Appel à un Ami
Hermione intercepta discrètement sa directrice à la sortie du repas afin d'aborder l'épineux sujet de la cheminée.
-Minerva ? Je suis désolée de vous déranger mais pourrais-je vous voir un instant euh... Discrètement ?
Si elle en fut surprise, la vieille femme n'en laissa rien paraître.
-Mais je vous en prie, Hermione. Allons dans mon bureau.
Elle la précéda dans les couloirs avant d'arriver à la gargouille narquoise qui s'ouvrit d'elle-même, le mot de passe n'ayant pas encore été défini. Après avoir monté l'esclier en colimaçon, Minerva ouvrit la porte du bureau et s'assit confortablement das son fauteuil, désignant un fauteuil à son ancienne élève et d'un mouvement de baguette, matérialisa devant eux deux tasses de thé brûlants.
-Alors Mademoiselle? En quoi puis-je vous aider.
Hermione se tortilla dans son fauteuil, mal à l'aise, cherchant comment présenter la chose pour qu'elle paraisse le plus naturel possible. Elle décida alors que le plus simple était peut-être le mieux et lança d'une traite.
-Voilà, j'aimerais vous demander que ma cheminée soit ouverte pour une visite extérieure à Poudlard.
Étonnement, Minerva eut un petit sourire en coin comme si elle s'attendait à ce genre de demande et la jeune femme se demanda avec appréhension ce qui se passait dans cette tête de conspiratrice.
-Je n'y vois pas d'inconvénient, Miss, tant que vos cours sont assurés convenablement. A vrai dire, je m'attendais un peu à ce genre de demande de votre part. Quoi de plus naturel à votre âge? Je vais même dire que j'en suis heureuse pour vous et que je pense sincèrement que votre petit ami a bien de la chance de vous avoir ! Il ne pouvait trouver sorcière plus intelligente et éclairée !
Hermione s'étrangla avec son thé en entendant le tournant que prenait la conversation. Non ! Minerva s'imaginait qu'elle voulait recevoir son petit ami dans ses appartements ! Elle tenta de réparer ce malentendu d'une voix mal assurée.
-Non, Minerva... Ce n'est pas... ce que vous croyez... c'est juste, euh, un ami.
-Taratata, jeune fille ! Je vous ai dit que je n'y voyais aucun inconvénient et je préfère vous savoir en bonne compagnie plutôt que de vous morfondre loin de celui qui fait battre votre cœur ! Il est beaucoup plus sain pour vous de pouvoir le retrouver lorsque bon vous semble plutôt que d'attendre un congé potentiel ! Votre place ici est un dévouement à l'enseignement et sans cette solution, votre couple volerait en éclats dans l'année ! Cessez donc de vous justifier et soyez heureuse ! Ah oui, j'oubliais, dit-elle en la raccompagnant à la porte, dites -lui bien qui s'il s'avise de vous faire souffrir, il n'aura pas trop de dix ans de cavale pour m'échapper ! Allez-y je me charge de vous ouvrir la cheminée dès ce soir ! finit-elle avec un clin d'œil complice.
Elle la poussa gentiment dehors et referma la porte derrière elle. Hermione s'arrêta un instant, soufflée par la tournure qu'avaient pris les évènements. Elle superposa un instant son ancien Professeur de Potions dans la peau d'un amoureux transi se précipitant le soir chez sa belle et le résultat fut tellement incongru qu'elle étouffa un petit rire.
Elle se rendit alors dans ses appartements et héla le portrait de Dumbledore. Celui-ci se glissa dans son cadre, une étincelle taquine dans le regard.
-Vous m'avez appelé, Miss?
-Oui, Monsieur. Pouvez-vous transmettre un message au Professeur Snape de ma part, s'il vous plaît?
-Mais avec plaisir, Miss Granger...
-Voilà, dites-lui que pour la cheminée, j'ai fait ce qu'il fallait, elle sera opérationnelle dès ce soir. Dites lui également que j'aimerais le voir au plus tôt pour une affaire qui lui tiendra à cœur... enfin, je pense.
-C'est comme si c'était fait, jeune fille.
Plus tard dans la soirée, elle revenait de la grande salle où l'ensemble du corps enseignant avait profité d'un des derniers repas paisibles avant la rentrée lorsqu'elle sursauté en pénétrant dans ses appartements. Là, face à la cheminée, une ombre se tenait debout, immobile et n'aurait-ce été le délicat mouvement d'une grande main fine qui faisait tournoyer un cognac dans un grand verre, on aurait pu croire que cet homme était taillé dans le marbre. Elle s'avança lentement, impressionnée malgré tout par l'aura sombre qui se dégageait de cet homme. Il se retourna d'un coup, et planta son regard indéchiffrable dans le sien, accrochant ses yeux noisettes de ses deux orbes noires avant de soupirer et de se retourner vers la cheminée, reprenant la posture dans laquelle elle l'avait surpris.
-Vous m'avez fait "demander", Granger, siffla-t-il exaspéré, insistant bien sur le terme "demander" avec une once de mépris. Apparemment, reprit-il, vous pensez avoir une information qui, je cite, me tiendrait à cœur. Je suis ravi de constater que pour une fois, vous insinuez donc que j'en ai un...
-Bonsoir Monsieur. Oui, je dois vous parler d'un problème que nous avons et...
-Dans quelle langue dois-je donc faire entrer dans votre cervelle que je ne suis plus concerné par quoi que ce soit qui se passe entre ces murs?
Elle fut soufflée par sa mauvaise foi. Qui donc lui avait demandé de garder le contact avec lui à l'intérieur de Poudlard, allant même jusqu'à exiger un accès à sa cheminée?
Il se tourna vers elle et la fusilla du regard.
-Vous savez pertinemment de quoi je parle, Granger ! Ma demande est une chose, votre convocation de ce soir en est une autre. Je veux garder un œil à l'intérieur de ce maudit château uniquement car un élément nuisible va s'y infiltrer sous peu !
Elle inspira profondément et chercha en elle le courage de continuer sur sa lancée.
-Merci de me laisser terminer ! siffla-t-elle les dents serrées.
Il la regarda, légèrement surpris qu'elle lui tienne tête et elle mit ce court laps de temps à profit pour reprendre la parole et lâcher d'une traite.
-La Maison des Serpentard est orpheline.
Son bras qui se levait pour porter le verre à ses lèvres s'arrêta dans son mouvement et il tourna lentement la tête vers elle. Elle prit son silence pour un encouragement à continuer et reprit.
-Avec le départ de Slughorn, le seul professeur appartenant à la maison Serpentard a quitté Poudlard et il est hors de question qu'un professeur ayant appartenu à une autre maison en prenne la direction. J'ai pensé, peut-être à tort, que la situation te toucherais... et que de ce fait, tu aurais probablement une idée pour remédier à cette situation injuste.
Le dernier mot le fit tiquer et il haussa les sourcils tandis que sa voix se faisait murmure.
-Injuste , Miss Granger?
-Oui, injuste ! Cette maison est une des quatre maisons de Poudlard, ni plus, ni moins et sans directeur, ce sont un quart des élèves qui seront orphelins ! J'en ai marre de cette guéguerre idiote, stupide et bornée qui décrète quelle est la maison des héros et la maison des salauds ! Pour moi, un élève est un élève et la répartition n'est là que pour lui donner une chance de développer le meilleur de lui-même afin qu'adulte, il puisse être au service de ses semblables, chacun dans son rôle, chacun avec le meilleur de lui-même !
Il avait écouté sa tirade sans sourciller, impressionné malgré lui par la fougue avec laquelle elle défendait l'égalité entre les maisons et sans s'en rendre compte, cette impression lui fit chaud au cœur. Si seulement d'autres se levaient avec le même état d'esprit, pensa-t-il amèrement. En attendant, ils devaient trouver une solution à ce problème qui, elle avait raison sur ce point, était une première dans l'histoire de Poudlard et risquait fort d'attiser à nouveau les rancœurs et les haines à peine apaisées.
Il réfléchit longuement, silencieux, et il sentait sur lui le regard scrutateur et plein d'espoir de la jeune femme. Réprimant une remarque bien sentie sur l'exaspération que lui inspiraient ses yeux de cocker, il soupira et se retourna dos à elle afin de ne plus ressentir ses émotions dégoulinantes de mièvrerie.
Il repassait dans sa tête les potentiels candidats au rôle de directeur de maison, ceux qui auraient pu postuler à un poste, même minime dans l'école pourvu qu'ils y soient intégrés et son esprit s'arrêta plusieurs fois sur un même nom. Soupirant, il se dit qu'il lui fallait de plus amples informations sur ce qu'il était devenu avant d'envisager quoi que ce soit et il se tourna avec regrets vers la jeune femme qui le regardait avec les yeux pitoyables d'un elfe de maison.
-Miss Granger...
-Professeur?
Il ferma les yeux et fit mine de ne pas remarquer l'intonation d'espoir désopilante qui teintait sa voix.
-Savez-vous ce qu'est devenu Drago Malefoy ?
-Oh.. Il est installé avec sa femme dans le sud de la France.
Snape ne put s'empêcher de hausser les sourcils, un brin étonné.
-Il est marié ?
-Oui Monsieur. Avec une née-moldue qui plus est.
L'homme ne chercha plus à masquer sa surprise. Un Malefoy marié avec une née-moldue ?
-Drago? C'est étonnant venant de sa famille d'avoir accepté ça... Que pouvez-vous me dire d'autre, Granger ?
-Pas mal de choses. Tenez vous bien, Professeur, ça va secouer. Elle s'appelle Ella et elle vient de l'école de Beauxbâtons. Elle était malencontreusement en Angleterre au moment de la guerre et s'est faite coincer par une bande de Mangemorts un peu trop zélés emmenés pas Greyback. Ils lui sont tombés dessus à quatre un soir au détour d'une ruelle, l'ont violée comme des bêtes et l'ont laissée pour morte après quelques Doloris pour faire bonne mesure. Elle a été admise en état d'urgence absolue à Sainte Mangouste, hémorragie interne, traumatisme et j'en passe. Ils lui ont sauvé la vie mais pas l'utérus déchiré par le passage de ces salopards, et elle garde de profondes séquelles mentales. C'est à Sainte Mangouste que Drago l'a rencontrée. Sa mère a fait une grave dépression après la guerre et il venait souvent lui rendre visite. Ella était également hospitalisée dans le département des blessures mentales et il l'a croisée lors d'une de ses nombreuses veilles au chevet de sa mère. Ella n'était et n'est pas folle, loin s'en faut, elle était même une sorcière brillante promise à un avenir des plus méritoires. Mais sa vie s'est arrêtée ce soir-là. Et lorsque Drago a posé les yeux sur elle, ce fut pour lui comme une évidence, il se promit de rendre la vie à ces yeux bleus qui le suppliaient.
Les larmes roulaient maintenant librement sur ses joues et elle ne faisait pas un geste pour s'en débarrasser, comme si elle n'en était pas consciente. Snape était malgré lui impressionné par la violence et la véracité du récit et on aurait pu voir dans son regard noir quelque chose de différent, comme un début de compassion. Hermione continuait de parler, inconsciente du trouble que son histoire avait développé chez son ancien Professeur.
-Lorsque sa mère est allée mieux, il a fait des pieds et des mains pour sortir Ella de Sainte Mangouste et il y est parvenu. L'Angleterre lui rappelant trop de souvenirs, il l'a emmenée dans le sud de la France, au calme, et ils vivent depuis dans un petit manoir à l'écart de tout. Il sait qu'il n'y a aucune chance pour qu'ils aient un jour des enfants et pour cette raison, il a dû se dresser contre son père qui lui imposait une descendance. Il a fait fi de son avis et a épousé Ella six mois plus tard. Il l'apaise et elle revient peu à peu à la vie mais elle n'est plus que l'ombre de celle qu'elle était.
Lorsqu'elle eut cessé de parler, Snape laissa s'écouler un instant avant de reprendre la parole. Il avait besoin de précision mais voulut lui laisser le temps de se remettre, même si jamais il ne l'aurait reconnu.
-Deux choses, Miss Granger. Quelle était la vocation première de Ella ? Comment vous, pouvez-vous savoir tout cela ?
-Elle se destinait à être professeur de découverte du monde moldu. Quant à comment je sais tout ça, Winky est devenue avec joie l'elfe de maison de Drago après la guerre et elle s'est très fortement attachée à Ella. Elle est également restée très liée à Kreattur et lui rend visite régulièrement. C'est à l'occasion de ces visites que j'ai découvert son histoire.
-Rappelle moi... Kreattur est l'elfe
-...Anciennement de la famille Black mais depuis la mort de Sirius, celui de Harry Potter et comme je lui rendais très souvent visite...
-... Vous voyiez Winky très souvent également. Je vois.
Il replongea dans ses pensées, ses longs doigts tambourinant doucement le pourtour de son verre, et lorsqu'il reprit la parole, il le fit si doucement qu'elle ne douta pas qu'il parlait plus pour lui que pour elle.
-C'est cela. C'est le seul moyen. Elle trouve une stabilité et lui peut prendre le poste... C'est risqué mais jouable... Granger ! Appela-t-il plus haut. Je vais devoir vous confier une mission... De confiance, dit-il avec dédain comme si le mot lui écorchait la bouche. Je ne peux pas me déplacer alors il va falloir que vous usiez de subtilité si tant est que ce mot entre dans le champ de compréhension d'une Gryffondor telle que vous. Vous allez suggérer à Minerva de recruter Ella pour un poste d'enseignement du monde moldu, ce ne sera pas du luxe avec les cornichons au sang-pur qui vont bientôt débarquer ici. Vous lui raconterez son histoire et vous devrez faire en sorte qu'elle se sente gagnante en suivant votre conseil, ou plutôt le mien en l'occurrence. Drago devra l'accompagner dans son installation et vous aurez donc à disposition un prétendant au poste de Directeur de Serpentard.
Elle acquiesça et dut reconnaître que l'idée était juste géniale. En un tournemain, cet homme froid et insensible avait, en apparence du moins, réglé le problème de la Maison Orpheline et potentiellement trouvé une thérapie possible pour Ella en la poussant dans ce qui avait autrefois été toute sa vie: l'enseignement.
Restait à savoir comment Mc Gonagall et les autres membres des Professeurs accueilleraient sa proposition.
