al-Dimashqi, un couvre-feu fut instauré tandis qu'une administration civile était mise en place. Rapidement la ville fut quadrillée et le 17 octobre, le Cheikh Salim fut installé en tant que nouveau gouverneur – et premier gouverneur civil de la Résistance – dans le Palais de Montaza.
Laissant une garnison et adjoignant le Colonel Ulysse Panderoska comme liaison entre les services militaires, civils et la Satis, Lord Potter entreprit la pacification du Delta du Nil. Port-Saïd, vidée de ses habitants par le calife de Damas, avait miraculeusement vu ses principales infrastructures encore en état de fonctionnement. En particulier, les lignes de transport ferroviaire qui faisaient la liaison entre Port-Saïd et Suez en longeant le Canal étaient en parfait état. De même, nombre d'infrastructures – routes, entrepôts, raffineries – étaient encore tout à fait viables. Apprenant le déclenchement de la campagne militaire par la Résistance, le calife Al-Dimashqidépêcha un de ses lieutenants, le Bey du Caire Ahmed Al-Safed pour repousser la force assaillante, le temps de constituer ses propres forces en Palestine, au Liban et en Syrie et de les mener à l'assaut des positions des légionaires.
Pendant tout le mois de novembre 2005 des heurts eurent lieu dans le Delta avec les forces de miliciens. Rarement mises en difficulté, les Légions rompues aux combats en milieu urbain comme rural n'eurent aucun mal à déloger leurs adversaires de leurs différents points de retranchement. Damanhur tomba sans combattre, Tanta fut conquise suite à une révolte populaire contre les excès du Bey et de ses sbires, Mansourah et Zagazig furent capturées à la suite d'offensives éclair. Comme partout ailleurs, la population locale vivait les restrictions et les pénuries. Sous le joug de Al-Dimashqi, les exactions avaient été nombreuses et l'Égypte, autrefois pays de culture et de tolérance, avait été l'un des principaux lieux où les exactions pseudo-religieuses permanentes avaient fait des ravages. Sous l'argument d'une conquête de l'ummat islamiyya, un régime de dictature totalitaire fondé sur la terreur avait été mis en place où le calife, se comportant en tyran, exerçait un pouvoir absolu et arbitraire.
Ce furent à Ismaïlia et au Caire que les combats furent les plus intenses. Cherchant de toute évidence à retarder l'avancée de la Résistance en attendant l'arrivée de renforts, le Bey Al-Safed tenta dans un premier temps d'employer une tactique de guérilla qui s'avéra infructueuse considérant que la population, loin de protéger les insurgés, prenait fait et cause pour les forces attaquantes. Utilisant la Satis à plein, le Cheikh Salim avait mené une large campagne de propagande, promettant le rétablissement rapide d'un État égyptien digne et fier une fois la tyrannie de l'occupant turc – ce fut ainsi que Al-Dimashqi fut qualifié – vaincue. Devant la promesse d'un retour à une vie normale, à la fin des pénuries et à la sécurité, la population se rallia massivement à la Résistance et à ses chefs.
Voyant la situation lui échapper, le Bey Al-Safed tenta de provoquer un affrontement décisif pour vaincre les troupes de la Résistance et reprendre le contrôle du territoire. Deux batailles eurent lieu simultanément le 2 décembre 2005, la première pour le contrôle du quartier de Kafrat Al-Jabal, la seconde autour de l'île de Gezira. Au cours de ces affrontements qui virent la destruction des dernières forces de miliciens de la Basse-Égypte, une puissante action insurrectionnelle menée en sous-main par la Satis s'empara du Caire puis, progressivement, de l'ensemble des villes égyptiennes jusqu'au barrage d'Assouan. Des comités populaires se constituèrent et réorganisèrent l'administration locale. Le Cheikh Najib Salim arriva au Caire le 10 décembre 2005 et il fut officiellement intronisé Gouverneur-général de l'Égypte. En parallèle, Lord Potter annonça la création d'une Assemblée Générale, véritable chambre parlementaire, qui serait démocratiquement élue et dont seraient issus le futur gouvernement et les lois.
Les conséquences de cette campagne, qui se poursuivit ultérieurement par une offensive des Légions vers le Sinaï, la Palestine et Israël, furent nombreuses et extrêmement importantes. Tout d'abord le bénéfice politique que retira Henry Potter de ces succès militaires fut considérable. Alexandre, César, Napoléon, tous les plus grands conquérants de l'Histoire s'étaient rendus en Égypte et s'y étaient fait reconnaître. 200 ans après l'Empereur des français, Henry Potter venait à son tour faire ce singulier pèlerinage des puissants et il s'inscrivait lui aussi dans une geste monarchique quasi-divine. Quelques heures avant la bataille du Caire il avait rassemblé ses troupes près de la pyramide de Kheops et avait prononcé un discours dont les premiers mots – Nous n'oeuvrons pas pour nous – tirés de Virgile, avaient été diffusé largement à travers les territoires de la Résistance. Se présentant entouré de deux sphinx, une épée au côté et suivi par tout son état-major, il avait effectué une revue des troupes, reconnaissant les soldats et de souciant de leur santé avant les affrontements. L'ensemble de l'épisode, filmé et photographié pour la postérité, avait été libéralement diffusé.
Les conséquences politiques de la Campagne d'Égypte de 2005 furent elles-aussi considérables. La constitution d'un gouvernement provisoire civil dirigé par un Gouverneur-général également membre de la Direction politique de la Résistance donna une idée assez précise de l'avenir potentiel des territoires sous le contrôle de la Résistance, une fois la paix revenue. Que ce gouvernement provisoire soit composé d'élus locaux, que la représentation nationale soit respectée et que la police et l'armée soient composées de la population locale, y compris d'anciens exécutants du Bey Al-Safed pardonnés pour leurs transgressions, participa à établir la confiance et à maintenir la stabilité en attendant une amélioration notable de la situation économique et sanitaire.
D'un point de vue militaire, la campagne éclair de Lord Potter fut un indéniable succès qui se poursuivit d'ailleurs sur deux fronts, dans le désert du Sinaï où les escouades d'elfes de combat firent des ravages parmi les forces du calife Al-Dimashqi et surtout à l'oasis de Siwa, à la frontière entre l'Égypte et la Libye où Henry Potter accompagnant une force de 1 500 hommes dont 750 sorciers s'empara des colonies gobelines près de leurs zones de fouilles archéologiques. Pendant des décennies Siwa avait été la principale colonie de peuplement des gobelins hors de leur territoire dans les Alpes. Un réseau de villes et de villages établis près de l'oasis et caché des moldus avait été bâti à la suite d'âpres négociations avec la toute puissante Confédération des Mages et Sorciers : le CMS. En dépit des demandes pressantes, les gobelins n'avaient jamais explicité les raisons de leur intérêt pour le lieu. Tout juste avaient-ils présenté l'intérêt archéologique pour les sorciers et les créatures magiques. Ainsi par exemple, il était dit que les phénix y avait établi leurs nids. En tout état de causes, la colonie de Siwa était restée une anecdote pour de nombreuses générations de sorciers et seuls de rares briseurs de sorts engagés par Gringotts s'y rendaient dans le cadre d'excavations de tombes ou de temples anciens.
A Siwa Lord Potter fit montre de son intransigeance vis-à-vis des gobelins en faisant exécuter du 7 au 9 décembre 2005 toute la population qui y vivait sans distinction d'âge, de titre ou de fonction. En tout plus 45 000 gobelins, la plupart des jeunes ou des invalides furent systématiquement massacrés et leurs corps laissés aux charognards dans le désert. Il libéra les sorciers et les non-sorciers qui avaient été emprisonnés et fit raser la localité après avoir procédé à un pillage en règle. Laissant un seul gobelin survivant qu'il laissa s'enfuir, il adressa ainsi un message clair au roi Ragnok : à moins d'une capitulation immédiate et sans conditions, l'ensemble de la civilisation gobeline subirait un sort similaire.
Ce furent les conséquences économiques et diplomatiques qui eurent les retentissements les plus phénoménaux. A défaut d'autres qualités, la gestion du calife de Damas avait été rigoureuse sur les questions agricoles. Les terres du delta avaient été maintenues et malgré la mortalité galopante du fait de l'absence de soins ou de sécurité, les élevages et les pâturages restaient organisés. En conséquence de la vigilance économique de Al-Dimashqi et de Al-Safed, l'Égypte disposait de surplus de nourriture et disposait d'une production de coton encore très importante. Immédiatement, la Résistance dépêcha Adna Olseg au Caire pour prendre en charge la planification économique. On mit la priorité sur les produits manufacturés, à commencer par les produits de premier secours. En l'espace de quelques mois ce furent des centaines de milliers de vêtements, de draps, de tentes, de sacs de couchage qui furent produits et envoyés aux réfugiés qui erraient encore à travers l'Europe et l'Afrique du Nord.
La réouverture du Canal de Suez permit en outre qu'une négociation commerciale multilatérale s'engage entre l'Empire du Japon, la CPC et la Résistance. Plusieurs dizaines de bateaux porte-conteneurs récupérés par des agents de la Satis entre Alexandrie, Port-Saïd, Suez et jusqu'à Port-Soudan furent re-commissionnés et acheminés vers les raffineries de la Mer Rouge. D'anciens ouvriers et des ingénieurs des pétroles recrutés au Danemark furent envoyés remettre en état de marche les plateformes off-shore et bientôt – et pour la première fois depuis la révélation de la magie – une production pétrolière (limitée mais réelle) fut établie pour soutenir l'effort de guerre.
Parallèlement à ces avancées, une négociation secrète fut entreprise entre la Résistance et le califat de Damas pour parvenir à un cessez-le-feu. Un accord fut trouvé le 2 janvier 2006 et la région du Sinaï fut démilitarisée et rendue neutre. Le Canal resterait la possession de la Résistance mais serait libre de douanes dans le cadre des accords commerciaux qui seraient signés par la suite entre les membres de l'Alliance Résistance. En contrepartie de ces pertes territoriales, Muhammad Al-Dimashqi demanda et obtint que plusieurs de ses lieutenants soient associés aux futures conférences internationales en tant que plénipotentiaires.
Les dernières semaines de décembre 2005 virent une amélioration substantielle de la condition de vie des soldats de la Résistance et de la population. A l'arrière, sur le front ou derrière les lignes ennemies, tous les membres de la Résistance bénéficièrent d'une manière ou d'une autre d'une amélioration du confort et, progressivement, de matériel de meilleure qualité. La chose était particulièrement vraie pour les cellules clandestines camouflées à travers les Terres Noires et qui furent parmi les premières à être ravitaillées pour soutenir les opérations spéciales.
Alors que le regard de Lord Potter tournait dans l'ancienne chambre de Sirius, il avisa dans un coin Lucius Malfoy, bâillonné et attaché à une chaise, les poings liés dans le dos et les chevilles attachés par des cordages. Non loin de lui Octavie, un de ses maîtres espions, lisait ce qui semblait être un rapport d'interrogatoire. A son entrée, Octavie leva les yeux, referma son dossier et se leva. Lucius lui aussi redressa la tête. Le regard que le prisonnier lui adressa ne laissait aucun doute sur la haine qu'il éprouvait. Affichant un petit sourire en coin, Henry s'approcha, dégaina sa baguette et dans un mouvement fluide il conjura un fauteuil confortable dans lequel il s'assit.
« -Lucius. » Commença Henry Potter en faisant siffler le s d'une manière presque serpentine. Un éclair de cruauté sauvage apparut dans son regard, avant de disparaître pour laisser à place à une froide détermination. « J'attends ce moment depuis longtemps. » La phrase, énoncée clairement, parfaitement articulée, semblait être savourée jusqu'à chaque syllabe. Il poursuivit. « Nous n'avons plus besoin de cela. » D'un petit geste de la main, Henry fit disparaître le bâillon.
« -Potter. » Répondit Lord Malfoy d'une voix rauque. A l'exception de quelques ecchymoses sur la tempe et la joue droite, il semblait en parfaite santé. Un air lugubre, de haine et de mépris s'imprima sur son visage. Il n'essaya pas de le cacher.
Se tournant vers Octavie, Henry Potter dit : « -Ce sera tout. Faites monter Mathias lorsqu'il sera de retour. Merci. »
Octavie s'inclina légèrement en murmurant « -Oui, Monseigneur ». Elle se dirigea ensuite vers la porte, l'ouvrit et la referma derrière elle. Un silence tomba sur la pièce, Lucius et Henry ne se quittant pas du regard. Enfin, Lord Potter dit :
« -Narcissa a quitté Londres. Elle envoie ses meilleurs sentiments. Mais je suppose que cela n'a pas d'importance ?
-Cette garce n'est rien pour moi.
-Elle est la mère de Draco…
-Une traitresse à son sang !
-… et enceinte. » Un nouveau silence s'abattit sur la pièce. Lucius demanda :
« -Comment… » Henry leva la main, présentant la chevalière de la famille Black.
« -Je suis le chef de sa famille. C'était inévitable. »
Les yeux de Lucius s'écarquillèrent. Il avait toujours été assumé dans les cercles des sang-pur que Sirius Black avait été déshérité magiquement par sa mère Walburga. Elle-même l'avait proclamé à plusieurs reprises entre 1976 et sa mort en 1987. L'héritage magique était un élément majeur de la culture sorcière d'avant-guerre. Par lui se transmettaient les secrets d'une famille et un contrôle relatif sur les membres vivants. La répudiation de Sirius Black avait annoncé la dislocation de sa magie familiale. Un drame et un scandale à l'époque mais qui avait fait les affaires de la famille Malfoy. Seul l'intéressait l'or des coffres de la famille déchue. Une potion d'infertilité permanente pour Bellatrix sournoisement administrée par Narcissa en 1977 puis son emprisonnement avec Sirius avaient assuré que l'héritage irait intégralement vers l'héritier des Malfoy.
Le blason de la famille sur la bague en argent que portait Lord Potter changeait tout. Si Sirius n'avait pas été banni, alors l'héritage qu'il avait laissé à son filleul était bien plus considérable qu'il n'y paraissait. Il avait hérité de la magie familiale des Black une famille notoirement connue pour sa soif de pouvoir et sa paranoïa. Et assez précautionneuse pour ne jamais totalement perdre le contrôle sur ses filles lorsqu'elles se mariaient hors du clan. Les perspectives que de telles hypothèses ouvraient étaient terrifiantes.
« -Mais alors…tout ce temps…
-Oui. »
Le silence retomba dans la pièce. Lucius n'avait rien à dire. Tous les événements de ces dernières années étaient sujets à caution de par cette seule information. La magnitude de la nouvelle le laissa sans voix. Croisant les yeux de son geôlier, Lucius crut y percevoir une lueur de plaisir à l'idée du niveau de duplicité qu'il exposait enfin à quelqu'un, et le seul peut-être en mesure de comprendre ce que tout cela signifiait. Pour la première fois Lucius Malfoy prit la véritable mesure de l'homme qui se trouvait en face de lui. Un ennemi mortel mais qui, il le reconnaissait maintenant, était bien plus retors que ce qu'il aurait pu imaginer. Plus encore que son défunt maître.
Plongeant dans sa mémoire, Lucius se remémora l'Histoire des onze dernières années. Le raid au Département des Mystères, l'assassinat de Dumbledore, la prise du Ministère de la Magie, l'épuration des indésirables, le gâchis du roi William, la campagne continentale, la bataille de Lyon, la campagne d'Espagne, la campagne d'Allemagne, le piège d'Anvers, l'invasion des îles britanniques, la destruction de Poudlard, la trahison de Bellatrix, la bataille de Londres… ce n'étaient que quelques moments saillants parmi une multitude d'autres qui d'un seul coup prenaient une toute autre dimension. Des méandres de l'Histoire apparaissait un sens nouveau. Un sens redoutable. Un sens qui, il le savait maintenant, lui coûterait la vie. Jamais Potter ne le laisserait vivre en ayant connaissance de cette histoire, de la vraie Histoire, celle d'une guerre dans la guerre, d'une guerre où les ennemis n'en avaient pas été et où les amis n'avaient jamais existé. Lucius Malfoy avait été joué comme tous les autres par un véritable virtuose qui allait maintenant achever son plan.
Sa fin était imminente et comme toute cette révélation, terriblement, terriblement logique.
« -Draco ? » Il était inutile de demander davantage. Henry Potter savait ce qui lui était demandé. Avant que l'autre ne puisse répondre, la porte s'ouvrit et laissa entrer une silhouette camouflée dans une robe et un capuchon noir. Lucius le reconnut. Il était l'éminence grise du chef de la Résistance et le cauchemar des mangemorts. Mathias : l'ordonnateur des basses-oeuvres de Lord Potter.
« -Il est mort, naturellement. Je n'allais tout de même pas manquer l'occasion d'éliminer définitivement une telle menace. Si cela peut-être une quelconque consolation, Narcissa croit Draco toujours vivant, emprisonné quelque part à attendre son procès. Quelle tragédie qu'il ne puisse pas avoir lieu ! » Le ton et le sourire ironique de Lord Potter suffisaient à comprendre son sentiment réel. Une teinte de malice et de fureur contenue. Lucius ferma un instant les yeux en pensant à son fils. Il se doutait qu'il avait vécu un monde de douleur et de désespoir dans ses derniers instants.
« -Et Narcissa ? » Lucius aurait eu envie de rajouter et mon bébé mais il tint sa langue de peur de tracer involontairement une cible sur le dos de sa femme et de son héritier. La haine de Henry Potter pour les mangemorts était connue et maintenant qu'il voyait l'étendue des stratagèmes qu'il avait mis en branle pour arriver à ses fins, il avait peur. Plus, peut-être, qu'il ne l'avait jamais eu, y compris en présence de son maître. Henry Potter se tourna vers Mathias et lui dit :
« -Mathias ? Réponds à Lucius. Dis-lui où est sa femme.
« -Dans la fosse commune du cimetière de Godric's Hollow. Selon vos ordres Monseigneur. »
Henry se retourna vers Lord Malfoy, un sourire sinistre sur le visage.
« -Finissons-en. » S'adressant à Mathias, il poursuivit : « Tue-le. Lentement. Qu'il se sente mourir. »
Mathias sortit un couteau de sa manche et s'approcha. Caressant sa joue avec la lame, il dirigea la pointe vers sa poitrine et l'enfonça progressivement, patiemment et précisément entre ses côtes. Lucius hurla mais ne put pas bouger. A travers la douleur il parvint tout de même à entendre le ricanement de Lord Potter. Il dit à Mathias :
« Abaisse ta capuche. Qu'il sache qui tu es avant d'aller en enfer ! »
Mathias s'exécuta. Lucius eut un glapissement de douleur et de choc en croisant le regard de son bourreau. Un regard qu'il connaissait bien. Qu'il avait côtoyé des années durant.
Le regard de Bellatrix Lestrange.
