Merci à tout le monde d'avoir lu le chapitre précédent !


Chapitre 10

L'homme lui donnait presque le tournis à force de sillonner le sol de long en large. La pièce était environ deux fois plus grande que le bureau de Nagato, chargée d'armoires contenant des dossiers sensibles – comme avait aimé le rappeler l'avocat qui marchait les bras croisés dans le dos, le menton haut et fier, les lunettes rondes glissant sur le bout de son nez.

L'expert avait réussi à spécifier au moins cinq fois qu'il avait été formé parmi l'élite et, en proie au doute, Nagato avait cherché le regard de la secrétaire pour lui demander confirmation. Elle avait soupiré et haussé les yeux au ciel en grimaçant presque comiquement, mais ça n'avait pas rassuré Nagato pour son divorce.

Il hésita à se lever et laisser l'avocat en plan au milieu de son discours d'autosatisfaction, mais il se souvint au dernier moment que c'était, malheureusement, le seul avocat qu'il ne pourrait jamais avoir.

Alors il encaissa la tirade sur les élites que l'homme avait côtoyées, essayant de contrôler au mieux les signes d'agacement qui commençaient à se lire dans le tapotement de ses doigts sur l'accoudoir, dans le rythme effréné de sa jambe nerveuse.

— Sans vouloir vous interrompre, Maître, glissa-t-il dans une des respirations d'Ebisu, peut-on s'occuper de mon divorce ?

L'avocat pivota, presque surpris d'entendre quelqu'un s'adresser à lui, il scruta la pièce avec étonnement et se racla la gorge, porta sa main fermée en poing devant sa bouche.

— Oui, le divorce…

Il contourna le bureau pour retourner de son côté, se prit les pieds dans un pli du tapis et déséquilibré, il se retint tant bien que mal à l'armoire contenant ses précieuces affaires sensibles, toussotant de nouveau pour masquer son malaise face à sa maladresse.

Une nouvelle fois, Nagato chercha les yeux de la secrétaire qui lui présenta une grimace d'excuses. L'avocat se glissa sur sa chaise, feuilletant le dossier qui lui avait été remis par son assistante, puis il revint au début en murmurant :

— Tenten ? Pouvez-vous venir, je ne… Hm… Je ne parviens pas à percer le secret de votre classement.

Du coin de l'œil, Nagato vit la jeune femme poser avec force son stylo sur son bureau, arrachant son casque et elle se leva pour rejoindre son supérieur, se plaçant derrière lui pour examiner le cas qui se présentait à lui.

— Vous le tenez à l'envers, dit-elle en portant la main à l'objet pour le retourner.

Nagato était vraiment à deux doigts de quitter le service juridique. Dans son esprit, la prédiction du site jurissimo clignotait : « Vous êtes cuit de chez cuit ! » et il humecta ses lèvres, se redressant légèrement.

— Donc, ma femme a fait la première proposition amiable, je n'ai pas l'intention de signer. Qu'est-ce qu'on fait ?

Tenten lui offrit un sourire.

— Nous allons nous charger de signaler à l'avocat de votre ex-femme que nous vous représentons et que nous refusons l'accord, leur octroyant un délai pour fournir quelque chose de plus raisonnable. Le délai peut varier d'une semaine à un mois et demi, c'est à négocier, mais cela se fera entre les avocats.

— Voilà, exactement, bravo, Tenten, félicita Ebisu en finissant par se dépatouiller du dossier. Donc je vois que… oulala…

Une goutte de sueur glissa le long de la tempe de l'avocat et il l'essuya sur un mouchoir.

— L'avocat de votre femme, c'est Onoki Ryôtenbin.

— C'est un problème ?

Tenten mordilla ses lèvres. Elle avait espéré qu'Ebisu n'aborderait pas ce sujet devant l'inspecteur Uzumaki. Elle tira une chaise pour s'asseoir près de l'avocat qui commençait à pâlir.

— Il est réputé, précisa-t-elle d'une voix moins assurée qu'elle l'aurait voulu. Il fait partie du Conseil des Maîtres – un consortium de cinq vieux croulants qui excellent par leurs connaissances du droit –, il enseigne à l'école de droit et il n'a jamais perdu un procès.

Nagato ferma durement les paupières, crispant ses doigts pour les empêcher de trembler. « Vous êtes cuit ! » clignotait toujours dans son esprit. Une main atterrit sur son épaule et il rouvrit les yeux pour contempler Tenten qui lui offrait un sourire rassurant.

— Ne vous inquiétez pas. On peut aussi ne pas aller jusqu'au procès, il faut attendre la seconde proposition. Il ne gagne aucun avantage à aller jusqu'au procès pour ça, d'après ce que je sais, le cas de votre femme ne lui rapporte pas un centime, ce serait beaucoup de temps passé à travailler pour rien. La seconde proposition sera plus raisonnable et on pourra signer.

Elle arracha le dossier des mains d'Ebisu, et revint sur la liste des exigences.

— Donc, dites-moi, qu'est-ce que vous avez l'intention de modifier dans les demandes ? Elle affirme vouloir garder la maison. Je vous propose de ne pas conserver ça. Compte tenu des papiers que vous nous avez remis, il est évident que c'est vous qui payez le crédit. Je vous conseille de suggérer la vente et l'obtention d'une somme d'argent au prorata de sa participation.

Nagato hocha la tête.

— Ça me semble raisonnable, dit-il, la gorge serrée.

La secrétaire inscrivit quelques mots en marge du dossier et passa à la proposition suivante.

— Elle veut la garde exclusive de votre enfant avec un droit de–

— C'est hors de question, coupa Nagato d'une voix colérique. Je me fiche de la maison, de la voiture, ou je ne sais quelle connerie matérielle, mais je refuse qu'elle me prenne ma fille.

Tenten fit courir son stylo sur le papier.

— Garde alternée ?

— C'est déjà plus raisonnable, ponctua Ebisu en tentant de reprendre le contrôle sur la situation.

Nagato approuva en décalant ses yeux sur l'avocat puis il revint sur la secrétaire.

— Je refuse également de lui payer une pension alimentaire.

Ebisu grimaça.

— On ne va pas le formuler ainsi, tout de même.

— Formulez-le comme vous le souhaitez. J'accepte de continuer de régler les mensualités de la scolarité de ma fille, parce que c'est le mieux pour elle, mais sa mère travaille et a un salaire. Elle peut très bien subvenir aux besoins de sa fille une semaine sur deux. Et si elle ne peut pas, qu'elle renonce à la garde et qu'elle me laisse Mikan, elle aura un droit de visite le week-end. Et si ça lui brise le cœur, elle n'avait qu'à pas demander le divorce.

L'avocat prit une énorme bouffée d'air, prononçant « jamais ça passe auprès d'un juge ! », alors que Nagato se levait en récupérant sa veste, l'enfilant en toute hâte. Quand il parvint près de la porte, la secrétaire l'interpela :

— Inspecteur, vous allez vous en sortir. On trouvera des solutions, je vous le promets.

— Heureusement que vous êtes efficace, confirma Nagato. Essayez de faire en sorte qu'on n'arrive pas au procès, ajouta-t-il en jetant une œillade en biais à l'avocat. S'il vous plaît.

Il retourna dans son bureau, grommelant à voix basse, puis il se laissa tomber dans sa chaise, son regard se perdant sur l'écran de son ordinateur. Il ne restait plus qu'à espérer que le second accord fût plus décent.


La lumière avait baissé pendant le repas, rendant l'ambiance du restaurant plus intimiste. Un pianiste jouait du jazz que Madara appréciait d'une oreille distraite, l'autre étant tendue vers le babillement de son neveu.

Entre les deux hommes, un écrin avait été déballé, dévoilant des boutons de manchette hors de prix que Madara avait offert à Itachi, en signe d'encouragement pour la remise de trophées qui s'annonçait, une semaine et demie plus tard.

Leur dîner touchait à sa fin, les assiettes des desserts en témoignaient et le serveur n'allait pas tarder à s'approcher pour leur proposer un digestif ou un café. La totalité des quelques heures passées ensemble avaient été rythmées par la voix d'Itachi, rarement si bavard.

Madara esquissa un sourire qu'il cacha dans le fond de son verre de vin – un grand cru, il en ferait importer quelques caisses pour sa villa sur la côte, sa cave à vin pourrait tout à fait accueillir ce nouveau venu – puis il reposa l'objet.

— Il est maniaque, précisait Itachi, alors je me fais houspiller si j'oublie de ranger ma tasse dans le lave-vaisselle, ou si j'ai le malheur de laisser ma veste sur le dossier du canapé. Mon appartement sent le propre tout le temps, sauf aux heures de repas, il cuisine beaucoup, il veut s'assurer que sa fille a une alimentation correcte et qu'elle mange de tout. À force, il a fini par m'inviter à partager leur repas, je crois qu'il a eu pitié de mes nouilles instantanées.

— Je devrais lui envoyer des fleurs, sourit Madara. Il s'occupe bien de toi.

Itachi baissa le nez sur la table, dissimulant sa joie.

— Oui, il est très… paternel… avec moi. « Mettez vos lunettes, Itachi, vous allez vous abimer les yeux », « couvrez-vous plus que ça, il fait frais, ce matin. », « Votre parapluie, il pleut des cordes ! », « Non, non, votre chemise, pas à 40, vous allez flinguer le tissu, à 40, c'est fragile et délicat, ça, laissez-moi faire ! », c'est…

Il chercha ses mots un instant, fronçant les sourcils, puis il laissa un sourire retrousser ses lèvres quand Madara le trouva pour lui :

— Agréable ?

— Oui, mon oncle. C'est agréable d'avoir enfin quelqu'un qui prend soin de moi.

Il inspira bruyamment avant de tendre un regard d'excuse à Madara.

— Je ne veux pas dire que vous ne prenez pas soin de moi, vous m'êtes d'un précieux secours et d'un soutien inestimable.

— Seulement ce n'est pas la même chose d'avoir quelqu'un qui te couve au quotidien et d'avoir ton vieil oncle qui t'invite à dîner de temps en temps, rit Madara. Je comprends bien. C'est la première fois que tu vis avec quelqu'un, en plus, affirma-t-il d'un ton doux.

Jouant avec sa fourchette, Itachi secoua la tête.

— Non, j'ai aussi vécu avec Père, et Maman et Sasuke…

Madara se fendit d'un soupir.

— Fils, je connais ton père mieux que personne. Je peux facilement imaginer quelle était l'ambiance chez lui et vivre au même endroit que quelqu'un ne signifie pas vivre avec lui.

— Vous avez vraiment réponse à tout, sourit Itachi.

Le serveur approcha, rompant la discussion, pour leur proposer un kir et les deux acceptèrent de bonne grâce, Madara exigeant en plus un café.

— Tu te sens prêt ? demanda le chef d'entreprise alors que l'homme qui prenait les commandes repartait avec leurs assiettes vides. Si j'ai bien compris, avoir ce prix ferait de toi le premier acteur gay à l'obtenir, ce serait sacrément bien pour ta carrière.

Itachi hocha la tête.

— Oui, c'est exactement ça. J'essaie de ne pas trop anticiper ma victoire, je serai déçu de ne pas l'avoir, sinon.

Ils discutèrent encore une bonne demi-heure de l'impact que cette récompense aurait sur l'avenir d'Itachi puis ils finirent par se séparer, chacun repartant de son côté.


Cela faisait longtemps qu'Itachi n'avait pas eu à rentrer chez lui en étant chargé.

Il profitait de quelques jours de vacances généreusement accordés par Jiraiya avant le décollage de l'avion qui les mènerait tous vers la cérémonie tant attendue. Les studios avaient fermé leurs portes la veille au soir et Itachi y avait trouvé là une opportunité d'aller faire du shopping.

Il avait dérobé la liste que son colocataire avait dressée en inspectant la cuisine et en maugréant à voix basse qu'il n'avait jamais vu un aussi bel appartement si mal équipé, puis il s'était rendu dans un magasin du centre où il avait tendu la liste à un des vendeurs, demandant absolument tout ce qu'il manquait.

Pendant que le jeune homme s'occupait de réunir les articles pour lui, il avait vagabondé dans les lieux, ses yeux attirés par un livre de recettes à la couverture appétissante et il l'avait feuilleté longuement, salivant devant les pâtisseries brillantes sur les photos de l'ouvrage.

Le vendeur était revenu vers lui en lui expliquant qu'il manquerait probablement d'autres accessoires s'il souhaitait s'essayer aux recettes présentes dans ce livre et Itachi avait alors exigé d'avoir ce dont il pourrait avoir besoin en plus.

Lorsqu'il était arrivé en caisse, il avait présenté sa carte bancaire sans même regarder les chiffres qui s'affichaient sur l'écran de la caisse enregistreuse et le vendeur avait souri en l'attrapant.

— Vous cuisinez beaucoup ? avait-il demandé. Souhaitez-vous la carte de fidélité du magasin ?

Itachi avait alors révélé que son plus grand talent pour la cuisine consistait à faire cuire du riz, mais que, peut-être, son colocataire avait la carte de fidélité.

En vérifiant dans la base de données, l'homme avait retrouvé trace de Nagato et Itachi avait souri, content d'avoir pu identifier le magasin préféré de celui qui préparait la plupart de ses repas.

Il avait abandonné ses achats sur place, promettant de revenir après avoir fait le tour des commerçants, puis il était passé au pressing récupérer le smoking qu'il porterait pour la cérémonie et pour retirer sa commande pour l'anniversaire de Mikan.

Ouvrant la porte comme il le put, il avança dans l'appartement désert en fronçant les sourcils, étonné de constater qu'il était seul puis il se souvint que le jeudi, Nagato rentrait tardivement.

Abandonnant l'ensemble de ses paquets sur la table de la salle à manger et les laissant là le temps d'aller poser son smoking dans sa chambre, Itachi se demanda où son colocataire avait rangé le papier cadeau.

La semaine précédente, agacé après une journée particulièrement difficile au boulot, Nagato s'était mis en tête de réorganiser l'entièreté des pièces communes pour apaiser ses nerfs. Mikan et Itachi s'étaient retranchés dans la chambre de la petite qui lui avait dit que ça se calmait, à un moment ; l'orage Uzumaki grondait fort, mais disparaissait vite.

Nagato avait donc passé deux heures à grommeler après la terre entière, naviguant entre les placards et le repas à préparer, pestant contre lui-même, puis, finalement tranquille, il les avait appelés pour manger. Mikan avait empêché Itachi de sortir de la chambre pour lui prodiguer des conseils : « surtout, mange tous tes petits pois. Il faut manger tous ses petits pois quand Papa il est fâché. » et les deux avaient avalé l'entier contenu de leurs assiettes sans protester, sous l'œil surpris de Nagato.

Quand la porte claqua pour signaler le retour de son colocataire, Itachi était en train de répandre sur la table tous ses récents achats, comparant la liste à ce qui s'étalait devant lui et Nagato apparut au bord de son champ de vision, lessivé par sa séance de sport.

— Vous avez fait les magasins ? demanda-t-il doucement pendant qu'Itachi lui tendait la liste.

— Il vous manquait ça, alors, vu que je n'avais rien à faire aujourd'hui, je me suis dit que je pouvais en profiter.

Rosissant, Nagato baissa la tête pour le remercier.

— Vous n'étiez pas obligé, je… Ce n'était pas un message subliminal, je me serais débrouillé autrement.

Itachi tendit la main vers le livre qu'il avait consulté dans le magasin pour s'assurer une fois de plus que tout était là, ne jetant qu'un regard succinct à son colocataire :

— Maintenant, vous n'avez plus d'excuse pour que Mikan parte à l'école sans hérisson.

Nagato exhala exagérément, amusé au souvenir de sa fille qui protestait doucement que sa copine Ayami venait à l'école avec un déjeuner en forme d'animal tous les midis et son père avait soupiré, lui expliquant qu'il n'avait probablement pas la même cuisine que la mère d'Ayami.

— J'aurais préféré que la période belette se prolonge un peu, grimaça Nagato, je commençais à peine à m'y faire. Je vais m'en occuper, précisa-t-il en voyant Itachi s'essayer à empiler les différents achats. Ne vous inquiétez pas, je vais ranger. Vous avez dîné ?

— Pas encore, répondit Itachi en abandonnant sa tâche précédente.

Il observa le ballet de son colocataire, qui passait avec aisance d'un meuble à l'autre sans la moindre hésitation, sachant parfaitement où déposer les divers objets qui jalonnaient la table.

— Je serai absent, ce week-end, annonça Itachi.

— Très bien, reçut Nagato sans pour autant lever les yeux de son occupation. On vous attend pour dîner, dimanche ?

Itachi secoua la tête.

— Inutile, je vais rentrer tard dans la nuit. Vous avez eu des nouvelles de l'accord amiable ?

Cessant finalement de s'agiter après avoir glissé un torchon sur son épaule et nettoyé la table, Nagato donna toute son attention à son colocataire qui s'était assis à table pour l'observer. Il tira une chaise pour s'y poser quelques minutes, sentant des débuts de courbatures remonter le long de ses cuisses.

— Pas encore. D'après Maître Ebisu, cela n'a rien d'inquiétant qu'ils prennent autant de temps pour reformuler des demandes. Tenten n'a pas l'air de cet avis, elle. Elle m'a encouragé à me faire à l'idée qu'on fonce droit vers le procès.

Nagato soupira. Depuis qu'il avait croisé la secrétaire juridique, le matin, il n'avait pas réussi à décolérer et même l'acharnement qu'il avait mis lors de sa séance de sport n'était pas parvenu à doucher son énervement et ses craintes.

— Pour elle, compléta-t-il sous le regard interrogateur d'Itachi, l'avocat de Konan temporise en retardant au maximum le deuxième accord afin de pouvoir commencer à préparer son attaque et réfléchir à la meilleure façon de gagner un procès, ce qui a mille fois plus de sens que l'idée ridicule entretenue par Maître Ebisu. Lui est persuadé que ce temps est nécessaire pour planifier le document le plus juste possible.

Itachi dodelina de la tête, n'osant pas dire qu'il aurait plutôt tendance à être de l'avis de Tenten.

— Il n'y a aucune raison pour que vous perdiez la garde de Mikan, ponctua-t-il cependant. Vous vivez dans un lieu parfaitement adapté, elle est à deux pas de son école, vous rentrez tôt tous les soirs pour la récupérer et vous avez de quoi subvenir à ses besoins…

Nagato s'appuya contre le dossier, saisissant un morceau de carton qui avait échappé à sa traque ménagère pour jouer avec.

— Le problème est financier. Très clairement, mon taux d'endettement surpasse très largement le niveau moyen acceptable. Il est possible que ça plaide en ma défaveur. Et puis…

— La garde est souvent attribuée à la maman, acheva Itachi, sans même tenir compte des éléments autour.

Les deux hommes laissèrent passer un silence puis Itachi releva le nez pour contempler le visage réellement exténué de son colocataire.

— Puis-je essayer de vous changer les idées ? J'ai un film à vous montrer.

— Encore un thriller ? s'amusa le policier.

— Celui-là vous surprendra, gagea Itachi en se levant. Et je nous fais livrer des sushis.

Acceptant finalement, Nagato bougea vers le canapé.

Il s'endormit en cours de film, marmonnant un « le héros c'est en fait le méchant depuis le début et l'ombre qui le suit, c'est le gentil qui est sur ses talons ».

Lui jetant un regard agacé de l'entendre deviner une nouvelle fois comment finissait un film dont il n'avait jamais entendu parler, Itachi se tourna partiellement vers son colocataire, l'œil attiré par son pull qui remontait un peu découvrant la peau et laissant apparaître une cicatrice assez vilaine. Il fronça les sourcils, saisi de curiosité, ses doigts frétillant d'envie de caresser la cicatrice pour tenter de trouver quelle histoire pouvait bien se cacher derrière une telle marque. Il hésita, ses rétines venant frôler le profil endormi de son colocataire, puis il secoua la tête, ramenant son poignet vers lui.

Nagato était comptable et l'événement le plus incroyable de son existence devait être ce divorce terrible qui le transperçait de part en part.

Itachi soupira légèrement, se demandant vaguement s'il n'y avait pas quelque chose qu'il pourrait faire pour Nagato, lui proposer les services d'un meilleur avocat, par exemple, mais il savait très bien que le policier aurait refusé, voulant croire jusqu'au bout que le procès n'aurait jamais lieu.

Il tendit la main pour attraper le bord du vêtement qui était remonté et tirer dessus, dissimulant la peau abimée.

Il finit par jeter un plaid confortable et tout chaud sur son colocataire, n'osant pas vraiment le réveiller, puis il se tourna de nouveau vers le film, se renfonçant un peu plus dans le sofa. Il avait beau le connaître par cœur, ce thriller le prenait aux tripes à chaque fois, le laissant émerveillé sur son canapé, récitant dans un murmure chacun des dialogues.


À bientôt !